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LE MENSONGE D'ULYSSE

de Paul Rassinier

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CHAPITRE III

LA BARQUE DE CHARON

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Notre prise en compte par Dora s'est faite dans les règles habituelles au milieu.

Descente des wagons, course effrénée à travers le fatras des matériaux, dans la boue jusqu'aux chevilles, sous la neige fondante, les injures et menaces hurlées, les aboiements, les coups.

Traversée du S.S. Lager: une cinquantaine de Blocks aménagés, pas de chemins pour aller de l'un à l'autre, -- des sentiers boueux à travers champs.

L'entrée du H-Lager: deux Blocks en bois (tout est en bois), de chaque côté d'un cheval de frise qui s'ouvre devant nous. On nous compte.

-- Zu fünf! Zu fünf! Mensch blöde Hund! Pan, un coup de poing. Pan, un coup de gummi. Pan, un coup de pied.

De l'autre côté du cheval de frise, le camp lui-même. Une dizaine de Blocks, une douzaine tout au plus, disséminés, posés là, au hasard, sans qu'apparaisse aucune intention coordinatrice. Au passage, nous pouvons lire de loin les numéros sur les Blocks: 4, 35, 24, 104, 17.

-- Où sont les Blocks intermédiaires?

Une piste marquée d'une multitude de piétinements, part de l'entrée et monte la colline sans qu'on puisse dire qu'elle conduit quelque part: on nous la fait prendre et nous arrivons au Gemeinde Abort (w.c. public) où nous sommes parqués en attendant les ordres. Le Gemeinde Abort est un Block dans lequel il n'y a que des sièges, des pissotières et des lavabos-bassins. Impossibilité de s'asseoir ou de s'étendre, interdiction de sortir. Nous sommes harassés. Affamés aussi. Vers dix-huit heures, une soupe, 300 g de pain, un bâton de margarine, une rondelle de saucisson. Nous remar[ page 49]quons que les rations sont plus fortes qu'à Buchenwald. Un vent d'optimisme souffle sur nous:

-- On travaillera, mais au moins on mangera, se confie-t-on de bouche à oreille.

Les gens à brassard apparaissent à vingt heures: une table est dressée, un scribouillard s'installe. Un à un, nous passons devant la table où nous déclinons notre numéro matricule, nos noms, prénoms, professions. Les gens à brassard sont des Tchèques et des Polonais internés pour des délits divers: ils ont la main lourde, alourdie encore par le gummi dont ils font un généreux usage.

-- Hier ist Dora! Mensch! Blöde Hund! Et pan, pan!

A minuit, les opérations sont terminées. Tout le monde dehors: nous faisons le chemin en sens inverse, dans la nuit, cette fois, et toujours encadrés de Kapos et de S.S. Soudain, nous nous trouvons devant une immense excavation qui s'ouvre à flanc de colline: le Tunnel. Les deux énormes battants de fer s'ouvrent: ça y est, nous allons être enterrés, car il ne vient à personne I'idée que les battants de fer puissent à nouveau s'ouvrir devant nous avant la libération. Les horreurs que nous avons entendues à Buchenwald sur ce "souterrain", nous torturent l'esprit.

Nous entrons de plain-pied. Vision dantesque: dehors, c'était I'obscurité -- à I'intérieur, c'est la pleine lumière. Deux voies ferrées parallèles d'un mètre: les trains font donc la navette dans le centre du monstre. Une rame de wagons chargés et bâchés: les torpédos, les fameuses V1 et V2 -- immenses obus plus longs que les wagons qui les portent. On dit qu'elles font 13 m de longueur et, au jugé leur diamètre dépasse la hauteur d'un homme.

-- Ça doit faire un drôle de travail où ça tombe!

La discussion se met à rouler sur le mécanisme et le mode de lancement des V1 et V2 dont nous entendons parler et que nous voyons pour la première fois. A ma grande stupéfaction, je m'aperçois qu'il y a parmi nous des gens très renseignés qui sortent sur les engins en question, avec I'air le plus sérieux, des détails très précis, mais qui se révéleront dans la suite comme étant les plus fantaisistes bobards.

Nous nous enfonçons vers l'intérieur. De chaque côté, des bureaux, des anfractuosités aménagées en ateliers. Nous arrivons dans la partie du Tunnel qui est encore en gestation: des échafaudages, des hommes hâves, maigres et diaphanes (des ombres) juchés un peu partout, collés aux parois comme des chauve-souris, forent la roche. Au sol, les S.S. se promènent, l'arme au poing, les Kapos hurlent dans les allées et [page 50]venues en tous sens de malheureux qui portent des sacs ou véhiculent des brouettes pleines de déblais. Le bruit des machines, -- des cadavres allongés sur les bas côtés.

Une anfractuosité est aménagée en Block d'habitation: Stop! A l'entrée, deux tinettes et une quinzaine de cadavres. A l'intérieur, des hommes qui courent affolés, des bagarres individuelles ou collectives entre des rangées de châlits à trois, quatre ou cinq étages. Parmi eux, graves et imposants, des Stubendienst qui essaient en vain de rétablir l'ordre. C'est là que nous devrons passer la nuit. Les Stubendienst interrompent leur mission policière pour s'occuper de nous.

-- Los! Los! Mensch! Hier ist Dora!

Les gummis entrent en danse, ou plutôt changent seulement de cible. Le chef de Block, un gros Allemand, regarde faire, l'oeil à la fois amusé, goguenard et menaçant. Nous nous jetons tout habillés sur les paillasses qu'on nous indique. Enfin! A l'aube, nous nous réveillons: toutes nos chaussures, et ce qui nous restait de la distribution de vivres de la veille, ont disparu. Nos poches même sont vidées de leur contenu: nous admirons la dextérité des Russes qui ont réussi ce pillage général sans nous réveiller. A peine si deux ou trois se sont fait prendre en flagrant délit: les victimes les ont conduits au chef de Block et ont été ramenées a leur paillasse à coups de gummi par les Stubendienst complices.

-- Hier ist Dora, mein Lieber!

Nous sommes, c'est bien certain, tombés dans un repaire de brigands dont la loi est celle de la jungle.

Dès le réveil, nous sommes remontés au jour. Nous respirons: nous ne sommes donc pas encore enterrés définitivement. La matinée, nous la passons debout devant l'Arbeitstatistik à piétiner dans la boue et dans la neige; nous sommes frigorifiés, et de nouveau nous avons faim. L'après-midi, on nous répartit en kommandos: Fernand et moi, nous échouons au Strassenbauer 52 (Constructeurs de routes). Tous de suite, on nous met au travail: jusqu'à l'appel, nous transportons, au galop, des sapins, du camp à la gare.

A dix-huit heures, appel: il durera jusqu'à vingt-et-une heures.

Vingt-et-une heures: direction le Block 35. Cette fois, nous avons la certitude que nous ne serons pas enterrés au Tunnel, mais nous apprenons que pas mal d'entre nous ayant annoncé des professions fantaisistes de spécialistes pour être employés en usine, y ont été envoyés et n'en [page 51] remonteront, selon toute probabilité, pas avant la libération.

