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LE MENSONGE D'ULYSSE

de Paul Rassinier

*****

AVANT-PROPOS DE L'AUTEUR

POUR LA SECONDE ET LA TROISIEME EDITION



Manès SPERBER(*). (Et le Buisson devint cendre)



Les deux parties de cet ouvrage ont déjà été publiées, mais séparément, -- la première, ou l'expérience vécue (Passage de la Ligne), en 1949, -- la seconde, ou l'expérience des autres (Le Mensonge d'Ulysse, proprement dit), en 1950, dans la forme d'une étude critique de la littérature concentrationnaire: j'avais pensé que, sur un sujet aussi délicat, il convenait d'administrer la vérité à petites doses.

C'est de cette disposition d'esprit que d'aucuns ont tenté de profiter pour jeter la suspicion sur mes intentions: si Le Passage de la Ligne généralement accueilli avec sympathie, ne provoqua que des grincements de dents sourds et sans conclusion, d'un certain côté, Le Mensonge d'Ulysse fut en effet l'occasion d'une violente campagne de presse dont le départ fut donné à la Tribune même de l'Assemblée Nationale.

Parallèlement, Albert Paraz, auteur de la Préface, l'éditeur et moi-même, étions traînés en correctionnelle où [page 232] nous fûmes acquittés, puis en Cour d'Appel où nous fûmes condamnés1 bien que, faisant droit à nos conclusions, M. l'Avocat général lui-même eût requis la confirmation pure et simple du jugement correctionnel.
La Cour de cassation est maintenant appelée à trancher le différend, mais, l'opinion dont l'information se fait à sens unique est désorientée et, aussi peu enclin qu'on soit à descendre dans la polémique, il est devenu indispensable de démêler pour elle, les circonstances assez troubles qui ont créé le climat de cette affaire. On fera ainsi d'une pierre deux coups, car en même temps, on ne peut manquer de mettre les pièces à conviction sous les yeux du lecteur 
2.
Tombant en plein débat sur l'amnistie, Le Mensonge d'Ulysse qui la justifiait à sa manière fut accueilli, par certains, comme une affaire essentiellement politique et c'est par le petit côté qu'on tenta de lui donner ce caractère exclusif.

Par un fâcheux hasard, la Préface d'Albert Paraz contenait une assertion juridiquement insoutenable 3 quant aux circonstances de l'arrestation et de la déportation de M. Michelet alors député et leader parlementaire du R.P.F.: M. Guérin alors député M.R.P. de Lyon s'en saisit, non pas pour protester contre la publication de l'ouvrage, en dépit qu'il s'en soit habilement donné l'apparence, mais pour tenter de discréditer un des principaux militants du mouvement qui lui faisait la plus redoutable concurrence électorale. Ainsi donc, Le Mensonge d'Ulysse fut d'abord exploité par un mouvement politique contre un autre et, là déjà, il y avait suffisamment pour désespérer l'historien.

C'est sur une incidente de l'intervention de M. Guérin que se greffa l'action extra-parlementaire en vue de saisir l'opinion. A la Tribune de l'Assemblée Nationale, le député de Lyon m'avait rangé parmi « les responsables de la collaboration avec l'occupant et les apologistes de la trahison 4 ».
Pathétique, il s'était écrié: [page 233]

« Il paraît, mes chers collègues, qu'il n'y a jamais eu de chambres à gaz dans les camps de concentration Voilà ce qu'on peut lire dans ce livre. » (J.O. du 2 novembre 1950 -- Débats parlementaires.)

Or M. Guérin n'avait pas lu l'ouvrage !

Sans le lire davantage, tous les journaux dans lesquels sévissent les journalistes improvisés par une certaine Résistance5 à la Libération, reprirent le thème et me firent dire les choses les plus invraisemblables.

Trois associations de déportés, internés, et victimes de l'occupation allemande, demandèrent au Tribunal correctionnel de Bourg-en-Bresse, d'ordonner la saisie du livre, la destruction des exemplaires déjà mis en vente et de nous condamner solidairement à la coquette somme d'un million de dommages et intérêts. Mieux avisé, le Comité d'action de la Résistance s'abstint de toute manifestation hostile, non point que l'envie ne l'en démangeât, mais par crainte du ridicule. Le Parti communiste, ayant esquissé une offensive, s'aperçut à temps qu'il risquait à nouveau de mettre Marcel Paul, Casanova, le colonel Manhes, etc. en situation délicate et opéra une prudente retraite. Mais le Parti socialiste que j'ai représenté au Parlement, après avoir été pendant de longues années le leader d'une de ses fédérations départementales, m'exclut de son sein, "malgré le respect qu'impose ma personne" dit la sentence qui m'a été transmise par le Comité Directeur6.

Telles furent les premières escarmouches d'une offensive peu glorieuse et qui fit long feu. La mauvaise foi qui la caractérise, pas un instant ne se démentit dans la suite.

* * *


M. Louis Martin-Chauffier qui dansa sur la corde [page 234] raide dans presque tous les mouvements de pensée du demi-siècle, prit le commandement de la seconde vague d'assaut.

