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Chronologie d'une négation

par Pierre Rabcor

IL NE S AGIT PAS ici de reprendre l'ensemble de la polémique qui rappelons-le est née dès la fin de la guerre. Il faudrait pour cela envisager de très près certaines dimensions qui débordent largement le cadre historique et politique, tel le rôle de la presse et des médias en général à la fin des années 1970. Mais cela ne doit pas nous empêcher de dresser un tableau chronologique succinct du phénomène et ainsi de poser quelques bornes.

Le négationnisme, quel que soit le courant étudié, repose sur un double postulat: d'une part la négation de la volonté national-socialiste (et plus précisément hitlérienne) d'extermination systématique dont les chambres à gaz sont l'instrument emblématique et d'autre part l'affirmation que le génocide juif n'est qu'une gigantesque escroquerie politico-financière dont l'État d'Israël est et a été le principal bénéficiaire.(1) Cette démarche commune aux différents courants politiques négationnistes nous amène à une présentation des individus et organismes diffusant les thèses négationnistes qui est fort loin d'être exhaustive. Le choix de ceux qui y figurent est arbitraire, basé sur leur importance passée ou présente. D'autre part, le caractère international nous semble fondamental car si nous contestons la dénomination d'"Internationale révisionniste" qu'il [12] est fréquent de lire dans certains articles d'une certaine presse, nous n'en sommes pas moins convaincus que ce courant tire sa force de ses contacts transfrontaliers. Ne pas céder à la facilité de la théorie du "complot" ou du "chef d'orchestre secret" n'est pas synonyme d'aveuglement... Enfin, il nous faut rappeler notre attachement au refus d'utiliser le terme de "révisionnistes" pour qualifier les thèses de tous les individus évoqués dans cette courte synthèse. Ce n'est bien évidemment pas par pure coquetterie. L'Histoire, toute histoire, doit être révisée et ce principe de base explique la démarche d'un Serge Karsfeld à l'égard des fusillés du Mont Valérien. Mais il est clair que les pseudo-révisionnistes sont à l'Histoire ce que Lyssenko était à la Biologie dans la "glorieuse patrie du socialisme". Soumettre l'Histoire à des buts idéologique est un grand classique des faussaires qui ont brillé tout au long de ce siècle, "démocrates" ou non. Mais les faits et les témoins sont têtus et il y a fort à parier qu'ils résistent encore longtemps à l'entreprise négationniste.

La grille de lecture que nous avons adoptée est le caractère générationnel du négationnisme. Schématiquement, on peut distinguer trois générations au sein desquelles s'est à chaque fois révélée une figure majeure qui a servi de référence pour la génération suivante.

Première génération: 1945-1970

Le caractère le plus marquant de cette génération est bien évidemment sa participation au deuxième conflit mondial, dans son extrême majorité dans le camp des "vaincus", c'est-à-dire les régimes nazis, fascistes ou les partis collaborationnistes européens. Paul Rassinier, par son engagement politique, constitue à cet égard une exception notable.

1945-1947: Le premier négationniste répertorié est sans doute le Français Maurice Bardèche, beau-frère de R. Brasillach. Dès la fin de la guerre, il édite son premier ouvrage critique contre la Résistance en 1947: Lettre à François Mauriac. En 1948, il publie Nuremberg ou la Terre Promise dans lequel il attaque la "falsification de l'Histoire" tout en se défendant de "défendre l'Allemagne". Cette thèse, creusée dans l'ouvrage suivant Nuremberg II ou les Faux Monnayeurs (1950) s'appuie sur un principe: ce sont les vainqueurs qui imposent leur version de l'Histoire contre l'Allemagne dont le principal tort est finalement d'avoir perdu la guerre. Mais l'ancrage [13] de M. Bardèche dans le courant néo-fasciste l'empêchait forcément de diffuser ses thèses dans une France d'après-guerre bâtie sur le consensus antifasciste.

