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LE RÉSERVOIR DE MAMILLA

par Israël Chamir

 



Tout va très vite de nos jours. Hier encore, c'est tout juste si nous osions qualifier "d'apartheid" la politique israélienne de discrimination officielle à l'égard des Palestiniens. Aujourd'hui, tandis que les chars et les missiles de Sharon pilonnent des villes et des villages sans défense, le terme suffit à peine à exprimer la réalité. Désormais, rien ne justifie plus qu'on s'en prévale pour insulter les tenants de la suprématie blanche à l'instar de l'Afrique du Sud. Après tout, ces Blancs n'ont pas employé de canons ni de chars contre les indigènes, pas plus qu'ils n'ont assiégé Soweto. Ils n'ont pas refusé de reconnaître l'humanité de leurs cafres. Mais les tenants de la suprématie juive, eux, n'ont pas hésité à sauter le pas. Par un coup de baguette magique, ils nous ramènent à l'époque de Josué et de Saül.

La quête du mot juste se poursuit. Non sans courage, Robert Fisk [note 1: journaliste au quotidien britannique The Independent] propose de qualifier les événements de Palestine de "guerre civile". Si c'est cela une guerre civile, alors on peut dire que l'abattage d'un agneau est une corrida. La disparité entre les forces en présence est tout simplement trop forte. Non, vous qui vivez ailleurs, il ne s'agit pas d'une guerre civile mais d'un génocide rampant.

C'est à ce moment, dans notre saga, que le bon juif est censé sortir son mouchoir et s'exclamer: "Comment se peut-il que nous, éternelles victimes de persécutions, commettions de tels crimes!". Eh bien, cessez de retenir votre souffle dans l'attente d'un tel discours. On a déjà vu ça et il est probable que cela se reproduira.

Les juifs ne sont pas plus assoiffés de sang que le reste de l'humanité. Mais l'idée folle d'être le "peuple élu", la notion de supériorité d'une race ou d'une religion sont des moteurs de génocide. Si on que Dieu a choisi un peuple pour gouverner le monde, si on pense que les autres ne sont que des sous-hommes, on sera puni par ce Dieu dont on aura en vain invoqué le nom. On se métamorphosera non pas en charmante petite grenouille mais en assassin fou.

Quand, dans les années trente, les Japonais ont été atteints de cette maladie, ils ont pillé Nankin et dévoré le foie de leurs prisonniers. Imbus de leur complexe de supériorité aryenne, les Allemands ont accumulé les cadavres à Babi Yar. Ayant lu attentivement Josué et le Livre des Juges, les pères pèlerins, fondateurs des Etats-Unis, ont voulu ceindre leur front de la couronne des "élus" et ce faisant, ils ont pratiquement réussi à exterminer les peuples indigènes d'Amérique.

Les juifs ne font pas exception. A la sortie de Jérusalem dite "Porte de Jaffa", existait autrefois une petite agglomération du nom de Mamilla, qui a été détruite récemment par des promoteurs immobiliers. A sa place, on trouve aujourd'hui un monstrueux "village" accueillant les gens très riches, à coté du luxueux hôtel Hilton. Un peu plus loin, se trouvent le vieux cimetière de Mamilla où repose la noblesse arabe, et le réservoir d'eau de Mamilla que Ponce Pilate avait fait aménager. Au cours des travaux de génie civil, les ouvriers ont découvert une caverne funéraire abritant des centaines de crânes et d'os. Cette caverne était ornée d'une croix et d'une inscription: "Dieu seul sait leurs noms". La Revue d'archéologie biblique éditée par le juif américain Herschel Shanks a publié une longue narration [note 1.: BAR, 1996, v 22 No 2] de cette découverte que l'on doit à l'archéologue israélien Ronny Reich.

C'est en 614 après Jésus-Christ, année la plus effroyable de l'histoire de la Palestine avant le XXe siècle, que les cadavres ont été déposés là pour y dormir du sommeil du juste. Dans son ouvrage intitulé Historical Geography of Palestine, Adam Smith, écrit qu'encore aujourd'hui, l'effroyable dévastation de 614 est visible sur le terrain. Les blessures n'ont jamais pu se refermer.