Parce que j'avais signalé (en passant), une de ses maladresses de plume, il se crut obligé de la corriger par une autre (cf. p. 105 et note), de reprendre le thème de M. Maurice Guérin et de démontrer qu'en sus il ne savait pas lire.

"Tous les déportés ont menti, affirme Paul Rassinier qui nie l'existence des chambres à gaz", écrivit-il en tête d'un article dont le titre "Un faussaire et calomniateur pris en flagrant délit" (Droit de vivre, 15-11, 15-12-1950), à lui seul m'eût permis -- si je m'étais senti en goût de lui faire la réponse de la bergère -- d'obtenir de substantielles réparations de n'importe quel tribunal correctionnel.

Le porte-drapeau de la troisième vague fut M. Rémy Roure en ces termes:"Ce Rassinier décrit comme suit le camp de Buchenwald: Tous les Blocks, géométriquement et agréablement disposés dans la colline, sont reliés entre eux par des rues bétonnées: des escaliers de ciment et à rampe conduisent aux Blocks les plus élevés; devant chacun d'eux des pergolas, avec plantes grimpantes, de petits jardinets avec pelouses de fleurs, par-ci, par-là, de petits ronds-points avec jet d'eau ou statuette. La place de l'Appel, qui couvre quelque chose comme un demi-kilomètre carré, est entièrement pavée, propre à n'y pas perdre une épingle. Une piscine centrale avec plongeoir, un terrain de sport, de frais ombrages à portée du désir, un véritable camp pour colonies de vacances, et n'importe quel passant qui serait admis à le visiter en l'absence des détenus en sortirait persuadé qu'on y mène une vie agréable, pleine de poésie sylvestre et particulièrement enviable, en tout cas hors de toute commune mesure avec les aléas de la guerre qui sont le lot des hommes libres

« Je fais appel à mes camarades de Buchenwald: reconnaissent-ils leur camp ? » (Force Ouvrière, jeudi 25 janvier 1951).

M. Rémy Roure peut faire appel à ses camarades de Buchenwald : ceci ne se trouve pas dans Le Mensonge d'Ulysse. Pris en flagrant délit devant le tribunal correctionnel de Bourg-en-Bresse, il s'excusa et voulut bien convenir (Le Monde, 26 avril) que, n'ayant pas lu l'ouvrage, il me citait [page 235] seulement d'après M. Maurice Bardèche 7. Or, s'il est exact que M. Maurice Bardèche cita ce passage dans son Nuremberg II, il ne l'est pas moins qu'il le prit dans Le Passage de la ligne -- où il se trouve pour donner une idée de l'installation matérielle, non du camp de Buchenwald, mais de celui de Dora en fin de course -- et que, très honnêtement, il ne chercha pas à le détourner de son sens en l'isolant de son contexte.

J'ajoute que, n'en déplaise à M. Rémy Roure, en l'absence des détenus, -- je dis bien: en l'absence des détenus! -- le camp de Dora ressemblait bien à la description que j'en donne, tous ceux qui l'ont connu en conviennent. Quand les détenus y rentraient, après une longue et harassante journée de travail, la bureaucratie concentrationnaire lui donnait une tout autre allure, ce qui précède et ce qui suit le passage qu'assez légèrement on me reproche -- et que, pour les besoins de la cause, M. Rémy Roure remplace habilement par des points de suspension! -- le dit en termes très précis.
Je pardonne volontiers cette mauvaise action à M. Rémy Roure. Ne serait-ce que parce que, dans le même article, il a écrit ceci :
« les cadres K.Z.8, les Kapos, chefs de Blocks, Vorarbeiter, Stubendienst, détenus eux-mêmes qui vivaient de la mort lente de leurs camarades » qui est un des thèmes du Mensonge d'Ulysse ainsi justifié d'éclatante façon et, très exactement le contraire de ce que, David Rousset en tête, tous les tâcherons de la littérature concentrationnaire avaient écrit jusqu'ici.

Mais je pose cette question: ce qui est une calomnie et une diffamation venant de moi, serait-il parole d'Évangile et respectable, venant de M. Rémy Roure ?[page 236]

Ou bien serait-ce qu'il ne me pardonne pas d'avoir été le premier à tenter de faire sortir de son puits, cette horrible vérité ?

Je passe sous silence les entrefilets venimeux inspirés par les Associations de déportés que, pour maintenir l'opinion en état d'alerte, des journaux comme Franc-Tireur, l'Aube, l'Aurore, le Figaro, etc. publièrent complaisamment tous les huit ou quinze jours: ils en arrivèrent à prendre de telles licences avec l'objectivité, que le titre de l'ouvrage était devenu : « La légende des camps de concentration ».

En mars, l'offensive menée contre nous s'essouffla dans le délire.