1950-1960: De fait, c'est Paul Rassinier qui va apparaître comme LA référence dans cette génération ayant participé à la guerre. Né en 1906, il adhère au parti communiste (SFIC) en 1922 puis à la SFIO en 1934 après avoir été exclu du PCF pour "gauchisme". Dès le début de l'Occupation, il participe à la création du mouvement Libération-Nord et est arrêté en octobre 1943, torturé et déporté à Buchenwald puis Dora. Libéré en 1945, il est déclaré invalide à 100 % plus 5 degrés. Il a donc alors un solide passé de militant socialiste révolutionnaire. En 1948 il publie Passage de la ligne suivi du Mensonge d'Ulysse en 1950. Le Mensonge d'Ulysse s'attache avant tout à casser ce qu'il considère comme un mythe: la solidarité entre détenus. Les Kapos en particulier sont désignés par P. Rassinier comme les principaux responsables des exactions et de la dureté des conditions de détention. Le fatalisme de P. Rassinier le fait douter de l'expérience des autres et le pousse à critiquer très durement la tendance à la glorification et au martyrologe de certains anciens détenus, ce qu'il nomme "le mensonge d'Ulysse".

Concernant les chambres à gaz, il minore leur existence tout en ne niant pas cette dernière: "Mon opinion sur les chambres à gaz ? Il y en eut: pas tant qu'on le croit. Des exterminations par ce moyen, il y en eut aussi: pas tant qu'on l'a dit."

De la même façon, il met en doute le projet exterminationniste national-socialiste. Exclu de la SFIO après avoir été condamné pour injures et diffamation dans le procès intenté par la LICA et des anciens déportés proches du PC, P. Rassinier fait paraître ses écrits dans la maison d'édition de M. Bardèche à partir de 1955. L'essentiel de son argumentation repose alors finalement sur une démonstration démographique niant les six millions de morts, expliquant que la majeure partie de la communauté juive européenne a en fait émigré et que la guerre est le résultat d'un complot de marchands d'armes et de groupes occultes, francs-maçons et juifs. Par ailleurs, pour parachever sa dérive politique, P. Rassinier écrivit de 1963 à 1964 dans Rivarol et il participa à une réunion organisée en Allemagne par le journal nationaliste Nation-Europa Il décéda le 28 juillet 1967 et son éloge funèbre fut prononcé par Maurice Bardèche...

[14]

Années 1960-1970: Ancien soldat SS affecté à Auschwitz durant l'année 1944, Thies Christophersen se recycle après-guerre et devient journaliste en RFA. Son engagement n'est cependant guère ébréché puisqu'il participe au journal d'extrême-droite Le paysan allemand et anime des associations de lutte contre la pornographie. Il voit sa réputation passer les frontières lorsqu'il publie en 1973 ce qu'il considère comme sa version de l'histoire du camp d'Auschwitz: Le Mensonge d'Auschwitz. Ce livre a été traduit dans de très nombreuses langues et a sans doute été diffusé entre environ un et deux millions d'exemplaires. Sa présentation des camps de concentration allemands comme des ancêtres du parc Astérix ou de Disneyland a décomplexé de nombreux futurs négationnistes. Depuis, Thies Christophersen est l'un des plus inlassables réhabilitateurs du régime nazi à travers le monde. A peu près du même âge, le Suisse G. A. Amaudruz est moins connu. Ancien soldat SS de la Division Charlemagne (du moins c'est ce dont il se vante), il reprend son engagement politique dès 1949 et fait paraître en France Ubu justicier au premier procès de Nuremberg dans lequel il récuse le Tribunal Militaire International. En 1951, à Zurich, il participe à la création de l'une des premières organisations néo-nazie d'après-guerre, le Nouvel Ordre Européen, qui réunit une poignée d'anciens nazis allemands et fascistes italiens. La Suisse joue de fait un rôle central et privilégié dans ces contacts entre rescapés. Mais à Lausanne, G.-A. Amaudruz est également le responsable et principal rédacteur du Courrier du Continent, bulletin mensuel de fabrication sommaire mais diffusant énormément d'informations sur l'ensemble des publications radicales de droite et bien sûr le négationnisme (le bulletin en est. en juin 1995, à son 370e numéro). G.-A. Amaudruz, malgré son aspect folklorique (se reporter à cet égard au dossier hors-série du Canard Enchaîné sur la Suisse de 1990) est une pièce centrale du néo-nazisme en Suisse et il a permit l'émergence d'autres individus.

