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Le Drame des juifs européens

Paul Rassinier

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CHAPITRE II

TÉMOINS, TÉMOIGNAGES & DOCUMENTS

I. -GÉNÉRALITÉS


 

DÉPLIANT mon journal habituel, le 17 mai 1963, je suis tombé en arrêt sur l'information suivante : « Erreur judiciaire découverte en Autriche : des innocents ont passé quinze ans en prison. » Suivait l'explication dans la forme d'une dépêche de presse datée de la veille, en provenance de Vienne (Autriche) :

Beaucoup de bons esprits pensent que cette information donne l'explication des aveux sensationnels des célèbres procès de Moscou. Il ne semble pas que le moyen utilisé par la justice autrichienne en l'occurrence, l'ait été à Nuremberg. Du moins au cours des 13 grands procès. Qu'il l'ait été dans l'infinité de petits procès qui ont eu lieu en Allemagne depuis, contre les anciens SS ou employés subalternes de l'appareil du IIIe Reich, [34] c'est bien possible : la plupart d'entre eux ne sont venus en audience qu'après une longue détention des accusés, après avoir été plusieurs fois repoussés, et cela autorise toutes les suspicions. Ce paraît être le cas, notamment, dans le procès des « Autobus de la mort » (mars 1963) où les accusés ont donné, sur l'opération, des détails techniques que des techniciens ne peuvent pas accepter. Ce pourrait l'être encore dans le cas du procès du second commandant du camp d'Auschwitz à l'instruction depuis trois années et repoussé quatre fois déjà de six mois en six mois, le procureur général n'ayant pas encore réussi, à l'heure où j'écris, à faire la preuve que 437.000 juifs hongrois ont été gazés à Auschwitz entre le 16 mai et la mi-octobre 1944. Et c'est peut-être pourquoi, au lieu de se suicider comme Gerstein (voir plus loin) l'accusé a pris soudain le parti de mourir d'une « crise cardiaque » : en 1963, il est devenu bien difficile de suicider les gens... Ce pourrait l'être, enfin, dans le cas Eichmann où, une première piqûre ayant été avouée, on est autorisé a penser que d'autres ont pu suivre, ce qui expliquerait beaucoup de choses.

Un second moyen à la disposition de la justice de la saison est la contrainte par mauvais traitements (Streicher, Pohl, Ohlendorf) : se reporter à leurs déclarations devant les tribunaux ou à leurs récits publiés ante ou post mortem) la menace (Sauckel dont les neuf enfants et la femme aux mains des Russes ont, selon ses déclarations au Procès des grands criminels de guerre, été utilisés comme moyens de pression contre lui par les instructeurs soviétiques) l'investissement psychologique ou tout simplement la situation dans laquelle se trouvait l'accusé au regard des faits reprochés (Hoess, Kurt Becher, Hoettl, Wisliceny, Bach-Zelewski) etc. Tous ces cas ayant déjà été cités et expliqués au cours de mes précédents travaux de recherche, je n'y reviendrai pas, si ce n'est pour Hoess dont Mr. Raul Hilberg fait une utilisation vraiment trop abusive.

Viennent ensuite les témoins que les faits reprochés ne mettaient pas en cause et qui ont déposé hors de toute contrainte  : les partisans à mauvaise conscience. On comprend aisément que le médecin communiste tchèque Blaha, par exemple, ait vu en action la chambre à gaz de Dachau qui n'a jamais existé : c'était la doctrine communiste et, d'autre part, détenu appartenant à la self direction du camp de Dachau, cet individu ne pouvait pas avoir la conscience nette. On comprend tout aussi aisément une déclaration analogue du SS. Hoellriegel à propos d'une autre chambre imaginaire à Mauthausen : la mauvaise conscience à l'état pur d'un bonhomme qui avait à ne faire pardonner [35] sa participation au drame et qui, au surplus, pouvait passer d'un jour à l'autre du rôle de témoin à celui d'accusé. J'ai expliqué le cas de Martin-Chauffier, David Rousset, Eugen Kogon. J'aurais pu allonger la liste des noms de tous ces gens qui, comme le R.P. Riquet de la Société de Jésus, le professeur de faculté Pierre Bertaux et combien d'autres qui, ayant délivré, sous l'occupation allemande, des certificats de bonne conduite tivique a des collaborateurs ou à des agents de la Gestapo, n'en ont été, par la suite, que de plus farouches gardiens de l'orthodoxie résistantialiste pour se le faire pardonner.

Le cas le plus typique de cette mauvaise conscience me paraît être le pasteur allemand Martin Niemöller dont voici l'histoire dans ses grandes lignes, d'après une documentation fournie à la Deutsche National Zeitung (16-4-1963) par M. Paul Heinz, qui fut un de ses proches, sa biographie parue sous le titre Martin Niemöller (chez Rowohlt, Hambourg - octobre 1959) et son livre Vom U-Boot zur Kanzel (Berlin-Dahlem 1935)  :

Vraisemblablement, ces mots auraient-ils pu être mal interprétés par une partie de la communauté protestante, ce qui amena le pasteur Niemöller en tant que président de la fédération des pasteurs, à publier une circulaire mettant nettement les choses au point .

[37]

Niemöller fut arrêté le 1er juillet 1937, mais six mois plus tard venait son procès. Le jugement prononcé le 2 mars 1938 surprit : sept mois de forteresse et 2.000 RM d'amende. Il fut déporté au camp de Sachsenhausen.

Voici son arrivée au camp :

Lorsque la deuxième guerre mondiale éclata, Niemöller écrivit au grand-amiral Raeder :

Voici maintenant comment il fut traité pendant son internement :

Un homme qui, en somme, eût pu figurer au banc des accusés de Nuremberg, sous l'inculpation de « Crimes commis contre la paix » pour participation au « Complot » dont ce chef d'accusation faisait état, puisqu'il y a participé au minimum de 1920 à 1936, si ce n'est 1937.

