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Les responsables de la seconde guerre mondiale

Paul Rassinier

1967

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CHAPITRE II

LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE DE HITLER

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1. Du traité de Versailles au désarmement général.

La politique étrangère de Hitler partait exactement des mêmes considérations et reposait sur les mêmes principes que celle de la République de Weimar - qui n'était, pourtant, pas nazie ! - dont elle fut, au plan pratique, le prolongement rigoureux. Avant toute chose donc, il importe de faire le point de cette politique au 30 janvier 1933, jour où, sous la pression des événements, provoqués en Allemagne par la politique des vainqueurs de la première guerre mondiale à son égard, le président Hindenburg désigna Hitler pour le poste de chancelier du Reich.

Lorsque, le 7 mai 1919, à la séance de la Conférence de la Paix qui avait spécialement été prévue à Versailles pour la remise solennelle du Traité aux vaincus, le comte Brockdorff-Rantzati, chef de la délégation allemande convoquée 1 [50] à cet effet, prit connaissance de ses stipulations, il fut atterré. En Allemagne, ce fut une vraie panique. Les Allemands venaient de vivre les six mois, sans aucun doute, les plus sombres de leur histoire. A la fin du mois d'avril, certes, soit quelques jours auparavant, les mesures prises à leur égard depuis la signature de la Convention d'armistice, avaient été, grâce aux efforts du président Hoover, quelque peu assouplies 2: l'Allemagne fut autorisée à exporter 29 milliards de marks-or, pour acheter des vivres, quelques-unes de ses créances dans les pays neutres avaient été débloquées et elle put acheter des conserves dans les pays scandinaves, du froment en Argentine, etc.

Mais, jusque-là, le blocus fut rigoureux : elle ne pouvait rien recevoir de l'extérieur, ni rien y exporter que sous contrôle des Alliés qui étaient, à la fois, très vigilants et très sévères. Aussi bien, cette mesure de blocus était inutile : l'embargo qui pesait sur ses réserves d'or et ses créances à l'étranger paralysait totalement son économie et, n'ayant rien à exporter, elle ne pouvait, non plus rien trouver à importer. Enfin, les Alliés avaient aussi mis l'embargo sur ses voies et moyens de communication, et exigé la livraison des cinq mille locomotives et des cent cinquante mille wagons prévus par la Convention d'armistice, si bien qu'à l'intérieur même de l'Allemagne, vivres et matières ne pouvaient être acheminés des régions productrices vers les régions consommatrices que dans une mesure à peu près nulle.

Pendant l'hiver, les foyers domestiques avaient cruellement souffert partout, sauf dans la Ruhr, de la pénurie des livraisons de charbon. Au total, près de quatre millions d'hommes qu'on démobilisait mais qu'on ne pouvait réintégrer dans aucun circuit de la vie économique, le chômage, la faim, le froid, une misère noire. Une révolution qu'on avait dû noyer dans le sang en janvier, qui sourdait toujours en mai, le bolchevisme à la porte...

Aux yeux des Allemands, le Traité ne pouvait manquer d'être dur, la Convention d'armistice et les conditions qui [51] leur avait été faites, depuis, ne le laissaient que trop présager. Les mesures d'allègement prises à la fin du mois d'avril leur avaient pourtant laissé espérer que la situation qu'il créerait, pour difficile qu'elle soit, serait tout de même supportable. Or, voici que, non seulement le blocus n'était pas levé 3 ni l'embargo sur leurs réserves d'or et leurs créances à l'étranger, mais encore qu'aux livraisons de matériel ferroviaire on avait ajouté d'importantes livraisons de matériel industriel et agricole, et que, pour couronner le tout, on leur avait ravi tous leurs marchés extérieurs (empire austro-hongrois, empire ottoman, Afrique et Extrême-Orient).

Au surplus, ils auraient à payer, au titre d'indemnités et de réparations, des sommes dont le montant n'avait pu être fixé sur le moment, qu'on avait laissé à une commission des ambassadeurs le soin de fixer ultérieurement après étude, mais dont on pouvait être sûr qu'elles seraient à la mesure des conditions draconiennes du Traité 4. Économistes nés et qui avaient le sens de l'image, les Allemands virent tout de suite que leur pays était transformé en une sorte de maison de commerce bien placée dans une des grandes rues passantes du monde, à la porte de laquelle on aurait mis des plantons pour interdire aux clients éventuels d'entrer et les prier d'aller se servir en Angleterre. Car tous les marchés qui leur avaient été pris avaient été donnés aux Anglais, à l'exception de quelques miettes attribuées à la France. Un pays de soixante-cinq millions d'habitants condamné à la mendicité dans un monde plein de ressentiments et qui n'aurait pas l'aumône généreuse, qui, par les clauses militaires dont il avait assorti le Traité, prétendait rester en mesure de lui imposer ses volontés à tout moment. Le chômage et la misère en permanence. Et la servitude par-dessus le marché !

Dans un livre de quatre cent quarante-trois pages qui est, encore aujourd'hui, considéré comme une étude économi[52]que d'une très grande valeur et un monument de bon sens, le gouvernement allemand, présidé par le social-démocrate Scheidemann, fit des contre-propositions : elles émurent la délégation anglaise, notamment Lloyd George, et la délégation américaine, surtout Lansing, le Secrétaire d'État du président Wilson. La délégation française présidée par Clemenceau resta intraitable : les autres, quoique de mauvaise grâce, s'alignèrent sur elle et le gouvernement allemand n'obtint rien.

Finalement, le 28 juin, il signa le traité en protestant véhémentement qu'il avait le couteau sous la gorge et ne pouvait faire autrement.

Il n'est pas indifférent de noter que, de ce traité, l'économiste anglais Keynes a dit qu'il était « un défi à la justice et au bon sens, une tentative pour réduire l'Allemagne en servitude, un tissu d'exégèses jésuitiques, cachant des desseins d'oppression et de rapine 5». Et que Lloyd George lui-même, qui voulait « promener le Kaiser, enfermé dans une cage dans les rues de Londres » et « presser l'orange jusqu'à ce que les pépins crissent » en pensait, nous dit André François-Poncet 6 « que les prétentions françaises étaient insensées et mal fondées, qu'elles étaient irréalisables, qu'elles cachaient des appétits rapaces ou des ambitions d'annexion territoriale, que, si l'on y donnait suite, on provoquerait la ruine totale de l'Allemagne et celle de l'Europe, la misère et le désespoir des Allemands qui se bolcheviseraient et installeraient la révolution au coeur du continent » *. Quant aux Américains, ils le refusèrent et signèrent avec l'Allemagne un traité séparé un peu plus rationnel et un peu plus humain, le 25 août 1921.

C'est pourtant sur ses clauses militaires et non en s'autorisant des critiques plus générales et plus systématiques de Keynes et de Lloyd George, qu'entre les deux guerres les Allemands attaquèrent le traité de Versailles, le plus souvent avec succès auprès des Anglais, des Américains et d'une importante partie de l'opinion publique française.

[53]

C'est qu'en effet, sur ce point, il comportait des engagements réciproques précis et, au cas où ces engagements seraient tenus, il constituait, d'autre part, une excellente voie d'accès au fond du problème.

Les clauses militaires, armée de terre, marine, aviation, occupent toute la cinquième partie du traité. En gros, elles se ramènent à ceci : une armée de métier de cent mille hommes pour les trois armes ; démantèlement des fortifications et des usines de guerre ; livraison de matériel aux Alliés. En annexe, garanties d'exécution : occupation de la rive gauche du Rhin et des têtes de pont de Cologne, Coblence, Mayence et Kehl avec évacuation au fur et à mesure de l'exécution ; la Sarre à la France pour quinze ans au terme desquels il y aurait un plébiscite dans lequel elle aurait le choix entre la France et l'Allemagne ; prise d'autres territoires en gages au cas de non exécution. L'engagement réciproque figure en tête de cette cinquième partie et il est ainsi conçu :

« En vue de rendre possible la préparation d'une limitation générale des armements de toutes les nations, l'Allemagne s'engage à observer strictement les clauses militaires, navales et aériennes ci-après stipulées. »

C'était clair : le désarmement allemand était conçu comme le prélude du désarmement général. C'était d'autant plus clair que la lettre de Clemenceau, en date du 16 juin 1919, accompagnant la remise officielle du Traité dans sa rédaction définitive, explicitait encore cet engagement et le précisait :

« Les principales Puissances alliées et associées tiennent à spécifier que leurs conditions concernant les armements de l'Allemagne n'ont pas seulement pour objet de la mettre dans l'impossibilité de reprendre sa politique d'agression militaire. Elles constituent également le premier pas vers cette réduction et cette limitation générale des armements que lesdites Puissances cherchent à réaliser comme le meilleur moyen de prévenir la guerre, réduction et limitation que la Société des Nations aura, parmi ses premiers devoirs, de réaliser. Il est juste, comme il est nécessaire, de commencer obligatoirement la limitation des armements par la nation qui porte la responsabilité de leur extension. »

Clemenceau, chef de la délégation française à la Confé[54]rence de la Paix, ne le dit pas et on ne peut prendre ce texte que pour ce qu'il dit, - ce que, d'ailleurs, firent les Allemands - mais son comportement dans la discussion autorise à penser qu'il savait parfaitement irréalisables les clauses économiques du Traité et que, s'il exigea des Anglais et des Américains qu'elles fussent imposées à l'Allemagne, ce n'était que pour avoir, le jour où cette dernière ne les pourrait plus exécuter, une raison juridique, non seulement d'échapper à l'évacuation de la rive gauche du Rhin et des têtes de ponts, mais encore de prendre d'autres territoires en gages. Du moins est-ce cela qu'il faut entendre par le « tissu d'exégèses jésuitiques, cachant des desseins d'oppression et de rapine » et « les appétits rapaces et les ambitions d'annexion territoriale » prêtés à la France, le premier par Keynes, les secondes par Lloyd George **.