Nettement plus tardivement réputé pour ses positions négationnistes, le Français H. Roques n'en fait pas moins partie de cette génération. Futur ingénieur agronome, né en 1920, H. Roques participa aux Chantiers de jeunesse de Vichy durant la guerre. Après celle-ci, il suit la renaissance des mouvements néo-fascistes en France: il est pendant des années le correspondant à Paris de L'Europe réelle, revue du Nouvel Ordre Européen, il entre au PFN [15] puis à la FANE. Sa rencontre avec P. Rassinier en 1962 a été déterminante, même s'il ne lui en fallait sans doute pas beaucoup pour être "converti" au négationnisme. C'est bien sûr lorsqu'il soutient sa thèse à Nantes le 15 juin 1985 que son nom émerge. Le but de sa "recherche" était de démontrer la nullité des écrits de Kurt Gerstein, officier SS affecté au service de santé et d'hygiène du camp de Belzec en août 1942.

Deuxième génération: 1970-1980

La deuxième génération (de loin la plus nombreuse) est celle qui est née dans les années 1930 et qui va être inspirée dans sa démarche par Paul Rassinier ou Thies Christophersen. Ces négationnistes vont apparaître sur le devant de la scène dans les années 1970

En France: en tout premier lieu, Robert Faurisson bien sûr. Né en 1929, il est. à partir de 1974, maître de conférence en littérature lorsque son nom fait irruption en France à propos de la polémique négationniste. Selon Faurisson lui-même (2), il a commencé à réfléchir sur les chambres à gaz dès 1960 après avoir lu P. Rassinier (Faurisson se définissant soit comme un homme de gauche , soit comme un apolitique). S'étant vu ouvrir indirectement les colonnes du Monde dès le 14 août 1974 par la publication d'une lettre privée, il essaya de se faire publier par le journal du soir grâce à un échange de lettres polémiques, tentative qui échoua. Cela l'amena à frapper à d'autres portes, en l'occurrence Défense de l'Occident (3) ce qui finalement lui donna accès au Mondele 29 décembre 1978 sous le titre: "La rumeur d'Auschwitz". Acte de naissance de la polémique autour du négationnisme en France, I'article fut suivi d'autres à la fois dans le Monde et dans Libération et d'une série de procès en 1981 et 1982. Depuis cette date le parcours de R. Faurisson n'est plus qu'une suite à la fois d'activisme négationniste et d'"affaires", qu'elles soient judiciaires ou polémiques. Les moyens financiers de ce milieu lui permettent par ailleurs une mobilité digne d'un courtier en assurances, les invitations en Suède (par Ahmed Rami), en Allemagne (par le NPD ou Ewald Althans), en Suisse (par Roger Würthrich, leader d'extrême-droite et en présence de G.-A. Amaudruz) étant extrêmement nombreuses.

A l'étranger: né en 1921, Arthur R. Butz (USA) , professeur d'informatique à la Northwestern University, est l'auteur en 1976 du principal ouvrage de référence du négationnisme: L'imposture du XXe siècle. Edité aux USA, le livre a été diffusé en Grande-Bretagne par la maison d'édition du National Front.

