AAARGH
Dans ce chapitre, nous n'examinerons naturellement que l'authenticité matérielle des textes; la véracité des récits sera étudiée au chapitre suivant; il est à noter que des remarques auront été déjà faites, sur la véracité, dans la colonne "Observations" des tableaux comparatifs.Pour l'authenticité matérielle des six versions que nous connaissons, nous présenterons d'une part des certitudes, d'autre part des hypothèses fondées sur de fortes présomptions.Notre étude nous conduit à classer ces six textes en trois séries distinctes:
C'est la première "confession" rédigée par Gerstein, le 26 avril 1945, alors qu'il s'était rendu quelques jours plus tôt aux troupes françaises de la 1ère Armée. Elle est manuscrite, rédigée en français; l'examen de l'écriture, comparée à celle de lettres écrites auparavant par Gerstein, prouve que l'ancien SS Obersturmfuehrer en est bien l'auteur.Gerstein l'a datée de Rottweil, localité où il jouissait d'un statut privilégié de prisonnier sur parole et où il occupait une chambre à l'hôtel Mohren. Il a utilisé le papier, rare à l'époque, dont il disposait, à savoir du papier à en-tête, du papier blanc de même format, du papier blanc quadrillé de format plus réduit et même une feuille qu'il avait commencé à utiliser près de cinq années auparavant, puisqu'on lit en haut de cette page son nom, ses titres, son adresse à Hagen et la date du 14.8.1940.Nous avons toutes raisons de penser que l'officier S.S. a rédigé spontanément sa "confession". On remarquera déjà l'irrésistible besoin de l'ancien militant de l'Eglise confessante de faire des "confessions" à répétition, puisque les deux derniers feuillets de T I reprennent des passages entiers des pages précédentes.
Ce texte est dactylographié, en français, daté "Rottweil 26 avril 1945" comme T I. Il est le seul des six textes à comporter une signature manuscrite de Kurt Gerstein; celle-ci se trouve au bas de la sixième page. Sur les six pages de la "confession" proprement dite, les cinq premières sont très proches des huit premières pages de T I, avec toutefois quelques différences, dont une qui[272] est très importante puisqu'elle concerne le nombre des victimes aux camps de Belzec et de Treblinka: il n'y a aucune évaluation dans T I, alors que Gerstein avance le chiffre de 25 millions (sic) dans T II.
La sixième page de T II n'a pas d'équivalent dans T I: Gerstein y relate des exterminations, des atrocités, des expériences sur desêtres vivants qui auraient eu lieu dans d'autres camps que Belzec et Treblinka, même dans des camps où l'ancien Obersturmfuehrer ne s'est jamais rendu, comme Auschwitz et Mauthausen, entre autres.
En parallèle, la page numérotée 9 de T I n'a pas d'équivalent dans T II: Gerstein y donne des détails sur sa reddition aux troupes françaises, sur l'accueil qu'il reçoit de la part des autorités militaires et sur les offres qu'il leur fait de se mettre à leurservice.
Une hypothèse peut être formulée: Gerstein a utilisé en partieT I comme brouillon pour dactylographier T II, mais, comme il était prisonnier, des "suggestions" ont pu lui être faites pour la sixième page; on a pu, par exemple, lui demander de relater des atrocités dont il aurait entendu parler afin d'étoffer son récit qui ne concernait que Belzec et Treblinka. On a pu également aider son français hésitant pour rédiger la formule par laquelle il atteste sous la foi du serment la véracité de ses déclarations.
La septième page, non signée, intitulée "Kurt Gerstein - suplément" n'appelle pas de remarque particulière; l'ancien officier S.S. y explique qu'à son adresse berlinoise se réunissait un cercle d'amis antinazis dont il donne les noms et les adresses; il ajoute les références de quelques autres personnes domiciliées ailleurs qu'à Berlin.
T II est la "confession" la plus connue de Gerstein, notamment en France. Paradoxalement, c'est dans les dossiers de la Justice américaine auprès du Tribunal de Nuremberg qu'elle a été retrouvée en janvier 1946. L'explication en est simple: le 5 mai 1945, Gerstein avait encore sur lui les sept pages dactylographiées, ce qui parait indiquer que les officiers français de la Sécurité militaire n'y attachaient pas un intérêt exceptionnel; ce jour-là, le prisonnier sur l'honneur de Rottweil rencontra dans le hall de l'hôtel Mohren deux enquêteurs alliés, le major anglais Evans et l'Américain Haught; il voyait pour la première fois des officiers anglo-saxons dans le Wurtemberg occupé et engagea la conversa-[273]tion avec eux. Les officiers alliés ont rédigé le compte rendu de cette rencontre. Gerstein leur a remis les sept pages de sa "confession" dactylographiée du 26 avril 1945, accompagnée de certains documents qui constituent des pièces annexes, en particulier une note manuscrite de deux pages en anglais et un lot de douze factures de la société DEGESCH concernant la livraison de Zyklon B.