De fait, lorsque, en janvier 1923, l'Allemagne exsangue (sa monnaie qui s'échangeait encore, en octobre 1918, à la parité de quatre marks pour un dollar était tombée à sept mille deux cent soixante marks pour un dollar) ne put plus payer, Poincaré donna l'ordre (11 janvier) aux troupes françaises commandées par le général Degoutte, d'occuper le bassin minier de la Ruhr et d'en saisir la production. Contre l'avis des Anglais et à la grande indignation des Américains.

Bref, par application des articles 203 à 210 du traité de Versailles, une Commission militaire Interalliée de Contrôle (C.M.I.C.) est nommée qui, sous la présidence du général Nollet, s'installe à Berlin, le 16 septembre 1919 et répartit les trois cent quatre-vingt-trois officiers et les sept cent trente-sept sous-officiers et hommes de troupe qui la composent à travers toute l'Allemagne pour surveiller l'exécution de son désarmement 7.

Le 16 février 1927, faisant devant la commission de l'armée de la Chambre des députés, un exposé complet des résultats de ses travaux, le maréchal Foch qui les avait suivis et était allé vérifier sur place pour le compte de la S.D.N. affirmait qu'au 31 janvier 1927 le désarmement de l'Allemagne était effectif.

Le 28 février 1927, la C.M.I.C. quittait l'Allemagne.

[55]

Entre temps, le 25 septembre 1925, l'Assemblée générale de la S.D.N. avait décidé de créer une Commission préparatoire à la Conférence chargée de procéder à la réduction des armements nationaux au minimum compatible avec la sécurité nationale et avec l'exécution des obligations internationales imposées par une action commune. Pour long qu'il soit, c'était son titre et ses membres avaient été nommés le 12 décembre suivant 8. Sa première réunion prévue pour le 15 février 1926, ne put avoir lieu que le 18 mai.

Et c'est ici que les difficultés commencèrent.

2. - La France contre le désarmement général.

Pendant près de cinq années (18 mai 1926-24 janvier 1931) la Commission s'efforça en vain de résoudre le problème qui lui était posé. Les raisons de son échec tiennent dans sa composition et, relativement à la réduction des armements, aux préoccupations particulières de chacun des pays membres : les États-Unis raisonnent en fonction du différend qu'ils ont avec le Japon dans le Pacifique, l'Angleterre aussi ; le Japon est obnubilé par celui qui l'oppose à la Chine et la Chine par celui qui l'oppose à la Russie, etc. Or, tous ces différends ne peuvent, au pire, engendrer que des conflits locaux aisément évitables par des négociations : il était clair qu'une seconde guerre mondiale ne pouvait surgir que des problèmes européens, que ceux-ci étaient dominés par le problème allemand et qu'alors, il devait être placé au centre des débats.

Aussi bien, c'était lui seul qui était posé par l'engagement réciproque inscrit dans le Traité de Versailles et c'était encore lui qui avait motivé la création de la Commission.

[56]

Enfin, dans toutes les discussions et souvent après de longues digressions sur les problèmes de la politique mondiale, ce fut toujours à lui qu'en fin de circuit on revint, et sur lui que tout achoppa toujours. C'est donc uniquement de lui et des prises de position de la Commission en ce qui le concerne, qu'on discutera ici.

On ne tiendra aucun compte de la position russe. Participant pour la première fois au débat, lors de la quatrième session de la Commission qui eut lieu du 30 novembre au 2 décembre 1927, par la voix de son chef Litvinoff, la délégation russe réclama « le licenciement et l'interdiction de tous les effectifs armés de terre, de mer et d'air... la destruction de toutes les armes... l'abolition de tout service militaire, etc. »

Il est bien évident qu'un monde totalement désarmé ne court aucun risque de guerre et que c'est là le but à atteindre. Mais, le sujet qui était proposé était la limitation des armements, non leur suppression. La proposition était vraiment trop facile à écarter. Au fond, c'était peut-être là le but poursuivi par les Russes.

La position allemande, par contre, était très forte. Benoist-Méchin qui, de tous ceux qui en ont écrit, est très probablement celui qui l'a le plus clairement exposée et commentée, résume ainsi l'intervention que le comte Bernstorff fit, en mai 1926, au cours de la première session de la Commission, quand le tour de parole de la délégation allemande fut venu pour la première fois :

« Les Alliés ont imposé au Reich une armée de cent mille hommes. Or, le Traité de Paix, le Pacte de la S.D.N. et, depuis lors, l'acte final de Locarno 9 s'accordent à [57] reconnaître que le désarmement allemand doit ouvrir la voie au désarmement général. Il n'y a, pour y parvenir, que trois façons de procéder : ou bien abaisser vos armements au niveau assigné à l'Allemagne ; ou bien permettre à l'Allemagne de relever ses armements au niveau des vôtres ; ou enfin, en combinant les deux méthodes, abaisser vos armements et nous permettre de relever les nôtres, de sorte qu'ils se rencontrent à mi-chemin 10. »

En Europe, tout le monde était prêt à désarmer sauf la France qui tenait à rester en mesure d'exiger l'exécution des clauses économiques du Traité de Versailles les armes à la main, et qui, par conséquent, tout en gardant la liberté de s'armer à son gré, voulait que l'Allemagne restât désarmée. Et la Russie qui se tenait dans l'expectative, la Russie n'était pas là. C'est donc à la France que ce discours s'adressait.

Le chef de la délégation française, M. Paul-Boncour qui jamais ne se départit d'une germanophobie à toute épreuve et qui guettait l'Allemagne au tournant, ne s'y méprit pas. Il fut cependant pris au dépourvu et sa réponse fut lamentable : « Ce que vous demandez là, répliqua-t-il, n'est rien moins que la permission de réarmer légalement ! »

Texte du discours en mains, les autres délégations furent bien obligées de reconnaître que ce n'était pas vrai. Car le discours du chef de la délégation allemande n'avait rien de commun avec cette interprétation et était, au surplus, d'une logique impeccable.

[58]

Et, comme il voyait qu'il avait indisposé la Commission, M. Paul-Boncour de se lancer, pour se rattraper, dans une longue digression sur la nécessité de mettre en place tout un système d'ententes, de pactes d'assistance mutuelle et d'arbitrage, pour assurer la sécurité collective avant de procéder à toute mesure de désarmement.

« Le chapitre de la sécurité est clos », lui répliqua vertement Lord Robert Cecil, chef de la délégation anglaise. « Vous avez le Pacte de la S.D.N. et le Traité de Locarno, la garantie de la Grande-Bretagne et de l'Italie, des accords avec la Pologne et la Tchécoslovaquie : que voulez-vous de plus ? »

M. Paul-Boncour ergota que ce n'était là qu'un commencement, que ce n'était pas suffisant, qu'il fallait pousser plus avant un système que les traités antérieurs n'avaient qu'ébauché, etc.

La Commission s'enlisa dans ce byzantinisme.

Le Traité de Locarno disposait (art. 10 du Pacte Rhénan qui en était l'ossature) qu'il entrerait en vigueur « dès que l'Allemagne serait devenue membre de la S.D.N. » Il fallait donc qu'elle y entrât : elle fit sa demande d'admission le 10 février 1926 et le 10 septembre suivant, au cours de la VII' Assemblée générale, elle y était reçue solennellement. Cette admission fut un élément sérieux d'apaisement dans les relations internationales en Europe. Poursuivant dans cette voie, le 6 avril suivant, Briand entama, avec Kellog, secrétaire au département d'État américain, des pourparlers qui aboutirent, le 27 août 1928 au pacte de Paris dit Briand-Kellog, qui condamnait « le recours à la guerre pour le règlement des conflits internationaux et en tant qu'instrument de politique nationale », qui complétait dans une grande mesure le pacte de Locarno. Quatorze états, dont l'Allemagne, le signèrent le jour même et presque tous les états du monde dans la suite.

