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mars 1981


Gaby Cohn-Bendit, pourfendeur de mythes


Affaire Faurisson : « Interdire ou refuser un débat sur les chambres à gaz ne sert ni la démocratie, ni la recherche historique, ni la compréhension des sociétés totalitaires »,
nous déclare Jean-Gabriel Cohn-Bendit.


 


A moins d'être un néo-nazi, un salaud ou un fou, à moins d'avoir un goût particulier de la provocation, comment est-il possible de défendre ce professeur lyonnais R. Faurisson, qui déclare : « Jamais Hitler n'a ordonné, ni admis qu'un seul homme soit tué en fonction de sa race ou de sa religion. Jamais il n'y a eu de chambre à gaz dans les camps de concentration. »

Et pourtant, N. Chomsky, un des grands linguistes contemporains, intellectuel libertaire américain, engagé dans la lutte anti-impérialiste vient de préfacer le dernier livre de Faurisson.

Plus près de nous, en France, S. Thion, chercheur au CNRS. auteur d'une étude -- Le pouvoir pâle -- sur l'apartheid en Afrique du sud, actif militant anticolonialiste vient de publier un livre dans lequel il s'engage aux côtés de Faurisson. Enfin J.G. Cohn-Bendit, juif d'origine allemande, militant libertaire bien connu dans la région nantaise pour avoir participé à de nombreuses luttes concernant l'école, l'armée, le monde paysan, l'écologie intervient dans cette affaire de façon incompréhensible voire scandaleuse, pour beaucoup d'entre nous.

Nous lui avons demandé de s'expliquer au moment où plusieurs procès intentés pour falsification de l'histoire par le MRAP, la LlCA, les associations d'anciens déportés, au professeur Faurisson vont s'ouvrir.

 
Comment t'es-tu engagé dans ce débat qui me paraissait clos et dont la réouverture ne semblait pouvoir être que le fait de nostalgiques du nazisme?
Gaby Cohn Bendit: Au départ de l'affaire, ce n'est pas le contenu des déclarations de Faurisson qui m'a motivé. Ces affirmations me semblaient être celles d'un néo-nazi. Ce qui m'a motivé ce sont les réactions à ses lettres parues dans Le Monde : demandes de le "vider" de l'Université, questions au Parlement, manifestations pour l'empêcher de faire cours...
Ces réactions supposaient régler un vieux problème: ce que dit Faurisson est-il tel qu'on ne puisse le laisser parler et qu'il faille le sanctionner juridiquement?
J'ai moi aussi été d'accord avec le fameux "pas de liberté pour les ennemis de la liberté". J'ai manifesté, en 56, lorsque [Jean] Guiton a été nommé à la Sorbonne sous prétexte qu'il avait été pétainiste. J'ai réclamé l'interdiction de meetings fascistes, de journaux racistes, ce qui ne m'empêchait pas au nom des grands principes démocratiques de protester, en même temps, contre l'interdiction de La Cause du peuple ou d'un livre sur la torture de Algérie.
Je me servais des principes démocratiques pour mon droit à l'expression et trouvais toutes les bonnes raisons pour justifier l'interdiction de celui des autres.
On ne peut empêcher Sardou de chanter et défendre Gainsbourg contre les paras. On ne peut comme G. Halimi demander la censure des films sexistes comme elle existe pour les propos racistes.
J'ai donc pris le parti de défendre la liberté d'expression sans conditions ni restrictions quelque soit le contenu des idées émises.

