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Les responsables de la seconde guerre mondiale

Paul Rassinier

1967

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CHAPITRE VIII

 

LE CALENDRIER DES DERNIERS JOURS

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La défection de la Russie n'a amené ni l'Angleterre, ni la France, ni la Pologne à reconsidérer leur politique à l'égard de l'Allemagne,

L'Angleterre sait, certes, qu'étant donné la situation géographique de la Pologne, ni elle, ni la France ne peuvent lui apporter la moindre aide directe. Sur ce point, tout le monde est d'accord : seule la Russie le pouvait. Pour les Anglais, le pacte qui lie la Russie à l'Allemagne est un pacte de non-agression, non d'assistance mutuelle et il n'est complété par aucun accord militaire. Donc elle restera neutre : elle n'interviendra pas aux côtés de l'Allemagne. Ils ignorent, ou font tout comme, qu'un protocole additionnel secret prévoit le partage de la Pologne entre l'Allemagne et la Russie, et que c'est par les deux puissances associées, non par la seule Allemagne que la Pologne est menacée. D'autre part, ils font confiance à la France pour une aide indirecte sur terre à l'Ouest : les 15, 16 et 17 mai 1939, le général Gamelin a eu des entretiens à Paris avec le général Kasprzycki, ministre de la Guerre de Pologne, et il lui a promis, en cas de guerre avec l'Allemagne, une action aérienne dès les premiers jours, des opérations offensives à objectifs limités dès le troisième, une action offensive avec le gros des forces de l'armée française dès le quinzième 1. L'Angleterre croit que l'armée française est toujours la première du monde. A l'Est, le colonel Beck la rassure sur la qualité de l'armée [244] polonaise qu'il dit supérieure à l'armée allemande. Enfin. sur mer, personne ne lui dispute la maîtrise. Il y a bien son aviaiion qui n'est pas brillante, mais enfin, elle est honnête et, depuis le 1er janvier, elle a fait d'étonnants progrès dans ce domaine.

Tout cela se tient : le malheur est seulement que toutes les données sur lesquelles repose ce raisonnement sont fausses. Comme l'Angleterre ne le sait pas, elle maintient la garantie qu'elle a donnée à la Pologne.

En France, le général Gamelin justifie ainsi les promesses qu'il a faites en mai au ministre polonais de la Guerre :

« La France a environ 120 divisions à opposer aux 200 divisions allemandes. Elle est donc en état de grande infériorité. C'est pourquoi elle doit conserver l'appui des 80 divisions polonaises... L'armée polonaise offrira une résistance honorable à l'armée allemande. Le froid et le mauvais temps arrêteront rapidement les hostilités, si bien qu'au printemps de 1940, la bataille se poursuivra encore à l'Est. A ce moment, l'armée française sera renforcée par de nombreuses divisions anglaises débarquées sur le continent... Au printemps de 1940, la France pourra donc, tout d'abord compter sur les 200 divisions que représenteront les forces françaises et polonaises, auxquelles s'ajouteront une quarantaine de divisions britanniques. Et, si l'Allemagne viole la neutralité hollandaise et belge, elle amènera à nos côtés 30 divisions supplémentaires hollandaises et belges, soit au total, 270 divisions contre 200 2. »

Tout cela se tient bien aussi mais repose sur des données aussi fausses que le raisonnement anglais, les événements le prouveront : la guerre déclarée, l'armée française ne sera en état d'intervenir, ni dans l'air le premier jour (le procès de Riom a révélé que nous disposions de moins de 1.000 avions contre 12.000 avions allemands). ni le troisième, ni même le quinzième ; la campagne allemande en Pologne a été terminée en 17 jours et le mauvais temps n'a pas eu à arrêter les hostilités jusqu'au printemps ; enfin, au printemps de 1940, l'Angleterre [245] n'avait pas débarqué 40 divisions en France, mais seulement 9.

Le général Gamelin a, cependant, réussi à persuader la plupart des ministres que son raisonnement est impeccable. Seuls, MM. Georges Bonnet et de Monzie ne partagent pas son optimisme. Parmi les députés, ils sont soutenus par Jean Montigny, Frot, Bergery, Xavier Vallat, L.O. Frossard, François Pietri et quelques autres.

Mandel connaît aussi l'état d'impréparation de l'armée française. Mais on sait la réponse cynique qu'il a faite à M. Georges Bonnet qui le lui faisait remarquer : d'abord déclarer la guerre, la préparer ensuite 3.

Ce point de vue l'emporte.

En Pologne, c'est le comble - non seulement le colonel Beck est persuadé que l'armée polonaise est capable de tailler l'armée allemande en pièces, comme en 1410 à Tannenberg, mais il est certain que les généraux allemands n'attendent qu'une aide extérieure, sous forme d'une déclaration de guerre de l'Angleterre et de la France à l'Allemagne, pour déposer Hitler, ce qui mettra le désordre dans toute l'Allemagne. Comme le général Gamelin lui a promis une intervention de l'aviation française le premier jour de la déclaration de guerre, des interventions à objectifs limités dès le troisième et l'entrée en Allemagne du gros des forces françaises dès le quinzième, il voit déjà l'armée polonaise et l'armée française se rencontrant à Berlin.

Dans son esprit, Hitler n'a signé un pacte avec la Russie que parce qu'il était dans une situation désespérée. Il fonde son opinion sur ce que lui disent ses ambassadeurs à Berlin et à Londres. On sait que celui-ci est en relations étroites avec M. Richard Kordt, conseiller d'ambassade allemand à Londres, dont c'est l'opinion 4. Alors, non seulement il ne répond pas aux offres de négociation directe que lui fait Hitler depuis le 5 janvier 1939 mais encore il le provoque : ultimatum à Dantzig, tirs de sa D.C.A. sur des avions allemands, etc. Il a bien redouté un par[246]tage de la Pologne entre l'Allemagne et la Russie, mais il ne croit pas que le Pacte germano-soviétique le prévoit et il ne pense naturellement pas que sa seule chance d'y échapper est une entente avec l'Allemagne.

Ce qui est grave, c'est que la garantie anglaise lui a été donnée dans cette forme : « Dans le cas d'une action quelconque, mettant nettement en danger l'indépendance polonaise et à laquelle le gouvernement polonais estimerait de son intérêt vital de résister avec ses forces nationales... » et le laisse seul maître de décider s'il y a lieu ou non de résister. Un chèque en blanc : il en profite et avec la belle inconscience dont il fait preuve, le monde n'a plus guère de chances d'échapper à la guerre, si l'Angleterre ne révise pas les termes de son engagement.

Tous les bruits relatifs à la situation désespérée dans laquelle se trouve Hitler sont sans fondement, on le sait, mais la campagne qui leur fait écho dans la presse, en France et en Angleterre, est si bien orchestrée, les milieux politiques y sont si disposés à prendre leurs désirs pour des réalités que, peu à peu, l'idée que c'est la politique de conciliation qui le maintient au pouvoir en Allemagne l'emporte.

On écrit couramment que, s'il y est encore, c'est uniquement parce qu'en ne déclarant pas la guerre à l'Allemagne lors de la remilitarisation de la Rhénanie (mars 1936), ni lors de l'Anschluss (mars-avril 1938), ni lors de l'affaire des Sudètes (septembre 1938, Munich), ni, enfin, lors de l'occupation et du démembrement de la Tchécoslovaquie (mars 1939), les gouvernements français et anglais n'ont pas fourni l'occasion de le déposer aux généraux allemands qui y étaient disposés de longue date et n'attendaient que cette aide pour passer aux actes. Les juifs ne sont pas les derniers à écrire ces choses dans leurs journaux et dans ceux où ils ont accès.

Lorsque, le 30 août, arrive à Paris la lettre de M. Coulondre, ambassadeur de France à Berlin 5, les derniers [247] bastions de la résistance à la guerre s'écroulent : cette fois, on ne laissera pas passer l'occasion. D'ailleurs, il n'est plus question, maintenant, de rechercher une solution équitable au problème gerinano-polonais. M. Chamberlain l'avouera ingénuement, le 1er septembre, dans le discours par lequel il annonce, à la Chambre des communes, la remise incessante d'un ultimatum à l'Allemagne : « Nous n'avons aucun motif de querelle avec le peuple allemand, si ce n'est qu'il se laisse gouverner par un régime nazi 6. » Celui par lequel, le 2 septembre, M. Daladier annonce la remise de l'ultimatum francais, à la Chambre des députés, rend le même son : « S'agit-il seulement d'un conflit germano-polonais? Non, Messieurs ! Il s'agit d'un nouveau pas accompli par la dictature hitlérienne, dans la voie de la domination de l'Europe et du monde 7. » Le problème de la paix et de la guerre était passé au plan de l'idéologie.

Aux États-Unis, le président Roosevelt veut mettre les bouchées doubles et créer, tout de suite, une atmosphère de guerre mondiale : dès qu'il apprend la signature du Pacte germano-soviétique, le 23 août, prétextant que la sécurité des États-Unis et que leurs institutions démocratiques sont menacées, il demande une réunion extraordinaire du Congrès pour lever, au profit de la France, de l'Angleterre et de la Pologne, l'embargo sur les armes prescrit par la loi de neutralité. En même temps, le sénateur Vandenberg, leader de l'opposition, demande aussi une réunion d'urgence du Congrès mais « pour renforcer le contrôle du Congrès sur les décisions autocratiques du président » et éviter qu'il ne « profite des circonstances, pour se livrer à un de ses actes de provocation dont il est coutumier 8 ». La levée de l'embargo est repoussée à la quasi unanimité et cette décision correspond au voeu de l'opinion publique américaine, si l'on en croit un sondage [248] d'opinion effectué le 4 septembre par l'agence Roper de New York qui donne les résultats suivants :

 - Pour l'entrée en guerre aux côtés de l'Angleterre, de la France et de la Pologne 2,5
 - Pour venir en aide à l'Allemagne 0,2%
 - Pour se tenir complètement à l'écart du conflit mais vendre à tout le monde, cash and carry. 37,5 %
 - Pour rester à l'écart, mais vendre uniquement à la France, à l'Angleterre, à la Pologne 8,9%

 - Pour rester à l'écart aussi longtemps qu'il sera possible, mais entrer en guerre aux côtés de l'Angleterre, de la France et de la Pologne, si ces nations courent le risque d'être vaincues.

