AAARGH

| Accueil général | Accueil Rassinier |

***************

Le Nouvel Observateur, 11-18 février 1999, pp. 96 et 97

***************

Stalinien, déporté, négationniste

***************

 



Interné à Buchenwald, Paul Rassinier nia pourtant l'existence des chambres à gaz. A travers son cas, Nadine Fresco remonte aux sources de l'antisémitisme de gauche.
Il n'y pas d'« histoire locale ». A travers un village, un territoire, un personnage d'intérêt apparemment mineur, peut se dzssiner d'abord, s'éclairer ensuite, une tragédie historique à l'échelle de l'univers. Ainsi Nadine Fresco a t-elle choisi de reconstituer dans sa terrible éloquence la vie de Paul Rassinier, né en 1906, précurseur et référence majeure de ce « né gationnism » qui, de Faurisson en sectateurs du lepénisme, prétend nier l'extermination planifiée du peuple juif désormais connue sous le vocable de Shoah.


Rassinier  ? Pourquoi arracher à l'oubli, ou plutôt à l'obscurité d'où il tenta si passionnément de sortir, ce fils de paysans catholiques du Territoire de Belfort, lui-même instituteur, militant communiste à l'époque du stalinisme primaire, rallié par dépit au socialisme de la tendance la plus aveuglément pacifiste, celle que son leader Paul Faure conduisit en 1940 à l'adhésion au système de Vichy, passé à une résistance apparemment ambiguë mais assez active pour lui valoir d'être arrêté par les nazis  ? Déporté aux camps de concentration de Buchenwald et de Dora, il en revint en 1945 gravement malade. Il devait mourir en 1967, à 61 ans.


Cet itinéraire de militant de gauche, puis de déporté, fondera et contribuera à accréditer la première mise en cause radicale, par Rassinier, du génocide planifié tel que le décrivaient à un monde épouvanté David Rousset, Robert Antelme, Eugen Kogon, Primo Lzvi ou Germaine Tillon - négation formulée sur la base de l'argument impressionnant du « j'y étais, je n'ai pas vu cela... ».


Le crédit que lui ouvrent ses souffrances, sa qualité de témoin et son passé de gauche fit de Paul Rassinier et de ses livres « Passage de la ligne  », le Mensonge d`Ulysse, le Véritable Procès d'Eichmann, Le Drame des juifs européens et Les Responsables de la Seconde Guerre mondiale, une source incomparable pour tous les négationnistes présents et à venir.

Cet itinéraire paradoxal a mythifié le personnage, si rébarbatif et médiocre qu'il fût, de Paul Rassinier. Les uns y ont vu un « mystère », d'autres une aventure du langage ou des chiffres, vécue par un homme répugnant à certaines formulations telles que « chambres à gaz » (il n'y en avait pas à Buchenwald) ou « holocauste ».L'entreprise de Nadine Fresco tend précisément à démontredr qu'au contraire il n'y a nul mystère, mais une terrible logique dans le parcours de Rassinier, de la gauche à l'antisémitisme militant, et que cet antisémitisme préexistaà la tragédie de 1940-1945. En un sens, « Fabrication d'un antisémite » est une histoire politique de la France (de gauche, surtout) de la première partie du XXe siècle, dont l'antisémitisme est une irréduc tible composante (Maurras ne voy ait-il pas dans le régime de Vichy la revanche de l'affaire Dreyfus ?).

La médiocrité même de Rassinier rend la démonstration de Fresco d'autant plus éclatante. Elle fait de ce personnage, plus significatif qu'un caractériel à la Céline, une pièce usinée dans un double atelier, le communiste et le socialiste...


Que l'antisémitisme soit «  le socialisme des imbéciles  » et des sectaires, on le vérifie à la lecture de maints textes recueillis « à gauche » par Nadine Fresco. On y découvre ou.verifie qu'une certaine présentation de la lutte des classes n'est qu'une culture de la haine qui débouche naturellement sur l'antisémitisme. Non sur celui de Maurras, dénonciateur de l'invasion « orientale » porteuse d'un désordre ennemi de l'«  hellénisme » , mais sur celui d'un Toussenel, qui ne sait pas même distinguer le capital du cosmopolitisme et le juif du banquier.. En ce sens, la lecture systématique de L'Humanité du temps d'Albert Treint, de Marcel Gitton ou du jeune Doriot vouait à l'antisémitisme populiste un esprit aussi faible et hargneux que celui de Rassinier.

