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La Vieille Taupe communique:

 

Par Georges Piscoci-Danesco, Libraire, immigré:

Librairie du Savoir

Librairie Roumaine Antitotalitaire

[voir aussi le deuxième communiqué]

 

 

La Librairie Roumaine de Paris a ouvert ses portes en mars 1988, au 5 de la rue Malebranche, une petite rue au coeur du Quartier Latin, qui donne dans la rue St Jacques, dans le prolongement de la rue des Fossés St Jacques. Le local exigu était auparavant occupé par une librairie qui travaillait surtout sur commande, pour des particuliers et des bibliothèques, et s'était spécialisée dans la psychanalyse. Cette librairie avait été, pour les initiés, un point de vente de l'Internationale Situationniste à partir de juin 1966. Mais cela, et le rôle historique joué par ce local dans la circulation des idées avant Mai 68, nous ne devions l'apprendre que beaucoup plus tard...

Spécialisée dans la culture, la littérature, l'art, l'histoire et la documentation roumaine, la librairie semblait n'avoir aucune raison spécifique d'intervenir dans les débats français. Nous-mêmes et notre famille avions connu les persécutions, la prison, les mauvais traitements en Roumanie, sous le règne du Conducator "marxiste" Ceaucescu. Nous avions été contraints à l'exil.

Lieu de rencontre, de réflexion et d'échanges pour la diaspora roumaine, la librairie était aussi un moyen de résistance au totalitarisme, où s'échangeaient les expériences et se coordonnaient les solidarités.

La France, la langue et la culture française, jouissaient, et jouissent encore, en Roumanie, d'un prestige, pour ne pas dire d'un amour et d'une vénération, dont les Français n'ont aucune idée, et qui n'est qu'à peine entamé par les témoignages de la déception des rares Roumains qui ont la possibilité de voyager et de découvrir la décadence multiforme de l'objet de leurs rêves. Mais la France reste pour les Roumains, la patrie de Voltaire et des droits de l'homme, la patrie de Dreyfus et de Zola, où l'Affaire avait été possible, la patrie de la liberté.

Et la misère morale et spirituelle, la détresse matérielle en Roumanie, dont les Français non plus n'ont aucune idée, avaient atteint un niveau tel que la société française demeurait un idéal et un rêve. Mais...

La Roumanie a connu la dictature totalitaire de ses "libérateurs". C'est-à-dire une dictature qui ne se contente pas de s'imposer par la force, de vaincre ses adversaires, mais une dictature qui entend se faire aimer, c'est-à-dire qui ne peut se contenter d'imposer sa loi à des ennemis vaincus qu'elle respecterait, mais qui doit culpabiliser ses ennemis et les diaboliser. Une dictature qui ne peut se contenter de contraindre les corps et d'imposer allégeance, mais qui doit s'en prendre aux consciences.

La déchéance d'une nation est d'abord spirituelle. Quelle que soit l'ampleur des épreuves qu'elle subit, c'est l'âme avec laquelle elle y fait face qui conditionne sa survie et son avenir. Le totalitarisme brise les âmes. Les intellectuels, à condition de ne pas gêner le pouvoir, jouissent de privilèges considérables, et même, contrairement à ce que l'on croit en Occident, d'une large liberté de critique et d'expression, entre eux. Ils peuvent même développer une grande lucidité cynique, à condition qu'il soit bien entendu que les choses sont ainsi et qu'on ne peut rien y changer... Dans ces conditions ils peuvent même former des "comités oppositionnels" (et résister confortablement comme Sartre pendant la guerre) tout juste bons à acclamer servilement un nouveau pouvoir, quand il sera venu, et à réclamer d'autant plus bruyamment une épuration qu'ils ont à faire oublier leurs propres compromissions.

