AAARGH

P. Rassinier, Le Véritable Procès Eichmann
Notes du chapitre IV

 

1. En réalité, la Yougoslavie ne portait pas encore ce nom qu'elle ne prit officiellement que le 3 octobre 1929. A l'époque, elle portait celui de « Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes » né dans les circonstances suivantes : le 23 septembre 1918, un Conseil national de la Croatie s'était constitué à Zagreb qui, le 6 octobre suivant, dans une proclamation publique, demandait l'union avec la Serbie - dans le même temps, la diète bosniaque et l'Assemblée nationale du Monténégro se prononçaient dans le même sens et le 1er décembre le prince Alexandre de Serbie avait proclamé l'union de la Macédoine, de la Bosnie-Herzégovine, du Banat, de la Batchka, de la Barania, de la Syrmie, de la Slavonie, de la Dalmatie, de l'Istrie, de la Croatie et de la Slovénie, anciennes dépendances de l'Autriche-Hongrie, avec la Serbie et le Monténégro, dans un « Royaume des Serbes, Croates et Slovénes » ; c'est cet agglomérat hétéroclite qui avait été admis à siéger à la Conférence au titre d'état. Il y était représenté par des Serbes. On ne ait que plus tard ce que valait le Comité national comme expression de la volonté populaire En fait, les Croates n'étaient d'accord avec les Serbes que contre la double monarchie et plus particulièrement le gouvernement « Magyar » de Budapest mais pour rien d'autre. Entre les deux guerres, l'histoire de la Yougoslavie fut celle des Croates annexés et politiquement asservis par les Serbes. Tout cela se termina provisoirement en 1934 par l'assassinat à Marseille du roi Alexandre de Yougoslavie (et du ministre Barthou) par le Croate Kalemen réfugié en France.


2. La situation juridique de la Tchécoslovaquie n'était pas plus claire que celle de la Yougoslavie : le 3 septembre 1918, un gouvernement provisoire tchécoslovaque avait été formé à Paris ; le 18 octobre un Comité national tchécoslovaque prenait le pouvoir à Prague et, le 14 novembre, sous le nom d'Assemblée nationale qu'il avait pris le 9, il avait proclamé la déchéance des Habsbourg et l'indépendance de la Tchéquie et de la Slovaquie dont les frontières n'étaient pas définies.


3. La situation juridique de la Pologne était encore plus confuse que celle de la Yougoslavie et de la Tchécoslovaquie. En 1914, la Pologne qui était alors le Grand Duché de Varsovie et faisait partie de la Russie, se partagea en deux courants d'opinion : l'un, le plus important, qui avait à sa tête le militant socialiste anti-russe Joseph Pildsuski se rangea aux côtés des Empires centraux auxquels il apporta l'appui d'une légion de volontaires polonais (sous le commandement de Pildsuski), l'autre composé des hésitants et des pro-russes, prit plus ou moins ouvertement et plus ou moins timidement le parti des Alliés. Le 9 août 1915, les troupes allemandes entrèrent à Varsovie. Le 5 novembre 1916, les Empires centraux reconnaissaient l'indépendance de la Pologne dont les frontières étaient à définir et y instituaient un Conseil d'État provisoire, puis, le 12 septembre 1917 un Conseil de régence. Dans son Adresse au Sénat du 8 janvier 1918, le président Wilson avait proclamé la nécessité d'une Pologne indépendante et, dans le même temps, le gouvernement bolcheviste de Moscou en avait fait autant
Le 14 novembre 1918, le Conseil de Régence s'était retiré en passant ses pouvoirs à Joseph Pildsuski. Mais le 2 octobre, les Alliés avaient reconnu officiellement un Conseil national qui s'était, dès 1915, constitué à Paris avec des éléments réputés représentatifs du courant polonais d'opinion favorable aux Alliés. On n'était sorti de cette situation ambiguë que par la constitution d'un gouvernement d'unité nationale sous la présidence de Paderewski (dont les tendances proalliées s'étaient manifestées pendant toute la guerre qu'il vécut hors de Pologne), mais Pildsuski restant à la fois chef provisoire de l'État et des armées. Les Allemands, les Tchécoslovaques et les Russes revendiquant chacun une part des territoires sur lesquels ce gouvernement désirait étendre son autorité, la Pologne était un état à créer de toutes pièces et ses représentants à la Conférence de la Paix ne représentaient qu'une inAme partie de ce qu'elle devint plus tard officiellement (1923 seulement).