Un petit besogneux du journalisme écrivit dans Le Progrès de Lyon, en me prêtant généreusement la thèse :

« Les sévices, une légende! Les fours crématoires, une légende ! Les clôtures électriques, une légende ! Les morts par paquets de dix, une légende.«»

Et M. Jean Kreher lui-même, l'avocat que les Associations de déportés avaient choisi, venait à la rescousse, dans le Rescapé, organe des déportés, avec ceci qui lui semblait couler de source de mon étude :

« Car, si nous étions gorgés de saucisson, d'excellente margarine, si tout était prévu pour nous donner les soins et les distractions nécessaires, si le crématoire est une institution que l'hygiène commande, si la chambre à gaz est un mythe si, en un mot, les SS étaient pour nous pleins de prévenances, de quoi se plaint-on ? »

Le lecteur décidera lui-même, si on peut déduire cela de ce que j'ai écrit.

Tous ces gens, d'ailleurs, se sont dépensés en pure perte. La "vérité" qu'ils voulaient faire prévaloir n'a pas prévalu et le discrédit qu'ils ont vainement tenté de jeter sur nous rejaillit aujourd'hui sur eux, dès lors que, outre le cuisant échec que leur vient d'infliger la Cour de Cassation, dans le Figaro Littéraire du 9-10-54, M. André Rousseaux qui porta cependant aux nues et indistinctement tous les tâcherons de la littérature concentrationnaire, en était déjà lui-même -- probablement sous l'influence du sentiment public -- à se poser cette question: [page 237]

« Mais, pour les survivants de l'enfer, la condition d'anciens déportés, n'est-elle pas devenue très vite analogue à celle des anciens combattants de toutes les guerres: beaucoup plus des victimes que des témoins. »

Car cette manière de dire qui n'emprunte visiblement la forme de la question que par une précaution de style, est, devant l'Histoire, une condamnation en bloc, sans appel et bien plus précise que l'arrêt de la Cour de Cassation, de tous ces témoignages aussi orientés qu'intéressés contre lesquels j'ai été le premier à mettre le public en garde. Le malheur est -- hélas! -- qu'elle vienne un peu tard.

Et qu'une littérature aussi suspecte que la littérature concentrationnaire l'était dans son inspiration même, qu'une littérature que personne aujourd'hui déjà ne prend plus au sérieux et qui sera un jour la honte de notre temps, ait pendant des années fourni ses principes fondamentaux à une morale (qui était l'apologie du bolchevisme -- ceci a son importance!) et à une politique9 sa caution (qui était le banditisme, justifié par la Raison d'Etat -- ceci découle naturellement de cela).

* * *


Et maintenant voici le fonds du débat qu'un exemple rendra plus accessible.

Un nouveau témoignage sur les camps de concentration allemands vient de paraître en Hongrie dont Les Temps Modernes ont entrepris la vulgarisation en France: "SS Obersturmführer, Docteur Mengele" par le Dr Nyiszli Miklos. Il concerne le camp d'Auschwitz-Birkenau.
La première pensée qui vient à l'esprit c'est que ce témoignage n'a pu paraître en Hongrie qu'avec l'assentiment de Staline par la personne interposée des Martin-Chauffier de là-bas, dont les pouvoirs, au titre de Présidents de ce qui correspond à notre C.N.E., sont assez étendus pour leur permettre d'empêcher des Mensonge d'Ulysse d'y voir le jour.

A ce seul titre donc, il serait déjà suspect.

Mais là n'est pas la question. [page 238]

Entre autres choses, ce Dr Nyiszli Miklos prétend que, dans le camp d'Auschwitz-Birkenau, quatre chambres à gaz10 de 200 m de long (sans préciser la largeur) doublées de quatre autres de mêmes dimensions pour la préparation des victimes au sacrifice, asphyxiaient 20.000 personnes par jour et que quatre fours crématoires, chacun de 15 cornues à 3 places les incinéraient au fur et à mesure. Il ajoute que, par ailleurs, 5.000 autres personnes étaient, chaque jour aussi, supprimées par des moyens moins modernes et brûlées dans deux immenses foyers de plein vent. Il ajoute encore que, pendant une année, il a personnellement assisté à ces massacres systématiques.

Je prétends que tout ceci est manifestement inexact et qu'à défaut d'avoir été soi-même déporté, un peu de bon sens suffit à l'établir.

Le camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau ayant en effet été construit à partir de fin 1939 et évacué en janvier 1945, si on en devait croire le Dr Nyiszli-Miklos, au rythme de 25.000 personnes par jour, il faudrait admettre que, pendant cinq années, environ 45 millions de personnes y sont mortes dont 36 millions ont été incinérées dans les quatre fours crématoires après asphyxie, et 9 millions dans les deux foyers de plein vent.
S'il est parfaitement possible que les quatre chambres à gaz aient été capables d'asphyxier 20.000 personnes par jour (à 3.000 par fournée, dit le témoin), il ne l'est absolument pas que les quatre fours crématoires l'aient été de les incinérer au fur et à mesure. Même s'ils étaient à quinze cornues de trois places. Et même si l'opération ne nécessitait que 20 minutes, comme le prétend le Dr Nyiszli Miklos, ce qui est encore faux.
En prenant ces chiffres comme base, la capacité d'absorption de tous les fours fonctionnant parallèlement, n'eût malgré tout été que de 540 à l'heure soit 12.960 par jour de 24 heures. Et, à ce rythme, il n'eût été possible de les éteindre que quelques années après la Libération. A condition, bien entendu, de ne pas perdre une minute pendant près de dix ans. Si maintenant, on se renseigne au Père-Lachaise, sur la durée d'une incinération de 3 cadavres dans une cornue, on s'apercevra que les fours d'Auschwitz brûlent encore et qu'on n'est pas près de les éteindre !

