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La Suisse invente l'ordinateur à trous

La police fédérale veut interdire les sites racistes sur Internet

 

ANTIRACISME. Le procès d'un auteur révisionniste bâlois fait la démonstration qu'il devient très difficile, depuis que le Web existe, d'arréter la diffusion de littérature néonazie

Dix-huit mois de prison ont été requis contre le Bâlois Jürgen Graf, auteur de nombreuses thèses révisionnistes, poursuivi pour onze infractions à l'article 261bis du code pénal contre la haine raciale. Tous ses écrits devraient être confisqués. Le mois prochain, le Vaudois Gaston-Armand Amaudruz, admirateur du nazisme, sera à son tour jugé pour les mêmes motifs. Ces jugements seront sans efficacité sur la diffusion des textes haineux des auteurs condamnés: ils sont désormais tous propagés sur Internet. La littérature de Jürgen Graf est ainsi disponible sur un site "Wilhelm Tell", créé en Grande-Bretagne où la loi, au nom de la liberté d'expression, ne permet aucune poursuite. Les sites extrémistes sont reliés entre eux et créent une nébuleuse révisionniste et raciste. Contre cette toile de haine, la police fédérale a décidé d'agir. Ne pouvant pas atteindre les auteurs, elle s'adresse aux intermédiaires. Une centaine de fournisseurs d'accès à Internet vont recevoir une liste comprenant plus de cent sites d'extrême droite enfreignant la norme antiraciste. A eux de filtrer leur offre sous peine d'être accusés d'assistance à la diffusion de thèses racistes. Lire l'article en rubrique FAIT DU JOUR

LE FAIT DU JOUR

Inquiétant! Il existe toute une série de sites Internet révisionnistes reliés entre eux. A commencer par l'adresse qui accueille les écrits du Bâlois Jürgen Graf, actuellement jugé par la justice argovienne. Visite d'une Internationale brune qui étend ses ramifications de l'Europe du Nord à l'Amérique.

