AAARGH

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Procès des grands criminels de guerre

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Texte officiel en langue française

Édité à Nuremberg, Allemagne

1947

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JUGEMENT

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Le 8 août 1945, le Gouvernement du Royaume Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord, le Gouvernement des États-Unis d'Amérique, le Gouvernement Provisoire de la République Française et le Gouvernement de l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques ont conclu un Accord instituant ce Tribunal, afin de juger les grands criminels de guerre dont les crimes n'avaient pas de localisation géographique précise.

Les Gouvernements des Nations Unies, ci-après désignés, ont notifié leur adhésion à cet Accord, comme l'article 5 en prévoyait la possibilité:

Grèce, Danemark, Yougoslavie, Pays-Bas, Tchécoslovaquie, Pologne, Belgique, Éthiopie, Australie, Honduras, Norvège, Panama, Luxembourg, Haïti, Nouvelle-Zélande, Inde, Venezuela, Uruguay, et Paraguay.

Le Statut annexé à l'Accord a fixé la composition, la compétence et les fonctions du Tribunal. Celui-ci a été habilité à juger et à punir les individus coupables de crimes de guerre ou de crimes contre l'Humanité, tels que le Statut les définit.

Le Statut stipule également que, lors du jugement d'un individu appartenant à un groupement ou à une organisation quelconque, le Tribunal pourra déclarer (en corrélation avec un acte dont l'inculpé sera reconnu coupable) que le groupement ou l'organisation dont il était membre, était une organisation criminelle.

Conformément à l'article 14 du Statut, le Tribunal a été, le 18 octobre 1945 à Berlin, saisi d'un Acte d'accusation dressé contre les inculpés ci-dessus nommés, à la suite de leur désignation comme grands criminels de guerre par le comité des Procureurs Généraux des Puissances signataires.

Une traduction en allemand de l'Acte d'accusation a été remise à chacun des accusés détenus, trente jours au plus tard avant l'ouverture des débats.

L'Acte d'accusation inculpe les accusés de crimes contre la Paix, constitués par la 'préparation, le déclenchement et là conduite de guerres d'agression qui violaient également des traités internationaux, des accords conclus ou des assurances données; de crimes de guerre et de crimes contre l'Humanité. Les accusés sont en outre inculpés de participation à la formation ou à l'exécution d'un plan concerté ou complot ayant pour but la perpétration des crimes énumérés ci-dessus. Le Ministère Public a, de plus, demandé au Tribunal de déclarer criminels au sens du Statut, les six groupements ou organisations désignés dans l'Acte d'accusation.

Le 25 octobre 1945, l'accusé Robert Ley se suicida dans sa prison.

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Le 15 novembre 1945, le Tribunal décida que l'accusé Gustav Krupp von Bohlen und Halbach ne pouvait pas être jugé en raison de son état physique et mental, mais que les inculpations retenues contre lui dans l'Acte d'accusation seraient maintenues en vue d'un procès ultérieur éventuel, si son état de santé le permettait.

Le 17 novembre 1945, le Tribunal décida, en vertu de l'article 12 du Statut, de juger l'accusé Bormann par contumace.

Le 1er décembre 1945, le Tribunal, après. discussion et examen des rapports médicaux et après avoir entendu les déclarations personnelles de l'accusé Hess décida qu'il n'y avait pas lieu, du fait de l'état mental de ce dernier, de retarder son procès.

Une décision analogue fut prise en ce qui concerne l'accusé Streicher.

Conformément aux articles 16 et 23 du Statut, les avocats ont été choisis par les accusés eux-mêmes, ou nommés, sur leur demande, par le Tribunal. En outre, le Tribunal a désigné un avocat pour l'accusé Bormann, absent, et a nommé des défenseurs pour représenter les groupements ou organisations mis en cause.

Le Procès s'est ouvert le 20 novembre 1945. Les débats ont été conduits en quatre langues: anglais, russe, français, allemand, et ont pris fin le 31 août 1946. Tous les accusés sauf Bormann, absent, ont plaidé «non coupable».

Il a été tenu 403 audiences publiques; 33 témoin à charge et 61 témoins à décharge ont été entendus; en outre, 19 des accusés ont comparu personnellement à la barre.

D'autre part, 143 dépositions écrites ont été produites par la Défense. Le Tribunal a nommé une commission d'enquête chargée de recueillir les témoignages relatifs aux organisations et 101 témoins ont été ainsi entendus à la demande de la Défense; 1809 dépositions écrites, émanant d'autres témoins, ont été fournies et 6 rapports ont résumé le contenu d'un grand nombre d'autres dépositions écrites; 38.000 dépositions écrites, signées par 155.000 personnes ont été produites en ce qui concerne les Chefs politiques, 136.213 les SS, 10.000 les SA., 7.000 le SD, 3.000 l'État-Major général et l'OKW, et 2.000 la Gestapo.

Le Tribunal lui-même a entendu à l'audience 22 témoins déposant pour le compte des organisations.

Le nombre des documents à charge versés contre les accusés et les organisations a atteint plusieurs milliers. Tous les débats ont fait l'objet d'un procès-verbal sténographié ainsi que d'un enregistrement sonore.

Des copies en langue allemande de toutes les pièces déposées comme preuve par le Ministère Public ont été fournies à la Défense. Les demandes faites par les accusés pour produire certains témoins [183] et certains documents ont suscité, en certains cas, de nombreux problèmes, par suite de la condition instable de l'Allemagne. Le Tribunal, astreint à une procédure rapide en vertu de l'article 18, a e t b du Statut dut limiter le nombre des témoins à citer: en conséquence, après en avoir délibéré, il fit droit aux seules demandes qu'il estima pertinentes, tant en ce qui concernait les accusés que les organisations mises en cause, et à la condition que ces témoins ne fissent pas double emploi avec d'autres. Les dispositions nécessaires furent prises, par l'intermédiaire du Secrétariat général établi auprès du Tribunal, pour obtenir la comparution des témoins et la production des documents accordés à la Défense.

Une grande partie des preuves produites par le Ministère Public consiste en documents saisis par les Armées alliées dans des bureaux d'états-majors allemands, dans des locaux gouvernementaux et en divers autres lieux. Certains documents furent découverts. dans des mines de sel ou enfouis dans le sol, ou dissimulés derrière de faux murs, aussi bien que dans diverses cachettes considérées comme sûres. Ainsi l'inculpation des accusés repose-t-elle, pour une large part, sur des documents dont ils sont eux-mêmes les auteurs et dont l'authenticité, à une ou deux exceptions près, n'a pas été contestée.

LES DISPOSITIONS DU STATUT.

Les accusés sont inculpés en vertu de l'article 6 du Statut qui s'exprime en ces termes:

«Article 6. - Le Tribunal établi par l'accord mentionné à l'article 1er ci-dessus pour le jugement et le châtiment des grands criminels de guerre des pays européens de l'Axe sera compétent pour juger et punir toutes personnes qui, agissant pour le compte des pays européens de l'Axe, auront commis, individuellement ou à titre de membres d'organisations, l'un quelconque des crimes suivants:

«Les actes suivants, ou l'un quelconque d'entre eux, sont des crimes soumis à la juridiction du Tribunal et entraînent une responsabilité individuelle:

«a. Les crimes contre la Paix: c'est-à-dire la direction, la préparation, le déclenchement ou la poursuite d'une guerre d'agression, ou d'une guerre de violation des traités, assurances, ou accords internationaux, ou la participation à un plan concerté ou à un complot pour l'accomplissement de l'un quelconque des actes qui précèdent;

«b. Les crimes de guerre: c'est-à-dire les violations des lois et coutumes de la guerre. Ces violations comprennent, sans y être limitées: l'assassinat, les mauvais traitements ou la déportation pour des travaux forcés, ou pour tout autre but, des populations civiles dans les territoires occupés; l'assassinat ou les mauvais traitements des prisonniers de guerre ou des personnes en mer;

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l'exécution des otages; le pillage des biens publics ou privés; la destruction sans motif des villes et des villages ou la dévastation que ne justifient pas les exigences militaires;

«c. Les crimes contre l'Humanité: c'est-à-dire l'assassinat, l'extermination, la réduction en esclavage, la déportation, et tout autre acte inhumain commis contre toutes populations civiles, avant ou pendant la guerre, ou bien les persécutions pour des motifs politiques, raciaux ou religieux, lorsque ces actes ou persécutions, qu'ils aient constitué ou non une violation du droit interne des pays ou ils ont été perpétrés, ont été commis à la suite de tout crime rentrant dans la compétence du Tribunal, ou en liaison avec ce crime.

«Les dirigeants, organisateurs, provocateurs ou complices qui ont pris part à l'élaboration ou à l'exécution d'un plan concerté ou d'un complot pour commettre l'un quelconque des crimes ci-dessus définis, sont responsables de tous les actes accomplis par toutes personnes, en exécution de ce plan.»

Ces dispositions, qui gouvernent juridiquement le Procès, lient le Tribunal. Elles feront l'objet d'un examen détaillé; mais il y a lieu de procéder auparavant à un exposé des faits. Se proposant de dévoiler les raisons profondes des guerres d'agression et des crimes de guerre dénoncés par l'Acte d'accusation, le Tribunal passera tout d'abord en revue certains des événements qui ont suivi la première guerre mondiale; en particulier, il retracera la naissance du parti nazi sous l'impulsion de Hitler jusqu'à son accession au pouvoir suprême qui lui permit de prendre en mains les destinées du peuple allemand et qui conduisit à la perpétration de tous les crimes mis par le Ministère Public à la charge des accusés.

