L'année 1938 fat marquée par deux événements qui modifièrent profondément l'équilibre européen : l'Anschluss au printemps, le rattachement des Sudètes au Reich à l'automne. Ils se produisirent au terme d'une évolution de la situation internationale caractérisée par un certain nombre d'autres événements indépendants du fait allemand ou n'ayant qu'un rapport indirect avec lui, mais qui étaient allés dans un sens favorable à ses vues : le départ du Japon de la S.D.N. (26 mars 1933) et le pacte antikomintern signé entre le Japon et l'Allemagne (25 novembre 1936) qui en fut la conséquence ; les sanctions votées par la S.D.N. contre l'Italie (11 octobre 1935), le rapprochement entre l'Italie et l'Allemagne (24-25 octobre 1936) qu'elles provoquèrent, puis l'adhésion de l'Italie au pacte antikomintern (6 novembre 1937) ; l'accession du Front populaire au pouvoir en France (26 avril-3 mai 1936) ; et enfin la guerre civile espagnole en cours (16 juillet 1936-31 mars 1939).
Assez curieusement, c'est par les dissentiments qui surgirent entre Américains et Japonais dans le Pacifique et en Chine, que la situation en Europe commença de s'aggraver sérieusement. En fait, ces dissentiments remontaient assez loin dans le passé. En 1914, le Japon était entré en guerre aux côtés des Alliés, moyennant promesse de la France et de l'Angleterre, que « toutes les possessions allemandes situées au nord de l'Equateur lui seraient concédées à condition qu'il s'en empare lui-même. » Le Japon déclara [134] la guerre à l'Allemagne, conquit l'une après l'autre toutes les possessions allemandes en Extrême-Orient, chassa la flotte allemande du Pacifique et l'obligea à se réfugier dans l'Atlantique où elle fut détruite, fournit aux Alliés les bateaux nécessaires pour amener les contingents néo-zélandais et australiens en Egypte et aux Dardanelles, etc. Bref, sa contribution à la victoire des Alliés fut très importante - si importante même qu'il fut considéré comme un membre fondateur de la S.D.N. et qu'il fut une des quatre Puissances qui, avec la Grande-Bretagne, la France et l'Italie, y disposèrent d'un siège permanent au Conseil.
L'Allemagne fut si rondement chassée de Chine et du Pacifique par le Japon qu'en mai 1915 c'était fait. Dès cette date les U.S.A., qui considéraient la Chine comme leur territoire d'expansion, virent d'un assez mauvais oeil la place qui y était ainsi conquise par le Japon, et d'autant plus que la rapidité avec laquelle il l'avait conquise faisait la preuve qu'il serait, dans l'avenir, un concurrent redoutable : ayant appris les promesses de la France et de l'Angleterre, ils déclarèrent que jamais ils n'accepteraient qu'elles fussent tenues. A la Conférence de la Paix (1919), Wilson n'en voulut pas démordre : les possessions insulaires de l'Allemagne furent bien attribuées au Japon mais sous mandat de la S.D.N. et les possessions continentales à la Chine (Shantung), certains ports ou îles (Hong-Kong, Shangaï...) restant sous contrôle anglais, américain ou anglo-américain. Ce manquement à la parole donnée fut le début d'une longue hostilité dont le souvenir n'est, encore aujourdhui, pas perdu.
Le 18 septembre 1931, cent vingt mille soldats chinois se sont révoltés dans la région de Moukden (Mandchourie) alors que la république sombrait dans l'anarchie (il y avait deux gouvernements, l'un à Pékin, l'autre à Nankin), mettant le pays au pillage pour compenser les soldes qui ne leur étaient plus payées. Le Japon en profite pour intervenir sous le prétexte que les formations japonaises chargées de la garde des voies ferrées ont été molestées, rétablit l'ordre à la grande satisfaction des populations, conquiert toute la Mandchourie et l'affaire se termine, le 1er mars 1932, par la proclamation d'une Mandchourie indépendante sous le nom de Mandchoukuo et sous influence japonaise. La S.D.N. se [135] saisit de l'incident, condamne le Japon comme agresseur par quarante-deux voix contre, le 24 février 1933, et le somme « d'évacuer dans les plus brefs délais toute la portion du territoire chinois qu'il occupe indûment. » Le 26 mars, le Japon annonce officiellement son retrait de la S.D.N. Puis il continue sa pénétration en Chine par la conquête du Jéhol et son annexion au Mandchoukuo. Le 29 décembre 1934, il dénonce l'accord naval du Pacifique et met en construction six cent cinquante mille tonnes de navires de guerre nouveaux.
Le président Roosevelt voit rouge et encore plus rouge lorsque, le 25 novembre 1936, le Japon que sa sortie de la S.D.N. devait fatalement rapprocher de l'Allemagne et d'autant plus qu'il justifiait sa politique en Chine par les étonnants progrès que le bolchevisme y faisait, signe avec elle le Pacte antikomintern. Sentant le vent venir, le président Roosevelt avait associé, le 3 janvier 1936, dans un message au Congrès, le Japon, l'Allemagne et l'Italie dans une même réprobation, leur reprochant d'être « retournés à la loi du sabre et à la conception fantastique qu'ils ont - et eux seuls ! - une mission à remplir 1 » Le 5 octobre 1937, les Japonais étant arrivés à contrôler 2 millions de km2 de la Chine et 200 millions de Chinois, il les menace tous trois de représailles économiques : la quarantaine 2.