Le chef du Block 35 est Tchèque, les Stubendienst aussi, par voie de conséquence. Le Block lui-même est encore nu: nous dormirons entassés, à même le parquet, sans couverture, tout habillés. Au préalable, on nous distribue, dans une indescriptible bousculade, un litre de soupe de rutabagas que nous mangeons debout: c'est tout ce que nous avons mangé ce jour-là.

A vingt-deux heures nous pouvons nous endormir avec cette autre certitude que nous faisons maintenant partie intégrante de Dora.

-- Dora!..

* * *


La première journée de travail

Quatre heures trente, un gong résonne par quatre fois dans cet embryon de camp, les lumières du Block s'allument, les Stubendienst, gummi à la main, font irruption dans la Schlafsaal.

-- Aufstehen! Aufstehen! Los! Waschen!

Puis, sans transition:

-- Los, Mensch, Los, Waschen!

Les deux cents hommes se lèvent comme un seul, traversent en cohue la Esszimmer, nus jusqu'à la ceinture et arrivent dans l'entre-deux, à la porte du lavabo, en même temps que les deux cents de l'autre Flügel. Le lavabo peut contenir une vingtaine de personnes. A l'entrée, deux Stubendienst, le jet d'eau à la main, endiguent cette invasion:

-- Langsam, Langsam Langsam, Lumpe!

Et en même temps, le jet d'eau entre en action. Les malheureux reculent Cependant, deux autres Stubendienst qui ont prévu le coup endiguent à leur tour le repli:

-- Los! Los! Schnell, Mensch! Ich sage: waschen!

Et les gummis s'abattent impitoyables sur les épaules nues et maigres.

Tous les matins ce sera la même tragi-comédie. Elle ne s'arrête pas là, toutefois. Après la toilette, la distribution des vivres pour la journée: on passe a la queue-leu-leu, tenant à la main la contre-marque remise au lavabo (on ne peut toucher sa nourriture qu'après avoir prouvé qu'on s'est lavé) et qu'on doit donner à un Stubendienst. Nouvelle et tout aussi inénarrable bousculade. L'heure qui est accordée par le règlement pour l'accomplissement de cette double formalité est vite passée.[page 52]

Cinq heures trente: les Kapos chaudement emmitouflés sont sur la place de l'Appel et y attendent l'arrivée de la masse humaine. La voilà qui se précipite vers eux, venant de tous les Blocks, courant dans le matin glacial en finissant de s'habiller et en avalant la dernière bouchée de la maigre part qui a été faite, dans la ration quotidienne pour le déjeuner. Les Kapos procèdent au rassemblement des kommandos, font l'appel de leurs hommes: les coups et les injures pleuvent. L'appel terminé, les kommandos se mettent en branle à un tour calculé, en tenant compte de la distance à laquelle ils vont travailler. Il y en a qui vont à six et huit kilomètres: ils partent les premiers. Viennent ensuite ceux qui n'ont qu'une heure de marche, puis ceux qui n'ont qu'une demi-heure. Le Kommando 52 est à 20 minutes: il part à six heures quarante. A sept heures précises, tout le monde est sur le lieu de son travail. Les kommandos du Tunnel sont réglés par un autre horaire: réveil à sept heures du matin pour l'équipe de jour et à sept heures du soir pour celle de nuit, et tous les préliminaires du travail ont lieu au Tunnel même.

Sept heures: voici donc le Kommando 52 sur son chantier de terrassement, y arrivant, après avoir participé aux opérations de la toilette et de la distribution des vivres, fait le pied de grue en grelottant, les pieds dans vingt centimètres de boue, dans la position du Stillgestanden pendant une heure et dix minutes, franchi au pas cadencé les quelque deux kilomètres qui le séparent du camp, épuisé déjà bien avant de commencer le travail.

Le travail: construire une route qui va de la gare au camp, en empruntant le flanc de la colline. Une ellipse de voie ferrée Decauville dont le plus grand diamètre peut être de 800 m., est posée là, en déclivité. Deux rames de huit wagons à bennes basculantes, traînées par une locomotive à pétrole, font une sorte de circuit perpétuel sur les rails. Pendant que 32 hommes -- quatre par wagon -- chargent la rame qui se trouve au sommet, 32 autres déchargent celle qui se trouve au pied, en ayant soin de mettre les déblais à niveau. Quand la rame vide arrive au sommet, l'autre doit repartir pleine: toutes les vingt minutes. Généralement, le premier départ est assuré dans le temps prescrit. Au deuxième, il y a des retards qui provoquent les grognements du Meister, du Kapo et des Vorarbeiter. Au troisième, la rame vide est déjà là depuis cinq minutes et il en faudra bien encore cinq avant qu'elle soit prête à partir: le Meister sourit ironiquement et hausse les épaules, le Kapo hurle et [page 53] les Vorarbeiter se ruent sur nous. Personne n'y coupe de sa raclée. Le retard s'augmente du temps qu'il faut à trois hommes pour en rosser trente-deux, et à partir de ce moment, il ne se rattrapera plus, la machine est déréglée pour le reste de la journée.

Au quatrième voyage, nouveau retard, nouvelles raclées. Au cinquième, Kapo et Vorarbeiter comprennent qu'il n'y a rien à faire, et se lassent de frapper. Le soir, au lieu de trente-six voyages prévus à raison de trois par heure, on arrive péniblement à en totaliser quinze ou vingt.

Midi: un demi-litre de café chaud est distribué sur le lieu même du travail. On le boit debout en mangeant le reste du pain, de la margarine et du saucisson distribués le matin.

Midi vingt: reprise du travail.

L'après-midi, le travail se traîne. Les hommes affamés et gelés ont tout juste la force de se tenir debout. Le Kapo disparaît, les Vorarbeiter s'amollissent, le Meister lui-même a l'air de comprendre qu'il n'y a rien à tirer des loques humaines que nous sommes et il laisse aller. On fait semblant de travailler: c'est aussi pénible, il faut se frotter les mains, battre la semelle pour lutter contre le froid. De temps à autre, un S.S. passe: les Vorarbeiter, aux aguets, le voient venir de loin et le signalent; quand il arrive à hauteur du kommando, tout le monde est effectivement à sa tâche. Il lance un mot au Meister:

-- Wie geht's?

Un haussement d'épaule découragé lui répond:

-- Langsam, langsam. Sehr langsam! Schauen Sie mal diese Lumpen: Was machen mit? (1)

Le S.S. hausse les épaules à son tour, grogne et passe, ou bien, selon son humeur, se répand en injures, distribue au hasard quelques coups de poing, menace de son revolver et quitte les lieux. Quand il est hors de portée, le kommando se détend à nouveau:

-- Aufpassen! Aufpassen! (2), dit le Meister, presque paternellement.

Six heures du soir arrivent dans un relâchement général:

-- Feierabend (3), dit le Meister.

