AAARGH
L'aaargh présente ce document, émanant d'un conseiller
du gouvernement israélien, à titre documentaire.
Nous ne partageons certainement aucune des opinions qui y sont
exprimées. Nous appelons au démantèlement
total de toutes les institutions dites "israéliennes".
[Leïla Shahid, Déléguée générale
de Palestine en France et Dominique Vidal, rédacteur en
chef du "Monde diplomatique" étaient invités
à l'émission "La rumeur du monde" diffusée
sur Radio France Culture le samedi 26 mai dernier. Au cours de
ce programme, Dominique Vidal a fait référence à
un document de Gershon Baskin. Nous vous proposons de découvrir
l'intégralité de ce texte. L'idée originelle
du nom de cet article "WWW-What Went Wrong" (Ce qui
a cloché) revient au Professeur Edy Kaufman, de l'Institut
Truman (Université Hébraïque de Jérusalem).
Le Dr. Gershon Baskin est le fondateur et le co-directeur de l'IPCRI
(Israël-Palestine Center for Research and Information) fondé
en 1988.]
Ce qui a fait dérailler le processus de paix israélo-palestinien
est une question qui trouble les Israéliens, les Palestiniens,
les Arabes et les Juifs, en général, et tous les
partenaires de par le monde qui espéraient que le Moyen-Orient
finirait un jour par vivre en paix. La plupart des analyses écrites
jusqu'à ce jour et celles qui paraîtront à
l'avenir passent/passeront en revue les points évidents
suivants :
- les accords signés n'ont pas été mis en
application de bonne foi
- les retraits territoriaux qui incombaient à Israël
n'ont pas été réalisés
- l'Autorité palestinienne n'a pas été diligente
pour désarmer les milices
- la situation économique des territoires palestiniens
s'est détériorée, bien loin de donner au
peuple les fruits de la paix
- Israël n'a cessé de construire de plus en plus de
colonies et de routes de contournement
- L'Autorité est/était corrompue et violait constamment
les droits humains de ses propres ressortissants
- les Palestiniens n'ont jamais cessé d'embrigader les
masses par leurs médias et leur système scolaire,
contre Israël
- les bouclages imposés par Israël en représailles
du terrorisme n'ont abouti qu'au rejet de la paix par le peuple
palestinien
- continuation des vexations à l'encontre des civils palestiniens
aux barrages de contrôle
- installation d'une bureaucratie complexe de permis, autorisations,
etc.
- l'assassinat de Yitzhak Rabin
- l'élection de Binyamin Netanyahu
- l'arrogance de Barak
- le style, les tactiques et les stratégies de négociation
déplorables, des deux côtés
- les énormes bévues commises par Clinton à
Camp David.
Et des tas d'autres raisons qui feront l'objet d'étude
et de commentaires.
Je voudrais ici tenter de mettre en évidence certaines
des raisons sous-jacentes, certains des événements
qui n'ont pas été exposé à l'opinion
publique ou qui n'ont pas retenu son attention, en dépit
de leur importance et de leur pertinence. Bien des points exposés
ici ont fait l'objet de notes politiques et de recommandations/mises
en garde que j'ai adressés aux différents gouvernements
d'Israël, à l'Autorité palestinienne, aux négociateurs,
aux parrains américains et à d'autres acteurs importants.
Ce papier tentera de résumer les événements
tout en s'efforçant d'en trouver le fil conducteur.
Par où commencer ? Difficile question. On pourrait dire
que les accords d'Oslo étaient voués à l'échec
dès l'origine et les raisons d'insister sur leurs failles
intrinsèques abondent. Mais, laissant ce travail à
d'autres, je vais éluder cette partie de l'analyse. Malgré
leurs failles, j'étais partisan de ces accords d'Oslo,
s'il en fut, car je pensais que les gens qui veulent/voulaient
sincèrement la paix dans cette région du monde ont
l'obligation d'apporter leur soutien à une quelconque forme
d'accord qui soit/ait été atteint par les deux parties.
D'emblée, je fais remarquer que j'ai toujours douté
de la capacité d'Israël à réaliser un
accord total avec Yasser Arafat. Ces doutes se sont accrus considérablement
au cours des années écoulées. L'une des raisons
premières de ce scepticisme croissant tient à la
nature du régime créé par Arafat en Palestine
- ce qui ne va pas surprendre grand-monde, mais aussi au refus
d'Israël, des Etats-Unis et du peuple palestinien lui-même
d'exiger d'Arafat (l'établissement d')un régime
démocratique, absolument nécessaire, je crois, à
la réalisation d'une paix véritable. Israël
et les Etats-Unis redoutent/redoutaient trop de démocratie
palestinienne par crainte que, grâce à cette démocratie,
des mouvements hostiles à la paix, tels le Hamas, accroîtraient
leur pouvoir. Ils avaient/ont peur de ce que j'appellerais le
"syndrome algérien". Ces craintes sont peut-être
fondées, toutefois, de mon point de vue, l'absence de démocratie
est l'une des principales causes sous-jacentes de l'intifada palestinienne.
Il devrait être noté également que les différents
gouvernements israéliens successifs considéraient
que la capacité d'Arafat d'éradiquer les forces
hostiles à la paix en Palestine pouvait faire oublier la
nécessité d'une quelconque démocratie palestinienne.
Ceci a été résumé dans la phrase célèbre
de Rabin : "bli bagatz u'bli btzelem" - "sans la
Cour Suprême et avec Betzelem -, par laquelle il faisait
allusion au fait qu'Arafat pouvait arrêter, emprisonner
et même exécuter à sa convenance, sans nul
besoin d'un quelconque procès en bonne et due forme.
Israël avait/a peur aussi d'un Conseil Législatif
palestinien habilité à prendre des lois palestiniennes
qui pourraient aller à l'encontre de ses intérêts
ou des accords, si bien qu'Israël n'a jamais pris Arafat
au mot lorsque ce dernier a déclaré à plusieurs
reprises, en privé, qu'il ne pouvait pas signer la "Loi
fondamentale palestinienne" - la constitution palestinienne
- afin de lui donner force de loi, à cause des objections
d'Israël. Cette constitution aurait instauré un semblant
de séparation des pouvoirs et certaines mesures de vérification
et de grands équilibres. Pour ma part, j'ai exhorté
Rabin, Pérès et Netanyahu à faire des déclarations
publiques afin d'indiquer qu'Israël voyait la "Loi fondamentale
palestinienne" d'un oeil favorable. Mais rien de tel ne s'est
produit.
Nous devons aussi prendre acte de la très large responsabilité
prise par Israël dans le développement d'un système
économique palestinien hyper-centralisé, monopolistique
et corrompu. Malgré les mises en garde constantes de l'auteur
de ces lignes et de bien d'autres, sur les dangers d'un engagement
direct d'Israël dans la corruption palestinienne, des officiels
israéliens ont facilité et encouragé ce que
nous pouvons appeler sans exagération "la saignée
à blanc du peuple palestinien", au moyen de marchés
douteux et de montages financiers mis au grand jour par des dizaines
d'anciens responsables de la sécurité israélienne
avec des agents de l'Autorité palestinienne, y compris
certains agents des services de renseignement palestiniens, des
policiers palestiniens et des "conseillers" travaillant
pour leur propre compte ou directement pour celui, direct, d'Arafat.
Beaucoup de ces marchés, s'ils avaient été
manigancés en Israël même, se seraient terminés
avec des mises en accusation et des peines d'emprisonnement. Mais
dans le cas d'espèce, ils ont été conclus
sous la table "dans l'intérêt de la paix".
C'est là, sans doute, l'un des éléments les
plus cyniques des scandales remontés à la surface
au cours des huit années écoulées. Peut-être
encore plus cynique : le fait que cette coopération se
poursuit grosso modo aujourd'hui, et personne ne devrait être
surpris d'apprendre que le premier point à l'ordre du jour
pour le business palestino-israélien, sous Sharon, a été
la réouverture du Casino de Jéricho.
Laissant là cette longue introduction, je passerai directement
à mon analyse des autres causes sous-jacentes et des autres
anomalies du processus de paix, en commençant en septembre
1997. A la mi-septembre 1997, durant le mandat du premier ministre
Netanyahu, Yasser Arafat donna une longue interview à la
deuxième chaîne de la télévision israélienne.
Cet interview, qui dura environ vingt minutes, était réalisée,
du début à la fin, en "close up" (plan
américain, ndt). L'état maladif d'Arafat était
frappant. La caméra était focalisée sur sa
lèvre inférieure tressautante et ses mains agitées
de tremblements. Les médias locaux et internationaux furent
pleins, des semaines durant, des pronostics sur la maladie de
Arafat, sur les médicaments qu'il était supposé
prendre, sur les effets de ces traitements sur ses performances
(ou sur son manque de -) et sur la période qui lui restait
à vivre. Et voilà que tout d'un coup, tout le monde
se demandait ce qu'il arriverait dans l'ère post-arafatienne
et qui le remplacerait. J'ai été personnellement
interviewé plus de quarante fois par des journalistes du
monde entier sur ces questions. Mais, plus important que les questions
des journalistes : les questions que les Palestiniens eux-mêmes
se posaient.
Dès la création de l'Autorité palestinienne,
la principale préoccupation de bien des Palestiniens sembla
être de savoir comment obtenir une part du gâteau.