Condamnés ou non, les révisionnistes déversent leur haine sur le Net

Frédéric Koller

Jeudi, le Ministère public d'Argovie a requis 18 mois de prison contre Jürgen Graf, un Bâlois de 47 ans accusé de onze infractions à la loi contre le racisme pour avoir publié des thèses révisionnistes. Tous ses écrits devraient être confisqués. L'extrémiste vaudois Gaston-Armand Amaudruz devrait être jugé pour les mêmes raisons le mois prochain. De son côté, le Tribunal fédéral devra bientôt également trancher sur l'affaire du diffuseur lausannois du livre de Roger Garaudy, cet écrivain français qui remet lui aussi en question l'existence des chambres à gaz. Ainsi, les tribunaux ont décidé de frapper fort contre ceux qui s'évertuent à nier l'évidence -- la réalité de l'Holocauste en vertu de la nouvelle loi contre le racisme. Mais cela n'empêche pas ces nostalgiques du nazisme de continuer à diffuser leur propagande de haine avec un outil plus rapide, moins cher et plus vaste: l'Internet. Si Jürgen Graf devait être condamné, sa prose n'en sera pas moins toujours accessible sur plusieurs sites dont le plus important s'intitule "Wilhelm Tell". Un site qui ouvre les portes à tout un réseau d'extrême droite où se mélangent les thèses négationnistes, l'antisémitisme, le racisme, les nostalgiques du IIIe Reich et autres fans de la suprématie blanche. Une Internationale brune dont les principales adresses se situent en Europe du Nord et en Amérique du Nord. "Wilhelm Tell" possède une page "Revisionismus" (il n'existe qu'une version allemande), qui a reçu près de 1000 visiteurs depuis le mois de mars. Elle reproduit de larges extraits des textes de Jürgen Graf, ainsi que d'un certain Carlo Mattogno et de Vera M. Lenz sur le "mensonge d'Auschwitz". D'autres textes sont signés sous le pseudonyme d'Agnès Stauffacher, à côté de la reproduction du Protocole des sages de Sion, un classique de la littérature antisémite. Selon le journaliste indépendant Hans Stutz, spécialiste des mouvements d'extrëme droite, ce sont certainement des Suisses alémaniques qui ont ouvert ce site. Mais aucune preuve n'existe tant il est difficile de décoder l'origine d'un site internet. Questionné durant son procès à ce propos, Jürgen Graf a répondu qu'il n'était pas relié au Net. Après recherches, il apparaît que le site "Wilhelm Tell" a été créé en Angleterre par l'intermédiaire de l'imprimerie Bell Brooke Industrial, dans le Sussex. Sur ce même serveur, on trouve le site de la "Historical Review Press", l'un des principaux sites révisionnistes, ainsi qu'un autre site sur la mythologie viking et paganiste (référence classique de l'extrême droite). Un employé de l'imprimerie anglaise explique que ses responsables sont évidemment conscients de la teneur du site Tell, mais il se retranche aussitôt derrière la liberté d'expression assurée par la loi anglaise: "C'est un acquis de la démocratie", précise-t-il. L'imprimerie pourtant ne servirait que de relais. Le créateur du site serait un journaliste indépendant d'origine irlandaise dénommé William Buckley. Un nom inconnu des spécialistes de l'extrême droite en Suisse. Toujours sur le site "Wilhelm Tell", une liste de liaisons est proposée à l'amateur de théories révisionnistes. Un clic, et la première adresse proposée est celle du Front national. Interrogé il y a quelques mois par le Canard enchaîné pour ses connections avec un site néonazi norvégien, le spécialiste du web du parti lepéniste, Guillaume Fiquet, avait pris ses distances en expliquant que "ce n'est pas nous qui l'avons demandé, mais nous ne pouvons l'empêcher. N'importe qui peut nous prendre sur son site". Parmi les autres sites "amis", on trouve des antisémites invétérés: à commencer par Radio Islam, implantée en Suède, ce qui le met à l'abri des poursuites, et la nébuleuse du négationniste allemand émigré au Canada Ernst Zündel, déjà condamné pour ses thèses dans ce pays. Ces deux adresses reprennent également en partie les écrits du Bâlois. Un clic plus loin, et on se retrouve dans l'univers du plus célèbre des négationnistes français, Robert Faurisson, qui, tout comme Gaston-Armand Amaudruz, était jeudi présent au procès de Jürgen Graf. Son site "Aaargh" pour "Association des anciens amateurs de récits de guerre et d'Holocauste", diffuse quelque 2500 pages de théories négationnistes qui accusent le Journal d'Anne Frank d'être un faux. Selon eux, la rafle du Vel'd'Hiv se résumerait à une série de photos truquées et le gaz zyklon B (utilisé dans les chambres à gaz) n'aurait servi qu'à désinfecter les lits des condamnés. Un véritable délire qui renvoie l'internaute à des sites très colorés comme celui du dauphin désigné de Hitler, Rudolf Hess qui vous accueille en chemise brune ou encore à la propagande néonazie des skinheads. Depuis le mois de mars, le site "Wilhelm Tell", déverse une haine bien helvétique. Les auteurs ne manquent d'ailleurs pas d'établir un lien avec le débat des fonds en déshérence pour justifier de se faire ainsi entendre. Inquiétant.