Je passe sur les deux foyers de plein vent (qui avaient, [page 239] dit notre auteur 50 mètres de long, 6 de large et 3 de profondeur) au moyen desquels on aurait réussi à brûler 9 millions de cadavres pendant les 5 ans.

Il y a d'ailleurs une autre impossibilité, au moins en ce qui concerne l'extermination par les gaz: tous ceux qui se sont penchés sur ce problème sont d'accord pour déclarer que "dans les rares camps où il y en eut" (E. Kogon dixit) les chambres à gaz ne furent définitivement en état de fonctionner qu'en mars 1942 et qu'à partir de septembre 1944, des ordres qu'on n'a pas plus retrouvés que ceux qu'ils annulaient, interdirent de les utiliser pour asphyxier. Au rythme avancé par le Dr Nyiszli Miklos, on arrive encore à 18 millions de cadavres pour ces deux années et demie, chiffre que, on ne sait par quelle vertu des mathématiques, M. Tibor Kremer, son traducteur, ramène d'autorité à 6 millions 11.

Et je pose cette nouvelle et double question: quel intérêt pouvait-il y avoir à exagérer ainsi le degré de l'horreur et quel a été le résultat de cette manière de procéder qui fut générale ?

On m'a déjà répondu que, ramenant les choses à leurs proportions réelles dans une théorie universelle de la répression, je n'avais d'autre dessein que celui de minimiser les crimes du nazisme.

J'ai moi, une autre réponse qui est toute prête et que je n'ai, maintenant, plus aucune raison de ne pas rendre publique. Avant de la donner, je voudrais encore soumettre à l'appréciation du lecteur un incident significatif de l'état d'esprit de notre temps.

Lecteur des Temps Modernes, j'ai naturellement fait part aussi à cette revue des réflexions que la publicité qu'elle faisait au Dr Nyiszli Miklos m'avait suggérées.

Voici la réponse que je reçus de M. Merleau-Ponty :

« Les historiens auront à se poser ces questions. Mais dans l'actualité, cette manière d'examiner les témoignages a pour résultat de jeter la suspicion qu'on serait en droit d'en attendre. Et, comme à l'heure où nous sommes, la tendance est plutôt à oublier les camps allemands, cette exigence de vérité historique rigoureuse encourage une falsification, massive celle-là, qui consiste à admettre en gros que le nazisme est une fable. »[page 240]

Je trouvai cette réponse savoureuse et négligeai de répondre à M. Merleau-Ponty qu'il oubliait, lui, les camps russes et même français!
Car s'il faut admettre cette doctrine et que l'exigence d'une vérité historique rigoureuse encourage déjà une falsification massive dans l'actualité, on se demande avec anxiété à quelle monstruosité la falsification massive de l'actualité risque d'aboutir sur le plan de l'Histoire. Qu'on imagine seulement ce que penseront les historiens de l'avenir de l'abominable procès de Nuremberg dont il tombe déjà sous le sens qu'il a reporté à deux mille années en arrière l'évolution de l'Humanité sur le plan culturel, c'est-à-dire à la condamnation présentée comme un crime dans tous les manuels d'Histoire, de Vercingétorix par Jules César.

Les relations que M. Merleau-Ponty, Professeur de philosophie, établit entre les effets et les causes ne semblent pas d'une exceptionnelle rigueur et ceci prouve que, chacun faisant son métier, en philosophie aussi nos vaches sont bien gardées !

* * *


Avec ma thèse sur la bureaucratie concentrationnaire dont j'ai mis en lumière le rôle déterminant dans le systématisation de l'horreur, c'est le jour nouveau sous lequel je présente les chambres à gaz qui a le plus douloureusement banderillé les imagiers d'Epinal des camps de concentration. Les deux choses sont intimement liées et ceci explique cela.

Il y a un certain nombre de faits, concernant cette irritante question, qui ne peuvent absolument pas avoir échappé aux honnêtes gens.
D'abord, tous les témoins sont d'accord sur cette évidence que dix d'entre eux -- cités contre moi par la partie civile 
12 [page 241 [-- sont venus confirmer à la barre du tribunal correctionnel de Bourg-en-Bresse: aucun déporté vivant -- j'en demande bien pardon à M. Merleau-Ponty qui cautionne si légèrement le Dr Nyiszli Miklos -- n'a pu voir procéder à des exterminations par ce moyen. J'ai personnellement fait cent fois l'expérience et confondu en public les hurluberlus qui prétendaient le contraire: le dernier en date est le fameux G dont parle Albert Paraz. Je suis donc fondé à dire que tous ceux qui, comme David Rousset ou Eugen Kogon se sont lancés dans de minutieuses et pathétiques descriptions de l'opération, ne l'ont fait que sur des ragots 13. Ce -- je le précise encore pour éviter tout nouveau malentendu -- ne veut absolument pas dire qu'il n'y a pas eu de chambres à gaz dans les camps, ni qu'il n'y a pas eu d'extermination par les gaz: une chose est l'existence de l'installation, une autre sa destination et une troisième son utilisation effective.