Nombreux furent les anciens militants qui avaient mené
la première intifada à manifester leur aspiration
à participer de l'Autorité, chacun à sa manière,
en obtenant de hautes responsabilités dans les ministères
et les forces de sécurité. Bien des personnalités
locales de Cisjordanie et de Gaza ne tardèrent pas à
perdre toute illusion lorsqu'ils virent les "Tunisiens"
- ceux qui vinrent, avec Arafat, de l'exil - obtenir les postes-clés,
être nommés officiers supérieurs, ministres,
alors qu'on leur abandonnait quelques postes de second ou troisième
violon dans un orchestre qu'il leur semblait bien, pourtant, avoir
créé. Plus important encore, la vie de "parti"
locale, qui avait été la base de la première
intifada à travers la direction unifiée constituée
de représentants des principales factions de l'OLP, disparut
corps et biens. L'idéologie de la résistance et
de la libération nationale (chez les Palestiniens) sembla
s'estomper derrière l'arrivée au premier plan des
intérêts privés à court terme et à
courte vue prenant la priorité sur tout. Un intellectuel
palestinien, ancien militant du Fatah, a pu décrire cette
transformation en ces termes : "Pour moi, aujourd'hui, la
Palestine, ça s'arrête à ma porte palière".
L'impact de cette façon de voir les choses fut la fin des
formations politiques : le FPLP, le FDLP, le Fida, le Parti Populaire
Palestinien et, surtout, le Fatah.
Peu de temps après l'interview d'Arafat, d'anciens leaders
de la première intifada, membres du Fatah et, pour certains,
membres du Conseil Législatif Palestinien, tinrent une
réunion informelle à Ramallah. La discussion porta
sur la question de la succession d'Arafat. La plupart des participants
pensaient que les deux principales formations du Fatah joueraient
vraisemblablement un rôle central dans la sélection/élection
du successeur. Ces deux formations sont le Fatah-Conseil central
et le Fatah-Conseil révolutionnaire. L'une comme l'autre,
notèrent au passage les participants, étaient contrôlées
par la vieille garde loyale d'Arafat, constituée principalement
de dirigeants de l'OLP venus de l'extérieur. Les jeunes
leaders indigènes (locaux) de la première intifada
n'y étaient pas représentés. En fait, parmi
tous les participants à la réunion de Ramallah,
un seul était membre du Conseil révolutionnaire
et un autre appartenait au Conseil central. A ce point du débat,
la décision fut prise de revivifier le Fatah à travers
des activités de base et en adoptant des positions militantes
sur des sujets centraux dans le processus de paix : les colonies,
les réfugiés et, priorité des priorités
: la libération des prisonniers. Il convient de noter qu'en
septembre 1996 ces (deux) leaders du Fatah avaient été
à la tête des premiers jours de manifestations violentes
en protestation contre le creusement du tunnel sous le Kotel (Esplanade
des mosquées/Mont du Temple, ndt) par Netanyahu. Ainsi,
une décision stratégique fut prise : celle de reconstituer
l'organisation du Fatah (le Tanzim), qui avait été
créée en 1993. Le but ultime étant de "prendre
le contrôle" des organes de pouvoir du Fatah et de
revivifier la lutte palestinienne en vue de renforcer l'attachement
indéfectible aux buts politiques des Palestiniens : l'établissement
d'un Etat palestinien sur la totalité de la Cisjordanie,
de la Bande de Gaza et Jérusalem-Est, le départ
de tous les colons israéliens, le gel de toute nouvelle
colonie, et la libération de tous les prisonniers palestiniens
des geôles israéliennes.
En avril 1998, un article très important fut publié
dans un grand quotidien de Beyrouth : il analysait le processus
vraisemblable de dévolution du pouvoir après Arafat.
Ce fut le premier de toute une série d'articles axés
sur le même sujet, qui parurent dans l'ensemble du monde
arabe, et ce sujet devint l'un des plus largement débattus
par les médias, notamment la très populaire télévision
par satellite Al-Jazira, qui émet depuis le Qatar.
Dans la période qui a précédé l'accord
de Wye River, en octobre 1998, Arafat avait déclaré
une séries d'actions politiques dans l'ensemble des territoires
palestiniens, sous l'intitulé "Jours de colère",
au cours desquels on avait donné la consigne aux Palestiniens
de faire des manifestations contre les implantations israéliennes.
Toutes ces manifestations, et notamment les protestations conduites
par Fayçal Husseïni (récemment disparu, ndt)
contre le chantier de la nouvelle implantation de Har Homa/Jabal
Abu Ghaïn, ont été des fiascos complets. Les
gens ne vinrent pas, tout simplement. Arafat avait pourtant eu
recours à la fermeture des administrations et avait enjoint
à tous les fonctionnaires de l'Autorité palestinienne
et à leurs conjoints et enfants de prendre des bus qui
devaient les conduire aux lieux de manifestation. A Jérusalem,
on a même relevé que des gens avaient été
payés afin de participer aux manifestations contre Har
Homa. Beaucoup seraient enclins à en tirer la conclusion
erronée que le public palestinien était indifférent
: il ne l'était absolument pas. Il ne voulait tout simplement
pas répondre aux appels d'Arafat à cause de la frustration,
de la honte et du désespoir de voir ce qui était
en train d'advenir de leur rêve palestinien. Au cours d'un
meeting de masse tenu à Naplouse, avant l'accord de Wye
River, un haut responsable de la sécurité palestinienne,
venu de Tunis, avait appelé la population à "prendre
les rues et à combattre l'occupant". Un Nabulsi se
leva, très irrité, et lança : "nous
avons fait notre dû, pendant l'intifada, nous avons sacrifié
nos enfants et nos vies. Maintenant, c'est bien votre tour d'envoyer
les vôtres". Tous les présents savaient pertinemment
que les enfants du chef de la sécurité palestinienne
vivaient (en sécurité) à l'étranger,
où ils poursuivaient leurs études...
Sur ces entrefaites, le Tanzim (du Fatah) entreprit un processus
d'élections démocratiques afin de choisir un nouvel
encadrement de leaders en Cisjordanie et, dans une moindre mesure,
à Gaza où les forces de sécurité d'Arafat
étaient plus influentes et exerçaient un contrôle
plus assuré. Dans chaque ville, dans chaque village, dans
chaque camp de réfugiés, le Fatah s'organisait.
Il ne tarda pas à lancer une campagne d'opinion qui rencontra
beaucoup de succès, intitulée l"intifada des
prisonniers", avec des marches à travers les territoires
occupés, qui obtinrent une large adhésion du public.
Le Tanzim rassemblait des armes, aussi. Entre 1996 et 1999, le
Fatah tint plus de 122 conférences dans la seule Cisjordanie,
plus de 85.000 personnes y assistant. Son but affiché était
de se compter et d'élire un nouveau Conseil Central du
Fatah, ainsi qu'un nouveau Conseil révolutionnaire. Ces
groupes ne s'étaient pas réunis depuis plus de onze
ans.
A Wye River, l'Israël de Netanyahu fortement soutenu par
les Américains et la CIA pressa Arafat de désarmer
toutes les milices en Cisjordanie, en particulier le Tanzim. L'accord
de Wye River fut signé le 23 octobre 1993. Le 25, les forces
du colonel Musa Arafat, chef des Forces de l'intelligence militaire
palestinienne (et neveu de Yasser Arafat) entra de force dans
les bureaux du Tanzim à Ramallah. Le Tanzim s'opposa à
cette intrusion, et des tirs éclatèrent dans le
centre-ville de Ramallah. Sur la fin des échanges de tirs,
un jeune Palestinien, Wassim Tarifi (neveu d'un ministre de l'Autorité,
Jamil Tarifi) fut tué. Le centre de Ramallah fut fermé
durant plusieurs jours au cours desquels le Tanzim et les troupes
de Musa Arafat rassemblèrent leurs forces afin d'en découdre.
Finalement, Arafat donna l'ordre à Musa Arafat de se retirer.
Le Tanzim venait de remporter sa première bataille stratégique
dans la lutte pour le contrôle de la direction palestinienne.
On a rapporté qu'après cet incident, les murs de
Ramallah étaient couverts de graffiti dénonçant
les "sales collabos de l'Intelligence militaire".
Trois semaines plus tard, des émeutiers militants du Tanzim
envahirent le commissariat de la police de l'Autorité palestinienne
dans le camp de réfugiés de Balata, y mirent le
feu, incendièrent une voiture de la police et ne se retirèrent
qu'après que les policiers palestiniens aient ouvert le
feu sur eux. Cette échauffourée avaient été
causée par l'interdiction faite par la police de l'Autorité
aux manifestants de marcher en direction du Tombeau de Joseph
au cours de l'"intifada des prisonniers".
En mai 2000, les élections ayant eu lieu dans l'ensemble
des territoires, le Tanzim décida que le temps était
venu de porter le combat dans les rues. Les négociations
sur le statut final n'avaient pas encore commencé. Le Premier
ministre israélien Barak ne prenait pas le processus palestinien
suffisamment au sérieux, du point de vue des Palestiniens,
car il préférait rechercher un accord avec Assad
afin d'affaiblir ceux-ci. Barak , insistant sur le fait que cela
devait être considéré comme faisant partie
de l'accord définitif, n'accepta pas le troisième
redéploiement. Les prisonniers palestiniens ne furent pas
libérés. Le comité chargé de cette
question se contenta de manifester son peu d'enthousiasme, tandis
qu'Israël disait ne pas pouvoir libérer des prisonniers
qui avaient du sang sur les mains.
Au cours d'une réunion à huis clos organisée
par l'IMCRI, en avril 2000, entre députés israéliens
et de hauts responsables du Tanzim, Marwan Barghouthi déclara
: "J'ai honte que plus de cinq cent prisonniers - dont certains
ont tué des Israéliens - soient encore détenus
dans les geôles israéliennes. Avant Oslo, il y avait
l'intifada, il y avait des combats entre les deux côtés,
entre l'OLP et Israël. Barak, qui est aujourd'hui votre Premier
ministre - et que nous avons rencontré personnellement
- a tué trois de nos leaders au Liban. Mais nous acceptons
de nous asseoir avec lui à une même table, aujourd'hui,
parce que nous devons entamer l'écriture d'une nouvelle
histoire entre nos deux peuples."