LE RÉGIME NAZI EN ALLEMAGNE.

ORIGINE ET BUTS DU PARTI NAZI.

Le 5 janvier 1919, moins de deux mois après la signature de l'armistice qui mit fin à la première guerre mondiale et six mois avant la signature des traités de paix à Versailles, un petit parti politique, dénommé le parti travailliste allemand, naquit en Allemagne. Le 16 septembre, Adolf Hitler devint membre de ce parti et, lors de la première réunion qui eut lieu à Munich, le 24 février 1920, il en exposa le programme. Ce dernier, qui resta inchangé jusqu'à la dissolution du Parti en 1945, comprenait vingt-cinq points, dont les cinq suivants présentent en la cause un intérêt particulier:

«1er point. - Nous demandons la réunion de tous les Allemands dans la «Plus Grande Allemagne», en accord avec le principe du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes;

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« point. - Nous demandons l'égalité de droits pour le peuple allemand vis-à-vis des autres nations; l'abrogation des Traités de Paix de Versailles et de Saint-Germain;

« point. - Nous demandons de la terre et des territoires pour nourrir notre peuple et la possibilité d'employer à la colonisation l'excédent de notre population;

« point. - Peut seul être citoyen un membre de la race. Est membre de la race celui-là seul qui est de sang allemand, sans considération de croyance. Aucun Juif ne peut être membre de la race;

«22° point. - Nous demandons l'abolition de l'armée de métier et la création d'une armée nationale.»

Celui de ces buts que le parti nazi semble avoir considéré comme le plus important, et dont presque tous les discours publics faisaient mention, était d'effacer la «honte» de l'Armistice et de supprimer les restrictions imposées par les Traités de Paix de Versailles et de Saint-Germain. C'est ainsi que, dans un discours caractéristique prononcé à Munich le 13 avril 1923, Hitler déclara, au sujet du Traité de Versailles:

«Le Traité a été conclu en vue de conduire à la mort vingt millions d'Allemands et de ruiner la nation allemande... Au moment de sa création, notre mouvement formula trois demandes:

«1. Abolition du Traité de Paix;

«2. Unification de. tous les Allemands;

«3. Espace et terres pour nourrir notre nation.»

La demande d'unification de tous les Allemands dans la «Plus Grande Allemagne» devait jouer un rôle important dans les événements qui précédèrent l'annexion de l'Autriche et de la Tchécoslovaquie; l'abrogation du Traité de Versailles devait servir de prétendue justification à la politique allemande; les revendications territoriales allaient servir de prétexte à l'acquisition d'«espace vital» au détriment des autres nations; l'exclusion des Juifs de la race allemande devait conduire aux atrocités dont furent victimes les populations juives et la demande visant S obtenir une armée nationale devait avoir pour conséquence des mesures de réarmement intensif et, finalement, la guerre.

Le 29 juillet 1921, le Parti, qui avait pris le nom de «National-Sozialistische Deutsche Arbeiterpartei» (NSDAP) fut réorganisé et Hitler en devint le premier «président». Ce fut au cours de cette année que les Sturmabteilungen, ou SA, furent fondées et placées sous le commandement de Hitler. Le but était de constituer une force paramilitaire qui protégerait les chefs nazis contre les attaques des partis politiques rivaux et qui maintiendrait l'ordre dans les réunions du parti national-socialiste. En réalité, on s'en [186] servit pour combattre dans les rues les membres de l'opposition politique. En mars 1923, Göring fut nommé chef des SA.

L'organisation interne du Parti était dominée de la manière la plus absolue par le «Principe du Chef» (Führerprinzip).

D'après ce principe, tout «chef» avait le droit de gouverner, d'administrer ou de prendre des décisions, sans être soumis à un contrôle de quelque sorte qu'il fût; ce chef avait un pouvoir discrétionnaire et n'était t subordonné qu'aux ordres lui venant de ses supérieurs.

Ce principe s'appliquait en premier lieu à Hitler lui-même en tant que chef suprême et, au degré inférieur, à toutes les autres personnalités du Parti, dont les membres prêtaient un serment de «fidélité éternelle» envers leur Führer.

Pour atteindre les trois buts principaux, ci-dessus mentionnés, l'Allemagne n'avait que deux moyens: la négociation ou la force. Les vingt-cinq points du programme du Parti ne contiennent aucune mention spéciale des méthodes que les chefs de ce Parti se proposaient d'appliquer, mais l'histoire du régime nazi montre que Hitler et ses partisans ne comptaient négocier qu'autant qu'on accéderait à leurs demandes et qu'en cas de refus ils emploieraient la force.

Dans la nuit du 8 novembre 1923, eut lieu le putsch avorté de Munich. Hitler et quelques-uns de ses partisans firent irruption dans une réunion à la Bürgerbrâu-Keller; à la tribune parlait le Premier Ministre de Bavière, Kahr. On voulut le convaincre de marcher sur Berlin. Cependant dans la matinée suivante, aucun soutien ne venant de la Bavière, la manifestation de Hitler se heurta aux forces militaires de la Reichswehr et de la Police. Quelques coups de feu furent échangés; et, après qu'une douzaine de ses adhérents eurent été tués, Hitler se sauva et la manifestation prit fin. Les accusés Streicher, Frick et Hess participèrent à cette tentative de soulèvement. Par la suite, Hitler passa en jugement pour haute trahison, fut reconnu coupable et condamné à une peine de prison. Les SA furent proscrites par une loi. En 1924, Hitler fut libéré et, en 1925, les Schutzstaffeln ou SS furent créées sous le prétexte de lui servir de garde du corps personnelle, mais en réalité pour terroriser les ennemis politiques. Ce fut aussi l'année de la publication de Mein Kampf, livre contenant les, idées et les buts politiques de Hitler considéré comme la source authentique de la doctrine nazie.

LA PRISE DU POUVOIR.

Dans les huit années qui suivirent la publication de Mein Kampf, le parti nazi étendit son activité à toute l'Allemagne, en apportant une attention particulière à l'éducation de la jeunesse [187] selon les principes du national-socialisme. La première organisation de jeunesse nazie avait été créée en 1922, mais ce fut seulement en 1925 que la Hitler-Jugend fut officiellement reconnue par le Parti (et elle devint plus tard une branche cadette des SA). En 1931, Baldur von Schirach, qui avait adhéré au Parti en 1925, devint le chef de la Jeunesse hitlérienne du Reich.

Le parti s'employa à gagner l'appui politique du peuple allemand et il prit part aux élections au Reichstag et aux Landtage. Ce faisant, les dirigeants nazis ne tentèrent pas dé dissimuler le fait qu'en se mêlant à la vie politique allemande leur seul but était de détruire la structure démocratique de la République de Weimar et d'y substituer un régime totalitaire national-socialiste, lequel les mettrait à même d'exécuter sans opposition leur politique. Pour préparer son accès au pouvoir, Hitler nomma, en janvier 1929, Heinrich Himmler Reichsführer SS et lui confia la mission de faire des SS un groupe d'élite, sur lequel il pourrait compter en toutes circonstances.

Le 30 janvier 1933, Hitler réussit à se faire nommer chancelier du Reich par le Président von Hindenburg. Auparavant, les accusés Göring, Schacht et von Papen s'étaient activement occupés de recruter des appuis à cet effet. Von Papen qui, le 1er juin 1932, avait été nommé chancelier du Reich, rapporta le 14 juin le décret du Cabinet Brüning du 13 avril qui avait prononcé la dissolution des organisations para-militaires nazies, y compris les SA et les SS. Bien que von Papen ait commencé par nier - contrairement à l'affirmation du Dr Hans Volz dans Les Dates de l'Histoire du NSDAP - qu'un accord en date du 28 mai, avec Hitler, eût été à l'origine de cette mesure, il a finalement reconnu l'existence d'un tel accord.

Les élections au Reichstag du 31 juillet 1932 eurent comme résultat un accroissement considérable de la puissance du parti nazi et von Papen offrit le poste de vice-chancelier à Hitler qui le refusa, en exigeant celui de chancelier. En novembre 1932, un certain nombre de personnalités de l'industrie et de la finance signèrent et adressèrent au Président von Hindenburg une pétition lui demandant de confier à Hitler le poste de chancelier; Schacht contribua activement à réunir les signatures qui figuraient au bas de cette pétition.

Les élections du 6 novembre, qui suivirent la chute du Gouvernement, réduisirent le nombre des députés du Parti nazi; néanmoins, von Papen poursuivit ses efforts infructueux pour obtenir la participation de Hitler. Le 12 novembre, Schacht écrivit à Hitler:

«J'ai la certitude que l'évolution actuelle des événements ne peut aboutir qu'à votre nomination comme Chancelier. Il semble [188] que notre tentative de réunir dans ce but de nombreuses signatures dans les milieux des affaires, n'ait pas été vaine...»