Je n'ose pas citer des extraits de son livre Vom U-Boot zur Kanzel --il faudrait d'ailleurs le citer en entier ! - paru en Allemagne en 1935 alors que Hitler était au pouvoir depuis deux années et écrit sur le thème « Damals versank mir eine Welt » : le plus dur de tous les réquisitoires contre le bolchevisme qu'il m'ait été donné de lire jusqu'ici, la plus étroite profession de foi de nationalisme chauvin aussi, et... la plus entière adhésion à la politique générale de la N.S.D.A.P.

Pour se faire pardonner tout cela, dans la conférence déjà citée qu'il a prononcée le 3 juillet 1946 et qui fut éditée sous le titre Der Weg ins Freie (F.M. Hellbach, Stuttgart 1946), le pasteur Martin Niemöller, président du Conseil de l'Église protestante allemande, a témoigné que 238.756 personnes avaient été exterminées à Dachau alors qu'on sait aujourd'hui qu'il y en eut, en réalité, environ 30.000, confirmé l'existence d'une chambre à gaz dans ce camp, alors qu'on sait aujourd'hui qu'il n'y en avait pas, et, depuis 1945, chaque fois qu'il a ouvert la bouche pour parler, prêché la responsabilité unilatérale de l'Allemagne et collective du peuple allemand dans la guerre de 1939-1945. Il est, aujourd'hui, à la tête d'un mouvement pacifiste au sein duquel il défend, sans aucune exception, toutes les théses sur esquelles s'appuie la politique extérieure de la Russie des Soviets. S'il ne s'était pas comporté ainsi, il ne fait aucun doute qu'il eut été un des points de mire des accusations que les Soviets ne cessent de porter contre l'Allemagne. Telle est l'explication : la même que celle de l'attitude de tous ces gens qui appartenaient à la gentry parisienne ou au monde français des Lettres et des Arts, qui ont mené la Dolce Vita en compagnie des plus hautes personnalités allemandes du Paris occupé, se réjouissant au champagne des victoires des armées hitlérien[39]nes et qui, dès que le vent a tourné, ont porté leur adhésion au Parti communiste et sont devenus les plus sévères accusateurs des collaborateurs dans la France de l'après-guerre, uniquement animés par le souci d'éviter le banc des accusés.

Ce sont ces gens-là qui ont fourni aux procureurs et aux juges de Nuremberg leurs arguments les plus percutants, qui continuent à enrichir les archives de Rehovot (Israël) et de Varsovie (Pologne) de tous ces documents aussi fantaisistes que nouveaux qu'on découvre de temps à autre et publie à son de trompe pour entretenir dans le monde les sentiments antiallemands sur lesquels s'appuie la politique mondiale du bolchevisme.

A Nuremberg, le procureur et les juges ont obtenu des résultats sensationnels par ce moyen. Témoin ce curieux document P.S. 3319 (Nur. T. XXXII pp. 159-92) que M. Raul Hilberg cite et commente (p. 502-790) : il s'agit de l'organisation par le ministère des affaires étrangères du IIIe Reich d'un congrès anti-juif à Kruminhübel les 3 et 4 avril 1944 avec la participation de tous les représentants de ce ministère en poste à l'éranger. En 27 pages (op. cit.) un certain Ludwig Kohlhammer, Landesgruppenleiter, nous rend compte d'une façon très précise à la fois du nombre des participants -trente et une personnes - avec leurs noms et de ce que chacune a dit.

Or, ce congrès n'a jamais eu lieu. Voici comment l'affaire s'est présentée devant le Tribunal de Nuremberg :

-17 mars 1946, Steengracht (secrétaire d'État aux affaires étrangères du IIIe Reich) est interrogé par le col. Philimore, substitut du procureur général anglais qui lui demande :

La veille, voici ce qu'il avait déclaré sur question posée par le Dr Horn, avocat de Ribbentrop :

-2 avril 1946. Cette fois, c'est Ribbentrop qui est interrogé par M. Edgar Faure, qui fut par la suite président du conseil en France et qui était alors substitut du procureur général français :

C'était la preuve du faux. C'était aussi une violation caractéristique de la règle de procédure numéro 2 du Tribunal lui-même, qui disposait en son paragraphe a-3 que « tous les documents annexés à l'acte d'accusation devaient être mis à la disposition des accusés dans un délai d'un mois au moins avant le Procès » (T. 1, p. 21). On ne parla plus jamais de cette affaire. Si, dans l'index des noms (T. 24) on cherche à se renseigner sur le Landesgruppenleiter Ludwig Kohlhammer il n'y figure pas. Mais, le document P.S. 3319 fut admis comme preuve... On ne comprend d'ailleurs pas pourquoi. Si M. Edgar Faure voulait prouver que la solution finale et les autres solutions similaires étaient, d'après la doctrine du ministère des affaires étrangères du Reich, à rejeter en avril 1944, point n'était besoin d'inventer un document --il était de notoriété publique que les principaux obstacles venaient de la situation opérationnelle stratégique et que, l'aventure de Joël Brand en a fait la preuve le mois suivant, les Alliés refusaient cette solution par la voie des neutres. On comprend encore moins que, dix-sept années après, M.Raul Hilberg, professeur de Sciences politiques à l'université de Vermont (U.S.A.) ne sache pas encore que ce document était un vulgaire faux.

