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Pierre Guillaume
Beaune la Rolande, le 19 novembre 2005


À
Maître Éric Delcroix

 

Lettre non confidentielle à mon avocat
(Pouvant être communiquée au tribunal)

Maître,

C'est avec une certaine appréhension que j'ai pris connaissance du dossier judiciaire de mon affaire parce que j'avais été amené à prendre conscience, puis à admettre, grâce à Madame de Bortoli et au Docteur Kramkimel, mais surtout grâce à ma fille, du caractère pathologique de l'état dans lequel je me trouvais au moment du déroulement des faits, et qui avait été identifié par le Docteur Foucaut à la suite de l'expertise psychiatrique demandée par la gendarmerie.
Les pièces que j'ai signées sont conformes au souvenir que j'en ai et leur lecture m'a remis en mémoire les linéaments de cette affaire.
En ce qui concerne la détention d'arme non déclarée, je me rends bien compte que "nul n'est censé ignorer la loi". Je ne peux que faire valoir les points suivants :
En ce qui concerne la carabine 22 LR, je l'ai acquise en 1969 de façon tout à fait régulière et j'en dispose depuis 35 ans. J'ai complètement ignoré que la déclaration en était devenue obligatoire en 1995. Je ne l'ai appris qu'au cours de la procédure où un gendarme m'a remis un tract à ce sujet. Ma carabine n'est ni automatique ni semi-automatique, mais la culasse doit en être manipulée manuellement entre chaque coup. J'ai donc découvert qu'elle était soumise à déclaration. Je ne peux que solliciter l'indulgence du tribunal, mais j'espère qu'il voudra bien tenir compte des circonstances particulières suivantes : Non seulement c'est moi qui ai appelé le gendarme Le Ny pour l'informer que j'avais l'intention de faire le tour de la place de Beaune crosse en l'air et pour lui remettre auparavant le chargeur, mais deux jours plus tôt je lui avais fait visiter ma maison et ses dépendances et je lui avais montré cette carabine dans mon bureau. Je n'avais donc aucune raison de ne pas la déclarer si j'avais su que c'était devenu obligatoire. Ces relations que j'ai entretenues avec la gendarmerie auparavant n'apparaissent pas dans le dossier.
Lorsque j'ai apporté ma carabine à la gendarmerie, je ne m'attendais absolument pas à être placé en garde-à-vue, d'autant plus que, dans ma tête, je manifestais une totale bonne volonté et une totale transparence. Je voulais simplement me livrer seul à une manifestation pacifiste, de désarmement volontaire et symbolique en quelque sorte, avant de remettre mon arme.
Je conçois que ce comportement puisse paraître étrange. Il me parait à moi-même aujourd'hui, injustifiable et un peu loufoque. Mais je pense que le tribunal pourra tenir compte du fait que dans cette affaire d'arme, à aucun moment, je n'ai fait preuve de la moindre agressivité ni de la moindre réticence à l'égard des gendarmes dont je ne doutais pas sur le moment que mon comportement attirerait leur sympathie et la profonde compréhension du procureur, lorsque celui-ci fut évoqué par le gendarme. J'écris cela par devoir de vérité en étant conscient du ridicule, mais j'étais submergé par un besoin viscéral d'être compris et de désarmement général.
Quelques jours plus tôt j'avais découvert placé devant mon portail le cadavre d'un lapin, et le lendemain un autre cadavre de lapin devant la porte, coté jardin. En Guadeloupe (ma femme est guadeloupéenne) cela s'appelle un "sorcier" et c'est une menace de mort. Le fait était d'autant plus étonnant que je ne me connaissais pas d'ennemis dans la région. Mais j'avais tenu à en informer le gendarme Le Ny, au cas où je viendrais à être l'objet d'une agression ou de manifestations comme j'en avais été l'objet à Paris.
Je voulais signifier qu'en tel cas, ma défense consisterait à me livrer sans défense !
Tous ces événements se déroulaient alors que les médiats, y compris la presse locale et le lycée de Beaune, commémoraient l'Holocauste de façon quasi permanente et stigmatisaient les révisionnistes qualifiés de "négationnistes", qui nieraient tout simplement la persécution des Juifs, ou «ce qui est arrivé aux Juifs pendant la guerre.»
