Voyez notre revue trimestrielle sur le Net
qui lutte contre les mensonges et les distortions que nous imposent les fanatiques arméniens. Cinq numéros disponibles. Le numéro 6 en préparation...
[En construction:]
Le mot magique : génocide
Historiens arméniens plus ou moins modérés
Les réponses turques
Un historien turc modéré: Taner
L'Affaire Bernard Lewis, ou les liberticides
McCarthy: la démographie
La concurrence entre juifs et arméniens
Le terrorisme arménien
Les rapports avec le nazisme
Révisionnisme arménien
Le tribunal militaire turc
Le fanatique complet: Yves Ternon
Avant d'aborder les questions qui fâchent, qu'il nous soit permis de dire ici l'estime et l'amitié que nous ressentons pour le peuple arménien en général et pour de nombreux Arméniens ou descendants d'Arméniens en particulier. C'est avec leur aide que ce dossier a été constitué. Pour avoir toujours eu des copains arméniens, pour avoir arpenté les rues d'Istamboul et de Téhéran, mais aussi celles de Van et d'Erzurum, pour avoir passé des journées fiévreuses à discuter à Bourg-el Hammoud, à Beyrouth, avant la guerre, pour avoir bivouaqué au pied du Mont Ararat, pour avoir fait le pèlerinage du couvent mékhitariste à San Lazzaro, dans la Lagune, pour avoir fréquenté autant de tachnaks que de communistes arméniens (mais pas en même temps!), on croit s'être fait quelque opinion sur ce qu'ont vécu nos amis arméniens, et surtout leurs parents et leurs grands-parents. Des souvenirs, nous en avons entendu.
Nous sommes ici des révisionnistes, certes, mais soyons
clairs: il n'est pas question, disons-le d'emblée, de "nier"
ou d'ignorer les terribles malheurs et les affreuses persécutions
qui se sont abattues, au cours du siècle passé,
sur les Arméniens vivant dans l'Empire ottoman, devenu
vers 1922 la Turquie. Pour qui a fréquenté depuis
des dizaines d'année la librairie Samuélian, rue
Monsieur-le-Prince, à Paris, temple des orientalistes,
cénacle des comploteurs tachnaks du temps du vieux Monsieur
Samuélian, énorme, l'oeil glauque, qui connaissait
tous ses livres sans bouger, les innombrables témoignages,
les études de sources diverses attestent de l'existence
des massacres, survenus avec les déportations. Ce n'est
donc pas la réalité historique, avec ce qu'elle
charrie de douleurs et de sang, qui est en question, mais seulement
l'usage politique qui en est fait aujourd'hui par une diaspora
en cours d'assimilation et par un État arménien
issu des décombres de l'URSS qui a montré toutes
les tares qui s'attachent habituellement à la politique
post-soviétique. L'hyper-nationalisme arménien a
peu de succès à faire valoir.
La focalisation sur les événements de 1915 a
comme inconvénient de singulariser et d'isoler ce qui s'est
passé à ce moment-là en oubliant le contexte
d'un monde politique disparu, l'Empire ottoman, qui a régné
cinq siècles sur le Moyen Orient et une bonne moitié
de la Méditerranée. La déportation et la
répression étaient des moyens de gouvernement habituels
quand se produisaient des troubles. Au moment où le Sultan
disposait de ses terribles janissaires, le roi de France, Louis
XIV, envoyait ses régiments hessois massacrer les villageois,
normands, bretons ou autres, qui refusaient de payer l'impôt,
parce qu'ils ne le pouvaient pas. On brûlait tout et on
tuait tout. On génocidait facilement tout ce qui levait
la tête. C'étaient les méthodes de gouvernements
qui ne disposaient pas encore d'une administration présente
partout. L'Empire ottoman était resté un État
d'ancien régime, même sans la présence des
janissaires, abolis juste au moment où les Occidentaux
s'employaient à créer et attiser le nationalisme
chez les Grecs, les Balkaniques et, justement, les Arméniens,
toutes populations demeurées fortement chrétiennes
sous le joug ottoman. La fameuse "Question d'Orient",
le célèbre "Homme malade", ces formules
résument un kriegspiel, qui, l'actualité
nous le montre tous les jours, est loin d'être terminé
entre les populations du Moyen-Orient, aspirant à se gouverner
elles-mêmes, à vivre un destin qu'elles se sont choisi,
et les forces impériales de l'Europe et de l'Amérique,
bien décidées à asservir ces peuples, à
les remodeler sur ses propres patrons politiques, et à
en exploiter férocement toutes les ressources, en premier
lieu le pétrole. Dans cette histoire extrêmement
complexe les Arméniens ont joué, à partir
du milieu du XIXe siècle, la carte de l'Europe,
de l'agresseur étranger, et de la dissolution de l'État
qui jusque là les protégeait.
Le conflit vient de là, et les crises ont commencé
à devenir violentes dans les années 1880. Des violences
ont dégénéré en massacres à
grande échelle. Les Armémiens, qui y ont pris leur
part, en ont été massivement les victimes. C'est
l'enchaînement de ces tragédies qui a culminé
en 1915 dans la décision, prise par le gouvernement "jeune-turc"
de vider les régions frontalières de la Russie,
en pleine guerre, des populations arméniennes, déportées,
dans des conditions atroces, vers la Mésopotamie.
Nous avons eu l'occasion de le dire à propos du traitement des juifs par les nazis: le crime premier, essentiel, celui dont les autres découlent, c'est la déportation. Que ce soit dans des wagons à bestiaux, comme la pratiquaient les nazis, ou à pied, en lamentables convois, environnés de pillards et de brigands, comme l'ont fait les fonctionnaires ottomans, ou en charrettes, dans la neige, comme l'ont imposé les Soviétiques aux Allemands des territoires de l'Est, sur une échelle encore beaucoup plus grande, toutes ces déportations de masse ont fait, du simple fait de leur mise en branle, des millions de morts, sans compter les massacres, opérés de toutes les manières. Parlerons-nous ici des grandes déportations de masse de la période stalinienne ? Évoquerons-nous les déportations extrêmement meurtrières imposées par le gouvernement des États-Unis aux tribus et groupes indiens dont il avait, la veille, reconnu les territoires par des traités en bonne et due forme que l'on peut retrouver aux archives, recouvert de la poussière du temps ? (Helen Jackson, Un siècle de déshonneur). Plus que les massacres, plus que les camps, la déportation a tué des millions de gens, à la seconde où elle a commencé.
Il est rare qu'un mot s'installe dans la langue courante à
partir de sa création dans l'empyrée des instances
internationales. On vient de le voir, ces derniers mois, avec
l'apparition d'une expression figée -- ce que les linguistes
appellent un "syntagme lié": les "armes
de destruction massive", importée du jargon pentagonesque.