Après le refus de Hitler du 16 novembre, von 'Papen donna sa démission et fut remplacé par le général von Schleicher, mais il n'en continua pas moins ses démarches. Il eut, le 4 janvier 1933, une entrevue avec Hitler chez un banquier de Cologne, von Schröder, et assista, ainsi que Göring et quelques autres à une réunion qui se tint le 22 janvier chez von Ribbentrop. Il rencontra également, le 9 janvier, le Président von Hindenburg et, à partir du 22 janvier, discuta officiellement avec lui 'de la formation d'un cabinet par Hitler.

Hitler tint sa première réunion de cabinet le jour où il fut nommé chancelier. Les accusés Göring, Frick, Funk, von Neurath et von Papen y assistaient en leur qualité de ministres. Le 28 février 1933, le bâtiment du Reichstag à Berlin fut incendié. Hitler et son cabinet se servirent de cet incendie comme prétexte pour promulguer, le même jour, un décret suspendant les garanties constitutionnelles des libertés individuelles. Ce décret fut signé par le Président von Hindenburg, et contresigné par Hitler et par l'accusé Frick, qui occupait alors le poste de ministre de l'Intérieur.

Le 5 mars, eurent lieu de nouvelles élections au cours desquelles le parti nazi obtint 288 voix sur 647. Le cabinet de Hitler était désireux de faire voter une «loi de pleins pouvoirs» qui lui donnerait l'autorité législative, y compris le droit de s'écarter de la Constitution; mais comme il n'avait pas pour cela la majorité nécessaire au Reichstag, il se servit du décret abolissant les garanties de la liberté individuelle et mit en «détention de protection» un grand nombre de députés communistes, ainsi que quelques sociaux-démocrates et divers affiliés à ces partis. Ceci fait, Hitler soumit la «loi des pleins pouvoirs» au Reichstag qui, sous la menace dé mesures plus énergiques au cas où elle ne serait pas adoptée, l'entérina le 24 mars 1933.

LA CONSOLIDATION DU POUVOIR.

Le parti nazi, ayant ainsi pris le pouvoir, continua à étendre son influence sur tous les aspects de la vie allemande. Les partis politiques furent persécutés, leurs biens confisqués et un grand nombre de leurs membres placés dans des camps de concentration. Le 26 avril 1933, Göring créa en Prusse une police secrète qui prit le nom de «Geheime Staatspolizei» ou «Gestapo», et confia au chef-adjoint de celle-ci que la tâche principale de cette organisation consistait à éliminer les adversaires politiques de Hitler et du national-socialisme. Le 14 juillet 1933, une loi fit du parti nazi le seul parti politique autorisé et déclara criminel le fait de maintenir un groupement existant ou d'en former un nouveau.

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Afin de placer le contrôle complet du mécanisme gouvernemental entre les mains des dirigeants nazis, une série de lois et de décrets furent promulgués qui réduisirent le pouvoir des gouvernements régionaux et locaux dans toute l'Allemagne, les transformant en divisions subordonnées au Gouvernement du Reich. Les assemblées des représentants des provinces furent abolies et, avec elles, toutes les élections locales. Le Gouvernement entreprit alors de s'assurer le contrôle de l'Administration. Il y parvint grâce à un système de centralisation et d'épuration minutieuse de tous les services administratifs. La loi du 7 avril 1933 prévoyait la mise à la retraite .des fonctionnaires «qui ne sont pas d'ascendance aryenne» et stipulait aussi que «les fonctionnaires qui, par suite de leur activité politique antérieure, n'offrent pas la garantie qu'ils agiront sans réserve dans l'intérêt de l'État nazi, seront révoqués». La loi du 11 avril ordonna la révocation de «tous les fonctionnaires appartenant au parti communiste».

De même, la justice fut soumise à un contrôle. Les juges furent démis de leur fonction pour des raisons politiques ou raciales. Ils étaient espionnés et placés. devant l'alternative d'adhérer au Parti ou de se laisser destituer. Lorsque la Cour Suprême eut acquitté trois des quatre accusés inculpés de complicité dans l'incendie du Reichstag, sa compétence en matière de trahison lui fut retirée et donnée à un «Tribunal du Peuple» nouvellement créé, composé de deux juges et de cinq personnes occupant un poste dans le Parti. Des tribunaux spéciaux, composés uniquement de membres du Parti, furent institués pour juger les crimes politiques. Les personnes qui étaient arrêtées par les SS sous des inculpations de cette nature étaient détenues dans des prisons et des camps de concentration et les juges n'avaient aucun pouvoir sur ces internements. On graciait généralement les membres du Parti condamnés par les tribunaux, même lorsque cette condamnation sanctionnait des délits bien prouvés. C'est ainsi que, en 1935, plusieurs fonctionnaires du camp de concentration de Hohenstein furent reconnus coupables d'avoir infligé des traitements brutaux aux internés. De hautes personnalités nazies essayèrent d'influencer le tribunal et, après que les fonctionnaires eurent été déclarés coupables, Hitler les gracia tous. En 1942, des «lettres aux juges» furent adressées par le Gouvernement à tous les magistrats allemands, leur donnant des instructions concernant les «lignes générales de conduite» qu'ils devaient adopter.

Résolus à supprimer toutes les sources d'opposition, les dirigeants du Parti tournèrent leur attention vers les syndicats, les Églises et les Juifs. En avril 1933, Hitler ordonna à Ley, qui était alors chef du personnel de l'organisation politique du parti nazi, «de prendre en main les syndicats». La plupart de ceux-ci étaient [190] réunis en deux vastes fédérations, les «syndicats libres» et les «syndicats chrétiens». Les syndicats qui n'étaient pas compris dans ces deux grandes fédérations ne comptaient que 15% de la totalité des ouvriers syndiqués.

Le 21 avril 1933, Ley publia une circulaire du parti nazi, annonçant pour le 2 mai une «action de coordination» dirigée contre les syndicats libres. La circulaire ordonnait que des hommes des SA et des SS fussent utilisés pour l'exécution du projet «d'occupation des immeubles des syndicats et de placement en détention de protection de certaines personnalités». Après cette opération, l'agence de presse . officielle du Parti annonça que l'organisation nationale-socialiste des coopératives industrielles avait «éliminé les anciens chefs des syndicats libres» et avait assumé elle-même la direction de ces syndicats. Le 3 mai 1933, la même agence annonça que les syndicats chrétiens s'étaient «soumis sans condition à la volonté du Führer Adolf Hitler». A la place des syndicats, le Gouvernement nazi établit le «Deutsche ArbeitsFront» (DAF), contrôlé par le Parti et auquel tous les travailleurs de l'Allemagne se virent, en fait, contraints d'adhérer. Les présidents de syndicats furent tous incarcérés et victimes de sévices allant des coups et blessures jusqu'au meurtre.

Dans ses efforts pour combattre l'influence des Églises chrétiennes dont les doctrines s'opposaient radicalement à celles de la philosophie nationale-socialiste, le Gouvernement nazi procéda plus lentement. Il n'interdit jamais radicalement la pratique de la religion chrétienne mais, d'année en année, s'efforça de limiter l'influence qu'elle pouvait exercer sur le peuple allemand.

Bormann écrivait à Rosenberg: «La religion chrétienne et la doctrine nationale-socialiste 'sont incompatibles». En juin 1941, le même Bormann prit secrètement un décret réglant les rapports de la religion chrétienne avec le national-socialisme. Il y était déclaré:

«Le Führer a conscience d'avoir entre ses mains un pouvoir absolu, comme l'histoire de l'Allemagne n'en a jamais connu. En créant le Parti, les unités qui le composent et celles qui y sont rattachées, il a forgé pour lui-même et aussi pour les chefs du Reich allemand un instrument qui le rend indépendant du Traité ... De plus en plus, le peuple doit être éloigné des Églises et de leurs représentants, les pasteurs ... On ne doit plus jamais laisser les Églises prendre de l'influence sur le gouvernement du peuple. Cette influence doit être complètement et définitivement détruite. Seul le Gouvernement du Reich et, conformément à ses instructions, le Parti, les unités qui le composent et celles qui y sont rattachées, ont le droit de diriger le peuple.»

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Dès le début du NSDAP, l'antisémitisme avait tenu une place importante dans le programme et la propagande du parti national-socialiste. Les Juifs, qui n'étaient d'ailleurs pas jugés dignes du titre de citoyens allemands, étaient tenus pour largement responsables des désordres dont avait. souffert la nation à la suite de la guerre de 1914-1918. En outre, l'insistance que l'on mettait à souligner la supériorité de 1.1 race et du sang allemand augmentait l'antipathie ressentie à l'égard des Juifs.

Le deuxième chapitre du livre Ier de Mein Kampf est consacré à ~ ce que l'on peut appeler la théorie de la «Race des seigneurs», c'est-à-dire la doctrine de la supériorité de la race aryenne sur toutes les autres et au droit qu'auraient les Allemands, en vertu de cette supériorité, de dominer les peuples et de s'en servir en vue de leurs propres intérêts. Après que les nazis furent arrivés au pouvoir en 1933, la persécution des Juifs fit partie de la politique officielle de l'État. Le 1er avril 1933, le Cabinet nazi approuva le boycottage des entreprises juives et, dans les années qui suivirent, une série de lois antisémites furent votées pour limiter les activités des Juifs dans l'administration, les professions juridiques, le journalisme et l'armée.

En septembre 1935, on vota les lois appelées «lois de Nuremberg», dont le résultat le plus important fut d'enlever aux Juifs le titre de citoyens allemands. L'influence des éléments juifs dans les affaires allemandes fut ainsi éliminée et l'une des sources éventuelles d'opposition à la politique nazie se trouva tarie.

