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LE TEMPS IRREPARABLE

1er mai 1997

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Communiqué

JEAN GENET ET LE GENOCIDE

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On sait assez que Jean Genet était impossible à récupérer. A Poirot-Delpech, qui s'y risquait, Genet dit : "Je crois que je mourrai encore avec de la colère contre vous. -- Et de la haine ? -- Non, j'espère que non, VOUS NE LE MERITEZ PAS".

On s'est risqué chez Gallimard à publier les articles et les interventions politiques de Genet. Le diamant noir de ces textes est évidemment le compte-rendu qu'il fit de "Quatre heures à Chatila", juste après les massacres commis par les séides de l'armée israélienne. Mais il faut fouiller les notes pour trouver, à la page 408 de L'Ennemi déclaré, publié en 1991, pour trouver le texte de la note 30 qui signale un passage censuré par la Revue d'Etudes Palestiniennes, qui publia "Quatre heures à Chatila" (n° 6, hiver 1983).

Ce texte porte sur le peuple juif. Or la politique permanente des Palestiniens de Paris a toujours été de lécher les bottes de tout ce qui pouvait passer pour représentant des juifs dans l'intelligentsia parisienne, dans l'espoir de se faire reconnaître par ces mêmes juifs, pourtant cotisant tous plus ou moins à la défense d'Israël, et accessoirement par les fabricants de l'opinion française, comme de bons garçons à qui il fallait faire une petite place en Palestine, par exemple quelques cahutes reconnue, loin des routes, et des emplois de petits cireurs. On a vu défiler ainsi toute une théorie de sémillants et plastronnants "représentants" de la modération et du "bon Palestinien", qui n'a-pas-le-couteau entre les dents et qui ressemble au juif comme un frère jumeau. Ce sont ces petites fiotes qui ont supprimés quelques lignes du texte magistral de Genet sur Chatila. Ces lignes en disent long et on comprend la suée qu'ont dû prendre les larbins qui publient la Revue d'Etudes Palestiniennes. Les mots en italque et entre crochets ont été conservés dans la version publiée :

"Le peuple juif, bien loin d'être le plus malheureux de la terre, - les Indiens des Andes vont plus au fond dans la misère et l'abandon - comme il a fait croire au génocide alors qu'en Amérique, des Juifs, riches ou pauvres, étaient en réserve de sperme pour la procréation, pour la continuité du peuple " élu ", enfin <grâce à une métamorphose savante mais prévisible, le voilà tel qu'il se préparait depuis longtemps : un pouvoir temporel exécrable, colonisateur comme on ne l'ose plus guère, devenu l'Instance Définitive qu'il doit à sa longue malédiction autant qu'à son élection.>

Dans ce pouvoir exécrable il s'enfonce tellement loin qu'on peut se demander, une fois de plus dans son histoire, s'il ne veut pas, méritant l'unanime condamnation, retrouver son destin de peuple errant, humilié, au pouvoir souterrain. Il s'est, cette fois, trop exposé dans la lumière terrible des massacres qu'il a cessé de subir mais qu'il inflige, et il veut retrouver l'ombre d'autrefois pour redevenir, supposant l'avoir été, le "sel de la terre".

Mais alors quelle démarche !

L'Union soviétique, les pays arabes, aussi veules soient-ils, en refusant d'intervenir dans cette guerre, auraient donc permis à Israël d'apparaître enfin aux yeux du monde et en plein soleil, comme un dément parmi les nations?".

Quelques lignes d'exégèse d'un texte froidement supprimé, ne sont peut-être pas inutiles. Le peuple juif a fait croire au génocide. Genet, qui dans maints passage de ses articles évoque les massacres et les souffrances imposées aux juifs par les nazis ne méconnaît nullement l'histoire. Ici, même, il parle des massacres "qu'il a cessé de subir". Il ne nie pas les faits, il refuse de les symboliser pour en tirer des effets politiques. Il se range résolument dans le camp des révisionnistes qui refusent le pathos évoqué par des termes aussi hautement marqués par le symbolisme religieux que "Holocauste", "Shoah" (qui a déplacé le vieux et démodé "Chourban") etc. Pas de génocide donc, puisque la partie la plus nombreuse du peuple juif n'était pas en zone de guerre. Pas de sacralisation rétrospective par le seul usage des mots. Refuser certains mot est simplement le signe que la réalité est pensable sans le recours à ces mots qui abrutissent et suspendent le jugement par le recours au sacré, à des transcendances sauvages et impartageables.