Le Japon, on le comprend : il est son concurrent direct et il menace ses intérêts économiques en Chine. L'Allemagne, on le comprend encore : elle n'a jamais, le moins du monde, menacé les intérêts des U.S.A. nulle part, mais la franc-maçonnerie à laquelle appartient le président et son entourage juif entretiennent, chez lui, un état d'esprit hostile à l'Allemagne. L'Italie par contre, en janvier 1936, n'a pas encore esquissé son rapprochement avec l'Allemagne, elle ne menace aucunement les intérêts américains et elle n'a même pas tenu rigueur aux U.S.A. de leur prise de position en faveur des sanctions décidées contre elle par la S.D.N. Alors pourquoi ?
Le message du président Roosevelt au Congrès, le 3 janvier 1936, et le discours de la quarantaine du 5 octobre [136] 1937 persuadèrent la France qu'en cas de conflit avec l'Allemagne, les U.S.A. sur lesquels il avait une grande influence jetteraient leurs forces et leurs immenses ressources dans la balance : bien que ou, plus probablement, parce que le gouvernement qui était à sa tête était un gouvernement de front populaire, porté au pouvoir par les communistes, qui avait besoin d'eux pour y rester, et qui avait la faveur du président Roosevelt, elle durcit ses positions à l'égard de l'Allemagne et c'est par là que la situation en Europe s'aggrava considérablement.
Ce n'est pas seulement à l'égard de l'Allemagne que le gouvernement français durcit sa position, mais aussi à l'égard de l'Italie : le thème central de sa politique est la lutte contre le fascisme. Dès son accession au pouvoir, les choses se gâtent entre la France et l'Italie. En mai 1936. Bertrand de Jouvenel se trouve à Rome et parce que son père, Henry de Jouvenel, a été ambassadeur à Rome et y a entretenu de bonnes relations avec Mussolini, réussit à se faire introduire an Palazzo Venezia :
Cette proposition est si importante que Bertrand de Jouvenel en fait part à M. de Chambrun, ambassadeur à Rome el à Léon Blum qui fait répondre par M. Massigli, secrélaire général adjoint du Quai d'Orsay :
[137]
L'affaire n'eut pas de suite : en réponse à ses avances, la presse parisienne abreuva Mussolini d'injures telles qu'on put dire que la campagne déchaînée contre lui en France n'avait jamais été aussi violente.
Sur proposition de l'Angleterre et des membres du commonwealth, notamment du Canada et de l'Australie, la S.D.N. a bien décidé de lever les sanctions prises contre l'Italie (4 juillet 1936) mais ni l'Angleterre, ni les États-Unis n'ont encore reconnu la conquête de l'Ethiopie (l'Angleterre ne le fera que le 16 avril 1938, quand Mussolini aura changé de camp, et les U.S.A. ne le feront jamais) et la France le repousse.
Alors, Mussolini se tourne vers l'Allemagne qui a été seule ou presque à voler à son secours dans l'affaire d'Ethiopie : le 24 octobre 1936, le comte Ciano se rend à Berchtesgaden ; le 23 avril 1937, Goering vient à Rome ; le 24 septembre, c'est au tour de Mussolini de se rendre en Allemagne, à Munich et à Berlin où il est triomphalement accueilli et parle aux côtés du Führer devant des foules immenses. Six semaines après le 6 novembre 1937, l'Italie adhère au Pacte antikomintern. L'axe Berlin-Tokyo, devient l'axe Berlin-Rome-Tokyo qui est à cette époque, l'article fondamental de la politique extérieure de Hitler.
Quant au quatrième événement, la guerre civile espagnole, Italiens et Allemands y interviennent aux côtés des armées de Franco, séparément au début, puis de concert après la signature du Pacte antikomintern par l'Italie : parce qu'il s'agissait d'une réaction de Franco contre le gouvernement de front populaire de Madrid et ses excès ; parce que la Russie, et même en sous-main et clandestinement le gouvernement de front populaire de M. Léon Blum, y avaient envoyé les célèbres Brigades internationales, des armements, des avions, etc., au secours du gouvernement espagnol ; et [138] parce que la réaction de Franco s'inscrivait, comme celle du Japon en Chine, tout naturellement dans la lutte contre les progrès du bolchevisme dans le monde.
L'importance stratégique de cette intervention n'échappa à personne : s'ils réussissaient à porter Franco au pouvoir en Espagne, ils auraient ainsi créé un second front qui pourrait prendre à revers la France sur sa frontière sud en cas de conflit, la puissance de l'Italie en Méditerranée s'en trouverait renforcée et affaiblie celle de l'Angleterre, ruinée même pour peu que l'Espagne la chassât de Gibraltar. Les choses n'allèrent pas jusque-là : hissé au pouvoir en Espagne, pour une importante part grâce à l'aide des Allemands et des Italiens, Franco se montra beaucoup plus réservé et beaucoup moins reconnaissant que ses bienfaiteurs ne l'espéraient. Mais cela, ils ne le savaient pas au départ : ils ne l'apprirent, à leur grande déception, qu'en 1940, Franco étant au pouvoir depuis mars 1939. De toutes façons, c'était une carte à jouer et ils la jouèrent. Avec succès, il faut en convenir, quelque déconvenue qu'elle leur ait apportée dans la suite.