Entre les 15 et 17 mai 2000, les territoires palestiniens entrèrent
en éruption à nouveau pour trois jours de manifestations
des Palestiniens marquant la "journée de la Nakba"
(catastrophe), le jour de la tragédie. Ce n'était
pas la première fois que les Palestiniens célébraient
cette journée, bien sûr, mais jamais auparavant une
centaine de milliers de manifestants n'étaient descendus
dans la rue. Des affrontements armés se produisirent à
certains des carrefours stratégiques israélo-palestiniens,
en Cisjordanie et à Gaza. Les patrouilles mixtes, créées
afin d'agir dans des conjonctions de ce type, ne firent rien.
Les manifestations et l'action militaire étaient menées
par le Tanzim. Arafat ne parvint à contrôler la situation
sur le terrain qu'au bout de trois jours, après avoir été
soumis aux pressions d'Israël et des Américains. Après
ces trois jours, Marwan Barghouthi déclara : "Nous
avons utilisé des armes contre Israël et s'il le faut,
nous reprendrons les armes, à l'avenir". Je pense
qu'à cet instant, Arafat avait pris la décision
stratégique de conserver le Tanzim du Fatah à ses
côtés. Dans l'esprit d'Arafat, s'il obtenait un accord
avec Israël, il aurait besoin de tout le pouvoir du Tanzim
afin d'entraîner la rue, et s'il n'obtenait pas d'accord
avec Israël, il aurait besoin du Tanzim aussi, mais cette
fois, pour mener la résistance. Peu après les événements
des 15, 16 et 17 mai 2000, Arafat arrangea une réunion
de réconciliation entre le Tanzim et le chef de la Sécurité
préventive de Cisjordanie, Jabril Rajoub, dont l'image
avaient été mise à rude épreuve, un
an auparavant, quand le Tanzim avait accusé Rajoub d'avoir
remis plusieurs prisonniers palestiniens à Israël,
après que ce dernier eût exigé leur extradition.
L'échec de Camp David II et ses suites
D'après les médias israéliens, Ehud Barak
aurait présenté les "concessions les plus généreuses"
que les Palestiniens puissent espérer recevoir, dans leurs
rêves les plus fous, des mains d'un Premier ministre israélien.
Plus, la hasbara (l'appareil de propagande) israélienne
a blâmé Arafat "de ne pas avoir raté
l'occasion de rater encore une fois l'occasion". M. Clinton
s'est joint au concert, critiquant Arafat d'avoir rejeté
l'offre de Barak. M. Barak a prétendu que les Palestiniens
n'auraient pas présenté de contre-proposition et
que même, ils n'auraient pas répondu à la
proposition israélienne. Le chapitre essentiel du "paquet"
de propositions israéliennes comportait l'octroi de 89%
de la Cisjordanie aux Palestiniens, les 11% restants étant
annexés à Israël. M. Barak s'est vanté
du soutien assuré d'une majorité des colons à
ce plan, car 80% d'entre eux resteraient là où ils
se trouvent, et seraient, de plus, sous souveraineté israélienne.
Seuls quelque 40.000 colons devraient dans ce cas de figure déménager
pour aller s'installer dans les "blocs d'implantations"
qui seraient annexés (à Israël). Cela semblait
presque raisonnable. Mais les Palestiniens ont rejeté catégoriquement
cette proposition, et ce rejet a constitué l'un des éléments
premiers de l'intensité de l'Intifada d'Al-Aqsa.
La plupart des Israéliens, et la majorité de l'opinion
publique mondiale considérant le rejet de cette proposition
par les Palestiniens comme une erreur funeste, nous devons en
examiner les causes de plus près :
Les Palestiniens qui ont assisté à Camp David ont
pu parler de l'apparition d'un nouveau concept dans le lexique
israélo-palestinien, surgi "pour les besoins de la
cause" avec l'aide des planificateurs et des cartographes
appelés en renfort afin d'interpréter les positions
et les problèmes présentés par un côté
comme par l'autre. Israël n'avait jamais présenté
une seule carte aux Palestiniens ou au Américains. Chacune
des deux parties, à Camp David, travaillait sur ses propres
cartes et les gardait jalousement pour lui. Le nouveau concept
était : les grappes de colonies. Par opposition aux "blocs
d'implantation" - il s'agit des implantations israéliennes
concentrées tout au long de la Ligne Verte qui pourraient
être annexées au territoire (israélien) antérieur
à 1967 - le concept des "grappes de colonies"
se réfère à des groupes d'implantations plus
isolées au coeur du territoire palestinien, qui deviendraient
des îlots de souveraineté israélienne une
fois annexés par Israël. La proposition israélienne
faite aux Palestiniens des 89%-11% incluait un certain nombre
de ces "grappes de colonies". Ce fait signifiait également
qu'une quarantaine de villages palestiniens peuplés d'environ
80.000 Palestiniens seraient eux aussi annexés à
Israël. L'urbaniste en chef des Palestiniens a été
convoqué à Camp David par Arafat afin d'interpréter
la proposition israélienne que les Américains le
pressaient d'accepter. Les Américains et les Israéliens
dirent aux Palestiniens qu'il s'agissait là de la meilleure
offre (israélienne) possible et que Barak avait fait le
maximum. Barak, expliquèrent-ils, s'engageait à
se retirer de plus de 40 colonies, ce qui concernait au total
40.000 colons. Tout compromis supplémentaire aurait entraîné
la chute de son gouvernement et, dans ce cas, "Arafat pourrait
négocier avec Sharon et Bibi (Netanyahu) tout à
son aise", avait ajouté Barak.
Aux yeux des Palestiniens, la proposition de Barak créait
non pas seulement des îlots de souveraineté israélienne
(sur leur territoire), mais bel et bien, au minimum, "trois
ghettos souverains" palestiniens. Il n'y aurait aucune réelle
continuité territoriale palestinienne. Ils n'auraient pas
le contrôle ni la souveraineté sur les principales
voies de circulation. La vallée du Jourdain continuerait
à être sous le contrôle des Forces israéliennes
de défense, même si une certaine forme de souveraineté
palestinienne devait leur y être garantie. La seule partie
de la proposition israélienne qui eût semblé
acceptable pour les Palestiniens était que, d'après
ce qu'ils en avaient compris, Barak acceptait d'évacuer
toutes les implantations de Gaza, dont Gush Katif. Toutefois,
une chose restait peu claire : Barak accordait-il ou non aux Palestiniens
un point de passage frontalier avec l'Egypte, à Rafah,
sous leur entière souveraineté ? (Après Camp
David il n'était plus aussi clair que Barak eût effectivement
offert d'évacuer la totalité des colonies de la
bande de Gaza, qui contrôlent encore environ 30% de sa superficie
totale.)
Tout au long des négociations, les Palestiniens ont constamment
rappelé aux Américains, aux Israéliens et
aussi... à eux-mêmes, qu'en vertu d'Oslo II, signé
à Washington en septembre 1995, Israël devait continuer
à redéployer ses forces (et son contrôle)
jusqu'à des "positions militaires identifiées".
L'agrément mutuel israélo-palestinien sur ce point,
à l'époque, était que les colonies israéliennes
entraient dans le champ des "positions militaires identifiées".
Selon les Palestiniens, vers la fin de la période intérimaire
(de cinq ans), Israël aurait dû s'être retiré
de 90% de la Cisjordanie, en application d'un accord signé
et ratifié. Les Palestiniens croyaient que la superficie
des colonies comportait seulement les zones construites, en laissant
une zone de cinquante mètre au-delà des dernières
maisons dans chaque colonie (conception ayant reçu l'aval
de Netanyahu à Wye River, qui considérait que cette
plage de cinquante mètres permettait l'"extension
interne" des colonies, pour leur accroissement démographique
naturel, ndt). Les colonies, ainsi définies, auraient représenté,
avec les bases militaires des Forces israéliennes de défense,
environ 10% de la superficie de la Cisjordanie. Sous Netanyahu,
Israël prétendit que l'accord faisait référence
à des "zones de sécurité" et non
à "des positions militaires définies"
: il s'agissait là d'une définition beaucoup plus
large qui permettait à Israël de décider de
manière unilatérale que les redéploiements
à venir serait beaucoup plus limités que ce que
les Palestiniens demandaient. Les services de Netanyahu fournirent
une version hébreue des accords d'Oslo, évoquant
des "azorim bitchoniim" : des zones de sécurité.
Au même moment, le Ministère israélien des
Affaires étrangères faisait circuler un document
interne portant la mention : "Secret - Diffusion restreinte",
avec la traduction exacte de l'expression "positions militaires
définies", montrant bien que l'interprétation
palestinienne (du contenu des accords) était l'interprétation
correcte.
M. Barak décida, avant même d'être élu,
qu'il "fondrait" ensemble le troisième redéploiement
à venir avec l'accord définitif, évitant
par là-même la nécessité d'avoir à
faire des "concessions superflues" aux Palestiniens.
En d'autres termes, il n'y aurait pas de nouveau redéploiement
(alors que les Palestiniens avaient manifesté le désir
que ces retraits concernent au moins la moitié de la Cisjordanie).
Barak pensait que, venant après Netanyahu, son offre "généreuse"
serait considérée par les Palestiniens comme leur
propre version des choses, consistant à recevoir leur propre
Etat "sur un plateau d'argent"... Pour Barak et Clinton,
le refus des Palestiniens était incompréhensible
: comment pouvaient-ils refuser ? Qui donc pouvait-il avoir mieux
à leur offrir ?