En second lieu, il est remarquable que, dans toute la littérature concentrationnaire et pas davantage au tribunal de Nuremberg, aucun document n'ait pu être produit, attestant que les chambres à gaz avaient été installées dans les camps de concentration allemands, sur ordre du gouvernement dans le dessein de les faire utiliser pour l'extermination massive des détenus.

Des témoins pour la plupart officiers, sous-officiers et même simple SS sont certes venus dire à la barre qu'il avaient procédé à des exterminations par les gaz et qu'ils en avaient reçu ordre: aucun d'entre eux n'a pu produire l'ordre derrière lequel il s'abritait et aucun de ces ordres -- à part ceux dont je fais état dans cet ouvrage et qui ne prouvent absolument rien -- n'a été retrouvé dans les archives des camps à la Libération. Il a donc fallu croire ces témoins sur parole. Qui me prouve qu'ils n'ont pas dit cela pour sauver leur vie dans l'atmosphère de terreur qui commença de régner sur l'Allemagne, dès le lendemain de son écrasement ? [page 242]

A ce sujet, voici une petite histoire qui fait état d'un autre ordre soi-disant donné par Himmler et sur lequel la littérature concentrationnaire est très prolixe: celui de faire sauter tous les camps à l'approche des troupes alliées et d'y exterminer ainsi tous leurs occupants, gardiens y compris.
Le Médecin-chef SS du Revier de Dora le Dr Plazza le confirma dès qu'il fut capturé et en eut la vie sauve 
14. Au tribunal de Nuremberg, on le brandit contre les accusés qui nièrent. Or, dans le Figaro Littéraire du 6 janvier 1951, sous le titre "Un Juif négocie avec Himmler", et sous la signature de Jacques Sabille, on a pu lire :

« C'est grâce à la pression de Gunther, exercée sur Himmler par l'intermédiaire de Kersten (son médecin personnel) que l'ordre cannibale de faire sauter les camps à l'approche des alliés -- sans ménager les gardiens est resté lettre morte. »

Ce qui signifie que cet ordre, reçu par tout te monde et abondamment commenté n'a jamais été donné. S'il en est ainsi des ordres d'extermination par les gaz
Alors, me dira-t-on, pourquoi ces chambres à gaz, dans les camps de concentration?
Probablement, -- et tout simplement -- parce que l'Allemagne en guerre, ayant décidé de transporter le maximum de ses industries dans les camps pour les soustraire aux bombardements alliés, il n'y a pas de raison qu'elle fît exception pour ses industries chimiques.
Que des exterminations par les gaz aient été pratiquées me paraît possible sinon certain: il n'y a pas de fumée sans feu. Mais qu'elles aient été généralisées au point où la littérature [page 243 [concentrationnaire a tenté de le faire croire et dans le cadre d'un système après coup mis sur pied est sûrement faux. Tous les officiers de cavalerie de nos colonies ont une cravache dont ils sont autorisés à faire usage, à la fois selon la conception personnelle qu'ils ont de la coquetterie militaire et selon le tempérament de leur cheval: la plupart s'en servent aussi pour frapper les autochtones des pays où ils sévissent. De même il se peut que certaines directions de camps 
15 aient utilisé pour asphyxier, des chambres à gaz destinées à un autre usage.

A ce moment du discours, la dernière question qui se puisse poser est la suivante: pourquoi les auteurs de témoignages ont-ils accrédité avec un si remarquable esprit de corps la version qui a cours ?

Voici: parce que, nous ayant volés sans vergogne sur le chapitre de la nourriture et de l'habillement, malmenés, brutalisés, frappés à un point qu'on ne saurait dire et qui a fait mourir 82% -- disent les statistiques -- d'entre nous, les survivants de la bureaucratie concentrationnaire ont vu dans les chambres à gaz l'unique et providentiel moyen d'expliquer tous ces cadavres en se disculpant 16.

Ce n'était pas plus malin que cela: le comble est qu'ils aient trouvé des historiographes complaisants.

Quant au reste, le voleur qui crie plus fort que sa victime et étouffe sa voix, pour détourner l'attention de la foule, ce thème n'est pas nouveau dans notre littérature.

Personne ne s'est jamais demandé pourquoi -- hormis du temps des tickets supplémentaires de rationnement qui jouaient le rôle apparent de ciment -- il n'a jamais été possible de constituer, ni sur le plan départemental, ni sur le plan national, des associations viables de déportés: c'est que la masse des rescapés n'incline pas volontiers à se rassembler dans des groupements fraternels sur les injonctions des thuriféraires de ses anciens gardes-chiourmes qui sont, comme par hasard, les protagonistes des différents mouvements qui la sollicitent.

On trouvera dans le corps de l'ouvrage et plus particulièrement [page 244 [en conclusion, les autres éléments de la réponse à la double question que je posais tout à l'heure.