Telle était la conjoncture en Europe et dans le monde au seuil de l'année 1938 quand se posa le problème de l'Anschluss.
L'Angleterre, pourtant, n'était pas entrée dans le jeu du gouvernement français de Front populaire et du président Roosevelt.
Elle n'y entra qu'en septembre 1938, au moment où se posa le problème du Rattachement des Sudètes à l'Allemagne, ce qui permit les Accords de Munich et recula la guerre d'un an.
Mais voyons comment les choses se sont passées.
Lorsque la guerre de 1914-1918 éclata, l'empire austrohongrois était un état bicéphale qui se composait, d'après la loi fondamentale du 21 décembre 1867, de deux états séparés par la Leitha, affluent gauche du Danube : l'empire d'Autriche (capitale Vienne) et le royaume de Hongrie (capitale Budapest). Le premier comprenait dix-sept royaumes ou principautés ayant à sa tête, chacun, un représentant de l'Empereur et jouissant d'une très large autonomie - Basse-Autriche, Haute-Autriche, Styrie, Carinthie, Carniola, Kustinland (Istrie et Trieste), Dalmatie, Tyrol, Vorarlberg, Salzburg, Bohème, Moravie, Silésie, Galicie et Bukovine. La Hongrie était divisée en 63 Comittat et 25 villes libres royales. Comittats et villes libres formaient des municipes à la tête desquels se trouvait un Foïspan (Préfet). Les deux états étaient indépendants l'un de l'autre, sauf pour les affaires qui leur étaient communes : Affaires étrangères, guerre et finances. Un parlement à Vienne (chambre des députés et chambre des Seigneurs) un autre à Budapest (chambre des députés et Chambre des magnats). En Hongrie, la Croatie-Slavonie avait obtenu son indépendance (1868) sauf les affaires communes : une Diète à Agram (Zagreb), 40 députés à la chambre hongroise. Depuis 1908, la Bosnie et l'Herzégovine, administrées jusque là par un condominium austro-hongrois (les ministres communs) [140] pour le compte du sultan, faisaient partie de la Double Monarchie et y jouissaient d'un régime analogue à celui de la Croatie-Slavonie, sauf que, si elles avaient une diète et un gouvernement provincial, le pouvoir suprême y était exercé par un gouverneur militaire pour le compte de l'empereur.
Ce puzzle d'états était le reflet d'une mosaïque de nationalités ou groupes ethniques d'origine raciale - l'Autriche, uniquement allemande, exerçait le pouvoir sur l'ensemble, la Hongrie, partagée entre Croates, Sorabes (Serbes), Slavons-Tchèques, Slovaques, Moraves, Magyars etc. qui supportaient assez mal l'hégémonie autrichienne et aspiraient à l'indépendance, notamment, les Tchèques, les Slovaques et les Yougoslaves (Serbes, Croates et Slovènes). La cohésion de l'empire n'était maintenue que par l'union des Allemands et des Magyars, réalisée au lendemain de la révolution de 1848. Mais cette union n'existait qu'entre les classes dirigeantes des deux groupes ethniques : au niveau des peuples, le mécontentement suscité par l'hégémonie autrichienne (allemande) était permament.
L'hégémonie de l'Autriche était due au fait que c'était elle qui, au long des siècles, par des guerres et des traités, avait rassemblé cette mosaïque de peuples dans cet étrange état, accomplissant une mission à laquelle elle était restée fidèle et qui lui avait été confiée dans la nuit des temps par Charlemagne : dans les années 800, c'était en effet Charlemagne qui, contenant au nord les Slaves qu'il avait repoussés sur la Vistule, l'avait érigée en état au sud (Ostmarkt, Puis Oester Reich francisé en Autriche) pour barrer la voie du Danube aux Slaves et aux Ottomans.
Non seulement, elle les avait contenus mais, depuis, constamment repoussés à l'Est. C'est en accomplissant cette mission, et en l'accomplissant courageusement, qu'elle avait créé le Saint Empire Romain et Germanique qui débordait largement sur la communauté des peuples germaniques et en était devenu l'âme. On peut même dire qu'elle avait réussi à réaliser le miracle de l'unité européenne malheureusement brisée par la politique de François 1er, la Réforme, Henri IV, Richelieu, Louis XIV, les rois de Prusse et le conflit franco-anglais dont les guerres napoléoniennes furent l'expression. Elle avait, néanmoins, continué à [141] accomplir cette mission pour le compte des peuples germaniques à la communauté desquels elle avait conscience d'appartenir. Faisant peau de chagrin dans le grand mouvement de décomposition de l'Europe provoqué par la montée... des nationalismes à l'Ouest, elle était devenue l'Autriche-Hongrie, après son éviction de la présidence et de la communauté des peuples germaniques par Bismarck (Sadowa, 1866).