Entre temps, pour les aider en leur fournissant vivres et matériel

 14,7 %
 - Pour rester à l'écart, sans rien vendre à personne 29,9 %
 - Pro-alliés  0,6%
 Pro-allemands néant 9  


Pour que l'Amérique change d'opinion, il faudra attendre jusqu'au 7 décembre 1941, que les Japonais attaquent Pearl Harbour et que l'Allemagne lui déclare la guerre : jusque là, elle ne s'est jamais sentie menacée par l'Allemagne, ni dans sa sécurité, ni dans ses institutions démocratiques. Depuis son accession au pouvoir, Hitler ne cessait de répéter qu'il n'avait aucune ambition sur le continent américain et qu'il eût fallu, pour en avoir, qu'il fût fou : contre la politique de Roosevelt dont, depuis son élection, tous les actes témoignent, au contraire, d'une hostilité systématique à l'Allemagne, la contre-propagande des sénateurs Vadenberg, Borah, Clark et du célèbre colonel Lindberg n'avait aucune peine à l'emporter.

Mais Roosevelt est au pouvoir, ce qui lui donne plus de prise qu'à ses adversaires sur les événements. D'autre part, son entourage israélite a une très grosse influence sur la presse. Bien avait Pearl Harbour, ils ont obtenu, de concert, des modifications sensibles de l'opinion : le 3 novembre [249] 1939, la levée de l'embargo sur les armes qui a été refusée à Roosevelt en août, lui est accordée par le Congrès et le 11 mars 1940, il en obtient la substitution de la loi « prêt et bail» à la clause Cash and Carry. Ces amendements lui permettent la livraison aux puissances occidentales de tout ce dont elles ont besoin.

En août, pourtant, il n'en est encore pas là : condamné à l'impuissance par le Congrès, il cherche par des lettres et des messages, au roi d'Italie, à Hitler, au président de la République polonaise, à ses ambassadeurs à Londres et à Paris, à s'immiscer dans les affaires européennes et à y être admis avec droit de parole, de manière à en influencer le cours. Aux trois premiers, il écrit que « le gouvernement des États-Unis serait prêt, en tous temps, à apporter sa contribution à la solution des problèmes qui menacent la paix du monde ». Il harcèle M. Joseph Kennedy, son ambassadeur à Londres, pour qu'il « pousse le fer dans les reins de Chamberlain 10 ».

Il n'a pas besoin de harceler William Bullitt, son ambassadeur à Paris : celui-ci, aussi empressé que lui, ne cesse de promettre l'aide des U.S.A. au gouvernement français et, dans tous ses rapports à Roosevelt, de lui répéter qu'il « faut stopper les Allemands dans l'affaire polonaise ».

Sur son activité pendant cette période, nous avons l'opinion de M. Joseph Kennedy qui nous est retransmise par James Forrestal, l'ancien secrétaire des États-Unis à la défense :

« Jamais la France ou l'Angleterre n'auraient fait un casus belli de la Pologne sans les perpétuels coups d'épingle de Washington... Chamberlain lui a affirmé [à Kennedy] que l'Amérique et les juifs du monde entier avaient contraint l'Angleterre à la guerre... Il y a indiscutablement quelque chose de fondé dans l'opinion de Kennedy selon laquelle l'attaque de Hitler aurait pu être détournée sur la Russie 11 . »

En Allemagne, sûr de son bon droit et sûr de sa force, Hitler attend que la Pologne réponde aux propositions de [250] négociations bilatérales sur Dantzig et le Corridor qu'il lui a annoncées le 5 janvier précédent, puis remises en bonne forme, le 21 mars, et réitérées publiquement, le 28 avril 12 : si elle n'a pas répondu le 31 août à minuit, il l'envahira le 1er septembre à l'aube, avait-il décidé au début de Mmai puis, au début du mois, il a ramené le délai au 26 août. Nous sommes le 23 août et jusque-là, elle n'a répondu que pour se prononcer en faveur du statu quo et décliner l'invitation.

Son bon droit ne se discute pas : il revendique Dantzig et le Corridor, mais Dantzig et le Corridor réclament leur rattachement à l'Allemagne à laquelle ils ont conscience d'appartenir et de n'avoir été arrachés, contre leur gré, que par le traité de Versailles, comme tous les territoires qu'il a réincorporés au Reich. Encore, en ce qui concerne le Corridor, ne revendique-t-il, contre le voeu des habitants, qu'une autostrade et une voie ferrée jouissant de l'exterritorialité pour permettre à la Prusse occidentale de communiquer avec la Prusse orientale. On ne peut pas être plus raisonnable. Quant à sa force, ses services de renseignements l'ont convaincu qu'il est militairement plus fort que l'Angleterre, la France et la Pologne réunies. Et c'était vrai.

En Italie, on se félicite du maître-coup qu'avec le Pacte germano-soviétique, Hitler a réussi. Et on exulte : cette fois, les démocraties sont à genoux, c'en est fini de l'anti-fascisme triomphant.

De Moscou, enfin, on contemple le désarroi des démocraties occidentales acculées à la capitulation ou à la guerre : on est sûr d'avoir poussé avec elles le jeu assez loin pour qu'elles ne puissent plus reculer et choisissent la guerre. Et on exulte aussi.

Le climat qui règne, ce 23 août 1939, dans toutes les capitales intéressées, à Londres, à Paris, à Varsovie, à New York, à Berlin, à Rome et à Moscou, étant ainsi reconstitué, il ne semble pas qu'il y ait un meilleur moyen de mettre en lumière les ultimes responsabilités de la guerre, que de reconstituer dans leur chronologie exacte, les événements [251] qui se sont produits pendant les dix derniers jours qui ont précédé sa déclaration.

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23 août 1939.

A 13 heures, sir Nevile Henderson, ambassadeur de Grande-Bretagne à Berlin, arrive à Berchtesgaden, porteur d'un message que Chamberlain a rédigé la veille, à l'intention de Hitler, dès qu'il a su que Moscou avait rompu les pourparlers avec la délégation militaire franco-anglaise. En termes émouvants parfois, Chamberlain propose à Hitler, de rechercher avec lui, « les conditions favorables à l'instauration de négociations directes entre l'Allemagne et la Pologne ». Il n'y met qu'une condition : « qu'il soit préalablement entendu que tout arrangement auquel on pourrait arriver soit, une fois conclu, garanti par d'autres Puissances. Et il l'informe que si nécessité est, le gouvernement de Sa Majesté est décidé et prêt à mettre en oeuvre toutes les forces dont il dispose. » Puis une proposition très adroite qui peut fléchir Hitler : « l'élargissement des négociations à des problèmes plus vastes, affectant l'avenir des relations internationales, y compris les questions qui nous intéressent, vous et nous 13. » L'amitié de l'Angleterre en somme.

A 18 heures, la réponse de Hitler est remise à sir Nevile Henderson. En huit points dont l'idée générale est : « L'Allemagne ne s'est jamais dressée contre les Anglais. Au contraire. Elle s'est efforcée - mais malheureusement en vain - de se concilier l'amitié de l'Angleterre. » Ceci pour répondre à l'offre de négociations élargies.

Puis il poursuit : « L'Allemagne est prête à régler les questions de Dantzig et du Corridor par voie de négociations et sur des bases si magnanimes, qu'on en chercherait vainement l'équivalent ailleurs... la Pologne refuse et, ce qui la fait refuser, c'est l'assurance inconditionnelle donnée par l'Angleterre de lui prêter assistance en toutes circonstances et quelles que soient les raisons dont pourrait naître un conflit... L'Allemagne, si elle est attaquée par l'Angleterre, se trouvera prête et résolue... Le règlement des problèmes européens sur une base pacifique ne relève pas [252] d'une décision de l'Allemagne. il incombe, au premier chef, à ceux qui, depuis le Diktat de Versailles, se sont obstinétuent et constamment opposés à toute révision pacifique de ce Traité 14 ».

Sir Nevile Henderson n'a pas été très bien reçu, ni pour remettre le message de Chamberlain, ni pour en recevoir la réponse mais, telles qu'elles sont engagées entre les deux gouvernements, les conversations paraissent susceptibles d'heureux développements.

Le même jour, ne sachant trop comment se faire intégrer à part entière dans la discussion des problèmes européens, le président Roosevelt a écrit au roi d'Italie pour lui dire que « les États-Unis seraient heureux de prendre part à des conversations pacifiques » et lui suggérer « de formuler des propositions tendant à une solution pacifique de la crise actuelle 15 ».

Le roi d'Italie n'a pas répondu : sans doute a-t-il vu, dans cette lettre, un moyen de créer des dissensions entre les Puissances de l'Axe.

Tard dans la soirée, la B.B.C. annonce que le conseil des ministres de Sa Majesté « a décidé, en raison de la situation créée par la signature du Pacte germano-russe, de convoquer les Chambres demain 24 août, pour leur demander de voter les pleins pouvoirs qui lui permettront de prendre toutes les mesures politiques et militaires qui s'imposent ».

A Dantzig, le Sénat décide à l'unanimité de déclarer le Gauleiter Forster, leader du Parti national-socialiste, chef de l'État de la ville libre de Dantzig 16.

24 août.

Le président Roosevelt écrit à Hitler et à M. Mosciki, président de la République polonaise pour les adjurer de s'abstenir « de toute agression durant une période donnée et de s'engager, suivant un accord mutuel, à règler les différends qui les opposent, en recourant à l'une des trois [253] méthodes suivantes: des négociations directes, par voie de conciliation ou en soumettant leur litige à un tribunal d'arbitrage 17 ». En terminant, il leur offre, naturellement, ses bons offices.

Il n'y a pas d'apparence que Hitler ait répondu.

Le président Mosciki, par contre, répond : « L'arbitrage et les négociations directes sont sans conteste, les meilleurs moyens de règler les litiges internationaux... Comme, dans la crise actuelle, ce n'est pas la Pologne qui demande à un autre État de lui faire des concessions, il va sans dire qu'elle est prête à s'abstenir de tout acte hostile sous réserve que la partie adverse en fasse autant 18. » Pas un mot de Dantzig et du Corridor.

Le pape Pie XII lance son appel au monde 19.

A Londres, Chamberlain prononce, aux Communes, le discours annoncé la veille : c'est une paraphrase de son message à Hitler dont il reprend les termes. Il y réaffirme la résolution de l'Angleterre de soutenir la Pologne, mais laisse la porte ouverte à des négociations.

A Berlin, Goering, à qui Hitler a communiqué le message de Chamberlain et la réponse qu'il lui a faite, pense que les choses ne se sont pas trop mal passées et que le ton de cet échange de correspondance autorise des espoirs. Une ombre au tableau : Ribbentrop. Göring a piètre opinion des vertus diplomatiques du ministre des Affaires étrangères du Reich et il ne croit pas, qu'avec ses manières brusques et sa rigidité d'adjudant, il soit l'homme d'une situation aussi délicate. Il ne le voit pas entretenir avec les Anglais les rapports étroits et fair play qu'il faudrait. Alors, il songe à entrer secrètement, en contact avec le gouvernement anglais : personnellement, il ne le peut pas, mais par personne interposée, peut-être pourrait-il pallier l'incompétence, voire la mauvaise volonté de Ribbentrop, et établir, lui, entre l'Angleterre et l'Allemagne, les contacts étroits et confiants qu'il juge indispensables.