* * *


Il est cependant un des éléments de cette réponse qui ne figure pas dans l'ouvrage: le procès du camp de Struthof qui n'avait point encore eu lieu aux dates auxquelles en furent écrites les deux parties.
Tout comme le livre du Dr Nyiszli Miklos, ce procès met en évidence un certain nombre d'invraisemblances quant aux raisons de mourir de ceux qui étaient détenus dans ce camp.
Si je lis le réquisitoire prononcé par le Commissaire du gouvernement contre les accusés qui étaient des médecins de la Faculté de Strasbourg auxquels on reprochait des expériences médicales qu'ils avaient faites sur des détenus, j'y trouve, d'après le journal Le Monde:

1) Qu'à l'un d'entre eux, on reproche la mise à mort sur son ordre « des quatre-vingt-sept israélites, hommes et femmes, arrivés d'Auchwitz et exécutés dans la chambre à gaz pour être ensuite envoyés à Strasbourg afin de garnir les collections anatomiques du professeur allemand » ;
2) Qu'on dit du second : « J'accorde volontiers que la première série d'expériences n'a pas provoqué de mort » ;
3) Ce commentaire : « Il s'agit maintenant de savoir si les expériences sur le typhus ont provoqué des décès. Le Capitaine Henriey (c'est le commissaire du gouvernement qui requiert) reconnaît qu'il ne peut peut-être pas en apporter la preuve, mais il pense que le tribunal peut appuyer sa conviction sur des présomptions lorsqu'elles sont suffisantes, comme c'est le cas ici. Ces présomptions, il les trouve dans les témoignages, dans les attendus du jugement de Nuremberg 17; dans les mensonges de Haagen (c'est le docteur en cause) et ses dissimulations au cours des premiers interrogatoires. Il pense que ces faits doivent permettre au tribunal de répondre affirmativement à la question posée; Haagen s'est-il rendu coupable d'empoisonnements ? »

Ceci prouve de toute évidence, qu'on n'a pu mettre que [page 245] quatre-vingt-sept morts au compte de la chambre à gaz du Struthof et des expériences qui y ont eu lieu. Si ce nombre, relativement restreint au regard des affirmations de la littérature concentrationnaire étendues à la généralité des camps, n'enlève rien à l'horreur du fait (étant bien entendu admis que contrairement aux allégations de l'accusé, il ne s'agit pas d'un incident indépendant de sa volonté) il ne peut ni faire oublier que des milliers et des milliers -- des dizaines de milliers, peut-être -- de détenus sont morts dans ce camp, ni empêcher qu'on se demande comment et pourquoi ils sont morts.

Que j'aie été à peu près le seul à orienter les esprits vers ce tragique aspect du problème concentrationnaire en leur fournissant en même temps les éléments d'appréciation, c'est-à-dire les raisons qui ont fait de chaque camp un grand Radeau de la Méduse, dit assez la misère de notre temps.
Les médecins du Struthof se sont défendus en alléguant que les expériences auxquelles ils s'étaient livrés avaient été réalisées dans les mêmes conditions de sécurité que des expériences semblables faites à Manille par les Anglais, à Sin-Sin par les Américains et dans leurs colonies par les Français. Un éminent professeur de Casablanca est venu le confirmer à la barre, comme d'autres avant lui l'avaient confirmé au tribunal de Nuremberg, si on en croit la magistrale thèse de Doctorat du médecin de la Marine Française François Bayle, (Croix gammée contre Caducée), publiée en France en 1950. Ce professeur de Casablanca a même raconté comment un certain nombre de noirs étaient morts d'un vaccin essayé sur 6.000 d'entre eux.

Cet argument est sans valeur, certes: on ne peut excuser ses propres méfaits par ceux des autres.

Mais l'argument du Commissaire du gouvernement requérant la condamnation des uns sur des présomptions -- c'est lui qui l'avoue ! -- et ignorant les autres sur lesquels il possède des faits tout aussi répréhensibles et matériellement établis est aussi sans valeur : on ne saurait mieux dire que les uns sont coupables parce qu'ils sont allemands et les autres innocents parce qu'ils sont anglais, américains et français.

C'est cette manière de penser et de juger dont la justification est le plus primitif des chauvinismes, qui permet de déclarer que six cents personnes brûlées dans une église et un village détruit à Oradour-sur-Glane (France) sont victimes du plus abominable des crimes tandis que des centaines et des centaines de milliers de personnes -- femmes, enfants et [page 246] vieillards, aussi! -- exterminées à Leipzig, Hambourg, etc. (Allemagne), Nagasaki et Hiroshima (Japon) dans les conditions que l'on sait, c'est-à-dire, tout aussi atroces, constituent un indiscutable et héroïque exploit.

C'est elle aussi qui permet d'éviter la mise en accusation du grand et véritable responsable de tout: la guerre !

La guerre : celle de 1914-18 dont la conséquence a été le nazisme lequel a utilisé -- et non inventé, comme on le croit généralement 18 -- les camps de concentration, au sein desquels la guerre de 1939-45 a rendu possible contre la volonté des hommes, des bourreaux comme des victimes, l'atroce régime que l'on sait.