Mais elle n'en avait pas, pour autant, cessé de se considérer comme appartenant à cette communauté. Au lendemain de Sadowa, contre sa famille, contre tout son entourage et jusque contre le roi de Prusse, Bismarck lui-même avait renoncé à l'annexer purement et simplement à la Prusse. Il savait que c'eût été provoquer la dissidence des .Magyars et des Slaves que l'Autriche avait disciplinés sous sa férule et qui ne voulaient pas entendre parler de la Prusse comme suzeraine. Celle-ci se serait alors trouvée directement affrontée à eux et Bismarck le redoutait.
Après la guerre de 1870-71, et la proclamation à Versailles (18 janvier 1871) de l'empire d'Allemagne, avec le roi de Prusse comme empereur, il s'était empressé de renouer avec elle par le truchement de l'Entente des Trois Empereurs (allemand, autrichien et russe, 1872). Il la reconnaissait comme peuple germanique avec la mission que lui avait confiée Charlemagne et dont elle n'avait jamais cessé de se considérer comme en étant chargée. Cette entente dura et ne cessa de se resserrer jusqu'en 1914 : tout en s'efforçant de conserver ses débouchés sur la mer Adriatique, la politique extérieure de l'Autriche s'était fixé pour but d'en obtenir aussi sur la Mer noire et la Méditerranée à l'Est.
La défaite des empires centraux dans la guerre de 1914-18, fit éclater l'Autriche-Hongrie entre les diverses nationalités qui la composaient : tour à tour, les Tchèques et les Slovaques, les Magyars (Hongrois) et les Yougoslaves s'érigèrent en états indépendants. Les Alliés, d'ailleurs, encourageaient et soutenaient ces mouvements. L'Autriche se retrouva donc seule en face d'elle-même avec la conviction qu'elle ne serait plus qu'un peuple allemand séparé des autres peuples allemands : dans son opinion publique, alors, se dessina un fort mouvement en faveur de sa réintégration dans la communauté des peuples allemands, c'est-à-dire de [142] son rattachement à l'Allemagne, et d'autant plus fort qu'elle avait le sentiment que, seule, indépendante, isolée de l'Allemagne et désormais privée des ressources que lui apportaient les peuples jusque là groupés autour d'elle, elle était économiquement inviable. Ainsi naquit l'idée de l'Anschluss. C'était une idée raisonnable et, dès le début, les socialistes en furent les plus chauds partisans. Elle reçut aussi l'adhésion à peu près unanime du peuple.
Le 21 octobre 1918, les quelques 200 députés allemands du Reichsrat autrichien se réunissent et constatent la dissolution de l'ancien État austro-hongrois. Le 30, ils se constituent en assemblée nationale provisoire. Le 10 novembre, le parti socialiste prend position en faveur de la proclamation de la république. Le 11, l'Empereur Charles abdique comme empereur d'Autriche, mais entend rester roi de Hongrie. Le 12, la république est proclamée sous cette forme :
Le lendemain 13 novembre, le Dr Karl Renner, socialiste qui assume les fonctions de président du gouvernement provisoire, déclare à l'assemblée :
Le 21 novembre 1918, l'Assemblée nationale provisoire précise sa pensée de la façon suivante :
Des élections eurent lieu le 16 février 1919 qui consacrèrent la victoire du Parti socialiste. Le 4 mars, la nouvelle assemblée se réunit mais, sur les 255 sièges prévus, 157 seulement furent occupés, les puissances alliées n'ayant pas admis les élections dans les territoires qu'elles se proposaient de distraire de la nouvelle Autriche (Sudètes notamment). D'autre part, le voeu unanime de ces 157 députés qui, par la bouche de leur doyen d'âge, avaient réclamé le rattachement au Reich allemand, ne fut pas exaucé : l'article 88 du traité de St-Germain (10-9-1919) déclarait inaliénable l'indépendance de l'Autriche et lui interdisait de s'incorporer, directement ou indirectement, à un autre état sans le consentement de la S.D.N. - contrairement, d'ailleurs, au droit des peuples à disposer d'eux-mêmes inclus dans les quatorze points du président Wilson. A la grande indignation du chancelier socialiste Karl Renner qui éleva une protestation enflammée contre cette décision et... s'inclina.
Mais les Allemands ne se laissèrent pas influencer. L'article 61 de la constitution de Weimar (11 août 1919) prévoyait, parallèlement, l'admission de représentants de l'Autriche dans le Bundesrat quand ce pays serait rattaché au Reich. Le 22-10-1919, on dit aux Allemands que cette disposition était contraire à l'article 88 du traité de Saint-Germain : ils rétorquèrent qu'il n'était pas question de sa mise en application sans le consentement de la S.D.N., laquelle ne pourrait pas manquer de respecter le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes qui était un de ses principes fondamentaux. On dut se contenter de cette déclaration : la constitution de Weimar ne fut pas modifiée.