Justement, il connaît depuis 1934, un industriel suédois du nom de Birger Dahlérus qui a de nombreuses relations [254] dans les milieux politiques et d'affaires britanniques et allemands et qui s'efforce de les rapprocher en organisant entre eux, des rencontres fréquentes : la dernière a eu lieu le 7 août, dans une petite localité, à la frontière du Sleswig-Holstein et du Danemark. Y assistaient, outre Goering et le général Bodenschaft, deux ou trois autres personnalités allemandes, dont le conseiller d'État Dr. Körner. Du côté anglais on notait aussi diverses personnalités politiques, dont M. Spencer, membre influent du parti conservateur. L'atmosphère était des plus cordiales. Entre l'Angleterre et l'Allemagne, les contacts sont établis et Göring pense que nul n'est mieux placé que Birger Dahlérus pour les exploiter.

Le discours prononcé par Chamberlain à la Chambre des communes, et qu'il a entendu, l'a encore renforcé dans la conviction que son idée est bonne.

Vers minuit, un avion spécial décolle de Tempelhof : il emporte à Londres Birger Dahlerus qui est chargé d'aller dire à Chamberlain, de la part de Goering, que son discours aux Communes est très attentivement étudié à Berlin, que tout n'est pas perdu tant que l'irréparable n'est pas accompli et que Goering fera tout ce qu'il pourra pour éviter la guerre.


25 août.

L'invasion de la Pologne doit avoir lieu le lendemain, à l'aube : Hitler a ordonné qu'on la prépare de telle sorte qu'à tout moment, les ordres de marche puissent être stoppés jusqu'à la dernière minute. Il prévoit que, si le colonel Beck cède, ce sera à la dernière minute...

Aux premières heures de la matinée, il écrit à Mussolini une lettre qui est un rappel discret du Pacte d'acier : « Je voudrais vous assurer, Duce, que j'aurais une totale compréhension pour l'Italie, si elle se trouvait dans une situation analogue, et que le cas échéant, vous pourriez être certain de mon attitude 20. » Après lui avoir dit que, la [255] Pologne, multipliant les provocations à Dantzig, y avait créé une situation intolérable et que la guerre était, maintenant, inévitable.

Avant midi, il reçoit deux informations. La première vient du président Roosevelt qui l'informe que le président de la République polonaise était prêt à régler le différend par des négociations directes : ce n'était pas vrai 21 et il n'y prend pas garde. La seconde vient de l'ambassade allemande de Londres - elle l'informe que « le peuple britannique se tient en ordre serré derrière son gouvernement... il est prêt à toute éventualité et confiant en face d'une guerre qu'il n'a pas désirée, mais qu'il considère néanmoins, comme inévitable 22 ». Celle-ci le fait réfléchir : il ne comprend pas que l'Angleterre dont il n'a jamais cessé de rechercher l'amitié, soit à ce point, dressée contre lui. il en souffre : les Anglais, un peuple qu'il considère comme aryen ! Soudain il a une idée : le ton de son échange de correspondance avec Chamberlain lui permet encore de lui faire une proposition si généreuse qu'il ne pourra pas la refuser.

Il fait convoquer sir Nevile Henderson pour 13 h. 30.

Et il appelle Keitel : « Surseoir jusqu'à quinze heures aux préparatifs d'invasion de la Pologne pour le lendemain. »

Et voici ce qu'il propose à sir Nevile Henderson : une Alliance avec l'Angleterre, subordonnée à l'aide qu'elle lui apportera pour récupérer Dantzig et le Corridor, la garantie de l'Allemagne aux nouvelles frontières de la Pologne, Lin accord sur les colonies, des garanties pour les minorités allemandes de Pologne, l'aide de l'Allemagne pour la défense de l'Empire britannique sur tous les points du globe 23.

L'entrevue a été cordiale : sir Nevile Henderson décide de partir pour Londres.

Un peu avant quinze heures, le correspondant à Londres de l'Agence allemande de presse D.N.B. téléphone à Berlin que le gouvernement anglais et le gouvernement polonais [256] viennent de signer un pacte d'assistance mutuelle en cas d'agression de l'Allemagne, soit contre la Pologne, soit contre l'Angleterre. Les termes de ce pacte précisent que l'assistance est inconditionnelle 24.

Hitler, Ribbentrop, Goering en sont stupéfaits : le colonel Beck est, maintenant, maître de décider de la guerre ou de la paix, l'Angleterre est à sa merci. Impensable !

Réaction de Hitler : il appelle Keitel et lui dit de remettre immédiatement en route toutes les opérations d'invasion de la Pologne.

Puis il appelle M. Coulondre, ambassadeur de France à Berlin et le prie d'informer M. Daladier de sa part que les provocations sont devenues intolérables, qu'il va intervenir, qu'il n'a rien contre la France, qu'il déplorerait d'avoir à la combattre pour la Pologne mais que, si la France l'attaque, il est prêt à cette éventualité et répondra.

Il est 17 h. 30.

A 18 heures arrive la réponse de Mussolini : l'Italie n'est pas prête pour la guerre, elle ne le sera qu'en 1943 comme il l'a dit à Hitler au moment de la signature du Pacte d'acier et elle ne pourra pas intervenir à ses côtés. Elle le soutiendra seulement, autant qu'elle le pourra, mais restera neutre. Mussolini déplore qu'il en soit ainsi, mais l'Italie n'a ni les matières premières, ni les armes nécessaires. Ah ! si l'Allemagne pouvait lui donner ces armes et ces matières premières, il en irait tout autrement, elle pourrait intervenir sans délai 25.

Hitler est perplexe : conférence avec Ribbentrop et Goering.

A 19 h. 30, il ordonne à nouveau de stopper les préparatifs d'invasion de la Pologne : les généraux allemands n'y comprennent plus rien.

Puis, à toutes fins utiles, il écrit à Mussolini pour lui demander la liste de tout ce dont il a besoin pour entrer en guerre sans délai.

[257]

26 août.

A 7 h. 50, sir Nevile Henderson s'envole pour Londres.

A midi, la réponse de Mussolini à la demande de Hitler arrive à la chancellerie : « Nous avons dressé une liste de nos besoins capables d'assommer un taureau, si un taureau pouvait la lire » dit le comte Ciano 26. C'est que Mussolini maintient sa décision de ne pas entrer en guerre. Mais elle se termine par cette offre : « Si vous pensez qu'il y ait encore une possibilité quelconque de solution politique, je suis prêt - comme je l'ai fait en d'autres circonstances - à vous donner mon appui total et à prendre telle initiative que vous pourriez estimer utile pour atteindre le but envisagé 27. »

A 15 heures, sir Ogilvie Forbes, chargé d'affaires à Berlin remet, en l'absence de l'ambassadeur qui est à Londres, la note suivante à M. von Weizsäcker, secrétaire aux Affaires étrangères allemandes :

« Le gouvernement de Sa Majesté étudie avec soin le message de M. Hitler, en consultation avec sir Nevile Henderson. La réponse du gouvernement de Sa Majesté est en préparation et sera examinée à une réunion plénière du Cabinet. Sir Nevile Henderson reprendra, dimanche 27 août dans l'après-midi, l'avion pour Berlin, avec le texte définitif de la réponse 28. »

A la même heure, Birger Dahlérus arrive à Berlin, porteur d'une note manuscrite de lord Halifax pour Goering : « une excellente lettre dans laquelle il indiquait de façon claire et distincte le désir du gouvernement de Sa Majesté d'en arriver à un règlement pacifique » dit M. Dahlerus 29.

A 17 heures, les experts économiques allemands ayant achevé l'examen des demandes de Mussolini en matières premières et en armes, Hitler lui répond qu'il ne peut accéder à ses désirs et lui demande seulement « d'essayer de fixer les forces anglo-françaises par une propagande active et des démonstrations militaires adéquates 30 ».

[258]

Un peu avant 19 heures, la réponse de Mussolini à cette lettre arrive à la Chancellerie - Mussolini redit à Hitler sa tristesse « d'être contraint, par des forces indépendantes de sa volonté, de renoncer à lui manifester sa solidarité au moment de l'action » et il lui renouvelle sa conviction « qu'une solution politique, pouvant donner pleine satisfaction morale et matérielle à l'Allemagne est toujours possible 31 ».

De la perplexité, Hitler passe à l'irritation.

A 19 h. 30, M. Coulondre lui apporte la réponse de Daladier à son message oral de la veille : c'est un message écrit.

« Aucun homme de coeur, dit-il, ne pourrait comprendre qu'une guerre de destruction puisse être engagée, sans qu'une dernière tentative d'arrangement pacifique ait lieu entre l'Allemagne et la Pologne... Chef du gouvernement français, je suis prêt à faire tous les efforts qu'un honnête homme peut accomplir afin d'assurer le succès de cette tentative 32. »

Hitler annonce à l'ambassadeur de France qu'il répondra par écrit.

La journée se termine par un incident qui met aux prises Goering et Ribbentrop : le service de décryptage des télégrammes et de surveillance des conversations téléphoniques a enregistré toutes les conversations de Dahlérus, reconstitué ses allées et venues et informé la Wilhelmstrasse, comme il en avait mission. Colère de Ribbentrop lorsqu'il s'aperçoit que Goering a envoyé quelqu'un à Londres dans son dos. Pour comble, en début d'après-midi, la direction de la Lufthansa a téléphoné à la Wilhelmstrasse que son avion de Londres arriverait à Tempelhof à 17 h. 30 ayant à son bord M. Dalhérus, « une personnalité du Foreign Office 33 ». Ribbentrop y voit la preuve que Dahlérus est un agent de l'Intelligence Service et va le dire à Hitler, sa preuve en main. Explication orageuse entre Hitler, Ribbentrop et Goering...

Vers minuit, deux agents de la Gestapo se présentent à [259] l'hôtel de Dahlérus et le conduisent chez Hitler qui l'attend en compagnie de Goering, ce qui prouve que ce dernier l'a emporté sur Ribbentrop dans l'esprit du Führer. Discours de Hitler : « la Pologne ne se conduit comme elle se conduit que parce qu'elle a la garantie inconditionnelle de l'Angleterre... Depuis six mois, je lui propose des négociations... J'ai fait une offre grandiose à l'Angleterre... Elle préfère la Pologne et la guerre. J'écraserai la Pologne... Je construirai des avions, encore des avions, toujours des avions... des sous-marins, des sous-marins et encore des sous-marins... »

Puis finalement : « Partez immédiatement pour Londres, allez dire le fond de ma pensée au gouvernement britannique. Je crains que Henderson ne m'ait pas bien compris et je désire sincèrement aboutir à un accord 34. »

27 août.