Mais, à partir de son admission à la S.D.N. l'Allemagne voulut en être membre à part entière c'est-à-dire avec les mêmes droits que les autres membres, et que les obligations qui étaient faites à tous, par le Traité de Versailles, notamment en matière désarmement, fussent imposées à tous, non à l'Allemagne seulement.

L'admission de l'Allemagne à la S.D.N. renforçait sa posi[59]tion d'un argument de poids : au moins dans le système démocratique qui était celui de cette organisation, tous les membres d'une société sont, par principe, égaux, il ne peut pas y avoir de mineurs ou alors, il n'y a pas de société, sinon féodale.

Cependant, chaque fois que l'égalité des droits vient en discussion, chacun fait son possible pour esquiver le débat. Par tactique, l'Allemagne elle-même ne dramatise pas. La controverse s'égare dans de vains palabres sur le point de savoir s'il faut désarmer pour assurer la sécurité ou assurer d'abord la sécurité pour pouvoir désarmer. Comme personne n'est capable de dire comment on peut assurer la sécurité sans désarmer, on n'arrive pas à sortir de l'impasse. La France qui bouche toutes les issues avec sa thèse de « la sécurité d'abord » perd des sympathies, l'Allemagne en gagne et particulièrement dans les petites nations. Clopin-clopant, au terme de quatre années de discussions qui n'ont pas fait progresser la question d'un iota, on atteint le mois de novembre 1930 qui voit s'ouvrir la septième session de la Commission.

Soudain, un incident se produit : le général von Seckt, chef de la Reichswehr, brusque les choses. Dans une interview donnée à l'United Press, il déclare en substance que, s'il faut abandonner l'espoir de ramener toutes les grandes armées au niveau de l'armée allemande, il ne restera plus au Reich qu'à réarmer, puisque les autres ne désarment pas, et qu'il devra déterminer lui-même, librement, le niveau de son réarmement en fonction de l'importance de sa population et de sa situation géographique.

Feignant de ne pas voir le conditionnel, la France saute sur l'occasion et obtient facilement de la Commission, qui tombe dans le panneau, le vote d'une résolution proclamant l'intangibilité de la partie V du Traité de Versailles, que le désarmement allemand doit être considéré comme définitif et acquis une fois pour toutes, qu'il est la condition sine qua non du désarmement des autres nations... mais ne dit pas un mot des intentions de ces autres nations quant à leur désarmement.

Aussitôt, le comte Bernstorff se lève : il dit que la Partie V du Traité de Versailles n'est pas simplement une condition imposée à l'un des signataires mais une obliga[60]tion morale et juridique faite à tous, qu'il ne peut pas y avoir deux poids et deux mesures, que la résolution est une interprétation unilatérale et restrictive, que l'Allemagne veut jouir de droits égaux à ceux des autres membres de la S.D.N. et il place la Commission devant ses responsabilités si elle ne faisait pas sien ce point de vue.

Ni moralement, ni juridiquement, il n'y avait rien à opposer à ce raisonnement. Le président se borne à lui répliquer que sa revendication n'est pas de la compétence de la Commission mais de la Conférence qu'elle est chargée de préparer...

« Très bien, coupe le comte Bernstorff, alors, mon gouvernement en appelle dès à présent à la Conférence elle-même, et la délégation allemande ne participera plus, désormais, aux travaux de la commission. »

Puis, suivi de la délégation allemande, il quitta la salle des séances.

C'était l'échec. Toutes les délégations comprirent soudain qu'elles étaient allées trop loin. On raccrocha l'affaire comme on put : la Commission soumit le litige au conseil de la S.D.N. qui, le 24 janvier 1931, au lieu de prendre des sanctions contre l'Allemagne, convoqua quand même la Conférence du désarmement pour le 2 février 1932.

Le 2 février 1932, soixante-deux pays, et non plus vingt-six, se trouvent réunis autour du tapis vert et cette augmentation en nombre qui multiplie les points de vue n'est pas de nature à simplifier les choses. D'autre part, ils ne sont plus des délégués chargés d'une investigation par des gouvernements, mais chargés de prendre des décisions. Enfin, la commission préparatoire n'a rien préparé et ils se trouvent devant le vide.

D'entrée de jeu, le représentant du Reich, M. Nadolny, définit l'objet de la conférence : l'égalité des droits. Le représentant de l'Angleterre, M. Arthur Henderson, prétend qu'au lieu de discuter sur des principes, il vaut mieux se mettre d'accord sur des mesures de désarmement effectif, que c'est parce qu'on ne l'a pas fait, jusqu'ici, qu'on est arrivé à une impasse, et il propose de définir d'abord les armes offensives et les armes défensives, les premières étant à supprimer dès qu'elles auront été définies. M. André Tardieu, représentant de la France pense, lui, [61] qu'il vaut mieux définir d'abord l'agresseur, que ce qu'il faut limiter, ce ne sont pas tellement les armements que les possibilités d'agression car, des armements, la S.D.N. en aura besoin pour châtier l'agresseur dès qu'il sera défini, s'il passe outre aux décisions de la conférence. On s'égare à nouveau dans des discussions sans fin sur des problèmes accessoires.

Ce que voyant, au nom du président Hoover, M. Gibson. représentant les U.S.A. dépose, le 22 juin, le plan suivant qui lui paraît de nature à donner satisfaction à l'Allemagne et ramener la Conférence à dés objectifs plus positifs :

« 1° Au point de vue terrestre : réduction d'un tiers des effectifs, chaque pays ayant droit, par ailleurs, à une force de police proportionnelle à la moyenne allouée à l'Allemagne par les traités de paix. Suppression totale des chars d'assaut et de l'artillerie lourde ;
« 2° Au point de vue naval : suppression d'un tiers du tonnage et du nombre des cuirassés, d'un quart du tonnage des porte-avions, des croiseurs et des contre-torpilleurs, d'un tiers du tonnage des sous-marins ;
« 3° Au point de vue aérien : suppression de tous les avions de bombardement et interdiction de tout bombardement aérien. »

Et il souligne l'importance des sacrifices auxquels consentirait son pays si ce plan était adopté : il s'obligerait à détruiretrois cent mille tonnes de vaisseaux, mille pièces d'artillerie, neuf cents chars de combat et trois cents avions de bombardement.

C'est depuis six ans, la première proposition sérieuse.

L'Allemagne et l'U.R.S.S. la saluent avec enthousiasme, l'Italie l'accepte, l'Angleterre réserve sa position mais n'est pas hostile. Une fois encore, c'est la France qui la torpille : « ce projet séduisant est trop simple, dit M. Tardieu, il ne tient pas compte de la complexité des problèmes, et surtout il ne tient pas compte de la sécurité collective à laquelle la France est attachée avant tout ». C'est une fin de non-recevoir polie 11.

[62]

On prend cependant cette proposition en considération, car, étant donné l'immense prestige du président Hoover, on ne peut pas faire autrement. Grâce aux efforts de la France, aidée en cela par le président Benès, le 22 juillet, elle est devenue :

« 1° Il sera effectué une réduction substantielle des armements mondiaux qui devra être appliquée dans son ensemble par une convention générale aux armements terrestres, navals et aériens ;
« 2° un but essentiel à atteindre est de réduire les moyens de l'agression. »

On parle au futur, on retombe dans les généralités, il faut nommer une commission chargée d'élaborer la convention, ce qui signifie qu'on retombe aussi dans le maquis de la procédure et qu'on se retrouve au point de départ. Tout le monde est déçu. On se tourne vers l'Allemagne dont on attend, avec inquiétude, la réaction : elle n'acceptera ce texte, qui lui paraît insignifiant, que si on y inclut une phrase lui reconnaissant l'égalité des droits. La France se cabre, personne ne l'approuve mais personne ne dit rien. La résolution est votée sans qu'il soit fait droit à la demande de l'Allemagne. Alors, M. Nadolny, son représentant, dépose la déclaration suivante sur le bureau de la Conférence :