Ce qui est nouveau, ce sont les mots et l'usage des mots, et non
pas, évidemment, les choses, aussi vieilles que l'invention
de la massue, première merveille de la technologie néolithique
et première "arme de destruction massive", destinée
à produire une abondante descendance.
Vers 1948, à la suite de la signature d'une convention
des Nations Unies, le mot «génocide», inventé
par un juriste juif polonais, animé d'un certain fanatisme,
a pris pied sur le continent des mots. L'idée de Lemkine
était évidemment, comme la future loi Gayssot, de
parler des juifs sans les nommer. Il est en effet difficile, et
même peut-être risqué, de créer des
lois pour protéger ou favoriser tel ou tel groupe, qu'il
soit religieux, ethnique, ou autre. Un juriste préfèrera
trouver une phraséologie qui aura l'effet recherché,
favoriser tel ou tel groupe, mais en utilisant un vocabulaire
universaliste. Cet hybride linguistique (gréco-latin, presque
aussi monstrueux que "autobus") est resté dans
les limbes pendant une trentaine d'années. Personne ne
voulait utiliser un concept aussi flou, aussi mal défini,
jusqu'à ce que, pour ses besoins propres de propagande,
les sionistes s'en emparent, pour rajouter du poids sur la barque,
parce que "Holocauste" est un mot savant dont presque
personne ne connaît le sens exact; quant à "shoah",
c'est du jargon hébraïque, donc incompréhensible
pour les gens normaux.
Mais de par sa nature juridique, le terme de "génocide"
a semblé donner un statut, dans les arènes internationales,
à des événements qui pouvaient, dès
lors qu'ils étaient revêtus du manteau du "génocide",
appeler à des compensations, territoriales ou politiques,
et à des exemptions et des privilèges, politiques
ou militaires. On l'avait bien vu avec le cas d'Israël où
le "génocide" (le mot est né en même
temps que l'entité politique) avait, presque immédiatement,
signifié le droit de s'emparer des terres en Palestine
et de jeter les indigènes, devenus des intrus, à
la porte de chez eux. C'est là le rêve de beaucoup
de nationalismes: s'emparer de certains territoires et pratiquer
ce qu'un terme nouveau, lui aussi, issu de l'agonie yougoslave,
appelle le "nettoyage ethnique". Les nationalismes,
issus de l'idéologie du dix-neuvième siècle,
sont presque toujours empreints d'une notion de "race",
d'"ethnie" qui, s'appuyant sur quelques particularismes
linguistiques ou culturels, définit un "groupe"
en opposition à ses "voisins" qu'il entend immédiatement
déposséder et massacrer pour bien montrer son "identité".
Tout cela serait intellectuellement dérisoire et même
souvent grotesque si, à la fin du parcours, on n'arrivait
à des massacres à grande échelle. Sans parler
de la Yougoslavie, présente à tous les esprits,
ou du Rwanda, on pourrait mentionner le furieux désir des
Turcs de massacrer les Kurdes, celui des Soudanais du nord, musulmans
et pseudo-arabes, de massacrer les gens du sud, des Géorgiens
de massacrer les Abkhazes, des Arméniens de massacrer les
Azéris turcophones, des Pakistanais et des Indiens à
massacrer les Kashmiri et de se massacrer réciproquement,
des Chinois de massacrer les Tibétains. L'Afrique du Sud
est passée bien près de ces explosions, le Mexique
aussi, et la Côte d'Ivoire est au bord du gouffre. Le Rwanda
et le Burundi sont dans ce cauchemar depuis plus de trente ans.
Ne parlons pas des peuples indigènes écrasés
par le talon de fer de l'État moderne, réduits à
végéter comme objets touristiques aux États-Unis,
au Canada, en Australie, en Nouvelle-Zélande, dans les
archipels du Pacifique, au Japon, en Chine, en Thailande, au Viêt-Nam,
au Brésil et dans toute l'Amérique latine.
Il est donc facile, surtout pour les intellectuels douillettement installés dans les métropoles occidentales, de parler de "génocide" pour en faire la base de revendications, politico-territoriales, qui n'ont comme moyen inavoué de se réaliser que la guerre et le massacre. La revendication du "génocide" comme passé fondateur permet tous les irrédentismes et toutes les vengeances. Le cas des Arméniens est particulièrement parlant. Sans entrer ici (voir notre dossier) dans la question de la légitimité de la revendication du terme de "génocide" appliqué aux événements de 1915, on notera qu'à la première occasion, c'est-à-dire après la dissolution de l'URSS, l'Arménie indépendante, travaillée par la revendication du génocide, s'est jetée sur le Haut-Karabakh, en une guerre qui l'épuise, l'isole et l'empêche de construire quoi que ce soit. Un vrai désastre annoncé. La bêtise sans fond du nationalisme agressif.
Il y a beaucoup de clients et ils se font concurrence. C'est pourquoi ce dossier s'appelle, avec une ironie amère, "Mon génocide est plus gros que le tien". Les révisionnistes ont toutes les raisons de constater qu'il y a là une foule de mythes historiques et politiques qui ont besoin, pour s'affirmer, de larmes et de sang. En tant que déconstructeurs de mythes, ils sont près à ouvrir des pistes, à mettre à plat des dossiers, avec ceux qui voudront bien s'y intéresser pour empêcher les futurs massacres, fondés sur des concepts à bon marché qui ne reflètent que des nationalismes, meurtriers par nature et par goût de la tripe au soleil. Il n'y a qu'une humanité, une seule, et nous sommes de ceux qui pensent qu'il ne faut pas la détruire. Il n'y en a pas de rechange.
Pourquoi nous mêler de cette histoire ? Pour pouvoir
donner un avis à peu près fondé, il faudrait
lire plusieurs bibliothèques, maîtriser une dizaine
de langues, dont l'osmanli, l'arménien, le russe, bref
s'être donné une véritable formation d'historien-chercheur
spécialisé. Certes, nous avons, dans notre équipe,
certaines de ces compétences et nous connaissons le dossier.