Le Kapo, réapparu depuis quelques instants, reprend ses hommes en mains, pour le rangement des outils, pousse [page 54] quelques hurlements qui stimulent les Vorarbeiter, distribue quelques coups: retour à la discipline par la terreur.

Six heures quarante: le kommando par cinq prend la direction du camp au pas cadencé. A sept heures, rangés par block et non par kommando, nous attendons de nouveau en grelottant, les pieds dans la boue, que ces messieurs aient fini de nous compter: ça prend deux ou trois heures.

Entre huit et neuf heures, nous arrivons au Block. Un Stubendienst, son gummi à la main, se tient à l'entrée: il faut se déchausser, laver les Holzschuhe (4), entrer en les tenant à la main, et seulement s'ils ont été reconnus bien propres. Au passage dans la Esszimmer, il faut les déposer, bien en rangs, tendre sa gamelle dans laquelle un autre Stubendienst verse théoriquement un litre de soupe, manger debout et dans une bousculade sans nom. Ces diverses formalités accomplies, un troisième Stubendienst vous autorise à gagner le Schlafsaal où vous vous laissez tomber en tas sur le peu de paille qui a été apportée pendant la journée. Il est dix heures et demie. Nous sommes restés dix-sept à dix-huit heures debout, sans la moindre possibilité de nous asseoir, nous sommes fourbus, nous avons faim et nous avons froid. En nous endormant, nous pensons que le travail qui nous est imposé entre pour bien peu dans notre fatigue.

Le lendemain, ça recommence à partir de quatre heures trente: Pendant la nuit, les Russes ont volé les Holzschuhe que nous avions si soigneusement alignés dans la Esszimmer, sur injonction des Stubendienst: il faut, en plus de la toilette et de la distribution des vivres, en " organiser ", une autre paire avant de se jeter en courant, en finissant de s'habiller et en avalant la dernière bouchée du maigre déjeuner, dans la nuit et dans le froid, pour gagner la place de l'Appel où les Kapos attendent.

Le lendemain et tous les jours: à la fin de la semaine, nous sommes devenus les ombres de nous-mêmes.

* * *


Il y a des kommandos plus mauvais que le nôtre: le Ellrich-Kommando, le Transport-Eins, et tous les kommandos de transport, le Steinbruch, le Gartnerei

A l'autre extrémité du tunnel, on construit le camp d'Ellrich. Un kommando très important, mille hommes environ, s'y rend tous les matins par un train de ballast qui [page 55)quitte la gare de Dora à quatre heures trente: il y a cinq kilomètres à faire. A pied, il suffirait de partir à cinq heures trente pour être au travail à sept heures, mais ce serait trop simple: les S.S. ont décidé de se montrer humains et d'épargner au kommando la fatigue de la marche puisqu'il était possible d'emprunter le train. Le Ellrich-Kommando est donc réveillé à trois heures: il fait sa toilette, touche ses rations et se trouve sur la place de l'Appel à quatre heures. Départ à la gare. Le train, qui doit passer à quatre heures trente n'a jamais moins d'une heure de retard: attente. A six heures au plus tôt, six heures et demie au plus tard, arrivée à Ellrich. Travaux de terrassement toute la journée. A dix-huit heures, arrêt du travail. Théoriquement, on devrait prendre le train du retour à dix-huit heures trente, mais, comme celui du matin, il n'a jamais moins d'une heure de retard: re-attente. Vers vingt heures trente, dans le meilleur des cas, souvent vingt-et-une heures et même vingt-deux heures, rentrée à Dora. Formalités d'entrée au block, lavage des chaussures, distribution de la soupe. Vers vingt-trois heures, les gens d'Ellrich peuvent enfin s'allonger et dormir: cinq heures de sommeil et de nouveau réveil, rassemblement, départ, attente. La ronde des jours est impitoyable, la mesure d'humanisation que les S.S. croient ou feignent de croire avoir prise, se traduit par une torture supplémentaire: on est tué par le déplacement avant de l'être par le travail. Ajouter à cela que les Kapos du Ellrich-Kommando sont des brutes parmi les brutes, que les coups pleuvent plus dru que n'importe où ailleurs, que le travail est extrêmement et rigoureusement contrôlé: c'est le kommando de la mort, tous les soirs il ramène des cadavres.

commencent dans la même forme et le même temps que tout le monde: ils déchargent des wagons et portent à dos d'hommes de lourds matériaux de la gare au tunnel, ou de la gare au camp. On les voit du matin au soir, tourner en chevaux de cirque par quatre, transportant de larges panneaux de bois, par groupes de deux avec des traverses de chemin de fer, par files de huit ou dix, avec des rails, par un avec des sacs de ciment. Ils tournent lentement, lentement, ployant sous le faix. sans arrêt: ils tournent. il tournent. Leur Kapo est un Polonais à triangle rouge, il va des uns aux autres en jurant, menaçant et frappant.

Le Gartnerei ou Kommando du jardin: chevaux de cirque comme ceux du Transport-Eins, mais ils véhiculent des [page 56 ***

excréments au lieu de matériel. Le Kapo est un vert, mêmes méthodes que le Polonais du Transport-Eins, mêmes résultats.

Le Steinbruch, la fameuse carrière de tous les camps: on extrait la pierre, on la met sur wagons et on tire ou pousse les wagons chargés vers des endroits où elle est cassée pour servir à l'empierrement des rues du camp. Les gens du Steinbruch ont la malchance supplémentaire de travailler à flanc de coteau dans l'ouverture de la carrière: le moindre incident qui leur vaut une gifle les précipite en bas où ils se tuent. Tous les jours, ils ramènent des morts sur la place de l'Appel: quatre d'entre eux portent le cadavre chacun par un pied ou un bras. Ein, zwei, drei, vier, fait en tête le Kapo qui rythme la marche du kommando; ploc, ploc, ploc, ploc, fait en queue la tête du cadavre contre le sol. De temps à autre, on entend dire dans le camp qu'un malheureux du Steinbruch, ayant reçu un coup de poing, a basculé et est tombé dans le concasseur ou la bétonneuse qu'on n'a même pas arrêtés.

Il y a aussi des kommandos qui sont meilleurs: tous ceux qui composent l'administration du camp, le Lager-Kommando, le Holzhof, le Bauleitung, les Schwunk.

A l'Effektenkammer, on tient la comptabilité des habits enlevés aux détenus à leur entrée dans le camp et on les maintient en état de propreté: c'est de tout repos. C'est lucratif aussi: de temps en temps, on peut voler un pantalon, une montre, un stylo, qui sont une précieuse monnaie d'échange contre de la nourriture. A la Wascherei, on lave le linge dont les détenus changent en théorie tous les quinze jours. On est à l'abri, au chaud et on a aussi pas mal de facilités de se procurer à manger. A la Schusterei, on répare les souliers, à Schneiderei, on répare les vêtements et le linge déchiré, à la Küche

Le meilleur Kommando est sans conteste celui de la cuisine ou Küche. On ne marchande pas la mangeaille à ceux qui en font partie et le travail n'est pas pénible. Ils ont d'abord la ration de tout le monde qu'ils touchent au Block avant de partir au travail. Sur le lieu même du travail, ils touchent officiellement une ration supplémentaire. Ensuite, chaque fois qu'entre-temps ils ont faim, ils peuvent prendre dans les vivres qu'ils manipulent, et manger. Enfin, ils volent pour se procurer du tabac, des chaussettes, des vêtements, des faveurs. Par surcroît, ils sont exempts d'appel. Ils ont la vie des cuisiniers au régiment. Il faut un certain piston pour arriver à se faire intégrer au Küche-Kommando: les [page 57] Français n'y ont pas accès, les places étant réservées aux Allemands, aux Tchèques et aux Polonais.