« Le gouvernement allemand est prêt à collaborer aux travaux de la Conférence du désarmement pour contribuer de toute sa force aux efforts faits en vue de réaliser un pas réellement décisif vers le désarmement général, au sens de l'article 8 du Pacte. Cependant, sa collaboration n'est possible que si les travaux ultérieurs de la Conférence se poursuivent sur la base d'une reconnaissance claire et nette de l'égalité des droits entre les nations.
« Le gouvernement allemand doit faire remarquer dès aujourd'hui, qu'il ne peut s'engager à continuer sa collaboration dans le cas où une solution satisfaisante de ce point, décisif pour l'Allemagne, ne serait pas intervenue d'ici la reprise des travaux de la Conférence. »

Quarante-huit heures plus tard, la délégation allemande a quitté Genève. Une fois encore, on se rend compte qu'on est allé trop loin, qu'à force de céder à la mauvaise foi de la France, on a poussé l'Allemagne à bout : dans la cou[63]lisse, les manoeuvres commencent pour l'y ramener. Le 29 août, cédant aux instances des Anglais, des Italiens et des Américains qui, maintenant approuvent la thèse allemande, M. von Neurath, ministre des Affaires étrangères du Reich, consent à faire le premier pas : il adresse au gouvernement français une note ainsi conçue :

« 1· Les décisions prises par la Conférence du désarmement n'ont aucune signification pour l'Allemagne, du fait que la résolution du 22 juillet laisse complètement à l'écart la question de savoir si elles s'appliqueront aussi au Reich ;
« 2· La convention du désarmement élaborée par la Conférence doit remplacer, pour l'Allemagne, la partie V du Traité de Versailles qui deviendra ainsi caduque ;
« 3· L'Allemagne demande l'égalité des droits militaires, c'est-à-dire le droit de décider elle-même le statut de l'armée dont elle a besoin pour assurer sa sécurité. Agir autrement serait la maintenir dans la position de nation subalterne ;
« 4· L'Allemagne est prête à renoncer à toutes les armes auxquelles les autres puissances renonceront également. »

Le 11 septembre, la France repousse cette thèse. Le 14, M. von Neurath informe alors M. Henderson que l'Allemagne « ne pourra reprendre sa place à la Conférence aussi longtemps que la question de l'égalité des droits n'aura pas été résolue ». Le 28, la XIIIIe session de l'assemblée de la S.D.N. s'ouvre à Genève en l'absence de l'Allemagne... Enfin, sur les instances de sir John Simon et du baron Aloisi, la France consent à prendre une attitude plus réaliste : un communiqué commun de la Grande-Bretagne, de l'Italie et de la France déclare que « l'un des principes qui devait servir de guide à la Conférence du Désarmement devait être l'octroi à l'Allemagne, ainsi qu'aux autres Puissances, de l'égalité des droits », étant entendu que « les modalités d'une telle égalité des droits restent à discuter à la Conférence ». L'Allemagne décide de revenir.

Mais lorsque la Conférence du désarmement reprend ses travaux en mars 1933, deux événements se sont produits : Hitler est devenu chancelier du Reich et Roosevelt président des États-Unis.

[64]

3. - Hitler propose le désarmement général.

Ceux qui ont été le plus fortement émus par l'accession de Hitler au pouvoir en Allemagne sont les Anglais. Non seulement en raison de son programme raciste 12, antidémocratique et dictatorial en politique intérieure, expansionniste (Lebensraum) en politique extérieure, mais surtout en raison de ses méthodes et de la façon catégorique dont il formule ses revendications. Avec lui, pensent-ils, si on atermoie comme avec la République de Weimar, ce sera inévitablement la guerre à plus ou moins longue ou brève échéance. Et ils sont d'autant plus convaincus qu'il faut lui faire des concessions que, pour le moment, il se borne à réclamer l'application du Traité de Versailles dans ses clauses militaires, sa révision qu'ils trouvent légitime (par application de l'art. 19 du Pacte) dans une certaine mesure, quant à ses clauses économiques et territoriales.

Il faut dire que si Hitler se montre très dur avec la France 13 c'est qu'il la rend responsable et du Traité de Versailles et de son interprétation. Il en va tout autrement de son attitude à l'égard de l'Angleterre : tous ses discours ont, jusqu'ici, comporté une ouverture en direction d'un arrangement germano-anglais en ce qui concerne l'Europe et, jamais, aucune de ses revendications n'a porté atteinte aux intérêts anglais 14. Tout permet de penser qu'il n'y touchera pas. De toutes façons, s'il y touche et quand il y touchera, il sera toujours temps de voir.

[65]

Dans la conjoncture du moment, les Anglais sont surtout préoccupés de ne pas laisser se créer, en Europe, les conditions d'une seconde guerre qui ne pourrait être, comme la précédente, que mondiale.

Pendant l'inter-session, plusieurs plans ont été élaborés, dont un plan américain et un plan français. Le premier reprend une à une toutes les dispositions du plan Hoover à ceci près qu'il prévoit la nomination d'une Commission permanente qui se substituerait à la Conférence du désarmement et serait chargée, dans un délai de trois années, de mettre au point le problème de l'égalité des droits et celui de la sécurité. Il est dilatoire et n'a aucune chance d'être accepté par l'Allemagne. D'autre part, comme il reprend le plan Hoover qui a déjà été repoussé par la Conférence du désarmement, il n'a aucune chance non plus d'être accepté par les autres délégations. Quant au second, il met l'accent sur une question jusqu'ici considérée comme subséquente, le contrôle du désarmement, prévoit la nomination d'une commission dans ce but et, si après un certain délai qui n'est pas précisé, le résultat des investigations de cette Commission atteste de la bonne volonté de l'Allemagne, on pourra reprendre l'examen du problème de l'égalité des droits. C'est de nouveau, le maquis de la procédure en perspective. Aucune chance de succès non plus.

Ce que voyant, M. Mac Donald, le premier ministre anglais, met au point un plan précis qu'il vient lui-même exposer à la Conférence du désarmement le 16 mars 1933. En voici la substance :

« L'Allemagne se verra accorder le droit de doubler les effectifs de la Reichswehr, en les portant à 200.000 hommes. La France sera invitée à abaisser ses effectifs au même niveau. Mais aux 200.000 hommes qu'elle conservera dans la Métropole, s'en ajouteront 200 .000 autres destinés à la défense de ses colonies. L'Italie aura 200.000 hommes pour sa métropole et 50.000 hommes pour ses possessions d'outre-mer. La Pologne - dont la population est pourtant moitié moins nombreuse que celle de l'Allemagne - aura droit elle aussi, à une armée de 200.000 hommes, la Tchécoslovaquie à 100.000 et l'U.R.S.S. à 500.000. En additionnant les forces de tous les pays alliés [66] à la France, c'est-à-dire la Pologne, la Belgique et la Petite Entente, on arrive à un total de 1.025.000 hommes, opposés aux 200.000 de la nouvelle Wehrmacht. Cette disparité se trouvera encore accrue par le fait que l'Allemagne n'aura pas le droit de posséder une aviation, tandis que la France sera autorisée à disposer de 500 avions, la Pologne de 200, la Belgique de 150 et la Petite Entente (Tchécoslovaquie, Yougoslavie, Roumanie) de 550. Ce plan complété par un certain nombre de pactes régionaux d'assistance mutuelle, pourrait être réalisé par étapes, dans un délai de cinq ans 15.»
 

Tout le monde approuve sans réserve sauf l'Italie qui, tout en s'y ralliant, trouve trop élevé le nombre des avions attribués à la Petite Entente et voudrait disposer d'un contingent colonial plus élevé, - tout le monde sauf la France qui, ainsi qu'on le verra dans un instant, y est farouchement opposée ***. Mais tout le monde aussi se demande comment Hitler réagira : il réagit le 17 mai 1933, dans un discours qu'il prononça devant le Reichstag spécialement convoqué à cet effet.

La veille, le président Roosevelt nouvellement installé à la Maison Blanche (depuis le 4 mars) et qui sait le profond écho que le plan Hoover a rencontré aux U.S.A. (c'est sur sa politique intérieure qu'il l'a attaqué, non sur sa politique extérieure, si unanimement et si chaleureusement approuvée que, dans sa campagne électorale, Roosevelt n'avait pas osé s'en dissocier) a justement adressé, aux chefs d'État de quarante-quatre nations, un vibrant message exposant les projets et les espoirs des U.S.A., en ce qui concernait le désarmement et la paix, demandant l'abolition de toutes les armes offensives (bombardiers, tanks, artillerie lourde mobile) et, au cas où on se rallierait à son point de vue, apportant la garantie des U.S.A. En même temps qu'à M. Mac Donald, Hitler répondit donc au président Roosevelt : ce fut une explosion de joie dans le monde anglo-saxon.