La police fédérale veut censurer les sites d'extrême droite

Les fournisseurs d'accøs au Web vont recevoir une liste de sites d'extrême droite à filtrer. La lettre est prête, assure-t-on à la police fédérale. "Il ne reste plus qu'à l'envoyer. Ce sera fait ces prochains jours." La centaine de fournisseurs d'accès à l'Internet en Suisse recevront une liste de plus de cent sites d'extrême droite qui enfreignent l'article 261bis du code pénal contre la haine raciale. "Wilhelm Tell" fait bien évidemment partie du lot. Les fournisseurs devront filtrer leur offre sous peine d'être accusés d'assistance à diffusion de propos racistes. Une première en matière d'intervention policière sur le Net en Suisse. "C'est un premier pas concret pour lutter contre l'extrême droite sur le Net, explique Roman Studer, spécialiste du dossier à la police fédérale. Nous pourrons enfin intervenir contre eux." La police est fermement décidée à agir depuis qu'un rapport interne, rendu public à la mi-juin, révélait que la propagande d'extrême droite et antisémite risquait de submerger la Suisse. Le Net était particulièrement montré du doigt, bien qu'il n'existe aucun site raciste "made in Switzerland". Par leur côté ludique et facile d'accès, les sites racistes représentent un risque particulier pour les enfants. "Beaucoup de parents ne connaissent pas le média sur lequel surfent leurs enfants. Des jeunes de 12, 13 ans peuvent tomber sur des sites néonazis. C'est un problème de génération", s'inquiète Roman Studer. Le Net n'en reste pas moins une "zone grise" dans laquelle il est difficile d'intervenir. Et pour ce faire, il faudrait une coordination européenne. Des contacts ont été pris avec Interpol à ce propos. Chaque pays s'accroche pourtant à sa législation pour l'instant et la coordination dans le domaine est des plus difficiles. Or, les normes antiracistes sont très différentes d'un pays à l'autre. Ainsi, les Etats-Unis, le plus grand fournisseur de propagande d'extrême droite, le Canada, la Grande-Bretagne, les pays du Benelux ou de Scandinavie s'en tiennent à la non intervention au nom de la liberté d'expression. A l'inverse, l'Autriche et particulièrement l'Allemagne font figure de pionniers en matière de surveillance policière. C'est en Allemagne que, pour la première fois, un fournisseur d'accès a été condamné pour avoir diffusé un site pédophile. En France, le Ministère de l'intérieur a créé il y a quelques mois un service pour réfléchir sur les moyens de lutter contre cette déferlante. La loi Gayssot permet d'agir contre les racistes. La Suisse avance prudemment sur ce terrain. Deux personnes, formées en Allemagne, travaillent actuellement au contrôle d'Internet à 50% à l'Office fédéral de police. Etant donné qu'il est impossible d'intervenir à la source, la police décide donc de s'en prendre aux intermédiaires en Suisse. Il était impossible d'obliger les fournisseurs d'accès de bloquer tous les sites racistes. "Cela aurait été beaucoup trop problématique étant donné l'étendue du Web, note Roman Studer. Il est par ailleurs souvent difficile de déterminer quel site tombe sous le coup de l'article 261 bis ou non. Enfin, nous devons prendre nos précautions en regard de la loi sur la concurrence déloyale." C'est pourquoi plutôt qu'interdire de façon trop floue tous les sites racistes, la police préfère publier sa propre liste afin de sensibiliser les fournisseurs d'accès. D'un point de vue technique, Thomas Kernen, de Dekpoint S.A. qui fournit des accès au Web des entreprises principalement, estime pour sa part que le blocage de certains sites particuliers est tout à fait possible. "Il faut simplement qu'on nous fournisse l'adresse numérique exacte. Mais jusqu'à présent nous n'avons jamais eu ce type de demande." F. K.

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Commentaire de l'AAARGH: Alors, évidemment, nous allons pouvoir rigoler un brin. Quand on voit la quantité de fausse information et le degré de débilité mentale qui président à la confection d'un simple articulet de ce genre, on se dit qu'une intervention pandoresque va devenir très amusante. Penser que c'est aux flics qu'il faudra demander l'autorisation de brancher son ordinateur est déjà une invention du plus haut comique. Nous sommes ravis. Comme toujours, c'est l'attitude imbécile des "interdiseurs" qui va nous assurer une publicité énorme et un afflux incompressible de visiteurs. Car, même parmi nos adversaires les plus décidés, qui supportera de se faire lanterner par des flics minables? Qui hésitera à chercher -- et à trouver -- le moyen de contourner une interdiction aussi débile? Après le coucou et le couteau de son armée, la Suisse invente l'ordinateur à trous...


Récupéré sur <http://www.letemps.ch/fait_1.htm>Le Temps, Genève, samedi 18-dimanche 19 juillet 1998.


Ce texte a été affiché sur Internet à des fins purement éducatives, pour encourager la recherche, sur une base non-commerciale et pour une utilisation mesurée par le Secrétariat international de l'Association des Anciens Amateurs de Récits de Guerre et d'Holocauste (AAARGH). L'adresse électronique du Secrétariat est <[email protected]>. L'adresse postale est: PO Box 81475, Chicago, IL 60681-0475, USA.

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