Dans le même ordre, il y a l'Arbeitstatistik et les gens du Revier. Pas d'appel ni pour les uns, ni pour les autres. Les coups ne sont pas d'usage. A l'Arbeitstatistik, on fait un travail de bureau, on mange à sa faim parce que ceux qu'on a planqués paient en nature, on est bien habillé par le même moyen, on a du tabac à volonté. J'ai connu deux Français qui avaient réussi à s'introduire à l´Arbeitstatistik, tous les autres étaient des Allemands, des Tchèques et des Polonais comme à la cuisine.

Au Revier, il y a les médecins, les Pfleger et les Kalifaktor; les premiers diagnostiquent, les seconds soignent, les autres maintiennent en état de propreté. En supplément, un tas de scribouillards, généralement anciens malades, mangent à leur faim, ne travaillent pour ainsi dire pas, ne sont pas battus.

Vient ensuite le Lagerkommando, ou kommando d'entretien du camp. Y sont affectés tous les gens reconnus de santé délicate: en principe. En fait, tous les pistonnés, les lopettes des Kapos et Lagerschutz, ceux qui ont un ami influent au Revier ou à la cuisine, ceux qui reçoivent de beaux colis. Le Lagerkommando fournit toutes les corvées de ramassage de papiers, de balayage, de pluches aux cuisines des S.S., des Häftling et des travailleurs libres des environs, alimente l'Altverwertung ou section de récupération des vieilles choses. Au début, quand le camp était encore petit, quand le kommando était à sa mesure, c'était une planque très recherchée. Dans la suite, la situation n'y fut plus tenable que pour les pistonnés, le Lagerkommando en étant arrivé à comprendre des centaines et des centaines d'individus, parmi lesquels on puisait pour compléter les kommandos déficitaires en matériel humain.

Deux autres kommandos sont encore recherchés: le Tabakfabrik et le Zuckerfabrik. Ils vont tous deux travailler à Nordhausen et sont transportés par camions. Le soir, ils rentrent, les gens du premier, les poches pleines de tabac qu'ils échangent contre du pain ou des soupes, ceux du second gorgés de sucre. Dans la suite, un troisième kommando fut affecté aux abattoirs de Nordhausen, qui introduisit dans le camp le commerce de la viande.

Avoir un bon ou un mauvais kommando est une question de chance que des relations à l'Arbeitstatistik favorisent puissamment: la chasse au bon kommando est la préoccupation de tous les détenus et se fait en permanence avec [page 58] utilisation des armes et des moyens les plus incompatibles avec la dignité humaine.

* * *


Les kommandos du Tunnel sont considérés à la fois comme étant le meilleur et le pire. Ils sont groupés dans un kommando unique: Zavatsky, du nom du chef d'entreprise ayant le Tunnel en commandite.

Ils ont à leur tête un Kapo général -- le grand Georges -- ayant sous ses ordres toute une équipe de Kapos encadrant les détenus par spécialités. Être affecté à un kommando qui travaille dans une des quelque dix ou quinze usines abritées dans le Tunnel, c'est la certitude de faire un travail léger, d'être protégé du vent, de la pluie et du froid. Et c'est très appréciable. C'est la certitude aussi de couper aux appels: il n'y a pas d'appel pour les gens du Tunnel. Mais c'est aussi celle de ne jamais remonter au jour, de respirer dans les galeries mal ou pas du tout aérées, les miasmes de tous ordres, la poussière pendant des mois et des mois, et risquer de mourir avant la libération. Tandis qu'à la terrasse, on travaille par tous les temps: qu'il pleuve, qu'il neige, qu'il vente, par un soleil de plomb, comme par l'orage, jamais on n'arrête le travail. Mieux: les appels eux-mêmes ne sont ni supprimés, ni écourtés. Par temps de pluie, il nous est arrivé, pendant quinze jours, trois semaines, de ne pas pouvoir sécher les guenilles qui nous servaient de vêtements: le soir, en rentrant au Block, on les mettait sous la paille ou la paillasse, dans l'espoir que la chaleur du corps arriverait à vaincre l'humidité, et le lendemain matin, on les enfilait chauds mais mouillés et on s'enfonçait à nouveau dans la pluie. La pneumonie simple ou double régnait à l'état endémique chez les gens de la terrasse et en conduisait beaucoup au Krématorium, mais du moins on vivait au grand air. Et, pendant la belle saison L'opinion était partagée entre le désir de travailler au Tunnel et celui de rester à la terrasse.

-- Il faudrait pouvoir s'enfiler au Tunnel pour l'hiver et remonter pour l'été, me disait Fernand.

C'était évidemment impossible et je n'étais pas sûr qu'éventuellement c'eût été une bonne solution.

Ce qu'on appelait le Tunnel, c'était un système de deux galeries parallèles traversant la colline de part en part. A une extrémité, il y avait Dora, et à l'autre, son enfer, Ellrich. Ces deux galeries principales, de chacune 4 à 5 kilomètres de longueur, étaient reliées par une cinquantaine [page 59] de galeries transversales ou halls de 200 m environ de longueur et de 8 m sur 8 m de section. Chacun des halls abritait une usine. En avril 1945, le Tunnel était terminé, au point, et, n'eût été le sabotage, eût pu donner le maximum de rendement. On estime qu'à ce moment il totalisait 13 à 15 km de galeries creusées et aménagées contre les 7 à 8 qui existaient en août 1943, au moment de la naissance de Dora: ces deux chiffres donnent la mesure de l'effort qui a été imposé aux détenus. Encore faut-il tenir compte que les deux camps réunis de Dora et d'Ellrich n'ont jamais pu mettre au travail un effectif supérieur à 15 000 hommes, lesquels devaient en outre monter les baraques et produire chacun un nombre donné de V1, de V2, de moteurs ou de carcasses d'avions et d'armes secondaires. Que si on veut par ailleurs établir le prix de revient de ce travail, on ajoute aux francs ou aux marks les 20 à 25 000 vies humaines qu'il a coûtées en moins de deux années.

Tous les jours, deux fois donc, à 7 heures du matin et à 7 heures du soir, les kommandos du Tunnel, qui dorment dans les galeries ou portions de galeries aménagées en blocks, sont réveillés par moitié. Ils disposent de moins d'eau, par conséquent l'hygiène est plus défectueuse, puces et poux sont à leur aise.