En 614, la Palestine faisait partie de l'Empire byzantin, qui avait succédé à l'Empire romain. C'était une terre prospère, à prédominance chrétienne, où l'agriculture était bien développée, les eaux canalisées et les terrasses soigneusement aménagées. Les pèlerins affluaient en masse vers les Lieux saints, et les édifices construits par Constantin, le Saint-Sépulcre et l'Ascension au mont des Oliviers figuraient parmi les merveilles du monde construites par l'homme. Les solitudes de Judée étaient adoucies par quatre-vingts monastères où l'on collectionnait des manuscrits précieux et l'on priait. Saint Jérôme de Bethléem, Origène de Césarée et les pères de l'Église étaient encore présentsdans les mémoires.

Il y avait aussi là une petite communauté juive prospère, principalement sur les rives du lac de Tibériade. Ses docteurs venaient juste d'achever leur version du Talmud qui codifiait leur foi, le judaïsme rabbinique. Mais lorsqu'ils avaient besoin de direction, ils s'en remettaient à la communauté juive dominante de Babylonie, alors sous domination perse.

En 614, les juifs de Palestine s'allièrent à leurs coreligionnaires babyloniens pour prêter main forte aux Perses dans leur conquête de la Terre sainte. Après la victoire perse, les juifs ont perpétré un holocauste massif des gentils de Palestine. Ils ont incendié les églises et les monastères, tué les moines et les prêtres, et brûlé les livres. La charmante basilique des Poissons et des Pains de Tabgha, l'église de l'Ascension sur le mont des Oliviers, l'église Saint-Étienne en face de la porte de Damas et Sainte-Sion sur la colline du même nom ne sont que quelques-uns des édifices religieux qu'ils détruisirent. De fait, très peu d'églises ont survécu à l'attaque. La laure de Saint Sabas, site extraordinaire niché dans la vallée très profonde du Wadi an-Nar, n'a dû son salut qu'à sa situation reculée et aux rochers escarpés qui l'entourent. L'église de la Nativité a survécu par miracle: lorsque les juifs ont ordonné sa destruction, les Perses ont refusé. Ils avaient cru voir dans la mosaïque représentant les rois mages au-dessus du linteau le portrait d'un roi perse.

Mais le pire de ces crimes n'est pas cette dévastation. Lorsque Jérusalem s'est rendue aux Perses, des milliers d'habitants chrétiens ont été faits prisonniers et menés à l'abattoir, tout près du réservoir de Mamilla. L'archéologue israélien Ronny Reich écrit: "Ils ont probablement été vendus au plus offrant. [Selon certaines sources,] les captifs chrétiens du réservoir de Mamilla ont été achetés par des juifs et mis à mort sur le champ". Témoin oculaire, Strategius de Saint-Sabas, nous donne un compte rendu plus précis: "Les juifs ont payé une grasse rançon aux soldats perses pour s'emparer des chrétiens et les ont massacrés avec délectation au réservoir de Mamilla qui débordait de sang". Rien qu'à Jérusalem, les juifs ont massacré soixante-mille chrétiens palestiniens. A l'époque, la Terre ne comptait probablement que quelque cinquante millions d'habitants, soit cent fois moins qu'aujourd'hui. Quelques jours plus tard, ayant compris l'ampleur du massacre, les soldats perses empêchèrent les juifs de poursuivre leurs exactions.

Il faut rendre justice à l'archéologue israélien Ronny Reich de n'avoir pas cherché à accuser les Perses du massacre, comme on le fait couramment aujourd'hui. Il admet que "l'empire perse n'avait pas de fondement religieux et était effectivement enclin à la tolérance religieuse". Il est évident que ce brave homme aurait quelques difficultés à publier des articles dans le New York Times. Pourtant, Deborah Sonntag, correspondante de ce journal en Israël, n'hésiterait pas à décrire ce massacre comme "un acte de représailles des juifs souffrant sous la férule des chrétiens".

L'holocauste des Palestiniens chrétiens de 614 a été souvent rapporté. Runciman le mentionne dans son Histoire des Croisades, par exemple. Quant aux guides modernes et aux livres d'histoire, la censure est passée par là. C'est bien dommage car si on ne sait pas ce qu'il en est, il est impossible de comprendre les dispositions du traité conclu en 638 entre les habitants de Jérusalem et le calife Omar ibn Khattab. Dans le Sulh al Quds, nom sous lequel on connaît ce traité de capitulation, le patriarche Sofronius exige, et le puissant dirigeant arabe accepte, de soustraire la population de Jérusalem à la férocité des juifs.