Passé dans le camp socialiste, le même personnage devait y découvrir deux types de ressentiments à composants antisémites  : d'abord la jalousie, suscitée par Léon Blum et son entourage chez nombre de hiérarques du parti (jalousie plus intellectuelle qu'ethnique  ? Peut-être . Mais c'est au sein de ce parti que naîtra, autour de Marcel Déat, la fraction la plus idéologique du fascisme français). Ensuite la méfiance suscitée chez les pacifistes «  fauristes  » par l'antinazisme de Blum, dont ils faisaient un réflexe sémitique alors que le président du Conseil de 1936 insista pour que soit considérée une ouverture venant de Berlin et prenant la forme d'une visite du Dr Schacht à Paris.


Ce qui donne toute s a saveur à la démonstration de Nadine Fresco, c'est sinon la «  banalité du mal  » , décrite naguère p a r Hannah Arendt, mais la banalité d'un parcours qu'on avait décrit comme erratique ou monstr ueux. Il y a un «  cas Rassinier » , certes, mais il s'inscrit naturellement dans une histoire locale (qui se résume pour lui à une cascade d'échecs, nourrissant un insupportable ressentiment), partisante (aussi bien celle du PC que c elle de la SFIO) et nationale (l 'explosion d'une guerre qui blesse son pacifisme sincère, et débouche sur l'épreuve inhumaine qui lui est infligée).
On ne peut se retenir de p oser deux question s malséantes à h auteur de cette magistrale entreprise de clarification. D ' une part à propos de sa thèse selon laquelle on ne naît pas antisémite, on le devient (d ' où le mot très fort de « fabrication » ) [ça, sémantiquement, c'est très fort : devenir, ça veut dire être fabriqué !] . Que l'antisémitisme ne soit pas inscrit dans les gènes de l'individu, on en conviendra. Mais ne peut-on parler, surtout s'agissant de la première partie du siècle, de ferments sociaux agissant dès l'origine dans certains groupes économiques, religieux, fitmiliaux  ? Ne peut - on parler d'un antisémitisme pri mal ?

Une autre thèse de l'auteur de l'ouvrage est le lien établi entre an tisémitisme et négationnisme [Quelle grande nouveauté ! Et vous savez, y a aussi les antisionistes qui sont encore plus détestables que les négationnistes, mais d'ailleurs c'est les mêmes ! Notez cependant la formulation : le lien n'est pas prouvé ni démontré ; il est « établi », c'est-à-dire, sans doute, imaginé ; plus bas vous verrez que Lacouture reproche même à la Fresco de ne pas avoir cité ses témoins !] . Dans le cas de Rassinier, la démonstration est faite. Mais une telle aberration ne pourrait - elle être le fait d'un type d'esprits assez médiocres pour se croire « forts », et qui par défini ti on contestent ce qui les dépasse, par la grandeur ou par l'horreur. Rassinier est le type de cette espèce d'homme, négationniste par rancoeur et par vanité. Il a toute sa vie aspiré à un rôle. La dé portation lui en offre un, avec une légitimité. Il en revient doté d'un droit à s'exprimer. Et pour être tonitruant, il lui faut être contre...

Ceux qui depuis plus de vingt ans, à gauche, lui confisquent la tribune, dénoncent l'horreur des camps. Et lui, qui y a enfin acquis un droit d'opiner [quelle honte ! Pensez donc, avoir gagné le droit de parler en se battant ! Vous c(royez qu'y s'est battu, Jean-Paul Sartre ? Et vous savez pas que la seule vraie souffrance, c'est d'être déporté parce qu'on est né ceci ou cela (vous voyez ce que je veux dire) et que pour tous ceux qui ont été déportés pour avoir le courage de se battre, c'était pas de la souffrance légitime mais du « bien fait pour eux », zavaient qu'à être juifs ?] et qui, dans l'horreur qu'il a vécue, n'a pas constaté l'existence de chambres à gaz, voilà l' occasion de parler plus fort et plus haut que ces Blum et ces Thorez qui l'ont négligé [Ah ouais, la résistance de Thorez, elle est encore meilleure que celle de Sartre !] . Et cette négation sera sa revanche, sans qu'intervienne spécifiquement l'antisémitisme [Je ne comprends pas bien (c'est normal, je ne suis pas née au sein de ce peuple si intelligent, si intellectuel, si subtil, si supérieur, en un mot, qui a inventé l'université, la science et la conscience-- mais non, pas les Grecs...) de quelle nature est ce ressentiment : Rassinier, ce sont les juifs qui l'ont déporté et torturé, ou ce sont les nazis ? Mais alors, pourquoi diable en voudrait-il aux juifs ?].