A 9 heures du matin et à 9 heures du soir, selon la Schicht à laquelle ils appartiennent, ils sont au travail.

Il y a aussi de mauvais kommandos au Tunnel: ceux qui forent les galeries, sont affectés au transport du matériel et des déblais. Ceux-là sont de véritables forçats qui meurent comme des mouches, les poumons empoisonnés par la poussière ammoniacale, victimes de la tuberculose. Mais la plupart sont bons. La taylorisation est poussée à l'extrême: un kommando passe son temps, assis devant des perceuses, à pousser les unes après les autres des pièces sous la mèche; un autre vérifie des gyroscopes; un troisième, des contacts électriques; un quatrième lisse des tôles; un cinquième est composé de tourneurs ou d'ajusteurs. Il y en a enfin qui ne sont ni bons, ni mauvais: ceux qui montent les V1 et V2. D'une manière générale le rendement est faible: on emploie dix hommes qui travaillent contre leur gré où il suffirait d'un ou de deux qui soient de bonne volonté. Le plus pénible consiste à faire toujours semblant de travailler, à être debout continuellement, à prendre des airs affairés, et surtout à vivre dans ce bruit et dans ces miasmes, ne recevant d'air de l'extérieur que parcimonieusement par de mauvaises et trop peu nombreuses cheminées d'aération. [page 60]

Vers la mi-mars, sur la demande de Zavatsky, lequel voulait supprimer une des causes essentielles à ses yeux du mauvais rendement, on commença de remonter au jour les kommandos du Tunnel pour leur faire manger la soupe au camp au lieu de la leur descendre. A fin avril, début mai, l'équipe de la terrasse avait mis sur pied à peu près tous les blocks prévus jusqu'au numéro 132: on décida de ne plus faire coucher personne au Tunnel, tous les kommandos remontèrent et ne descendirent désormais plus que pour travailler, c'est-à-dire 12 heures par jour.

Pour être complet, il faut dire que des civils sont aussi employés dans les diverses usines du Tunnel. En avril 1945, ils sont six à sept mille: des Allemands qui sont Meister, des S.T.O. ou des volontaires venus de toutes les nations d'Europe. Ils sont, eux aussi, groupés en kommandos, ils vivent dans un camp à 2 km de Dora, ils font dix heures par jour, ils touchent de hauts salaires et une nourriture peu variée, mais saine et abondante. Enfin, ils sont libres dans un rayon de 30 km: au-delà, il leur faut un papier spécial. Parmi eux, il y a beaucoup de Français qui se tiennent à distance de nous et dans les yeux desquels on lit continuellement la peur qu'ils ont de partager un jour notre sort.

* * *


31 mars 1944. Depuis une huitaine de jours, les Kapos, les Lagerschutz et les chefs de Blocks sont particulièrement énervés, plusieurs détenus sont morts sous les coups: on a trouvé des poux, non seulement au Tunnel mais dans les Kommandos de l'extérieur et la S.S. Führung a rendu la H-Führung responsable de cet état de chose. Par surcroît, il a fait toute la journée un temps épouvantable: le froid est plus rigoureux qu'à l'accoutumée, et une pluie glaciale entremêlée de giboulées est tombée sans arrêt. Le soir, nous arrivons sur la place de l'Appel, gelés, trempés, et affamés à un point qu'on ne saurait dire: pourvu que l'appel ne soit pas trop long! Malheur: à 10 heures du soir nous sommes encore debout sous les giboulées à attendre le Abtreten (5) qui nous libérera. Enfin, ça y est, c'est fini, nous allons pouvoir manger en hâte la soupe chaude et nous laisser tomber dans la paille. Nous arrivons au Block: nettoyage des chaussures, puis, nous maintenant dehors du geste, le chef de Block, debout dans l'encadrement de la porte, nous [page 61] fait un discours. Il nous annonce que, comme on a trouvé des poux, tout le camp va être désinfecté Ça commence ce soir: cinq Block parmi lesquels le 35 ont été désignés pour passer à l'Entlaüsung (6) cette nuit. En conséquence, ce soir, nous ne mangerons la soupe qu'après l'opération. Il nous indique les formalités auxquelles nous devons nous soumettre, et passe à l'exécution.

-- Alles da drin! Nous entrons dans la Esszimmer nos chaussures à la main.

-- Ausziehen! Nous nous déshabillons, mettons nos vêtements en paquet, le numéro apparent.

-- Zu fünf! Nous sommes effrayés.

-- Zu fünf! Nous exécutons. Les Stubendienst portant nos vêtements dans des couvertures, nous encadrent et, tout nus, dans le froid, sous la pluie et la neige, nous prenons la direction du bâtiment où nous allons être désinfectés: il y a huit cents mètres environ à franchir.

Nous arrivons. Les quatre autres Blocks, nus comme nous, se pressent déjà à l'entrée: nous sentons la mort descendre parmi nous. Combien de temps cela va-t-il durer? Nous sommes là un millier environ, tout nus, grelottant dans le froid mouillé de la nuit qui nous pénètre jusqu'aux os, à nous presser contre les portes. Pas moyen d'entrer. On ne peut passer que quarante par quarante. Des scènes atroces se produisent. On veut d'abord forcer l'entrée: les gens de l'Entlaüsung nous contiennent avec la lance à eau. Alors on veut retourner au Block pour y attendre son tour: impossible, les Lagerschutz, gummi à la main, nous ont encerclés. Il faut rester là, coincés entre la lance à eau et le gummi, arrosés et frappés. Nous nous serrons les uns contre les autres. Toutes les dix minutes, quarante sont admis à entrer dans une bousculade effroyable qui est une véritable lutte contre la mort. On joue des coudes, on se bat, les plus faibles sont impitoyablement piétinés et on retrouvera leurs cadavres à l'aube. Vers deux heures du matin, je réussis à pénétrer à l'intérieur, Fernand derrière moi au tour que j'ai conquis: coiffeur, crésyl, douche. A la sortie, on nous donne une chemise et un caleçon dans lesquels nous nous lançons dans la nuit pour le retour au Block. J'ai l'impression d'accomplir un véritable acte d'héroïsme. Nous arrivons au Block. Nous entrons dans la Esszimmer où un Stubendienst nous tend nos habits qui sont revenus de la désinfection, avant nous. La soupe et au lit.

[page 62]

Au réveil, la sinistre comédie se termine à peine. La moitié au moins du Block n'est revenue que tout juste pour s'habiller, manger sa soupe, toucher la ration quotidienne et bondir sur la place de l'Appel pour se rendre au travail. Et il y a des manquants: ceux qui sont morts pendant l'accomplissement même de ce mauvais coup. D'autres n'y ont survécu que quelques heures ou deux à trois jours et ont été emportés par la presque inévitable congestion pulmonaire consécutive: l'opération a vraisemblablement tué autant d'hommes que de poux.

Ce qui s'est passé?