Après la conquête arabe, une majorité de Palestiniens juifs ont accepté le message de l'envoyé d'Allah, tout comme la majorité des Palestiniens chrétiens quoique pour des motifs différents. Pour les chrétiens du crû, l'Islam était une sorte de christianisme nestorien sans les icônes, sans l'intervention de Constantinople et sans les Grecs. (aujourd'hui encore, la soumission de l'Eglise palestinienne à l'Eglise grecque continue de poser problème aux chrétiens de la région).

Aux yeux des juifs de la région, l'Islam n'était qu'un retour à la foi d'Abraham et de Moïse. Il faut bien reconnaître que, de toute façon, ils étaient incapables d'appréhender les complexités de la nouvelle foi babylonienne. La majorité d'entre eux sont devenus musulmans et se sont mêlés à la population de Palestine. D'ailleurs, l'adaptation des juifs à l'Islam ne s'est pas arrêtée au VIIe siècle. Mille ans plus tard, soit au XVIIe siècle, les dirigeants spirituels de la communauté séfarade nouvellement fondée en Palestine, Sabbatai Zevi et Nathan de Gaza, héritiers de la glorieuse tradition mythique espagnole d'Ari, le saint de Safed, ont également embrassé "la loi de la miséricorde", nom qu'ils donnaient à l'Islam. Leurs descendants, compagnons d'Ataturk, ont d'ailleurs sauvé la Turquie de l'assaut des troupes européennes pendant la première guerre mondiale.

Pourquoi les juifs d'aujourd'hui se sentiraient-ils coupables des méfaits de leurs ancêtres? Aucun fils n'est responsable des péchés de son père. Israël aurait pu transformer le charnier de Mamilla, sa chapelle byzantine et ses mosaïques, en un petit mémorial, rappelant à ses citoyens une page effroyable de l'histoire de leur terre, mais aussi les dangers du sentiment de supériorité qui conduit au génocide. Mais les autorités israéliennes ont préféré démolir le tombeau et le transformer en parc de stationnement. Et nul ne s'est insurgé contre ce geste.

Les dépositaires de la conscience juive, Amos Oz et d'autres, ont bien élevé des objections contre la destruction de vestiges de l'Antiquité, mais à aucun moment contre celle du tombeau de Mamilla. En revanche, ils ont fait circuler une pétition contre des gardiens du site religieux du Haram as-Sharif qui avaient creusé une tranchée de quelques centimètres afin de poser une nouvelle canalisation. Peu leur importait que, dans une page de chroniques et de commentaires du quotidien Haaretz, le principal archéologue israélien de la région eût nié que les travaux à la mosquée aient un quelconque rapport avec la science. Ils se sont obstinés à les décrire comme "un acte barbare commis par les musulmans pour détruire le patrimoine juif de Jérusalem". A mon grand étonnement et à mon grand regret j'ai constaté que le nom de Ronnie Reich figurait parmi les signataires. On aurait plutôt attendu de lui qu'il dise qui avait détruit les vestiges du patrimoine juif du réservoir de Mamilla.

Pourquoi ai-je voulu raconter l'histoire du bain de sang de Mamilla? Parce qu'il n'y a rien de plus dangereux que le pharisaïsme et la posture d'éternelle victime, alimentés par une vision unilatérale de l'Histoire. Là encore, les juifs ne font pas exception. Eric Margolis du Toronto Sun [note 2: 22.04.2001] a parlé dans ses articles des Arméniens rendus furieux par l'histoire de leur propre holocauste. C'est ainsi qu'ils ont massacré leurs pacifiques voisins d'Azerbaïdjan par milliers dans les années 1990 et provoqué l'exil de huit cent mille habitants non-arméniens de la région. Margolis conclut en disant "il est temps de reconnaître toutes les horreurs du monde".

Lorsqu'elle est censurée, l'Histoire présente une image fausse de la réalité. Admettre le passé est une étape indispensable sur la voie de l'équilibre mental. Parce qu'ils ont admis les crimes de leurs pères et ont regardé en face leurs défaillances morales, les Allemands et les Japonais sont devenus des peuples plus humbles, moins orgueilleux, proches du reste de l'humanité. Mais nous autres, juifs, ne sommes jusqu'à présent jamais parvenus à exorciser l'esprit arrogant d'un peuple qui se prétend "élu", et c'est pourquoi nous sommes une situation parfaitement insoluble.