Ceux qui informent les "Organes" jouissent de la plus grande liberté et souvent de la plus grande lucidité critique. Mais quiconque rompt le modus vivendi est impitoyablement persécuté. Il sera accusé par le pouvoir, parfois très progressivement si l'accusation est trop absurde, d'être un fasciste et un "Nazi", et il sera lâché par ses amis, puis dénoncé, peu à peu, par tous les "oppositionnels responsables". On lui reprochera pêle-mêle, de faire le jeu du pouvoir en déchaînant la répression, de manquer de perspective, du sens des réalités, puis on le diffamera et on le dénoncera mensongèrement "pour sauver ce qui peut l'être", on lui reprochera même de compromettre par ses "excès" la liberté relative et résiduelle, et la situation des "intellectuels", pour un "détail". La délation se généralise. Les intellectuels se prostituent tous. Et parce qu'ils en ont honte collectivement, ils haissent et ils dénoncent celui qui ne se soumet pas à la commune nécessité.

Cela s'est produit tellement de fois qu'aucun intellectuel ne peut en rencontrer un autre sans penser: "Je mens, tu mens, nous mentons, nous savons tous que nous mentons tous, mais tu me dénonceras si nécessaire, comme je te dénoncerai. Je sais que tu le sais,... et je sais que tu sais que je le sais..."

Le Pouvoir, tous les pouvoirs, qu'elle que soit l'idéologie dont ils se parent, prospèrent sur ces âmes mortes. Le Pouvoir ne craint aucune idéologie. Il craint le sens de l'honneur, la dignité, la solidarité sans phrase des opprimés. C'est cela que le totalitarisme détruit.

Le Mur de Berlin est tombé. Le régime de Ceaucescu s'est effondré. Les espoirs que ces événements ont suscités permettent de mesurer l'ampleur de la déception qui a suivi. Il fallut bien se rendre compte que tout cela résultait moins de la révolte et d'un sursaut spirituel des opprimés, que de la moindre efficacité économique et concurrentielle du capitalisme bureaucratique, et de la nécessité de le moderniser...

Certes il règne actuellement dans l'Est européen ex-"soviétique" une liberté d'expression plus réelle qu'en Occident. La publicité pour Marlboro et Coca-Cola a remplacé sur les murs la propagande "marxiste-léniniste", mais ce sont les mêmes nomenklatura qui dirigent, après avoir adapté leur idéologie. C'est le règne déchaîné de la ploutocratie et des rackets mafieux. La liberté d'expression n'y résulte donc pas de la restauration d'un socle spirituel populaire fondé sur le respect de soi-même par chacun, et donc sur le respect des autres, il résulte de l'éclatement idéologique et de la concurrence des différents pouvoirs dont aucun ne peut plus (ou pas encore) prétendre à l'hégémonie...

La liberté, quand elle n'est pas inscrite dans les structures mentales profondes du peuple, est terriblement fragile.

C'est donc avec d'autant plus d'effroi qu'après avoir connu le totalitarisme et le goulag, nous découvrions que les mêmes mécanismes qui avaient produit le pire, étaient à l'oeuvre dans les sociétés occidentales, et que nous avons été les témoins stupéfaits d'événements qui nous semblaient absolument impossibles, inconcevables, en France. Et ce sont moins les abus et les excès, peut-être inévitables, du pouvoir, qui nous ont choqués, que la révélation de la perversion générale et profonde des mentalités, au point que la liberté ne soit plus inscrite dans les coeurs, mais soit devenue un sujet de dissertation pour les idéologues salariés.

Les controverses et les polémiques autour du "révisionnisme" et du "négationnisme" nous étaient d'abord passées complètement inaperçues, mais la Librairie du Savoir se trouve à deux cent mètres environ de la rue d'Ulm, où en 1993, la Librairie La Vieille Taupe, qui avait ouvert ses portes en 1990, a été contrainte de fermer par une succession ininterrompue d'agressions, de menaces et d'intimidations combinées à des voies de faits qui firent plusieurs blessés... Or aucun des livres vendus par cette librairie n'avait été interdit ou condamné par un tribunal!