En Autriche, non seulement les socialistes, mais tous les partis étaient d'accord sur l'Anschluss : des hommes comme les futurs chanceliers Dollfus 6 et Schussnigg en firent un article de foi jusqu'en 1933, date de l'accession [144] de Hitler au pouvoir en Allemagne. Les sociaux-chrétiens dont ils furent des leaders la revendiquèrent toujours sauf pendant le court passage de Mgr Seipel à la présidence du parti et à la chancellerie (1922-1928) où ils la mirent en sommeil : pendant cette période, ils ne la revendiquèrent plus pour ne pas heurter Mgr Seipel qui était contre, mais à peu près seul de son avis. En 1931, le ministre des Affaires étrangères du Reich (successeur de Stresemann) Curtins et le vice-chancelier Schober essayèrent encore 7 de réaliser, entre les deux pays, une union économique qui n'eût pas manqué, quelles qu'aient été les intentions des deux hommes, d'aboutir à l'Anschluss, et il fallut l'intervention de la S.D.N. qui ne s'y laissa pas prendre, pour mettre le projet en échec. Lorsque, Hitler étant arrivé au pouvoir en Allemagne, les cadres du parti social-démocrate et du parti social-chrétien se prononcèrent contre le projet d'Anschluss qu'ils avaient soutenu jusque là, l'idée en était si profondément ancrée dans l'opinion publique, qu'elle ne les suivit pas : de cette époque date la naissance de formations nationales-socialistes en Autriche et c'est sur le thème du rattachement au Reich qu'elles y firent tache d'huile.
A tel point que, le 12 mars 1938, les troupes allemandes purent entrer en Autriche l'arme à la bretelle et la fleur au fusil, les blindés décorés de verdure, les avions volant à basse altitude dans le ciel et lançant sur la foule non des bombes mais des tracts, et que, le 13 et le 14 elles poursuivirent leur route sur Vienne, venant de Salzburg, sous les acclamations de milliers de personnes massées de chaque côté de la route, les femmes et les jeunes filles leur lançant des fleurs ou leur envoyant des baisers. Au passage de Hitler, c'était du délire.
A tel point aussi que, le peuple autrichien ayant été appelé à se prononcer par voie de référendum sur l'Anschluss, l'approuva par 4.273.884 voix contre 9 852 sur 4.300.177 inscrits et 4.284.795 votants, soit par 99,75 % des inscrits.
[145]
Il faut, maintenant, se pencher sur la suite des événements dont l'Anschluss ne fut que la conclusion et d'abord dire deux choses : non seulement la disposition d'esprit du peuple autrichien, mais encore la crise économique qui sévissait en Autriche eu permanence depuis 1931 - encore une conséquence du krach de Wall-Street - et une conjoncture internationale qui résultait principalement de l'évolution des esprits en Italie, le rendirent inévitable.
A l'expérience.. l'Autriche s'était révélée un état économiquement inviable : en 1933, son déficit budgétaire s'élevait à environ 5 milliards de couronnes et elle avait près d'un million de chômeurs (sur une population active de quatre millions de personnes soit près de 25 %). Certes, la crise n'avait jamais été aussi grave mais, depuis la signature du traité de Saint-Germain, (10.9.1919) la situation économique y avait toujours été caractérisée par un déficit budgétaire constant et un chômage endémique. Les sociaux-démocrates qui s'étaient emparés de tous les leviers du pouvoir en 1919, n'avaient pas réussi à surmonter cette situation et pas davantage les sociaux-chrétiens qui leur avaient succédé, même en gouvernant avec le soutien des sociaux-démocrates. Puis il y avait eu la rupture entre les deux partis. Finalement un social-chrétien énergique, le Dr. Engelbert Dollfus, arriva au pouvoir (21 mai 1932) et il crut possible d'en sortir par des moyens autoritaires : il mit le parlement en vacance (7 mars 1933) et supprima pour l'avenir les élections (11 mai 1933). C'était la dictature, - une dictature plus absolue encore que celle de Hitler en Allemagne, parce que les élections subsistèrent après l'accession de Hitler au pouvoir et que, jamais, Hitler ne prit aucune décision importante sans la soumettre à la ratification du peuple allemand.
Les choses non seulement n'allèrent pas mieux, mais encore s'aggravèrent. Et, tandis qu'elles s'aggravaient, la classe ouvrière avait sous les yeux les succès spectaculaires remportés par Hitler en Allemagne, dans sa lutte contre le chômage, le bien-être qui y revenait dans les foyers : les ouvriers autrichiens regardaient avec envie les ouvriers [146] allemands. Il ne manqua, dès lors, plus de bons esprits pour leur expliquer que tous leurs malheurs venaient de ce que l'Autriche était séparée de l'Allemagne et que, si elle y était rattachée, les ouvriers autrichiens jouiraient automatiquement du même bien-être que les ouvriers allemands. Le national-socialisme, sa dictature, ses atteintes à la liberté, sa politique raciale ? Fables que tout cela - et pour empêcher la reconstitution totale de la communauté allemande. Par ailleurs, les atteintes à la liberté de Hitler étaient moindres que celles de Dollfus, que les démocrates du monde entier, à la suite des socialistes autrichiens, fustigeaient à l'égal de Hitler. Et quant aux juifs, les sociaux-chrétiens autrichiens ne les avaient pas en odeur de sainteté : un des leurs, Karl Lueger, qui avait été bourgmestre de Vienne et qui s'était acquis la sympathie de toute l'Autriche avait, jadis, placé la lutte contre les juifs en tête de son programme. Ce qui comptait, c'était que Hitler et le national-socialisme avaient ramené la prospérité en Allemagne. Les Sarrois, d'ailleurs, n'avaient pas été si fous : en janvier 1935, malgré la propagande anti-hitlérienne, ils s'étaient prononcés à 90,8 % pour le rattachement de la Sarre à l'Allemagne.