On comprendra qu'il n'entre pas dans nos intentions d'écrire
l'histoire de la chute de l'Empire ottoman ou celle de l'émergence
des "questions nationales" dans les Balkans et dans
les anciens empires, autrichien, russe et ottoman, bien que ces
questions soient passionnantes. Mais la raison principale de notre
intervention est, une fois de plus, dirait-on, la tentative par
certains groupes - des lobbies identitaires - de faire la loi
et de nous obliger à penser ou à ne pas penser ce
qu'ils ont choisi pour nous, dans leur propre intérêt
politique. Il est insupportable que des fragments de l'hypothétique
communauté juive nous fassent la loi sur ce qui s'est passé
sous l'hégémonie nazie et tout aussi insupportable
que les représentants auto-désignés de la
cause arménienne imposent, par des man
Nous réclamons l'abolition de la loi Gayssot qui est une grave atteinte à nos droits les plus élémentaires et nous ne laisserons pas les Arméniens, en dehors de la sympathie que nous éprouvons pour ce peuple, son histoire, sa culture et son apport à la civilisation universelle, devenir des censeurs, des embastilleurs et des emmerdeurs qu'il serait nécessaire de combattre et de rejeter dans leur ombre victimaire et lacrymale. Des événements atroces se sont déroulés au début du vingtième siècle, c'est certain, ce n'est pas une raison, cent après, pour jouer aux shériffs de la pensée, comme cet ignoble Ternon, une véritable graine de dictateur. Les morts ont enseveli les morts et qu'on ne vienne pas nous raconter qu'il est "impossible de faire son deuil" tant que les autorités turques ne seront pas amenées à résipiscence. Ils oublient d'ailleurs que le gouvernement de Constantinople, juste après la chute des Jeunes-Turcs, a, en 1919, reconnu, dénoncé et mis en jugement les responsables des horreurs de la déportation et du massacre des Arméniens, malgré le chaos politique qui a fini par engloutir tout le monde. Voir notre dossier (en construction).
Jusqu'à récemment, les révisionnistes
n'avaient pas de raison particulière de s'intéresser
aux événements de 1915. Certains historiens parlaient
à ce propos de "génocide", d'autres écartaient
le terme avec prudence. Chacun avançait ses arguments,
qualifiés par les uns de "pro-turcs", par les
autres de "pro-arméniens". Mais tous étaient
libres d'exprimer une opinion historique sur des événements
passés. La communauté arménienne de France
était certes très active dans la mobilisation politique
pour obtenir une reconnaissance par l'État français
de ce qu'elle considère comme "le premier génocide
du siècle", mais cela n'empêchait personne d'avancer
des arguments contradictoires à la thèse arménienne.
Il en va ainsi depuis les lendemains des massacres de 1915.
Depuis lors, la diaspora arménienne a régulièrement
cherché à faire condamner l'État turc dans
son ensemble, confondant parfois l'établissement des faits
historiques avec l'esprit de vengeance. Encore faut-il souligner
que la revendication active de la reconnaissance du "génocide"
ne semble prendre véritablement corps qu'au milieu des
années soixante, lors de la commémoration du cinquantenaire
des événements. Celle-ci est alors le fait de jeunes
Arméniens qui vivent par procuration le drame de la génération
précédente et qui n'hésitent pas à
relier reconnaissance du statut juridique de "génocide"
et revendications territoriales. Ce sera d'ailleurs une constante
du mouvement revendicatif, dont le public français a pu
percevoir certains échos paroxystiques: on se souvient
qu'au milieu des années quatre-vingt éclate une
vague de terrorisme arménien menée par deux organisations,
le CJGA et l'ASALA[1],
constituées d'une "mince frange violente d'une génération
d'Arméniens qui a vécu à travers ses aînés
le traumatisme du génocide"[2], laquelle allie précisément
nationalisme farouche et revendication du label juridique "génocide".
On sait également comment des idéologues fanatiques,
lancés dans une guerre insensée contre les Azeris,
au début des années quatre-vingt-dix, ont instrumenté
le label "génocide" au sein de la diaspora pour
financer leur entreprise sanglante.
De son côté, l'État turc, évidemment
sensible et réactif aux finalités nationalistes
des revendications arméniennes autour de la reconnaissance
d'un génocide, n'a cessé de mettre en oeuvre toutes
sortes de pressions diplomatiques et politiques pour contrer la
thèse arménienne, sur le terrain du droit international
comme de l'écriture de l'histoire. Si l'on doit évidemment
reconnaître à cette entité le droit d'avancer
sa propre vision du passé dont elle est issue, on ne peut
que regretter qu'elle en vienne à sortir du terrain de
la polémique historienne pour se lancer dans des man[3], qui ne
satisfont pas la recherche de la vérité. Encore,
là aussi, faut-il rappeler que l'entité en question
ne fait que répondre à des tentatives similaires,
du côté de la diaspora arménienne, pour faire
dériver la polémique historienne sur le terrain
du droit international et condamner en bloc une nation.
Un tournant s'amorce entre novembre et janvier 1994, lorsque
l'historien Bernard Lewis, juif anglais sioniste, spécialiste
de l'Islam et de l'Empire ottoman, publie dans Le Monde
deux articles, dans lesquels il explique aux lecteurs les raisons
historiques pour lesquelles il ne croit pas à la thèse
arménienne du génocide. Perdant l'occasion de répondre
à des arguments historiques par des arguments historiques,
la communauté arménienne de France choisit, à
travers ses institutions "représentatives", d'assigner
l'historien en procès. Au terme de ce dernier, dont le
verdict est prononcé le 21 juin 1995, Lewis est condamné
"au motif qu'il avance son affirmation sur l'absence de «preuve
sérieuse» du génocide arménien «en
occultant des éléments contraires à la thèse»".
Il persiste cependant, en affirmant sereinement que "la question
à débattre est celle de savoir s'il y a eu ou non
une décision prise par le gouvernement turc pour exterminer
les Arméniens ainsi que des ordres dans ce sens. Cette
question est toujours discutée entre les historiens spécialistes
du sujet".
Dans le même temps se mettent en place les prémisses
de l'affaire Veinstein, à l'occasion de la publication,
en avril 1995, par le magazine L'Histoire, d'un dossier
consacré aux massacres de 1915. Gilles Veinstein, juif
français, spécialiste de l'Empire ottoman, y fait
paraître, en réaction à la condamnation qu'il
trouve inique de Bernard Lewis, un article expliquant certaines
des raisons historiques que l'on peut opposer au qualificatif
de "génocide" appliqué au cas arménien.