Mais ceci n'est plus dans le sujet que par raccroc.

* * *


Bien entendu, nous aurons l'élégance ou le front de penser qu'il ne dépend ni du Tribunal correctionnel de Bourg-en-Bresse, ni de la Cour d'Appel de Lyon, ni même de la Cour de Cassation que nous eussions raison ou tort: Me Dejean de la Batie a fort judicieusement fait remarquer en notre nom que le débat auquel on nous avait provoqués ne se concevait qu'aux Sociétés savantes ou en tout autre endroit où les hommes ont accoutumé de disputer des problèmes sociaux, non devant un tribunal.

Mais les dirigeants improvisés des Associations fantômes de déportés en faveur desquels les leviers de l'Etat jouent si complaisamment ne conçoivent d'autres vérités que celles qui sont décrétées et auxquelles le gendarme donne cours forcé dans l'opinion. Ils ne sont pas contre le camp de concentration parce qu'il est le camp de concentration, mais parce qu'on les y a, eux-mêmes, enfermés: à peine libérés, ils ont réclamé qu'on y mît les autres. Il n'y a donc pas de risques: à la salle des Sociétés savantes, ils se garderont bien de nous convier!
Or, je me refuse pour ma part à me laisser condamner au silence entre le débat sans issue qu'on nous a proposé devant les juges et celui qu'on nous refuse devant l'opinion.

Écrivant Le Mensonge d'Ulysse, j'avais l'impression de faire écho à Blanqui, Proudhon, Louise Michel, Guesde, Vaillant, Jaurès et de me rencontrer avec d'autres comme Albert Londres (Dante n'avait rien vu), le Dr Louis Rousseau [page 247 [(Un médecin au bagne), Will de la Ware et Belbenoit (Les Compagnons de la Belle), Mesclon (Comment j'ai subi 15 ans de bagne), etc. qui, tous, ont posé le problème de la répression et du régime pénitentiaire à partir des mêmes constatations et dans les mêmes termes que moi, ce pourquoi ils avaient, tous aussi, reçu un accueil sympathique du mouvement socialiste de leur époque.

Que les adversaires les plus acharnés de l'ouvrage se soient précisément trouvés parmi les dirigeants du Parti Socialiste et du Parti Communiste -- unité d'action? -- s'explique peut-être par la curieuse et prétendue loi des balancements historiques. Toujours est-il qu'Alain Sergent ayant apprécié le régime pénitentiaire français, en prenant, lui aussi, ses unités de mesures dans le mouvement socialiste traditionnel (Un anarchiste de la Belle époque, Ed. du Seuil), c'est surtout en dehors du mouvement socialiste qu'il trouva des échos.

Et que dans, le débat qui eut récemment lieu sur l'amnistie à l'Assemblée nationale, l'attitude des représentants du Parti Socialiste et du Parti Communiste a pu être enregistrée comme une preuve superfétatoire qu'il s'agissait d'une prise de position systématique et quasi doctrinale.
Je regrette que cette prise de position n'ait d'autres références que les notions périmées de Nation, de Patrie et d'Etat. Pour cette raison, ceux qui se targuent d'être les héritiers spirituels des Communards, de Jules Guesde et de Jaurés ont insensiblement été conduits à cautionner une littérature qui, en étouffant les données élémentaires du problème de la répression dans une culture de l'horreur, appuyée sur le faux historique, ont à la fois créé une atmosphère de meurtre en France et creusé un insondable fossé entre la France et l'Allemagne.
Indépendamment d'autres résultats tout aussi paradoxaux dans de nombreux autres domaines. Dans un de ses moments de sincérité, David Rousset les avait cependant prévenus:

« La vérité, c'est que la victime comme le bourreau étaient ignobles; que la leçon des camps, c'est la fraternité dans l'abjection; Que si toi, tu ne t'es pas conduit avec ignominie, c'est que seulement le temps a manqué et que les conditions n'ont pas été tout à fait au point; qu'il n'existe qu'une différence de rythme dans la décomposition des êtres; que la lenteur du rythme est l'apanage des grands caractères; mais que [page 248]
le terreau, ce qu'il y a dessous et qui monte, monte, monte, c'est absolument, affreusement la même chose. Qui le croira? D'autant que les rescapés ne sauront plus. Ils inventeront, eux aussi, de fades images d'Epinal, de fades héros de carton-pâte. La misère de centaines de milliers de morts servira de tabou à ces estampes. »
(Les Jours de notre mort, p. 488, Ed. de Paris, 1947).

Ils ont fait semblant de ne point entendre.

Et lui-même, trop préoccupé de traîner devant les tribunaux correctionnels, les communistes dont il avait fait l'apologie, l'avait sans doute oublié.