L'ensemble des documents fut examiné à Paris par la Documentation Division, que dirigeait le Commandant Robert Storey; cet organisme décida de l'admettre dans la série PS (Paris Storey) avec le numéro 1553.
Le 30 janvier 1946, le procureur général français Charles Dubost insista en vain pour que le PS-1553 soit retenu par le Tribunal de Nuremberg; ce refus est important, mais il ne met pas en son cause authenticité matérielle. Seules, les factures furent reconnues.
Nous terminons par l'étude d'un dernier point. Quelle machine à écrire a été utilisée par Gerstein pour la frappe de TII? Nous pensons vace une quasi-certitude qu'il s'agisdsait d'une machine à clavier français. En effet, les "é" et les "è" sont manifestement frappés à l'a ide d'une seule touche, ce qui n'est pas possible avcec un clavier allemand. On relève également de nombreux accents circonflexes qui n'existent que sur un clavier français.On a donc de bonnes raisons de penser que la Sécurité militaire française a mis une machine à écrire à la disposition de son prisonnier.La frappe peut être celle d'un dactylographe occasionnel, comme devait l'être Gerstein.
C'est la deuxième "confession" manuscrite de Gerstein rédigée en français, comme la première, à l'hôtel Mohren de Rottweil; elle porte la date du 6 mai 1945.Nous avons dit, dans le chapitre "Etablissement des Textes" qu'elle se compose de neuf demi-pages pour la "confession" principale et de neuf autres demi-pages pour les suppléments.[274]
a) La "confession" principale
Elle est très courte et donne au lecteur de T I et T II l'impression d'être inachevée. Elle s'arrête au moment où le général S.S. Globocnik donne à l'Untersturmfuehrer des instructions pour la désinfection de grandes quantités de textiles au camp de Belzec. Il n'est donc fait mention d'aucun gazage de détenus dans cette "confession". Le fait est surprenant.
Il ne semble pas, toutefois, que des pages manquent, car la dernière demi-page numérotée 9 n'est même pas entièrement remplie. Cette brève "confession" reprend les passages correspondants de T I et de T II. On relève cependant une différence très importante avec ces deux derniers textes: Gerstein dit que, le 8 juin 1942, on lui donna l'ordre de livrer 260 kgs d'acide cyanhydrique, au lieu de 100 kgs dans les textes du 26 avril 1945 (T I et TII). Outre cette différence, il existe des ajouts; ce sont des commentaires personnels que nous retrouverons parfois avec d'autres développements dans T III, T V et T VI.
b) Les suppléments
Ils ne sont pas datés, mais aussi bien LKA que la veuve de Gerstein pensent qu'ils complètent T IV. Ils n'ont pas d'équivalent dans T I et T II; en revanche, on les retrouve, avec des variantes, dans T III, T V et T VI. Toutefois, dans T V et T VI, ils ne sont pas séparés comme dans T III et T IV, mais intégrés au texte même de la dernière partie des "confessions".
L'authenticité de T IV est indiscutable, mais on peut se demander à quel mobile a obéi Gerstein en le rédigeant. Nous présenterons trois hypothèses:
La rédaction répétitive de "confessions", analogues pour l'essentiel, mais avec des différences, procéderait d'un trait de caractère de Gerstein; dès qu'une feuille blanche était à sa disposition, il ne pouvait résister à son besoin d'écrire en commençant par sa biographie et en continuant par le récit de ses expériences à la S.S.
[275]
Gerstein souhaitait envoyer à son épouse un récit; il lui dit d'ailleurs dans sa dernière lettre datée du 26 mai 1945: "Geh mit dem Bericht, den ich anlege, zum Militaergouverneur", c'est-à-dire: "Va avec le rapport ci-joint chez le Gouverneur militaire français".
Voilà qui expliquerait la nouvelle rédaction en français d'un document qui devait, du moins son mari l'espérait, permettre àElfriede Gerstein de bénéficier d'un traitement de faveur de la part des autorités militaires françaises.
Pourquoi ce récit est-il si bref?