Parlerai-je à M.Raul Hilberg de son principal témoin sur les missions des Einsatzgruppen, le Gruppenführer Ohlendorf ? Le 3-1-1946, à la séance du matin, il déclare que « Sur la question des juifs et des commissaires communistes, les chefs des Einsatzgruppen recevaient des ordres verbaux (sic) avant chaque Mission » que, « en territoire russe (admirons la précision) cela signifiait qu'ils devaient être assassinés » (T. IV, p. 322) et, à la séance du soir, à la question de savoir si c'était prévu dans l'accord passé entre l'O.K.W. et le R.S.H.A. que « il ne se souvient plus mais que, en tout cas, cette tâche de liquidation n'était pas mentionnée » (T. IV, p. 319). A deux heures d'intervalle, on lui demande si « la plupart des chefs des Einsatzgruppen venaient du R.S.H.A. », il répond que « ils pouvaient venir d'un peu partout dans le Reich » (op. cit. p. 25) puis à la même question que « ils étaient fournis par la police d'Etat, la Kripo et, dans une moindre mesure la S.D. » (op. cit. p. 332). Le pauvre, sur qui pesait une menace de condamnation à mort --il fut d'ailleurs pendu en 1951, malgré son évidente complaisance et après avoir été soumis à quels traitements !-- avait totalement perdu la tête et ne savait plus à quel saint se vouer pour échapper à son destin. A son procès, en 1948, quand on voulut produire contre lui ce qu'il avait déclaré à Nuremberg en 1945-1946, il dit que toutes ses déclarations antérieures lui ayant été arrachées par la pression étaient sans valeur. Alors ? Tout ce qui précède ne vise que les témoins, témoignages et documents anciens sur lesquels M.Raul Hilberg est directe[42]ment branché. J'ai dit qu'à Rehovot (Israël) et Varsovie (Pologne) on était depuis une quinzaine d'années axé sur la recherche de documents nouveaux pour consolider les anciens et ne pas laisser s'éteindre la vague de haine dirigée contre l'Allemagne et qui fait le jeu du bolchevisme. Le plus célèbre de tous les témoignages qui aient pris place sur les rayons des bibliothèques de ces deux centres est sûrement Le Journal d'Anne Frank (Paris, en traduction de l'allemand 1958, chez Calmann Levy). Ce document n'a pas retenu l'attention de M.Raul Hilberg. Il se pourrait qu'un jour, il fût amené à en traiter. Loin de moi l'idée de prétendre que ce document est un faux : il y a du côté de Hambourg un instituteur qui l'a prétendu et qui a été lourdement condamné. Très peu pour moi. Aussi bien, je dois avouer que cette question ne m'a pas tellement préoccupé bien que je l'aie suivie d'assez près et que, outre les commentaires dont il a été l'objet, ce qui m'a surtout frappé, c'est que, si on lit les éditions en différentes langues, on n'y trouve pas les mêmes choses et que, si on compare ces éditions avec un autre livre, Spur eines Kindes de l'Allemand Ernst Schnabel (1959) l'écriture attribuée à Anne Frank diffère de l'un à l'autre. Voici donc deux specimens de l'écriture de Anne Frank : l'un (fig. 2) est, prétend son père, la dernière page du manuscrit, l'autre (fig. 1) dit Life d'après Schnabel, est sa photocopie dédicacée par elle :

[43]

Qu'on m'entende bien : je ne dis pas que le Journal d'Anne Frank est un faux. Pas d'histoires ! Je demande seulement qu'on me dise que ces deux écritures sont de la même personne car je ne suis pas un expert en graphologie. Après quoi je concluerai sur l'authenticité du document.

Si M.Raul Hilberg veut se pencher sur ce problème...

Et maintenant, du général au particulier : parlons un peu de feu MM. Rudolf Hoess, Kurt Gerstein et Miklos Nyiszli, à des degrés divers, témoins de choc de M.Raul Hilberg.

Il. -LE TÉMOIN RUDOLF HOESS

(Der Lagerkommandant von Auschwitz spricht)

Né à Baden-Baden le 15 novembre 1900, Rudolf Hoess fut un combattant de la première guerre mondiale. Membre de la N.S.D.A.P. à partir de 1922. En mai 1923, avec deux complices, il tua Walter Kadow qui avait livré aux troupes françaises d'occupation dans la Ruhr, AI. Schlageter, organisateur de sabotages dans ce secteur d'occupation. Condamné à dix ans de prison, il en purgea six puis fut amnistié.

Membre des SS à partir de 1934. Chef de Block (Blockführer) à Dachau à fin 1934, puis administrateur des biens des détenus. Adjoint au commandant du camp de Sachsenhausen. Commandant du camp d'Auschwitz de mai 1940 (le camp ne fut prêt à recevoir des prisonniers que le 14 juin) à fin novembre 1943. Arrêté une première fois à Heide (Schleswig-Holstein) en mai 1945 par les Anglais, relâché presque aussitôt, il est arrêté à nouveau en mai 1946 à Flensburg (Schleswig-Holstein), interrogé à « la cravache et à l'alcool », dit-il dans son livre (p. 211 édition française), emmené au bout de quelques jours « à Minden sur la Weser, centre des interrogatoires de la zone anglaise » ou il subit « un traitement plus brutal de la part du procureur militaire, un commandant anglais » (ibid.). Arrivé à Nuremberg au début d'avril comme témoin à décharge de Kaltenbrünner. réclamé comme criminel de guerre par la Pologne, il est transféré le 25 mai et, le 30 juillet, il est incarcéré à la prison de Krakau. Entre temps, il a déposé à Nuremberg le 15 mai, sous menace d'être livré aux Soviétiques dont il sait le sort qu'ils lui réservent et il est naturel qu'il dise ce qu'il croit être de nature à décider les Américains à ne pas le livrer à eux.

[44]

Le professeur Gustave Gilbert, psychologue attaché au procès est là qui, entretenant cet espoir, lui suggère adroitement ce qu'il faut dire. Il ne se plaint pas du traitement dont il est l'objet, au contraire : « une cure en sana », écrit-il (p. 211) auprès de ce qu'il a dû supporter à Heide et à Minden. A Cracovie, changement de décor : bien pire encore qu'à Heide et à Minden et « sans l'intervention du procureur on m'aurait effectivement achevé physiquement », dit-il (p. 214). Son procès est instruit du 11 au 29 mars 1947. Condamné à mort le 2 avril par la Cour suprême de Varsovie. Pendu le 4 à Auschwitz.