Un certain Claude Mutafian, mathématicien de profession, et occasionnellement historien du royaume arménien de Cilicie, le prend alors en grippe, et tente de publier un dossier réunissant le soutien de plusieurs historiens à la thèse arménienne, que L'Histoire refuse. Par la suite, il se met en tête de perturber le séminaire du chercheur à l'EHESS, en distribuant des tracts et en apostrophant l'intéressé. Aussi, lorsqu'il apprend, en 1997, la création d'une nouvelle chaire d'études turques et ottomanes au Collège de France, part-il sans état d'âme en croisade contre l'élection de Gilles Veinstein, lequel est pressenti pour le poste. Il fait ainsi remettre un dossier aux autorités du Collège de France, contenant en guise d'acte accusatoire l'article paru dans L'Histoire. Consultation est prise auprès d'historiens compétents et reconnus, Louis Bazin et Robert Mandran, deux spécialistes du monde turc, et Maxime Rodinson, spécialiste du monde musulman. Les trois expriment alors leur consternation devant les accusations de "négationnisme" proférées par Mutafian à l'encontre de leur collègue. La chose prend une tournure de douce ironie si l'on sait que Claude Mutafian, antinégationniste enragé, et Serge Thion, chercheur révoqué politique pour cause de révisionnisme, étaient d'excellents camarades de classe sur les bancs du lycée.
Toujours aussi peu convaincu par des avis qu'il croit partiaux
parce qu'émanant d'historiens reconnus internationalement
qui sont aussi des amis ou des anciens maîtres de Veinstein,
Mutafian part en quête d'autres expertises, pour alimenter
son dossier à charge. Comme aucun des historiens de la
région et de la période - quand ils ne sont pas
arméniens - ne croit à la thèse du génocide,
il part en terrain conquis chercher des appuis chez les spécialistes
ès génocides et les juristes. Quand on connaît
le rapport onirique qu'entretiennent ces gens avec l'histoire,
c'est évidemment très inquiétant pour le
cas Mutafian. Israel Charny, Roger Smith et Robert Melson pour
les "experts des études sur le crime de génocide"
et Alain Jakubowicz, le Pandore du guignol lyonnais, le juriste,
avocat au procès de Papon, essayent donc de confondre "objectivement"
Veinstein, c'est-à-dire sans reconnaître les contextes
historiques. Ils savent utiliser la massue médiatique --
essentielle de nos jours -- qui consiste à placer le mot
"génocide" à toutes les entournures de
phrases.
Muni d'une lettre d'introduction du chirurgien Yves Ternon
(celui qui voit des révisionnistes même là
où Vidal-Traquet n'en voit pas), spécialisé
dans la lutte pour la reconnaissance du statut de révisionniste
aux gens qui ne croient pas à la thèse arménienne
des événements de 1915, le dossier d'expertises
ainsi réunies atterrit sur le bureau des membres du Collège
de France. L'élection était prévue pour le
29 novembre 1998. Un consortium des associations arméniennes
-- le Comité du 24 avril -- eut tout le temps nécessaire,
à partir d'octobre, pour médiatiser l'affaire et
accentuer sa pression politique sur le Collège de France.
Veinstein fut contraint de publier trois jours avant l'élection,
dans un périodique de la communauté arménienne
de France, une explication plus consensuelle de sa position. Il
y redisait cependant mutatis mutandis ce qu'il avait écrit
en 1995, à savoir que la réalité des massacres
est incontestable mais que l'on ne possède pas, à
l'heure actuelle, de preuve positive de la planification par le
gouvernement Jeune-Turc d'une extermination des Arméniens
de l'Empire, et qu'en toute logique le terme de "génocide"
pose donc problème.
Ayant échoué à bloquer l'élection
du 29 novembre, une campagne de presse était censée
en empêcher la ratification par les autorités de
tutelle du Collège de France. Mais là, surprise
pour les partisans de la cause arménienne: ils se voient
opposer une levée de bouclier universitaire pour défendre
le droit à la recherche historique. Seconde surprise, pour
les révisionnistes cette fois: ce gros faux jeton de Pierre
Vidal-Tourniquet, ethniciste jusqu'au bout des ongles (ce qui
est bon pour les juifs ne l'est pas pour les Arméniens)
fait partie de ceux qui défendent Veinstein et la libre
recherche historique. C'est à n'y plus rien comprendre:
il nous serine depuis plus de vingt ans qu'on n'a pas le droit
de réviser le passé de la déportation des
juifs parce que ce passé est considéré comme
sacré par les juifs. Puis, subitement, il refuse d'aider
les Arméniens qui ne demandent pas autre chose que ce qu'il
souhaite lui-même pour les juifs: qu'on leur reconnaisse
le droit d'imposer au reste du monde leur vision de l'histoire.
A l'heure où les censeurs arménophiles cherchent à étendre l'application de la gayssotine aux événements de 1915, il convient de s'arrêter un instant sur cette sombre période historique. Trois problèmes se posent à propos de la Question arménienne, qui sont d'ordre historique, juridique et politique.
Les contextes :
L'évocation du contexte historique qui précède
les massacres de 1915 est l'occasion pour les tenants des deux
thèses d'orienter le lecteur vers des interprétations
globalement contradictoires de ces événements: pour
les uns, l'existence de massacres antérieurs à 1915,
notamment en 1894-1896, mais aussi en 1909, s'inscrit dans une
volonté turque de rayer de la carte le peuple arménien,
volonté dont l'épisode 1915 serait l'ultime réalisation.
Pour les autres, le contexte de déclin puis la menace de
démantèlement de l'Empire ottoman, "l'homme
malade de l'Europe", expliquerait l'angoisse montante des
dirigeants Jeunes-Turcs, en particulier devant les agitations
arméniennes. La décision de déporter les
Arméniens apparaît ainsi rationalisée par
le contexte de guerre, la peur de voir se retourner contre le
gouvernement Jeune-Turc une cinquième colonne en puissance
et la volonté de l'empêcher de pactiser avec l'ennemi,
en particulier du côté du front russe.
Il faut aussi replacer la question arménienne dans le
contexte de la pression de l'Europe cherchant à démembrer
l'Empire, la montée des nationalismes, grec, serbe, albanais,
arabe, arménien, kurde, toujours plus ou moins manipulés
par les puissances européennes et l'empire russe, sans
oublier la montée d'un nationalisme proprement turc, qui
perce en 1909 avec la déposition du sultan et l'arrivée
au pouvoir des Jeunes-Turcs, très proches, alors, des nationalistes
arméniens du parti Dachnaksoutioun, et celle, concomitante,
et en réaction, d'un mouvement musulman qui se pose aussi
en candidat pour la réorganisation de l'Empire. Dans ce
que beaucoup d'observateurs de l'époque ont tendance à
décrire sous le nom de "chaos", le nationalisme
turc, issu d'une petite bourgeoisie très faible, se donne
comme but et comme mythe fondateur l'existence d'une "nation
turque" dans les limites naturelles de l'Anatolie, où
existent effectivement une paysannerie turcophone et une masse
énorme de minorités variées, au premier lesquelles
se trouvent les Kurdes, plusieurs millions, les Grecs, plusieurs
millions, les Arméniens, un million peut-être, les
Tcherkesses, les Lazes, les Turcomans, les Assyriens, etc. Obscurément,
confusément, les divers gouvernements qui se succèdent,
d'abord à Constantinople, puis à Ankara, chercheront
à créer cette Turquie imaginaire, par le fer et
par le feu, déportant les Arméniens, chassant les
millions de Grecs (jusqu'à la prise de Smyrne en 1922),
imposant une chape de plomb sur les montagnards kurdes, interdits
de langue, de culture et d'identité politique, rebaptisés
"Turcs des montagnes" tout en ignorant les autres minorités
abandonnées là par les reflux de la grandeur ottomane,
elle-même désormais oubliée, rayée
des mémoires et interdite de séjour.
