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Trou de mémoire

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LA VIEILLE TAUPE

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Noam Chomsky viendra donc à Paris à la fin du mois de mai. Sa visite ne risque pas de passer inaperçue, d’une part à cause de sa notoriété intellectuelle en tant que linguiste, professeur honoraire au prestigieux M.I.T., d’autre part en raison de l’importance de son œuvre de critique de l’impérialisme, et de critique radicale des oripeaux droits-de-l’hommistes et démocratiques dont l’impérialisme aime tant à se recouvrir. À cause aussi de sa critique de l’État d’Israël et du sionisme, que d’aucuns jugent trop nuancée, et du soutien qu’il accorde de longue date aux revendications et aux luttes des Palestiniens.

Mais c’est surtout et bien évidemment à cause de l’avis sur la liberté d’expression qui avait été placé en préface au livre du Professeur Faurisson : Mémoire en défense contre ceux qui m’accusent de falsifier l’histoire. La question des chambres à gaz. que cette visite prendra un relief particulier.

Dans les polémiques qui s’ensuivirent les passions s’étaient déchaînées à tel point que Chomsky, qui avait éprouvé lui-même et directement les capacités de trucage et de falsifications des médiats français, avait en retour décidé de boycotter la France, les médiats et les intellectuels parisiens.

C’est avec les plus grandes difficultés que nous étions finalement parvenus, après que les Éditions de la Différence eurent capitulé (1982), à publier aux Cahiers Spartacus, les Réponses inédites à mes détracteurs parisiens en 1984. Le hasard avait bien fait les choses. 1984 est le titre d’un livre de George Orwell où celui-ci anticipait, en 1948, la généralisation d’un totalitarisme moderne d’un type nouveau et créait certains concepts, tel que « le trou de mémoire » et « l’arrêt de la pensée » et quelques autres bien utiles pour comprendre le monde dans lequel nous survivons aujourd’hui…

Ce petit livre était composés des textes et interviews que l’honnêteté intellectuelle, la déontologie, et même la loi, auraient exigé qu’ils soient publiés par les médiats qui avaient grossièrement injurié Chomsky et dénaturé sa pensée, tout en l’encensant hypocritement pour certains. Il comportait les phrases suivantes, reprises en quatrième de couverture :

Je ne fais que donner un petit échantillon de l’amoncellement de mensonges et de tromperies suscitées par mes prétendues opinions. Dans certains milieux intellectuels français, les principes fondamentaux de toute discussion – à savoir un respect minimum des faits et de la logique –  ont été pratiquement abandonnés.

[…]

Un jour, quelqu’un écrira une histoire de la vie intellectuelle parisienne de cette époque, et il sera consterné par ce qu’il découvrira.

                                                                                                Noam Chomsky

Et parmi ces choses un « détail » bien oublié. Ce n’est d’ailleurs pas ce détail en lui-même qui présente de l’importance, mais ce sont les moyens qui ont été utilisés pour le faire oublier qui prouvent l’importance que ceux-là mêmes qui ont utilisé ces moyens attachaient à faire disparaître jusqu’au souvenir de ce « détail ». Accessoirement cela révèle leur puissance et leur nocivité.

Avant même la publication de l’avis sur la liberté d’expression, aux éditions La Vieille Taupe (ce qui déclencha le hourvari général au siècle dernier, dont les jeunes n’ont pas idées) j’avais entrepris la publication d’un livre de Chomsky, parce que je le jugeais très important : Économie politique des droits de l’homme. Ce livre de Noam Chomsky et Edward S. Herman comportait deux volumes. Le tome 1 : La « Washington connexion » et les fascismes du tiers-monde et le tome 2 : Après le cataclysme. L’Indochine d’après guerre et la reconstruction de l’idéologie impériale.

Mes premiers contacts avec Noam Chomsky en vue de la traduction et de la publication de ce livre remontent à 1979. J’ai dirigé et coordonné la traduction et l’édition française.