La S.S. Führung s'est bornée à décider la désinfection à raison de cinq Blocks par jour et la H-Führung a été laissée maîtresse, entièrement maîtresse, des modalités d'application. Elle eût pu prendre la peine d'établir un horaire, un tour par Block: à 11 heures le 35, à minuit le 24, à 1 heure le 32, etc. Les chefs de Blocks eussent pu, dans le cadre de cet horaire, nous envoyer par groupes de cent à vingt minutes d'intervalle par exemple et, tout habillés, ce qui constituait déjà quelque chose d'assez pénible après la journée de travail. Mais non: c'était trop simple.

Et au lieu de cela

Les événements de la nuit du 31 mars étant venus aux oreilles de la S.S.-Führung, celle-ci établit elle-même un horaire précis, dès le lendemain, pour les Blocks qui restaient à désinfecter.

* * *


2 avril 1944: Pâques. La S.S.-Führung a décidé 24 heures de repos qui ne seront troublées que par un appel général, c'est-à-dire auquel le Tunnel participera tout comme la terrasse. Le temps est magnifique: un soleil radieux dans un ciel pur et serein. Joie: les Dieux sont avec nous!

Lever à 6 heures au lieu de 4 h 30: toilette, distribution des vivres au ralenti, répit.

9 heures: tous les kommandos sont au Stillgestanden sur la place. Les Lagerschutz circulent entre les groupes, les chefs de Block sont à leur poste. Le Lagerältester bavarde familièrement avec le Rapportführer. Il a un papier à la main: la situation détaillée des effectifs du camp établie par l'Arbeitstatistik. Une trentaine de S.S., casqués, étuis à revolver, sont massés à l'entrée du camp: les Blockführer. Tout semble devoir bien se passer.

Un coup de sifflet: les Blockführer se dirigent en éventail, [page 63] chacun vers le Block qu'il a pour mission de contrôler. Chacun compte et confronte le résultat qu'il a constaté avec la situation des effectifs du Block que lui tend, après coup, le chef de Block.

-- Richtig (6)

Un à un les Blockführer viennent rendre compte au Rapportführer qui attend, crayon en main, et qui inscrit les résultats au fur et à mesure qu'ils lui arrivent.

Aucune note discordante, ça ne durera pas longtemps: les S.S. veulent profiter de ce dimanche, ils font vite. Nous exultons: un jour de repos, rien à faire, manger sa soupe et aller s'étendre au soleil.

Minute: le total obtenu par le Rapportführer ne concorde pas avec le chiffre fourni par l'Arbeitstatistik, il y a 27 hommes en moins sur la place de l'Appel que sur le papier. Problème: que sont-ils devenus?

Le Kapo de l'Arbeitstatistik est mandé d'urgence. Il est prié de refaire ses totaux sur le champ. Une heure après, il revient: il a trouvé le même chiffre.

Peut-être, alors les S.S. se sont-ils trompés: on recompte une nouvelle fois et le Rapportführer trouve encore le même chiffre.

On fouille les Blocks, on fouille le Tunnel: on ne trouve rien.

Il est midi. Les quelque dix mille détenus sont toujours sur la place à attendre que l'Arbeitstatistik et la S.S.-Führung tombent d'accord. On commence à trouver le temps long, les uns s'évanouissent, ceux dont c'est le tour de mourir tombent pour ne plus se relever, les dysentériques font dans leurs culottes, les Lagerschutz sentent le relâchement venir et se mettent à frapper. Les S.S. dont le dimanche est compromis sont furieux: soudain, ils prennent le parti d'aller manger, mais nous, nous restons là. A 14 heures, il reviennent.

Soudain, le Kapo de l'Arbeitstatistik arrive en courant: il a trouvé un nouveau chiffre. Un murmure d'espoir monte de la masse. Le Rapportführer se penche sur le nouveau chiffre et entre dans une violente colère: il manque encore huit hommes. Le Kapo de l'Arbeitstatistik repart. Il revient à 16 heures: il ne manque plus que cinq hommes. A vingt heures, il n'en manque plus qu'un et nous sommes toujours là, pâles, défaits, harassés par onze heures de station debout, le ventre creux: les S.S. décident de nous envoyer manger.[page 64]

Nous partons: derrière nous, le Toten-kommando ramasse une trentaine de morts.

A 21 heures, on recommence pour trouver le manquant: à 23 h 45, après diverses opérations, ce manquant est à son tour trouvé, la S.S.-Führung et l'Arbeitstatistik sont d'accord. Nous rentrons au Block et nous pouvons aller nous coucher, laissant encore une dizaine de morts derrière nous.

Vous avez maintenant I'explication de la longueur des appels: les gens employés à l'Arbeitstatistik, illettrés ou quasi, ne sont devenus comptables que par la faveur et sont incapables de dresser du premier coup une situation exacte des effectifs. Le camp de concentration est un monde où la place de chacun est déterminée par son entregent et non par ses capacités: les comptables sont employés comme maçons, les charpentiers sont comptables, les charrons médecins et les médecins ajusteurs, électriciens ou terrassiers.

* * *


Tous les jours, un wagon de dix tonnes, plein de colis venant de toutes les nations de l'Europe occidentale, sauf de l'Espagne et du Portugal, arrivait en gare de Dora: à quelques rares exceptions près, ces colis étaient intacts. Cependant au moment de la remise à l'intéressé ils étaient totalement ou aux trois quarts pillés. Dans de nombreux cas, on ne recevait que l'étiquette accompagnée de la nomenclature du contenu, ou d'un savon à barbe, ou d'une savonnette, ou d'un peigne, etc. Un kommando de Tchèques et de Russes était affecté au déchargement du wagon. De là, on conduisait les colis à la Poststelle où les Schreiber et Stubendienst de chaque Block venaient en prendre livraison. Puis le chef de Block les remettait lui-même à l'intéressé. C'est sur ce parcours limité qu'ils étaient pillés.

Le mécanisme du pillage était simple. D'abord, c'était surtout les colis français réputés pour la richesse de leur contenu qui en faisaient les frais. Sur le lieu même du déchargement, le wagon était ouvert par le Kapo du kommando, sous les yeux d'un S.S. chargé du contrôle des opérations. Le colis passait en trois mains: du wagon, un Tchèque le lançait à un Russe à terre qui devait l'attraper au vol et le relancer à un autre Russe ou à un autre Tchèque, lequel avait pour mission de le ranger sur la voiture. De temps en temps, le Russe du wagon disait " Franzous " [page 65] et le Tchèque écartait les mains: le colis tombait à terre où il s'écrasait, son contenu se répandait sur le sol et Russes et Tchèques s'emplissaient les poches ou la musette. Si quelque chose du colis éventré lui plaisait, le S.S. tendait la main, et ainsi était achetée sa complicité.

La voiture pleine, tirée par six hommes, s'ébranlait en direction de la Poststelle; sur ce premier parcours, nombre de colis disparaissaient ou étaient éventrés à leur tour.