Dès Oslo, (en 1993), les Palestiniens n'ont cessé
d'affirmer qu'ils ont signé leur "compromis historique"
en renonçant à 78% de la Palestine (historique),
ce qui ne leur laissait que la Cisjordanie, Jérusalem-Est
et (la bande de) Gaza. Ils pensaient qu'Israël ferait son
propre "compromis historique" au cours des discussions
pour le statut définitif en se retirant de 100% de la Cisjordanie,
de Jérusalem-Est et de Gaza, en lui accordant quelques
rectifications de frontières mineures et en tenant compte
des nouvelles réalités sur le terrain. Le fait de
prendre en compte certaines de ces "nouvelles réalités"
conduisit Arafat à offrir à Barak 2% de la Cisjordanie
"gratis" et 2% supplémentaires en échange
contre des territoires de même qualité et de même
taille à l'intérieur d'Israël. (Il s'agit là
de la contre-proposition des Palestiniens, à Camp David,
dont personne ne parle jamais). La position palestinienne était
basée sur leur exigence que soit mise en application la
résolution 242 du Conseil de Sécurité (telle
qu'ils la perçoivent), qui préconise le retrait
total d'Israël de tous les territoires conquis en 1967. L'acceptation
d'Arafat de renoncer à 2% de la Cisjordanie "en cadeau",
a entraîné une profonde division au sein de la délégation
palestinienne. Des fuites officieuses ont même fait état
de "pugilat"entre au moins deux des délégués
de l'équipe palestinienne. La gravité de l'irritation
au sein de la délégation palestinienne aurait dû
être un signal, pour Israël, ainsi que pour les Américain,
leur indiquant que l'opinion publique palestinienne était
sur le point d'"exploser" si elle se trouvait devant
un choix "à prendre ou à laisser", en
ce qui concerne la "généreuse" "offre"
israélienne...
Des sondages d'opinion effectués auprès de la population
palestinienne à la suite de Camp David, ont montré
que le plus haut taux de rejet et d'hostilité dans cette
population concernait la question territoriale et notamment le
devenir des colonies (israéliennes). Les Palestiniens ont
assisté à l'expansion rapide des colonies et des
routes (de contournement) au cours des dix-sept mois écoulés
de gouvernement Barak (30% de plus que ce que Netanyahu avait
construit). Pour les Palestiniens, la réalité des
colonies, c'est qu'elles leur imposent de vivre sous occupation
perpétuelle, qu'elles entraînent la confiscation
de leurs terres, l'accaparement des ressources hydrauliques, des
décisions unilatérales de planification qui ont
un impact direct sur leur vie de tous les jours : l'idée
d'indépendance et de souveraineté palestiniennes,
dans ce contexte, se rapproche de la simple farce.
Le camp de la paix israélien a toujours protesté
contre la construction de colonies. Depuis le début du
mouvement de colonisation, le camp de la paix, en Israël,
est descendu dans les rues pour protester. Je me souviens de dizaines
de ces manifestations, la plus dramatiques d'entre elles, pour
moi, étant celle qui eut lieu à Efrat, en 1982,
par un samedi pluvieux, soit avant même que le premier colon
n'ai encore mis les pieds dans une colonie. Personne ne pouvait
ignorer la réalité des sommes (très importantes)
consacrées aux colonies, pour les routes, les infrastructures
et la construction des maisons. Je me souviens d'avoir eu cette
réflexion : "on porte des pancartes et eux, pendant
ce temps, ils construisent !" Quel sentiment d'impuissance
! La gauche israélienne savait que les colonies représentaient
un obstacle à la paix : même les Américains
le disaient... Alors pourquoi, dans ces conditions, le camp de
la paix a-t-il fini par admettre que les colonies étaient
une réalité de terrain et qu'on ne pouvait pas aller
contre ? Comment se fait-il que le camp de la paix, en Israël,
est devenu l'"avocat de la défense" des colons
et des colonies, contre les Palestiniens ?
Tout au long des négociations, durant des années,
la plupart des Israéliens ont affirmé la non-pertinence
de la légalité internationale, si éloquemment
exprimée par Ben Gurion "Um-schmoom", ce qui
signifie : "l'ONU ? Le délire !" Qui s'inquiète
du fait que la construction de colonies est une violation flagrante
du droit international ? Qui se préoccupe du fait que l'institution
réputée "progressiste" de la Cour Suprême
israélienne ait constamment repoussé l'idée
qu'elle devait prendre en considération le droit international
: son mandat se limite toujours au cadre de la jurisprudence israélienne.
Après l'effondrement total, et sans doute définitif,
du processus d'Oslo, il apparaît désormais que le
slogan "les colonies = pas de paix" correspond bien
à la réalité. Il semble quasi inimaginable
qu'un gouvernement israélien puisse un jour envisager de
supprimer plus de colonies que ce que Barak a proposé.
Les Palestiniens sont mécontents de l'hégémonie
exercée par les Etats-Unis en leur qualité autoproclamée
de seuls négociateurs légitimes. Leur demande d'intervention
internationale, de protection et même de médiation,
n'a rien de tactique, elle est stratégique. Ils savent
que la légitimité internationale est de leur côté.
Leur stratégie semble bien inclure aussi une guerre d'usure,
contre certaines implantations israéliennes isolées,
à l'image de celle menée par le Hizbollah (au Liban,
ndt), afin de prouver aux Israéliens que ces colonies leur
coûtent en fait très cher. Ce n'est pas un hasard
si Netzarim, Kfar Darom, Psagot, Kadim et Gahim sont devenues
des cibles pour cette nouvelle intifada.
Il faut aussi noter qu'au cours des quinze jours de négociations
à Camp David, Barak et Arafat ne se sont adressé
directement la parole que deux fois, pour moins d'une heure au
total. Chose surprenante, ces discussions n'ont porté que
sur le temps qu'il faisait à Camp David et la "gastronomie"
américaine. L'une des questions que je me pose, et à
laquelle je n'ai pas la réponse, est pourquoi Clinton a-t-il
admis que cette mascarade se poursuive aussi longtemps ? Selon
des indications entendues tant des Israéliens que des Palestiniens
et des Américains présents à Camp David,
Clinton aurait décidé après que Netanyahu
et Arafat aient dénié ce sur quoi ils étaient
tombés d'accord au cours de conversations en tête-à-tête,
à Wye Plantation, que des Américains assisteraient
à toutes les rencontres israélo-palestiniennes à
Camp David, afin d'y prendre tout en note. Barak venu à
Camp David avec la mentalité voulant que "toutes les
propositions israéliennes sont hypothétiques avant
qu'elles n'aient été, toutes, acceptées en
bloc", a refusé de se voir "piégé"
(ce sont ses mots) par des projets d'accord américains.
Ainsi, Barak a refusé de négocier directement avec
Arafat. Vu du côté américain, les membres
de l'Equipe de la Paix américaine ont été
désarçonnés par ce qu'ils ont considéré
comme l'issue tragique de Camp David pratiquement dès le
début, mais ils ont été incapables d'amener
Clinton, qui avait gagé la totalité de sa présidence
sur sa diplomatie au Moyen-Orient, à ouvrir enfin les yeux.
Camp David n'a été préparé sérieusement
par aucun des camps. Toutefois, le compte à rebours, déjà
engagé, de la présidence Clinton a fait que le processus
est allé de l'avant.
Puis vint le 28 septembre 2000. Arik Sharon, dans une attitude
de provocation directe face aux rumeurs, circulant en Israël,
selon lesquelles Israël abandonnerait sa souveraineté
sur le Mont du Temple (Esplanade des Mosquées, ndt), revendiqua
le droit de s'y rendre en visite. Barak, sous la pression de l'indignation
de la population contre son intention de livrer aux Palestiniens
ce que les Juifs considèrent être leur Lieu Saint
le plus sacré, déféra à l'exigence
de Sharon. Les versions divergent en ce qui concerne les propos
de Jabril Rajoub, qui aurait dit que la visite de Sharon ne poserait
pas de problème si Sharon n'entrait pas dans les mosquées
(version 1) ou qui aurait averti que, dans tous les cas, cette
visite aboutirait à une explosion (version 2). Cinq jours
avant Camp David, j'envoyais un rapport à Gilead Sher,
à l'attention du Premier ministre Barak. J'en donne ci-après
la teneur.
Personnel - Confidentiel
En vue de la convocation du sommet de Camp David, la semaine
prochaine, je désirerais vous soumettre certaines observations
et évaluations résultant du dialogue intensif qu'il
nous a été donné d'avoir avec des officiels
de haut rang tant en Israël qu'au sein de l'Autorité
palestinienne au sujet du futur de Jérusalem. Nous pensons
que ces observations et ces évaluations sont cruciales
dans la tentative d'atteindre à un accord sur le devenir
de Jérusalem.
1 - Les Palestiniens se sentent significativement renforcés
dans leurs positions de principe après les négociations
israélo-syriennes et le retrait des forces israéliennes
jusqu'à la frontière internationale israélo-libanaise.
2 - Le principe le plus important (chez les Palestiniens) est
de s'en tenir rigoureusement à la résolution 242
du Conseil de Sécurité de l'ONU, qui s'applique
aussi bien à la Cisjordanie et à la bande de Gaza,
de leur point de vue, qu'aux autres voisins d'Israël. Les
Palestiniens sont convaincus de cette position, et ils bénéficient
du fort soutien des experts du droit international, un peu partout
dans le monde. Ils n'en abandonneront pas un millimètre.
C'est une question de principe, et ils mesureront toutes négociations
et accords (à venir) à son aune.