Tout cela pour dire que l'idée de notre supériorité se perpétue et continue de nous conduire au génocide. En 1982, Amos Oz [note 3: Here and there in the Land of Israel, Amos Oz ] avait rencontré un Israélien qui partageait avec lui le fantasme de devenir une sorte de Hitler juif pour les Palestiniens. Or, lentement, ce rêve est en train de devenir réalité.

En première page du quotidien Haaretz est parue une publicité [note 4: 21 novembre 2000] , qui n'était autre qu'une fatwa signée par un groupe de rabbins. Ces rabbins proclamaient l'identification théologique d'Ismaël (c'est-à-dire les Arabes) aux "Amaléchites", tribu qui, d'après la Bible, a donné du fil à retordre aux enfants d'Israël. Dans cette histoire, le dieu d'Israël ordonne à son peuple d'exterminer totalement cette tribu sans épargner son bétail. Mais le roi Saul a bâclé le travail. Bien sûr, il a exterminé tout le monde mais il a oublié de tuer les jeunes filles nubiles qui n'avaient pas encore contracté mariage. Cette "erreur" lui coûta sa couronne. De nos jours, l'obligation d'exterminer les Amaléchites est toujours inscrite dans la doctrine juive quoique personne, pendant des siècles, n'ait identifié une nation existante à la tribu maudite.

Il est pourtant une exception qui prouve à quel point cette sentence est dangereuse. A la fin de la deuxième guerre mondiale, un certain nombre de juifs, dont le futur premier ministre Begin, ont voulu voir dans les Allemands l'incarnation des Amaléchites. De fait, Abba Kovner, juif pieux, fervent socialiste et combattant contre les Nazis, avait, en 1945, ourdi un complot visant à empoisonner le réseau d'adduction d'eau des villes allemandes et à tuer "six millions d'Allemands". Kovner s'est procuré du poison auprès du futur président d'Israël, Efraim Katzir en lui faisant croire que son intention était d'empoisonner "quelques" milliers de prisonniers de guerre allemands. Fort heureusement le complot fut éventé et des officiers britanniques arrêtèrent Kovner dans un port européen. Cette histoire a été publiée l'an dernier en Israël, dans une biographie de Kovner rédigée par Dina Porat, directrice du Centre de recherches sur l'antisémitisme à l'université de Tel-Aviv [note 5: Haaretz, 28 avril 2001].

Pour dire les choses simplement, la fatwa des rabbins nous affirme que notre devoir religieux est de tuer tous les Arabes, y compris les femmes, les enfants et le bétail, et de n'épargner personne, pas même les chats. Pourtant, le quotidien libéral Haaretz, dont le rédacteur en chef et le propriétaire sont suffisamment instruits pour comprendre la fatwa, n'ont pas hésité à publier cet appel.

Récemment, certains militants pro-palestiniens m'ont critiqué pour avoir collaboré avec l'hebdomadaire russe Zavtra [hebdomadaire du parti communiste russe] dans lequel les opinions exprimées sont plutôt minoritaires, et pour avoir cité l'hebdomadaire américain Spotlight. Je me demande pourquoi ils ne m'ont pas blâmé d'avoir écrit dans Haaretz. Pour autant que je sache, ni Zavtra ni Spotlight n'ont jamais appelé au génocide.

Il serait injuste de jeter l'opprobre exclusivement sur Haaretz. Le Washington Post, autre journal juif à fort tirage, a publié un appel tout aussi virulent au génocide, signé Charles Krauthammer [note 6: Washington Post, 20 avril 2001 ]. Ne pouvant tabler sur la connaissance de la bible de ses lecteurs, ce disciple du roi Saül renvoie au massacre des troupes irakiennes en déroute perpétré par le général Colin Powell à la fin de la guerre du Golfe. Krauthammer cite les propres termes de Powell parlant de l'armée irakienne. "D'abord, nous allons leur couper la route, et ensuite nous allons tuer ça". Pour Krauthammer, qui choisit avec soin ses citations, une multitude d'Arabes assassinés ne mérite pas que l'on humanise l'expression en parlant "d'eux". Il se contente de dire "ça". Aux derniers stades de la guerre du Golfe, des Irakiens désarmés faisant retraite ont été assassinés en masse et de sang froid par l'aviation américaine, leurs cadavres ont été enterrés au bulldozer dans le sable du désert, dans d'immenses charniers qui ne portent pas de nom. Selon les estimations, les victimes de cette hécatombe se chiffreraient entre cent mille et un demi million. Dieu seul sait leur nom...