[67]

Voici ce qu'à l'intention de M. Mac Donald et donc de Conférence du désarmement, il déclara :

« Le gouvernement allemand considère le plan britannique comme une base de discussion très acceptable, pour 19 solution du Problème... Le gouvernement allemand ne trouvera jamais aucune interdiction d'armer trop radicale, si elle s'applique à tous les pays indistinctement... »

Et à l'intention du président Roosevelt :

« La proposition du président Roosevelt dont j'ai eu connaissance hier au soir, mérite les plus chauds remerciements du gouvernement allemand. Celui-ci est disposé à donner son accord à ce moyen de surmonter la crise internationale. La proposition du président est un réconfort pour tous ceux qui souhaitent collaborer au maintien de la Paix. L'Allemagne est absolument prête à renoncer à toute arme offensive si les nations armées, de leur côté, détruisent leurs stocks d'armes offensives. L'Allemagne serait également disposée à démobiliser toutes ses forces militaires et à détruire la petite quantité d'armes qui lui reste, à condition que les pays voisins en fassent autant. L'Allemagne est prête à signer tout pacte solennel de nonagression, car elle ne songe pas à attaquer, mais seulement à acquérir la sécurité. »

Le tout agrémenté de, formules sur la guerre qui était « une folie sans limite » qui « causerait l'effondrement de l'ordre politique et social actuel »... Un discours dont les accents pacifistes surprirent agréablement un monde mal à l'aise. Le Reichstag l'adopta par acclamations à l'unanimité, y compris les 81 sociaux-démocrates qui y siégeaient encore. Dans le monde anglo-saxon, le Times de Londres, déclara que la prétention du Reich à être mis sur le même pied que les autres nations était « irréfutable ». Le Daily Herald travailliste exigeait que « l'on prît Hitler au mot ». Le conservateur Spectator concluait que « Hitler avait tendu la main à Roosevelt » et que ce geste apportait un nouvel espoir au monde tourmenté. Aux U.S.A. les journaux déliraient de joie. Le porte-parole de la Maison Blanche déclara même : « Le président a été enthousiasmé par la façon dont Hitler a accepté ses propositions. »

Il y avait pourtant un avertissement dans le discours de Hitler :

[68]

« Si la demande de l'Allemagne relative à l'égalité de traitement avec les autres nations, notamment au plan des armements n'était pas satisfaite, elle préférerait se retirer, à la fois, de la Conférence du Désarmement et de la Société des Nations. »

Il était formulé au conditionnel et on trouvait qu'il allait de soi.

Ce discours a un effet heureux : il suggère à Mussolini et à notre ambassadeur à Rome, Henry de Jouvenel, l'idée de lancer le projet d'un Pacte à quatre (Italie, France, Grande-Bretagne et Allemagne) susceptible, par la solidarité des quatre Puissances, « d'affirmer la confiance dans la Paix ». L'Angleterre accepte d'emblée. Plus réticente, la France n'accepte que parce que Mussolini est alors hostile à Hitler qu'il accuse de le « singer maladroitement » et auquel il reproche ses projets d'Anschluss de l'Autriche, chasse gardée de l'Italie, et parce qu'un moment l'idée lui est venue de jouer, en Europe, Mussolini contre Hitler. Les pourparlers sont rondement menés : le 7 juin 1933, à 19 h 30, les ambassadeurs des Quatre réunis au Palazzo Venezia, apposent leurs signatures au bas du Pacte 16 .

L'idée était bonne : elle n'eut malheureusement pas de suite, le Pacte ne fut jamais ratifié.

Car, M. Paul-Boncour veillait : ne pouvant s'attaquer au discours de Hitler qui était inattaquable, il s'en prit au plan Mac Donald dont il trouva qu'il n'offrait pas de garanties suffisantes pour la France, qu'il ne tenait pas compte des dizaines de milliers de S.A. et de S.S. qui gravitaient autour de la Reichswehr et qui étaient une masse de réserves instruites en ras de mobilisation, qu'il ne tenait aucun compte du désarmement naval... qu'enfin, il ne prévoyait aucune procédure de contrôle du désarme[69]ment ce qui était, aux yeux de la France, le problème capital.

Pour le neutraliser, l'Assemblée décide de charger un Comité de rédaction de « définir des méthodes de contrôle compatibles avec le respect des souverainetés nationales ». A son tour, ce Comité, dont les membres n'arrivent à se mettre d'accord sur rien, décide de soumettre le problème à un sous-comité de juristes. Le délégué allemand, M. Nadolny, se fâche devant cette procédure qui lui parait de diversion, et le 5 juin, fait remarquer qu'on s'égare fâcheusement, qu'il n'a rien contre un contrôle, qui va de soi s'il s'applique à tout le monde, mais que ce n'est pas là le problème fondamental, lequel est, aux yeux de l'Allemagne, l'égalité des droits à laquelle conduisait automatiquement le Plan Mac Donald. Si, dit-il en substance, cette égalité des droits n'est pas effective d'ici à un an, l'Allemagne reprendra sa pleine liberté d'action.

Pour sortir de cette impasse, le 29 juin, M. Henderson qui préside la Conférence, est approuvé par tout le monde lorsqu'il propose de l'ajourner au 16 octobre : on espère, ainsi, éviter un éclat publiec qui lui porterait, moralement, un coup fatal, et que, d'ici là, on aura trouvé une issue par des conversations entre les chancelleries.

Cette issue, on ne la trouve pas : la France s'obstine sur sa thèse du contrôle avant tout, dans laquelle l'Allemagne voit un moyen de repousser l'égalité des droits aux calendes grecques. On finit par lui céder encore et, le 12 octobre, quatre jours avant la date prévue pour la réunion de la Conférence, au nom des délégations anglaise, française et américaine, Sir John Simon, chef de la délégation anglaise, informe M. Nadolny, chef de la délégation allemande, de « l'impossibilité d'admettre un réarmement de l'Allemagne et de la nécessité de faire passer le fonctionnement du contrôle par une période d'essai » qui n'est pas fixée. Pas un mot, d'autre part, du Plan Mac Donald et du désarmement des autres nations.

Le surlendemain 14, au cours de la réunion du bureau de la Conférence qui précède son assemblée générale et la prépare, M. Henderson reçoit un télégramme par lequel le gouvernement allemand lui fait savoir qu'il se retire, à [70] la fois, de la conférence du Désarmement et de la Société des Nations.

Le soir même, Hitler prononce un grand discours radiodiffusé pour justifier sa décision. En voici le passage essentiel :

« On a dit que le peuple et le gouvernement allemands ont demandé un surcroît d'armes : c'est absolument inexact. Ils ont seulement demandé l'égalité des droits. Si le monde décide de détruire les armes, jusqu'à la dernière mitrailleuse, nous sommes prêts à accepter une pareille convention. Si le monde décide que certaines armes sont à détruire, nous sommes prêts à y renoncer d'avance. Mais si le monde accorde à chaque peuple certaines armes, nous ne sommes pas disposés à nous laisser exclure de leur emploi, comme un peuple de second rang.
« Nous sommes prêts à prendre part à toutes les conférences, nous sommes prêts à souscrire à toutes les conventions, mais seulement à condition de jouir de droits égaux à ceux des autres peuples. En tant qu'homme privé, je ne me suis jamais imposé à une société qui ne voulait pas de ma présence ou qui me considérait comme inférieur. Je n'ai jamais forcé personne à me recevoir et le peuple allemand n'a pas moins de fierté que moi. Ou bien nous disposerons de droits égaux à ceux des autres, ou bien le monde ne nous verra plus à aucune conférence.
« Un plébiscite sera organisé pour que chaque citoyen allemand puisse dire si j'ai raison ou s'il me désapprouve. »

Le plébiscite eut lieu le 12 décembre 1933 : par 40.601.577 voix, soit 95 % des électeurs inscrits 17, l'Allemagne se rangea derrière le chef qu'elle s'était donné. On a dit que ce résultat avait été obtenu sous la contrainte : « au camp de concentration de Dachau, 2.154 sur 2.242 détenus votèrent pour le gouvernement qui les avait incarcérés 18 ». Et ceux-là, pourtant, étaient des durs. Leur vote n'était, d'ailleurs, que la réplique populaire de celui des députés sociaux-démocrates qui, le 17 mai précédent, avaient approuvé le discours de Hitler à l'unanimité. Et [71] sans qu'aucune pression eût été exercée sur eux par le pouvoir.

Ce scrutin fut la véritable intronisation, l'intronisation populaire solennelle, de Hitler au pouvoir en Allemagne. Le 5 mars précédent, il avait obtenu 43,7 % des suffrages et il lui avait fallu l'appoint de Papen pour arriver à 52 % ; c'était déjà énorme. Cette fois, il avait derrière lui la quasi unanimité du peuple allemand. On ne pouvait plus dire qu'il imposait sa volonté par la terreur à tout un peuple : il était « porté » dans l'enthousiasme par tout un peuple.