3 - Pour les Palestiniens, la traduction pratique de la résolution
242 est le retour aux frontières de 1967. Toute modification
frontalière devra résulter, de leur point de vue,
de l'adhésion d'Israël aux principes de la résolution
242 et aux frontières de 1967, puis, en second lieu, de
l'acceptation par les Palestiniens de modifications apportées
à des territoires reconnus, avant toute chose, comme relevant
de leur souveraineté.
4 - En ce qui concerne Jérusalem, il est fondamental de
comprendre que pour les Palestiniens, Jérusalem, (Al-Quds),
c'est la Vieille Ville. Abu Dis, Shafat, Beit Hanina, etc. ne
sont pas Jérusalem et ne sauraient en tenir lieu. Les Palestiniens
sont plus fermes sur cette question que sur aucune des questions
abordées jusque-là. Leur position s'est considérablement
durcie au cours des six mois écoulés. Ils exigent
et continueront d'exiger, tant qu'il y aura des négociations,
le retour aux frontières de 1967, à Jérusalem.
Ils n'abandonneront jamais leur position, qui est que la totalité
de Jérusalem-Est doit être sous souveraineté
palestinienne. Ils défendront leur dossier en excipant
du droit international, des résolutions de l'ONU, et aussi
de la position internationale générale, qui est
qu'Israël n'a pas de droits légaux sur Jérusalem-Est.
De mon point de vue, les Palestiniens ne feront aucune concession
sur ce point. Au mieux, ils pourraient admettre qu'il n'y aurait
aucune souveraineté proclamée sur le Haram al-Sharif/Mont
du Temple , ni d'Israël, ni des Palestiniens, pour peu qu'ils
y exercent leur contrôle effectif.
5 - Si les Palestiniens obtiennent effectivement la souveraineté
sur Jérusalem-Est, ils pourraient, sous la pression, concéder
souverainement leur souveraineté sur les quartiers israéliens
situés à Jérusalem-Est (à l'intérieur
des limites de la municipalité), sur les quartiers juifs
de la Vieille Ville et sur le Kotel (Mur des Lamentations, ndt).
Pour citer un de nos hauts responsables, l'Etat palestinien n'a
ni intérêt ni ne désire régir plus
de 180 000 Israéliens résidant à Jérusalem
(Est). L'abandon partiel de souveraineté palestinienne
sur certaines parties de Jérusalem n'est "vendable"
aux Palestiniens qu'au prix de leur assurer avec insistance qu'il
s'agit là d'un droit exercé souverainement et non
de quelque chose à quoi ils sont contraints ou "fortement
encouragés".
6 - Une estimation israélienne pourrait être de juger
que le prix de l'accord est trop élevé. L'illusion
pourrait se faire jour, du côté israélien,
que les Palestiniens pourraient "céder" sous
la pression. De notre point de vue, c'est à exclure et
les probabilités d'affrontements violents augmenteraient
de manière significative, résultant d'une frustration
palestinienne aggravée. Arafat a reçu les encouragements,
s'il était besoin, de toutes les couches de la société
palestinienne, à tenir bon. Il fera lourdement pression
sur les Américains afin qu'ils soutiennent sa position
de principe et il va s'employer à leur dépeindre
Israël comme le premier violateur des accords déjà
signés. Il soulèvera la question de la non-exécution
par Israël des redéploiements militaires prévus
comme principal exemple de non-mise en pratique par Israël
de ses engagements.
7 - Notre évaluation nous conduit à affirmer que
la seule façon d'obtenir un accord sur Jérusalem,
avec les Palestiniens, serait d'aller beaucoup plus loin que les
positions qui ont toujours été celles d'Israël.
Sans cela, il n'y aura pas d'accord final et pas d'agrément
palestinien à la fin du conflit ni de satisfaction, par
voie de conséquence, des exigences israéliennes.
L'ajournement d'une décision sur Jérusalem signifiera
nécessairement qu'il n'y aura pas d'accord de "fin
de conflit". Il est fondamental de bien le comprendre.
Peu de temps avant Camp David, les médias israéliens
ont rapporté l'information selon laquelle l'instance suprême
rabbinale envisageait de réexaminer la loi religieuse juive
(Halakha) sur la question des prières juives sur le Mont
du Temple. On a rapporté par la suite que ce réexamen
inclurait la possibilité de construire un lieu de prière
pour les Juifs quelque part sur le Mont du Temple. A l'instar
de la presse israélienne, qui a publié moult reportages
sur les constructions et les fouilles des Palestiniens sur le
Mont du Temple, causant des dégâts irréparables
aux traces historiques (fondamentales pour les Juifs) du Temple
Sacré, les médias palestiniens et arabes ont croulé
sous les histoires d'Israéliens creusant des tunnels sous
la mosquée Al-Aqsa et de plans israéliens visant
à s'en emparer et à la diviser entre lieux de prières
pour les Juifs et les Musulmans, à l'instar du Caveau des
Patriarches, à Hébron (Mosquée d'Abraham).
Plusieurs jours avant la visite de Sharon au Mont du Temple, le
mouvement islamique, en Israël, a organisé une conférence
à laquelle quelque 70.000 personnes ont assisté
(du moins, c'est le chiffre rapporté par la presse), à
Umm el-Fahm, sous le titre "Al-Aqsa en danger". Sharon,
qui ne visait, par sa visite, qu'à affaiblir Barak aux
yeux de l'opinion publique israélienne, n'a jamais escompté
que sa visite antraînerait la réponse qu'elle a provoquée
en Palestine.
Qu'est-ce qui a déclenché l'Intifada d'Al-Aqsa
?
Je pense que le déclenchement de l'intifada n'a ni
été planifié ni pensé stratégiquement
par la direction palestinienne, que ce soit l'Autorité
ou le Tanzim. Nous avons affaire à un enchaînement
d'événements qui se sont développés
très rapidement, ont connu une escalade et ont échappé
à tout contrôle. Les décisions concernant
sa continuation et son évolution ont été
prises, pour la plupart, en fonction des événements
eux-mêmes. Voici comment je vois leur déroulement.
La visite de Sharon, accompagné de centaines de membres
des forces de sécurité, le jeudi 28 septembre, sur
le Mont du Temple, s'était déroulée pratiquement
sans incident. Toutefois, cinq Palestiniens avaient été
tués et plus de 300 blessés au cours de heurts en
Cisjordanie. Seulement 2 000 fidèles musulmans, environ,
se trouvaient sur le Mont du Temple lorsque la visite de Sharon
eut lieu. Alors que ce dernier avait déjà quitté
les lieux, quelques pierres furent lancées. Le vendredi
29 septembre, les leaders palestiniens ont appelé à
des manifestations dans toutes les localités des territoires
et en particulier sur le Haram al-Sharif (Esplanade des Mosquées,
ndt). A la fin des prières du soir de ce vendredi, quelque
50.000 fidèles affrontaient les bataillons de la police
israélienne et des Gardes-Frontières qui étaient
venus pour maintenir l'ordre public. Des émeutes éclatèrent
immédiatement. L'une des premières pierres jetées
toucha le commandant de la police israélienne Yair Yitzhaki
à la tête. Ce dernier fut évacué de
l'Esplanade des Mosquées sur une civière, en état
de choc. J'ai pu parler à l'un des officiers qui se trouvaient
sur les lieux, plusieurs jours après. Il m'a dit que lorsque
les policiers ont vu leur commandant évacué, apparemment
sérieusement touché à la tête, ils
ont perdu tout contrôle d'eux-mêmes. Personne ne contrôlait
plus rien et des tirs à balles réelles furent utilisés
afin de disperser les insurgés. Quatre Palestiniens furent
tués, sur l'Esplanade des Mosquées, deux autres
dans la Vieille Ville et encore quatre autres à Gaza, et
plus de sept cent, blessés. Le samedi 1er octobre 2001,
Israël célébrait le Rosh Hashana (le Jour de
l'An juif), dix nouveaux Palestiniens furent tués et plus
de cinq cents, blessés. Ce même samedi, des citoyens
palestiniens d'Israël se sont joints aux émeutes et
les principaux carrefours, dans le pays, furent coupés,
rendant inutilisables les routes de Cisjordanie, du Wadi Ara et
de Galilée. Le pays était en état de siège
et les gens, des deux côtés, étaient très
en colère. Le dimanche 2 octobre, les Palestiniens enterraient
trente-trois des leurs. La situation échappait à
tout contrôle. Alors que la première journée
des émeutes était déjà bien avancée,
des hommes armés du Tanzim (organisation du Fatah) sont
sortis et ont tiré contre des cibles israéliennes
en Cisjordanie et à Gaza. La police régulière
d'Arafat ne participa pas aux échanges de tirs, mais elle
se garda bien d'essayer de les arrêter. Le Tanzim parvint
à faire sortir des masses de gens dans les rues, en particulier
lorsqu'il s'agissait d'organiser les cortèges funèbres
dans l'ensemble des territoires.
En Israël, ce qui avait commencé comme des manifestations
contre ce que les gens percevaient comme des plans israéliens
visant le Haram al-Sharif devint rapidement une émeute
populaire généralisée, en réponse
à la force brutale utilisée par la police israélienne
contre les citoyens palestiniens de l'Etat d'Israël.
Le dimanche au soir, l'IPCRI organisa une rencontre à Ramallah,
avec le chef de la sécurité préventive de
Cisjordanie, Jabril Rajoub et deux parlementaires membres de la
Knesseth, du parti Meretz, Avshalom (Abu) Vilan et Mosy Raz. Abu
Vilan avait servi comme officier sous Barak dans l'unité
d'élite et il entretenait une amitié très
intime avec ce dernier, en dépit de son engagement au Meretz.