Liberté, liberté chérie
 
Mais dans l'affaire Faurisson ne risques-tu pas de te voir taxer de collusion avec le totalitarisme? Quelle est l'efficacité de ta prise de position?
G.C.B. Il me parait contradictoire et aberrant de vouloir lutter contre le totalitarisme, dont l'un des aspects fondamentaux est l'interdiction de la liberté d'expression, en employant contre lui l'arme même qu'on lui reproche d'utiliser.
D'autre part, on ne peut limiter cette interdiction à certaines idées. A partir de quand dira-t-on qu'une idée n'est plus néo-nazie ou d'extrême droite mais de droite? On peut toujours estimer que le discours de droite, n'étant qu'une couverture du discours d'extrême droite qui lui même n'est que la couverture du discours néo-nazi, doit être interdit aussi.
Si on commence comme cela, on commence à avoir des pratiques totalitaires. Or le combat aujourd'hui pour les libertés n'est pas d'interdire certaines idées mais au contraire d'étendre le champ des libertés que nous avons déjà. Si la démocratie n'est pas la même chose qu'un État totalitaire elle est plus hypocrite dans ses tentatives pour limiter la liberté d'expression. Il est inadmissible qu'un fonctionnaire soit tenu à l'obligation de réserve et pour polémiquer, je dirais que les États totalitaires font obligation de réserve à tous les citoyens. Il est inadmissible qu'on ne puisse pas dire « A bas l'Armée » comme on dit « A bas l'École ».
Alors en quoi, dire : « même un facho -- à supposer que Faurisson en soit un -- a le droit de s'exprimer », constitue-t-il une collusion avec le fascisme ? C'est une question de principe. On peut discuter de son efficacité, des dangers de l'ultra-démocratisme mais quiconque défend ce principe n'a pas à être accusé d'avoir automatiquement des sympathies pour celui qu'il défend.

Donc pour toi les démocrates sont inconséquents quand ils veulent empêcher Faurisson de parler.
G.C.B. Parfaitement, ils sont inconséquents et surtout ils n'y arriveront pas. On pourra l'interdire de parole, lui fermer les journaux, mais on ne pourra pas l'empêcher de faire connaître ses idées ; ou alors il faudrait tout un système de dénonciation, de recherches qui relève déjà du totalitarisme.
D'une façon générale, je ne crois pas que c'est en laissant la liberté d'opinion aux racistes, aux fascistes que l'on favorise leurs idées. Cela ne veut pas dire que l'on ne va pas les combattre y compris physiquement s'il le faut. On ne combat efficacement que ce qui s'exprime librement.
Et pour revenir à Faurisson, il est du devoir de tout militant aujourd'hui de combattre les procès qui lui sont faits quoiqu'on pense de ses déclarations. On a peut-être trop longtemps joué avec le mépris sur les libertés bourgeoises..

Pourtant dans l'affaire des chambres à gaz, ce n'est pas un débat d'idées. C'est la vérité face au mensonge. Il y a une vérité historique ?
G.C.B. C'est un autre problème, celui de la « discutabilité » d'un point d'histoire. Il me fallait savoir si je défendais un salaud que par ailleurs il faudrait combattre. Je me suis vite rendu compte en lisant les historiens « révisionnistes », ceux qui veulent rouvrir la question des chambres à gaz, qu'ils soulevaient des problèmes réels. Je ne comprends pas les trente-quatre historiens, officiels ceux-là, qui ont déclaré, dans Le Monde que « les faits étaient attestés de telle sorte qu'il ne pouvait y avoir débat ».
De quel droit peuvent-ils clore un débat en général et qui plus est ce débat où « l'histoire commémorative », comme dirait Furet, occupe la première place, où les a-priori idéologiques font écran à la compréhension.
Or de quels documents disposons-nous ? Exclusivement et en très petit nombre de témoignages, c'est-à-dire du moins satisfaisant des documents historiques. Témoignages de SS qui ont avoué lors des procès, témoignages de déportés qui disent avoir effectivement vu des gazages. Et il y en a très peu. Ce sont les membres des Sonderkommando qui travaillaient aux fours crématoires. Eux seuls, nous dit-on, ont vu et étaient pour cela exterminés tous les trois mois.
Si on peut douter de l'existence des gazages, c'est qu'elle ne tient que sur ces récits de témoins et que ces récits sont contradictoires en eux-mêmes et entre eux. Il n'y a pas d'autres documents, les chambres à gaz elles-mêmes ayant été détruites, nous dit-on encore, par les Nazis.
 