J’ai la réputation, justifiée, d’avoir été un éditeur qui, généralement, publie plus vite que Lucky Luke ne dégaine son colt. Mais…

J’avais obtenu l’accord de Joaquim Vital, le directeur des Éditions de la Différence. Et fait tout ce qu’il était possible de faire pour aplanir toutes les difficultés, et même un peu plus. Puis, quand il fut devenu évident que Joaquim Vital renâclait au-delà du raisonnable sans m’en donner les véritables raisons (le scandale de la « préface » et de l’engagement déterminé de la Vieille Taupe au coté du Professeur Faurisson avait éclaté) je suis parvenu en un temps record à transférer la réalisation du projet aux Éditions Albin-Michel. Le tome 1 vit effectivement le jour en septembre 1981.

Que croyez-vous qu’il arriva ?

Non seulement ce livre très important fut à peu près totalement ignoré par la critique de droite ou de gauche, mais les médiats firent un silence à peu près total ! Sa mise en place en librairie et sa diffusion furent sabotées, tant par des libraires que par des réseaux internes à différents niveaux de la société Albin-Michel, y compris parmi les commerciaux, bien que le directeur, Monsieur Esménard ait tenté un moment de faire face à l’adversité. Et nous étions nous-mêmes épuisés de soucis.

Ceux-là mêmes qui avaient fait des propositions mirobolantes à Noam Chomsky, à la seule condition qu’il coupe les ponts avec Pierre Guillaume, ce qu’il refusa, organisèrent ce silence total.

Le tome 2 n’est, en conséquence pas paru. Le tome 1 est  devenu une rareté bibliophilique : le sort précisément que Jean-Pierre Faye réservait au livre de Faurisson. Car il s’est très mal vendu. Vous avez bien lu. Le livre de Chomsky et Herman, alors qu’une cohorte de groupies ne tarissent pas d’éloges sur « le plus grand intellectuel vivant », le silence total se fit… pour la seule raison que Pierre Guillaume avait participé à l’édition du livre. Encore qu’il avait pris soin de limiter les traces de sa Kollaboration à des indices imperceptibles, sinon par des initiés, pour ne pas effaroucher le chaland moyen, tout en préservant l’avenir qui finit toujours par arriver.

D’ailleurs a-t-il même existé ce livre ? Ailleurs que dans mes délires ?

Le seul exemplaire que je possédais a disparu de ma bibliothèque dans des conditions curieuses !

Mais il n’est pas possible de faire disparaître toutes les traces, puisque j’ai même reçu une (faible) rémunération et une fiche de paye en tant que (bref) Directeur de collection, de la société Albin-Michel ! (Attention, risque de redémarrage de la pensée)

Mais en juillet 1984, après que Jean-Edern Hallier m’eut annoncé depuis un certain temps déjà qu’il était mis fin à ma collection et à mes projets, je recevais une lettre m’annonçant que, compte tenu de la faiblesse des ventes des deux seuls (excellents) livres parus dans ma collection, les stocks risquaient fort d’être pilonnés !

Bien qu’à cette époque nous devions faire face à un ensemble d’adversités diverses, je proposais de racheter le stock moi-même à un prix de solde. Je n’ai jamais douté que cet excellent livre finirait par trouver ses lecteurs si je trouvais le temps de m’en occuper.

Quelque temps plus tard on m’avertissait qu’hélas le stock avait brûlé dans un dépôt ! À Évry m’avai-on dit, si mes souvenirs sont exacts.

MAIS… dites-vous bien maintenant que vous venez de lire une synthèse très exactes des éléments les plus importants, mais cette synthèse fait l’impasse sur de multiples péripéties, crocs en jambe et palinodies diverses. Ci-dessous des traces de l’existence de cette édition mythique :

 

La Vieille Taupe met en ligne l’essentiel de ses archives concernant l’édition de Économie politique des droits de l’homme, tome 1 & 2 et met les droits qu’elle a sur la traduction à la disposition d’un éditeur intéressé. Écrire à la VT à Beaune la Rolande.


Pierre Guillaume, le 14 mai 2010


                                                                          

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