Krauthammer souhaiterait que ce "haut fait" se reproduise en Palestine. D'ailleurs, l'armée israélienne a déjà divisé "ça" en soixante-dix lots. Maintenant "ça" est prêt pour le grand massacre. "Tuez-moi ça" revendique Krauthammer dans le feu de la passion. Il craint probablement que les Perses veuillent à nouveau enrayer le bain de sang avant que le réservoir de Mamilla ne déborde. Si nous avons quelque chose à espérer, notre espoir est à la mesure de nos craintes.



MAMILLA POOL

By Israel Shamir





Things move really fast nowadays. Just yesterday we hardly dared to call the Israeli policy of official discrimination against Palestinians by the harsh word `apartheid'. Today, as Sharon's tanks and missiles pound defenceless cities and villages, the word barely suffices. It has become an unjustified insult to the white supremacists of South Africa. They, after all, did not use gunships and tanks against the natives, they did not lay siege to Soweto. They did not deny the humanity of their kaffirs. The Jewish supremacists made it one better. They have returned us, as if by magic wand, to the world of Joshua and Saul.

As the search for the right word continues, the courageous Robert Fisk proposes calling the events in Palestine a `civil war'. If this is civil war, the slaughter of a lamb is a bullfight. The disparity of forces is too just too large. No, Virginia, it is not `civil war', it is creeping genocide.

This is the point in our saga, where the good Jewish guy is supposed to take out his hanky and exclaim: "how could we, eternal victims of persecutions, commit such crimes!" Well, do not hold your breath waiting for this line. It happened before and it can happen again.

Jews are not more bloodthirsty than the rest of mankind. But the mad idea of being the Chosen ones, the idea of supremacy, whether of race or religion, is the moving force behind genocides. If you believe God choose your people to rule the world, if you think others but subhuman, you will be punished by the same God whose name you took in vain. Instead of a gentle frog, he would turn you into a murderous maniac.

When the Japanese got a whiff of this malady in 1930s, they raped Nanking and ate the liver of their prisoners. Germans, obsessed by the Aryan superiority complex, filled Baby Yar with corpses. As thoughtful readers of Joshua and Judges, the father-pilgrim founders of the United States tried on the `Chosen' crown and succeeded in nearly exterminating the Native American peoples.

The Jews are no exception. Outside of Jerusalem's Jaffa gate (Bab al-Halil), there was once a small neighbourhood called Mamilla, destroyed by real estate developers just a few years ago. In its place they created a monstrous `village' for the super-rich, abutting the plush Hilton Hotel. A bit further away, there is the old Mamilla cemetery of the Arab nobles and the Mamilla Pool, a water reservoir dug by Pontius Pilate. During the development works, the workers came across a burial cave holding hundreds of sculls and bones. It was adorned by a cross and a legend: `God alone knows their names'. The Biblical Archaeology Review, published by the Jewish American Herschel Shanks, printed a long feature [note 1 BAR, 1996, v 22 No 2] by the Israeli archaeologist Ronny Reich on this discovery.

The dead were laid to their eternal rest in AD 614, the most dreadful year in the history of Palestine until the 20th century. The Scottish scholar, Adam Smith, wrote in his Historical Geography of Palestine: until now, the terrible devastation of 614 is visible in the land, it could not be healed.

By 614, Palestine was a part of the Roman successor state, the Byzantine Empire. It was a prosperous, predominantly Christian land of well developed agriculture, of harnessed water systems, and carefully laid terraces. Pilgrims came in flocks to the Holy places, and the Constantine-built edifices of Holy Sepulchre and of the Ascension on the Mount of Olives were among the manmade wonders of the world. The Judean wilderness was enlivened by eighty monasteries, where precious manuscripts were collected and prayers offered. Fathers of the church, St Jerome of Bethlehem and Origenes of Caesarea, were still a living memory.

There was also a small wealthy Jewish community living in their midst, mainly in Tiberias on the shores of the Sea of Galilee. Their scholars had just completed their version of the Talmud, the codification of their faith, Rabbinic Judaism; but for instruction they deferred to the prevailing Jewish community in Persian Babylonia.