Le droit de supposer
 
Tu remets donc en cause l'établissement des faits à partir des documents existants ?
G.C.B. Tout historien qui se trouve devant ce type de problème, monstrueux ou pas, et qui n'a que des témoignages se trouve devant une difficulté historiographique. Léon Poliakov, lui-même, historien officiel déclare : « Seule, la campagne d'extermination des juifs reste, en ce qui concerne sa conception, ainsi que sous bien d'autres aspects essentiels, plongée dans le brouillard. Des considérations psychologiques, des récits de troisième ou quatrième main nous permettent d'en reconstituer le développement avec une vraisemblance considérable. Certains détails resteront inconnus à tout jamais. En ce qui concerne la conception proprement dite du plan d'une extension totale, les trois ou quatre acteurs principaux sont morts. Aucun document n'est resté, n'a peut-être jamais existé. »

Mais tu as contre toi des livres accablants de déportés -- F. Müller, W. Kielar -- les aveux de Höss, de Kremer, commandant et médecin d'Auchwitz.
G.C.B. J'ai, sur les cas que tu cites entrepris une longue recherche qui n'est pas terminée. Je prendrais quelques exemples.
Le Journal de Kremer, que personne ne remet en cause, où il décrit l'horreur du camp, où il dit « avoir été présent à des actions spéciales ». Eh bien je dis, et cela doit faire l'objet d'une discussion entre historiens, que les fameuses actions spéciales (sonderaktion) ne peuvent être, comme on l'a toujours dit, des gazages ; Kremer dit mot-à-mot par exemple : « J'ai assisté à des actions spéciales en provenance de Hollande » et on ne peut pas lire : « J'ai assisté à un gazage en provenance de Hollande. » Ce à quoi a assisté Kremer, c'est à l'arrivée d'un convoi en provenance de Hollande. Il y a peut-être eu des gazages après mais le texte ne le dit pas. Tous les déportés ont raconté l'horreur de cette arrivée, les coups, les cris, les familles séparées, les morts qu'on sortait du train ; d'autant qu'à cette époque, il y avait à Auschwitz une épidémie de typhus qui faisait plus de 300 morts par jour.
Pour le journal de Höss, écrit en prison en Pologne, je prétends qu'une partie est écrite en allemand et l'autre en charabia polono-germanique, que l'intention de chacune des parties est différente, qu'entre les deux parties il y a des contradictions énormes et que parce qu'il y a des contradictions et parce que ce texte a été écrit sous le régime judiciaire stalinien, je peux mettre en doute une partie de son authenticité, celle sur laquelle s'appuient les historiens officiels.
Enfin, il y a le fameux Filip Müller qui a travaillé comme déporté au crématoire d'Auschwitz et dont je pense pouvoir dire qu'il n'a pas vu de gazage. Là aussi les contradictions sont énormes. Comment peut-il manger des provisions, abandonnées par des gazés encore chauds, dans la chambre à gaz, alors qu'il dit plus loin qu'on ne pouvait y entrer qu'avec un masque à gaz, longtemps après la ventilation, tant l'endroit était rendu dangereux par l'emploi du Zyklon B? Pourquoi ne nous raconte-t-il jamais sa peur d'être exterminé en tant que membre des Sonderkommando? Comment peut-il être glacé d'effroi à l'idée de dire à son père, qui vient d'arriver au camp, non pas qu'il risque d'être gazé et par lui, mais que lui F. Müller est croque-mort au crématoire et malheureusement pas violoniste dans le camp? Enfin, il raconte deux histoires dont je connais au moins cinq versions: celle de la détenue très belle qui séduit un SS pour le tuer ou celle de déportés qui entrent dans la chambre à gaz et qui demandent aux Sonderkommandos de ne pas se sacrifier avec eux pour témoigner. C'est le type même d'histoires mythiques qu'on raconte sous différentes formes.
Alors, je ne dis pas que je suis arrivé à des certitudes indiscutables mais si j'émets des doutes sur ce qu'on fait dire au texte de Kremer, si je dis que le texte de Höss peut être en partie fabriqué, si j'ai l'impression que F. Müller parfois invente, j'ai le droit de supposer que des gazages, il n'y en a peut-être pas eu.

