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Le Temps, de Genève, 22 juillet 1998.

 

PROCES. Jürgen Graf et son éditeur Gerhard Förster écopent de la prison ferme à Baden. Ce sont les peines les plus lourdes jamais prononcées en Suisse en vertu de la loi antiraciste, en vigueur depuis 1995

La justice frappe "fort" contre un ténor du révisionnisme et son éditeur


Sylvie Arsever (avec les agences) Quinze et douze mois de prison ferme. Ce sont les peines les plus lourdes jamais prononcées en Suisse en vertu de la loi antiraciste, en vigueur depuis 1995. Elles frappent Jürgen Graf, 47 ans, qui se désigne lui-même comme le chef de file de la nouvelle génération de révisionnistes et son éditeur, Gerhard Förster, un ancien officier de la Wehrmacht âgé de 78 ans. Le procès s'était ouvert jeudi dernier devant le Tribunal de district de Baden et le jugement a été lu publiquement mardi [21 juillet 98]. Depuis 1993, Jürgen Graf a publié cinq livres consacrés à une réfutation de ce que les révisionnistes appellent le "mensonge d'Auschwitz" ainsi que différents articles. Plusieurs de ces textes sont diffusés sur Internet, notamment via le serveur Wilhelm Tell (Le Temps du 18 juillet). L'acte d'accusation visait quatre de ces livres (le cinquième est sorti de presse trop récemment pour avoir été pris en compte) et trois articles. Deux de ces articles avaient été diffusés sur Internet depuis le Canada. Jürgen Graf ayant admis qu'il avait lui-même fait parvenir une disquette de ces textes au diffuseur, la justice suisse pouvait lui demander des comptes à leur sujet. Gerhard Förster a publié trois des ouvrages incriminés aux éditions Neue Visiones GmbH. Il est également l'auteur de notes de présentation de ces textes où il reprend leur contenu à son compte. Jürgen Graf conteste l'existence d'un plan nazi d'extermination des Juifs et celle des chambres à gaz. Il leur oppose, comme tous les ténors du révisionnisme, la thèse d'un complot visant à imposer une vision mensongère de l'histoire favorisant le cosmopolitisme et les milieux juifs. Ces thèses à fort relent raciste, promues notamment par la petite Communauté de travail pour la recherche sur l'histoire contemporaine, trouvent un écho très intéressé dans les milieux de skinheads et de hooligans, relève le journaliste indépendant Hans Stutz, membre de la Fondation contre le racisme et l'antisémitisme. Si cet écho reste modeste, il va croissant, ce qui amène le journaliste à voir un réel danger dans cet activisme d'un nouveau genre.

Jürgen Graf revendiquait ses écrits et les présentait comme découlant d'une démarche purement historique. Le tribunal n'a pas accepté cette explication: tous ses efforts, relève le jugement, visent à conforter une thèse préétablie et sa démarche n'a donc rien de scientifique. La décision de le condamner à une peine de prison ferme est essentiellement motivée par son obstination dans le négationnisme. Vu l'énergie particulière» dépensée par les deux accusés pour nier la Shoah, il était impossible, a expliqué la présidente du tribunal, Andrea Staubli, de former un pronostic favorable permettant de les faire bénéficier du sursis.

Les deux accusés écopent également d'amendes, relativement modestes, de 8000 francs chacun. Mais ils devront restituer les gains qu'ils ont réalisés avec la diffusion des textes litigieux, soit un montant global de 55 000 francs. Jürgen Graf a d'ores et déjà annoncé son intention de recourir contre sa condamnation. Agé et atteint d'ostéoporose, Gerhard Förster compte apparemment sur son infirmité pour échapper à la prison. Plusieurs dizaines de condamnations ont déjà été prononcées en Suisse pour discrimination raciale. Le nouveau texte prohibe expressément le négationnisme mais la question de son champ d'application dans ce dernier domaine reste ouverte. Le 8 juin, le Tribunal cantonal vaudois a acquitté le diffuseur en Suisse du livre de Roger Garaudy Les mythes fondateurs de la politique israélienne, estimant qu'il ne faisait pas partie des personnes visées par la loi. Le débat devrait se poursuivre devant le Tribunal fédéral.


Récupéré sur le site du journal Le Temps, <www.letemps.com> le 23 juillet 1998.


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