Tels sont, au seuil de 1934, les résultats de la politique des Alliés contre l'Allemagne : après avoir porté Hitler au pouvoir, elle l'y consolidait par les mesures mêmes que ses protagonistes décidaient pour l'y mettre en difficulté.

4. - Le relèvement économique de l'Allemagne.

Entre temps, grâce au génie financier du Dr Schacht, président de la Reichsbank devenu ministre de l'économie et des finances, l'Allemagne avait pu être remise au travail. Il n'est pas question d'alourdir cette étude d'une analyse détaillée du système du Dr Schacht. Il suffira d'en énoncer le principe.

Comme toutes les innovations des hommes de génie et comme l'oeuf de Christophe Colomb, il reposait sur une idée, au demeurant très simple : dans une Allemagne dont les ressources en devises étaient pratiquement épuisées, le problème revenait à créer artificiellement des liquidités par une utilisation ingénieuse du crédit et, si possible, à long terme. Si les ressources du pays étaient épuisées en devises, celles de certains particuliers et notamment de la haute finance et de la grosse industrie ne l'étaient pas, au moins en marks et peut-être aussi en devises cachées. La confiance était revenue dans la haute finance et la grosse industrie, désormais assurées de l'ordre et protégées contre la subversion communiste par le nouveau gouvernement. Le Dr Schacht put alors créer une société anonyme, la MetaIlgesellschaftforschung (Société industrielle de recherches sidérurgiques) dont le capital social fut immédiate [72]ment affecté à l'exécution d'un programme de grands travaux pour le compte de l'État (autoroutes, politique du logement, stades, équipement des campagnes, etc.) contre reconnaissances de dettes proportionnelles aux mises : les effets Mefo. Ce système qui entra en vigueur dès le début de l'année 1933, ne fut définitivement au point qu'en avril 1934. A cette date et à condition que l'Allemagne vécût sur ses exportations, la Reichsbank accepta d'escompter les effets Mefo et elle les escompta à quatre ans pour donner les coudées franches à l'industrie : le plan de quatre ans. Le Dr Schacht autorisait ainsi la Metallgesellschaftforschung à tirer des traites sur le travail de l'Allemagne dans les années à venir.

Mais l'escompte des effets Mefo, surtout à si lointaine échéance, nécessitait la mise en circulation d'une monnaie détachée de l'or et des devises qui aurait une valeur intérieure très haute et une valeur internationale très faible, au moins au début : le Rentenmark. Ainsi fut créé le double secteur de l'économie auquel eurent recours à peu près tous les États du monde, la guerre terminée, et dont le contrôle des changes, avec son clearing et son marché parallèle, n'est qu'un succédané. Il eut pour conséquence une politique des salaires à gros pouvoir d'achat à l'intérieur mais, en raison de la limitation draconienne des importations, l'autarcie et le plat unique - pas de beurre mais des canons - du travail pour tout le monde. Au 1er janvier 1934, l'Allemagne avait réintégré près de quatre millions de chômeurs dans les circuits de la production et de la consommation. Au 1er janvier 1935, le chômage y était pratiquement nul.

Mais n'anticipons pas : en novembre 1933, le bien-être revenant aussi spectaculairement dans les foyers ouvriers, la grosse industrie et la haute finance étant libérées de tout souci de trésorerie, la machine économique fonctionnant sans à-coup et dans l'ordre revenu, firent la preuve aux yeux de tous les Allemands que Hitler avait raison. Et cette conclusion qu'ils tirèrent de l'évolution des événements ne fut pas étrangère au succès du plébiscite. Même la politique du contingentement des importations et du plat unique ne porta aucune atteinte au crédit de Hitler : crainte ou sympathie, les états de l'Europe centrale, [73] notamment la Hongrie, l'Autriche, la Roumanie et la Pologne continuèrent à entretenir avec son régime des relations politiques et économiques normales, le Rentenmark y était accepté à une valeur correcte et, comme d'autre part, l'Angleterre, la Suisse et même les U.S.A., au tout début, se montrèrent compréhensifs, ce plat qui était unique put très rapidement devenir abondant. Le Rentenmark ne tarda d'ailleurs pas à devenir une monnaie forte dans le monde entier et tout rentra dans l'ordre. Sur le marché mondial, l'Allemagne était devenue le concurrent le plus dangereux des États-Unis à un moment où leur économie était en perte de vitesse et cela n'allait pas sans inquiéter le président Roosevelt.

En conséquence de quoi, si la période qui suivit la rupture de Hitler avec la S.D.N. fut essentiellement caractérisée par les efforts de l'Angleterre pour sortir de l'impasse créée par la France, elle le fut aussi par le silence des U.S.A. qui se tenaient dans une expectative craintive sur le plan économique et hostile sur le plan idéologique.


5. -- La politique du président Roosevelt.

Aux U.S.A., F.D. Roosevelt avait battu le président Hoover aux élections de novembre 1932 et, selon la coutume, était entré en fonctions en mars 1933 : la veille du scrutin qui, en Allemagne, consacrait le triomphe du tandem Hitler-Papen. C'était, là encore, une des conséquences, et non la moindre pour l'avenir de la Paix, du krack de Wall Street de 1929 et de la crise qui suivit, laquelle était loin d'être résorbée. Républicain, le président Hoover prétendait en sortir par les moyens classiques, notamment la déflation, et fit campagne sur ce thème. Démocrate, Roosevelt fit la sienne sur le New Deal qui était un programme très voisin de celui du Front populaire en France en 1936 : une politique des hauts salaires qui permettrait d'éponger les stocks et de faire redémarrer l'économie, des indemnités substantielles aux chômeurs en attendant, une politique du crédit, le tout assorti d'une critique serrée et souvent démagogique de l'administration Hoover dont, disait-il, les vues rétrogrades paralysaient et étouf[74 ]faient l'économie américaine. Ce programme sous-entendait l'inflation et la dévaluation du dollar mais, cette dévaluation qu'en cas de succès électoral il rendait inévitable, il se garda bien de l'annoncer : sitôt arrivé au pouvoir ­ ce qui ne pouvait manquer d'arriver avec un programme aussi séduisant pour la masse ­ il la fit, ce qui, en allégeant l'économie américaine et l'État de tout souci de trésorerie, permit le redémarrage des affaires, la résorption du chômage, et assura, dans la suite, sa popularité pour longtemps, en la renouvelant.

Démocrate, le président Roosevelt est aussi franc-maçon 19 et, par voie de conséquence, ses relations avec le monde juif américain sont, à la fois, nombreuses et intimes. Son entourage est juif, du moins le plus grand nombre de ses collaborateurs les plus importants. Morgenthau, son secrétaire d'État au Trésor est juif ; ses conseillers les plus influents, Baruch et Weizmann aussi ; Cordell Hull du State department est l'époux d'une juive ; est juif Herbert Freis, lui aussi du State Department, de même encore Lehman, gouverneur de l'État de New York, et La Guardia, maire de la ville ; Soi Bloom, président de la Commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants ; les représentants Dickstein, Celler, etc. ; le leader syndicaliste Sidney Hillman, les journalistes Lippmann (toujours là), Lawrence, Meyer, Sulzberger, le commentateur de la radio Walter Winchell, etc. 20. Tout ce monde a ses grandes et ses petites entrées à la Maison blanche.

D'autre part, et ceci explique cela, il y a aux U.S.A. une communauté juive de plus de cinq millions de personnes, qui s'accroît depuis 1880 et dispose de cent onze publications dont soixante-cinq en anglais, quarante et une en [75] yiddisch, trois en hébreu, deux en allemand, se décomposant ainsi : neuf quotidiens à gros tirage, soixante-huit hebdomadaires, dix-huit mensuels et seize autres, bimestriels, trimestriels ou semestriels 21. Sans compter les participations financières souvent majoritaires dans la presse non juive : le journaliste Lippmann, par exemple, est imposé au New York Herald Tribune par les banquiers juifs qui y font la pluie et le beau temps.

Son appartenance à la franc-maçonnerie était, certes, le signe que les sympathies du président Roosevelt allaient aux juifs qui en étaient la fraction la plus nombreuse et la plus dynamique, et qui déterminaient toutes ses prises de position politique. Mais, même s'il n'avait pas été francmaçon, il ne lui eût guère été possible de ne pas tenir compte de l'influence que, par leur importance, leur presse et celle où ils avaient leurs entrées par leurs participations financières exerçaient sur l'opinion publique américaine et qui en faisaient des agents électoraux de première grandeur. Elles avaient d'ailleurs été un facteur non négligeable de son élection à la présidence des U.S.A. et il fallait songer aux élections futures. En fait, dès son élection, le président Roosevelt accepta, tacitement d'abord, puis ouvertement dans la suite, tous les postulats de la politique juive.