In 614, local Palestinian Jews allied with their Babylonian coreligionists and assisted the Persians in their conquest of the Holy Land. In the aftermath of the Persian victory, Jews perpetrated a massive holocaust of the Gentiles of Palestine. They burned the churches and the monasteries, killed monks and priests, burned books. The beautiful basilica of Fishes and Loaves in Tabgha, the Ascension on Mount of Olives, St Steven opposite Damascus Gate and the Hagia Sion on Mt Zion, are just at the top of the list of perished edifices. Indeed, very few churches survived the onslaught. The Great Laura of St Sabas, tucked away in the bottomless Ravine of Fire (Wadi an-Nar) was saved by its remote location and steep crags. The Church of Nativity miraculously survived: when Jews commanded its destruction, the Persians balked. They perceived the Magi mosaic above the lintel as the portrait of Persian kings.

This devastation was not the worst crime. When Jerusalem surrendered to the Persians, thousands of local Christians became prisoners of war, and were herded to the Mamilla Pool area. The Israeli archaeologist Ronny Reich writes: `They were probably sold to the highest bidder. According to some sources, the Christian captives at Mamilla Pond were bought by Jews and were then slain on the spot'. An eyewitness, Strategius of St Sabas, was more vivid: `Jews ransomed the Christians from the hands of the Persian soldiers for good money, and slaughtered them with great joy at Mamilla Pool, and it ran with blood'. Jews massacred 60,000 Palestinian Christians in Jerusalem alone. The earth's population was probably about 50 million then, 100 times smaller than today. A few days later, the Persian military understood the magnitude of the massacre and stopped the Jews.

To his credit, the Israeli archaeologist Ronny Reich does not try to shift the blame for the massacres onto the Persians, as it is usually done nowadays. He admits that `the Persian Empire was not based on religious principles and was indeed inclined to religious tolerance'. This good man is clearly unsuitable to write for the New York Times. That paper's correspondent in Israel, Deborah Sonntag, would have no trouble describing the massacre as `retaliatory strike by the Jews who suffered under Christian rule'.

The holocaust of the Christian Palestinians in year 614 is well documented and you will find it described in older books, for instance in the three volumes of Runciman's History of The Crusades. It has been censored out of modern guides and history books. It is a pity, as without this knowledge one cannot understand the provisions of the treaty between the Jerusalemites and Caliph Omar ibn Khattab, concluded in year 638. In the Sulh al Quds, as this treaty of capitulation is called, Patriarch Sofronius demanded, and the powerful Arab ruler agreed to protect the people of Jerusalem from the ferocity of the Jews.

After the Arab conquest, a majority of Palestinian Jews accepted the message of the Messenger, as did the majority of Palestinian Christians, albeit for somewhat different reasons. For local Christians, Islam was a sort of Nestorian Christianity, but without icons, without Constantinople's interference and without Greeks. (The Greek domination of the Palestinian church remains a problem for the local Christians to this very day.)

For ordinary local Jews, Islam was the return to the faith of Abraham and Moses, as they could not follow the intricacies of the new Babylonian faith anyway. The majority of them became Muslims and blended into Palestinian population. The accommodation of Jews to Islam did not stop in the 7th century. A thousand years later, in the 17th century, the greatest spiritual leaders of the new-founded Sephardi Jewish community of Palestine, Sabbatai Zevi and Nathan of Gaza, the successors to the glorious Spanish mystic tradition of Ari the Saint of Safed, also embraced `the law of mercy', as they called Islam. Their descendants, the comrades of Ataturk, saved Turkey from the onslaught of the European troops during WWI.

Modern Jews do not have to feel guilty for the misdeeds of Jews long gone. No son is responsible for the sins of his father. Israel could have turned this mass grave with its Byzantine chapel and mosaics into a small and meaningful memorial, reminding its citizens of a horrible page in the history of the land and of the dangers of genocidal supremacy. Instead, the Israeli authorities preferred to demolish the tomb and create an underground parking lot in its place. It did not cause a murmur.

The Israeli guardians of the Jewish conscience, Amos Oz and others, have objected to the destruction of the ancient remains. No, not of the tomb at Mamilla. They ran a petition against the keepers of the Haram a-Sharif mosque complex for digging a ten-inch trench to lay a new pipe. It did not matter to them that, in an op-ed in Haaretz, the leading Israeli archaeologist of the area denied all relevance of the mosque works to science. They still described it as `a barbaric act of Muslims aimed at the obliteration of the Jewish heritage of Jerusalem'. Among the signatories, I found, to my amazement and sorrow the name of Ronny Reich. One thinks, he might tell them who obliterated the vestiges of the Jewish heritage at Mamilla Pool.