4. En bordure de la mer Rouge, le Hedjaz était un vilayet de l'empire ottoman auquel passant, le 24 octobre 1915, un accord avec le chef arabe Hussein, émir de la Mecque en rupture de ban avec le sultan, I'Angleterre avait reconnu l'indépendance confirmée par la France par les accords Sykes-Picot en mai 1916. Ce qu'il représentait alors, on ne sait pas bien. Dans la suite, en 1926, il est devenu une dépendance du Nedjed dont le sultan fut, en même temps, roi du Hedjaz, un vice-roi l'y représentant. En 1932, l'union du Hedjaz et du Nedjed constitua le royaume d'Arabie séoudite. A noter que les accords Sykes-Picot prévoyaient, en outre, pour après la guerre, un partage d'influence à peu près équitable entre la France et l'Angleterre, la première recevant la côte de la Syrie et un arrière-pays allant jusqu'au Tibre, la seconde St-Jean d'Acre et la partie de la Mésopotamie allant de Bagdad au golfe persique. Les deux puissances se partageaient, en outre, à égalité, les vastes régions situées entre la Syrie et la province de Bagdad.


5. Euphémisme - ou périphrase - pour ne pas inviter officiellement le gouvernement russe, mais on ne doutait pas qu'il répondît.

* Note de l'AAARGH : cf nos notes du chapitre précédent. Nous y ajouterons ici simplement que le secrétaire d'État était peut-être conscients que si Wilson forçait l'Europe à appliquer le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes comme il l'entendait, l'Europe le forcerait peut-être ensuite à l'appliquer chez lui aux Noirs ou aux Indiens, survivants du génocide du XIXe siècle.


6. Le 10 septembre précédent, ils avaient retiré leur délégué au Conseil suprême interallié qui avait été nommé le 11 janvier 1919, pour, en veillant à l'exécution des conditions de l'armistice, étudier les mesures à prendre pour soulager les populations d'Europe en les ravitaillant au mieux dans le cadre du blocus de l'Allemagne maintenu et définir la politique à suivre par les Alliés en la matière.


7. Paraphé à Londres le 16 octobre 1925, ce traité comprenait deux groupes d'accords 1° Un traité entre l'Allemagne, la Belgique, la France, l'Angleterre et l'Italie, dit Pacte rhénan (inviolabilité réciproque des frontières entre la France, la Belgique et l'Allemagne, maintien de la zone démilitarisée sur la rive droite du Rhin, non recours à la guerre, etc.) L'Angleterre et l'Italie n'interviennent qu'à titre de garants. ­ 2°) Des conventions d'arbitrage germano-belges, germano-françaises, germano-polonaises et germano-tchèques.


8. Le Pacte Briand-Kellog est un engagement de non-recours à la guerre pour le règlement des différends internationaux. Il fut signé par presque tous les États du monde.