En terme de réputation, Wilhelm Stäglich est sans doute le deuxième négationniste allemand. Ancien magistrat de Hambourg, il publie ce qui constitue son "grand-_uvre" en 1979: Le mythe d'Auschwitz. Si W. Stäglich ne s'est occupé que du camp d'Auschwitz, sa prose n'est guère différente des autres négationnistes. Motivé par le souci de "rendre sa fierté à l'Allemagne", il rejoint les préoccupations de l'extrême-droite allemande d'après-guerre. Depuis , W. Stäglich jouit du même prestige que Thies Christophersen.

John Bennet est une figure particulière, l'Australie n'étant pas en outre un bon terreau pour le négationnisme. Avocat, il a longtemps été secrétaire d'une ligue de défense des Droits de l'Homme (le Victorian Council for Civil Liberties) et s'est particulièrement illustré dans la défense d'une station de radio palestinienne menacée d'interdiction par certains milieux sionistes. Mais dès 1978, il commence à glisser vers le négationnisme et se met à diffuser le livre de Butz The Hoax of the Twentieth Century ainsi qu'un mémorandum de son cru rendu public par le National Times de Melbourne en février 1979. Il participe ensuite à la convention de l'IHR de septembre 1979 alors même que la polémique gagne toute la presse australienne (de façon similaire à la France à la même époque). Cela amène le CVC. à exclure J. Bennet qui se rapproche alors de l'extrême-droite australienne. Il crée également sa propre ligue de défense (ACLU: Australian Civil Liberties Union).

Richard Harwood (Grande-Bretagne) est l'auteur en 1974 d'une brochure intitulée Did six millions really die ? Epais de 36 pages, cet opuscule entendait démontrer que son auteur possédait toutes les preuves que la shoah était un mensonge et de fait, Did six millions really die ? est relativement exemplaire dans la mesure où il réunit l'ensemble des techniques utilisées par la suite par les différents auteurs négationnistes: négation de la politique d'extermination au profit d'une politique d'émigration hors du Reich avant guerre puis d'une politique d'intégration dans l'effort de guerre pendant celle-ci (d'où les camps de concentration). En particulier, il affirme qu'une politique de déportation et d'extermination, alors même que l'Allemagne était en guerre, n'est pas rationnelle et qu'elle est donc impossible. Tous les documents prouvant le contraire sont par [17] conséquent réfutés par R. Harwood comme faux. Comme d'habitude, le livre est bien sûr bourré de témoignages, références, chiffres, et l'hommage à P. Rassinier est très appuyé.

Par la suite, les opinions politiques de R. Harwood sont devenues plus claires puisqu'il s'est vu confier la rédaction en chef de Spearhead, journal du National Front tout en étant membre du comité directeur de ce parti.

Né en Allemagne en 1939, Ernst Zündel s'installe en 1957 au Canada et prend peu à peu sa place au sein du mouvement nazi nordaméricain: il devient directeur des Publications Samizdat qui produisent un abondant matériel négationniste, il participe sous le pseudonyme de Christof Friedrich à des revues antisémites et est l'un des co-fondateurs du mouvement White Power. Le premier accroc judiciaire de E. Zündel a lieu en janvier 1985 avec la plainte de Mme Sabrina Citron, ancienne déportée, qui l'attaque pour "publication de fausses informations destinées à porter atteinte à l'intérêt public et ce en toute connaissance de cause". L'habileté de Zündel a bien sûr été de gonfler le retentissement médiatique du procès, s'assurant ainsi une vraie tribune dont ont profité les témoins de la défense: R. Faurisson, Thies Christophersen. E. Zündel a été reconnu coupable de propagande antisémite et condamné à 15 mois de prison. Relâché sous caution en février 1985, il obtint que le jugement soit cassé pour vice de procédure. Mais c'est surtout le deuxième procès Zündel, en 1988, qui est intéressant puisqu'il voit l'entrée en service de Fred Leuchter (4). Outre l'aspect tristement cocasse du paradoxe (des individus niant l'assassinat de centaines de milliers de personnes s'associant à un autre individu dont le métier est la mise à mort légale de ses semblables), l'intervention a représenté un nouveau stade dans le développement des thèses négationnistes. Les faiblesses de la tactique des parties civiles sont apparues immédiatement, le jargon scientifique de F. Leuchter ne rencontrant comme opposition que le vide. Le verdict du jugement qui condamnait de nouveau E. Zündel à de la prison ferme a été cassé par la Cour Suprême pour atteinte à la liberté d'expression . Par ailleurs , ses énormes moyens financiers lui ont permis d'alimenter le mouvement néo-nazi allemand après la réunification et d'aider celui-ci à se reconstruire. Il est clair qu'Ernst Zündel est le néo-nazi qui actuellement occupe une situation-clé dans les contacts internationaux de cette mouvance.