Why do I find it necessary to tell the story of the Mamilla bloodbath? Because there is nothing more dangerous than the feeling of self-righteousness and perpetual victimhood reinforced by a one-sided historical narrative. Here again, the Jews are not unique. Eric Margolis of the Toronto Sun [note 2: 22.04.2001] wrote about Armenians inflamed by the story of their holocaust. They massacred thousands of their peaceful Azeri neighbours in the 1990s, and caused the uprooting of 800,000 native non-Armenians. `It's time to recognize all world's horrors', Margolis concludes.

Censored history creates a distorted picture of reality. Recognition of past is a necessary step on the way to sanity. The Germans and the Japanese have recognized the crimes of their fathers, have came to grips with their moral failings and have emerged as humbler, less boastful folks, akin to the rest of human race. We Jews have so far failed to exorcise the haughty spirit of the Chosenness, and found ourselves in a dire predicament.

That is why the idea of supremacy is still with us, still calling for genocide. In 1982, Amos Oz [note 3: Here and there in the Land of Israel, Amos Oz] met an Israeli, who shared with the writer his dream of becoming a Jewish Hitler to the Palestinians. Slowly this dream is becoming a reality.

The Haaretz published an ad on its front page [note 4: 21 November, 2000], a fatwa, signed by a group of Rabbis. The Rabbis proclaimed the theological identification of Ishmael, i.e. the Arabs, with the Amalek. `Amalek' is mentioned in the Bible as the name of a tribe that caused trouble for the Children of Israel. In this story, the God of Israel commands His people to exterminate the Amalek tribe completely, including its livestock. King Saul botched the job: he exterminated them all right, but failed to kill nubile unwed maidens. This `failure' cost him his crown. The obligation to exterminate the people of Amalek is still counted among the tenets of the Jewish faith, though for centuries nobody made the identification of a living nation with the accursed tribe.

There was one exclusion showing how dangerous the ruling is. At the end of WWII, some Jews, including the late Prime Minister Menachem Begin, identified the Germans with Amalek. Indeed, a Jewish religious socialist and a fighter against Nazis, Abba Kovner, hatched in 1945 a plot to poison the water supply system of German cities and to kill `six million Germans'. He obtained poison from the future President of Israel, Efraim Katzir. Katzir supposedly thought Kovner intends to poison `only' a few thousands of German POW's. The plan mercifully flopped when Kovner was stopped by British officials in a European port. This story was published last year in Israel in a biography of Kovner written by Prof Dina Porat, head of Anti-Semitism Research Centre at Tel Aviv university [note 5: Haaretz, 28 April 2001].

In plain English, the Rabbis' fatwa means: our religious duty is to kill all Arabs, including women and babies and their livestock; to the last cat. The liberal Haaretz, whose editor and owner are sufficiently versed to understand the fatwa, did not hesitate to place the ad.

Some Palestinian activists recently criticized me for associating with the marginal Russian weekly Zavtra and for quoting the American weekly Spotlight. I wonder why they have not condemned me for writing in Haaretz? Zavtra and Spotlight have never published a call to genocide, after all.

It would be unfair to single out Haaretz. Another prominent Jewish newspaper, The Washington Post, published an equally passionate call to genocide by Charles Krauthammer [note 6: Washington Post, 20 Apr 2001]. This adept of king Saul cannot rely upon his audience's knowledge of the Bible, so he refers to General Powell's slaughter of routed Iraqi troops at the end of the Gulf war. He quotes Colin Powell saying of the Iraqi army, "First we're going to cut it off, then we're going to kill it." For Krauthammer, with his carefully chosen quotes, multitudes of slain Arabs do not qualify for human pronoun `them'. They are an `it'. In the last stage of the war in the Gulf, immense numbers of retreating and disarmed Iraqis were slaughtered in cold blood by the US Air Force, their bodies buried by bulldozers in the desert sand in huge and nameless mass graves. The numbers of victims of this hecatomb are estimated from one hundred thousand to half a million. God alone knows their names.

Krauthammer wants to repeat this feat in Palestine. `It' is already cut off, divided by the Israeli army into seventy pieces. Now it is ready for the great kill. `Kill it!', he calls with great passion. He must be worried that the Persians will again stop the bloodbath before the Mamilla Pool fills up. His worries are our hopes.





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