Le règlement prescrivait qu'à la Poststelle, les colis devaient être minutieusement fouillés et que devaient en être retirés les médicaments, le vin, les alcools, les armes ou objets divers pouvant être utilisés comme armes. Cette fouille officielle était faite par une équipe de détenus, AIlemands ou Slaves, sous la surveillance de deux ou trois S.S.: nouveau prélèvement. Les S.S. eux-mêmes se laissaient tenter par un morceau de lard, une tablette de chocolat dont la petite amie avait envie, un paquet de cigarettes, un briquet: ils s'assuraient le silence des détenus en fermant les yeux sur les vols qu'ils commettaient.

De la Poststelle au Block, les Schreiber et Stubendienst s'arrangeaient pour effectuer un troisième prélèvement et, à la fin de la course, il y avait le chef de Block qui effectuait le quatrième et dernier, après quoi, il remettait le reste à l'intéressé.

La cérémonie de la remise à l'intéressé avait quelque chose de grotesque. Le détenu était appelé par son numéro et invité à se rendre auprès du chef de Block. Sur le bureau de celui-ci, il y avait son colis ouvert et inventorié. Au pied du bureau une grande corbeille surmontée d'une pancarte: " Solidarität ". Chaque détenu était moralement obligé de laisser tomber un peu de ce qu'il recevait pour ceux qui ne recevaient jamais rien, notamment les Russes et les Espagnols, les enfants, les déshérités de toutes nationalités qui n'avaient pas de parents ou dont les parents ignoraient l'adresse, etc. En théorie, car en pratique le chef de Block, après chaque distribution, s'appropriait purement et simplement ce qui était tombé dans la corbeille et le partageait avec son Schreiber et les Stubendienst.

Après chaque arrivage, les S.S., les Kapos, les Lagerschutz, les Biockältester, tout ce qui avait un grade quelconque dans la S.S.-Führung ou dans la H-Führung, étaient abondamment pourvus de produits français, ce qui m'avait persuadé que les pillages étaient le fait d'une bande organisée.

J'[ai] reçu mon premier colis le 4 avril 1944; il manquait tout le linge, une tablette de chocolat, je crois, et une boîte [page 66] de conserve, mais il restait trois paquets de cigarettes, un bon kilo de lard, une boîte de beurre et diverses autres menues denrées comestibles. Nous avions changé de Block l'avant-veille, nous étions au 11 et notre chef de Block était un Allemand à écusson noir. Je lui demandai ce qui lui ferait plaisir:

-- Nichts, geh mal! (7)

Résolument, je lui tendis un paquet de cigarettes puis, montrant la corbeille de "Solidarität", je l'interrogeai des yeux:

-- Brauch nicht! Geh mal, blöde Kerl! (8)

J'avais misé juste. Le surlendemain, j'étais de nouveau appelé: j'avais trois colis cette fois. De l'un d'eux, il ne restait que l'étiquette, mais les deux autres étaient à peu près intacts: dans l'un, un énorme morceau de lard.

-- Dein Messer, dis-je au chef de Block.

J'en coupe la bonne moitié que je lui tends, puis je m'en vais sans même demander si je devais laisser quelque chose à la " Solidarität ". Il me regarde m'éloigner en écarquillant les yeux: les Français avaient la réputation que d'ailleurs ils justifiaient, d'être jaloux de leurs colis et peu généreux. Soudain, il me rappelle:

-- Dein Nummer?

Il inscrit, puis:

-- Höre mal, Kamerad, deine Paketten werden nie mehr gestollen werden, me dit-il. Das sage ich. Geh mal jetzt!

En effet, à partir de ce jour, mes colis m'ont tous été remis et à peu près intacts: le chef de Block avait fait passer mon numéro aux différents stades de la dévalisation, intimant l'ordre de "ne pas y toucher". C'est à cela que je dois d'avoir la vie sauve car, les colis venus de France, outre l'appoint qu'ils apportaient à la nourriture du camp, étaient une précieuse monnaie d'échange avec laquelle on pouvait se procurer des exemptions de travail, des vêtements supplémentaires, des planques. Ils m'ont permis à moi de passer à l'infirmerie une huitaine de mois que d'autres, tout aussi malades, ont passés à une gymnastique dont ils sont morts

A propos des colis, il s'est passé un autre phénomène tragique: la plupart des Français, même de famille très aisée, en recevaient un au trois quarts pillé, puis plus rien. C'est à la libération que j'ai eu l'explication: à l'arrivée au [page 67] camp, les détenus écrivaient une fois à leur famille, en précisant qu'ils avaient le droit d'écrire deux fois par mois. la famille envoyait un colis et, comme c'était le premier, avant d'envoyer le second, elle attendait d'avoir l'accusé de réception qui ne venait jamais, car hormis la première, une sur dix seulement des lettres que nous écrivions arrivait à destination. Au camp, le détenu qui écrivait régulièrement se demandait ce qui se passait, et pendant qu'il mourait d'inanition, en France, sa famille était persuadée que ce n'était pas la peine de lui envoyer un second colis: puisqu'il n'avait pas accusé réception du premier, sûrement il était mort. Ma femme qui m'envoya régulièrement un colis tous les jours m'a dit qu'elle ne le faisait que par acquit de conscience et contre toute espérance, ma mère elle-même ayant réussi par ce raisonnement à la persuader qu'elle les envoyait à un mort et qu'en plus du deuil certain, c'était bien de l'argent perdu.

* * *


Le 1er juin 1944, le camp est méconnaissable.

Depuis le 15 mars, deux convois n'ont cessé d'arriver (de huit cents, de mille, de mille cinq cents), une ou deux fois par semaine, et la population est montée a environ quinze mille unités. Si elle n'a pas dépassé ce chiffre, c'est que la mort a fauché dans une proportion très voisine de la totalité des arrivages: tous les jours, cinquante à quatre-vingts cadavres ont pris la direction du Krematorium. La H-Führung comprend à elle seule le dixième de la population du camp: quatorze à dix-huit cents planqués, omnipotents et pleins de leur importance règnent sur le vulgum pecus en fumant des cigarettes, en mangeant des soupes et en buvant de la bière à volonté.

On en est à monter le Block 141, qui est destiné à devenir le Theater-Kino et le Bordel est prêt à recevoir des femmes. Tous les Blocks, géométriquement et agréablement disposés dans la colline, sont reliés entre eux par les rues bétonnées: des escaliers de ciment et à rampe conduisent aux Blocks les plus élevés; devant chacun d'eux des pergolas, avec plantes grimpantes, de petits jardinets avec pelouses de fleurs, -- par-ci, par-là, de petits ronds-points avec jet d'eau ou statuette, La place de l'Appel, qui couvre quelque chose comme un demi-kilomètre carré, est entièrement pavée, propre à n'y pas perdre une épingle.