Il faut dire aussi que les Puissances occidentales avaient imposé un règlement à Versailles, dit traité de Sèvres, qui découpait en Anatolie des États nouveaux, Arménie, Kurdistan, à mettre sous mandat, peut-être américain, ou allemand, et des zones d'influence quasi coloniales aux profits de la Grèce, de la France, de la Russie et d'autres. Il a fallu une guerre de libération pour abolir ce charcutage et la nouvelle Turquie, dirigée d'une main de fer par Atatürk, censée se contenter des steppes qui entourent Ankara, a refusé tout statut aux minorités qui servaient de points d'appui à l'étranger pour saucissonner le pays. C'est ce prix terrible qu'ont payé les habitants de la Turquie pour passer du rang de sujets du sultan et calife de l'islam à celui de citoyens de la république laïque forgée à coups de marteau par l'impitoyable et rayonnant Mustafa Kemal, dit Atatürk, "le père des Turcs". Voir d'autres éléments dans "Réponses turques".
La question arménienne prend effectivement naissance
avec les difficultés que connaît l'Empire ottoman
dès le début du XIXe siècle. Celui-ci
est aux prises avec les puissances occidentales sur le plan externe,
et doit faire face, sur le plan interne, à l'émergence
des nationalismes qui chahutent la vieille conception impériale
de coexistence des peuples, sous la férule de la Sublime
Porte. L'empire est donc confronté, pour survivre, à
deux logiques contradictoires: d'une part il doit moderniser son
appareil d'État sur le modèle occidental de l'État-nation,
pour survivre dans un monde régi par les puissances coloniales,
d'autre part il doit accommoder les divers sentiments nationaux
montants des peuples qui le composent pour éviter l'implosion.
C'est dans ce contexte qu'intervient la Tanzimat ou "réorganisation"
moderniste (1839-1876), instaurant l'égalité juridique
entre musulmans et non musulmans, une période faste pour
les Arméniens qui parviennent ainsi à des postes
élevés dans le gouvernement, les finances et les
affaires étrangères. Le contre-coup logique de ces
réformes intervient sous le règne du sultan Abdul
Hamid II (1876-1909) qui prône à l'inverse un anti-occidentalisme
et un pan-islamisme convaincus. Le ressentiment à l'encontre
de la nouvelle élite arménienne parfois fraîchement
convertie à l'islam, est alors d'autant plus fort que celle-ci
symbolise, à travers sa réussite économique,
la pénétration agressive de la modernité
occidentale, alors même que les puissances coloniales s'attachent
de plus belle à démanteler l'Empire. (Rappelons
que depuis les années 1830, l'Empire a perdu la Grèce,
l'Algérie, l'Egypte, la Serbie, la Bulgarie, sans compter
les pressions autrichiennes sur les Balkans, l'installation des
Russes dans le Caucase, les intrigues anglaises dans la Péninsule
arabique, les petits jeux français au Liban, etc.)
Face à cette réaction qui leur est hostile, certains
Arméniens choisissent d'oeuvrer contre l'Empire en jouant
la carte révolutionnaire de l'émancipation territoriale,
espérant susciter l'intervention directe des puissances
européennes, notamment en fomentant des attentats terroristes
afin de provoquer la répression impériale. La rébellion
de la décennie 1887-1897 se solde par une sévère
répression, accompagnée de massacres perpétrés
par des irréguliers musulmans, qui se vengent au passage
des exactions arméniennes. Le coup d'État des Jeunes-Turcs
de 1908 renverse pour un temps la donne, et voit les Arméniens
coopérer avec ces réformateurs qui sont eux aussi
hostiles à la formule impériale jugée archaïque.
Mais l'entente est de courte durée, devant le réveil
concomitant des nationalismes au sein de l'Empire.
Le tournant se situe à l'issue de la guerre des Balkans,
en 1913, lorsque le Comité Union et Progrès, qui
tente de diriger le pays, coupé de sa base, décide
d'opérer un tournant politique à 180°. Désormais,
les Jeunes-Turcs jouent la carte des revendications musulmanes
et fustigent par nécessité populiste les non-musulmans.
Une nouvelle politique d'économie nationale est mise en
place, le Milli Iktisat, qui entend remplacer les minorités
marchandes branchées sur des réseaux transnationaux
par une bourgeoisie turque nationale. Le boycott des magasins
grecs (1912-1913) est bientôt étendu aux Arméniens
et autres peuples non musulmans de l'Empire, et sera suivi, aux
lendemains des massacres de 1915, par la spoliation des biens
arméniens. Dès lors, les responsables politiques
arméniens optent eux aussi pour un retour en arrière,
en faisant de nouveau appel à l'Occident pour résoudre
la question arménienne, qui ouvre l'éventualité
d'une renaissance d'un État arménien.
Les relations entre Jeunes-Turcs et Arméniens atteignent
une crise sans précédent en 1913-1914, lorsque les
responsables politiques arméniens tentent de négocier
l'autonomie des provinces arméniennes, soutenus en cela
par les grandes puissances. L'internationalisation de la question
arménienne, c'est-à-dire son instrumentalisation
par les puissances européennes pour achever de détruire
l'Empire, est à l'origine d'une tension sans précédant.
On sait ainsi que "quelques semaines seulement avant l'arrestation
des dirigeants politiques arméniens (24 avril 1915), Enver
Pacha pria le patriarche arménien d'user de son influence
auprès des dirigeants nationalistes afin que ceux-ci montrent
davantage de modération envers le gouvernement en un moment
aussi critique, avec la débâcle sur le front de l'Est
et les navires de l'Entente approchant les détroits"[4]. Sans succès.