9. Entre la France et l'Allemagne, le charbon de la. Sarre fut, dès la fin du 18e siècle et tout au long du 19e, un sujet de dispute. Bien qu'il fût allemand par sa population, ce territoire fut annexé à la France par Napoléon au moment de la création, sous sa férule, de la Confédération germanique. Les traités de Vienne (1815) le rendirent à l'Allemagne, conformément au voeu de ses habitants. En 1919, les art. 49 et suivants du Traité de Versailles, tenant compte que, le placer à= souveraineté française heurterait par trop le sentiment populaire, le placèrent sous administration d'un Comité de 5 membres (1 Français, 1 Sarrois, 3 neutres) désigné par la Société des Nations. Qu'après quinze années de cette administration de sentiment nettement germanophobe sinon francophile, les Sarrois se soient prononcés pour le retour à l'Allemagne malgré Hitler qui leur était présenté comme un épouvantail, est significatif de la profondeur de leurs sentiments nationaux. Après la seconde guerre mondiale, on fit une nouvelle tentative dans le sens d'un rattachement au moins économique à la France -. en moins de 10 ans, Il y fallut renoncer.


10. L'article 22 du Pacte distinguait

1°) Le mandat A : Pays en principe indépendant et souverain mais incapable de se gouverner sans aide, sans conseil et sans protection. La puissance mandataire y tient compte de l'avis des habitants, - en principe aussi Dans cette catégorie : l'Asie antérieure, Syrie, Mésopotamie, Palestine dont les mandats sont partagés entre la France et l'Angleterre ;
2°) Le mandat B : Pays totalement incapable de se gouverner et de s'administrer convenablement La puissance mandataire s'y substitue d'autorité à la volonté populaire indigène. Dans cette catégorie : les anciennes colonies allemandes également partagées entre l'Angleterre et la France ;
3°) Le mandat C : Pays si arriérés, de population si clairsemée que toute organisation sociale y est inconcevable. Dans cette catégorie : Afrique du sud-ouest et certaines îles du Pacifique dont les Allemands sont, comme de partout, exclus et ce au profit de l'Australie, de la Belgique et de l'Angleterre. Le partage du Moyen-Orient fut difficile. Outre les accords cités de l'Angleterre avec l'émir de la Mecque et avec la France existaient : un accord franco-anglo-russe (mai 1915) un accord franco-russe (avril 1916) qui garantissait à la Russie Constantinople, les détroits, l'importante forteresse d'Erzeroum et le nord de Trébizonde ­ un accord franco-anglo-italien (26 avril 1915) qui reconnaissait à l'Italie des droits égaux à ceux des autres puissances en Méditerranée orientale, la Province d'Adalia et Smyrne, le tout confirmé par un second accord en avril 1917 à St Jean de Maurienne. S'il n'y eut pas de problème du côté russe en raison de la situation particulière de la Russie, il y en eut de la part de l'Italie à l'endroit de laquelle les promesses faites furent reniées par les Traités et qui dut s'incliner après avoir tenté d occuper de force le 5 mai 1919 Adalia et Marmaris. Smyrne fut octroyée à la Grèce qui ne put la garder.


11. En l'an 800, les Slaves avaient atteint l'Elbe et l'Adriatique où une peuplade d'origine mongole, les Avares, était venue les rejoindre. Charlemagne les repoussa jusqu'à la Vistule et, pour stopper leur migration vers le sud-ouest il avait fondé sur le Moyen-Danube, un état placé sous sa protection, l'Ostmark (Marche orientale) qui devint l'Österreich (Royaume de l'Est) une fois germanisé. La résistance aux Slaves qui se transforma rapidement en poussée germanique s'exerça dans la suite de la Poméranie vers la Prusse, puis en direction de l'Ukraine. Les guerres napoléoniennes l'affaiblirent et Bismarck se tourna inconsidérément vers l'Ouest. Au XXe siècle l'Angleterre et la France empêchèrent successivement Guillaume II, la République de Weimar et Hitler de revenir à la tradition germanique du Drang nach osten. Note de l'AAARGH: Rassinier commet une grave erreur d'appréciation (qui serait bénigne s'ils ne faisaient pas des Slaves des monstres sanguinaires). Les Slaves ont été entraînés dans la confédération militaire des Avards, peuple d'Asie centrale qui a envahi l'Europe de l'Est au VIIIe siècle. Les Slaves n'ont jamais menacé personne, ce sont des populations d'agriculteurs extrêmement pacifiques, qui ne pratiquent guère que des guerres défensives. Penser que les pacifiques Germains auraient été contraints à la guerre au VIIIe par de sanguinaires Slaves, qui y auraient préalablement contraint les gentils Avars est une erreur d'interprétation monumentale.