Ensuite, une "savante métamorphose", due à des intellectuels dont Herzl est le prototype, a transformé le peuple juif en "pouvoir temporel (et) exécrable". Ce n'est pas seulement Israël, c'est dans le monde politique en général que ce pouvoir temporel, émanation des milliers d'organisations sionistes répandues un peu partout, s'est mué en "Instance Définitive". Cette formule est assez mystérieuse. Genet n'est pas un maniaque des majuscules. Il semble désigner la façon dont ce pouvoir juif (temporel, exécrable) se situe au dessus des autres, comme ultime référence, comme ultime centre de décision, à la place du dieu, en somme, place désignée par le mot "définitif". On connaît les formules de l'antisémitisme traditionnel, les "juifs rois du monde" etc., qui firent florès au siècle dernier. Ces formules étant ostracisées par le tabou qui frappe l'antisémitisme, il ne reste plus de mots pour désigner ce que tout un chacun peut constater chaque jour, dans le monde médiatique et politique, c'est-à-dire l'existence d'un "pouvoir" juif, qu'il n'est nul besoin de croire omniprésent ou omnipotent. Faible ou fort, efficace ou non, selon les moments et les circonstances, néanmoins il existe. Les revues juives sont les seules à ne pas s'empêcher d'en parler. On peut ne pas être paranoïaque. Mitterrand disait à la cantonade : "Ils m'emmerdent" et personne n'osait lui demander de préciser qui étaient ces "ils", à la tête desquels se rangeaient Wiesel et Klarsfeld. Il s'en est bien vengé, à la fin. Genet, lui, sous le poids du même tabou, parle d'Instance Définitive. On aura compris. Genet ne devait sa carrière à personne puisqu'il ne faisait pas de carrière. Il était donc un homme libre et même, un "ennemi déclaré" de la boursouflure bourgeoise, qui ne méritait même pas qu'on la haïsse.

Genet pose ensuite, avec une rare prémonition, la question du destin d'Israël. Est-ce que cet État, universellement condamnable, ne sera pas détruit, en fin de compte, par les juifs eux-mêmes, par leur obscure besoin de redevenir le peuple errant ? Peuple "au pouvoir souterrain", bie plus sûr, en fait, que le pouvoir visible, exposé aux aléas du temps et des ressources. Cette longue pratique s'accompagnait de la prétention à "être" ou "avoir été" le "sel de la terre", ce que Genet ne semble pas croire un instant. Cette exaltation grotesque a pourtant encore cours tous les jours sur toutes les ondes.

Genet, qui ne se cache nullement la veulerie des régime arabes,elle aussi bien visible encore tous les jours, conclut à la démence d'Israël parmi les nations. Et encore, il ne savait pas tout. Il ne connaissait pas les programmes d'armement nucléaire et le chantage qu'il occasionne. Il ne connaissait pas Vanunu. Il ne connaissait pas toute le duplicité des prétendues "négociations de paix" et la tentative de recruter les Palestiniens comme flics supplétifs et tortionnaires au service d'Israël. Il ne connaissait pas l'importation forcée de faux juifs africains (dit Falashas) ni de faux juifs russes (mafieux et violonistes) pour gonfler une démographie minée par les départs.

Mais Genet connaissait le Moyen-Orient depuis sa jeunesse et il a vu clair. Comme Céline qui avait compris que les "chambres à gaz" relevaient de la "magie", l'autre grand écrivain de notre temps s'est rangé du côté révisionnistes. Comme beaucoup de gens qui se taisent, de la manière dont on se taisait sous l'Occupation. Le dossier est là. Aujourd'hui, seuls les imbéciles ne sont pas révisionnistes.


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