[18]

Troisième génération: 1980-1990

La troisième génération est assez restreinte et politiquement dissemblable puisqu'elle est issue du mouvement révolutionnaire des années 1960 et tout particulièrement de 1968. Nous nous concentrerons sur la France, même si d'autres pays européens ont pu présenter une situation similaire (en particulier l'Italie avec Carlo Mattagna).[EN REALITE, MATTOGNO]

Pierre Guillaume en est la figure emblématique, tant pour lui-même que pour d'autres individus issus de l'ultra-gauche. Il est clair qu'il a connu les écrits de Paul Rassinier très tôt (dès la fin des années 1960 selon lui) mais ce n'est qu'à la fin des années 1970 qu'il va les utiliser et c'est finalement sous ses hospices [CE CANCRE VEUT SANS DIRE "AUSPICES"] que va se faire la rencontre avec R. Faurisson.

Au même mouvement, on peut associer Serge Thion, né en 1942, chargé de recherches et militant actif des luttes de libération nationale, ainsi que J.-G. Cohn-Bendit. Cependant ces deux hommes n'auront pas la même évolution durant les années 1980, S. Thion demeurant une figure majeure du courant négationniste français tandis que J.-G. Cohn-Bendit a nettement rompu avec le faurissonisme. Enfin, cas à part, Alain Guionnet qui se prétend d'extrême-gauche sans que soit évident autre chose que son antisémitisme. Alain Guionnet représente assez bien la dérive vers l'obsession et la provocation d'une fraction de l'ultra-gauche. Membre de La Guerre Sociale au tout début de son existence, il disparaît quelques années et ne réapparaît qu'en 1986 avec une série de tracts négationnistes et antisémites signés pour la plupart l'Aigle Noir ou Attila Lemage. Cette démarche aboutit à la création de la revue Révision en mars 1989. Le contenu est outré jusqu'à la caricature et rappelle les provocations du néo-nazi Olivier Mathieu. Jusqu'à la disparition de la revue, il n'y aura eu que le Choc du Mois, François Brigneau et National-Hebdo pour lui accorder quelque crédit. Alain Guionnet a par ailleurs été le seul à être condamné à une peine de prison ferme pour ses écrits.

Une étude un peu plus exhaustive permettrait d'étudier les cas du dessinateur Konk, des maîtres de conférence André Delaporte (Nantes) et Bernard Notin (Lyon), tous deux engagés politiquement à l'extrême-droite et enfin des anciens étudiants de Caen [19] (dont principalement Vincent Reynouard) ayant formés l'ANEC/Nouvelle Vision.

On le voit, la double grille de lecture "génération" et "importance internationale" permet de comprendre l'apparition successive de négationnistes apparemment fort différents mais finalement assez semblables. Elle nous montre trois choses:

La France n'est que l'un des pays parmi d'autres où le phénomène existe.

La popularisation des thèses de R. Faurisson n'est due qu'à son apparition à la une des journaux français en 1978. Il suffit pour s'en convaincre de comparer cette situation avec celle réservée en son temps à P. Rassinier.