12. Au Sleswig, par exemple, deux courants d'opinion existaient : un fort qui était philo-allemand, un faible qui était philo-danois. On fit deux zones et deux plébiscites eurent lieu : I'un le 10 février 1920, dans la première zone donna 83.000 voix à l'Allemagne, 18.000 au Danemark, I'autre le 14 mars dans la seconde donna 13.000 voix à l'Allemagne, 51.000 au Danemark. N'eût-on fait qu'une zone, le Sleswig se serait prononcé pour l'Allemagne par 96 000 voix contre 69.000 au Danemark et, en vertu du principe majoritaire-contestable, c'est vrai - le Sleswig eût été attribué à l'Allemagne. Mieux : dans la première zone, la conférence des ambassadeurs chargée d'interpréter les résultats du scrutin, enleva les communes à majorité danoise pour les donner au Danemark mais elle se garda d'enlever dans la seconde les communes à majorité allemande pour les donner à l'Allemagne. Le tracé de la frontière polono-allemande par ce procédé donna des résultats qui empoisonnèrent par l'injustice qu'ils constituaient toute la diplomatie internationale jusqu'à la seconde guerre mondiale à l'origine de laquelle ils figurent en bonne place au titre des causes.


13. Littéralement, la Yougoslavie est le pays des Slaves du Sud.

14. Constituée en Royaume en 1881 par la réunion de la Moldavie et de la Valachie, à la suite d'une lutte séculaire qui fait penser à celle des Armagnacs et des Bourguignons en France, tantôt alliée des Russes contre le sultan, et tantôt des Austro-Hongrois contre les Slaves, la Roumanie était d'abord restée neutre en 1914 quoiqu'elle eût des accords avec les Empires centraux. Cédant aux instances des Alliés, le 17 août 1916 cependant, elle entra en guerre à leurs côtés mais, abandonnée à ses seules forces par les Russes, elle fut bientôt envahie par les armées de Falkenhayn et de Mackensen. En juillet 1917, Kornilov ayant enfoncé le front de Galicie des Empires centraux, elle reprit la lutte aux côtés des Russes. Puis les Russes s'effondrèrent : ayant signé la paix de Brest-Litovsk qui leur laissait les mains libres en Roumanie, les Soviets envahirent le pays et il fallut signer avec eux le traité de Bucarest (7 mai 1918) annulé par l'armistice du 11 novembre 1918. Le 1er décembre, le roi Ferdinand Ier rentrait à Bucarest. Il fallait récompenser la Roumanie : sous le prétexte que le même jour une Assemblée de notables de Transylvanie, du Banat et de la Crishana s'était déclarée Assemblée nationale et avait réclamé son rattachement à la Roumanie, on lui donna sans plébiscite les régions dont il ne faisait pas de doute qu'elles avaient plus d'affinités, au moins dans le peuple, avec la Hongrie. On lui donna aussi la Bessarabie et la Bukovine où un comité semblable s'était, le 9 avril 1918, prononcé dans le même sens. Sans plébiscite aussi. Enfin, toujours sans plébiscite, on lui donna aussi les 2/3 du Banat, l'autre allant à la Yougoslavie, cependant que depuis toujours le Banat où s'exerçait une forte influence latine, aspirait à l'indépendance quoique sans avoir jamais fait d'éclat. On lui donna enfin la Transylvanie où, dans une Assemblée tenue à Carlsberg le 1er décembre 1918, un Comité s'était prononcé en faveur de la Hongrie.


15. Note de l'AAARGH : Rassinier, aveuglé par sa haine des Slaves (qui sous-tend tout ce résumé historique très orienté) et son amour de l'Allemagne, commet ici une erreur ; c'est un Polonais qui repoussa les Turcs des portes de Vienne, en 1685 ; il s'appelait Jan Potocki.