Dans les jours qui précédaient, et dans la crainte d'être pris à partie et d'être acculé à me défendre, j'avais commencé à développer une agitation cyclothymique multiforme mais qui restait dans des limites rationnelles et légales. J'avais notamment distribué le tract-rébus ENOLA GAY visant à attirer l'attention sur le fait que l'humanité était, à mon sens, beaucoup plus menacée en fait de retour du pire, par les milliers de bombes atomiques démocratiques qui existent, de par le monde, que par des chambres à gaz, qui sont, à ma connaissance, la seule arme de destruction massive à n'avoir eu, et je m'en réjouis, aucune postérité .
J'avais, dans le cours de cette activité multiforme, remis à une gendarmette de la brigade, en présence de ses collègues, le livre du capitaine Cenci intitulé Omar l'a tué, en disant qu'il constituait pour moi un exemple remarquable de recherche de la vérité dans le respect de la loi.
Enfin il faut noter que cinq ans auparavant j'avais diffusé à plusieurs milliers d'exemplaires des textes signés Don Quichotte de la Manche dans le cadre d'une intervention contre le lynchage dont était victime un jeune couple qui avait installé une croix dans leur jardin. L'enquête que j'avais effectuée à l'époque et que j'avais adressée notamment aux maires, au curé, à l'évêque, à la gendarmerie, avait très généralement été reconnue comme honnête et véridique et avait puissamment contribué à déconstruire et calmer le mouvement d'hystérie collective que des agitateurs prétendument anti-secte étaient parvenus à susciter à cette occasion.
Pour cet ensemble de raisons, j'étais bien connu de la gendarmerie, mais je n'étais pas défavorablement connu. Plus exactement les gendarmes, à mon avis, devaient penser de moi ce que je suggérais moi-même aux commerçants et aux personnes à qui j'avais remis le tract :
«Si on vous interroge, vous pourrez toujours dire : Ce Monsieur, il est peut-être fou, mais il n'est pas méchant»
C'est la raison pour laquelle lorsque mon activité s'est transformée en agitation délirante sous l'influence de divers facteurs et que l'impulsion m'est venue un beau matin d'organiser une manifestation solitaire mettant en spectacle le désarmement de La Vieille Taupe, j'ai téléphoné au gendarme Le Ny pour l'informer de mon intention de venir déposer mon arme après avoir fait le tour de la place crosse en l'air.
Maintenant le tribunal s'interrogera peut-être, et m'interrogera sur cet état pathologique que trois docteurs ont identifié et que j'admets complètement aujourd'hui. J'ai beaucoup de mal à en parler. Essayons.
D'abord, et c'est aussi l'avis des docteurs, je ne suis ni "fou" ni irrationnel. Je serais plutôt hyper rationnel (raisonneur mais pas raisonnable) mais justement, des liens que j'établis intellectuellement, parfois non sans perspicacité, sont vécus comme devant avoir des conséquences immédiates, d'où découlerait mon devoir impérieux d'intervenir. Le moindre acte devenant porteur de conséquences gigantesques s'impose donc à moi comme par une évidence irrésistible. En deux mots, je ne doutais pas que le sort de la guerre et de la paix pouvait dépendre de mon comportement ou de mon abstention. Et je sentais avec une certitude intime que si je surmontais mes propres inhibitions, comme par magie d'autres les surmonteraient et «nous étions cinq mille en arrivant au port».
Je me rends compte maintenant que le vocabulaire religieux est le plus approprié pour comprendre cet état. Il y a comme une dimension mystique. La foi qui déplace les montagnes et l'espérance
Je n'ai cependant pas eu d'hallucinations auditives (je n'ai pas entendu de voix) ni visuelles (je n'ai pas eu d'apparitions, ni inventé les lapins) mais l'illusion de pouvoir prendre des initiatives (l'éternelle question du Que faire?) qui se révéleraient historiques transformait ces initiatives potentielles en injonctions impérieuses irrésistibles. En bref, je me prenais pour le Messie montant à son Golgotha en espérant cette fois a happy end. Je ne me concevais non pas du tout comme un ennemi des Juifs, mais comme un facteur de paix et, oserai-je le dire, un prophète d'Israël.