L'événement qui marque cette journée est la rencontre à Londres, de Birger Dahlérus avec Chamberlain. Lord Halifax, sir Horace Wilson, sir Alexander Cadogan et sir Robert Vansittart, séparément d'abord, puis tous ensemble, dans une sorte de conseil de cabinet extraordinaire. L'élément qui domine ces rencontres est que la veille, 26 août, la Pologne n'a pas été envahie comme il était prévu dans le plan primitif de Hitler : on en conclut que c'est la politique de fermeté de l'Angleterre qui le fait reculer et on n'en est que plus disposé à se montrer plus ferme encore. Cependant, les Anglais sont réalistes : le fait que Hitler leur offre de mettre les forces armées de l'Allemagne au service de l'empire britannique pour le défendre au cas où il serait menacé les offusque et leur paraît humiliant pour leur prestige et leur amour-propre, mais sa proposition d'un règlement général anglo-allemand leur paraît comporter trop d'aspects positifs pour ne pas mériter un examen attentif. Ils en retiennent donc le principe.

[260]

Arrivé à Londres à midi, Dahlérus est de retour à Berlin à minuit : Goering l'attend à l'aérodrome. Il lui montre un aide-mémoire que lui ont remis les Anglais :

« 1. Le gouvernement de Sa Majesté renouvelle solennellement son désir de maintenir de bonnes relations avec l'Allemagne. Aucun membre du Cabinet ne pense autrement ;
« 2. La Grande-Bretagne se sent tenue par l'honneur, de respecter ses obligations envers la Pologne ;
« 3. Le différend polono-allemand doit donc être résolu pacifiquement. Si une telle solution peut être atteinte, de meilleures relations anglo-allemandes en résulteront immédiatement 35. »

A 2 heures du matin, dans la nuit du 27 au 28 aoÛt, Goering téléphone à Dahlérus que Hitler admet la manière de voir de l'Angleterre : il accepte naturellement de régler pacifiquement le problème de Dantzig et du Corridor par des négociations directes avec Varsovie puisque c'est ce qu'il a proposé au colonel Beck le 5 janvier 1939. Le problème est donc d'obtenir du colonel Beck qu'il l'accepte aussi.

Dahlérus transmet aussitôt par fil, à l'ambassade d'Angleterre à Berlin. Il assortit son information d'un long compte rendu des réactions de Goering et de Hitler d'après Goering, sur ce qu'il lui a dit de ses rencontres de Londres : d'après ce compte rendu, Goering et Hitler se sont montrés très compréhensifs à l'égard de la position anglaise. Une phrase mérite d'en être retenue : « Il serait souhaitable que la réponse qu'apportera sir Nevile Henderson, fasse mention du fait que l'Angleterre s'engage à faire un geste pour convaincre Varsovie 36. »

De cela, il n'est, en effet, pas question dans l'aide-mémoire que Dallérus a remis à Goering.

Les autres événements de la journée sont une sorte d'expédition des affaires courantes : Hitler écrit à Mussolini, puis à Daladier. Au premier, il demande seulement de lui [261] envoyer de la main d'oeuvre pour son agriculture et son industrie. Au second il réaflirme son horreur de la guerre et sa position dans le différend germano-polonais 37.

Deux autres petits faits méritent encore d'être notés une entrevue d'un Polonais, le comte Lubienski, chef du cabinet du colonel Beck avec Peter Kleist, secrétaire d'État allemand aux Affaires étrangères et une autre de M. Guariglia, ambassadeur d'Italie, avec M. Georges Bonnet.

Le premier qui est un Polonais pondéré vient expliquer à Peter Kleist que le colonel Beck est prisonnier de l'armée et de son opinion publique, qu'il ne demande pas mieux que de traiter, mais qu'il faut lui laisser le temps de venir à bout de ceux qui l'entraînent : il faudrait faire comprendre cela à Ribbentrop et à Hitler. Ribbentrop transmet à Hitler qui ne donne pas suite 38.

De la conversation qu'il a eue avec M. Georges Bonnet, M. Guariglia a gardé l'impression que le ministre français des Affaires étrancères serait heureux que Mussolini intervienne en médiateur 39.


28 août.

En début de matinée, le temps est au beau fixe dans toutes les chancelleries : à Varsovie, le chargé d'affaires allemand qui s'est rendu au ministère des Affaires étrangères pour se plaindre des attaques répétées de la D.C.A. polonaise contre des avions allemands, s'est entendu promettre que sa protestation serait attentivement examinée alors qu'il s'attendait qu'elle soit repoussée. L'atmosphère s'en est trouvée détendue dans toutes les capitales aussitôt informées.

A Londres, lord Halifax a été favorablement impressionné par les réactions de Hitler et de Goering à la proposition qui lui a été transmise par Dahlérus et dont il a eu connaissance, tard dans la nuit. Il a eu un entretien avec [262] l'ambassadeur de Pologne : il lui a dit qu'il avait reçu des offres intéressantes de Hitler et que le colonel Beck ne devrait pas tout compromettre par une intransigeance excessive. Puis il a envoyé le télégramme suivant à sir Howard Kennard, ambassadeur d'Angleterre à Varsovie :

« Je vous envoie, dans mon prochain télégramme, les grandes lignes de notre réponse à Hitler. Dès que vous les aurez reçues, veuillez aller trouver Beck et téléphonez-moi immédiatement sa réponse. Si elle est affirmative, nous dirons à Hitler que le gouvernement polonais est prêt à entrer en discussion avec le gouvernement du Reich sur les bases indiquées 40. »

A 16 heures, la réponse du colonel Beck arrive :

« Le colonel Beck exprime sa reconnaissance au gouvernement de Sa Majesté pour le projet de réponse à M. Hitler, et l'autorise à informer le gouvernement du Reich que la Pologne est prête à entamer immédiatement des discussions directes avec l'Allemagne 41. »

A la même heure, l'ambassade d'Angleterre à Berlin télégraphie au Foreign Office de la part de Dahlérus - l'invasion de la Pologne est prévue pour le 1er septembre à l'aube et il est urgent, conclut en substance le télégramme, que la réponse anglaise aux propositions de Hitler du 25 août et à celles de Dahlérus de la veille, lui arrive.

Il n'y a plus qu'à la mettre au point : à 17 heures, sir Nevile Henderson peut s'envoler pour Berlin. A 18 heures lord Halifax téléphone à sir Ogilvie Forbes, chargé d'affaires qui fait fonction d'ambassadeur à Berlin en l'absence de sir Nevile Henderson, que celui-ci se tiendra à la disposition du chancelier Hitler à partir de 21 heures et qu'il doit en informer la Wilhelmstrasse.

A son arrivée à Berlin, à 20 h 30, l'ambassadeur d'Angleterre est informé que Hitler l'attend à 22 heures, mais il fait reculer l'entrevue à 22 h 30 car il veut faire traduire la réponse anglaise en allemand avant de la remettre à Hitler.

A 22 h 30, il est reçu à la chancellerie avec les hon[263]neurs qui ne sont dûs qu'aux chefs d'État, tant Hitler veut faire montre de sa bonne volonté et de l'importance qu'il attache à l'événement. Cette solennité exceptionnelle est aussi destinée à prouver qu'il ne doute pas que la réponse anglaise soit conforme à ses désirs et marque le début d'une ère nouvelle dans les rapports anglo-allemands.

L'entretien qui dure une heure un quart se déroule, d'un bout à l'autre, dans une atmosphère de calme et de dignité 42.

Hitler étudiera très attentivement la note anglaise et donnera une réponse écrite le lendemain.

Dans la nuit, vers une heure du matin, Goering fait prévenir Dahlérus par un de ses officiers d'ordonnance que, retenu à la chancellerie par l'étude de la note anglaise, il n'a pu le rencontrer, comme prévu, dans la soirée. Il l'informe que les perspectives de paix sont excellentes et qu'il le verra dans la matinée 43.

Le temps est resté au beau toute la journée.

A Rome, Mussolini que son ambassadeur à Berlin, M. Attolico, tient au courant des événements, heure par heure, est de plus en plus enclin à entrer en scène dans le rôle de médiateur : dans la soirée, il l'envoie dire à la Wilhelmstrasse qu'il pense que les droits de l'Allemagne sur Dantzig doivent être reconnus a priori et que, pour le reste (colonies, matières premières, limitation des armements) il suggère une conférence à quatre ou à cinq.

29 août.

La journée se déroule dans une atmosphère de mobilisation générale. En France, six cent mille hommes ont rejoint leurs casernements. En Italie, Mussolini a garni les frontières franco-italiennes et mis partout, en Libye, en Ethiopie, en Sardaigne et en Sicile, son aviation en état d'alerte. En Slovaquie, le gouvernement a mis son territoire à la disposition de la Wehrmacht. En Belgique, on a rappelé douze divisions. En Espagne, le général Franco fortifie la frontière des Pyrénées. En Hongrie, on mobilise contre la Rou[264]manie et vice-versa. Il n'est pas jusqu'en Suisse où on rappelle les troupes de couverture des frontières.

Mais la mobilisation la plus grave est celle qui est décrétée en Pologne au début de l'après-midi : la veille, Beck a promis aux Anglais d'entamer des négociations directes avec Berlin et aujourd'hui... Les deux attitudes ne sont pas conciliables : c'est la preuve que les intentions du colonel Beck ne sont pas pures. Outrés, MM. Léon Noël, ambassadeur de France à Varsovie et sir Howard Kennard, ambassadeur d'Angleterre, viennent le lui dire et protestent véhémentement. En vain.

A Berlin, cette mobilisation générale produit une émotion d'autant plus intense que, durant toute la nuit, des rapports alarmants sur les attaques de la D.C.A. polonaise contre les avions allemands et les incidents de frontières entre Polonais et Allemands se sont entassés sur le bureau de Hitler. Les généraux allemands s'alarment : il faut agir tout de suite ou alors, repousser toute l'affaire au printemps. Ils penchent pour l'action immédiate : la Pologne ne s'inclinera pas. En tout cas, il ne faut pas donner un ordre qui serait éventuellement, comme pendant les cinq jours qui viennent de s'écouler, suivi d'un contre-ordre : l'hiver vient qui risque de stopper les opérations avant qu'elles soient menées à bonne fin. Pour une fois, Hitler qui ne tient jamais aucun compte des doléances de ses généraux, les écoute : si les négociations n'aboutissent pas dans les quarante-huit heures, il réglera le compte de la Pologne.