16. L'Empire austro-hongrois était bicéphale et se composait d'après la loi fondamentale du 21 décembre 1867, de deux Etats que séparait la Leitha, affluent gauche du Danube : I'empire d'Autriche (cap. Vienne) et le royaume de la Hongrie (cap. Buda-Pest). Le premier contenait 17 royaumes ou pays ayant chacun à sa tête un représentant de l'empereur et jouissant d'une très large autonomie : Basse-Autriche, Haute-Autriche, Styrie, Carinthie, Carmola, Kustinland (Istrie et Trieste), Dalmatie, Tyrol, Vorarlberg, Salzbourg Bohême, Moravie, Silésie, Galicie et Bukovine. La Hongrie était divisée en 63 comittats et 25 villes libres royales. Comittats et villes libres formaient des municipes autonomes à la tête desquels se trouvait un Foispan (Préfet). Les deux états étaient indépendants l'un de l'autre sauf pour les affaires qui leur étaient communes : Affaires étrangères, guerre et finances. Un parlement à Vienne (Chambre des députés et chambre des seigneurs) un autre à Budapest (Chambre des députés et chambre des magnats). En Hongrie, la Croatie-Slavonie avait obtenu son autonomie (1868) sauf pour les affaires communes : une diète à Agram, 40 députés à La Chambre hongroise. Depuis 1908 la Bosnie et l'Herzégovine administrées par un Condominium austro-hongrois (les ministères communs) pour le compte du sultan jusque là, faisaient partie de la Double-monarchie et y jouissaient d'un régime analogue à celui de Croatie-Slavonie, sauf que, si elles avaient une Diète et un gouvernement provincial le pouvoir suprême y était exercé par un gouverneur militaire pour le compte de l'empereur, ce qui lui donnait un caractère arbitraire et oppressif indiscutable. Au plan des nationalités ou groupes ethniques, l'Autriche était uniquement allemande, la Hongrie partagée entre divers courants d'origines raciales : Croates, Sorabes (Serbes), Slavons, Tchèques, Slovaques, Moraves, etc. le plus important étant représenté par les Magyars (Hongrois) .
Pour l'ensemble - sauf pour la Bosnie et I'Herzégovine assujetties- ces 17 royaumes, 65 comittats et 25 villes libres s'étaient articulés entre eux par une sorte de système fédéraliste en somme assez souple et assez libéral. Outre les Bosniens et les Herzégoviens, quelques difficultés venaient aussi des Tchèques qui avaient assez mal supporté la loi fondamentale de 1867, des Slovaques à peine représentés au Parlement de Budapest, des Galiciens écartelés entre Magyars, Ruthènes et Allemands, des Croates toujours sur leurs gardes contre les Magyars, etc. Mais ces difficultés étaient bien plus créées par « la magyarisation » qui était la doctrine du gouvernement autoritaire et de caste de Budapest que par la Couronne impériale beaucoup plus libérale quoiqu'assez peu en prise sur les événements.


17. On se souvient que Guillaume II et Bethmann-Hollweg ont vainement essayé de retenir l'Autriche-Hongrie et de la persuader que la réponse de la Serbie à l'ultimatum austro-hongrois du 23 juillet était satisfaisante. Le comte Tisza s'en fût accommodé mais le comte Berchtold réussit à vaincre ses scrupules.