Afin de préparer cette rencontre, Vilan avait pris contact
avec Barak, qui lui remit un message à l'intention de Yasser
Arafat. Jusqu'alors, il n'y avait eu aucun contact direct entre
Barak et Arafat, depuis le début de l'intifada. Rajoub
appela Arafat au téléphone et lui livra le message
de Barak : "Netzarim et le Tombeau de Joseph vous sont acquis,
dans les négociations, mais si on nous tire dessus, nous
défendrons ces positions, ainsi que toutes les autres".
Au nom de Barak, Vilan demanda à Rajoub de demander à
Arafat quelles étaient ses conditions pour une cessation
totale de toute violence. Arafat répondit en énumérant
six conditions, que j'ai notée sur une nappe en papier,
dans le bureau de Rajoub. Les voici :
1 - fin des bouclages
2 - retour de toutes les forces à leurs positions antérieures
au 27 septembre 2000
3 - retrait de toutes les forces de police excédentaires
de Jérusalem : Vieille Ville et quartiers entourant l'Esplanade
des Mosquées (al-Haram al-Sharif)
4 - réouverture de tous les points de passage frontaliers
: le pont Allenby, la frontière de Rafah et l'aéroport
de Gaza
5 - levée du siège imposé aux villes palestiniennes
6 - enquête internationale sur les événements
des quatre jours écoulés.
Vilan appela au téléphone Barak, qui était
chez lui, à Cochav Yair. Barak répondit qu'il était
en train de faire procéder à des recoupements afin
de vérifier les informations reçues. Quinze minutes
plus tard, l'attaché militaire de Barak confirma qu'ils
avaient bien reçu les mêmes informations d'une source
différente. Arafat, par l'intermédiaire de Rajoub,
suggéra de rencontrer Barak dans l'après-midi afin
de mettre la dernière main à un projet. Barak demanda
un délai supplémentaire. Jabril Rajoub dit aux membres
de son entourage de se tenir prêts à une rencontre,
dans son bureau, entre Barak et Arafat. Arafat était à
Ramallah. Après une demi-heure, l'attaché militaire
de Barak informa Vilan du fait qu'un autre canal de communications
avait été ouvert et que Barak avait une prédilection
pour celui-ci. Cet autre intermédiaire, c'était
Yossi Ginosar, ancien directeur-adjoint de GSS, émissaire
de Rabin et de Barak auprès d'Arafat et partenaire en affaires
du businessman en chef d'Arafat, Mohammad Rachid.
Un quart d'heure après, environ, l'attaché militaire
de Barak informa Vilan que Barak accepterait les conditions 1,
2, 3, 4 et 5. Mais qu'il était hors de question qu'il acceptât
le point 6. Par la suite, il informa Vilan qu'il n'était
pas d'accord pour rencontrer Arafat dans l'après-midi.
Nous fumes conduits, sous escorte de Rajoub en personne et de
ses hommes, en dehors de Ramallah. Plus tard, une rencontre eut
lieu entre Ginosar et Arafat. Ce fut une catastrophe : la rencontre
se termina en engueulade en règle entre les deux hommes.
Vers la fin octobre, 134 Palestiniens avaient été
tués et plus de 7 000, blessés. Les victimes israéliennes
commençaient, de leur côté, à s'accumuler.
Aujourd'hui, (le 14 mai 2001), les chiffres palestiniens s'établissent
ainsi qu'il suit (ils ont été fournis par le Conseil
palestinien pour la Justice et la Paix) :
- les soldats et les colons israéliens ont tué 492
Palestiniens, dont 172 enfants âgés de moins de dix-huit
ans, et 77 étudiants. Le nombre total de blessés
par les tirs israéliens s'établit à 23 147,
dont 40% d'enfants et 2077 étudiants. Trois médecins
palestiniens et un médecin allemand ont été
tués.
- 91 membres des personnels hospitaliers et 71 journalistes ont
été blessés
- le nombre de mutilés, causés par les attaques
israéliennes, a atteint 2 200 Palestiniens, à comparer
aux 2 525 Palestiniens rendus infirmes au cours de la première
intifada (1987-1992).
- les attaques israéliennes ont mis hors d'usage 9 ambulances,
tandis que 82 autres étaient criblées de balles
- le chômage s'est accru de 56%, avec 297 000 Palestiniens
valides sans travail.
- l'économie palestinienne a enregistré des pertes
évaluées à 4,4 milliards de dollars. Le PNB
a chuté de 50,7% au cours des sept mois écoulés.
Le secteur agricole palestinien a perdu 217 905 509 dollars au
31 mars 2001. Environ 30 000 agriculteurs palestiniens ont subi
des pertes très importantes. Les troupes israéliennes
ont détruit 108 puits artésiens (fournissant de
l'eau potable) ; 392 mares ; 3 802 mètres de canalisations
d'eaux des réseaux municipaux ; 41 015 mètres de
haies et de murs de soutènement et 804 têtes de bétail.
Les bulldozers et les tanks israéliens ont déraciné
280 000 oliviers et arbres fruitiers adultes et rendus inutilisables
42 000 dunum (1 dunum = 1/10 hectare) de terres, principalement
dans la bande de Gaza. Les sites rendus impropres aux cultures
représentent 11% de la superficie totale de la bande de
Gaza (367 kilomètres carrés). Les autorités
israéliennes ont confisqué 2 617 dunum de terres
afin d'étendre des colonies israéliennes ou de tracer
des routes de contournement au seul usage des colons.
- les autorités israéliennes ont arrêté
1 850 Palestiniens, dont 50% d'enfants âgés de moins
de dix-huit ans. 41 écoles ont été fermées
sur ordre de l'armée, 65 étudiants et 15 enseignants
arrêtés.
- depuis le 8 septembre 2000, l'armée israélienne
a entièrement détruit 4 000 maisons ainsi que d'autres
bâtiments, dont 328 fermes et hangars, 29 élevages
de poulets, 30 mosquées et 12 églises. Les opérations
de l'armée israélienne ont entraîné
le déplacement de 4 000 familles palestiniennes. La famille
palestinienne moyenne comporte dix membres, dans la bande de Gaza,
et six en Cisjordanie. Les autorités israéliennes
d'occupation ont divisé les territoires palestiniens en
petites sections, divisant la Cisjordanie en 64 secteurs et la
bande de Gaza en trois. Ces divisions ont séparé
les villes, les villages et hameaux palestiniens en cantons isolés
et facilement contrôlables, entraînant une restriction
quasi totale des déplacements des civils palestiniens.
Les forces israéliennes ont installé 145 blocs de
ciment pour bloquer les routes, dont 103 en Cisjordanie et 42
dans la bande de Gaza. Ces mesures ont été prises
afin d'infliger une humiliation supplémentaire au peuple
palestinien. Les forces israéliennes ont condamné
toutes les routes à grande circulation, les nationales
et les routes départementales, et jusqu'à des chemins
vicinaux et des sentiers de terre. Les Palestiniens ont été
contraints de recourir à des pistes de montagne, dangereuses,
afin de contourner les bouclages israéliens. Aujourd'hui,
un Palestinien met en moyenne trois fois plus de temps à
se déplacer entre un point et un autre du territoire qu'il
ne pouvait le faire en temps normal.
Le ministère israélien des affaires étrangères
donne ses propres chiffres :
- 77 soldats et civils ont été tués et des
centaines, blessés, depuis le 28 septembre 2000. Les Israéliens
sont contraints à vivre dans une atmosphère de peur
omniprésente
- l'économie israélienne a subi des pertes majeures
en matière d'investissements, de ressources touristiques,
et la captation par les dépenses militaires de fonds originellement
destinés à des investissements civils.
Les chiffres détaillés, les noms des victimes et
des lieux où ont eu lieu des attaques sont disponibles
sur le site du Ministère israélien des affaires
étrangères :
http://www.israel.org/mfa/go.asp?MFAH0ia50
Vers quoi allons-nous ?
La position déterminée du nouveau gouvernement
israélien dirigé par Sharon est claire : il n'y
aura pas de négociations avec les Palestiniens tant que
toute violence n'aura pas cessé. La position d'Arafat est
tout aussi claire : il ne cherchera même pas à arrêter
la violence sans qu'existe une forme quelconque de gain politique
qu'il puisse présenter à son peuple, qui a subi
des pertes énormes. Sharon a dit qu'il n'est pas intéressé
par un accord définitif ; il préfère parler
d'un accord intérimaire sur le long-terme, qui pourrait
consister en quelque 42% de la Cisjordanie avec une souveraineté
nationale palestinienne limitée. Arafat, qui a rejeté
la proposition lui attribuant 98% de la Cisjordanie, ne peut en
aucun cas accepter ces conditions.
Initialement, il semblait que l'intifada apporterait certains
bénéfices politiques à Arafat. Les positions
formulées par Israël à Camp David ont effectivement
évolué de manière significative dans un sens
favorable aux Palestiniens, évolution ayant abouti à
la conclusion des négociations de Taba, quelques jours
avant les élections législatives en Israël.
Mais il était déjà trop tard et le pari électoral
de Barak a miné tant ses positions politiques que le processus
de paix lui-même.
De mon point de vue, l'erreur fatale commise par Arafat s'est
produite en gros au quatrième jour de l'intifada. Eût-il
pris le contrôle des choses à ce moment-là
et eût-il mis fin sans tergiverser à la résistance
et à la violence, il aurait pu retourner à la table
des négociations et y faire la bonne figure du leader courageux.