Il faut citer, parmi toutes les formes que revêtit la lutte contre l'opposition, le massacre du 30 juin 1934. Il reçut le nom d'«épuration Roehm» ou de «Bain de sang» et révéla les méthodes que Hitler et ses proches associés, notamment Göring, étaient prêts à employer pour écarter leurs adversaires et consolider leur propre pouvoir. Ce jour-là sur l'ordre de Hitler, Roehm, chef d'État-Major des SA depuis 1931, fut assassiné et la «Vieille Garde» des SA fut exécutée sans jugement et sans avertissement. On profita de l'occasion pour tuer un grand nombre des personnes qui avaient à un moment quelconque fait opposition à Hitler.

Le prétexte invoqué pour l'assassinat de Roehm. fut que celui-ci avait fomenté un complot pour renverser Hitler, complot dont Göring, à tort ou à raison, a prétendu avoir eu connaissance.

Le 3 juillet, le Cabinet approuva la décision de Hitler en la qualifiant de mesure de «légitime défense de l'État».

Hindenburg étant mort peu après, Hitler devint à la fois président et chancelier du Reich. Au cours du plébiscite qui suivit, trente millions d'Allemands approuvèrent, sous la pression nazie, cette double nomination et la Reichswehr ayant prêté serment de fidélité à Hitler, celui-ci détint désormais le pouvoir absolu.

L'Allemagne avait accepté la dictature avec les méthodes de terreur qu'elle comporte et le mépris qu'elle professe pour les règles du Droit.

En dehors de cette politique de suppression des adversaires éventuels du régime, le Gouvernement nazi s'employa activement à consolider son autorité sur le peuple allemand. Dans le domaine de l'éducation on fit tout pour que la jeunesse allemande fût élevée dans l'atmosphère du national-socialisme et sous l'influence de ses théories. Dès le 7 avril 1933, la loi sur la réorganisation de la fonction publique avait permis au Gouvernement nazi de supprimer tous les «membres du corps enseignant dangereux et suspects» et cette mesure fut suivie d'un grand nombre d'autres, tendant à fournir aux écoles un personnel de confiance qui enseignerait aux enfants le credo national-socialiste. En même temps que sur l'influence de l'enseignement nazi pratiqué dans les écoles, les chefs du Parti comptaient sur l'organisation de la Jeunesse hitlérienne pour donner au régime l'appui des jeunes générations. L'accusé von Schirach, qui avait été chef de là jeunesse du Parti depuis 1931, fut nommé chef de la jeunesse du Reich en juin 1933. Bientôt toutes les organisations de jeunesse,- à l'exception du mouvement catholique, furent dissoutes ou absorbées par la Jeunesse hitlérienne. Ce dernier groupement avait une organisation strictement militaire et, dès 1933, la Wehrmacht apporta sa collaboration en prenant la charge de l'entraînement militaire des jeunes gens.

Le Gouvernement nazi entreprit, par une propagande intensive, de gagner la nation à sa politique. Il créa un certain nombre d'organismes chargés de contrôler et d'influencer la presse, la radio, le cinéma et les maisons d'éditions en Allemagne, et de diriger l'activité culturelle et artistique. Toutes ces organisations dépendaient du ministère de l'Information et de la Propagande dirigé par Goebbels, qui portait, en même temps que l'organisme correspondant du Parti et la Chambre de culture du Reich, l'ultime responsabilité de ce contrôle et de cette direction générale. Rosenberg joua un rôle capital dans la diffusion, au nom du Parti, des doctrines nationales-socialistes; Fritzsche, en collaboration avec Goebbels, remplit le même rôle au nom de l'État.

On mit l'accent sur la mission suprême que dictaient au peuple allemand son sang nordique et sa pureté raciale, mission de commandement et de domination, et le terrain fut ainsi préparé pour faire accepter l'idée d'une hégémonie allemande sur le monde.

Grâce à une radio et une presse efficacement contrôlées, le peuple allemand, après 1933, fut soumis à une propagande accrue; toute critique hostile, voire même toute critique quelle qu'elle fût, fut prohibée. L'indépendance du jugement, fondée sur la liberté de pensée, fut bannie.

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LE RÉARMEMENT.

Au cours des années qui suivirent immédiatement la désignation de Hitler au poste de chancelier, le Gouvernement nazi s'efforça, avec une minutie extrême, de réorganiser toute la vie économique de l'Allemagne et, en particulier, l'industrie de guerre.

Il était nécessaire de donner à la production de guerre des bases financières solides. En avril 1936, Göring fut chargé de coordonner tous les problèmes ayant trait aux matières premières et aux devises étrangères et reçut le pouvoir de contrôler toute activité de l'État et du Parti se rattachant à ces questions. Il réunit le ministre de la Guerre, le ministre de l'Économie, le président de la Reichsbank et le ministre des Finances de Prusse, afin de discuter des problèmes touchant la mobilisation du pays et, le 27 mai 1936, s'adressant à eux, il s'opposa à toute limitation financière de la production de guerre, ajoutant que «toutes les mesures devaient être considérées du point de vue d'une guerre à venir». Au congrès du Parti, tenu à Nuremberg en 1936, Hitler annonça l'institution du Plan de quatre ans et la nomination de Göring comme plénipotentiaire pour ce plan. Ce dernier avait déjà commencé à créer une force aérienne considérable et, le 8 juillet 1938, lors d'une autre réunion, il annonça que Hitler lui avait ordonné de mettre sur pied un programme d'armement gigantesque, qui ferait considérer comme insignifiantes toutes les réalisations antérieures. Il déclara qu'il avait reçu l'ordre de créer aussi rapidement que possible une force aérienne cinq fois supérieure à celle originairement prévue, d'accélérer le réarmement terrestre et naval, et de porter tous ses efforts sur les armes offensives, surtout sur l'artillerie lourde et les chars lourds. Il proposa ensuite un programme établi pour parvenir à ces buts. Hitler fit connaître dans un mémorandum du 9 octobre 1939, le degré de développement atteint par le réarmement:

«L'utilisation militaire de la force de notre peuple a été effectuée dans une si large mesure que, pendant un certain temps, elle ne pourra pas être améliorée d'une façon notable par quelque effort que ce soit...

«L'équipement de guerre d'un grand nombre de divisions allemandes est actuellement plus considérable en quantité et meilleur en qualité, qu'il n'était en 1914. Une enquête approfondie démontre que les armes elles-mêmes sont plus modernes que celles que possède actuellement n'importe quel autre pays du monde. Elles viennent de prouver leur efficacité supérieure au cours d'une campagne victorieuse... Il n'y a pas de preuve qu'un autre pays dispose d'un meilleur stock total de munitions que le Reich Notre artillerie antiaérienne n'a pas son égale ailleurs».

[194]

Dans cette réorganisation de la vie économique de l'Allemagne à des fins militaires, le Gouvernement nazi trouva l'industrie d'armement allemande toute prête à apporter sa coopération et à jouer son rôle dans le programme de réarmement. En avril 1933, Gustav Krupp von Bohlen soumit à Hitler, au nom de l'Association de l'industrie allemande, un plan pour la réorganisation de celle-ci; ce plan, déclara-t-il, était caractérisé par le désir de coordonner les mesures économiques et les nécessités politiques. Dans ce plan, Krupp inséra ce qui suit: «La tournure des événements politiques concorde avec les désirs que moi-même et le Conseil d'administration avons nourris pendant longtemps». Ce qu'il voulait dire par cette affirmation apparaît clairement dans le brouillon d'un discours qu'il projetait de faire à l'Université de Berlin en janvier 1944, mais qui en fait ne fut jamais prononcé. Se référant aux années 1919-1933, il écrivait: «C'est le grand mérite de l'économie de guerre allemande entière de n'être pas restée oisive pendant ces mauvaises années, même si pour des raisons évidentes son activité n'a pu être étalée au grand jour. Pendant ces années de travail secret, furent posées les bases scientifiques et essentielles permettant de travailler à nouveau pour les Forces armées allemandes, d'une seconde à l'autre et sans tâtonnements, à l'heure voulue. Ce ne fut que grâce à l'activité secrète entreprise par l'Allemagne, de même qu'à l'expérience acquise dans la production du temps de paix, que l'on put, après 1933, se mettre au niveau des nouvelles tâches qui s'imposaient et qui devaient refaire de l'Allemagne une puissance militaire».

En octobre 1933, l'Allemagne se retira de la Conférence internationale du Désarmement et de la Société des Nations. En 1935, le Gouvernement nazi décida de prendre ouvertement les premières mesures qui libéreraient le pays des obligations que lui imposait le Traité de Versailles. Le 10 mars 1935, Göring annonça que l'Allemagne reconstituait une force aérienne militaire. Six jours après, le 16 mars 1935, fut promulguée une loi qui, signée notamment par les accusés Göring, Hess, Frank, Frick, Schacht et von Neurath, instituait le service militaire obligatoire et mettait sur pied une armée dont l'effectif était de cinq cent mille hommes en temps de paix. Essayant toutefois de rassurer l'opinion publique des pays étrangers, le Gouvernement annonça, le 21 mai 1935, que l'Allemagne, malgré la dénonciation des clauses de désarmement, respecterait les limitations territoriales du Traité de Versailles et se soumettrait aux prescriptions des Pactes de Locarno. C'est le jour même de cette déclaration que la «Loi de défense du Reich» fut promulguée; Hitler en interdit la publication. Les pouvoirs et obligations du Chancelier et des Ministres au cas d'une entrée en guerre éventuelle de l'Allemagne y étaient déterminés. Cette loi prouve [195] qu'en mai 19 35 Hitler et son Gouvernement en étaient arrivés, dans l'exécution de leurs plans, au point où il leur était nécessaire d'avoir à leur disposition l'instrument indispensable à l'administration et au gouvernement du pays, au cas où leur politique conduirait à la guerre.