Peut-être le doit-on au fait qu'il était un grand malade et que sa maladie le plaçait dans la dépendance à peu près totale de sa femme, plus farouchement encore que lui acquise à la cause des juifs, politiquement inculte, visiblement survoltée et dont Ribbentrop pouvait dire qu'elle n'était qu'une « mégère 22 ». Sur la maladie de Roosevelt, on n'est pas encore fixé : en raison du rôle qu'il joua dans une guerre à laquelle on veut conserver son caractère sacré, le secret le plus absolu est gardé. On a parlé de poliomyélite. Le Larousse du vingtième siècle dit qu'il s'agit de paralysie généralisée ayant commencé par les jambes. Toujours est-il qu'en 1921, à l'âge de trente-neuf ans, ce solide gaillard fut pris d'un mal soudain qui l'obligea à ne se déplacer plus [76] qu'en fauteuil à roulettes et, jusqu'à sa mort, le fit maigrir au point qu'en 1939 il n'était déjà plus que l'ombre de lui-même. En présence de certaines de ses bourdes diplomatiques et notamment de sa lettre à Hitler et à Mussolini du 14 avril 1939 par laquelle, à mots à peine couverts, il les accusait l'un et l'autre d'être les seuls fauteurs de guerre dans le monde, Goering n'hésita pas à dire que c'était là « l'effet d'une paralysie progressive » et Mussolini qu'elle traduisait un « début de maladie mentale ». Question : si le Larousse du vingtième siècle avait raison et si Roosevelt n'était arrivé au pouvoir qu'au moment où, après avoir ruiné son corps, sa maladie s'était mise à attaquer ses moyens intellectuels ?

Bien des choses s'expliqueraient alors, notamment son entente avec Churchill dont on sait, depuis la publication des Mémoires de son médecin, lord Morand, qu'il n'était qu'un autre malade presque aussi gravement atteint que lui, quoique sous une autre forme, et l'influence que sa femme et son entourage juif exerçaient sur lui 23. L'histoire de ce temps prendrait les allures d'un roman noir, où le sort du monde serait tombé entre les mains de deux malades intellectuellement, parce que physiquement sur le déclin.

Mais revenons au fait.

Le programme du Parti nazi prévoyait que, dès son accession au pouvoir, les juifs ne seraient plus considérés en [77] Allemagne que comme des étrangers, qu'ils n'y auraient pas plus de droits que les étrangers dans tous les pays du monde et que, notamment, ils en pourraient être expulsés, comme aussi dans tous les pays du monde le peuvent être les étrangers. Ainsi décidée par principe et visant collectivement tous les juifs sans autre raison que leur appartenance à leur race ou à leur religion, la mesure prenait le caractère d'une indiscutable et grave atteinte au droit des gens : dans les autres pays, on ne la prenait qu'individuellement contre les étrangers et seulement pour atteinte à la sécurité intérieure de l'État. Les Allemands la justifièrent par le fait que les juifs étaient collectivement des parasites qui vivaient à peu près exclusivement du commerce de l'argent (à l'appui, ils produisaient la statistique des juifs allemands par profession) c'est-à-dire du travail des autres, désorganisaient tous les circuits économiques ­ ce qui mettait en danger l'existence de l'État (à l'appui, ils prétendaient que, par deux fois, ils avaient provoqué l'effondrement économique de la République de Weimar pour s'enrichir, mais n'avaient réussi que la première fois, en 1923) et, en somme, tendaient collectivement tous leurs efforts à mettre l'Allemagne en coupe réglée. Sur le plan politique, ils ajoutaient que leur prétention à ne considérer l'Allemagne que comme un pays d'accueil où ils étaient contraints de vivre, comme d'autres de leurs correligionnaires étaient contraints de vivre dans d'autres pays, depuis que, disaient-ils, Titus et Hadrien les avaient chassés de Palestine et dispersés dans le monde 24, à vouloir rester un peuple distinct et à [78] constituer dans le pays, de droit, la minorité nationale qu'ils constituaient illégalement de fait en utilisant toutes les failles des lois en vigueur, était inacceptable : s'ils y réussissaient, ils constitueraient alors un État dans l'État, et ceci ferait que la sécurité de l'État, unitaire par définition, se trouverait gravement menacée. Pour tout dire, ils trouvaient tout à fait normal de considérer les juifs comme des étrangers en Allemagne puisqu'eux-mêmes s'y considéraient comme des étrangers.

Prenant acte de cette doctrine qui soustrayait un peuple de soixante-dix millions d'habitants à leur marché financier, tous les juifs du monde, au lieu de rechercher un compromis d'autant plus aisé à trouver que Hitler en recherchait un, passionnèrent le débat en se déclarant aussitôt, et de leur propre aveu 25, en état de guerre, non seulement avec l'idéologie nazie, ce qui eût été parfaitement légitime et n'eût, au pis-aller, entraîné comme conséquence qu'une discussion académique, mais encore avec l'Allemagne, ce qui supposait une intervention militaire : ils cher[79]chèrent, dans tous les pays où ils avaient quelque influence, à entraîner le monde dans cette voie. Le président Roosevelt ne pouvait pas les suivre sur ce terrain : le peuple américain était résolument hostile à une guerre en Europe, si les Américains, comme c'était le cas, n'étaient pas directement menacés dans leurs intérêts, et c'eût été compromettre sa réélection ou celle de celui que son parti choisirait pour lui succéder. Il ne pouvait non plus se prononcer contre eux, à la fois parce que c'était perdre un agent électoral précieux et parce qu'il partageait leur manière de voir. Il se tut et tandis que, sous le président Hoover, les U.S.A. proposaient des plans de paix à la Conférence du désarmement (Plan Hoover, Pacte Briand-Kellog), sous le président Roosevelt ils n'en proposèrent plus.

6. - La note Barthou du 17 avril 1934.

La France vit dans cette attitude du président Roosevelt, une communion de pensée certaine avec son point de vue - elle ne se trompait pas - et se crut assurée du soutien de l'Amérique en cas de guerre avec l'Allemagne : elle ne se retrancha que plus fermement sur ses exigences, ne faisant rien pour favoriser la reprise du dialogue par le retour de l'Allemagne à la S.D.N. mais au contraire, tout pour l'en maintenir à l'écart et aggraver les rapports entre elle et la S.D.N. Visiblement, elle espérait assez sottement que si, un jour, il était brusquement placé devant un choix à faire entre la guerre ou s'incliner, Hitler s'inclinerait.

Plus pessimiste - et à bon droit, l'expérience l'a prouvé - l'Angleterre, pourtant, ne se découragea pas.

On passera sur l'intense échange de correspondance diplomatique qui suivit le départ de l'Allemagne de la S.D.N. et eut lieu entre l'Allemagne, l'Angleterre, la France et l'Italie (mémorandum allemand du 18 décembre 1933, réponse de la France sous la forme d'un aide-mémoire en date du 1er janvier 1934, réponse de l'Allemagne par un mémorandum en date du 19 janvier 1934, etc.) - il n'était qu'un dialogue de sourds entre la France et l'Allemagne. On ne retiendra que deux initiatives : la note anglaise du 29 janvier 1934 qui n'est, à la nuance près, qu'une reprise du Plan [80] Mac Donald (cf. supra, p. 65) et la note française signée Barthou qui mit définitivement fin au dialogue.

Tout en affirmant qu'il était impossible de dissocier les questions de sécurité de celles du désarmement, la note anglaise du 29 janvier 1934 pose en principe qu'on « ne peut accorder certaines armes à certains États tout en les interdisant à d'autres » ; c'était une façon de reconnaître l'égalité des droits revendiquée par l'Allemagne. Au point de vue des effectifs allemands, elle proposait un chiffre intermédiaire entre les deux cent mille hommes proposés par M. Mac Donald et les trois cent mille demandés par Hitler. L'Angleterre, poursuivait la note, voudrait que l'on arrive à réaliser la parité entre les armées française, allemande, italienne et polonaise, que toutes ces armées fussent de type identique, formées de contingents appelés pour de courtes périodes. En ce qui concernait l'artillerie lourde et les chars, elle proposait partout une limitation à certains types. Délai de réalisation de ce programme : cinq années sauf en ce qui concerne l'aviation pour laquelle elle propose un délai de deux années pendant lesquelles on s'efforcera d'abolir partout l'aviation militaire. Si l'entreprise échoue, le Reich aura, dans deux ans, le droit de construire, lui aussi, une flotte aérienne.