Je comprends maintenant que je rêvais tout éveillé un scénario auquel il ne manquait pour qu'il se réalise que les choses ne soient pas ce qu'elles sont et le monde ce que nous savons.
Cela n'étant pas exclusif d'une perception aiguisée et très réaliste. Mais le surinvestissement d'un détail véridique mais infime suffisait pour m'envoler dans le rêve En la circonstance j'investissais une signification et une importance démesurée à la déclaration clairement révisionniste que je venais de découvrir, faite par l'amiral Philippe De Gaulle le 6 mars 2004 à l'émission de Thierry Ardisson, et surtout à la décision prise discrètement au Vatican de poursuivre le procès en béatification de Pie XIIle Pape révisionniste.
J'avais cru pouvoir imaginer, et j'avais même fait imprimer, un tract qui donnerait entière satisfaction aux exterminationistes les plus orthodoxes, et donc pourrait être massivement distribué, et qui révélerait finalement son contenu révisionniste J'omettais seulement qu'il n'y avait personne en dehors de moi pour le distribuer, puis pour l'interpréter.
Il y eut beaucoup d'autres délires d'interprétation et notamment tout un opéra construit sur le fait qu'à cette époque le Libre Journal s'était enfin décidé à mettre un t aux médiats et d'autres encore que je préfère ne pas ébruiter. Mais tout ça sort du dossier.
Maintenant les grenades. C'est, j'ai cru le comprendre, le plus grave. Paradoxalement je n'ai rien à en dire! Un grand nombre des grenades de ce type, explosées, se trouvaient rue Saint-Jacques, à l'angle de la rue Gay-Lussac, le lendemain de la nuit dite «des barricades» en mai 68, et il n'y eut aucun blessé grave. Ma librairie, La Vieille Taupe, se trouvait à une centaine de mètres, 1 rue des Fossés St Jacques. A quelques temps de mai 68 un client qui, m'a-t-il dit, faisait son service militaire, m'a apporté ces grenades en me disant qu'il s'agissait de grenades d'exercice qu'il avait "étouffées". Je les ai placées dans ma bibliothèque comme des bibelots ironiques et depuis trente cinq ans je n'y ai plus pensé. Lorsque j'ai déménagé pour Beaune la Rolande elles ont été transportées avec mes livres et déposées sur ma nouvelle bibliothèque, comme des bibelots. Je ne les ai jamais dissimulées. Je pense que Lionel Jospin les a vues quand il venait chez moi, et elles ont été vues lors des diverses perquisitions qui se sont déroulées chez moi à Paris dans le cadre de la répression du révisionnisme. Une fois, un policier les a montrées du doigt en souriant. Je n'ai tout simplement jamais pensé en 35 ans, ni à les cacher, ni à m'en débarrasser, ni à les vendre. Je n'y ai tout simplement pas pensé jusqu'à l'instant où le gendarme les a saisies dans ma bibliothèque. Et c'est avec stupeur que j'ai appris que ces grenades étaient considérées comme des armes de guerre alors que c'est précisément celles que l'on utilise dans le maintien de l'ordre quand on veut éviter de faire des morts.
J'en viens maintenant au premier volet de l'inculpation. Je suis accusé d'avoir distribué un tract de quatre pages sur le Marché de Beaune la Rolande. En fait j'en ai distribué UN. Mais j'avais largement fait circuler depuis quelques temps le tract ENOLA GAY et j'avais remis au maire ce tract de quatre page. Le 18-02-2005 j'ai donné un tract à une personne avec qui j'avais eu une conversation en distribuant ENOLA GAY. En apercevant le gendarme Le Ny devant la Gendarmerie j'ai eu l'impulsion provocatrice de venir lui dire : « Regardez ce que l'on diffuse sur le marché !». Le garde-champêtre prétend m'avoir vu distribuer ce tract, mais c'est faux. J'ai distribué uniquement ENOLA GAY. Mais peu importe .
Ce tract comporte trois texte et un dessin. Le troisième texte et le dessin ne me sont pas reprochés. Le deuxième texte dénonce le caractère outrecuidant d'une des innombrables campagnes médiatiques de Serge Klarsfeld contre une décision judiciaire parfaitement légale, mais qui lui déplaisait. Maître Klarsfeld ne respecte que les décisions judiciaires qui lui conviennent. J'ai été longuement interrogé sur ce texte, mais il semble que l'accusation n'en parle plus.