En même temps que l'économie allemande se préparait à la guerre, l'Armée s'organisait en vue de reconstruire la puissance militaire de l'Allemagne.

La Marine fut particulièrement active à cet égard. Ses historiens officiels, Assmann et Gladisch, admettent que le Traité de Versailles était en vigueur seulement depuis quelques mois lorsqu'il fut violé, notamment par la construction d'une nouvelle force sous-marine.

Les publications du capitaine Schuessler et du colonel Scherff, toutes deux patronnées par Raeder, montrèrent au peuple allemand la nature de l'effort entrepris par la marine en vue de réarmer au mépris du Traité de Versailles.

Les documents traitant des détails de ce réarmement ont été déposés à titre de preuves.

Le 12 mai 1934, Raeder fit paraître un plan intitulé: «La troisième phase d'armement». On peut y lire:

«Tous les préparatifs théoriques et pratiques doivent être poursuivis de façon que l'on soit prêt à faire la guerre, sans aucune période d'alerte.»

Un mois plus tard, Raeder eut une conversation avec Hitler au cours de laquelle celui-ci lui ordonna de continuer à garder secrète la construction, alors en cours, de sous-marins et bâtiments de guerre, dépassant la limite fixée à dix mille tonnes.

Le 2 novembre, Raeder eut un nouvel entretien avec Hitler et Göring. Hitler déclara qu'il considérait comme vital que la flotte allemande «fût développée selon les plans établis, aucune guerre ne pouvant être menée si la Marine n'était pas capable de protéger l'importation de minerai de Scandinavie».

Raeder cherche à excuser les ordres massifs de mise en chantier passés en 1933 et 1934, en expliquant que l'Allemagne et la Grande-Bretagne poursuivaient avec succès des négociations en vue de conclure un accord qui permettrait à l'Allemagne de construire un plus grand nombre de navires que le Traité de Versailles ne le prévoyait. Cette convention, signée en 1935, limita la flotte allemande a un tonnage égal à 33 1/o de celui de la flotte britannique; une exception était faite en faveur des sous-marins, pour lesquels 45 0/0 furent admis; l'Allemagne était même autorisée à dépasser cette dernière proportion, à condition d'en informer au préalable le Gouvernement britannique et de lui donner la possibilité d'en discuter.

[196]

Un nouvel accord anglo-allemand fut conclu en 1937 aux termes duquel les deux puissances s'engageaient à se communiquer les détails complets de leur programme de construction navale, au moins quatre mois avant de passer à son exécution.

Il a été démontré que ces clauses ne furent pas observées par l'Allemagne.

En ce qui concerne les navires de ligne, par exemple, les chiffres du tonnage furent falsifiés et diminués de 20 1/o; quant aux sous-marins, les historiographes de la marine allemande, Assmann et Gladisch, écrivirent à leur sujet:

«Il est probable que c'est précisément dans le domaine de la construction de sous-marins que l'Allemagne observa le moins les restrictions du Traité anglo-allemand».

On aperçoit toute l'importance de ces violations de l'accord, lorsque l'on considère les motifs de ce réarmement. Au cours de l'année 1940, en effet, Raeder écrivait:

«Jusqu'au dernier moment, le Führer espérait être à même de reculer jusqu'en 1944-1945 la date du conflit anglo-allemand qui menaçait. A cette époque, la Marine aurait disposé d'une puissante supériorité en sous-marins et d'un rapport de force beaucoup plus favorable en ce qui concerne tous les autres types de navires, en particulier ceux destinés à la guerre en haute mer».

Le 21 mai 1935, le Gouvernement nazi affirma son intention de respecter les clauses territoriales du Traité de Versailles. Le 6 mars 1936, en violation de ce traité, la zone démilitarisée de Rhénanie était envahie par les troupes allemandes. En annonçant cet événement au Reichstag, Hitler s'efforça de justifier cette réoccupation en arguant des alliances récemment conclues par l'Union Soviétique, avec la Tchécoslovaquie d'une part, et la France d'autre part. Il essaya aussi de prévenir la réaction hostile qu'il attendait à la suite de cette violation, en déclarant:

. «Nous n'avons pas de revendications territoriales à faire valoir en Europe».

LE PLAN CONCERTÉ OU COMPLOT ET LA GUERRE D'AGRESSION.

Le Tribunal examinera dans ce chapitre les crimes contre la Paix visés par l'Acte d'accusation. L'inculpation formulée dans le premier chef de cet Acte est celle de complot ou de plan concerté en vue de commettre des crimes contre la Paix. L'inculpation formulée dans le deuxième chef est celle de crimes contre la Paix consistant en la préparation, le déclenchement et la poursuite de guerres d'agression. Il y a lieu de réunir la question de l'existence d'un plan concerté avec celle des guerres d'agression, et de traiter [197] dans la partie finale, du jugement la question de la responsabilité particulière de chaque accusé.

L'inculpation selon laquelle les accusés auraient préparé et poursuivi des guerres d'agression est capitale. La guerre est un mal dont les conséquences ne se limitent pas aux seuls États belligérants, mais affectent le monde tout entier.

Déclencher une guerre d'agression n'est donc pas seulement un crime d'ordre international; c'est le crime international suprême, ne différant des autres crimes de guerre que du fait qu'il les contient tous.

Les premiers actes agressifs que mentionne l'Acte d'accusation sont l'invasion de l'Autriche et celle de la Tchécoslovaquie, et la première guerre d'agression visée est la guerre contre la Pologne, commencée le 1er septembre 1939.

Avant d'examiner cette accusation, il est nécessaire de se reporter aux événements qui ont précédé les agressions. La guerre germano-polonaise n'a pas éclaté soudainement dans un ciel sans nuages. Il a été prouvé clairement que cette guerre, de même que l'invasion de l'Autriche et de la Tchécoslovaquie, avait été préméditée et soigneusement préparée. Elle a été entreprise au moment jugé opportun et comme conséquence d'un plan préétabli.

En effet, les desseins agressifs du Gouvernement nazi ne sont pas nés de la situation politique existant à ce moment-là en Europe et dans le monde; ils constituaient une partie essentielle et délibérément arrêtée de la politique extérieure nazie.

Dès le début, le mouvement national-socialiste prétendit que son but était d'unir le peuple allemand sous la conduite du Führer en lui donnant conscience de sa mission et de son destin fondés sur les qualités propres de la race.

Pour atteindre ce but, deux entreprises furent estimées primordiales: la dislocation de l'ordre européen tel qu'il existait depuis le Traité de Versailles et la création d'une Grande Allemagne débordant des frontières de 1914, ce qui impliquait nécessairement la conquête de territoires étrangers.

Dans ces conditions, la guerre fut considérée comme inévitable ou tout au moins probable. Il fallait donc organiser le peuple allemand avec toutes ses ressources, comme une grande armée de caractère politique et militaire, entraînée à obéir sans discussion aux ordres de l'État.

LA PRÉPARATION DE L'AGRESSION.

Dans son livre Mein Kampf, Hitler avait exprimé clairement ses intentions. Il faut se souvenir que cet ouvrage n'était pas un simple journal privé reflétant les pensées secrètes de Hitler. Il fut répandu [198] dans tout le pays, utilisé dans les écoles et dans les universités, parmi les Jeunesses hitlériennes, les SS e t les SA, et le peuple allemand en général; un exemplaire en était même officiellement offert aux nouveaux mariés. Au cours de l'année 1945 le tirage de ce livre se monta à six millions et demi d'exemplaires. Ainsi qu'on le sait, Hitler affirmait sans cesse sa croyance en la nécessité d'employer la force pour résoudre les problèmes internationaux. Il écrivait notamment:

«Le sol sur lequel nous vivons à présent n'a pas été un cadeau accordé par le Ciel à nos aïeux. Ils ont dû le conquérir au péril de leur vie. De même, à l'avenir, notre peuple n'obtiendra pas de territoires, et par là de moyens d'existence, à titre de faveur consentie par un autre peuple, mais il devra les conquérir à la pointe d'une épée triomphante.»

Mein Kampf est rempli de passages semblables et la force comme instrument de politique étrangère y est exaltée.

Les objectifs précis de cette politique sont nettement soulignés. On y lit dès la première page «qu'un Empire austro-allemand doit être reconstitué et doit devenir la grande Patrie germanique», non pour des raisons économiques, mais parce que «des peuples de même sang doivent être dans le même Reich».

La restauration des frontières allemandes de 1914 est considérée comme absolument insuffisante et l'Allemagne, si elle veut exister, doit reprendre sa place de puissance mondiale ayant l'étendue territoriale qui lui est nécessaire.