Ces arguments ne manquent pas de force. Sur l'opinion publique, ils n'ont cependant pas un effet aussi immédiat que ne le pensent les nationaux-socialistes autrichiens : le 25 juillet 1934, se croyant en mesure de prendre le pouvoir, ils organisent un putsch qui se termine malencontreusement par l'assassinat, non prévu par les organisateurs, du chancelier Dollfus. L'affaire a été mal préparée : dans l'opinion publique, il n'y a aucune réaction favorable aux putschistes. Ils sont arrêtés et, pour la plupart passés par les armes. Le chancelier Kurt Schussnigg, autre chrétien-social, mais disciple de Salazar, lui succède : le parlement n'est pas rétabli dans ses prérogatives, les élections ne sont pas réenvisagées. Dès son accession au pouvoir, Schussnigg se trouve en butte à la même hostilité, sourde en Autriche et tout aussi déclarée dans le clan des démocraties, que Dollfuss. Il est, d'autre part, beaucoup plus maladroit que lui.
Pas mûre en Autriche, pour la prise du pouvoir par les nationaux-socialistes, la conjoncture ne l'était pas non plus [147] sur le plan international : le 17 avril précédent avaient été signés entre l'Autriche, l'Italie et la Hongrie, les Protocoles de Rome par lesquels les trois pays avaient « décidé de pratiquer une politique commune et de se consulter sur les décisions à prendre chaque fois que l'un des trois gouvernenients l'estimerait nécessaire ». De plus Mussolini était l'ami de Dollfuss, les deux familles se fréquentaient. Mme Dollfuss et ses enfants étaient justement chez Mussolini, à Riccione, le jour de l'assassinat de Dollfuss et c'est là qu'ils l'apprirent : le Duce envoya aussitôt sur le Brenner cinq divisions prêtes à toute éventualité et notamment à pénétrer en Autriche si des troupes allemandes y pénétraient.
Hitler réussit, cependant, à rétablir sa situation ainsi compromise auprès de Mussolini par ce qu'il appelait « une poignée d'exaltés » : courbant le dos sous l'averse, il envoya Papen à Vienne et « la poignée d'exaltés » fut non seulement désavouée mais encore sanctionnée. Les relations entre l'Allemagne et l'Italie n'en furent pas troublées et, l'année suivante, ainsi qu'on le sait, la politique des sanctions de la S.D.N. contre l'Italie les resserra. On en sait aussi les étapes qu'il n'est pas inutile de rappeler : 24 octobre 1936 (le comte Ciano à Berchtesgaden), 23 avril (Goering à Rome), 24 septembre (Mussolini à Munich et à Berlin), 6 novembre (signature du Pacte anti-komintern). A la longue, ce rapprochement germano-italien devait fatalement détacher Mussolini de l'Autriche. Lors de sa visite à Rome en avril 1937, Goering l'avait sondé du bout des lèvres sur le problème de l'Anschluss et il n'avait répondu que par un geste évasif.
Les maladresses de Schussnigg précipitèrent, autant que la signature du Pacte anti-komintern et l'axe Rome-Berlin qui en découla, l'évolution de Mussolini dans un sens favorable à l'Anschluss. Jamais, par exemple, malgré ses exhortations, Schussnigg n'avait recherché un modus vivendi acceptable avec Berlin. Le 11 juillet 1936, il avait signé, avec Papen, un protocole germano-autrichien aux termes duquel « la politique du gouvernement autrichien vis-à-vis du Reich allemand s'inspirera toujours de l'idée fondamentale que l'Autriche se considère comme un état allemand ». Suivait, en annexe, une promesse de [148] « faire appel au gouvernement, à la collaboration de représentants de ce qu'il est convenu d'appeler l'opposition nationale en Autriche, afin de favoriser un apaisement véritable ». Or, non seulement il ne fit pas appel à ces représentants de l'opposition nationale, mais le 29 novembre suivant, il prononçait à Klagenfurth, un discours dans lequel il déclarait que « le front national [au nom duquel il gouvernait] avait trois ennemis - le communisme, le défaitisme et le national-socialisme. En conséquence, ajoutait-il, il faut considérer les nazis autrichiens comme les ennemis jurés du gouvernement et du peuple ».
Mussolini n'arrivait pas à concevoir qu'on pût être aussi maladroit. Des incidents éclatèrent un peu partout, à Linz, à Graz, à Salzburg, etc. entre militants du Front national de Schussnigg et militants nazis, puis entre ceux-ci et les gouvernements : ils créèrent un état de tension entre le gouvernement allemand et le gouvernement autrichien.
Mais la plus grave de ses maladresses, Schussnigg la commit au lendemain d'une entrevue qu'il eut avec Hitler à Berchtesgaden le 12 février 1938.