Gerstein a-t-il eu scrupule à reprendre pour son épouse,
dont il connaissait le patriotisme, l'essentiel de la "confession",
c'est-à-dire la révélation d'un gazage de
déportés aux camps de Belzec et de Treblinka? A-t-il
craint son scepticisme, voire son indignation incrédule?
Les officiers de la S.M. française ont été désagréablement surpris d'apprendre que la veille, le 5 mai, leur prisonnier avait remis à des enquêteurs alliés le document en langue française daté du 26 avril 1945 destiné aux services français. Gerstein a pu vouloir se "racheter" en rédigeant une nouvelle "confession".
Quand les officiers français se sont aperçus que l'ancien S.S. répétait une fois de plus les mêmes choses, ils lui ont peut-être intimé l'ordre de faire des révélations nouvelles.
Cette dernière hypothèse pourrait expliquer l'interruption brutale de la "confession" principale et la rédaction de suppléments inédits.
Il est d'ailleurs possible que nos trois hypothèses comportent chacune une part de vérité et qu'elles se conjuguent.
A notre connaissance, personne avant nous n'a publié, ni même fait connaitre l'existence de T IV ("confession" principale et suppléments).
[276]
L'origine de ce texte est certaine, ainsi que nous l'avons dit dans notre chapitre "Etablissement des textes". On trouve à la Direction de la Justice militaire une lettre (pièce annexe page 280) du chef de l'O.R.C.G., datée du 6 juin 1945, dont nous reproduisons ci-après les premières lignes:
"Le Chef de l'O.R.C.G.
"à
"Monsieur le Professeur Gros"Carlton Gardens 4
"London"J'ai l'honneur de vous adresser ci-joint la copie de l'inter-
"rogatoire par mes services de l'acteur:
"Gerstein de Tuebingen
"Ce document ne manquera pas, je pense, de vous intéresser.
"...
Le document annoncé dans cette lettre constitue le texte T Va. Saul Friedlaender reproduit une partie de la lettre du 6 juin 1945 (K.G., p. 185), mais il ajoute:"le texte de l'interrogatoire n'a pas été retrouvé jusqu'à présent". Le texte est maintenant retrouvé (il a été retourné aux Archives de la Direction de la Justice militaire le 3 août 1971), et peut y être consulté.
Principales caractéristiques de T Va:
On relève un grand nombre d'erreurs dans les noms propres, ce[277]qui peut venir d'une mauvaise compréhension de ces noms, prononcés, vraisemblablement avec un accent germanique, par l'ex-officier S.S. Nous donnerons cinq exemples de ces erreurs:
| dans les noms de villes: | Marbrug au lieu de Marbourg, |
| Aachem au lieu de Aachen, | |
| Pirmasinz au lieu de Pirmasens. | |
| dans les noms de personnes: | Hockelchoc au lieu de Heckenholt, |
| Kraatz au lieu de Krantz. |
D'autre part, au début de ses autres "confessions", Gerstein parle de son exclusion du parti nazi; dans T Va, on lit: exécution. Il peut s'agir ici, soit d'une mauvaise prononciation, soit d'une mauvaise lecture.
T Va a été utilisé pour deux autres moutures qui contiennent quelques différences avec leur modèle; ce sont:
Différences constatées entre le modèle (T Va) et les moutures (T Vb et T Vc)
1) T Vb
Il y a peu de différences, puisque les fautes dans les noms propres et même les fautes d'orthographe ont en général été reproduites fidèlement. Cependant, nous avons relevé les trois différences ci-dessous:
2) T Vc
Cette traduction en anglais de T Vb porte à sa dernière page la même mention de déclassification des National Archives de Washington que son modèle T Vb, à savoir 01.0813. La transcription est fidèle (mêmes erreurs) dans l'orthographe des noms propres; même sigle E.M. (Etat-Major) qui ne signifie rien en anglais; même nombre de victimes parmi le clergé polonais: 2.000 comme dans T Vb et non 8.000 comme dans T Va. En revanche, la traduction a été quelque peu "arrangée" à deux occasions:
[279]
Utilisation de T Vc par Léon Poliakov.
En 1964, L. Poliakov a publié "le dossier Kurt Gerstein"(M.J. page 4-20); dans sa présentation du récit de Gerstein, il écrit: "...Il [Gerstein] fut interné par les autorités militaires françaises dans un hôtel réquisitionné de la petite ville de Rottweil. Il y rédigea sa relation entre le 21 avril et le 5 mai et il en fit lui-même une traduction abrégée en français dactylographiée par lui [...] Le 5 mai 1945, les enquêteurs militaires alliés, le Major D.C. Evans et M.J.W. Haught, rencontraient Gerstein à Rottweil, par hasard, précisent-ils, l'interrogeaient et traduisaient en anglais le texte intégral de sa relation".