18. La République ainsi conçue fut solennellement proclamée le 12 novembre. La veille, l'empereur Charles avait renoncé à toute participation aux affaires de l'État et s'était retiré en Hongrie sur laquelle il prétendait continuer à régner sous le nom de Charles IV. Les élections qui eurent lieu le 16 février 1919 consacrèrent la victoire du Parti socialiste. Le 4 mars, l'Assemblée se réunit mais sur les 255 sièges prévus, 157 seulement étaient occupés, les puissances alliées n'ayant pas admis les élections dans les territoires quelles avaient l'intention de distraire de la nouvelle Autriche. D'autre part, le voeu de ces 157 députés qui par la bouche de leur doyen d'âge, avait unanimement réclamé le rattachement au Reich allemand, ne fut pas exaucé, l'article 88 du traité de St-Germain (10-9-1919) déclarant inaliénable l'indépendance de l'Autriche et lui interdisant de s'incorporer directement ou indirectement à un autre Etat sans le consentement de la S.D.N. L'article 61 de la constitution de Weimar (11 août 1919) prévoyait parallèlement l'admission de représentants de l'Autriche dans le Bundesrat quand ce pays serait rattaché au Reich. Le 22-10-1319, on dit aux Allemands que cette disposition était contraire à l'article 88 du traité de Versailles et ils rétorquèrent qu'à leurs yeux, il n'était pas question de sa mise en application sans le consentement de la S.D.N. Iaquelle ne pouvait manquer de le donner par respect du Droit des peuples à disposer d'eux-mêmes qui était un de ses principes fondamentaux. On dut se contenter de cette déclaration : la constitution de Weimar ne fut pas modifiée.

19. Les Tchèques et les Slovaques n'étaient entrés en guerre en 1914 qu'à contre-coeur et, chez les uns et chez les autres : la levée des troupes avait donné lieu à des incidents sérieux. Réfugiés aux États-Unis, un certain nombre de leaders des partis politiques oppositionnels s'étaient réunis à Pittsburg le 30 mai 1918 et y avaient signé une convention fondant un état tchécoslovaque dans lequel les Slovaques auraient leur propre administration, leur propre parlement, leur propre langue, leur propre magistrature. Sur cette base (cf. p. 164 note 11) un gouvernement provisoire avait été constitué à Paris le 3 septembre 1918. En fait, les Tchèques envahirent la Slovaquie, s'y arrogèrent la primauté politique se contentant de créer « un ministère pour la Slovaquie » à Bratislava. A la conférence de la Paix, le nouvel Etat était représenté par des Tchèques et le droit des peuples à disposer d-eux-mêmes s'était transformé en droit des Tchèques à disposer des Slovaques.

20. Mais, en mars 1919, sous la direction de Bela Kun eut lieu une tentative de subversion dont le but était l'instauration d'un régime communiste et qui fit de la Hongrie la proie de la guerre civile jusqu'en juillet. Puis, à deux reprises, en mars 1920 et en octobre de la même année, le roi Charles IV, ex-Empereur d'Autriche-Hongrie tenta de reprendre le pouvoir. Entre temps, le traité de Trianon (4 juin 1920) avait enlevé les 2/3 de ses territoires à la Hongrie.

21. Les États-Unis, dès que le président Wilson eût saisi l'orientation des débats, ne voulurent plus être considérés comme puissance « alliée » mais seulement comme puissance « associée » (sous-entendu : par les autres puissances à leurs décisions), ce qui réservait pour eux la possibilité de s'y rallier ou non.

22. La Commission des réparations rendit son arrêt le 24 janvier 1921 on a vu (1re partie) que l'Allemagne fut condamnée à verser 132 milliards de Marks-or aux Alliés à titre de réparation. On voulut en exiger 210 milliards, mais au terme de discussions qui durèrent jusqu'au 27 avril, c'est à ce montant qu'on s'arrêta en précisant qu'ils seraient versés en 42 annuités. Entre eux, les Alliés se le répartirent ainsi : 52 % à la France, 22 % à l'Angleterre, 10 % à la Belgique, 8 % à l'Italie et le reste (8 %) partagé entre la Yougoslavie (5 %), la Roumanie, le Japon, le Portugal et la Grèce. Les Alliés de l'Allemagne étaient condamnés à verser des sommes beaucoup moindres.