Dans sa prison, attendant son procès, il écrit ses Mémoires : on lui a prêté non pas une plume et de l'encre mais « un crayon ». Pour ceux qui les exploitent, l'avantage est que les fac-similés qu'on en peut produire --et sûrement l'original aussi-- sont, en grande partie, à peu près illisibles : de ce fait, l'authentification ne peut relever que de spécialistes éprouvés du genre de ceux qui travaillent sur les palimpsestes égyptiens et l'original n'a, jusqu'ici, été soumis à aucun, si je suis bien informé. Cet original se trouve au musée d'Auschwitz, le Comité international de ce camp en a la garde et le monopole d'exploitation : essayez d'aller contrôler sur place ! A ma connaissance, une partie en a été publiée en langue allemande sous le titre Autobiographie (1951) mais elle ne semble pas avoir fait l'objet de traductions en d'autres langues, sauf en polonais --à ma connaissance toujours-- et seules quelques bribes citées par quelques auteurs plus chanceux que moi (notamment M. Michel Borwicz, Revue d'histoire de la seconde guerre mondiale, octobre 1956, pp. 56-87) sont parvenues jusqu'à moi. Une autre partie a été publiée sous le titre Le Commandant dAuschwitr parle... (1959) en français, anglais, allemand et polonais. Il paraît que tout n'a pas encore été publié et qu'actuellement, des. spécialistes étudient et mettent au point ce qui reste : au « crayon » aussi sans doute et il y a encore de beaux jours pour les historiens. Bref, avec la déposition de l'auteur à Nuremberg, sur les mêmes événements, nous disposons de trois textes de la même personne : que disent ces textes ?

Le jugement de la Cour Suprême de Varsovie qui a condamné Hoess à la peine de mort et qui sert d'introduction à Le Commandant d'Auschwitz parle... (pp. 9 à 13 de l'édition française) retient contre lui la participation à l'assassinat de :

En tout donc 2.812.000 personnes pour la période qui va de mai 1940 à fin novembre 1943. Tenant ce chiffre pour exact et y ajoutant ceux qui ont été exterminés de fin novembre 1943 à janvier 1945, les témoins de Nuremberg ont parlé de 4.500.000 et, à la date du 1er octobre 1956, M. Henri Michel, ancien déporté français, rédacteur en chef de la Revue d'histoire de la seconde guerre mondiale, évalue le nombre total des morts à Auschwitz à 4.000.000 dans la forme suivante :

Interrogé à Nuremberg le 15 avril 1946, à la question qui lui est posée par le Dr Kaufmann, avocat de Kaltenbrünner : « Eichmann vous a-t-il dit qu'au camp dAuschwitz, plus de 2.000.000 de juifs ont été anéantis ? » Hoess répond : « Oui, c'est exact » (T. XI, p. 409). Dans les coulisses du procès, interrogé par le psychologue américain Gustave Gilbert (de Long Island) attaché au Tribunal, il lui aurait dit : « Deux trains amenaient chaque jour 3.000 personnes et cela pendant 27 mois (donc pendant la totalité de la durée de la déportation, de mars 1942 à juillet 1944). On arrive ainsi au total de près de 2.500.000 personnes. » (Déclaration du professeur devant le tribunal de Jérusalem chargé de juger Eichmann, le 30 mai 1961.)

Mais, quand il s'agit de donner les détails de ces 2.500.000 personnes, dans Le Commandant dAuschwitz parle, il écrit (p. 239 de l'édition française), ai-je déjà dit dans Le véritable procès Eichmann ou les Vainqueurs incorrigibles :

Et il poursuit :

[46]

Ces chiffres concernent, eux aussi, toute la durée de la déportation et Hoess le tient d'Eichmann : décidément, il en a dit, des choses, Eichmann et, par la confrontation de la déposition de Hoess à Nuremberg avec son livre, on voit que ces choses ne concordent pas toujours.

Mon opinion : Auschwitz n'a reçu qu'un nombre insignifiant de déportés juifs venant d'autres pays que ceux qui figurent sur cette liste, ou de ces pays en dehors de ces actions. Il se pourrait que ce total correspondît à la réalité bien qu'il soit encore très élevé. Vraisemblablement, l'Institute of Jewish Affairs l'a admis dans Eichmann's confederates and the Third Reich Hierarchy cité par ailleurs et ce doit être à partir de lui qu'il a fait ses calculs pour arriver à cette conclusion (p. 18) que « Auschwitz (with its daughter camps, best known among them Birkenau) to the south not far front Cracow, where « about 900.000 jews perished. » Probablement, M. Raul Hilberg s'y est-il, lui aussi, référé pour évaluer (p. 572) à un million, le nombre de juifs qui y sont morts. Sur quoi se fondent ces deux estimations qui concluent, l'une à 230.000 survivants, l'autre à 130.000 ? Ni dans Eichmann's Confederates and the Third Reich Hierarchy, ni dans The Destruction of the European Jews, on ne trouve le moindre élément d'appréciation. Elles restent donc purement conjecturales. Et, dans le cas de M. [47] Raul Hilberg, c'est assez ennuyeux puisque (p. 670) il ne trouve que 50.000 survivants pour toute la Pologne, ce qui est pour le moins étonnant s'il y en avait 130.000 pour Auschwitz...

Mais, n'anticipons pas : il s'agit ici du témoin Hoess, non de statistique générale. Et, sur ces deux trains qui, pendant 27 mois ont amené chaque jour 3.000 personnes à Auschwitz, le témoin Hoess ne paraît pas non plus très fixé. A leur sujet, voici trois propositions sur lesquelles j'invite le lecteur à méditer quelques instants :

D'où il appert que, dans certaines circonstances : 1.000 x 5 = 15.000.

Devant le Tribunal, le 15 avril 1946, Hoess avait déclaré que ces trains contenaient 2.000 personnes (T. XI, p. 412). Au Professeur Gustave Gilbert, il dit qu'ils en contenaient 1.500 2 et, dans son livre, il descend à 1.000. Ce qui est certain, c'est que, pour la période donnée, aucune de ces estimations sur la con. tenance des trains ne correspond à un total de 1.130.000. La dernière qui est la plus proche de la vérité, ne donne encore qu'une approximation faisant apparaître un écart de 300.000 en exagération. Et, comme M.Raul Hilberg considère six « killing centers » s'il exagère de 300.000 pour chacun, l'exagération d'ensemble est de l'ordre de près de deux millions. Sur six millions, c'est tout de même important.