 

Mais tout nous dit [ce « tout nous dit » doit sans doute se traduire par « rien ne nous montre, ni ne nous suggère] que c'est Nadine Fresco qui a raison quand elle conclut ainsi son livre  : «  Paul Rassinier [est entré] dans l'armée innombrable de ceux qui font des juifs un territoire fantômatique sur lequel concentrer leur ressentiment  » [On reconnaît l'impayable argument freudien « tout est inconscient », qui ressemble beaucoup à l'argument exterminationniste « tout est codé », avec la même efficacité : qui donc, en effet, fut jamais guéri par la magnifique méthode psychanalytique, qui n'a pas manqué, en revanche, de faire la fortune de plus d'un minable ? N'oublions pas non plus qu'à ce jour encore, le « tout est inconscient » va si loin qu'il est impossible d'introduire dans le brigandage psychanalytique la moindre trace de civilisation, et qu'à une époque où même les sages-femmes doivent avoir leur bac, n'importe qui peut mettre une plaque de psychanalyste (ou de gourou, ou de devin, ou de charlatan) sur sa porte.]


On chicanera encore l'auteur sur un point. Pourquoi s'interdire de citer simplement tel témoignage patiemment sollicité  ? Elle nous dit en note avoir eu un entretien passionnant à avec Robert Verdier (et connaissant l'homme, on l'en croit volontiers). Mais où est-il, ce document historique  ? Invalidé, ou évaporé, dilué parce qu'oral  ? Ici un historien amateur se croit en droit de contester la règle de l'É cole... [Vous voyez, même ce pauvre Lacouture, polygraphe journalistique, n'ose pas se dire « historien » tout court, alors que la dame Fresco, dépourvue d'oeuvre comme de titres ou de diplômes, ne manque pas une occasion d'usurper le nom. Mais on voit bien là qu'elle ne trompe personne : même son dévôt admirateur l'accuse d'invention de sources et de témoignages ! Mais si l'auteur de ces lignes les signait, croyez-vous pas qu'il se retrouverait rapidement devant les tribunaux, accusé d'atteinte à la mémoire des vivants pour avoir dit la vérité sur la donzelle ?]


N' importe. Par l'exigence de la démarche, l'ampleur de l'enquête, la rigueur de l'argumentation, l'ingéniosité du montage, et aussi par la netteté de l'écriture, «  Fabrication d'un antisémite  » est exemplaire
[Encore une fois, même ce benêt se garde bien d'évoquer une quelconque méthode scientifique « exigence de la démarche », « ampleur de l'enquête » (qui ne va pas jusqu'à la production des sources !), « rigueur de l'argumentation » (mais non de la démonstration !) et (comble de l'horreur !) « l'ingéniosité du montage » (yes Ma'am, vous avez bien lu, c'est le commentaire d'un prétendu livre d'historien qui s'achève par cet aveu atroce !)] . A lire d'urgence. A faire lire, sans faute, par tous ceux qui croient encore que l'appartenance à la gauche est un antidote contre la plus pernicieuse et meurtrière des corruptions psychosociales [Là, voyez-vous pas, ce n'est pas le comportement d'un envahisseur qui assassine une population pour s'intaller à sa place, mettons au hasard, comme ça, en Palestine, que l'on qualifie ainsi : c'est les gens qu'aiment pas la dame Fresco et ses petits potes banquiers, psychanalystes et assassins du Mossad ! Quod demonstrandum erat, disait le moyen âge...].

Jean Lacouture


Ce texte a été affiché sur Internet à des fins purement éducatives, pour encourager la recherche, sur une base non-commerciale et pour une utilisation mesurée par le Secrétariat international de l'Association des Anciens Amateurs de Récits de Guerre et d'Holocauste (AAARGH). L'adresse électronique du Secrétariat est <[email protected]>. L'adresse postale est: PO Box 81475, Chicago, IL 60681-0475, USA.

Afficher un texte sur le Web équivaut à mettre un document sur le rayonnage d'une bibliothèque publique. Cela nous coûte un peu d'argent et de travail. Nous pensons que c'est le lecteur volontaire qui en profite et nous le supposons capable de penser par lui-même. Un lecteur qui va chercher un document sur le Web le fait toujours à ses risques et périls. Quant à l'auteur, il n'y a pas lieu de supposer qu'il partage la responsabilité des autres textes consultables sur ce site. En raison des lois qui instituent une censure spécifique dans certains pays (Allemagne, France, Israël, Suisse, Canada, et d'autres), nous ne demandons pas l'agrément des auteurs qui y vivent car ils ne sont pas libres de consentir.

Nous nous plaçons sous la protection de l'article 19 de la Déclaration des Droits de l'homme, qui stipule:
ARTICLE 19 <Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontière, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit>
Déclaration internationale des droits de l'homme, adoptée par l'Assemblée générale de l'ONU à Paris, le 10 décembre 1948.


[email protected]

| Accueil général | Accueil Rassinier |

L'adresse électronique de ce document est :

http://aaargh-international.org/fran/archRassi/depr/no990211.html