La déportation des Arméniens d'Anatolie décidée par le Comité Union et Progrès est alors une mesure d'urgence, prise dans un état de panique: les Russes avancent à l'Est, menaçant de retourner les populations arméniennes contre le CUP; les flottes britanniques et françaises menacent la capitale; enfin, élément déclencheur, les Arméniens de Van se soulèvent. Les tensions accumulées dans le cadre des relations arméno-turques se déchaînent alors, ce qui explique que la déportation se soit déroulée dans des conditions épouvantables: pillages, assassinats par les agents de l'Organisation Spéciale ou par des bandes de déserteurs, famine, maladies, etc. Le nombre de victimes apparaît difficile à évaluer dès lors que les partisans des deux thèses proposent des estimations qui varient du simple au double, sur la base de statistiques contradictoires.
Les chiffres :
"Sur le nombre total de victimes, les données précises
font défaut"[5], "les estimations sur le nombre de morts
arméniens sont très variables". Tels sont les
commentaires prudents qui accompagnent les reconstructions statistiques
relatives aux pertes arméniennes de 1915. Néanmoins,
si les deux parties, turques et arméniennes, proposent
des chiffres contradictoires en valeur absolue, elles semblent
s'accorder implicitement sur la proportion de victimes relative
à la population de départ: les pertes seraient de
l'ordre de la moitié de la population arménienne
résidant dans l'Empire ottoman avant les massacres.
La thèse arménienne propose le chiffre de 1 million
à 1,3 million de victimes contre 600.000 à 700.000
rescapés, sur une population de départ d'environ
2 millions de personnes. Parmi les victimes, 700 à 800.000
auraient été massacrés, et 300 à 500.000
seraient mortes en déportation[6]. On voit par la simple absence
de correspondance entre les hypothèses basses et les hypothèses
hautes de ces estimations qu'elles posent problème. La
thèse turque propose quant à elle un bilan de 300
à 600.000 morts sur une population de départ de
1,3 million de personnes.
La différence d'estimation provient essentiellement
de l'utilisation des recensements ottomans relatifs à la
population anatolienne, qui donnent des chiffres plus modestes
que ceux du patriarcat arménien. Mais il y a lieu de penser
que le patriarcat n'avait jamais pratiqué de recensement
et qu'il n'en avait jamais eu ni l'idée ni les moyens.
Voir la discussion de Justin McCarthy, détesté des
Arméniens, qui pense que ces statistiques sont du pur et
simple pipeau.
L'évaluation chiffrée des pertes arméniennes est également mise en relation, pour les tenants de la thèse turque, avec celle des pertes musulmanes (2 millions), cherchant ainsi à rappeler le contexte général de guerre dans lequel se trouvait l'Empire. Le rappel de la comptabilité des rescapés arméniens est également l'occasion de souligner l'invalidité de la thèse arménienne de l'existence d'un plan d'extermination.
Enfin, on ne trouve nulle part la prise en compte, dans les évolutions démographiques, des conversions à l'islam, volontaires mais aussi forcées au moment des troubles, qui se chiffrent sans doute pas centaines de milliers.
Un rapport anglais dit King-Crane Commission Report, du 28 août 1919 dit ceci:
III-REPORT UPON NON-ARABIC SPEAKING PORTIONS OF FORMER OTTOMAN EMPIRE ESTIMATES OF THE POPULATION OF AN ARMENIAN STATE
The appended tables are the result of an effort to compare the population of Armenian areas to two plans. That which includes a "Larger Turkish Armenia" was worked out by the American Division of Western Asia at the Peace Conference, and can be examined more fully in the records of the Conference. It represents probably subject to minor alterations, the best possible arrangement on the basis of giving an outlet on both the Black and Mediterranean Seas; the frontiers follow natural features, and the connection with Cilicia is made as narrow as practicable. The "Smaller Turkish Armenia" suggested in the text cuts off for Armenia in Turkey substantially that portion of the Armenian plateau which was held by Russia in her period of advance during the great war. The phrase "Differential Area" was chosen to represent what is left after subtracting "Smaller Turkish Armenia" from "Larger Turkish Armenia," and extends from Mersina to Kharput and north to the Black Sea.
A. Before 1914. This table is estimated from the statistics prepared by Drs. Magie and Westermann. Percentages are attached. The Moslems are not separated into groups, they include about 400,000 Lazes on the Black Sea coast between Trebizond and Batum; about one half are Turks: most of the remainder are Kurds, some of whom are Shiite or Kizilbash, and the remainder Sunnite. Dr. Magie's figures may under-estimate the Armenians in some areas. Certainty will never be attained as to the numbers of the different elements in Turkey until a scientific ethnological survey has been made under disinterested control.
Larger Turkish Armenia. 933,000 soit 65 % de la population.
Remarque: il est assez difficile de soustraire 1,3 million
de 933.000.
< http://www.hri.org/docs/king-crane/asiaminor-pop.html
> (site grec)
La préméditation
L'accusation de génocide provient précisément
de l'imputation d'une volonté planifiée d'exterminer
le peuple arménien par le gouvernement Jeune-Turc. Elle
fut longtemps, pour les tenants de la thèse arménienne,
fondée sur les documents Andonian dont on sait aujourd'hui
qu'ils sont des faux. Si certains, comme Yves Ternon, persistent
à penser que "l'authenticité des témoignages
assemblés par Aram Andonian n'est pas discutable"[7], tous s'accordent,
historiens turcs et arméniens, sur le fait qu'ils sont
irrecevables en tant que preuve d'une intention criminelle, puisque
les originaux ayant disparu, il ne nous reste aujourd'hui qu'une
édition tronquée, incohérente et fautive
de surcroît. Exit donc, en toute logique, la thèse
construite sur les documents Andonian.
Les matériaux restants susceptibles de nourrir la thèse
de la planification d'un anéantissement des Arméniens
par les Jeunes-Turcs sont bien maigres: essentiellement des témoignages
de diplomates en poste, de rescapés, des correspondances
diplomatiques, ainsi qu'une partie des archives de l'Empire ottoman,
interprétés de telle sorte qu'ils viennent étayer
une thèse préconstruite. A partir des mêmes
sources, des esprits non partisans peuvent se rendre compte qu'une
fois replacés dans le contexte de la débâcle
ottomane, aucune preuve sérieuse de préméditation
criminelle à l'échelle de l'État Jeune-Turc
n'émerge des documents. Reste à attendre que la
totalité des archives ottomanes soit accessible aux chercheurs
des deux camps, ce qui, en l'état actuel des relations
arméno-turques, ne semble pas prêt d'arriver, en
ce qui concerne du moins les partisans de la thèse arménienne.
