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LA VIEILLE TAUPE

Organe de critique et d'orientation postmessianique

 

B.P. 98, 75224 PARIS cedex 05

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Mutatis mutandis

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Noam Chomsky: ..."Pour comprendre ces choses, il faut revenir à l'histoire de la guerre froide, et à l'interprétation dite "révisionniste" de la période qui a suivi la Deuxième Guerre mondiale. Les "révisionnistes", vous le savez, sont ces historiens et ces commentateurs américains qui se sont opposés à la version officielle soutenue par les "orthodoxes". L'orthodoxie, totalement dominante à l'époque, soutenait que la guerre froide était due uniquement à l'agressivité chinoise et russe, et que les Etats-Unis ne jouaient qu'un rôle passif et réactif. Cette position était même soutenue par les plus "libéraux". Pensez à un homme tel que John Kenneth Galbraith, qui est dans l'administration libérale l'un des esprits les plus ouverts et les plus sceptiques, l'un de ceux qui ont au moins essayé de sortir de l'orthodoxie. Eh bien dans son livre New Industrial State, publié en 1967 -- si tard que cela! -- où il se félicite de l'attitude ouverte et critique de l''intelligentsia, il dit que LA cause indubitable de la guerre froide est l'agressivité chinoise et russe: leurs aspirations révolutionnaires et la vigueur compulsive de leurs affirmations fut la cause indubitable de la guerre froide. Voilà ce que disaient les critiques libéraux, encore en 1967.

L'alternative "révisionniste" avait été développée par des gens comme William Appleman williams, Gar Alperovitz, Gabriel Kolko, David Horowitz, Diane Clemens et d'autres. Selon eux, la guerre froide résultait d'une action réciproque, due à des mobiles impérialistes américains et russes. Leur position était soutenue, très fortement, par les documents. Mais tant que l'orthodoxie dominait, avant la fin des années soixante, personne n'y a accordé la moindre attention. On fit seulement quelques plaisanteries à ce sujet.

Ceci, pour l'histoire de l'après-guerre. A la fin des années soixante, il devint impossible d'empêcher tout débat concernant la position "révisionniste", grâce à la pression du mouvement étudiant. Les étudiants avaient lu ces livres, et ils voulaient qu'on en discute. Et ce qui s'est produit est extrêmement intéressant.

En premier lieu, aussitôt que furent confrontées la position révisionniste et la position orthodoxe, cette dernière s'est dissoute, évanouie. Aussitôt le débat ouvert, la discussion a manqué d'objet. En une année ou deux, la position orthodoxe a été abandonnée.

Certes, les historiens orthodoxes ne se sont pas avoués vaincus. Ils n'ont pas dit: "vous avez raison, nous avons tort". Mais ils ont attribué aux révisionnistes une position stupide, selon laquelle le sadisme américain était la seule cause de la guerre froide, c'est à dire un non-sens total, ne tenant pas compte de l'action réciproque. Ils ont donc adopté une partie de la position révisionniste, pour mieux leur attribuer une doctrine lunatique et idiote1, qui était en fait fondamentalement différente de leur véritable doctrine.

 

In: Noam Chomsky, Dialogues avec Mitsou Ronat. Flammarion 1977, p. 41.

 

Souvent, il semble que l'esprit s'oublie, se perde,
mais à l'intérieur, il est toujours en opposition avec lui-même.
Il est progrès intérieur -- comme Hamlet dit de l'esprit de son père:
"
Bien fait, vieille taupe"
Hegel




[1]. Mutatis mutandis, on se référera au livre de Jean-François Forges Éduquer contre Auschwitz, histoire et mémoire. Paris 1997, qui constitue un modèle du genre. Il pille les travaux révisionnistes pour mieux les dénoncer! Tant va cette cruche à l'eau


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