Même observation pour les chambres à gaz, quant à la solidité de ce témoignage :

« Au coeur du printemps de 1942, des centaines d'êtres humains ont trouvé la mort dans les chambres à gaz », lit-on p. 178.

Mais, le document de Nuremberg N.O. 4401 établit irréfutablernent que ce que les thèses officielles ont décrété « chambres à gaz » n'ont été commandées, pour Auschwitz que le 8 août 1942 et le document N.O. 4463 qu'elles n'ont été définitivement installées que le 20 février 1943. A Nuremberg, Hoess [48] avait déjà déclaré dans sa déposition : « En 1942, Himmler est venu visiter le camp et il a assisté à une exécution depuis le début jusqu'à la fin. » (T. XI, p. 413) et personne ne lui avait fait remarquer que, s'il était possible que Himmler soit venu à Auschwitz en 1942, il n'était pas possible qu'il ait assisté à une exécution puisque les chambres à gaz n'étaient pas construites. De toutes façons d'ailleurs, il était impossible que Himmler eût assisté à une exécution : depuis 1946, nous avons appris par son médecin Kersten que c'était un spectacle qu'il n'eût pu supporter.

Même observation encore pour la capacité d'extermination des chambres à gaz et d'incinération des fours crématoires 

Mais :

Comment ne pas déduire de ces contradictions flagrantes qu'il s'agit là d'un document falsifié après coup, hâtivement et par des illettrés ?

Cette falsification après coup se devinait d'ailleurs déjà rien qu'à la présentation du livre : écrit au crayon et précieusement conservé dans les archives du musée d'Auschwitz, où à moins d'être un communiste reconnu, personne ne peut aller contrôler ; portant la date de février-mars 1947, connu depuis cette date et publié seulement en 1958 ; attribué à un mort qui, de toutes façons, ne peut pas protester contre les déclarations qui portent sa signature, etc. tout cela en dit, à soi seul, trop long.

Enfin, une perle :

[49]

De quoi l'on peut inférer qu'en près de trois années, il était mort 107.000 personnes. Je dis « près de trois années » parce que les deux termes « vers la fin de 1942 » et « jusqu'au moment où l'on procéda aux incinérations » sont antinomiques puisque les incinérations n'ont pu commencer, selon les thèses officielles, avant le 20 février 1943 et que donc, pour que les deux événements soient concommittants, ce qui s'impose, il faut absolument qu'ils se soient tous deux produits à cette dernière date. Comme le camp était ouvert depuis le 14 juin 1940, c'est donc bien de presque trois années qu'il faut parler. D'où : 107.000 cadavres avant février 1943, tout le reste postérieurement. Compte tenu que, de février 1943 à octobre 1944, fin officielle des exterminations, il y a 17 mois et que, nous dit le Rapport Kasztner, pendant 8 à 9 mois (automne 43 à mai 44) les chambres à gaz d'Auschwitz ont été hors d'état de fonctionner, il reste à établir combien il a été possible d'exterminer de personnes en plus de ces 107.000, de février 43 à octobre 44, le camp étant équipé de quatre fours crématoires de chacun 15 cornues. je serais fort étonné si, interrogé sur ces données, un technicien de la crémation répondait qu'il a été possible de crêmer le million de cadavres de M.Raul Hilberg ou même les 900.000 de l'Institute of Jewish Affairs. Encore convient-il de rappeler qu'Eichmann situait au 15 mai 1944 l'ordre donné par Himmler d'arrêter les exterminations et que, dans ce cas, la période durant laquelle elles ont eu lieu - si elles ont eu lieu - n'excéderait pas 5 à 6 mois (mars-automne 43).

Ici, c'est le crédit qu'on peut accorder aux différentes déclarations de Hoess qui est en cause et, d'après ce qui précède, on conviendra, je suppose, que ce crédit doit être très limité. Ce qui suit n'est, malheureusement pour M. Hilberg, pas beaucoup plus convaincant. Témoin ce qu'il dit de l'évolution de la solution finale vers l'extermination.

D'après une citation de l'Autobiographie de Hoess, visitant le camp dAuschwitz en mars 1941, Himmler lui fit part de son intention de transformer ce camp en une puissance centrale d'armements qui occuperait 100.000 prisonniers de guerre.

A cette date donc, Auschwitz n'était pas prévu pour l'extermination des juifs et voilà qui anéantit la thèse de M.Raul Hilberg selon laquelle depuis le discours de Hider du 30.1.39, cette extermination était décidée selon un plan progressif méthodiquement établi.

Et voici la suite :

La première utilisation du gaz pour tuer des détenus a été perpetrée sans ordre aucun, avec un gaz de fortune et alors que [50] parmi les responsables du camp, du haut en bas de l'échelle hiérarchique, personne ne s'y attendait :

Ainsi, sur l'initiative fortuite d'un subalterne, serait née une méthode qui aurait été utilisée en grand contre les juifs.

A plusieurs reprises, dans le corps de l'ouvrage, Rudolf Hoess dit (ou on lui fait dire) que les plus hautes instances gouvernementales du IIIe Reich et particulièrement Himmler, lui ont verbalement réitéré les ordres d'exterminer les juifs par les gaz, mais :

« On n'a jamais pu obtenir sur ce sujet une décision claire et nette de Himmler » (p. 233). Et, alors qu'il était, lui, Hoess, pour la gazéification en grand :

« J'ai souvent traité de cette question dans les rapports mais je ne pouvais rien contre la pression de Himmler qui voulait toujours avoir plus de détenus pour l'armement » (p. 189) et donc s'y opposait.

De toutes façons, on ne voit pas bien comment Himmler aurait pu avoir « toujours plus de détenus pour l'armement » s'il en faisait exterminer toujours de plus en plus par les gaz.

Il faut au surplus noter que, Himmler ayant verbalement demandé à Hoess de construire des chambres à gaz à Auschwitz (en été 1941), Hoess lui « soumit un plan détaillé des installations projetées » à propos duquel il déclara : « je n'ai jamais reçu de réponse ou de décision à ce sujet » (page 227). Les chambres à gaz ont cependant été construites parce que, dit Hoess, « par la suite, Eichmann me dit en passant --donc verbalement : tout est verbal dans cette affaire-- que le Reichsführer était d'accord » (p. 227).