Mein Kampf est tout à fait explicite quand il précise où des territoires nouveaux devront être trouvés:

«Nous avons donc, nous, nationaux-socialistes, répudié à dessein l'attitude adoptée par l'Allemagne d'avant-guerre en matière de politique étrangère. Nous avons mis fin à la marche perpétuelle du germanisme vers le Sud et l'Ouest de l'Europe, et avons tourné les yeux vers les terres de l'Est. Nous avons mis un terme à la politique coloniale et commerciale d'avant-guerre et nous sommes passés à une politique territoriale de l'avenir.

«Mais quand nous parlons aujourd'hui de territoires nouveaux en Europe, nous devons penser principalement à la Russie et aux États limitrophes qui lui sont soumis.»

Mein» Kampf ne doit être considéré ni comme un exercice de style, ni comme l'expression définitive d'une politique; son importance réside surtout dans l'attitude agressive que révèlent ses pages.

L'ÉTABLISSEMENT DES PLANS D'AGRESSION.

Certains des documents saisis montrent que Hitler a tenu quatre réunions secrètes qui éclairent d'une vive lumière la question du plan concerté et celle des guerres d'agression.

[199]

Au cours de ces réunions, qui eurent lieu respectivement les 5 novembre 1937, 23 mai 1939, 22, août 1939 et 23 novembre 1939, Hitler fit d'importantes déclarations qui ne laissent aucun doute sur les buts qu'il poursuivait.

Ces documents ont fait l'objet de quelques critiques de la part de la Défense. Celle-ci, en effet, sans contester leur authenticité intrinsèque, à prétendu par exemple qu'ils ne correspondaient pas aux procès-verbaux sténographiés des discours dont ils font état, que d'une part en particulier le document relatif à la réunion du 5 novembre 1937 porte une date postérieure de cinq jours à celle où la réunion eut effectivement lieu, et que d'autre part les deux documents se rapportant à la réunion du 22 août 1939 sont différents l'un de l'autre et ne sont pas signés.

Le Tribunal, tout en admettant le principe de ces critiques, estime néanmoins que les documents dont il s'agit ont une importance capitale et que leur authenticité et leur véracité sont pleinement établies. En effet, il est incontestable que ce sont des comptes rendus scrupuleux des événements qu'ils décrivent et ils, ont été conservés comme tels dans les archives du Gouvernement allemand où ils se trouvaient quand ils furent saisis. Rien ne permet de les écarter comme constituant des faux ou comme contenant des inexactitudes ou des altérations; ils relatent des événements qui se sont effectivement déroulés.

CONFÉRENCES DES 5 NOVEMBRE 1937 ET 23 NOVEMBRE 1939.

Il est peut-être préférable de traiter tout d'abord de la réunion du 23 novembre 1939, où Hitler réunit ses commandants en chef . Un procès-verbal des paroles prononcées fut dressé par un des assistants. A cette date, l'Autriche et la Tchécoslovaquie avaient été incorporées dans le Reich allemand, la Pologne avait été conquise et la guerre avec la Grande-Bretagne et la France en était encore à une phase d'immobilité. Le moment était bien choisi pour passer en revue les événements antérieurs. Hitler annonça à ses généraux que le but de la conférence était de leur faire connaître sa pensée et ses décisions. Il rappela ensuite l'activité politique qui avait été la sienne depuis 1919, et évoqua le retrait de l'Allemagne de la Société des Nations, son attitude à l'égard de la Conférence du. Désarmement, la décision de réarmer, l'institution du service militaire obligatoire, l'occupation de la Rhénanie, l'annexion de l'Autriche et l'opération entreprise contre la Tchécoslovaquie. Il déclara:

«Une année après, ce fut le tour de l'Autriche; ce premier pas paraissait aléatoire. Il amena pourtant un renforcement considérable de la puissance allemande. L'étape suivante fut la Bohême, la Moravie et la Pologne. On ne pouvait accomplir tout cela en [200] une seule campagne. Il fallait terminer, d'abord les fortifications occidentales. Il n'était pas possible d'atteindre le but proposé d'un seul coup; il m'apparut clairement, dès le début, que je ne pouvais pas me contenter du territoire allemand des Sudètes. Ce n'était qu'une solution partielle. La décision fut alors prise d'entrer en Bohême. La création du Protectorat s'ensuivit et avec elle fut jetée une base d'opérations contre la Pologne.. mais je ne voyais pas encore clairement à ce moment-là. si le commencerais par l'Est pour continuer à l'Ouest, ou inversement ... Jamais je n'ai organisé l'Armée pour qu'elle reste sur la défensive. La décision d'attaquer fut toujours en moi. Je voulais tôt ou tard résoudre ce problème et, pressé par les événements, j'ai décidé que l'Est serait attaqué en premier.»

Ce discours concernant les événements passés et affirmant une fois de plus que la volonté d'agression existait dès l'origine supprime tout doute possible quant au caractère des opérations entreprises contre l'Autriche et contre la Tchécoslovaquie et de la guerre faite à la Pologne.

Ces agressions furent en effet exécutées selon un plan qu'il y a lieu maintenant d'examiner de plus près.

Lors de la réunion du 23 novembre 1939, dont il vient d'être question, c'est le passé que Hitler considérait; mais lors des conférences antérieures dont nous allons maintenant traiter, il se tournait vers l'avenir et révélait ses plans à son entourage. La comparaison est pleine d'enseignements.

Le lieutenant-colonel Hossbach, officier d'ordonnance personnel de Hitler, assistait à la réunion qui fut tenue à la Chancellerie du Reich à Berlin, le 5 novembre 1937; il rédigea à ce sujet une longue note qu'il data du 10 novembre 1937, et qu'il signa.

Étaient présents: Hitler, les accusés Göring, von Neurath et Raeder, respectivement en tant que Reichsmarschall, ministre du Reich pour les Affaires étrangères et Commandant en chef de la Marine, le général von Blomberg, ministre de la Guerre et le général von Fritsch, Commandant en chef de l'Armée.

Hitler commença par dire que le sujet de la conférence était d'une telle importance que, dans d'autres pays, il aurait été traité en Conseil de Cabinet. Il continua en déclarant que son discours avait pour objet d'exposer le résultat de ses réflexions approfondies et de l'expérience qu'il avait acquise pendant plus de quatre années passées au Gouvernement. Il demanda que les déclarations qu'il allait faire fussent considérées, s'il mourait, comme ses dernières volontés et son testament. Le thème principal du discours était le problème de l'espace vital et Hitler ne discuta de diverses solutions possibles que pour les écarter. Il en conclut qu'il était nécessaire de conquérir de «l'espace vital» dans le continent européen et s'exprima en ces termes:

[201]

«La question qui se Pose n'est pas de se rendre maître de populations, mais de s'emparer de terrains utilisables pour l'agriculture. Notre but serait aussi de chercher en Europe et dans les pays limitrophes de l'Allemagne, plutôt qu'au delà des mers, des territoires riches en matières premières, et cet objectif 'devrait être atteint en une ou deux générations ... L'Histoire de tous les temps - empire romain, empire britannique -a prouvé que toute expansion territoriale doit être effectuée en brisant une résistance et en courant des risques. On ne peut même éviter certains échecs; pas plus autrefois qu'aujourd'hui, il n'a été possible de s'approprier de l'espace sans l'enlever à son possesseur auquel celui qui attaque se heurte toujours.»

Il termina par la remarque suivante:

«La question qui se pose pour l'Allemagne est de savoir où la plus grande conquête pourrait être acquise au prix le plus bas.»

Rien ne pourrait indiquer plus clairement les intentions belliqueuses qu'avait Hitler, et les événements qui suivirent. montrent la réalité de ses desseins. Il est impossible d'admettre, comme un l'a prétendu, qu'en fait il ne voulait pas la guerre; en effet, après avoir remarqué que l'Allemagne pouvait s'attendre à l'opposition de l'Angleterre et de la France, et après avoir analysé les forces et les faiblesses de ces nations, il continua en ces termes:

«Le problème allemand ne peut être résolu que par la force, et ceci n'est jamais sans risque ... Si les considérations qui vont suivre demeurent inspirées principalement par notre décision d'utiliser la force avec les risques que cela comporte, alors il ne nous reste plus qu'à répondre aux questions «quand» et «où». A cet égard, il nous faut choisir entre trois éventualités différentes.»

La première de ces trois éventualités, telle que 'Hitler la présenta, était une situation internationale hypothétique dans laquelle il agirait au plus tard entre 1943 et 1945:

«Si le Führer vit encore, dit-il, alors sa décision irrévocable sera de donner une, solution au problème de l'espace allemand, au plus tard entre 1943 et 1945. On verra dans les éventualités 2 et 3 les conditions dans lesquelles il serait nécessaire d'agir avant 1943 et 1945.»

La seconde et la troisième éventualité que Hitler envisagea montrent l'intention arrêtée de s'emparer de l'Autriche et de la Tchécoslovaquie. A ce sujet, il s'exprima ainsi

«Pour l'amélioration de notre situation militaire et politique, notre premier objectif, au cas où nous serions entraînés à la guerre, doit être de conquérir la Tchécoslovaquie et l'Autriche simultanément, pour supprimer toute menace venant de flanc, si jamais nous avancions vers l'Ouest.»