Les généraux repartent contents.

En début d'après-midi, le roi des Belges et la reine de Hollande offrent leur médiation.

A 16 h 40, Mussolini offre la sienne : « Si l'Allemagne désire que l'Italie entreprenne ou dise quelque chose à Londres, le Duce est entièrement à la disposition du Führer » écrit-il à Hitler 44.

A Berlin, sir Nevile Henderson est convoqué à la Chancellerie à 19 h 15 pour y prendre la réponse de Hitler à la note anglaise. Le ton en est conciliant mais ferme. Elle contient cette phrase : « Le gouvernement allemand compte [265] sur l'arrivée du plénipotentiaire polonais demain mercredi 30 août 1939 45. »

L'ambassadeur d'Angleterre sursaute : le délai est beaucoup trop court, jamais l'Angleterre ne pourra décider, en vingt-quatre heures ou au maximum trente, le colonel Beck à envoyer un plénipotentiaire à Berlin.

Là-dessus, une discussion s'engage qui devient rapidement houleuse et se termine par un éclat. Hitler s'entête sur la date : le 29 août à 16 heures, le colonel Beck s'est déclaré « prêt à entamer immédiatement des discussions directes avec l'Allemagne 46 » et, s'il est de bonne foi, il doit s'être préparé. Sir Nevile Henderson s'entête de son côté. On échange des mots. Les deux hommes se quittent très en froid.

Bien que très abattu parce qu'il juge tout perdu, sir Nevile Henderson demande à M. Lipski de venir le voir : il lui raconte son entretien avec Hitler et il l'adjure de presser le colonel Beck d'envoyer un plénipotentiaire à Berlin dans le délai imparti. Il contacte ensuite M. Coulondre, ambassadeur de France, lui fait aussi le récit de son entretien avec Hitler et il l'adjure de même de recommander au gouvernement français d'intervenir à Varsovie. Puis c'est au tour de l'ambassadeur d'Italie, M. Attolico, qu'il presse de demander à Mussolini d'intervenir, lui aussi à Varsovie. Enfin, il envoie par télégramme, le compte-rendu de son entrevue avec Hitler à lord Halifax : tout en regrettant que le délai soit si court, il insiste sur le fait que la venue d'un plénipotentiaire polonais à Berlin, dans ce délai, est la seule chance d'éviter la guerre 47.

A 22 h 30, sir Ogilvie Forbes, de l'ambassade d'Angleterre, vient trouver Dahlérus à son hôtel pour l'informer que l'entrevue Hitler-Henderson a mal tourné et que les deux hommes se sont séparés après une violente discussion. Il est catastrophé et il lui demande ce qu'il pense qu'on pourrait faire pour réparer les dégâts. Au milieu de la conversation, coup de fil de Goering, qui demande à Dalhérus de partir immédiatement pour Londres et lui donne [266] comme mission d'essayer d'expliquer ce malheureux incident au gouvernement britannique en insistant sur le fait que le Führer met au point des propositions qu'il fera le lendemain au plénipotentiaire polonais, s'il vient, et que ces propositions surprendront les Anglais par leur modération 48.


30 août.

A 4 heures du matin, sir Nevile Henderson reçoit de lord Halifax un télégramme, daté de la veille à 22 h 25, qui lui dit que la note allemande est à l'étude mais qu'il ne faut pas compter que l'Angleterre pourra faire arriver un plénipotentiaire polonais à Berlin d'ici à 24 heures. Avertir les autorités du Reich 49.

A 5 heures, Dahlérus s'envole pour Londres et y arrive à 8 h 30.

A la Chancellerie du Reich, Hitler occupe toute la matinée à mettre au point, avec le concours d'une équipe de juristes et de diplomates, les conditions qu'il remettra au plénipotentiaire polonais. Il prolonge au 31 août à minuit leur acceptation par le gouvernement polonais. Elles sont modérées : il a renoncé à la province de Posen et accepté, sur conseil de Goering, un plébiscite dans le couloir 50.

Benoist-Méchin prétend que, quarante-huit heures après, lady Diana Duff Cooper, épouse de l'ancien premier lord de l'Amirauté qui a démissionné, « les trouvera si raisonnables que son mari est effrayé à la pensée que l'opinion britannique puisse partager l'opinion de sa femme 51 ». Il paraît exact que, si le peuple français et le peuple anglais avaient connu ces propositions, le 30 août, Paris et Londres n'eussent pas pu déclarer la guerre à l'Allemagne sans déclencher une vague de protestations qui eût imposé la paix.

[267]

A 10 heures, Dahlérus rencontre Chamberlain, lord Halifax, sir Horace Wilson et sir Alexander Cadogan au Foreign Office. Il leur dit que Hitler n'a pas pris au tragique l'incident qui l'a opposé, la veille, à sir Nevile Henderson. Eux non plus.

A partir de 12 h 30, sur demande de Lord Halifax qui veut confirmation officielle de ce que Dahlérus lui dit et a besoin de quelques précisions supplémentaires, Dahiérus a plusieurs entretiens téléphoniques avec Goering à Berlin. Lord Halifax est chaque fois satisfait des réponses.

A 13 heures, le chef du Foreign Office reçoit la réponse à un télégramme qu'il a envoyé la veille au soir à son ambassadeur à Varsovie, sir Howard Kennard, pour l'in-, former du délai imparti par Hitler pour l'arrivée à Berlin d'un plénipotentiaire polonais. En substance : sir Howard Kennard est certain que le colonel Beck préférera se battre et succomber plutôt que d'envoyer quelqu'un ou d'aller lui-même à Berlin subir le sort du président Hacha. Il suggère que la rencontre ait lieu dans un pays neutre ou en Italie pour qu'elle se déroule entre partenaires égaux en droits et que le délégué polonais soit assuré de sa sécurité 52. Mais Hitler veut qu'elle ait lieu à Berlin.

Depuis midi, les conditions allemandes sont prêtes : toute la journée, Hitler attendra en vain qu'un émissaire polonais vienne en prendre connaissance.

C'est que la journée du 30 août est celle où les rumeurs sur la situation désespérée de Hitler ont atteint le plus d'ampleur. C'est ce jour-là que, l'ambassadeur de France a écrit à M. Daladier que « le poisson est ferré... 53 ».

A Varsovie, le colonel Beck est persuadé que Hitler bluffait lorsqu'il menaçait d'envahir la Pologne le 26 août et que ce n'était qu'une manoeuvre d'intimidation : nous sommes le 30 et il ne s'est rien passé. Il est persuadé qu'il bluffe encore en l'annonçant pour le 1er septembre à l'aube. En réalité, pense-t-il, Hitler doit surmonter une crise intérieure sans précédent - les nouvelles qui lui sont parvenues d'Allemagne font état du mécontentement des généraux, de la démission du chef d'état-major Halder, de l'opposition [268] de Brauchitsch, d'une dépression nerveuse qu'aurait eue le Führer, du coup d'État que préparent les généraux et qu'ils déclencheront dès la déclaration de guerre de la France et de l'Angleterre etc. Un Allemand se disant membre de l'opposition est allé raconter ces choses à sir Nevile Henderson à Berlin 54 et celui-ci les a transmises à lord Halifax : le chef du Foreign Office en est lui-même ébranlé, bien que sir Nevile Henderson lui ait dit qu'il pouvait s'agir d'un provocateur.

Le colonel Beck pense qu'on touche au but et qu'il suffit de tenir encore 24 heures : il n'ira pas à Berlin et il n'y enverra personne.

A 23 heures, Ribbentrop pense qu'aucun plénipotentiaire polonais ne viendra plus. Il demande à sir Nevile Henderson de passer le voir. Rendez-vous est pris pour 23 h 30, mais, retenu par un empêchement de dernière minute, l'ambassadeur ne peut arriver qu'un peu après minuit.

Ribbentrop se montre d'une rare insolence. A un moment donné, les deux hommes dressés l'un contre l'autre comme deux coqs au combat sont sur le point d'en venir aux mains. Pour terminer, Ribbentrop, bien que, dit-il, sur un ton sarcastique, les délais impartis pour l'envoi d'un plénipotentiaire polonais soient écoulés, donne lecture à sir Nevile Henderson des conditions, rédigées en seize points, qui auraient été proposées par l'Allemagne à la Pologne pour le règlement du différend qui les oppose. Après lecture, l'ambassadeur d'Angleterre demande à Ribbentrop de lui remettre cette note pour qu'il puisse l'étudier à tête reposée et la transmettre à son gouvernement : fait jusque-là inconnu dans les annales diplomatiques, Ribbentrop refuse. Sir Nevile Henderson est si surpris qu'il en reste pantois, croit n'avoir pas bien entendu et répète sa demande : « d'ailleurs tout cela est dépassé puisqu'il est plus de minuit et qu'aucun négociateur polonais ne s'est présenté », répond, rageur, le ministre du Reich.

[269]

« C'était donc bien un ultimatum, dit alors sir Nevile Henderson outré 55. »

Et c'est sur ces mots que se termine l'entretien. Sir Nevile Henderson se retire en silence, convaincu que le dernier espoir de paix vient de s'envoler.

A minuit, Dahlérus qui est rentré de Londres est chez Goering. Les deux hommes se congratulent et se félicitent mutuellement du ton des propositions de Hitler et de leur contenu : ça y est, la paix est sauvée !

Dahlérus qui veut faire partager sa joie à sir Ogilvie Forbes, l'appelle au téléphone et c'est alors qu'il apprend ce qui vient de se passer entre sir Nevile Henderson et Ribbentrop. Il est catastrophé. Mis au courant, Goering ne l'est pas moins : d'autorité, il décide que Dahlérus doit lire la note, au téléphone, à sir Ogilvie Forbes, ce qui est fait immédiatement. Espérons que taut n'est pas perdu, se disent les deux hommes.

Aussitôt informé de l'incident par Goering, Hitler le félicite.

Il est deux heures du matin.

Mais lorsque sir Ogilvie Forbes veut lui remettre le texte de la note, sir Nevile Henderson est introuvable : il a quitté l'ambassade sans rien dire à personne. Sir Ogilvie Forbes n'a d'autre ressource que de la poser sur son bureau.

Il faut rendre un hommage spécial à sir Nevile Henderson : si déprimé qu'il fût par l'algarade qu'il avait eue avec Ribbentrop, par acquit de conscience, bien que sans illusions, il s'était rendu chez l'ambassadeur de Pologne pour lui dire qu'autant qu'il avait pu comprendre, les propositions allemandes ne prévoyaient que la cession de Dantzig et un plébiscite dans le Corridor, qu'à son sens, elles n'étaient pas trop déraisonnables mais qu'étant donné la gravité de la situation, il devrait proposer une rencontre Goering-Ridz-Smigly à son gouvernement. A son sens, avait-il ajouté, une négociation quelconque n'avait aucune chance d'aboutir si elle était engagée sous l'égide de Ribbentrop 56.