Ce texte suscite de notre part les remarques suivantes:
a) - L. Poliakov parait ignorer que T Vc (texte anglais) n'est que la traduction de T Vb, lui-même transcription plus ou moinsfidèle de T Va; il ignore donc, par la même occasion, que T Va est l'oeuvre de l'O.R.C.G.
b) - L. Poliakov a-t-il eu sous les yeux le texte anglais qui indique clairement "May 6, 1945", et non pas 5 mai?
c) - La traduction anglaise n'a pas été faite par les deux officiers alliés, mais quelques semaines plus tard; il a déjà fallu queT Va, comme nous l'avons dit précédemment, soit envoyé au Professeur Gros à Londres par une lettre datée du 6 juin 1945.
A l'égard des affirmations de Léon Poliakov, Pierre Vidal-Naquet a été trop confiant, puisqu'il a déclaré publiquement en 1981 que T Vc était "l'interprétation donnée par les enquêteurs américain et anglais dans leur propre rapport (...)" (C.R. sténographique. 1981).
Nous avons eu précédemment l'occasion de dire que L. Poliakov avait seulement prélevé six alinéas de T Vc, qu'il les avait ensuite insérés, après traduction en français, à différentes places deT II. Sur ces six alinéas, il n'y en a que deux qui présentent un texte conforme au texte d'origine.[281]
Nous étudierons successivement ces deux "confessions", mais en commençant par T VI, car nous donnerons les raisons qui nous paraissent valables de penser que T III a été rédigé en dernier lieu.
Saul Friedlaender écrit, au sujet de T VI (K.G., p. 11):"Un texte allemand du rapport daté uebingen, actuellement Rottweil, Hôtel Mohren, 6 mai 1945 provient d'un nommé Stass qui, lui-même, l'aurait reçu d'un fonctionnaire de police de Hersfeld en été 1945, alors qu'il revenait du camp de Buchenwald à Cologne."Que sait-on du nommé Stass? Que sait-on de ce policier deHersfeld dont S. Friedlaender lui-même parle au conditionnel? A notre connaissance, on ne sait rien sur ces deux personnages. Madame Gerstein, interrogée par nous, a répondu qu'elle n'enavait jamais entendu parler; elle ajoutait que son mari avait assez de richesse imaginative (Einfallsreichtum) pour trouver le moyen de faire circuler son témoignage pendant sa captivité à Rottweil où il jouissait d'une liberté relative.
Soumis à l'examen de la "Documentation Division" du Commandant Storey, T VI fut admis dans la série P.S. sous le numéro 2170. Il fut utilisé au moins une fois au cours d'un procès: celui du docteur Peters de la Société DEGESCH, qui s'est déroulé à Francfort; la Société DEGESCH, au sein de laquelle le Dr. Peters occupait un poste important, fournissait du Zyklon B à l'Ar-[282] mée allemande, notamment au service chargé de la désinfection des camps de concentration. Le Docteur Peters avait donc été en relations assez suivies avec le S.S. Obersturmfuehrer Gerstein.
Trois "confessions" furent examinées simultanément par le Tribunal de Francfort: T II, T III et T VI; le Tribunal a signalé, sans commentaires, certaines différences constatées entre ces trois textes, en particulier la quantité d'acide cyanhydrique que Gerstein reçut l'ordre de transporter vers le camp de Belzec, à savoir 100 kg dans T II et T III, au lieu de 60 kg dans T VI.
1) Aspect matériel
La dactylographie est très soignée; de toute évidence, c'est le travail d'un professionnel; ce dernier n'a pas manqué, notamment, de porter au bas et à droite de chaque page, en le soulignant, le premier mot de la page suivante. Ce ne peut êtrel'\uvre de Gerstein, qui n'était qu'un dactylographe occasionnel.
La machine à écrire utilisée possédait un clavier allemand: on y trouve, en particulier, le caractère spécifiquement germanique [ss]
2) Nombreuses erreurs dans les noms propres, dans les mots allemands les plus usuels et dans le style.
a) Noms propres
Nous en donnerons quelques exemples:
| page 1 | in Tuebingen, Hartenstrasse 24, au lieu de Gartenstrasse 24 (adresse de Gerstein), |
| Schemann au lieu de Schmemann (nom de jeune fille de la mère de Gerstein), | |
| Grafenesk au lieu de Grafeneck, | |
| Arnheim au lieu d'Arnhem | |
| page 13: | Dorothea Schult au lieu de Schulz, |
| Heinz Nebenthau au lieu de Nebelthau |
Les erreurs ci-dessus peuvent éventuellement s'expliquer par une mauvaise compréhension de la dactylographe si le texte a été dicté. Quant à l'erreur de la page 12, il est plus difficile de faire une hypothèse pour l'expliquer; en effet, l'adresse berlinoise de Gerstein était: §Buelowstrasse 47, et on lit: Luetzowstrasse 47.