[202]

Il ajouta:

«L'annexion de ces deux États à l'Allemagne nous. soulagerait considérablement du point de vue militaire comme du point de vue politique, étant donné qu'elle nous donnerait des frontières plus courtes et meilleures, qu'elle libérerait des combattants qu'on pourrait employer à d'autres fins, et qu'elle nous permettrait de reconstituer de nouvelles armées qui pourraient se monter à une force d'environ douze divisions.»

Cette décision de s'emparer de l'Autriche et de la Tchécoslovaquie fut pesée dans ses moindres détails; l'opération devait être entreprise dès qu'une occasion favorable se présenterait.

La force militaire que l'Allemagne avait mise sur pied depuis 1933 allait maintenant être dirigée contre l'Autriche et la Tchécoslovaquie.

L'accusé Göring a déclaré qu'il ne croyait pas à cette époque que Hitler pensât vraiment attaquer l'Autriche et la Tchécoslovaquie et que la conférence avait seulement pour objet d'exercer une pression sur von Fritsch pour hâter le réarmement.

L'accusé Raeder a déclaré que ni lui-même, ni von Fritsch, ni von Blomberg, ne croyaient que Hitler voulait vraiment la guerre, et Raeder prétend qu'il en demeura persuadé jusqu'au 22 août 1939. Cette conviction était fondée sur l'espoir que Hitler parviendrait à une «solution politique» du problème allemand. Mais tout cela signifie, quand on y regarde de plus près, que la position de l'Allemagne était jugée si forte et sa puissance militaire si écrasante que les territoires convoités pourraient être acquis sans combat. On doit aussi se rappeler que les intentions manifestées par Hitler à l'égard de l'Autriche furent en fait réalisées quatre mois après la conférence, que, moins d'un an après, la première partie de la Tchécoslovaquie fut conquise et que la Bohême et la Moravie le furent à leur tour quelques mois plus tard. Si, en novembre 1937, quelques doutes demeuraient encore dans l'esprit de ses auditeurs, il ne pouvait plus en subsister après le mois de mars 1939 quant à la volonté arrêtée de Hitler de recourir à la guerre. Le Tribunal estime que la réunion dont il s'agit a été fidèlement relatée par le lieutenant-colonel Hossbach et que ceux qui y étaient présents ont su parfaitement que l'Autriche et la Tchécoslovaquie seraient annexées par l'Allemagne à la première occasion.

L'ANNEXION DE L'AUTRICHE.

L'invasion de l'Autriche ne fut qu'un premier pas dans l'exécution du plan général d'agression. Elle eut pour résultat l'affermissement des frontières allemandes et l'affaiblissement de celles de la Tchécoslovaquie. Une première étape était ainsi franchie dans [203] l'acquisition du «Lebensraum»; de nouvelles et nombreuses divisions de combattants entraînés étaient acquises et, par la saisie des réserves de devises étrangères, la réalisation du programme de réarmement allait se trouver grandement facilitée.

Le 21 mai 1935, Hitler annonça au Reichstag que l'Allemagne ne se proposait pas d'attaquer l'Autriche ou même de s'immiscer dans sa politique intérieure. Le let mai 1936 il proclama publiquement ses intentions pacifiques tant à l'égard de I'Autriche que de la Tchécoslovaquie; le 11 juillet 1936, il reconnut encore, par un traité, la souveraineté le l'Autriche dont l'Allemagne s'empara finalement au cours du mois de mars 1938. Longtemps avant cette date, les nationaux-socialistes d'Allemagne et d'Autriche avaient coopéré en vue de la réunion de cette dernière au Reich allemand. Le putsch du 25 juillet 1934, qui entraîna l'assassinat du Chancelier Dollfuss, tendait déjà à ce résultat; mais le putsch échoua et fut suivi de la mise hors la loi en Autriche du parti national-socialiste. Le Il juillet 1936 fut conclu entre les deux pays un accord dont l'article premier stipulait:

«Le Gouvernement allemand reconnaît, dans l'esprit des déclarations que le Führer Chancelier a faites le 21 mai 1935, la souveraineté de l'État fédéral d'Autriche.»

L'article 2 était rédigé comme suit:

«Chacun des deux Gouvernements considère l'ordre politique intérieur (y compris la question du national-socialisme autrichien), tel qu'il existe dans l'autre pays, comme une question relevant de la souveraineté dudit pays, sur laquelle il ne cherchera ni directement ni indirectement à exercer une influence.»

Le mouvement national-socialiste en Autriche poursuivit cependant en secret son activité illégale: les nationaux-socialistes d'Allemagne apportèrent au parti nazi autrichien leur aide et les «incidents Y, qui en résultèrent leur servirent de prétexte pour se mêler aux affaires autrichiennes. Après la conférence du 5 novembre 1937, ces «incidents» se multiplièrent. Les relations se tendirent peu à peu entre les deux pays et le Chancelier d'Autriche Schuschnigg fut incité, notamment par l'accusé von Papen, à avoir une entrevue avec Hitler. Cette entrevue eut lieu à Berchtesgaden le 12 février 1938. L'accusé Keitel y assistait et Hitler menaça Schuschnigg d'envahir immédiatement l'Autriche. Schuschnigg accepta d'accorder l'amnistie politique à différents nazis condamnés pour leur activité et de nommer Seyss-Inquart au ministère de l'Intérieur et de la Sûreté avec droit de contrôle sur la Police. Le 9 mars 1938, essayant de sauvegarder la souveraineté de son pays, Schuschnigg décida qu'un plébiscite aurait lieu sur la question de l'indépendance autrichienne. Ce plébiscite fut fixé au 13 mars 1938. Deux jours plus tard, Hitler envoyait à Schuschnigg un ultimatum [204] lui enjoignant d'ajourner ce plébiscite. Le 11 mars 1938, Göring présenta au Gouvernement autrichien une série d'exigences en appuyant chacune d'elles de la menace d'une invasion. Après que le Chancelier autrichien eut accepté l'ajournement du plébiscite, on exigea encore de lui qu'il démissionnât, en nommant à sa place Seyss-Inquart. En conséquence, Schuschnigg démissionna et le Président Miklas, après avoir d'abord refusé, consentit finalement à la désignation de Seyss-Inquart comme Chancelier.

Dans l'intervalle, Hitler avait donné l'ordre aux troupes allemandes de franchir la frontière à l'aube du 12 mars et avait enjoint à Seyss-Inquart d'utiliser les formations nationales-socialistes autrichiennes pour renverser Miklas et s'emparer du pouvoir. Après que les troupes allemandes eurent reçu l'ordre d'avancer, Göring téléphona à l'ambassade d'Allemagne à Vienne et dicta le télégramme que Seyss-Inquart devait envoyer à Hitler pour justifier l'opération militaire en cours. Ce télégramme était ainsi conçu:

«Le Gouvernement provisoire autrichien qui, après la démission du Gouvernement Schuschnigg, considère de son devoir d'établir la paix et l'ordre dans le pays, demande instamment au Gouvernement allemand de l'appuyer dans sa tâche et de l'aider à éviter une effusion de sang. A cette fin, il demande au Gouvernement allemand d'envoyer des troupes allemandes aussitôt que possible.»

Keppler, fonctionnaire de l'ambassade d'Allemagne, répondit:

«Les SA et les SS locaux défilent dans les rues, mais tout est calme.»

Après une discussion prolongée, Göring déclara

«Veuillez montrer à Seyss-Inquart le texte du télégramme, et lui dire que nous lui demandons de nous l'envoyer. Au fond, il n'a même pas besoin de le faire. Tout ce qui est nécessaire, c'est qu'il dise: D'accord.»

Seyss-Inquart n'envoya jamais le télégramme, et il ne télégraphia même jamais: «D'accord».

Il semble que dès qu'il fut nommé Chancelier, peu après 22 heures, il ait téléphoné à Keppler et l'ait chargé de transmettre à Hitler ses protestations contre l'occupation. Ce procédé indigna Göring parce que, dit-il, «cela troublerait le repos du Führer qui voulait se rendre en Autriche le lendemain». A 23 h.15, un fonctionnaire du ministère de la Propagande de Berlin téléphona à l'Ambassade à Vienne et Keppler lui répondit: «Dites au Generalfeldmarschall que Seyss-Inquart est d'accord.»

Le 12 mars 1938, à l'aube, les troupes allemandes entrèrent en Autriche et ne rencontrèrent aucune résistance. La presse allemande annonça que Seyss-Inquart avait été désigné comme successeur de Schuschnigg et cita, bien qu'il n'eût jamais été envoyé, le texte du [205] télégramme proposé par Göring, pour montrer que Seyss-Inquart avait requis la présence des troupes allemandes dans la crainte de troubles. Le 13 mars 1938, fut promulguée une loi consacrant la réunion de l'Autriche au Reich allemand. Seyss-Inquart ayant demandé au Président Miklas de signer cette loi, celui-ci refusa et donna sa démission. Seyss-Inquart le fit à sa place au nom de l'Autriche -et cette loi entra dans la législation du Reich par un décret du Cabinet publié le même jour, et signé par Hitler, Göring, Frick, von Ribbentrop et Hess.

,On a soutenu devant le Tribunal que l'annexion de l'Autriche était justifiée par le profond désir exprimé dans de nombreux milieux d'une union de l'Autriche et de l'Allemagne; que les deux peuples avaient beaucoup d'intérêts communs qui rendaient cette union souhaitable; et enfin que ce but fut atteint sans effusion de sang.