[270]

M. Lipski promet de transmettre.

Sir Nevile Henderson était un homme consciencieux et un grand ambassadeur, comparé à M. Coulondre...


31 août.

Les journaux du matin annoncent que le pape Pie XII a adressé un appel pathétique à Hitler et au président Mosciki pour les adjurer, l'un et l'autre, de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour éviter les incidents et s'abstenir de tout acte susceptible d'accroître la tension actuelle. Ils annoncent aussi que Mussolini s'est offert en médiateur entre l'Allemagne et la Pologne.

A 9 heures, sir Nevile Henderson arrivant à son bureau trouve la note que sir Ogilvie Forbes y a déposée à deux heures du matin : il téléphone à Dahlérus pour le remercier. Pour que cette note arrive plus vite aux Polonais, il lui suggère d'aller la porter à l'ambassade de Pologne.

A 10 heures, Dahlérus se rend à l'ambassade de Pologne accompagné de sir Ogilvie Forbès : ça ne m'intéresse pas : leur répond M. Lipski, si une guerre a lieu, une révolution éclatera en Allemagne et les troupes polonaises marcheront sur Berlin, alors 57... M. Lipski a, visiblement, reçu la visite du membre de l'opposition allemande qui s'était rendu chez sir Nevile Henderson, mais lui, ne s'est pas demandé s'il s'agissait d'un provocateur : il l'a cru sur parole.

Entre Paris, Londres, Rome et Varsovie, le téléphone ne chôme pas. De Berlin, M. Coulondre qui a perdu son optimisme de la veille, informe M. Bonnet qu'il serait bon qu'il exerçât une pression sur Varsovie. De Rome, M. FrançoisPoncet fait la même, suggestion en ajoutant que, si on obtenait que la Pologne cédât Dantzig, Mussolini pourrait faire une intervention à Berlin et qu'il serait, peut-être, encore possible d'éviter la guerre. M. Georges Bonnet transmet à Londres et il obtient l'accord de Lord Halifax : tous deux téléphonent dans ce sens aux deux ambassadeurs français et anglais à Varsovie.

[271]

A 11 heures, MM. Léon Noël et Howard Kennard se rendent chez le colonel Beck : apres une discussion serrée. celui-ci consent à ce que M. Lipski se rende à la Wilhelmstrasse. La nouvelle est aussitôt transmise dans toutes les capitales. Elle arrive chez Hitler à 13 h 30, au moment précis où il s'apprêtait à signer la directive n· 1 pour la conduite de la guerre - il pose sa plume et décide d'attendre encore jusqu'à la fin de la journée.

A la même heure, M. François-Poncet appelle M. Georges Bonnet au téléphone et l'informe que, si la France et l'Angleterre acceptent, Mussolini offre d'inviter l'Allemagne à une conférence qui aurait lieu le 5 septembre et aurait pour but d'examiner les clauses du Traité de Versailles qui sont à l'origine de la crise. Bonnet acquiesce. Les Anglais consultés pensent qu'il s'agit d'un piège, qu'il serait sans doute maladroit de refuser niais qu'il ne faut accepter que si au préalable Hitler accepte la démobilisation générale de toutes les armées dans tous les pays, ce que, pense-t-il, Hitler re usera. M. Bonnet répond que le Conseil des ministres français tranchera 58.

A la même heure encore, arrive dans toutes les Chancelleries la proposition de Pie XII 59.

A 14 heures, les instructions du colonel Beck sont entre les mains de l'ambassadeur de Pologne à Berlin : elles comportent, par malheur un paragraphe secret ainsi rédigé :

« Ne vous laissez entraîner, en aucun cas, à des discussions techniques, Si le gouvernement du Reich vous fait des propositions orales ou écrites, vous déclarerez que vous ne possédez nullement les pleins pouvoirs pour recevoir ou discuter ces propositions, que vous êtes seulement habilité à les transmettre à votre gouvernement et à solliciter de nouvelles instructions 60 ».

Les services de décryptage des télégrammes et de surveillance des communications téléphoniques du Reich ont intercepté ces instructions : au moment où M. Lipski se présentera à la Wilhelmstrasse, Ribbentrop sait donc déjà qu'il recevra un simple facteur au lieu de la délégation [272] habilitée à traiter qu'il attendait. Le gouvernement polonais veut faire traîner les choses et les enliser dans le maquis de la procédure, en conclut-il. Et il ne se trompe pas.

A 16 heures, M. Lipski demande une audience à Ribbentrop : on lui donne rendez-vous à 18 h 30.

A 18 heures, le Conseil des ministres francais réuni à l'Elysée sous la présidence de M. Albert Lebrun, décide d'envoyer le télégramme suivant à Mussolini :

« Le gouvernement français observe qu'une conversation directe germano-polonaise étant engagée, c'est seulement en cas d'échec de cette conversation que la conférence devrait se réunir 61. »

Mais avant de l'envoyer à Rome, M. Georges Bonnet décide d'en soumettre les termes à M. Chamberlain pour que les deux gouvernements synchronisent leur action : l'accord de M. Chamberlain n'arrivera jamais. Et la réponse française ne partira pour Rome que le lendemain et pas en ces termes car, entre temps, les événements auront évolué. L'Angleterre d'autre part, ne s'y associera pas.

A 18 h 30, M. Lipski est reçu par Ribbentrop. Le ministre des Affaires étrangères du Reich le reçoit debout. L'entrevue ne dure que quelques minutes et se limite à une question et une réponse : Ribbentrop demande à l'Abassadeur polonais s'il a les pleins pouvoirs et, aussitôt qu'il en a reçu une réponse négative, le fait reconduire par un huissier 62.

Cette fois, tout est fini.

A 19 heures, M. Attolico vient demander à Hitler s'il estime que le Duce doit poursuivre ses efforts dans le sens d'une médiation et il n'en obtient qu'une réponse négative.

A 21 h 15, la Radio du Reich diffuse les conditions faites à la Pologne et les accompagne du commentaire suivant :

« Le Führer et le gouvernement du Reich ont attendu pendant deux jours, la venue d'un plénipotentiaire polonais. En vain. De ce fait, le gouvernement du Reich considère ses conditions comme pratiquement repoussées, bien [273] qu'à son avis, elles étaient, non seulement plus qu'équitables, mais acceptables dans la forme où elles avaient été rédigées et portées à la connaissance du gouvernement britannique 63. »

A 21 h 15, sir Nevile Henderson est convoqué à la Wilhelmstrasse et M. Coulondre à 21 h 25 : à chacun M. von Weizsäcker remet « pour information », les conditions allemandes.

A 21 h 30, Hitler signe la Directive N° 1 pour la conduite de la Guerre : les troupes allemandes envahiront la Pologne demain ler septembre, à 4 h 45.

1er septembre.

A 4 h 45, donc, les troupes allemandes se mettent en mouvement. Elles attendaient sur tous les fronts : en Prusse-Orientale, en Poméranie, en Silésie et jusque dans les Beskides. A 8 heures, le front polonais a craqué partout, l'aviation pilonne systématiquement les dépôts de munitions, les aérodromes, les gares, les noeuds ferroviaires et routiers. Le Führer n'a attaqué qu'avec 53 divisions sur les 120 qu'il possède : il ne croit pas à une intervention franco-anglaise à l'Ouest mais, par précaution, il a affecté le reste à cette éventualité. A midi, elles s'enfoncent en Pologne, selon l'expression du général Gamelin, « comme dans du beurre»... Les 80 divisions polonaises n'offrent qu'une résistance de principe.

A Londres, à Paris et à Varsovie, on est doublement surpris : d'abord, on n'aurait jamais cru que Hitler aurait osé, ensuite que les armées polonaises offriraient si peu de résistance. Sur le coup d'État des généraux allemands, il faut bien vite déchanter : les généraux allemands, même les plus hostiles à Hitler, sont unanimes à vouloir régler le cas polonais, plutôt par la guerre que par la négociation. Pourquoi? Parce que, dans le souci de ne pas compromettre la négociation, Hitler a abandonné la province de Posen aux Polonais et ils le lui reprochent : par la guerre, ils pourront la récupérer. Ils sont enchantés. Tous : chez eux l'intérêt national l'emporte sur l'idéologie.

[274]

Cet aspect des choses échappe totalement à Paris et à Londres : on y constate seulement que le coup d'État n'a pas eu lieu, on ne se demande pas pourquoi, on l'espère toujours et on n'en est pas moins résolu à secourir la Pologne.

A 8 heures, le Sénat de Dantzig proclame le rattachement au Reich, de la ville libre et du territoire qui l'entoure : l'enthousiasme est indescriptible aussi bien dans les rues qu'au Sénat.

A 10 heures, discours de Hitler au Reichstag : il annonce sa décision et en fait l'historique. Le Reichstag est tout aussi enthousiaste.

Pendant ce temps, l'activité diplomatique s'est transposée sur l'axe Paris-Londres. A Paris, MM. Daladier et Bonnet sont réunis au ministère de la Guerre, chez M. Daladier : ils décident de réunir le Conseil des ministres pour approuver la mobilisation générale, les Chambres pour examiner la conduite à tenir, et d'envoyer la réponse française à l'Italie.

Sur cette réponse, Paris et Londres ne sont pas d'accord. Londres estime que le projet est dépassé, que la conférence prévue par Mussolini n'est plus possible qu'à la condition préalable que Hitler cesse les hostilités et retire ses troupes en arrière des frontières polonaises.

A 11 heures, M. Corbin, ambassadeur de France à Londres, le dit à M. Bonnet de la part de Lord Halifax. Il ajoute que le Parlement britannique doit se réunir à 16 heures pour approuver « un ultime avertissement» adressé à l'Allemagne dans ce sens.

A 11 h 50, M. Bonnet informe M. François-Poncet à Rome que la France accepte le projet italien.

A 17 heures, Lord Halifax lui téléphone : il n'est plus question de la réponse anglaise à Mussolini, mais uniquement de « l'ultime avertissement» que le Parlement britannique vient d'approuver. Lord Halifax en lit les termes à M. Bonnet et il suggère que l'ambassadeur de France aille le porter à M. Ribbentrop, dans la soirée, en même temps que l'ambassadeur d'Angleterre puis, que tous deux demandent leur passeport. Il ne prononce pas le mot mais, dans son esprit, cet « ultime avertissement» est un ultimatum qui doit être suivi de la rupture des relations diplomatiques.