Himmler n'aurait alors jamais donné l'ordre de construire ces chambres à gaz --l'aveu est de taille !-- dont il aurait réclamé qu'elles anéantissent à la fois beaucoup et le moins possible de monde.

A la page 191, on peut encore lire

« Les détenus spéciaux (c'est-à-dire les juifs) soumis à sa cc compétence (de Himmler) devaient être traités avec tous les égards... On ne pouvait pas se passer de cette main-d'oeuvre [51] massive et, en particulier, dans les industries d'armements.

Allez vous y reconnaître !

Les choses ne deviennent pas plus claires si on se penche sur la façon d'exterminer. On a vu plus haut que le gaz employé était un insecticide, le cyclon B, qui fut utilisé, nous dit Hoess, dans toutes les asphyxies postérieures à celles des fonctionnai. res de l'Armée rouge dont il est question ci-dessus : il est pour le moins bizarre que, pour l'exécution d'un tel ordre, même verbalement donné, on n'ait pas prévu un gaz spécial autre qu'un insecticide.

Quoiqu'il en soit, voici ce qu'est le cyclon B :

« Le cyclon B se présente sous la forme de cailloux bleus, livrés en boîte, d'où le gaz se dégage sous les jets de vapeur d'eau » (p. 228). Alors que, on le verra plus loin, le Dr Miklos Nyiszli prétend que c'est au contact de l'air que le gaz se dégage. Son maniement est si dangereux que, lorsqu'on l'utilise dans une pièce, avant d'y pénétrer à nouveau, « IL FAUT L'AÉRER PENDANT DEUX JOURS » (p. 229) mais la gazéification des juifs « dure en moyenne une demi-heure » (p. 174), après quoi « on ouvre les portes et le Sonderkommando commence AUSSITôT son travail de déblaiement des cadavres » (p. 230)... « traînant les cadavres en mangeant et en fumant » (p. 180) sans qu'il arrive jamais le moindre accident. Mieux : pour la première extermination, on la fit dans une morgue et, pour y faire pénétrer le gaz, « tandis qu'on décchargeait les camions (de futures victimes) on perça rapidement plusieurs trous dans les parois de pierre et de béton de la morgue » (page 172).

Il n'est pas dit comment en fit arriver la vapeur d'eau nécessaire, ni comment on reboucha les trous après introduction des cailloux bleus : hâtivement aussi, sans doute, et avec de vieux chiffons...

Non, vraiment, tout cela n'est pas sérieux : « le roman chez la portière » et c'est ce roman qu'on nous présente comme un document probant .

J'ajouterais bien qu'en plus des contradictions qu'on relève d'une page à l'autre dans Le Commandant dAuschwitz parle... et de celles que fait apparaître sa comparaison avec ce que son auteur a dit à Nuremberg, le témoignage qu'il apporte sur le camp d'Auschwitz-Birkenau est rédigé dans un style qui le fait étrangement ressembler aux confessions publiques des accusés des célèbres procès de Moscou que personne n'a pris au sérieux en Europe occidentale.

Mais à quoi bon ?

[52]

Là-dessus, en publiant son célèbre livre Le Zéro et l'Infini, Arthur Koestler ­ qu'on me passe la référence ! ­ a tout dit.

 

III. -LE TÉMOIN MIKLOS NYIZLI

(Médecin à Auschwitz)

En mars 1951, dans Les Temps Modernes, revue mensuelle dirigée par Jean-Paul Sartre, un certain Tibère Kremer présentait sous le titre SS. Obersturmführer Docteur Mengele et le sous-titre Journal d'un médecin déporté au crematorium d'Auschwitz, un faux témoignage sur ce camp qui restera une des plus abominables gredineries de tous les temps. L'auteur en était, disait-il, un juif hongrois du nom de Miklos Nyiszli, médecin de profession, ainsi qu'il est dit dans le sous-titre. Suivaient 27 pages (1655-1672) d'extraits choisis. Le numéro d'avril de la revue en publiait trente et une autres pages (1855-1886). Ce faux témoignage venait d'être présenté à l'opinion américaine par M. Richard Seaver avec une préface du Professeur Brune Bettelheim. Ce n'est qu'en 1961 qu'il a été publié intégralement, en langue allemande, par l'illustré munichois Quick en cinq livraisons (janvier-février) sous le titre Auschwitz et en langue française en un volume de 256 pages par l'éditeur Julliard sous le titre Médecin à Auschwitz et le sous-titre Souvenirs d'un médecin déporté.

En 1951, il fit sensation en France : on était en plein procès du Mensonge d'Ulysse et je n'en parus que d'âme plus noire aux yeux de l'opinion. En 1961, il fit de nouveau sensation, mais, dans le monde cette fois : on était en plein procès Eichmann.

C'est qu'il en disait des choses, ce Dr Miklos Nyiszli ! Et, en outre, il apportait le premier récit détaillé d'à peu près toutes les horreurs dont le camp d'Auschwitz avait été le théâtre, notamment des exterminations dans les chambres à gaz. Entre autres choses, il prétendait que, dans ce camp, quatre chambres à gaz de 200 m. de long (sans préciser la largeur) doublées de quatre autres de mêmes dimensions pour la préparation des victimes au sacrifice, asphyxiaient 20.000 personnes par jour et que quatre fours crématoires, chacun de 15 cornues à 3 places les incinéraient au fur et à mesure. Il ajoutait que, par ailleurs, 5.000 autres personnes étaient, chaque jour, aussi, supprimées par des moyens moins modernes et brûlées dans deux immenses foyers de plein vent. Il ajoutait [53] encore que, pendant six mois, il avait personnellement assisté à ces massacres systématiques.

Enfin (ceci se trouve p. 50 de l'édition en volume par Julliard) il précisait qu'au moment où il était arrivé au camp (fin mai 1944 au plus tôt) les exterminations par les gaz au rythme ci-dessus défini, duraient depuis quatre ans.

