AAARGH
Pierre Guillaume
17, rue de la Bretonnière
45340 BEAUNE-LA-ROLANDE 1ER janvier 2009
(Féte de la circoncision de Notre Seigneur Jésus Christ)
Ambassade d’Israël
3, rue Rabelais
75008 PARIS
Madame,
La vieille taupe, par mon intermédiaire, se propose de mettre à votre disposition la minuscule mais réelle autorité que la Vieille Taupe a acquise parmi les ennemis de l’État d’Israël, grâce à sa lutte constante pour le respect effectif de la liberté d’expression de tous les être humains. Ce qu’elle considère, à la suite de Noam Chomsky, comme le plus important et le plus fondamental des devoirs et comme la seule garantie du respect par chacun, de l’Autre, et par l’État de ses ressortissants.
C’est précisément dans ce but ultime que j’avais cru ne pas devoir participer à la Conférence de Téhéran, qui pouvait apparaître comme une machine de guerre psychologique dirigée contre l’État juif.
L’autorité acquise par la Vieille Taupe présente l’inconvénient et l’avantage d’être purement spirituelle. De ce fait elle n’inspire pas de craintes et n’est pas prise au sérieux. Mais comme l’État dont vous dirigez la politique étrangère en a fait son ennemie, et comme chacun perçoit, par la persécution internationale que vous réclamez, combien la liberté d’expression effective fait peur à cet État, cette situation permet à la Vieille Taupe d’avoir accès, par des voies qui lui sont propres, à tous les dirigeants les plus hostiles à l’État juif.
Quelle est la cause de cette situation paradoxale ?
L’installation après les horreurs de la deuxième guerre mondiale d’un État juif en Palestine, dans les circonstances et par les moyens que l’on sait, ne pouvait que susciter l’hostilité de tous ceux au détriment desquels cet État s’installait. Les impérialismes concurrents d’abord, contemporains, et futurs, y compris les divers impérialismes arabes et l’impérialisme « musulman ». Les Palestiniens ensuite.
La Vieille Taupe est radicalement anti-impérialiste, même si elle reconnaît l’évidence de la fonction pacificatrice d’Empires historiques à l’encontre de nationalismes et de particularismes déchaînés. Les luttes inter impérialistes ne la concernent pas.
Dans cette situation, et pour son malheur, le jeune État n’a pas eu d’autres possibilités que de rechercher, pour survivre, l’appui et le soutien de puissances mondaines. C’est-à-dire principalement d’autres puissances impérialistes de l’époque. Il y est parvenu. Au-delà du concevable, il est même parvenu à se soumettre des puissances impérialistes considérables, et à les faire concourir, successivement ou conjointement, à sa survie. C’est ainsi que l’État d’Israël est devenu, nolens volens, la clef de voûte d’un Nouvel Ordre Mondial impérialiste.
Restent les Palestiniens.
D’où le projet inéluctable de les anéantir. C’est-à-dire, comme toujours dans l’histoire, d’anéantir physiquement leurs élites perpétuellement renaissantes, dans l’espoir de les anéantir spirituellement, suffisamment pour que les survivants en soient réduits à collaborer à leur propre anéantissement spirituel, pour survivre.
C’est pourquoi l’État juif se trouve maintenant confronté à la nécessité d’accomplir cette tâche répugnante, ou de disparaître. Mais l’accomplissement de cette tâche répugnante n’assurerait pas bien longtemps sa survie à cet État. Car soit l’un des impérialismes arabes, soit l’impérialisme « musulman », soit même l’impérialisme américain et ses « évangélistes », ou que sais-je encore, trouveraient là l’occasion d’anéantir un État ayant perdu de ce fait jusqu’à l’apparence de la moindre légitimité. ! Dilemme !
C’est pourquoi, dans la situation oh combien difficile à laquelle vous devez faire face, la Vieille Taupe se met à votre disposition pour explorer discrètement, avec votre accord, les conditions auxquelles les pires ennemis d’Israël seraient prêts à envisager une véritable négociation pour éviter les extrémités auxquelles conduit la situation actuelle, dans lesquelles le sort de l’humanité est en jeu.
L’expérience de la Vieille Taupe, c’est que les Juifs ont peur des Arabes et des musulmans, au delà de ce que les Arabes et les musulmans le peuvent concevoir.