**Note de l'AAARGH : comme nous le disions dans une note précédente, la haine de Rassinier pour les Slaves l'amène à des attitudes fort étranges : en quoi la présence des Russes à cinquante kilomètres de Hambourg serait-elle une catastrophe ? Quant à l'impérialisme russe et à la menace qu'il fait peser sur l'Europe de l'Ouest, que l'on examine l'histoire de l'Europe depuis le premier état russe : quand les Russes ont-ils eu une politique d'expansion à l'Ouest ? Le seul moment où l'armée russe est venue jusqu'à nous est la fin des guerres napoléoniennes et nous devons ici rappeler que la déroute de la Grande Armée a eu lieu en Russie, qu'Alexandre Ier n'a fait que poursuivre Napoléon pour mettre fin à la menace qu'il représentait pour l'Europe entière et que, contrairement à ce qu'on croit, la bataille de Waterloo n'est pas une victoire anglaise mais une victoire de la huitième coalition, dans laquelle le rôle principal a été tenu par les Russes.

Pour ce qui est de la menace slave à l'époque de Pépin le Bref ou de Charlemagne, voyez notre complément à la note 11. Rassinier, on le voit ici, n'était pas historien de formation mais militant politique, autodidacte en histoire, brillant, certes, mais autodidacte quand même.

23. Très probablement des deux, le manque d'esprit de décision étant généralement facteur de l'absence de sens politique. D'abord majoritaires dans les conseils d'ouvriers et de soldats, ils s'étaient laissés évincer du Directoire des Six où ils avaient été remplacés par des socialistes de tendance parlementaire. Ensuite, persuadés qu'ils y remporteraient aisément la majorité, ils avaient accepté le principe des élections sans se rendre compte que, si la classe ouvrière représentait le nombre, les conseils d'ouvriers et de soldats sur lesquels ils avaient la haute main, n'en représentaient malgré tout que la minorité agissante et que, d'autre part, ils donnaient la parole à la noblesse, à la grande et à la petite bourgeoisie résolument hostiles à leurs vues mais condamnés à se taire - voire à se terrer - avec la méthode des Conseils d'ouvriers et de soldats, qui ne pouvaient manquer de la prendre avec celle des élections. Enfin, parce qu'ils s'étaient ralliés aux élections, le 6 janvier 1919, alors qu'ils avaient rassemblé au Tiergarten une énorme foule en armes et qui n'attendait d'eux qu'un mot pour les porter au pouvoir dans un élan irrésistible, ils ne dirent pas ce mot. « Si la foule avait eu des chefs déterminés et lucides à la place de hâbleurs, ce jour-là, à midi, elle aurait été maîtresse de Berlin » a écrit Noske plus tard (Von Kiel bis Kapp).

24. Prenant son poste, Noske avait dit : « D'accord, il faut que l'un d'entre nous soit un Bluthund littéralement « un chien sanguinaire » mais au sens exact « un bourreau » avec la nuance péjorative qui s'est attachée plus tard à l'expression « le boucher d'Albacète » qui désigna le communiste Marty pendant la guerre d'Espagne Dans toutes les langues du monde, on traduisit : « D'accord, il faut que l'un d'entre nous soit un boucher. » De quoi, dans son livre Le III Reich W. L. Shirer s'autorise sans doute pour, traçant le portrait de Noske, dire qu'il était boucher de sa profession Or, il était bûcheron : un de ces autodidactes de la fin du XIXe siècle qui, sans moyens matériels et à force de persévérance avaient réussi à atteindre un niveau intellectuel très supérieur à celui de beaucoup de ces doctrinaires que leurs origines plus aisées destinaient à devenir des intellectuels authentiques mais ne furent que des ratés. Ceci doit être dit même si, comme c'est mon cas, on n'a aucune sympathie pour Noske Il faut profiter de l'occasion pour dire aussi que tous les renseignements ou à peu près qu'on trouve dans le livre de W. L. Shirer sont aussi exacts que celui-là Autre exemple à la p 371 (Tome II de l'édition française) de son livre, on peut lire que : « Le 1er janvier 1943, à l'état-major général, le seigneur de la Guerre (Hitler) pris d'un accès de colère frénétique, avait ordonné le désarmement de la flotte allemande de haute mer » et que « les bâtiments seraient « démolis et envoyés à la ferraille ». Sans autre commentaire.