Tu parles toujours de Auschwitz, mais il y avait d'autres camps?
G.C.B. C'est un aspect du problème sur lequel on est resté discret. Après la guerre, des SS, des témoins ont déclaré qu'il y avait des chambres à gaz dans tous les camps: Dachau, Ravensbrück, etc. En 1960, un historien allemand anti-nazi qui a publié le journal de Höss a dit que, dans les camps situés en Allemagne, aucune chambre à gaz n'avait fonctionné.
En France, une historienne pas au tout révisionniste, spécialiste de l'univers concentrationnaire nazi, O. Wormser, nie l'existence d'une chambre à gaz à Ravensbrück. Elle est d'ailleurs contestée par G. Tillon. O. Wormser prétend que certains témoignages relèvent plus de la psychanalyse que du trucage. Elle est persuadée, en revanche, qu'il y a eu des gazages à Auschwitz. Il est donc à peu près admis maintenant que le débat ne peut porter que sur les chambres à gaz situées en Pologne. Ceci dit personne ne revient plus sur le fait qu'à Nuremberg des SS ont avoué, des déportés ont témoigné sur les chambres à gaz en Allemagne. Alors pourquoi n'ai-je pas le droit de dire, à titre d'hypothèse, que les témoignages de Höss ou des déportés ne sont pas plus crédibles a priori quand ils s'agit d'Auschwitz que quand il s'agit des camps allemands?

génocide -- extermination

Tu penses donc que des phénomènes de rumeur se sont développés parmi les déportés et que la multiplication de ces rumeurs a fini par leur donner un caractère de véracité?
G.C.B. Il y a eu des rumeurs, justifiées par ce qu'était la réalité des camps. Elles n'ont pas été fabriquées après la guerre par la propagande sioniste ou autre. Qu'alors les services secrets américains et surtout russes aient fabriqué des preuves, cela est vraisemblable.
Les historiens officiels comme Poliakov, et je tiens à le dire, n'ont pas fait des faux. Ils ont utilisé en toute bonne foi des documents.

Mais tu ne nies pas les millions de morts? Le génocide a eu lieu?
G.C.B. Je ne peux en donner un ordre de grandeur. Aucun travail sérieux n'a été fait sur ce sujet. Mais il y a bien eu génocide; il est le résultat du système concentrationnaire lui-même, de la sous-alimentation, des épidémies, du travail forcé, de la vie dans les camps. Il faut se tourner vers les génocides des Tartares des Indiens, des Arméniens, des Boers pour comprendre. C'est à mon sens ne pas comprendre le phénomène concentrationnaire que de ne pas voir qu'il permet de faire mourir des gens sans avoir à les condamner, ni à les exécuter.
Pour mol, Hitler a donc bien ordonné et admis que des juifs meurent parce qu'ils étaient juifs, sans en donner l'ordre formel. C'est en cela, d'abord, que je suis en désaccord avec Faurisson. D'autre part il est historiquement faux de prétendre, comme il le fait, s'appuyant sur une déclaration de Weizmann dont il fait, à tort le président du congrès juif mondial en 1939, qu'il y avait un état de guerre entre les juifs et Hitler. Leur déportation n'est pas le résultat de ce conflit. "La nuit de cristal" n'est pas la réponse nazie à l'attentat de Gryuspann contre un diplomate allemand. Les juifs étaient déportés parce qu'ils étaient juifs et uniquement pour cela. Ainsi les historiens révisionnistes, même s'ils sont honnêtes, du fait de leur incompréhension de l'antisémitisme sous Hitler, en viennent à le blanchir. En cela ils sont mes adversaires politiques et à combattre politiquement.