Il n'y a pas de quatrième génération...

Cette dernière remarque n'est pas une simple tautologie: les activités récentes des négationnistes sont là pour le confirmer.

Côté édition, ces trois dernières années ont vu une série de publications ou de disparitions à la fois d'ouvrages anti-négationnistes et de revues négationnistes. Cela est étroitement lié au cinquantenaire de la libération du camp d'Auschwitz. Le livre de Jean-Claude Pressac a provoqué une grosse agitation, tant au niveau de la presse écrite que des milieux négationnistes. Dès sa sortie, le livre avait bien sûr été attaqué dans la Revue d'Histoire Révisionniste (5). D'une part l'auteur de l'article considérait que loin d'être des preuves les éléments avancés par Pressac n'étaient que des indices et que ceux-ci étaient déjà connus des négationnistes. D'autre part, il considérait que le livre de Pressac renforçait finalement le point de vue négationniste car son auteur était obligé de faire des "concessions" c'est-à-dire d'admettre que toute une série de documents, témoignages ou même constructions utilisés auparavant par les historiens de la shoah étaient faux. En ce qui concerne le cinquantenaire de la libération d'Auschwitz, le traitement par les médias s'est avéré plus ou moins historiquement fiable, une certaine presse habituée au sensationnalisme n'étant de fait pas la mieux placée pour évoquer ce genre de sujet (6). Les auteurs négationnistes ont néanmoins perçu tous les avantages qu'ils pouvaient tirer de cette surabondance médiatique et R. Faurisson a ainsi utilisé en défense lors de son procès de mai 1995 un article (7) du journaliste de L'Express Eric Conan dans lequel celui-ci faisait le point sur la chambre à gaz d'Auschwitz [20] et rappelait qu'elle avait été détruite et reconstruite après-guerre, en 1948, lorsque le musée fut créé dans le camp.

Le cinquantenaire de la Libération a été l'occasion pour certains individus ou groupes négationnistes de reprendre leurs diffusions de tracts que la presse écrite s'empresse en général de rapporter. Cela a été le cas en juillet 1994 dans la région parisienne puis en janvier 1995 à Strasbourg où ce sont des lycéens ayant visité Auschwitz qui ont été visés. On est très loin cependant de l'ampleur des envois de tracts consécutifs au procès Barbie au printemps 1987.(8)

Par ailleurs, des procès se sont déroulés récemment: en mai 1995, R. Faurisson est [IL A] comparu sur citation du ministère public devant la XVII· chambre du tribunal correctionnel de Paris pour avoir contesté dans son livre Réponse à Jean-Claude Pressac "l'accusation selon laquelle les Allemands auraient, pendant la seconde guerre mondiale, pratiqué une politique d'extermination physique des Juifs notamment par l'emploi, à Auschwitz, de chambres à gaz homicides qui auraient fonctionné à l'insecticide Zyklon-B". Le substitut du procureur a requis une peine de trois mois de prison sur le fondement de la loi Fabius-Gayssot de juillet 1990. En juin 1995, la XXXIe chambre du tribunal correctionnel de Paris a condamné Pierre Guillaume et Michel Gandilhon (ancien vendeur de la Vieille Taupe, qui a depuis clairement rompu avec le révisionnisme et avec Guillaume) à des peines de travail d'intérêt général et à une amende de 20.000 francs pour la diffusion en novembre 1991 des affichettes plagiant celles produites à cette époque par l'Agence Française de Lutte contre le Sida pour lutter contre cette maladie. Parfaitement reproduites, celles des négationnistes remplaçaient le mot "séropositif" par " révisionniste ".

Enfin, dernier épisode en date, la publication par P. Guillaume de deux numéros de La Vieille Taupe, revue dont le deuxième numéro constitué par un texte de R. Garaudy a connu la médiatisation que l'on sait...