Ce jour-là, c'est sûr, Hitler voulait en finir avec l'Autriche et la politique de son gouvernement qui était une humiliation constante pour le Reich. Il savait que Mussolini n'avait pas d'estime pour Schussnigg et que les rapports entre les deux hommes étaient très froids. Il était sûr, d'autre part, que l'Angleterre n'interviendrait pas dans le différend, n'ayant jamais voulu prendre d'engagements internationaux en ce qui concernait l'intégralité territoriale de l'Autriche et les principaux hommes politiques de son gouvernement : Mac Donald, sir John Simon, Eden, Chamberlain, Halifax, etc. étaient convaincus qu'elle devait faire retour au Reich. Enfin, entre l'Allemagne et l'Angleterre, les relations étaient excellentes depuis la signature du Pacte naval anglo-allemand du 18 juin 1935. L'Angleterre n'intervenant pas, la France n'interviendrait pas non plus et pas davantage la Tchécoslovaquie. Avec la Pologne, ses relations étaient au mieux. Il pouvait tout se permettre.
Hitler eût de beaucoup, certes, préféré incorporer l'Autriche à l'Allemagne par d'autres méthodes : rallier l'opi[149]nion par des démonstrations de masse, emporter la majorité des sièges au parlement, hisser au pouvoir un chancelier qui proclamerait l'union de l'Autriche et de l'Allemagne en vertu du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, de telle sorte que les puissances étrangères ne puissent pas s'y opposer, ni les démocraties invoquer cet argument supplémentaire dans la campagne qu'elles menaient contre lui. Nul doute qu'il y eût réussi mais... il n'y avait pas d'élections en Autriche. Et les incidents qui s'y étaient produits au cours de l'année 1937 ne lui permettaient plus d'attendre.
Invité en Autriche, M. von Neurath y était arrivé le 22 février. Les nazis autrichiens avaient décidé de lui montrer leur puissance : aussitôt sortie de la gare, sa voiture s'était engagée dans les rues noires de monde. Des milliers et des milliers de personnes la contraignirent à n'avancer qu'au pas sous les acclamations de la foule qui scandait en choeur : Heil Hitler ! Heil Deutschland ! Heil Hitler Anschluss ! Le service d'ordre était complètement débordé. Mortifié, Schussnigg décide de montrer au ministre des Affaires étrangères du Reich qu'il n'y a pas que des nazis à Vienne et, pour le lendemain, jour de son départ, il mobilise le Front national : les rues sont tout aussi noires de monde mais, cette fois, la voiture du ministre gagne la gare sous les vociférations d'une foule qui scande : Heil Schussnigg ! Heil Oesterreich ! A bas Hitler !
Autre exemple : Schussnigg a finalement accepté, sous la pression de l'opinion publique, de faire entrer dans son gouvernement, les nationaux-socialistes, notamment Seyss-Inquart (février 1937) mais il ne cesse pas, pour autant, de pourchasser les nationaux-socialistes, de perquisitionner dans leurs bureaux, d'en arrêter, etc. Les incidents se multiplient entre les nazis et les militants du Front national. Les nNazis protestent et, depuis que Seyss-Inquart est ministre, la presse accueille leurs protestations. L'atmosphère s'envenime. Le ler mai, les résidents allemands en Autriche reçoivent l'autorisation de pavoiser aux couleurs de leur pays : dans un petit village de Styrie, un policier donne l'ordre d'arracher le drapeau national allemand. C'est pour Hitler un outrage encore plus grand que la « con[150]duite de Grenoble » qui a été faite à Neurath à Vienne en février.
En juillet, dans la petite ville de Wells, les fusils de la police partent « tout seuls » dans une bagarre qui l'a opposée à une manifestation d'anciens combattants qui crient : Deutschland, Deutschland über alles !
Et Neurath :
Le 12 février 1938, les choses étant allées en s'aggravant, les incidents n'ayant cessé de se multiplier sans que Schussnigg fasse le moins du monde preuve d'un changement d'attitude, la patience de Hitler est à bout. L'entrevue est orageuse : Hitler remet à Schussnigg, sur la composition de son gouvernement, un véritable ultimatum qui en fait un gouvernement à sa dévotion et lui donne trois jours pour passer à l'exécution.
Pour un pays démocratique où le gouvernement est le reflet de l'opinion, c'était inacceptable. Mais l'Autriche n'est pas un pays démocratique : Schussnigg y a pris le pouvoir à la suite de Dollfuss qui s'y était installé par un coup de force et, le peuple n'y est jamais consulté. Les Nazis autrichiens prétendent que le chancelier n'a pas plus de 18 % du corps électoral derrière lui et que, s'il réussit néanmoins à se maintenir au pouvoir il ne le doit qu'à l'apathie du peuple autrichien et au fait qu'eux, les nationaux-socialistes, pour ne pas mettre Hitler en difficulté sur le plan international, ne font pas la politique radicale qui l'en chasserait. C'est très probablement vrai : il apparaît bien qu'en cette affaire, les nationaux-socialistes autrichiens aient laissé l'initiative des opérations à Hitler.