Première constatation : ce bonhomme ne savait pas que s'il y avait eu des chambres à gaz à Auschwitz, elles n'ont été définitivement installées et en état de fonctionner que le 20 février 1943 (Document N.O. 4463, déjà cité).

Seconde constatation : il ne savait pas non plus que les chambres à gaz avaient officiellement et respectivement 210 m2 de superficie pour la première (celle, justement, dont il parle) 400 m2 pour la seconde et 580 m2 pour les deux dernières. Autrement dit, la chambre à gaz qu'il a vue et dont il décrit minutieusement le fonctionnement avait 1,05 m. de large. Un long couloir, en somme. Comme il précise qu'au milieu il y avait une file de colonnes à trous d'où le gaz s'échappait (ces colonnes débouchaient sur le toit, d'où, par une ouverture, des infirmiers portant brassard de la Croix-Rouge, jetaient les tablettes de Zyklon B) et, de chaque côté le long des murs, des bancs où l'on pouvait s'asseoir (sûrement pas larges, ces bancs !) et que 3.000 personnes (on procédait par fournées de 3.000 !) y circulaient aisément. je prétends que, de deux choses l'une : ou bien ce Dr Miklos Nyiszli n'a jamais existé, ou bien s'il a existé, il n'a jamais mis les pieds dans les lieux qu'il décrit.

Troisième constatation : si les chambres à gaz d'Auschwitz et le foyer de plein vent ont exterminé 25.000 personnes par jour pendant quatre ans et demi (puisqu'elles ont, selon ce « témoin » continué d'exterminer pendant six mois après son arrivée au camp) cela fait un total de

365 x 4,5 = 1.642 jours.

Et, en cadavres :

25.000 x 1.642 = 41 millions de personnes

dont un peu plus de 32 millions dans les chambres à gaz et un peu moins de 9 millions dans les foyers de plein vent.

J'ajoute que, s'il avait été possible aux quatre chambres à gaz d'asphyxier 20.000 personnes par jour (à 3.000 par fournée dit le témoin), il ne l'eût absolument pas été que les quatre fours crématoires aient pu les incinérer au fur et à mesure. Même s'ils étaient à quinze cornues de trois places. Et même si l'opération ne nécessitait que 20 minutes, comme le prétend le Dr Nyiszli Miklos, ce qui est encore faux.

[54]

En prenant ces chiffres comme base, la capacité d'absorption de tous les fours fonctionnant parallèlement, n'eût malgré tout été que de 540 à l'heure, soit 12.960 par jour de 24 heures. Et, à ce rythme, il n'eût été possible de les éteindre que quelques années après la Libération. A condition, bien entendu, de ne pas perdre une minute pendant près de dix ans. Si maintenant on se renseigne au Père-Lachaise, sur la durée d'une incinération de trois cadavres dans une cornue, on s'apercevra que les fours d'Auschwitz brûlent encore et qu'on n'est pas près de les éteindre !

Je passe sur les deux foyers de plein vent (qui avaient, dit notre auteur, 50 mètres de long, 6 de large et 3 de profondeur) au moyen desquels on aurait réussi à brûler neuf millions de cadavres pendant les quatre ans et demi.

Il y a d'ailleurs une autre impossibilité au moins en ce qui concerne l'extermination par les gaz puisque, s'il y eut des chambres à gaz à Auschwitz, elles n'ont, officiellement, pu fonctionner que du 20 février 1943 au 17 novembre 1944, soit pendant 17 à 18 mois. Le nombre des exterminations par ce moyen se trouverait, sur les données du Dr Miklos Nyîszli, ramené à environ il millions et, si on y ajoute les neuf millions des foyers de plein vent, à une vingtaine de millions qui, par on ne sait quelle vertu des mathématiques, sont ramenés à six millions par Tibère Krémer dans sa présentation de ce « témoignage ». Consternant. Surtout si, comme le prétend le Dr Kasztner, pendant huit à neuf de ces dix-sept à dix-huit mois, elles ont été hors d'état de fonctionner.

Mais, ce n'est pas tout : en contradiction avec tous ceux qui ont témoigné avant ou après lui sur Auschwitz, ce Dr Miklos Nyiszli ne l'est pas moins avec lui-même. Avec les autres, c'est lui qui nous dit (p. 56) que le gaz se dégage de tablettes de Zyklon B « au contact de l'air », Hoess nous ayant dit que c'était « au contact de la vapeur d'eau » ; c'est lui qui nous dit (p. 56) que, « en cinq minutes », tout le monde est mort, le Zyklon B de Hoess ayant besoin « d'une demi-heure » ; c'est encore lui qui nous dit (p. 36) que les juifs hongrois ont été transportés à Auschwitz au rythme de « quatre ou cinq trains par jour », de quarante wagons, contenant chacun quatre vingt dix personnes (p. 15) soit 3.600 au total mais « environ cinq mille personnes » (p. 18)...

Cette dernière affirmation ne peut manquer de surprendre si on sait que la déportation des juifs hongrois a duré 52 jours (16 mai-7 juillet 1944) d'après le Rapport Kasztner et « Histoire de Joël Brand » d'accord sur ce point, Hoess ayant dit à [55] Nuremberg une période de quatre à six semaines (T. XI, p. 412).

Calculons sur les quatre hypothèses possibles

-1re hypothèse : 4 trains de 3.600 personnes 14.400 personnes par jour. Et, pendant 52 jours : 748.800 personnes.

-2e hypothèse : 4 trains de 5.000 personnes = 20.000 personnes par jour. Et, pendant 52 jours : 1.040.000 personnes.

-3e hypothèse : 5 trains de 3.600 personnes = 18.000 personnes par jour. Et, pendant 52 jours : 936.000 personnes.

-4e hypothèse : 5 trains de 5.000 personnes = 25.000 personnes par jour. Et, pendant 52 jours : 1.300.000 personnes.

