AAARGH
[Note de
l'AAARGH: Finkelstein a un site web où l'on trouve le dossier
de son livre: http://www.normanfinkelstein.com/index.html]
« CERTAINS OUVRAGES font secouer la tête, celui de Norman Finkelstein est du nombre. Une documentation légère et utilisée élastiquement, une posture de justicier, des accusations répétitives contre les organisations juives de New York qui s'enrichiraient sur le dos des survivants du génocide et contre l'Etat d'Israël qui se ferait un bouclier de ce même génocide pour étouffer toute critique à l'encontre de sa politique : de valeur scientifique il ne peut être question.
» Les antisémites, l'extrême droite et toutes les "braves gens" d'Europe irritées par la réouverture du dossier des réparations, dans les années 1990, pourront faire leur miel d'un texte où resurgit le bon vieux mythe de la conspiration juive mondiale et qui offre un aliment aux non moins vieux clichés du juif manipulateur et cupide. De la critique portant sur la gestion des réparations à la mise en cause de la légitimité de ces réparations, et de la critique visant l'instrumentalisation de la mémoire du génocide à la mise en doute de l'existence de ce génocide, tous les glissements sont possibles à partir d'un livre dont l'auteur ne devrait pas s'étonner qu'il lui échappe.
» Si l'on fait abstraction des usages probables qu'il aura, ce brûlot n'aborde, au fond, que des problèmes banals et qui ne donneront de frissons qu'à des lecteurs convaincus qu'il y a des "tabous" dès lors qu'il s'agit des juifs. Banal le fait qu'une mémoire, par définition sélection et stylisation d'un passé opérées par des groupes et des institutions, est instrumentalisée.
On le voit à foison dans l'histoire des Etats-nations ; pourquoi le génocide ferait-il exception ? Depuis des années, l'utilisation de l'Holocauste fait l'objet de débats animés, en Israël comme ailleurs, et ces débats sont normaux et sains, l'identité collective étant le produit d'une opération plurielle dans les sociétés démocratiques.
» Banal, encore, le fait que des réparations financières, portant sur des sommes considérables, attisent des convoitises et encouragent des demandeurs à s'armer en vue de la négociation d'arguments et de chiffres ajustés aux besoins de leur cause, et parfois, comme dans le cas du Congrès juif mondial, à utiliser tous les moyens de pression à disposition. Dans la gestion et la distribution de telles réparations, des abus et des injustices risquent de se produire - il suffit de se reporter à l'indemnisation des sinistrés de guerre dans la France du Nord après 1918 ou des expulsés allemands de l'Europe de l'Est vers l'Ouest après 1945. Journalistes et chercheurs indépendants ont à cet égard une fonction importante à remplir, à charge pour eux de démontrer la véracité des accusations qu'ils portent.
» Et quand bien même des abus seraient prouvés, cela n'affecterait en rien le point fondamental, par rapport auquel tout le reste doit être proportionné : les comptes nés de la deuxième guerre mondiale n'avaient pas été apurés, il était d'une justice élémentaire qu'ils le fussent. Ce sentiment de justice n'est pas la création des organisations juives de New York, il s'est affirmé dans les sociétés d'Europe occidentale sous l'effet d'une évolution des sensibilités, certes sans que toute la population soit entraînée et non sans que se manifestent des réactions de sens contraire. A beaucoup d'Européens, en tout cas, il n'a pas fallu de longues explications pour qu'ils reconnaissent la légitimité de ce qui était demandé.
» Car la première vague de réparations, celle de l'après-guerre, n'avait débouché que sur un redressement partiel des torts matériels, pour ne parler que de ceux-là, subis par les juifs. L'Allemagne de l'Est et les pays de l'Europe orientale, passés sous la coupe de Moscou, s'étaient soustraits à tout règlement. En Europe occidentale, des banques et des assurances, principalement en Suisse, avaient continué de jouir de l'argent qui leur avait été confié et qu'elles n'avaient pas restitué. En Allemagne, la plupart des entreprises n'avaient pas eu à payer de compensations aux travailleurs forcés, juifs et non juifs, qu'elles avaient employés. Quand la chute de l'empire soviétique mit fin à la guerre froide, le dossier revint au premier plan grâce à la ténacité des organisations juives américaines. Pour les peindre en vampires, il faut une singulière imagination, doublée d'une grande myopie. »
Philippe Burrin a notamment publié Hitler et les juifs (Seuil, 1989) et Fascisme, nazisme, autoritarisme (Seuil, 2000).
Propos recueillis par Jean Birnbaum
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