[283]
b) Mots et style
Il y a de trop nombreuses fautes dactylographiques pour que nous les citions toutes; en voici quelques-unes à titre d'exemple:
| Page 1 | dernière ligne | hierbai au lieu de hierbei |
| Page 2 | 1ère ligne: | DS au lieu de S.D. (initiales de Sicherheitsdienst); |
| 9e ligne: | Anseicht au lieu de Ansicht; | |
| 15e ligne: | Fuehrlung au lieu de Fuehlung; | |
| 6e ligne: | Fuehrungsgauptam au lieu de Fuehrungshauptamt; | |
| Page 43 | 6e ligne: | Binsfaeden au lieu de Bindfaeden; |
| 52e ligne: | ich selbst stehen au lieu de ich selbst stehe; | |
| Page 5 | 2e ligne: | pastoerale au lieu de pastorale; |
| Page 6 | 37e ligne: | Brillen au lieu de Brillanten; |
et bien d'autres erreurs encore.
Cette profusion de fautes incite à penser que le (ou la) dactylographe ne connaissait pas la langue allemande, mais savait seulement taper à la machine.
3) Analogie entre T V et T VI
T VI reprend dans l'ensemble en langue allemande le contenu de T V, qui est une copie d'interrogatoire par les services français de l'O.R.C.G. Nous avons vu précédemment que T V comportait des erreurs grossières et des passages rédigés d'une façon très maladroite, bien que le rédacteur n'en soit pas Gerstein, mais une ou plusieurs personnes dont le français est la langue maternelle. Dans T VI, les erreurs grossières ont été corrigées. Ainsi, l'exécution décidée par le tribunal de la N.S.D.A.P. redevient l'exclusion; la collecte dans le peuple danois redevient la collecte dans le peuple allemand; Hockelchoc redevient Heckenholt; l'Etoile de Davis redevient l'Etoile de David, etc. Quant aux passages maladroits de T V, ils ont été soit supprimés, soit abrégés, soit présentés sous une forme plus correcte.
4) Etrangetés constatées dans ce texte allemand
Nous avons dit précédemment que Gerstein ne pouvait avoir dactylographié T VI. Peut-il néanmoins avoir dicté le texte deT VI à un(e) dactylographe? Nous émettons de sérieux doutes à ce sujet; car, si c'était le cas, on ne comprendrait pas que [284]Gerstein s'exprimant en allemand commette les deux erreurs que nous signalons ci-après:
1ère erreur:
A la page 2 de T VI, on lit: ch wurde daher sehr bald Leutnant und Oberleutnant, c'est-à-dire: "je devins alors, très vite, sous-lieutenant et lieutenant".
Dans cette phrase, on relève une double erreur. D'abord, si Gerstein devint très vite sous-lieutenant, il dut, en revanche, attendre le 20 avril 1943 pour être promu lieutenant. Ensuite - et cela est beaucoup plus troublant - les grades mentionnés dans T VI n'existaient pas à la S.S. Gerstein n'a jamais été Leutnant et Oberleutnant, mais Untersturmfuehrer et Obersturmfuehrer.
Dans les textes T I, T II et T IV rédigés en français, Gerstein a écrit:"je devins lieutenant" car il donnait ainsi le grade équivalent dans l'armée française. Il n'avait aucune raison d'utiliser des termes impropres pour désigner dans sa langue maternelle ses grades successifs. D'ailleurs, lorsque, le 19 juillet 1945, à Paris, il fut interrogé par le juge d'instruction militaire, il répondit en allemand, en présence d'un interprète:"j'ai été nommé Untersturmfuehrer F" (F étant la première lettre du mot Fachfuehrer, qui signifie: responsable spécialiste ou affecté spécial à un poste de responsabilité). On remarquera en outre que Gerstein n'a jamais donné dans ses différents récits des grades de la Wehrmacht aux officiers et aux sous-officiers SS qu'il a vus à Belzec; si Wirth est qualifié de Hauptmann, c'est parce qu'en août 1942 il est encore capitaine de police, non intégré à la Waffen SS.
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adoptée par l'Assemblée générale de
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