[275]

M. Bonnet n'accepte pas que l'ambassadeur de France demande son passeport sans que le Parlement français, qui doit se réunir le lendemain à 15 heures, se soit prononcé. La Constitution de la France l'impose. Mais il accepte les termes de l'avertissement. Les deux hommes tombent difficilement d'accord, mais ils y tombent : ils feront remettre une « note». Il ne semble pas que M. Bonnet se soit rendu compte qu'après la remise de cette « note», la conférence projetée par Mussolini ne serait plus possible et que ce dont il s'agissait maintenant, c'était d'un Armistice entre l'Allemagne et la Pologne, seul susceptible de la rendre possible. Or, la « note» ne va pas dans ce sens.

D'autre part, le colonel Beck n'était pas disposé à proposer un armistice à l'Allemagne et rien ne pouvait être fait sans son accord. M. Bonnet ne le savait pas encore mais, lorsque M. Noël vint, vers 20 heures, parler à Beck de la conférence projetée par Mussolini, il avait répondu :

« Nous sommes en guerre comme suite à une agression non provoquée. La question qui se pose n'est pas celle d'une conférence, mais celle de l'action que les Alliés doivent mener en commun pour repousser cet assaut 64. »

Le télégramme de M. Léon Noël qui donnait cette information, n'était parti de Varsovie qu'à 21 h 41 et arrivé à Paris qu'à 2 h 15 le 2 septembre.

Enfin, dans l'histoire des guerres, il n'y a pas d'exemple que celui à qui un Armistice est demandé, qui est généralement le plus fort et dont les troupes progressent sur le territoire adverse, ait retiré ses troupes sur ses frontières avant que les conversations ne soient engagées : la cessation des hostilités ne se fait jamais que les troupes immobilisées sur place, et elles ne se retirent que la Convention d'Armistice signée, selon un plan qu'elle prévoit. C'est une règle qui n'a jamais souffert aucune exception : en 1940, lorsque le Maréchal Pétain a sollicité l'Armistice, il ne lui serait jamais venu à l'idée de demander, qu'au préalable, les troupes allemandes se replient sur le Rhin. Et cela se conçoit : un Armistice n'est pas la paix, on peut ne pas s'entendre et la guerre peut reprendre.

Si donc le retrait des troupes allemandes sur leurs posi[276]tions de départ était la condition préalable à toute reprise des discussions, il était exclu que l'on aboutisse car il était exclu que Hitler accepte cette condition absolument inacceptable. Autant dire qu'on ne voulait pas ou plus négocierLes choses se seraient présentées sous un tout autre jour si, au lieu de cette « note» qui était, au fond, un ultimatum, la France et l'Angleterre avaient, tout en protestant, remis une proposition de cessation des hostilités sur place, assortie de la conférence projetée par Mussolini et suggérée par Pie XII dans une forme à peine différente.

A 21 h 30, sir Nevile Henderson remet la « note» anglaise à Ribbentrop. A 22 heures, M. Coulondre lui remet la française. Elles se terminent toutes deux ainsi :

« A moins que le gouvernement allemand ne soit disposé à donner des assurances satisfaisantes qu'il a suspendu toute action agressive contre la Pologne et est prêt à retirer promptement ses forces du territoire polonais, le gouvernement français 65 remplira sans hésitation ses obligations à l'égard de la Pologne 66. »

On peut soutenir qu'il ne s'agit pas d'un ultimatum, mais c'est jouer sur les mots : il manque seulement un délai de réponse pour qu'il en soit un.

A l'un et à l'autre, Ribbentrop se borne à répondre qu'il transmettra au Führer et qu'il leur fera parvenir sa réponse dès qu'il sera en sa possession.


2 septembre.

La situation de la Pologne est désespérée : ses fortifications sont démantelées, son système ferroviaire et son aviation à moitié détruits. Ses ambassadeurs à Londres et à Paris exigent l'aide promise « dès la déclaration de guerre.» Le colonel Beck lui-même multiplie les appels.

A 8 heures, ]'Agence Havas publie le communiqué suivant :

« Le gouvernement français, comme plusieurs autres gouvernements, a été saisi, hier, d'une proposition italienne, [277] visant au règlement des difficultés européennes. Après en avoir discuté, il a donné une réponse positive. »

La nouvelle vient de Rome et elle est fondée sur l'acceptation donnée à M. François-Poncet par M. Bonnet la veille à 11 h 50.

A 8 h 30, le comte Ciano a téléphoné à son ambassadeur à Paris, M. Guariglia, pour savoir si la note remise la veille au soir à Ribbentrop avait le caractère d'un ultimatum : non.

A 10 heures, Mussolini charge son ambassadeur à Berlin, M. Attolico, d'aller porter le message suivant à Hitler :

« A titre d'information et tout en laissant la décision au Führer, l'Italie fait savoir qu'elle aurait encore la possibilité de faire accepter par la France, l'Angleterre et la Pologne, une conférence fondée sur les propositions suivantes:
« 1. Un Armistice qui laisserait les armées sur les positions qu'elles occupent actuellement ;
« 2. La convocation d'une conférence qui se tiendrait dans un délai de deux ou trois jours ;
« 3. Une solution du conflit germano-polonais qui ne pourrait être que favorable à l'Allemagne, étant donné l'état actuel des choses.
« La France s'est déclarée, aujourd'hui, particulièrement favorable à cette idée du Duce.
« Dantzig est déjà retourné à l'Allemagne et le Reich détient, d'ores et déjà, des gages suffisants pour assurer la réalisation de la plupart de ses revendications. De plus, il a obtenu une satisfaction morale. Si le Führer acceptait le projet de conférence, il atteindrait la totalité de ses objectifs, tout en évitant une guerre qui apparaît, dès à présent, comme devant être longue et généralisée.
« Sans vouloir exercer la moindre pression, le Duce n'en attache pas moins la plus grande importance à ce que la communication ci-dessus soit immédiatement portée à la connaissance de M. von Ribbentrop et du Führer 67. »

A 12 h 30, lorsque M. Attolico se présente à la Wilhelmstrasse, Ribbentrop est justement sur le point de donner une réponse négative aux notes qui lui ont été remises la [278] veille par les ambassadeurs de France et d'Angleterre : il veut bien surseoir, mais il lui faut, pour cela, l'assurance que ces notes ne sont pas des ultimatums. Si elles en sont, il répondra par la négative.

M. Attolico va lui chercher ces assurances chez sir Nevile Henderson et les lui rapporte à 12 h 50.

A 14 h 15, le comte Ciano téléphone à M. Bonnet : il l'informe que Hitler n'a pas refusé de prendre le projet italien en considération, que la Pologne sera invitée et il le prie de lui confirmer que la note française n'était pas un ultimatum. M. Bonnet confirme mais, pour la conférence, étant donné l'évolution des événements depuis hier, il doit consulter M. Daladier et le gouvernement anglais avant de donner une réponse définitive. Il rappellera le comte Ciano, dès qu'il sera fixé. Tout ce qu'il peut dire, c'est que, personnellement, il acquiesce de tout coeur au projet italien.

A 14 h 45, le comte Ciano est en communication avec Londres. Informé de la réponse de Ribbentrop et des espoirs qu'elle autorise, ainsi que de l'assentiment de M. Bonnet, lord Halifax répond que « l'offre du Duce ne pourrait être retenue que si les troupes allemandes reculaient jusqu'à la frontière et évacuaient jusqu'à la dernière parcelle du territoire polonais. » Toutefois, il en parlera au premier ministre, lequel soumettra, sans aucun doute, la proposition au Conseil de Cabinet convoqué pour 16 heures. Ensuite de quoi, il rappellera le comte Ciano pour lui donner la réponse définitive de l'Angleterre 68.

A 15 heures, réunion du parlement français. Il s'agit d'en obtenir l'envoi d'un ultimatum dans les formes à l'Allemagne. Du côté du Sénat, M. Daladier ne nourrit aucune inquiétude : la décision y est acquise à une majorité voisine de l'unanimité. En ce qui concerne la Chambre, c'est différent. Ce qu'il redoute, ce n'est pas de n'y pas trouver de majorité, mais de s'y heurter à une forte minorité. Il pense que tous ceux qui, dans la précédente législature, ont voté contre le Pacte franco-soviétique, parce que, disaient-ils, ce Pacte c'était la guerre, ne se déjugeront pas, maintenant que la guerre est là. Or, ils étaient 164, le 27 février 1936 et, environ 130 de ceux-là ont survécu aux [279] élections législatives de mai 1936. Sur une question de politique intérieure, il aurait donc une forte majorité. Sur une question aussi grave qu'un ultimatum à l'Allemagne et que la guerre, c'est une forte minorité et elle témoigne de la division de la nation.

En plus, il y a les Communistes . depuis la signature du Pacte germano-soviétique, ils sont pour une politique de conciliation avec l'Allemagne et ils font campagne pour que la France s'associe à l'Allemagne et à la Russie pour sauver la paix. Ils voteront contre, et ils sont 72 : portée aux environs de 200, la minorité devient catastrophique. Il faut donc trouver un moyen d'éviter un vote.

Il faut aussi trouver un moyen d'éviter un débat car, dans les opposants, il y a de fortes têtes : Gaston Bergery, François Piétri, Jean Montigny, Frot, Xavier Vallat. Le gouvernement, certes, n'a rien laissé filtrer de la proposition italienne dans la presse 69. L'Agenee Havas a même démenti son communiqué du matin sur son acceptation par le gouvernement français, mais ceux-là savent. Si l'opinion l'apprend par eux, un fort courant d'hostilité à un ultimatum à l'Allemagne risque d'y faire des dégâts. Car, les conditions dans lesquelles se fait la mobilisation attestent qu'elle n'est pas très chaude pour une guerre, l'opinion publique : on rejoint les centres de mobilisation, mais c'est surtout parce qu'on ne croit pas à la guerre. Les Renseignements généraux font parvenir au ministère de l'Intérieur des informations qui attestent l'existence d'un fort courant pacifiste...

Pour éviter le débat, le président Herriot a obtenu de la Conférence des présidents des groupes parlementaires qu'il n'y en aurait pas ; et, pour éviter le vote, que la question qui serait mise en discussion ne serait pas l'ultimatum à l'Allemagne, mais « un crédit de 75 milliards de francs pour faire face aux obligations résultant de nos alliances», que le président Herriot ferait adopter à mains levées, dans un vote Pour sans contre-épreuve.

[280]

MM. Frot et François Piétri qui décèlent le piège, demandent à Daladier de promettre qu'il « ne considère pas ce vote comme une autorisation de déclarer la guerre et qu'il ne la déclarera, éventuellement, qu'après avoir, de nouveau, consulté le Parlement 70. »

Il promet.