25. La constitution n'était pas encore promulguée : elle ne le sera que le 11 août suivant. Le mot République n'y figure pas, le Dr Preuss jurisconsulte qui fut chargé d'en rédiger le projet l'a formellement déconseillé et a eu gain de cause devant le Reichstag « Il s'attache à ce mot Reich, a-t-il dit, des traditions plusieurs fois séculaires et tout le désir d'unification nationale du peuple allemand morcelé. Renoncer à ce mot qui exprime une unité durement conquise et réalisée à la suite de tant d'épreuves et de déceptions, serait blesser inutilement et sans raison des sentiments profond ment enracinés dans l'âme populaire ». On a beaucoup parlé de la république de Weimar : c'est le Reich de Weimar qu'il eût fallu dire. On dut attendre la fin de la seconde guerre mondiale pour que le mot république apparût dans les institutions politiques de l'Allemagne et ceci est plus lourd de signification qu'on ne le pense, la formule territoriale du peuple allemand restant toujours juridiquement à définir.

26. A la fin d'avril seulement - 8 jours avant que ne fussent remises les conditions de Paix à ses délégués! -le Conseil suprême autorisa pour la première fois la sortie de 29 millions de Marks-or en paiement de vivres venant des neutres. En mai, juste comme ses délégués partaient pour Versailles, I'Allemagne reçut autorisation d'entrer en possession des matières premières qu'elle avait payées antérieurement. Et ce ne fut qu'en octobre qu'elle fut autorisée à une nouvelle exportation d'or en échange de 74.875 tonnes de vivres venant des pays scandinaves et de 130.909 tonnes de froment d'Argentine. Il s'agit ici encore d'un échec du président Wilson qui était pour la levée du blocus dès la signature de l'Armistice et qui ne cessa de combattre pour le retour à la normalisation des relations commerciales internationales tout au long de la Conférence. Jusqu'à la levée du blocus en octobre, la Reichsbank dut exporter plus d'un milliard de marks-or, rien que pour obtenir des vivres au compte-gouttes.

27. Aux îles Orcades, au Nord de l'Ecosse.

*** Note de Guillaume Apollinaire : «...Tuteur de deux royautés folles...». L'AAARGH ne saurait trop recommander la lecture de ce grand poète (grand seulement, car en ces temps d'hyperbole journalistique et guerrière, nous prônons la litote.)

28. Le centre catholique n'avait perdu que 300.000 voix mais, par contre, il s'était scindé en deux parties, les catholiques bavarois l'ayant quitté pour former le Parti populaire bavarois qui avait recueilli 2.200.000 suffrages sur un programme monarchiste à l'intérieur et, à l'extérieur, résolument hostile au traité de Versailles et à ceux qui l'avaient signé. Les résultats donnés ici sont ceux qui ont été globalement obtenus par les deux tendances réunies par la statistique mais tout à fait artificiellement, car elles n'avaient plus rien de commun entre elles que la religion.


29. On a vu que les neutres européens n'avaient connu qu'une prospérité relative et passagère. Il n'en fut pas de même de l'Argentine, du Brésil et de l'Espagne. La première s'est enrichie par ses exportations de viande et de blé. Le second exportait, en 1917, dix fois plus de sucre qu'en 1912. L'Espagne dont les exportations représentaient sur les importations un déficit de 248 millions de pesetas en 1913, accuse en 1919 un excédent d'exportations de 417 millions de pesetas. Quant au Japon, il a considérablement développé ses industries textiles et métallurgiques sans améliorer de beaucoup sa balance commerciale, étant donné les prix très bas qu'il pratique, d'une part, et, de l'autre, sa population extraordinairement prolifique.