Or, dans les statistiques d'origine juive elles-mêmes, celle qui retient pour les juifs hongrois, le chiffre le plus élevé, dit : 437.000 personnes. Je laisse au lecteur le soin de conclure sur les données chiffrées de ce singulier témoin. J'ajoute que le Rapport Kasztner nous dit que, le 19 mars 1944, Eichmann est arrivé à Budapest avec un commando de 150 hommes et que 1.000 wagons étaient à sa disposition pour effectuer l'opération de transport des juifs. Si, comme le dit le Dr Miklos Nyiszli, le voyage durait quatre jours - ce qui est vraisemblable : de Compiègne à Buchenwald il a fallu ce temps au convoi auquel j'appartenais - à partir du 6e jour, il n'y avait plus de wagons en gare de Budapest et l'opération était bloquée jusqu'au 9e. Ceci établi sans tenir compte du nombre de wagons nécessaires pour amener, de tous les points du territoire hongrois, tous les juifs à des points de rassemblement. Le jugement du Tribunal de Jérusalem qui a condamné Eichmann à mort a d'ailleurs anéanti complètement ce témoignage en déclarant (attendu 112) que, « en moins de deux mois, 434.351 personnes furent déportées dans 147 trains de marchandises à raison de 3.000 par train, hommes, femmes et enfants, soit 2 à 3 trains par jour en moyenne » et ainsi qu'on le verra plus loin, cette nouvelle version ne vaut pas mieux.

Les passages du témoignage du Dr Miklos Nyiszli où il se met en contradiction avec lui-même, ne se comptent pas : le crématoire étant en action, son nez et sa gorge sont saisis « par l'odeur de la chair qui brûle et des cheveux qui grillent » (p. 19) mais, « on tond les morts » (p. 60) après la sortie de la chambre à gaz et avant de les incinérer, puis, « des mains grossières ont coupé les tresses de leurs cheveux soignés » (p. 168) avant de les envoyer à la baignade et à la chambre à gaz ensuite. Et tout à l'avenant.

Mais, ce qui est le plus significatif, c'est ce qu'on découvre si on compare cette version française de ce prétendu témoigna[56]ge avec sa version allemande parue dans l'illustré munichois Quick en livraisons à partir du 15 janvier 1961. Dans cette dernière version, les crématoires n'incinèrent plus, tous ensemble, que 10.000 personnes par jour au lieu de 20.000. Un tireur au pistolet qui fait mouche à 40-50 m. en français n'y arrive plus que de 20 à 30 m. en allemand. Un institut qui est « le plus célèbre du III' Reich » dans le premier cas est devenu « le plus célèbre du monde » dans le second. « De jolis tapis » deviennent « des tapis persans ». Le camp d'Auschwitz qui pouvait contenir « jusqu'à 500.000 personnes » n'est plus que « géant », la précision ayant sans doute disparu parce qu'entre 1951 et 1961, l'auteur - d'ailleurs mort depuis longtemps ainsi qu'on le verra plus loin - a découvert par personne interposée qu'à Nuremberg, Hoess avait déclaré « qu'il avait contenu jusqu'à 140.000 personnes » (T. XI, p. 416). Une distance de 3 km est réduite à 500 m., etc., etc.

De deux choses l'une : ou bien il eagit d'un document authentique et il doit être le même en 1951 et en 1961, dans sa version française et dans sa version allemande, ou bien il s'agit d'un document apocryphe. Le fait que les deux versions ne concordent entre elles à peu près sur rien et ni l'une ni l'autre avec, par exemple, la description des lieux qui se déduit des documents produits à Nurembreg autorise, pour le moins, à prétendre que ce Miklos Nyiszli n'a jamais mis les pieds à Auschwitz. J'insiste : pour le moins. J'aurais dû m'en douter dès la première page de son témoignage : n'y dit-il pas du convoi dont il faisait partie que « laissant derrière nous le Tatra, nous passons devant les gares de Lublin et de Cracovie » (pour aller à Auschwitz de la frontière hongaro-roumaine) ce qui prouve, au surplus que, ne connaissant pas le camp d'Auschwitz et ne l'ayant jamais vu, il ne connaissait pas non plus la route qui y conduisait.

Et il s'est trouvé, à Paris, une maison d'édition pour mettre cette imbécillité en circulation dans l'opinion !

En avril 1951, lorsque les extraits de son témoignage furent publiés par Les Temps Modernes, je lui avais écrit. Le 24 octobre de la même année, il me répondait par l'intermédiaire de M. Tibère Krémer qu'en réalité, il y avait eu « 2.500.000 personnes exterminées dans les chambres à gaz d'Auschwitz »...

En février 1961, après en avoir lu le texte intégral dans Quick, j'ai voulu écrire à M. Tibère Krémer : la lettre m'est revenue avec la mention « n'habite plus à l'adresse indiquée ». J'ai écrit à Quick : on m'a répondu qu'on ne pouvait pas transmettre au Dr Nyiszti parce qu'il était mort (!)

[57]

En novembre 1961, après avoir lu le texte intégral dans sa version française, j'ai écrit à l'éditeur Julliard en le priant de bien vouloir transmettre les observations ci-dessus, au moins à M. Tibère Krémer dont il devait, lui, avoir l'adresse puisqu'il en tenait la traduction qu'il venait de publier. J'ajoutais :

Le 8 décembre, au nom de l'éditeur Julliard dont il est un des directeurs littéraires, M. Pierre Javet me répondait :


J'attends toujours la réponse de M. Tibère Krémer.

Il est vraisemblable que je ne la recevrai jamais. D'abord, ainsi qu'il a été dit, en date du 24 octobre 1951, M. Tibère Krémer m'a transmis une réponse du Dr Nyiszli à ma lettre d'avril 1951. Ensuite, les recherches auxquelles je continue à procéder relativement à ce singulier témoin m'ont valu, de New-York où le livre a été publié en 1951 une information selon laquelle le Dr Nyiszli était mort bien avant que son témoignage ne fût publié pour la première fois * .

Si c'était vrai, ce témoin mort --un de plus-- aurait cette particularité qu'il m'aurait écrit lui-même après sa mort.

[58]

Et on comprendrait alors le silence de M. Tibère Krémer.

Sans autre commentaire.


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