Mais alors puisque le génocide a existé, quelle importance a cette question des chambres à gaz? Elle paraît secondaire!
G.C.B. Ce n'est pas à moi qu'il faut poser la question mais à ceux qui attaquent Faurisson. Pour moi elle est secondaire. C'est n'est pas sur cette affaire qu'on peut accuser Faurisson de blanchir le nazisme, mais sur son interprétation du conflit entre Hitler et les juifs.
Je prétends que ceux avec qui je partage mon analyse du régime nazi se trompent sur les faits. .
Interdire ou refuser un débat sur les chambres à gaz ne sert ni la Démocratie, ni la recherche historique, ni la compréhension des sociétés totalitaires. Le verdict des juges ne le remplacera pas!

je plaide non coupable

Est-il utile de détruire un mythe? N'est-ce pas offrir aux racistes des arguments d'autant plus forts qu'ils viennent d'un membre de l'extrême gauche, qui plus est juif?
G.C.B. C'est l'argument des staliniens à propos de l'URSS: "il ne faut pas désespérer Billancourt!"
S'il s'agit d'un mythe, quelque soit son origine, il faut le combattre parce que le fascisme est un système de mythes qui mobilise les gens sur des mythes. On ne peut lui répondre par des contre-mythes, ni l'analyser à partir d'une mythologie. Il faut en comprendre les racines réelles. Si on attend, en France, comme clignotants, l'installation de chambres à gaz, ou le retour au grand jour de l'antisémitisme on risque de crever sous un régime totalitaire sans le voir. C'est cette référence mythique au nazisme qui nous mobilise encore, ce qui fait qu'on se démobilise sur le reste. Le danger ne viendra pas des "nazillons" mais des grosses têtes de la campagne présidentielle, de la loi "Sécurité et Liberté", des propos de Marchais!
Et puis il faut se demander pourquoi, pour certains, mettre en doute les gazages c'est remettre en cause fondamentalement la critique du nazisme? Comme s'il fallait créer une césure entre le nazisme et les Démocraties; ce qui était assez clair malgré les génocides qu'elles ont commis; mais surtout entre le nazisme et le stalinisme. L'Union Soviétique rentrant après la guerre dans la grande famille démocratique, il fallait qu'il y ait une différence de nature absolue entre le totalitarisme stalinien et le totalitarisme nazi. Un camp stalinien n'avait rien à voir avec un camp d'extermination nazi même si on y mourrait aussi!
Le régime nazi, dont le symbole sont les chambres à gaz, est perçu comme le mal absolu, il sort de l'histoire. Rien n'a jamais rien à voir avec lui, ni les discours nationaux-socialistes de Marchais ou même de Chevènement, ni les Algériens dans les camps. Remettre le régime nazi dans l'histoire, ce n'est pas le blanchir, c'est se donner les moyens de comprendre, dans nos Démocraties, les phénomènes qui, s'ils se développent, peuvent déboucher sur un état totalitaire.

Ne portes-tu pas atteinte à Israël, au sionisme et à la limite ne risques-tu pas, toi aussi, d'alimenter l'antisémitisme ?
G.C.B. Je trouve insupportable, qu'au nom du génocide, les enfants de déportés juifs ou ceux qui auraient pu l'être, comme moi, s'arrogent le droit d'interdire à qui que ce soit la possibilité de dire ce qu'il pense. L'immense majorité des non-juifs aujourd'hui n'est pas responsable de ce qui s'est passé. Tout ce qui touche la judaïté fonctionne aujourd'hui devant le nazisme aussi comme un mythe et ce n'est pas comme cela qu'on pourra prévenir un retour de l'antisémitisme.
Quant au sionisme, s'il est maintenant majoritaire dans la communauté juive, il ne l'a pas toujours été. Il y a eu d'autres aspirations, les socialistes du Bund par exemple. On peut être antisioniste sans être antisémite. Israël vit encore sur le mythe fondateur du génocide. Tout pays qui est en conflit avec Israël veut donc recommencer Auschwitz. Les morts sont utilisés constamment comme contre-argument à toute critique de la politique d'Etat d'Israël. Alors je touche peut-être au mythe fondateur mais Israël est un état comme d'autres et doit donc être envisagé comme tel.

N'as-tu pas peur de te tromper ?
G.C.B. Oui je peux me tromper sur les faits, sur l'interprétation historique, sur mon ultra-démocratisme. J'accepte qu'on discute mon attitude. Mais, même si je me trompe, ma démarche n'a rien de scandaleux ni au nom des principes, ni au nom de la recherche historique.

Propos recueillis par J.B. Clément

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Le canard de nantes à brest

Guingamp, 20-26 mars 1981, No 90.


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