Même si ces assertions sont exactes, les faits ne démontrent pas moins que les méthodes employées pour atteindre le but furent celles d'un agresseur. La Force armée allemande prête à entrer en jeu à la moindre résistance avait constitué le facteur décisif. Bien plus, il ne semble pas, d'après le compte rendu fait par Hossbach de la réunion du 5 novembre 1937, qu'aucune des considérations mises en avant ait été le mobile essentiel de l'action de Hitler, car on insista surtout à cette conférence sur le profit que devait tirer de cette annexion la puissance militaire de l'Allemagne.

L'OCCUPATION DE LA TCHÉCOSLOVAQUIE.

La conférence du 5 novembre 1937 montre clairement que l'occupation de la Tchécoslovaquie avait été décidée à l'avance, mais qu'il restait à choisir le moment le plus favorable à cette entreprise. Le 4 mars 1938, von Ribbentrop fit part à Keitel d'une proposition qui lui avait été faite par l'ambassadeur de Hongrie à Berlin, et qui tendait à faire étudier par les armées allemande et hongroise l'hypothèse d'une guerre éventuelle contre la Tchécoslovaquie.

Von Ribbentrop lui écrivit à cette occasion:

«J'ai des craintes quant à ces négociations. Au cas où nous devrions discuter avec la Hongrie l'hypothèse d'une guerre contre la Tchécoslovaquie, il serait à redouter que d'autres ne soient mis au courant.»

Le 11 mars 1938, Göring fit à M. Mastny, ministre de Tchécoslovaquie à Berlin, deux déclarations distinctes, l'assurant de ce que les événements actuels d'Autriche n'auraient aucune influence préjudiciable aux relations existant entre le Reich allemand et la Tchécoslovaquie, et il souligna l'effort continu et sincère fait par les Allemands pour améliorer ces relations. Le 12 mars, Göring demanda à M. Mastny de lui rendre visite et réitéra ces assurances.

[206]

Le procédé consistant à rassurer la Tchécoslovaquie pendant que s'opérait l'annexion de l'Autriche était une manoeuvre caractéristique de l'accusé Göring. Il devait la renouveler par la suite à propos de la Pologne que tous ses efforts tendirent à isoler à la veille du conflit. A la même date du 12 mars, l'accusé von Neurath s'entretint avec M. Mastny et l'assura, au nom de Hitler, de ce que l'Allemagne se considérait toujours comme liée par la Convention d'arbitrage germano-tchèque conclue à Locarno en octobre 1925.

Il est prouvé qu'après l'occupation de l'Autriche par l'armée allemande, le 12 mars, et son annexion le 13, Conrad Henlein, alors chef du parti allemand des Sudètes en Tchécoslovaquie, eut une entrevue avec Hitler à Berlin le 28 du même mois. Le lendemain, dans la même ville, lors d'une conférence à laquelle assistaient von Ribbentrop et Henlein, la situation générale fut discutée et l'accusé Jodl nota plus tard dans son journal:

«Après l'annexion de l'Autriche, le Führer estime qu'il n'est pas urgent de résoudre la question tchèque car il faut d'abord digérer l'Autriche. Il faudra néanmoins que les préparatifs du «Cas Vert» (c'est-à-dire le plan contre la Tchécoslovaquie) soient faits énergiquement; il faudra les refaire d'après un plan nouveau fondé sur le changement de la position stratégique dû à l'annexion de l'Autriche.»

Le 21 avril 1938 eut lieu entre Hitler et Keitel, au sujet du «Cas Vert», un échange de vues d'où il résulte clairement que les préparatifs d'attaque contre la Tchécoslovaquie étaient sérieusement mis à l'étude. Le 28 mai 1938, Hitler ordonna de préparer pour la date approximative du 2 octobre, une action militaire contre la Tchécoslovaquie, dont le projet d'invasion fut dès lors constamment à l'étude. Le 30 mai 1938, une -ordonnance signée de Hitler exprima sa «décision irrévocable d'écraser militairement la Tchécoslovaquie dans un proche avenir».

En juin 1938, comme le montre un document saisi dans les dossiers du SD à Berlin, un projet détaillé de l'emploi de ces formations en Tchécoslovaquie avait été préparé. Ce projet prévoyait que le «SD devait suivre, si possible immédiatement, les troupes d'avant-garde, et se charger des mêmes tâches qu'en Allemagne ...».

Des fonctionnaires de la Gestapo furent désignés pour coopérer avec le SD. Des agents spéciaux devaient être entraînés à la lutte contre le sabotage et prévenus «à temps avant l'attaque... afin de pouvoir se cacher et éviter arrestations et déportations...».

«Il faut s'attendre, au début, à des guerillas et des combats de partisans; c'est pourquoi il nous faut des armes.»

Des dossiers de renseignements devaient être établis et porter des mentions telles que: «A arrêter», «A liquider», «A confisquer», «A priver de passeport», etc.

[207]

Le plan prévoyait la division provisoire du pays en unités territoriales d'étendues diverses et prenait en considération différentes «propositions» concernant l'incorporation des districts de la Tchécoslovaquie et de leurs habitants au Reich allemand. La «proposition finale» portait sur le pays tout entier, y compris la Slovaquie et la Russie Subcarpathique, et une population de presque quinze millions d'habitants.

Ce plan fut quelque peu modifié en septembre, après la Conférence de Munich, mais son existence seule et sa rédaction en termes agressifs indiquaient l'intention bien arrêtée d'avoir recours à la force.

Le 31 août 1938, Hitler approuva un mémoire de Jodl en date du 24 août, concernant la date d'invasion de la Tchécoslovaquie et la question des mesures défensives. Ce mémorandum contenait notamment la phrase suivante:

«Le «Cas Vert» sera déclenché au moyen d'un «incident» en Tchécoslovaquie qui permettra à l'Allemagne de prétexter une provocation pour justifier son intervention militaire; la fixation du moment précis où cet incident sera créé est de la plus grande importance.»

Ces faits démontrent que l'occupation de la Tchécoslovaquie avait été minutieusement préparée bien avant la Conférence de Munich.

Les conférences et les entretiens avec les chefs militaires continuèrent en septembre 1938. En raison du caractère critique de la situation, le Premier britannique, M. Chamberlain, se rendit à Munich par avion, puis alla voir Hitler à Berchtesgaden. Le 22 septembre, il le rencontra à Bad Godesberg et eut avec lui de nouvelles entrevues. Le 26 septembre 1938, dans, un discours prononcé à Berlin, Hitler déclara au sujet de ces conversations:

«Je lui ai donné l'assurance, que je réitère ici, qu'une fois ce problème résolu il ne se posera plus, pour l'Allemagne, de questions territoriales en Europe; je lui ai donné aussi l'assurance que, à partir du moment où la Tchécoslovaquie aura trouvé une solution aux autres difficultés qu'elle rencontre- c'est-à-dire lorsque les Tchèques auront trouvé un arrangement pacifique et ne comportant pas l'oppression d'autres minorités - je ne m'occuperai plus de l'État tchèque et que, en ce qui me concerne, je lui en donnerai ma garantie. Nous ne voulons pas de Tchèques.»

Le 29 septembre 1938, à la suite d'une conférence entre Hitler, Mussolini et les Premiers Ministres britannique et français, les accords de Munich qui demandaient à la Tchécoslovaquie de consentir à céder le territoire des Sudètes à l'Allemagne, furent signe Le «chiffon de papier», que le Premier Ministre britannique rapporta à Londres et qui portait sa signature ainsi que celle de Hitler, [208] exprimait l'espoir que l'Angleterre et l'Allemagne pourraient vivre, à l'avenir, sans faire la guerre. Le fait que, peu après, Hitler se renseigna auprès de Keitel sur la force militaire que ce dernier estimait nécessaire pour briser toute résistance tchèque en Bohême-Moravie, montre qu'il n'avait jamais eu l'intention de respecter l'Accord de Munich. Keitel lui envoya son avis le 11 octobre 1938 et, dix jours après, Hitler assigna à l'Armée ses tâches futures. L'une de ces directives contenait la phrase suivante:

«Il faut que nous ayons la possibilité d'écraser à tout moment le reste de la Tchécoslovaquie, si sa politique devenait hostile à l'Allemagne.»

Il est inutile de revenir en détail sur les événements caractéristiques des mois suivants. Le 14 mars 1939, le Président tchèque Hacha et son ministre des Affaires étrangères, Chvalkovsky, se rendirent à Berlin sur la demande de Hitler et assistèrent à une réunion à laquelle prirent part, entre autres, von Ribbentrop, Göring et Keitel. On proposa à Hacha de consentir par un accord à l'incorporation immédiate de la population tchèque dans celle du Reich allemand et de sauver ainsi la Bohême-Moravie de la destruction. Il fut informé de l'ordre que les troupes allemandes avaient déjà reçu de se mettre* en route et de briser toute résistance par la force. Göring menaça en outre de bombarder la ville de Prague et de la détruire entièrement. Devant cette cruelle alternative, Hacha et son ministre des Affaires étrangères, à 4 h. 30 du matin, signèrent l'accord qu'on exigeait d'eux; Hitler et Ribbentrop le signèrent pour l'Allemagne.

Le 15 mars, les troupes allemandes occupèrent la Bohême-Moravie et, le 16 mars, le pays fut incorporé au Reich en tant que protectorat par un décret au bas duquel von Ribbentrop et Frick apposèrent leur signature.


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