La seule certitude qu'on peut avoir à ce sujet est la nécessité de préserver la recherche historique des foudres de la censure, et de permettre à toutes les thèses de s'exprimer. S'il est donc nécessaire que les autorités turques ouvrent effectivement - c'est-à-dire sans restriction - leurs archives, il n'est pas moins nécessaire, au préalable, que les partisans de la thèse arménienne cessent leur cabale liberticide, orchestrée en particulier à partir de la France.
Le problème juridique
Si le problème historique de la responsabilité de l'État turc se pose, et mérite d'être infirmé ou confirmé, en revanche, du point de vue du droit, les revendications de la diaspora arménienne sont sans fondement. A moins de vouloir tordre le cou au principe fondateur de toute juridiction qui se respecte, à savoir le caractère par essence non rétroactif d'une loi, il est rigoureusement impossible de faire condamner une personne morale pour un crime dont, à l'époque où il fut commis, la définition dans le Code pénal n'existait pas. (La Convention sur le génocide a été signée en 1948, et ratifiée beaucoup plus tard.)
Le problème politique
Le développement d'un mouvement revendicatif arménien
relatif à la reconnaissance d'un génocide est étroitement
lié à des préoccupations politiques, qui
ne s'affichent pas comme telles. Sans occulter la réelle
souffrance morale qui affecte une grande partie des générations
anciennes de la diaspora, celle qui a pu échapper aux massacres
de 1915, il n'en faut pas moins prendre en compte le moteur avant
tout politique qui anime les revendications diverses de réparations.
On peut les mettre à jour en retraçant brièvement
l'histoire du mouvement revendicatif arménien.
Celui-ci prend corps au milieu des années soixante,
lors du cinquantième anniversaire des événements
"avec parallèlement l'attention de plus en plus vive
portée par la presse et les milieux officiels à
l'holocauste, que les Arméniens commencèrent à
trouver des moyens d'extérioriser leurs préoccupations
et d'élargir le souvenir du génocide pour y faire
participer quelques personnalités du monde intellectuel
et politique".
L'Aghed ou «catastrophe», concept tardivement calqué sur celui de «shoah», prend alors une dimension centrale dans la vie des Arméniens en diaspora, unique lien qui les rattache à la terre patrie. Elle devient en quelques sortes le mythe fondateur d'une diaspora puissante (toutes proportions gardées, on est très loin de la force de frappe des diasporas juives), un consensus général que tout le monde peu invoquer pour justifier telle ou telle entreprise politique ou culturelle. La grande affaire, ici, c'est le nationalisme exacerbé, une idéologie dommageable pour les Arméniens qui se sont lancés dans un conflit inutile avec les Azeris, un conflit où la thématique de la revanche sur le génocide a joué un rôle premier.
Quel parallèle entre «Shoah» et «Metz Aghed» ?
Les tenants de la thèse arménienne sont les premiers
à revendiquer le parallèle entre la Shoah et la
Metz Aghed ou grande catastrophe de 1915. Du point de vue révisionniste,
il existe effectivement un certain nombre de correspondances.
En premier lieu, les Arméniens de France cherchent comme
les juifs de France, à faire restreindre la liberté
d'expression des tenants d'une thèse historique qui ne
leur plaît pas. Ils agissent de manière similaire,
c'est-à-dire comme un groupe de pression politique, même
s'il n'y a pas de commune mesure entre leurs puissances respectives.
Ensuite, et là encore, toutes proportions gardées,
le mythe historique que se fabriquent ces communautés a
pour fonction d'alimenter une action politique, le soutien à
Israël pour les juifs, la cohésion de la diaspora
et le soutien au conflit du Haut Karabagh - et d'une manière
générale à une Arménie considérée
comme assiégée - pour les Arméniens.
Le parallèle ne va pas plus loin: dans le cas arménien,
le problème historique central posé concerne des
modalités de détail (le degré d'implication
des autorités Jeune-Turc) puisque personne ne conteste
l'existence de massacres. Alors que pour le cas juif, c'est le
coeur même de la thèse communautariste qui est visé
par les révisionnistes. Comme le rappelait le professeur
Faurisson, il n'y a pas 36 solutions: soit il y a eu des gazages
homicides de masse dans les cinq camps de concentration concernés,
soit il n'y en a pas eu.
Au total, la comparaison entre ces deux problèmes historiques
est fructueuse en ce qu'elle permet de mettre à nu la formidable
logique de tabou qui tient lieu et place d'arguments aux anti-révisionnistes
adulateurs de la Shoah: le cas arménien n'est en effet
frappé d'aucun tabou particulier, et la plupart des universitaires
ont montré qu'ils concevaient sans problème qu'on
puisse discuter des modalités historiques de la Question
arménienne.
Histoire de cette histoire
Les militants arméniens et leurs alliés vont
partout criant qu'il y a un complot, que personne ne "reconnaît"
l'existence d'un "génocide" des Arméniens
en 1915, etc. Rien n'est plus faux. Les Arméniens se livrent
à un baratin éhonté. Ces atrocités,
celles qui ont précédé et accompagné
les déportations d'Anatolie orientale sont documentées
pratiquement depuis le début, et en tout cas dans les mois
et les années qui ont suivi une énorme masse de
documents et de témoignages a été publiée
dans la presse internationale qui était, à l'époque,
rappelons-le, en pleine guerre, sous la censure militaire. On
ne parle pas ici des archives, par exemple des 50.000 pages consultables
dans les archives américaines. Il s'agit bien de textes
imprimés, publiés, qu'on trouve dans les bibliothèques:
Le rapport de J. Lepsius, publié en allemand en 1916 (Bericht
über die Lage des Armenischen Volkes in der Türkei)
et en français en 1919; Barby, L'Arménie martyre,
Paris, 1917; Le livre bleu du gouvernement britannique,
rédigé sous la responsabilité d'Arnold Toynbee
(devenu suspect et effacé de l'histoire culturelle parce
qu'il s'est révélé un virulent antisioniste),
paru en 1916, et en français, de larges extraits aussi
en 1916; Morgenthau, Mémoires, traduit en français
dès 1919; le procès de Talaat Pasha, sténographie
publiée à Berlin en 1921 (en France en 1981); le
procès des Unionistes-&-Progressistes, à Constantinople,
vers 1919-1920, dont Ternon dit: "Une partie des informations
sur les procès est directement accessible en français,
en particulier le journal La Renaissance, quotidien édité
en langue française par un Arménien, D. Agopian."
Il semble ignorer le dossier qui se trouve à la Library
of Congress.