L’expérience de la Vieille Taupe, c’est que les Arabes et les musulmans ont peur des « sionistes » ou même « des Juifs », au delà de ce que les sionistes et les Juifs le peuvent concevoir.
Je ne vous cacherai pas qu’avec les éléments d’appréciation dont je dispose la crainte des arabo-musulmans me semble plus fondée en réalité que la crainte des Juifs, et je pense que votre propre expérience d’agent du MOSSAD, devenu ministre des Affaires Étrangères, vous permet de comprendre les raisons de mon actuelle appréciation, et vous permettrait de la modifier si elle doit l’être.
Le résultat d’une négociation repose sur trois choses. D’abord le rapport des forces. Il est massivement en faveur de l’État d’Israël et de ses alliés, tant que ceux-ci tiennent. Ensuite le désir d’aboutir de chacune des parties à la négociation. Mais c’est la troisième « chose » qui est la plus importante : un minimum de confiance. Sans quoi la négociation, les trêves et même la paix, ne sont que la guerre, poursuivie par d’autres moyens.
C’est surtout, mais pas uniquement, dans ce troisième domaine que la Vieille Taupe pourrait éventuellement jouer un rôle irremplaçable, et c’est pour cela qu’elle se met à votre disposition sans pour autant vous cacher les préventions qu’elle a à votre égard et à l’égard de l’État juif, dont elle suppose que vous n’ignorez rien.
C’est pourquoi, avec votre accord, la Vieille Taupe pourrait explorer les conditions dans lesquelles la partie adverse pourrait favorablement envisager l’éventualité d’un désarmement nucléaire unilatéral, provisoirement sans réciprocité !
Dans une autre direction, la Vieille Taupe pourrait sonder les autorités, tant juive que catholique musulmane ou bouddhiste, des conditions dans lesquelles ces dites autorités pourraient envisager d’anathématiser, ensemble ou séparément l’arme atomique, en tant que crime contre l’humanité, et quelles garanties compensatoires ces autorités pourraient offrir à l’État juif, aux ressortissants de cet État, comme aux Juifs, et aux juifs de la diaspora.
Mais le temps n’est pas venu de détailler les missions bénévoles d’exploration que la Vieille Taupe pourrait accomplir pour votre compte, ni de préciser les concessions considérables qui pourraient être acceptées, dès lors qu’une confiance minimale serait restaurée et qu’un espoir poindrait à l’horizon.
Pourtant, l’accomplissement de cette éventuelle mission d’exploration de vos « ennemis » pour votre compte, suppose que le minuscule capital de confiance et l’autorité qui en résulte, que la Vieille Taupe s’est acquise auprès de vos ennemis, ne soient pas balayés par ce qui paraîtrait à beaucoup réduire à néant les espoirs entretenus par la Vieille Taupe, envers et contre tous, et détruirait sa crédibilité et ses marges de manœuvres.
Cela suppose donc que rien d’irréparable ne soit commis ces jours-ci contre le Ghetto de Gaza. Il serait même souhaitable qu’Israël appliquât une trêve unilatérale, au moins jusqu’au 6 janvier, jour où les chrétiens fêtent l’Épiphanie, l’arrivée des Rois mages, et si possible, jusqu’au 10 janvier inclus. Mais je reste aujourd’hui, dans l’état de dénuement et de déréliction où je me trouve dans l’incapacité de vous promettre en retour l’arrêt des tirs de roquettes artisanales sur le sud d’Israël, ce que je déplore.
Mais je me permets d’attirer votre attention sur le fait que le déclenchement d’une opération terrestre contre la bande de Gaza et ses dirigeants légitimes, dans les circonstances actuelles, est de nature à provoquer l’implosion à bref délai de ce qui avait été jusqu’ici l’arme suprême de la propagande sioniste, mais au surplus de déclencher une vague de haine que même la Vieille Taupe ne serait guère en mesure de contrôler.
Pour l’ensemble de ces raisons, Madame le ministre, je prie Dieu de vous accorder son aide en ces moments cruciaux. Et je vous réaffirme la réalité et la sincérité de mon offre telle que ci-dessus définie, comme je vous réaffirme le respect que j’ai de vos responsabilités.
Je vous prie de bien vouloir accepter, Madame le Ministre, l’expression de ma respectueuse déférence.