Une piscine centrale avec plongeoir, un terrain de sport, de frais ombrages à portée du désir, un véritable camp pour [page 68] colonies de vacances, et n'importe quel passant qui serait admis à le visiter en l'absence des détenus en sortirait persuadé qu'on y mène une vie agréable, pleine de poésie sylvestre et particulièrement enviable, en tout cas hors de toute commune mesure avec les aléas de la guerre qui sont le lot des hommes libres. Les S.S. ont autorisé la création d'un kommando de la musique. Tous les matins et tour les soirs, une clique d'une trentaine d'instruments à vent soutenus par une grosse caisse et des cymbales, rythme la cadence des kommandos qui vont au travail ou en reviennent. Dans la journée, elle s'exerce et assourdit le camp des plus extraordinaires accords. Le dimanche après-midi, elle donne des concerts dans l'indifférence générale, pendant que les planqués jouent au football ou font les acrobates au plongeoir.

Les apparences ont changé, mais la réalité est restée la même. La H-Führung est toujours ce qu'elle était: les politiques s'y sont introduits en nombre appréciable et les détenus, au lieu d'être brutalisés par les droits communs, le sont par les communistes ou soi-disant tels. Tout individu touche régulièrement un salaire: deux à cinq marks par semaine. Ce salaire est encaissé par la H-Führung qui le distribue en général le samedi soir sur la place de l'Arbeitstatistik, mais en procédant de telle sorte, en organisant de telles cohues que manifester la prétention de le toucher équivaut à poser sa candidature au Krematorium. Très peu nombreux sont les téméraires qui se présentent. Les Kapos, chefs de Blocks, Lagerschutz, se partagent ce qu'ils sont ainsi dispensés de répartir. On distribue aussi des cigarettes -- douze cigarettes tous les dix jours -- moyennant 80 pfennigs. On n'a pas d'argent pour les payer et les chefs de Blocks chargés de la répartition exigent de ceux qui en ont, de telles vertus d'hygiène et de maintien qu'il est à peu près impossible d'entrer en possession de sa ration. Enfin, on distribue de la bière: à tout le monde en principe, mais là encore, il faut pouvoir payer. Les familles des détenus sont autorisées à leur envoyer chaque mois trente marks qu'ils ne reçoivent pas plus que leur salaire hebdomadaire ou leurs cigarettes pour les mêmes raisons. Et tout à l'avenant: un jour, les gens de la H-Führung ont décidé de se partager les vêtements et objets divers dont nous avions été dépouillés à notre arrivée à Buchenwald.

Il convient d'ajouter que pour obtenir ce résultat des milliers et des milliers de détenus sont passés par le Krematorium, soit qu'ils y soient allés tout naturellement en [page 69] conséquence de la vie qu'on leur faisait mener, soit qu'on les y ait envoyés pour des motifs divers, notamment le sabotage, en leur faisant emprunter le chemin des Strafkommandos, du Bunker et de la Potence. De mars 1944 à avril 1945, il ne s'est pas passé de semaine qui n'ait vu ses trois ou quatre pendus pour sabotage. A la fin, on les pendait par dix, par vingt, sous les yeux les uns des autres. L'opération se faisait sur la place de l'Appel, en présence de tout le monde. Une potence était dressée, les patients arrivaient, un bâillon de bois en forme de mors dans la bouche, les mains derrière le dos. Ils grimpaient sur un tabouret, passaient la tête dans le noeud coulant. D'un coup de pied, le Lagerschutz de service faisait basculer le tabouret. Pas d'à-coup: les malheureux mettaient quatre, cinq, six minutes pour mourir. Un ou deux S.S. surveillaient. L'opération terminée, toute la population du camp défilait devant les cadavres suspendus à leur corde.

Le 28 février 1945, ils en ont pendu trente qui sont montés par dix à la potence. Les dix premiers ont passé leur tête dans les noeuds coulants, les dix suivants attendant leur tour au garde-à-vous, près des tabourets, les dix derniers se tenant à cinq pas pour attendre le leur. Le 8 mars suivant, ils en ont pendu dix-neuf: cette fois, l'opération a eu lieu au Tunnel et il n'y a que les kommandos du Tunnel qui en ont été les témoins. Les dix-neuf patients ont été mis sur un rang en face du Hall 32. Un grand palan auquel étaient fixées dix-neuf cordes s'est abaissé lentement, au-dessus de leurs têtes. Le Lagerschutz a passé les dix-neuf noeuds coulants, puis le palan est remonté lentement, lentement: oh! les yeux des malheureux qui s'agrandissaient et leurs pauvres pieds qui cherchaient à garder contact avec le sol! Le dimanche des Rameaux ils en ont pendu cinquante-sept, à huit jours de la libération, alors que nous avions déjà entendu le canon allié tout proche et que l'issue de la guerre ne pouvait plus faire de doute pour les S.S.

C'est encore ainsi: les S.S. découvraient d'eux-mêmes un certain nombre d'actes de sabotage (en 1945, et depuis la mi-44, il était devenu impossible à quiconque dans ou hors des camps de vivre sans saboter), mais la H-Führung leur en signalait impitoyablement un plus grand nombre encore. On aura d'ailleurs une juste idée de ce que pouvait être cette H-Führung, quand on saura qu'à la libération, au moment des transports d'évacuation, tous les Allemands qui en faisaient partie, rouges ou verts, nous encadraient, brassard blanc et fusil chargé sous l'épaule. Tous les Allemands, [ page 70 ] dis-je, regardés avec quels yeux pleins d'envie par les autres, Russes, Polonais ou Tchèques, dont les services avaient par avance été déclinés.

Inutile de s'appesantir sur le coût de l'entreprise en vies humaines! Le 1er juin 1944, la population du camp était presque exclusivement constituée par des gens arrivés en mars ou postérieurement. On pouvait encore rencontrer sept détenus dont les matricules étaient compris entre treize et quinze mille: ils étaient arrivés huit cents le 28 juillet 1943. On en comptait une douzaine dans les vingt et vingt et un mille: ils étaient arrivés à mille cinq cents en octobre. Des huit cents pris dans les trente à trente et un mille arrivés en décembre-janvier, il restait une cinquantaine, des mlle deux cents pris dans les trente-huit à quarante-quatre mille arrivés en février-mars, trois ou quatre cents survivaient. Les matricules quarante-cinq à cinquante mille arrivés dans le courant de mai étaient encore à peu près au complet: pas pour longtemps.

 


Extrait du livre de Paul Rassinier, Le Mensonge d'Ulysse, qui est paru d'abord aux Editions bressanes en 1950. Cette première partie était parue auparavant sous le titre Passage de la ligne en 1948. L'ensemble a été plusieurs fois réédité par différents éditeurs, de droite comme de gauche. Nous utilisons l'édition procurée en 1980 par La Vieille Taupe, à Paris. Signalons qu'il existe une traduction anglaise un peu abrégée (il y manque les trois premiers chapitres) parue, avec d'autres textes de Rassinier, sous le titre Debunking the Genocide Myth, parue en 1978 aux Etats-Unis.

| Chapitre 1 | Chapitre 2 | Chapitre 3 | Chapitre 4 | Chapitre 5 | Chapitre 6 |
| Chapitre 1/2 | Chapitre 2/2 | Chapitre3/2 | Chapitre 4/2 | Chapitre 5/2 | Conclusion |
| Avant-propos à la deuxième édition | Préface de Paraz à la 1ère éd. |


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