Les Israéliens et les Américains auraient alors
compris sa profonde insatisfaction face à l'"offre
généreuse" israélienne. Cela se serait
produit avant l'horrible lynchage de deux réservistes israéliens
qui avaient franchi un point de contrôle par erreur et avaient
connu une fin terrible, battus à mort par une populace
déchaînée à Ramallah. Il aurait été
possible alors de parvenir à des ententes et des accords
sur pratiquement tous les points. Dans le pire des cas, le processus
de paix se serait poursuivi, avec beaucoup plus de sympathie et
de soutien en faveur des positions palestiniennes.
La grande erreur de Barak fut de ne pas laisser à Arafat
le répit d'une seule semaine sans enterrements. Chacun
des cortèges funèbres (des martyrs, ndt) ne faisait
que jeter de l'huile sur le brasier de la colère des Palestiniens.
Barak était sous le feu des critiques, en Israël.
Aux yeux de l'opinion publique israélienne, il était
faible et instable. Il sentait sans doute qu'en tant que chef
militaire - "Monsieur Sécurité" - il devait
faire étalage de la force d'Israël et de son impatience
d'en découdre. Le recours par Barak à toute la panoplie
de la puissance militaire israélienne n'a fait qu'encourager
la société palestinienne à opter totalement
pour la continuation de la violence anti-israélienne et
à la soutenir.
Les tentatives continuelles déployées par Shimon
Pérès en vue de trouver une issue sont vraisemblablement
vouées à l'échec. Pérès parie
sur l'aide économique aux Palestiniens. Une fois de plus,
il ne comprend pas que le peuple palestinien soutient totalement
sa lutte (nationale) et ne croit absolument pas en des négociations
avec Israël. Il croit d'ailleurs encore moins en Shimon Pérès.
Les Palestiniens savent pertinemment qu'Israël, en accordant
plus de permis de travail aux Palestiniens, peut du même
coup imposer des bouclages (des territoires) et des sièges
et (exercer un chantage) en annulant à sa guise toute nouvelle
opportunité économique. Construire des ponts et
des routes entre la Cisjordanie et Gaza n'infléchira pas
plus l'opinion palestinienne en faveur des initiatives de Pérès.
L'attention politique des Palestiniens est entièrement
focalisée, actuellement, sur deux questions : l'envoi d'observateurs
internationaux dans les territoires et le gel total des colonies.
Aucune proposition en-deçà de ces deux exigences
ne saurait amener Arafat à prendre une mesure quelconque
allant dans le sens d'un arrêt des combats. Même si
Israël finissait un jour par mettre ces deux questions à
son ordre du jour, ce qui semble très peu probable, il
n'y a aucune chance pour que de futures négociations sous
la houlette d'Arafat et de Sharon donnent quoi que ce soit.
De plus, selon de nombreux rapports, dont ceux du Consulat Général
des Etats-Unis à Jérusalem, on compte d'ores et
déjà plus de 10.000 appartements vides dans les
colonies. Nombreuses sont les colonies, surtout dans des zones
isolées, à Gaza, dans la vallée du Jourdain
et "au coeur" de la Cisjordanie, où le tissu
social est en train de s'effilocher en raison des conditions difficiles,
créées par l'intifada, auxquelles les colons doivent
faire face. On constate presque tous les jours que nombreux sont
les colons à inscrire leurs rejetons dans des écoles
à l'intérieur de la "Ligne Verte" pour
l'année prochaine, indication claire que ces colons ont
l'intention de partir (avant l'automne). Il est certain que si
les colons pouvaient bénéficier de possibilités
de trouver un logement en Israël, ils seraient très
nombreux à vouloir vivre chacun de leur côté.
Il faut mentionner à ce sujet qu'en dépit de la
situation difficile (pour les colons), plus de 50% des Israéliens
éprouvent toujours aussi peu de sympathie pour les colonies.
Les chiffres sont encore plus cruels en ce qui concerne les colonies
de la bande de Gaza.
Le lancement du processus de paix, après la conférence
de Madrid (1991) avait fait émerger le projet "Gaza
d'abord". Le camp de la paix israélien pourrait le
reprendre. Cette fois, "Gaza d'abord" devrait faire
référence au démantèlement de toutes
les colonies israéliennes de la bande de Gaza, "d'abord".
Il serait avisé de préciser que ce démantèlement
doit faire partie d'un compromis avec les Palestiniens, qui devraient
mettre un terme aux actions de résistance et à l'intifada
"d'abord" dans la bande de Gaza. Les initiatives internationales
devraient adopter ce programme, elles aussi. L'Union européenne
et ses Etats membres devraient inviter Israël à se
retirer totalement de Gaza, et les médiateurs internationaux
s'efforcer d'obtenir des compromis entre les deux parties. Une
initiative de ce type pourrait grandement aider le camp de la
paix en Israël à se reconstituer et à remobiliser
ses soutiens à l'étranger. Aucun Israélien
sain d'esprit n'a d'intérêt à la perpétuation
de l'occupation de 30% de la bande de Gaza et à devoir
protéger les colons fanatiques qui obligent Israël
à y maintenir sa présence militaire.
Le changement politique : vers quoi allons-nous ?
Qui contrôle la Palestine ? Arafat a-t-il la situation
en mains ? Ces questions font l'objet des controverses quotidiennes
des différents services de sécurité israéliens.
Mon évaluation personnelle est qu'Arafat ne contrôle
pas le niveau tactique. Il ne donne ni consignes ni ordres, mais
il conserve la supervision de l'ensemble. Il a créé
un environnement qui encourage les attaques contre Israël.
Ses propres appareils fournissent les armes et les munitions.
L'Autorité palestinienne a cessé de fonctionner
en tant que gouvernement fournissant les services, mais les appareils
sécuritaires palestiniens fonctionnent à plein,
sous le contrôle direct d'Arafat. D'après mes évaluation,
Arafat peut reprendre le contrôle des choses, s'il le veut
vraiment. Il ne suffirait pas d'appuyer sur un bouton, certes,
mais il est bel et bien au pouvoir. La question centrale est celle
de savoir, au cas où il mettrait un terme à la résistance
et à la violence, s'il disposerait d'un quelconque argument
lui permettant de convaincre l'opinion publique palestinienne
que son combat valait les graves pertes subies ?
Il faut comprendre que tant qu'un changement politique ne se sera
pas produit - des deux côtés - nous devrons parler
de la gestion du conflit et non pas de sa résolution. Un
changement politique en Israël n'est pas à l'ordre
du jour avant plusieurs années. Sharon peut tomber, il
peut aussi rester au pouvoir jusqu'au bout de son mandat, mais
après Sharon, viendra Netanyahu. L'opposition de gauche
emmenée par le parti travailliste ne reviendra pas aux
affaires sans qu'interviennent dans le camp palestinien des changements
politiques, seuls catalyseurs d'une renaissance des espoirs de
paix. Il est fort peu vraisemblable que la direction palestinienne
change aussi longtemps qu'Arafat conservera ses fonctions (autant
dire, de son vivant). Dans ces conditions, quel espoir reste-t-il
? Tout d'abord, le rapport de la Commission Mitchell pourrait
fournir une sorte d'"échelle" permettant aux
deux parties d'en rabattre sur leurs positions respectives. Le
fait que les deux parties en apprécient l'objectivité
est son principal atout, à la différence de l'initiative
jordano-égyptienne qu'Israël considérait comme
pro-palestinienne. Ainsi, un des axes pour des actions futures
pourrait bien être de trouver le moyen de traduire le rapport
Mitchell en politiques sur le terrain. Le principal obstacle,
en cette matière, est le refus opposé par Israël
à tout gel total des colonies. Le gouvernement Sharon est
bâti sur l'apport de l'extrême droite qui bénéficie
du soutien des colons. Néanmoins, les efforts (diplomatiques)
internationaux doivent être décisivement orientés
dans ce sens.
Il doit être bien clair, ensuite, que, comme je l'ai dit
par le passé, il n'y aura aucun progrès s'il n'y
a pas une réelle mobilisation internationale, et en particulier
des Etats-Unis. Ils auraient le plus grand avantage à s'engager
sans tarder car il risqueraient fort d'être contraints de
le faire par l'extension de la crise dans la région. J'ai
toujours observé la plus grande prudence jusqu'ici, me
refusant à évoquer les contagions régionales
possibles de l'intifada, toutefois, l'émeute survenue vendredi
dernier, le 11 mai 2001, à Amman, et le recours à
la force par la police jordanienne pour l'enrayer représente
sans doute le premier signal d'alarme réel que des débordements
régionaux sont inévitables. De mon point de vue,
la situation est très instable en Jordanie et l'avenir
du régime hashémite n'est en rien garanti. La continuation
de la dégradation sur le front israélo-palestinien
entraînera inévitablement un jour ou l'autre une
erreur atteignant des proportions encore inouïes, de l'ampleur
du massacre de cent réfugiés palestiniens à
Kafr Qana, au Liban, au cours de l'opération dite "Raisins
de la Colère". Une erreur de ce type entraînerait
des émeutes massives à Amman, en particulier dans
les camps de réfugiés. Même si les camps d'Amman
sont désarmés, ils sont contrôlés par
des alliances entre le Tanzim (du Fatah) et les forces du Hamas,
qui pourraient mobiliser la population très aisément.
Je ne pense pas qu'une répétition des événements
de 1970 est possible (Septembre noir) ; Amman ressemblerait plutôt,
sans doute, au Belgrade des derniers jours du règne de
Milosevitch. Dans ce cas de figure, plutôt que de combattre,
on verrait sans doute le Roi Abdullah II et sa famille dans le
premier avion pour Londres. Inutile de préciser qu'un régime
palestino-islamiste en Jordanie ouvrirait un front totalement
différent sur le flanc oriental d'Israël. Dans ce
cas, l'engagement américain serait nécessairement
différent, et les options offertes, beaucoup plus limitées.