Quoi qu'il en soit, Schussnigg s'est incliné : le 15 février, les mesures prévues dans l'accord germano-autrichien du 12 ont été prises. Mais le 5 mars, Hitler formule une exigence nouvelle : le ministère des finances qu'il a oublié de reven[151]diquer, aux nazis. Il ne restera plus rien par quoi l'Autriche, ou du moins Schussnigg, pourra manifester son indépendance. Pratiquement, ce sera l'Anchluss. C'en est trop : le 9 mars, Schussnigg décide brusquement que la question de l'indépendance de l'Autriche sera soumise à un referendum qui aura lieu le 13. Trois jours pour mettre sur pied un referendum dans un pays où il n'y a pas même de listes électorales ! Au surplus, le règlement qui l'organise prévoit :
Dans de telles conditions qui ouvraient toutes grandes les portes à la fraude, le plébiscite ne pouvait être que favorable à Schussnigg : il fallait être dépourvu de tout bon sens pour penser que Hitler l'accepterait. De fait, il somma Schussnigg de l'annuler et de le remplacer par un autre plébiscite qui serait organisé sur le modèle de celui de la Sarre et dont la préparation nécessitait des délais plus longs . les Nazis autrichiens proposèrent le 10 avril.
[152]
Schussnigg refusa, puis se tourna vers Mussolini : celui-ci conseilla l'abandon du projet. Schussnigg refusa encore. Alors le Duce :
On sait la suite 11.
Au cours de la controverse au vitriol et qui dure encore. provoquée par la pièce Le Vicaire de M. Rolf Hochhuth, protestant allemand, crypto-communiste, on a violemment reproché - et M. Rolf Hochhuth, lui-même - aux cardinaux et aux évêques autrichiens une déclaration publique en faveur de l'Anschluss, en l'interprétant comme une collusion de l'Église catholique avec le nazisme et en la portant au compte de Pie XII. Voici l'essentiel de ce que disait cette déclaration :
Quelle que soit l'opinion qu'on ait de cette déclaration, on ne peut l'imputer ni à Pie XII, ni même au Vatican pour les raisons suivantes : le pape d'alors n'était pas Pie XII mais Pie XI, et Pie XI la désavoua, non pour l'ensemble de son contenu, mais seulement parce qu'elle faisait confiance au national-socialisme pour « écarter de nous l'oeuvre destructrice du bolchevisme athée », la politique du Vatican postulant que, au plan des principes, le national-socialisme était autant à blâmer que le bolchevisme (les encycliques Mit brennender Sorge et Divini Redemptoris). Enfin, le désaveu de Pie XI fut transmis au cardinal-archevêque Th. Innitzer, primat d'Autriche, qui en avait pris l'initiative, par une lettre d'envoi du cardinal Pacelli, alors secrétaire d'État du Vatican et futur Pie XII, rédigée dans les mêmes termes.
Mais ce qu'on oublie généralement de dire, c'est que la déclaration des évêques catholiques autrichiens avait été précédée d'une autre des évêques de l'Église évangélique qui disait ceci :
On n'a jamais entendu parler de la collusion de l'Église protestante autrichienne avec le nazisme et surtout pas par M. Rolf Hochhuth.
Les sociaux-démocrates eux-mêmes se sont ralliés à l'Anschluss par la voie de leur leader, le Dr Karl Renner qui, dans le Neues Wiener Blatt, publiait la déclaration suivante, le 2 avril 1938 :
On n'a, non plus, jamais entendu accuser le Dr Karl Renner de collusion avec le nazisme. Mieux : cette déclaration ne l'empêcha pas d'être élu premier président de la II' République autrichienne, le 20 décembre 1945 . Selon que vous serez...
Aucun de ces hommes, d'ailleurs, n'était à blâmer : ce n'était pas pour le national-socialisme qu'ils se prononçaient - la plupart l'ont prouvé dans la suite - mais pour l'Anschluss qui était, bien que présenté par le national-socialisme, une idée démocratique, juste et raisonnable.
Ralliant ainsi les cadres et les directeurs de conscience de tous les partis, le referendum ne pouvait qu'apporter à Hitler le succès qu'il lui a apporté.
Comme Hitler l'avait prévu, il n'y eut pas de réactions internationales. Le 10 mars, Schussnigg avait chargé son ambassadeur à Londres, le baron von Frankenstein, de tenter d'arracher la promesse d'une intervention armée à Downing Street : la seule chose qu'il obtint fut une fin de non-recevoir polie mais catégorique. A Paris, il n'y avait [155] pas de gouvernement : le 10 mars, le gouvernement Chautemps avait démissionné. Chargé d'expédier les affaires courantes, le président du Conseil démissionnaire a tout de même prié M. Yvon Delbos de prendre contact avec Rome et Londres pour mettre au point les mesures militaires à prendre, au cas où Hitler envahirait l'Autriche : à Rome, il est éconduit, à Londres il apprend que l'Angleterre a conseillé à Schussnigg de céder.
La France et l'Angleterre n'attendirent même pas les résultats du plébiscite pour reconnaître de facto l'incorporation de l'Autriche au IIIe Reich : elles le firent, de concert, le 2 avril, soit huit jours avant.
Ironie du sort : le gouvernement français était alors présidé par Léon Blum !
Car telle était encore, en France, la puissance de l'opinion publique et sa volonté de paix 14.
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