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Dany le blême

| Le Monde, 23 février 2001, chronique


ON L'APERÇUT d'abord un bref instant, lorsque TF 1 déclinait les titres du journal de 20 heures, présenté par Jean-Claude Narcy. Il attendait, dans un fauteuil, l'entretien en direct qui devait clôturer le JT, avec l'air de quelqu'un qui s'apprête à rencontrer la fraise du dentiste.

Dany Cohn-Bendit était à Thonon-les-Bains, invité à une réunion électorale des Verts de Haute-Savoie, où le scandale l'a rattrapé. Il faudrait être sourd et aveugle, ou bien ne regarder que « Série club », pour n'avoir pas pris connaissance, par la télé, les radios ou les journaux du procès en pédophilie instruit sur la place publique à l'encontre du député européen, ancienne figure symbolique de mai 1968, batteur d'estrades médiatiques pour la cause écologiste. En une journée, l'affaire a pris de telles proportions qu'elle a relégué aux brèves de fin de journal les œufs lancés sur Lionel Jospin au Salon de l'agriculture et divers autres événements concernant le devenir de la planète. Non, il était urgent que Dany le rouge s'expliquât sur ces quelques lignes écrites il y a un quart de siècle dans un livre oublié de tous, sauf de ceux qui animent, non sans arrière-pensées pas très nettes, les règlements de compte entre générations qui font vendre du papier et grimper l'Audimat.

Toujours est-il que ce soir-là, un 22 février, pas un 22 mars, Dany était là, blême dans son fauteuil, attendant le bourreau Narcy, pour tenter d'arrêter la déferlante d'ordures qui s'est abattue sur lui depuis quarante-huit heures. Jamais, on ne l'avait vu comme cela. C'était du Cohn-Bendit authentique, tel qu'il doit être quand les caméras sont loin, doutant de tout, de lui-même, des idées qu'ils vient brillamment et avec humour de défendre quelques instants plus tôt... « Non, je n'ai jamais été pédophile, oui j'ai un goût immodéré pour la provocation », tel est le message qu'il tente, avec l'énergie de l'animal blessé, de faire passer dans le grand public. L'extrait de l'émission « Apostrophes » de 1982, où on le voit se délecter de choquer Paul Guth, écrivain mièvre et réactionnaire, par des propos énormes sur la sexualité des petites filles de quatre à six ans, n'aide pas à rendre crédible sa défense.

Jean-Claude Narcy, en bon pro, lui pose les bonnes questions lui permettant de développer son argumentation. Jusqu'à la dernière, la question qui tue : « Allez-vous démissionner de votre mandat européen ? » Ainsi, quoi qu'ait pu dire Cohn-Bendit pour sa défense, tout cela n'était que le hors-d'oeuvre à l'ouverture du chapitre suivant, celui qui va mettre désormais en émoi les foules téléspectatrices : après la chasse à courre, l'hallali, et les tripes aux chiens... On a parfois honte d'être devant son poste.

 par Luc Rosenzweig


 

 


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