Pour éviter toute cause de malentendu, M. Baldwin qui a succédé à M. Mac Donald pense qu'à l'échange froid de notes diplomatiques, il ne serait peut-être pas mauvais d'associer les contacts personnels : il charge M. Eden, lord du Sceau privé, de faire une tournée des capitales.

Le 17 février, M. Eden est à Paris où il est assez froidement accueilli par M. Barthou qui a succédé à M. Paul-Boncour 26 et qui est un germanophobe encore plus fanatique que lui. La France, lui dit M. Barthou, pense qu'avant de prendre toute mesure de désarmement, il faut créer un organisme de contrôle de ce désarmement éventuel - il le lui a d'ailleurs écrit le 14 février - et que cet organisme étant créé et mis en place, le délai de cinq années prévu par le Plan Mac Donald est tout à fait raisonnable, mais qu'il doit [81] être suivi d'une période d'épreuve de trois années, au terme desquelles, le désarmement ne sera effectif et irrévocable que si le contrôle révèle que l'Allemagne a effectivement désarmé. Cela repoussait à huit années le désarmement effectif, - plus le délai d'installation du dispositif de contrôle sur la conception duquel on n'avait encore procédé à aucun échange de vues. Il faisait en outre des réserves sur la parité des effectifs, arguant de l'existence des S.A. et des S.S. en sus de l'armée allemande proprement dite et prétendant qu'en tout état de cause, cette parité devait se limiter aux troupes métropolitaines à l'exclusion des troupes coloniales, sur la limitation générale et pour tout le monde, à certains types en ce qui concernait l'artillerie lourde et les chars, sur la suppression totale de l'aviation militaire dans tous les pays.

Le 21 février, M. Eden est à Berlin où le chancelier Hitler lui dit qu'il accepte le plan anglais sous la seule réserve de quelques modifications de détail, que les deux interlocuteurs sont d'accord pour trouver sans importance : par exemple, si on n'arrivait pas à supprimer partout l'aviation militaire, le Reich ne pouvait attendre deux années pour assurer sa sécurité aérienne. Sur ce point, un compromis est tout à fait possible. M. Eden ayant excipé du point de vue de la France sur les S.A. et les S.S., Hitler lui dit qu'il est prêt à les désarmer, voire à supprimer purement et simplement les S.A. Mais s'il accepte que les armements des autres nations ne soient ramenés au niveau des armements allemands que dans un délai de cinq années, il ne peut, en aucun cas, accepter le point de vue de la France qui prolonge ce délai de trois années et l'assortit du seul contrôle des armements allemands : le contrôle, il l'accepte aussi mais à condition que tout le monde s'y soumette, une fois le désarmement achevé et non avant, alors qu'il n'y a rien à contrôler.

Le 26 février, M. Eden est à Rome où le plan anglais est aussi accepté dans ses grandes lignes. Mais sans y être opposé Mussolini lui dit qu'il ne croit pas à la possibilité de la standardisation des armées allemande, française, anglaise * et polonaise.

Une fois encore, seule la France...

Sur les conclusions du rapport que, de retour à Londres, [82] M. Eden remit à M. Baldwin, lequel le transmit à toutes les chancelleries, la discussion s'engage. Au cours de la discussion, vu l'intransigeance de la France, l'Allemagne est amenée à dire, dans un mémorandum daté du 13 mars, qu'elle « ne saurait plus, en aucun cas, être astreinte à un statut militaire semblable à celui que prescrit le Traité de Versailles ». M. Barthou répond, le 17 mars, que « la partie V du traité de paix doit rester intangible et que nous sommes décidés à la maintenir quoi qu'il advienne ».

Et on en resta là jusqu'au 17 avril : dans l'intervalle, toutes les tentatives faites par l'Angleterre pour faire revenir M. Barthou sur ce point de vue, ou pour obtenir de lui quelles garanties il exigeait pour y revenir, restent vaines. Enfin, à une note anglaise du 10 avril, M. Barthou répond le 17 avril, sur un ton à la fois catégorique et excédé que « le gouvernement français se refuse solennellement à légaliser le réarmement allemand », que « celui-ci a rendu toutes les négociations inutiles » et que « la France assurera désormais sa sécurité , seule et par ses propres moyens ».

C'était la rupture définitive et irrémédiable avec toutes ses conséquences : d'une part, l'assurance que jamais l'Allemagne ne reviendrait à la S.D.N., de l'autre le nouveau départ qu'allait prendre la course aux armements dont il est clair qu'elle conduirait à la guerre.

Indépendamment de M. André Viénot qui qualifia cette note « une fin de non-recevoir et un coup de trique », de lord Lothian qui la dit « un non d'une portée historique fatale », de M. Paul Reynaud qui l'accusa d'avoir « fait paraître la France, aux yeux du monde, comme responsable de la course aux armements 27 », M. Lloyd George déclara, le 21 avril, devant la Chambre des communes qu'elle « était la suite logique du fait que, pendant des années et davantage, la France s'était refusée à tenir son engagement de désarmer (allusion au préambule de la partie V du Traité de Versailles) et que, même après Locarno, elle avait accru ses armements d'année en année ».

Même Léon Blum regrettera que M. Barthou ait pris cette [83] initiative, condamnera sévèrement le gouvernement qui la lui a laissé prendre et soulignera la responsabilité de la France. « Croyez-vous, dira-t-il, que l'Allemagne, même hitlérienne, aurait eu la liberté de réarmement qu'elle a aujourd'hui, qu'elle aurait pu prendre cette initiative libre et délibérée, à la face du monde, si une convention équitable de désarmement par une réduction générale avait été signée en temps utile 28 ? »

A l'époque, tous les peuples, en effet, attendaient dans l'espérance « cette convention équitable de désarmement par une réduction générale » et ce qui leur vint, ce fut la note Barthou qui l'empêcha, et, en permettant la reprise de la course aux armements, ouvrit toutes grandes les portes du monde à la guerre.

Les amateurs d'humour noir s'en consoleront à la pensée que si, grâce à la France représentée par M. Barthou, les

relations étaient rompues au plan de l'humanisme, entre l'Allemagne et la S.D.N. d'une part, la France et l'Allemagne de l'autre, elles ne l'étaient pourtant pas entre les industriels de l'armement, de part et d'autre du Rhin. Dans ce secteur on s'entendait très bien entre Français et Allemands, avec la bénédiction des deux gouvernements. Le prouve cette réponse à une question du Sénateur Paul Laffont parue au Journal Officiel du 26 mars 1938 :

« Les quantités de minerai de fer (n· 204 du tarif des douanes) exportées de France à destination de l'Allemagne, au cours des années 1934, 1935, 1936 et 1937 sont consignées dans le tableau ci-après :

 Année 1934 ................................... 17.060.916 quintaux métriques
 Année 1935 ................................... 58.616.111             ­
 Année 1936 ................................... 77.931.756             ­
 Année 1937 ................................... 71.329.234             ­

S'en consoleront aussi, ajoute Le Crapouillot 29, « tous les combattants français atteints dans leur chair au cours de la campagne 1939-40, en apprenant que les projectiles qui les mutilèrent avaient été fondus dans le minerai patrioti[84]quement exporté en Allemagne par M. François de Wendel et ses confrères sidérurgistes de Meurthe-et-Moselle ».

Ces chiffres prouvent, en effet, que si le plan anglais avait été adopté, M. François de Wendel et ses confrères sidérurgistes de Meurthe-et-Moselle eussent été condamnés à continuer de végéter : l'Allemagne était leur plus important et, pour ainsi dire, leur seul client dans le secteur des matières premières qu'ils produisaient, et que l'état du marché, aussi bien que l'équipement de l'industrie française, ne leur permettait pas de transformer ou d'écouler ailleurs.

Question : M. Barthou était-il à la solde de M. François de Wendel et de ses confrères sidérurgistes de Meurthe-et-Moselle 30 ?

 

De toutes façons, tous ceux qui avaient quelque influence dans le monde étaient ligués contre la Paix : les Juifs par idéologie - du moins masquaient-ils au moyen d'une idéologie, des intérêts matériels certains -, le président Roosevelt à leur dévotion, les industriels des armements par intérêt, les politiciens français pour leur complaire ou par un nationalisme étroit et borné.

Et Hitler, dans tout cela ?

Il suivait le mouvement, définissant son attitude, au jour le jour, en fonction de celle que prenaient ses adversaires et leur faisant chaque fois la réponse de la bergère.

A ce jeu, si aucun renversement ne se produisait, on ne pouvait manquer de se trouver un jour devant une guerre qu'on ne pourrait éviter et c'est ce qui arriva .

 


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