L'opération se déroule comme prévu après un discours de Daladier qui ne laisse aucun doute sur ses intentions. « La guerre fut votée, sans l'être, tout en l'étant, anonymement et à la sauvette », écrit Jean Montigny 71. La formulation de la question posée, permettra aux Communistes qui veulent la guerre, parce que Staline la veut, de lever la main avec la majorité : dans la suite, ils prétendront qu'ils ont voté des crédits militaires, comme leur patriotisme le leur commandait, non un ultimatum ou la guerre.

Dans la suite aussi, Daladier prétendra, oubliant ou reniant sa promesse, que ce vote l'autorisait à remettre un ultimatum à l'Allemagne et à lui déclarer la guerre. Le débat reste ouvert : l'auteur de cet ouvrage est de ceux qui prétendent que la guerre n'a pas été déclarée à l'Allemagne dans les formes prévues par la Constitution et qu'elle n'a pu l'être que parce que le gouvernement avait soigneusement caché la proposition italienne à une opinion publique qui se serait violemment opposée à la guerre. C'est une opinion subjective, mais la procédure employée par le gouvernement pour obtenir l'assentiment du Parlement par un moyen détourné prouve qu'il était aussi dans cette conviction, d'ailleurs corroborée par les informations de son service des Renseignements généraux. Et, d'autre part, au matin de ce 2 septembre, les journaux parurent avec d'énormes blancs qu'on retrouva encore dans leurs commentaires quand, le 3 septembre, ils furent enfin autorisés à en parler !

A 17 heures, sir Alexander Cadogan informe M. Georges Bonnet que « le gouvernement de Sa Majesté ne peut accepter la conférence proposée par Mussolini qu'à la condition que l'Allemagne commence par évacuer tous les territoires polonais qu'elle détient, y compris Dantzig ». Sir Alexander [281] Cadogan ajoute que « le gouvernement de Sa Majesté se propose de remettre, le soir-même, un ultimatum à l'Allemagne, la sommant de retirer immédiatement ses troupes de Pologne, faute de quoi les hostilités commenceraient à minuit 72. »

M. Georges Bonnet a levé les bras au ciel et a rétorqué que le général Gamelin lui avait dit, le matin même, qu'il ne pourrait faire face à l'ouverture des hostilités, qu'à partir du lundi 4 septembre à 21 heures.

A 18 h 38, cette décision est communiquée au comte Ciano par lord Halifax 73.

A 20 h 30, M. Georges Bonnet téléphone, à son tour, au comte Ciano pour lui donner la réponse définitive du gouvernement français : retrait préalable de toutes les troupes allemandes du territoire polonais, y compris Dantzig. D'un ton désabusé, le comte Ciano lui répond que, dans ces conditions, le Duce estime qu'il ne peut transmettre une telle proposition à Hitler.

Il n'y aura pas de conférence.

Les événements suivent leur cours inexorable.

3 septembre.

Paris et Londres ont passé la nuit au téléphone. Motif le délai de réponse à fixer à l'Allemagne dans l'ultimatum à lui envoyer.

Lorsque sir Alexander Cadogan, après la conversation téléphonique qu'il a eue avec M. Georges Bonnet, la veille à 17 heures, a informé les membres du Cabinet anglais que la France avait besoin d'un délai de 48 heures et qu'elle ne pourrait faire face à l'ouverture des hostilités qu'à partir du lundi 4 septembre à 21 heures, les bras leur en sont tombés. Voilà bien une éventualité avec laquelle ils n'avaient pas compté : la France ne s'alignant pas sur une décision de l'Angleterre, on n'avait pas vu cela depuis l'Entente Cordiale (1904). C'était une révolution.

Ils s'y attendaient si peu que leur Parlement était convoqué à 18 heures et qu'ils avaient déjà décidé de lui annon[282]cer, pour 21 heures, la remise à l'Allemagne, d'un ultimatum commun expirant à minuit. Quelle figure allaient-ils y faire? D'autant que le Parlement anglais était déchaîné, comme assoiffé de carnage, qu'il redoutait que Chamberlain ne fit ou ne laissât traîner les choses que dans l'espoir d'un nouveau Munich. La guerre, il lui fallait la guerre, et le plus tôt possible, pour être le plus tôt possible, assuré qu'il n'y aurait pas de nouveau Munich. Tous les témoignages que nous possédons sur cette époque attestent qu'il n'y avait qu'une infime minorité de parlementaires britanniques qui ne pensaient pas ainsi.

Dans une telle ambiance, Chamberlain réussit pourtant, non sans peine, à faire admettre à la Chambre des Communes, que s'il n'était pas en mesure de lui donner lecture de l'ultimatum qui serait remis à l'Allemagne, c'était uniquement, parce que la France et l'Angleterre, ayant décidé de le remettre ensemble et de le faire expirer à la même heure, pour lui donner plus de force, la France n'était pas encore exactement fixée sur le délai d'expiration. Il attendait sa réponse d'un moment à l'autre et, si l'honorable Assemblée acceptait de se renvoyer au lendemain à 11 heures (aujourd'hui 3 septembre, donc) il ne faisait pas de doute qu'alors, il serait en possession de la réponse de la France et que les deux pays pourraient, comme prévu, agir ensemble.

C'est, du moins, ce qu'il espérait. En quittant la Chambre des Communes, Chamberlain et Lord Halifax ont la certitude que si, le 3 septembre à 11 heures du matin, ils ne lui apportent pas l'ultimatum en bonne et due forme, le Cabinet sera balayé. Las ! A l'aube, ils n'ont obtenu de la France que la fixation au 4 septembre à 5 heures du matin de l'expiration de l'ultimatum.

Les arguments de la France sont solides : la mobilisation ne peut pas être terminée avant, les gares et les routes, encombrées par l'évacuation des civils de la zone frontalière et de ceux qui fuient les grandes agglomérations exposées, la ralentissent encore ; des populations entières menacées d'un massacre, en cas d'attaque aérienne...

Chamberlain et Lord Halifax voient bien qu'il ne s'agit pas d'une dérobade de la France, mais seulement d'une pré[283]caution. Alors, assurés que l'ultiiiiatum de la France suivra celui de l'Angleterre à moins de 24 heures, ils décident de faire cavalier seul : l'ultimatum anglais sera remis à l'Allemagne à 9 heures et son délai d'expiration fixé à 11 heures. Les Anglais qui trouvaient qu'en donnant 24 heures à la Pologne pour lui envoyer un plénipotentiaire qu'elle lui avait demandé presque six mois auparavant, l'Allemagne fixait un délai trop court, ne trouvent pas anormal de ne lui laisser que deux heures pour répondre : à peine le temps matériel pour rédiger la réponse !

La France remettra son ultimatum à midi. A la dernière minute, le général Gamelin informe Daladier que la mobilisation se fait mieux, que les routes et les gares sont moins encombrées que prévu, et que l'heure d'ouverture des hostilités peut être fixée à 17 heures le jour même.

A 9 heures, sir Nevile Henderson se présente à la Wilhelmstrasse. Impolitesse rare, Ribbentrop le fait recevoir par le Dr. Schmidf, comme un laquais. L'ambassadeur d'Angleterre lui remet son ultimatum. Le Dr. Schmidt le porte au bureau du Führer qui l'attend, en compagnie de Ribbentrop. Sir Nevile Henderson est aussitôt convoqué à 11 h 30 pour recevoir la réponse.

A 11 h 30, Ribbentrop lui remet alors une longue note rédigée sur un ton violent et qui débute ainsi :

« Ni le gouvernement du Reich, ni le peuple allemand ne sont disposés à recevoir de l'Angleterre des notes ayant un caractère d'ultimatum, et encore moins à y obtempérer... »

L'entretien est très bref : sir Nevile Henderson se borne à dire que l'histoire jugera de quel côté se trouvent les véritables responsabilités.

Et Ribbentrop : que l'histoire a déjà jugé, que personne n'a travaillé avec plus d'acharnement que Hitler à l'établissement de bonnes relations entre l'Allemagne et l'Angleterre, mais que celle-ci a préféré rejeter toutes ses propositions, pourtant très raisonnables.

Sur quoi, sir Nevile Henderson demande ses passeports et se retire 74.

[284]

A 11 h 15, devant la Chambre des Communes, Chamberlain lit l'ultimatum à l'Allemagne et l'Assemblée est unanime à l'approuver, - dans l'enthousiasme. Même le vieux Lloyd George qui a donné depuis vingt ans, tant de preuves de son pacifisme, lui apporte son appui.

A 11 h 30, Chamberlain annonce à la Radio que « la Grande-Bretagne et l'Allemagne se trouvent en état de guerre, du fait que le gouvernement du Reich n'a pas répondu à l'ultimatum anglais avant 11 heures... »

A 12 h 30, M. Coulondre est reçu par Ribbentrop en personne. Le ministre des Affaires étrangères du Reich lui déclare d'entrée et en substance que le retard apporté à répondre à la note qui lui a été remise la veille à 22 heures est dû à l'initiative italienne à laquelle la France était favorable ; que l'Angleterre lui a remis, à 9 heures un ultimatum inacceptable qui a été repoussé et que, si la France croit devoir suivre l'exemple de l'Angleterre, il ne pourra que le regretter.

Alors, M. Coulondre :

« Puisque le gouvernement allemand refuse de suspendre toute action agressive contre la Pologne et de retirer ses forces du territoire polonais, j'ai la pénible mission de de vous notifier qu'à partir d'aujourd'hui, 3 septembre à 17 heures, le gouvernement français se trouvera dans l'obligation de remplir les engagements que la France a contractés avec la Pologne et qui sont connus du gouvernement allemand 75. »

Puis il demande ses passeports.

Ribbentrop lui répond seulement qu'alors la France sera l'agresseur à quoi M. Coulondre rétorque que l'histoire jugera. Sur quoi, les deux hommes se séparent.

Si l'on en croit Dahlérus, une ultime tentative pour arriver à un compromis avec l'Angleterre sur la base de la cessation des hostilités sur place, aurait été faite, sur son initiative entre 10 heures et 11 heures : Goering aurait obtenu l'accord du Führer pour aller, en personne, négocier un compromis sur cette base avec le Cabinet anglais. Il aurait même donné l'ordre de fréter un avion, mais le gouvernement anglais aurait répondu qu'il « ne pouvait [285] pas donner suite à sa suggestion, tant qu'il ne serait pas en possession de la réponse allemande, (et que) c'était seulement lorsqu'il en connaîtrait les termes qu'il serait en mesure de dire si la venue de Goering à Londres était souhaitable ou non 76 ».

Les dés sont jetés.

A 13 heures le Führer signe la Directive n· 2 pour la conduite de la guerre...

 


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