L'emploi du terme génocide remonte au moins aux années
60, avant la grande sacralisation du terme, témoin l'ouvrage
(en russe) de M. G. Nersissian, paru à Erivan en 1966,
Genotsid armian v osmanskoi imperii. Dès 1975, le
journaliste Jean-Marie Carzou, d'origine arménienne, publie
chez Flammarion un livre intitulé Arménie 1915:
un génocide exemplaire, dans lequel tout ce qui s'écrit
depuis se trouve déjà, mais sans les palinodies
grotesques sur le prétendu "négationnisme"
qui n'est jamais qu'une invention destinée à faire
les carrières médiatiques de ceux qui le dénoncent.
On peut dire que tous les éléments essentiels ont été publiés dans les cinq à six ans qui suivirent les événements. Les quatre-vingts ans qui ont suivi ont surtout vu le ressassement, l'apparition de nouvelles générations d'Arméniens diasporiques qui, confits dans le respect de ceux qui avaient survécu à cette tragédie, et saisis par le prurit de l'action, se sont inventé une cause, pourtant absolument stérile, qui consiste à extraire, par la force, de l'État turc une vérité historique conforme aux récits tragiques et canoniques des grands-parents, alors que les États ne produisent que des vérités politiques, conformes aux nécessités du moment, remplaçables à volonté, qui ont l'avantage de s'appuyer sur une partie, toujours interprétable, des archives, et sur la demande de l'opinion publique, toujours manipulable. Voyez comment se sont succédées depuis 1944 les images de Vichy et de la collaboration. On a de quoi écrire des livres. La vérité des historiens est elle-même changeante, mais sur un rythme plus lent, celui des générations qui se succèdent dans les hautes chaires de l'université. C'est bien dans le rôle d'aiguillon que se reconnaissent les révisionnistes.
Kâmuran Gürün, Le Dossier arménien,
Société turque d'histoire, Paris, Triangle, 1983.
(Triangle était une sous-marque des Editions Trismégiste.)
Disponible sur le Web
<www.tetedeturc.com>
C'est la version policée, soigneusement rabotée,
du ministère des affaires étrangères turc.
Elle est loin de résoudre tous les problèmes. Nous
en reproduisons le passage sur les événements de
1915.
Tribunal permanent des peuples (probablement son dernier sursaut),
Le Crime de silence - Le génocide des Arméniens,
Paris, Flammarion, Champs, 1984.
Ce recueil souffre de deux tares: l'introduction d'un incompétent
boursouflé, qui court les préfaces comme d'autres
courent la gueuse, Sa Suffisance Vidal-Parquet. Ses propos de
l'époque, vus aujourd'hui, ne sont pas très arméniquement
corrects: pas d'holocauste, les documents centraux de l'accusation,
les télégrammes attribués à Talaat;
"il y a lieu, pour ne pas dire plus, d'être fort réservé".
On sent l'hypocrite. Et puis son petit morceau d'anthologie qu'on
ne résiste pas à citer ici:
"Imaginons alors ce que peuvent ressentir les minorités
arméniennes. Imaginons Faurisson ministre, Fautisson président
de la République, Faurisson général, Faurison
ambassadeur, Faurison président de la Commission historique
turque, membre du Sénat de l'université" d'Istanbul,
Faurisson membre influent des Nations-Unies, Faurisson répondant
dans la presse chaque fois qu'il est question du génocide
des Juifs". Ici une petite note de bas de page: "Il
existe, parmi les associés de Faurisson, du moins un négationniste
- par amour de l'islam - du génocide des Arméniens,
Vincent Monteil; voir son livre, Les Musulmans d'Union soviétique,
2e éd., Seuil, Paris, 1981, et sa contribution
au recueil Intolérable intolérance, éd.
de la Différence, Paris, 1981. [Ce
livre est disponible ici]. Vidal-Laquais ne peut évidemment
se résoudre à dire que Vincent Monteil était
un admirable connaisseur du Proche-Orient, où il a longtemps
vécu, dont il connaissait les grandes langues et dont il
était un expert. Nous n'avons que la "1er
éd." du livre sur les musulmans soviétiques,
parue dans les années 60, mais dans Intolérable
intolérance, il n'y a pas un mot sur l'Arménie.
Encore une lubie de Vidal-Claqué, encore une faute de lecture,
encore un coup de griffe motivé par un pur désir
de nuire.
L'autre tare qui plombe ce livre, c'est le discours d'ouverture de François Rigaux. Non pas tellement par ce que dit Rigaux, mais par ce qu'il est: un crétin politique absolu. Ce malheureux professeur de droit belge faisait partie du Tribunal des peuples; soit. Mais il a aussi dirigé une délégation qui a été reçue en visite officielle au "Kampuchea démocratique, par le sieur Pol Pot en 1978. Rigaux fut l'un des rares non-maoïstes à pénétrer dans la Cambodge des Khmers rouges. Il a fait une visite, classique en ces circonstances. Et ensuite, il a rédigé un rapport. Après sa visite. Un rapport ou il décrit un pays idyllique où tout se passe très bien. Tous les autres voyageurs non-maoïstes se sont posé des questions devant le système khmer rouge qu'ils étaient bien forcés de voir à l'oeuvre en faisant le tour du pays. Tous sauf Rigaux. Ce n'est pas Rigaux mais nigaud qu'il doit s'appeler. Dans un siècle normal, quand on a fait preuve de crétinisme avancé à ce point là, on disparaît dans son trou et on cesse de faire le paon dans les réunions internationales. Mais les Arméniens ont dû se farcir ce pauvre idiot. Leurs péchés étaient-ils si grands ?
[1] Respectivement <Commando de Justiciers du Génocide Arménien> et <Armée Secrète pour la Libération de l'Arménie>.
[2] Attarian,
Varoujan, Le Génocide des Arméniens devant l'ONU,
Editions Complexe, Interventions, 1997, 141 p.
[3] Allant
par exemple jusqu'à l'incarcération d'historiens
turcs soutenant la thèse arménienne.
[4] Kikret Adanir, "Le génocide arménien ? Une réévaluation", in L'actualité du Génocide des Arméniens, Comité de Défense de la Cause arménienne, EDIPOL, 1999.
[5] Attarian,
Varoujan, op. cit.
[6] Attarian, Varoujan, op. cit.
[7] Ternon, Yves, "La qualité de la preuve. A propos des documents Andonian et de la petite phrase d'Hitler", in L'actualité du Génocide des arméniens, op. cit.
Nous annonçons la sortie de notre revue trimestrielle sur le Net
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ARTICLE 19
<Tout individu a droit à la liberté d'opinion
et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être
inquiété pour ses opinions et celui de chercher,
de recevoir et de répandre, sans considération de
frontière, les informations et les idées par quelque
moyen d'expression que ce soit>
Déclaration internationale des droits de l'homme,
adoptée par l'Assemblée générale de
l'ONU à Paris, le 10 décembre 1948.