Reste donc la première page.
Je dois dire que je suis indigné et stupéfait que le procureur ose y voir une quelconque apologie de crime de guerre, ou de crime contre l'humanité, ou une apologie de collaboration alors que c'est un texte explicitement titré contre la guerre, et le bellicisme sioniste, qui s'élève justement contre le détournement à des fins bellicistes d'une commémoration, que je qualifie de «légitime et souhaitable» (ligne 9), et «dont le seul objectif devrait être que de pareilles abominations ne se reproduisent jamais» (ligne 30).
Je considère la déportation des Juifs comme une abomination.
Et je ne considère pas que la guerre excuserait quoi que ce soit. Je condamne absolument tous les crimes de guerre.
La troncation de ces deux passages dans l'acte d'accusation dénature substantiellement le texte signé Don Quichotte. Comment prétendre que je ferais l'apologie de quelque chose que je qualifie d'abomination !
Quant à l'apologie de collaboration je ne vois même pas sur quoi repose cette accusation. Je me borne à constater que ceux-là mêmes qui reprochent aux Français de n'avoir pas suffisamment résisté se gardent bien d'évoquer la collaboration des sionistes avec le Reich allemand. Où y a-t-il apologie de quoi que ce soit ?
J'ai l'impression d'être coupable d'être accusé et surtout d'être coupable d'exister.
Ces accusations du procureur sont monstrueuses, mais elles illustrent l'explosion d'irrationnel qui interdit de débattre raisonnablement. Peut-être la simple évocation de la collaboration des sionistes avec le Reich, si généralement ignorée, l'a-t-elle fait sortir de ses gonds, mais je donne des références en bas de page et une preuve textuelle dans la page suivante.
Non seulement je réprouve absolument tous les crimes de guerre que je considère tous comme des crimes contre l'humanité mais je considère la guerre elle-même, qui les engendre inéluctablement, surtout la guerre moderne avec les armements modernes, comme le crime contre l'humanité qui les contient tous, et qui, j'en suis convaincu, menace la survie même de l'humanité.
A cet égard je suis persuadé que c'est le déchaînement paroxystique de la violence dans le cadre de la guerre qui est responsable des mesures d'une extrême brutalité prises contre les Juifs à partir de 1942. Mais tel n'était pas le sujet de ce texte qui visait à intervenir au présent (2002) contre la menace de guerre en Irak et la propagande belliciste.
C'est pourquoi je me bornais à constater l'évidence que chacun pouvait constater :
Ces mêmes personnalités sionistes fanatiques ont milité en faveur de la première guerre du Golfe (1991). Elles ont soutenu l'embargo criminel, et les bombardements, qui continuent depuis plus de dix ans à frapper le peuple irakien. Elles soutiennent aujourd'hui les projets monstrueux de Georges Bush d'occupation de l'Irak, qui peuvent déclencher une troisième guerre mondiale !
Trois ans plus tard l'Irak est occupé avec les résultats que l'on sait, et la menace d'extension de la guerre subsiste (Iran, Syrie). Je considère toujours qu'il en va de la survie de l'humanité. Mais, je ne me sens plus responsable de la survie de l'humanité (bien qu'elle continue à me préoccuper).
Ce tract, et chacun des trois textes qui le composent, avait été rédigé avant la survenue de tout état pathologique identifiable et en prenant soin de respecter la loi. J'entends en assumer toute la responsabilité intellectuelle.
Quant à mon délire d'interprétation et mon hyper-activité maniaque, j'ai tendance à croire qu'ils ne seraient jamais survenus si j'avais trouvé un peu plus de fous aussi raisonnables que moi.
J'ai besoin de réflexion. J'ai aussi besoin d'un immense travail de vérification de toutes mes «certitudes». Je me considère comme convalescent. Comme je l'ai fait savoir par ailleurs, je renonce au combat, et j'adopte le précepte Dubitendo ad veritatem pervenimus


Amicalement
Bien à vous.

Pierre Guillaume

 


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