Qu'il soit possible en France à un groupe de pression d'interdire par la force et l'intimidation et de façon tout à fait illégale, la diffusion de livres qui lui déplaisent, constituait une découverte d'autant plus bouleversante que la presse, et les défenseurs patentés des libertés, restaient étrangement silencieux quand ils ne se joignaient pas aux assaillants pour vilipender les agressés à qui n'était laissé aucun moyen de réponse. Accusés d'être des "Nazis" et des "antisémites", ils étaient... coupables d'être accusés!

Alors qu'on nous parle au futur d'un cybermonde virtuel créé par la révolution informatique multimédia, il nous fallait découvrir peu à peu que nous vivions déjà en France dans un monde virtuel créé par les médiats, qui ont réussi à laisser ignorer à l'ensemble des citoyens l'existence d'une censure et d'un terrorisme feutré impitoyable. Pourtant, il faut bien l'avouer, autant nous étions choqués de découvrir en France des procédés inacceptables, qui rappelaient ce que nous avions connu sous le règne de la Securitate, autant les thèses révisionnistes, ou plus exactement ce que nous croyons en connaître, ne nous paraissaient pas mériter grande attention. Mais précisément, n'était-il pas suffisant de répondre et de réfuter? Pourquoi interdire et censurer? Et toute cette répression au nom de "l'antifascisme"!

L'antifascisme a servi à justifier les pires monstruosités. Il constitue l'alibi du totalitarisme. Il autorise l'utilisation contre tous les adversaires, déclarés peu ou prou "fascistes", de tous les procédés attribués aux "fascistes". C'est dire que l'antifascisme est le mécanisme mental grâce auquel toutes les barrières morales, et toute retenue dans l'exercice de la violence et de la mauvaise foi à l'encontre des adversaires, peuvent être transgressées. L'antifacisme n'est même pas limité par l'obligation de ne pas dépasser le fascisme en monstruosité, ou plutôt cette limite est illusoire dès lors que l'antifaciste peut librement fantasmer la monstruosité de son ennemi. L'antifascisme contribue donc à faire advenir à la réalité les monstruosités qu'il dénonce.

Tout au contraire notre expérience du goulag nous permet d'affirmer que la liberté d'expression pour tous constitue l'ultime rempart, et le seul efficace, contre tout totalitarisme.

Lorsque s'est déchaîné le lynchage médiatique de Roger Garaudy à la suite de la publication du texte Les Mythes fondateurs de la politique israélienne dans une revue exclusivement réservée aux amis de la Vieille Taupe, et alors que le droit élémentaire de pouvoir répondre à ses diffamateurs lui était refusé par tous les médiats, nous avons eu le sentiment que ce serait trahir le sens de notre expérience que de ne pas intervenir dans la mesure de nos moyens contre cette infamie. Nous avons donc proposé à Roger Garaudy, dont le passé de dirigeant et d'idéologue du Parti "Communiste" "Français" nous avait jusque là dissuadé de lire fut-ce un seul de ses livres, d'assurer en toute circonstance, la diffusion de ce texte auprès des libraires qui entendraient continuer à faire correctement leur métier.

C'est ainsi que la Librairie du Savoir est parvenue à assurer la distribution de près de dix mille Samizdat Roger Garaudy, en dépit du boycott de toutes les chaînes de librairie et de la plupart des "grandes" librairies, qui se sont soumises au diktat de la police de la pensée et se sont comportées en censeur investi d'une fonction de direction de conscience de leurs clients.

Cette décision devait avoir de multiples conséquences, dont celle de nous faire expérimenter ce qu'il en coûte, en France, de prétendre penser librement. La multiplication des agressions et des menaces nous a contraint à installer en façade de la librairie un...rideau de fer! Mais la distribution du Samizdat continue. Depuis sa parution, ce texte a été vilipendé et diffamé. Il n'a pas fait l'objet de la moindre réfutation argumentée.

Adresse de la Librairie du Savoir ;5, rue Malebranche, 75005 - PARIS. Tél.: 01 43 54 22 46. Fax: 01 43 26 07 19


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