Conclusion

La conclusion ne peut être que sommaire, puisque le négationnisme est un phénomène durable. Dans le n· 1 de la Revue d'Histoire Révisionniste, R. Faurisson écrivait à propos des analyses divergentes d'historiens reconnus: [21]

Il est donc clair que, plus que jamais, l'objectif est de nier la volonté d'élimination de la communauté juive européenne par les nazis. Cet objectif étant d'une taille considérable au regard des forces négationnistes, P. Guillaume et d'autres (E. Zündel en particulier) ont décidé de mettre en pratique un certain nombre de techniques de marketing, ce qui explique les "coups". Mais en multipliant les scandales, les négationnistes se condamnent à un radotage stérile qui n'a de sulfureux que ce que la "grande presse" veut bien lui accorder. Or, en s'attachant à la tentative de démontrer par tous les moyens l'existence des chambres à gaz, de nombreuses personnes oublient que le vrai enjeu est là, dans l'affirmation de la volonté d'extermination nazie. Le fait de déporter toute une communauté en raison de son appartenance à une confession dans des camps où la mort était plus que probable n'est-il pas la preuve d'une volonté d'extermination dont l'origine est un racisme abject?

Pour l'instant, les négationnistes ont échoué dans cette tentative de blanchiment du nazisme. Prenons garde que nos propres erreurs ne leur offrent [pas CET IDIOT ECRIT LE CONTRAIRE DE CE QU'IL VEUT DIRE; C'EST PAS ETONNANT] ce qu'ils sont incapables d'obtenir par eux-mêmes...

NOTES

(1). Cette thèse ne doit surtout pas être confondue avec celle développée par Tom Segev qui analyse l'utilisation de la shoah par l'Etat d'Israël après-guerre avec des arguments politiques et non à partir de fantasmes antisémites sur le "complot juif". Tom Segev Le Septième million, L. Levy, Paris, 1993.

(2). Le Monde, 16 janvier 1979.

(3). Défense de l 'Occident, n· 198, juin 1978, art. " Le problème des chambres à gaz ".

(4). Fred Leuchter a pris une importance énorme au sein du courant négationniste depuis 1988 (cf. supra). Les deux expertises qui lui ont été commandées par E. Zündel pour son deuxième procès ont assuré sa réputation et il est actuellement le principal atout et argument des négationnistes dans le monde. Sa force vient bien évidemment de sa qualité de bourreau et de spécialiste en exécution capitale par gaz. Il ne semble cependant pas qu'il ait été négationniste avant d'être contacté par R. Faurisson et ses positions politiques sont peu connues, même si le fait de prononcer des conférences devant des parterres de néo-nazis ne semble pas l'indisposer... Depuis Fred Leuchter, les apprentis-analystes se sont multipliés: l'allemand German [EN FAIT GERMAR] Rudolf (1992), l'autrichien Walter Lüftl (1993), etc.

(5). Revue d'Histoire Révisionniste, n·2, août-septembre-octobre 1990.

(6) On n'évoquera même pas ici certains propos comme ceux tenus à l'antenne de là radio commerciale Fun Radio le 27 janvier 1995 par un petit crétin surnommé Cauet dont la qualité d'"animateur" est un bon reflet de celle de ces "machines à décerveler" que sont ces radios.

(7). L'Express, 19-25 janvier 1995, p.54-73.

(8). Tract du "comité lycéen Lyon-Nancy-Strasbourg" envoyé à Paris, Lyon, Tours.

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Extrait de Libertaires et "ultra-gauche" contre le négationnisme

p. 11-21. Collectif, Préface de Gilles Perrault

Editions Reflex, 21 ter rue Voltaire, 75011 Paris

juin 1996

Le réseau Voltaire, dans lequel se trouve Réflex, d'inspiration trotzkyste krivinique, bénéficie des subventions de la pornogauche des minitels roses. Merci la misère.

ISBN 2-9507124-1-X



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