Les possibilités d'un embrasement des frontières
septentrionales d'Israël, avec le Liban et la Syrie, sont
rien moins que nombreuses.
Il est indispensable, aussi, de s'intéresser, peut-être
pour la première fois, au lien fondamental entre la paix
et la démocratie. La quasi totalité des programmes
internationaux d'aide à l'établissement de la démocratie
et de la bonne gouvernance en Palestine se solde par de l'argent
gâché en vain. Faire la paix, construire la paix,
ne peut relever seulement de programmes venus d'en-haut. Vous
ne pouvez pas faire la paix avec une autorité, vous faites
la paix avec un peuple. Ceci nonobstant, les Européens,
les Israéliens, et les Américains ont tous contribué
à soutenir l'Autorité palestinienne, croyant (à
tort) qu'il n'y avait pas d'alternative à Arafat à
et son Autorité auto-proclamée. Les Israéliens,
les Européens, les Américains et l'Autorité
palestinienne elle-même craignaient qu'une démocratie
palestinienne authentique n'aboutisse au résultat opposé
à ce qui était escompté : la prise du pouvoir
par une opposition hostile à la paix (ce que j'ai appelé,
plus haut, le "syndrome algérien"). Une possibilité
de ce type existe bel et bien, en particulier face à une
Autorité palestinienne perçue par de très
nombreux Palestiniens comme indigne du pouvoir. Néanmoins,
j'ai toujours pensé qu'une démocratie palestinienne
réelle ne sera pas en fin de compte bénéfique
pour la seule Palestine, mais bel et bien pour Israël, aussi,
et je n'ai pas cessé d'en être persuadé.
La volonté du peuple palestinien doit être portée
au pouvoir et la démocratie finira par fournir la base
d'une paix stable et durable dans la région. Il faut dire
haut et fort que les Israéliens, les Européens et
les Américains n'ont pas été les seuls à
redouter une démocratie palestinienne réelle. Les
régimes arabes, dans la région, l'ont sans doute
encore plus redoutée et même si aucun leader arabe
n'a de sympathie particulière pour Arafat, ils ont toujours
considéré sa survie (politique) préférable,
pour eux, à toute alternative.
Les vents du changement soufflent sur la Palestine, ils ont été
déclenchés par une poignée d'intellectuels
palestiniens. Il s'agit là d'un développement très
positif, qui devrait être encouragé de toutes les
manières possibles et imaginables. Actuellement, l'une
des initiatives de ce type consiste en une pétition soutenant
les réformes internes en Palestine et la démocratie.
D'autres initiatives existent. Il s'agira peut-être là
de l'une des rares retombées heureuses de l'intifada.
Israël doit, lui aussi, se pencher sur sa propre démocratie
et sur les droits de ses citoyens palestiniens. L'intensité
de l'insurrection interne à Israël a choqué
tous les partenaires concernés. Elle a marqué une
rupture dans les relations entre les citoyens palestiniens d'Israël
et l'Etat. Je ne doute pas un seul instant que le refus de Barak
de les considérer comme des partenaires à part entière
dans son gouvernement a été l'un des ingrédients
qui ont contribué à allumer l'incendie. Le comportement
de la police israélienne, l'utilisation de balles réelles
et la force brutale ont démontré à chaque
Israélien palestinien qu'il n'est pas un citoyen à
part entière, aux yeux de l'Etat lui-même. Le refus
du ministre Shlomo Ben Ami d'assumer une quelconque responsabilité
dans ce qui s'est passé, alors même qu'il assurait
la tutelle sur les forces de police, continue à me laisser
pantois et pose de graves questions sur l'honnêteté
intellectuelle de ce professeur d'histoire converti à la
politique. Il est grand temps pour Israël d'adopter une politique
d'intégration réelle de ses citoyens palestiniens.
Il est grand temps de s'intéresser aux problèmes
de cette minorité nationale en matière d'autonomie
lui permettant de satisfaire ses besoins propres dans les domaines
de la culture et de l'éducation. Il est grand temps de
trouver les moyens adaptés permettant de créer un
Israël réellement démocratique qui permettrait
l'expression de son caractère d'Etat juif sans pour autant
se sentir menacé par les droits égaux accordés
à la minorité palestinienne à exprimer sa
propre identité palestinienne et arabe. Il est grand temps,
aussi, d'intégrer complètement les Israéliens
palestiniens à la vie politique et sociale israélienne.
Ils doivent être admis au gouvernement. L'Etat d'Israël
doit adopter des mesures énergiques afin d'assurer un développement
et des opportunités égales pour les Israéliens
palestiniens. L'Etat d'Israël doit réaffecter les
terrains inoccupés aux villes et villages palestiniens
d'Israël afin de leur permettre de se développer normalement.
Plus l'Etat d'Israël considérera tous ses citoyens
de manière authentiquement démocratique, plus ces
citoyens se sentiront des citoyens à part entière
de cet Etat.
Nous n'avons pas reculé seulement de dix ans, durée
du processus de paix. La situation actuelle est bien pire que
ce qu'elle était au début de la première
intifada, en 1988, année où l'IPCRI fut fondée.
C'était une période de grandes espérances
en un futur meilleur. Aujourd'hui, nous vivons dans un trauma
proche de celui de l'après-guerre de 1948. La confiance
entre Israéliens et Palestiniens atteint un nouveau bas-fond
et les espoirs de paix dans la région ne relèvent
même plus de nos rêves les plus fous. Comme dit l'autre
: "le futur n'est plus ce qu'il était, ma p'tite dame".
Les efforts de dialogue direct entre Israéliens et Palestiniens,
de peuple à peuple, sont pratiquement inexistants, aux
rares exceptions des actions menées par l `IPCRI, l'ECF,
Givat Haviva et quelques autres mouvements. Il s'agit là
d'une perte tragique pour l'ensemble de la région. Il faut
que le dialogue continue, coûte que coûte. Les énergies
devraient être orientées vers des investissements
à long terme, et non vers des projets à l'objectif
unique, dépourvus de toute continuation élaborée
possible. Les organisations non-gouvernementales palestiniennes
et israéliennes doivent être encouragées à
poursuivre et à développer leur action en les convainquant
du fait que la paix se bâtit en commençant par les
fondations, du bas en haut. Les Palestiniens engagés dans
des activités militantes de ce type doivent recevoir notre
soutien, afin de les défendre contre le découragement
qui pourrait découler de la tendance actuelle à
les voir d'un mauvais oeil. Ce sont des gens courageux qui ont
besoin de notre aide - financière, intellectuelle et morale.
Les individus, les institutions et les gouvernements de par le
monde sont appelés chaleureusement à jouer un rôle
actif en soutien aux actions associant directement les deux peuples,
palestinien et israélien.
Même s'il est difficile d'être optimiste, aujourd'hui,
nous ne devons pas abandonner tout espoir. Un jour, cette région
retrouvera ses esprits et la raison son empire sur la sphère
publique. Il n'y a qu'une façon d'amener la paix - c'est
de négocier. Comme je l'ai déjà indiqué,
les paramètres pour un accord de paix n'ont pas changé,
ni ne sont près de changer. La reconnaissance et la mise
en oeuvre d'une solution à deux Etats sur la base du tracé
des frontières antérieures au 4 juin 1967 représentent
le seul "calque" pour un possible accord de paix. Il
est essentiel de reconnaître, également, qu'une paix
réelle ne peux émerger que si les deux Etats - Israël
et la Palestine - travaillent à l'avenir ensemble, coopèrent
l'un avec l'autre et se soutiennent mutuellement. Le conflit en
cours a toutes les "chances" d'éloigner les mentalités
israélienne et palestinienne de tous projets de coopération
future. Ce serait un écueil fatal pour la paix. Aujourd'hui
même, alors que la bataille fait rage, les responsables
israéliens et palestiniens admettent qu'ils devront bien
un jour revenir s'asseoir à la table des négociations.
Il est temps d'encourager ces responsables à le dire haut
et fort et non pas à le susurrer dans des rencontres confidentielles.
Un travail titanesque nous attend pour reconstruire la confiance
qui a été si horriblement atteinte. Il faut s'y
atteler sans plus attendre, même en commençant par
les choses les plus simples. Des petites avancées peuvent
être faites par les responsables, mais elles peuvent être
faites, aussi, par les citoyens ordinaires qui savent bien, au
fond de leur coeur, comme j'en ai moi-même la conviction,
que la paix finira par s'imposer.
+++++++++++++++++++++++
Point d'information Palestine > Numéro·152 du
20/06/2001,
<amfpmarseille@wanadoo.fr> Traduction: Marcel Charbonnier.
L'adresse électronique de ce document est: http://aaargh-international.org/fran/actu/actu001/doc2001/baskin.html
Ce texte a été affiché sur Internet à des fins purement éducatives, pour encourager la recherche, sur une base non-commerciale et pour une utilisation mesurée par le Secrétariat international de l'Association des Anciens Amateurs de Récits de Guerre et d'Holocaustes (AAARGH). L'adresse électronique du Secrétariat est <aaarghinternational@hotmail.com>. L'adresse postale est: PO Box 81475, Chicago, IL 60681-0475, USA.
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de l'homme, qui stipule:
ARTICLE 19
<Tout individu a droit à la liberté d'opinion
et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être
inquiété pour ses opinions et celui de chercher,
de recevoir et de répandre, sans considération de
frontière, les informations et les idées par quelque
moyen d'expression que ce soit>
Déclaration internationale des droits de l'homme,
adoptée par l'Assemblée générale de
l'ONU à Paris, le 10 décembre 1948.