* * *


Le lecteur pourra encore utilement méditer sur quelques faits du genre de ceux-ci:
-- Le 26 octobre 1947, tous les journaux publièrent l'entre-filet suivant: "Encore un drame des camps de concentration devant le tribunal militaire:
"Un Italien, Pierre Fiorelini fut accusé d'avoir, au temps de Bergen-Belsen, tué sept de ses compagnons.
"Il était infirmier, un infirmier d'ailleurs aux méthodes médicales assez curieuses. Son plaisir était de jouer de l'harmonica et de faire danser au son de cet instrument les codétenus. S'ils refusaient, il les frappait à coups de bâton.
"Un jour, ayant à soigner un lieutenant malade, il le conduisit au lavabo, le lava, puis, comme l'autre protestait contre la brusquerie de ses gestes, il l'assomma à coups de bâton. Les compagnons de celui-ci essayèrent alors de l'en empêcher. Fiorelini en abattit successivement six.
"Il est aujourd'hui accusé par les rescapés de ce bloc."
-- Dans le journal Le Monde du 18 janvier 1954, rendant compte du procès du Struthof, M. Jean-Marc Théolleyre -- un des rares chroniqueurs judiciaires de notre temps, dont l'objectivité ne puisse guère être mise en doute -- fait le portrait d'un des rares détenus qui ait eu à répondre devant la justice de son comportement dans les camps:

« De tous ces accusés il en était un dont on attendait [page 249] l'interrogatoire avec curiosité. C'était Ernst Jager, car Jager n'était pas SS Détenu, il appartint à cette race aussi détestée -- sinon plus -- dans les camps, celle des Kapos. En fait, il avait au Struthof le titre exact de "Vorarbeiter", c'est-à-dire de détenu responsable d'un groupe de travail sous les ordres d'un Kapo. A ce titre il a frappé, cogné, assommé, autant et peut-être plus qu'un SS.
« Jager est l'incarnation de ce que peut faire d'un homme la vie concentrationnaire. Quelle fut sa vie ? A quarante ans il en a passé vingt-quatre en prison· De la liberté il a gardé seulement le souvenir d'un temps où il était marin, sans pouvoir en dire plus, et du jour de 1930 où sur un quai de port il blessa mortellement un S.A. au cours d'une rixe. On le condamna à sept années de réclusion. L'avènement du nazisme, il en eut de vagues échos en prison. Il ne devait le découvrir vraiment que lorsque sa peine expirée il s'entendit annoncer par le nouveau régime qu'il serait maintenu en détention sous l'étiquette d'asocial. Dès lors il porta sur sa veste le triangle noir et ce furent les camps successifs. Mais avant de l'y jeter la Gestapo commença par le stériliser. Du monde concentrationnaire il a connu la période la plus horrible. Il fut de cette époque où les camps comptaient pour toute population des juifs, des tziganes, des asociaux, des pédérastes, des souteneurs et des voleurs. C'était déjà le temps de l'extermination, et seul y échappait celui qui avait assez de courage pour se faire loup afin de ne pas être dévoré 19.
« Tous voulaient vivre, mais chacun d'entre eux voulait vivre contre les autres. A tout prix, n'importe comment. Ils instaurèrent et développèrent dans les camps toutes les méthodes du gang. Quand on le [page 250] nomma Vorarbeiter au Struthof c'est qu'on savait qu'il avait les capacités requises. Contaminé par cette existence avilissante, il s'est noyé dans ce fleuve de boue. Ses nerfs n'ont pas tenu. Il a dû être de ceux, car il y en a eu, qui en arrivèrent à prendre cette vie concentrationnaire en telle haine que tous les êtres qui en portaient le costume, ces fantômes faméliques et désespérés, leurs étaient devenus odieux. Alors c'étaient les coups, les accès de rage. »

C'est une explication que, sans doute, ne renierait pas Freud, mais elle ne vaut que ce qu'elle vaut.

Au surplus, où M. Jean-Marc THEOLLEYRE se trompe, cette fois sûrement, c'est lorsqu'il écrit:

« Alors qu'avaient de commun avec eux ces détenus politiques, ces triangles rouges: communistes et socialistes allemands, résistants français, polonais ou tchèques? Maîtres dans le camp, ils entendaient le rester. Ce fut alors le temps où les détenus de droit commun tapaient, tuaient à tour de bras, où les "politiques" s'arrangeaient pour organiser leur résistance, pour montrer leur discipline, leur aptitude à diriger et finissaient par contre-attaquer en enlevant un à un les postes-clés dans la vie intérieure du camp. »

Ce qu'ils avaient de commun? Mais, cher Jean-Marc THEOLLEYRE, une fois au pouvoir, dans les camps, ils se comportèrent exactement comme les droits communs et c'est Jager qui vous le dit en ces termes que, très honorablement, vous rapportez dans votre compte rendu:

« Je n'ai pas commis de sévices. Bien au contraire, c'est moi qui ai été frappé par les politiques. Ce sont eux qui se sont montrés les pires, mais à eux on ne leur disait jamais rien. Pourquoi en veut-on tellement à des gens comme nous, les triangles verts ou les triangles noirs? Quand je suis arrivé au Struthof ce ne sont pas les SS qui m'ont cogné, mais les politiques. Or, jusqu'ici on n'a jamais vu un seul d'entre eux devant un tribunal. Et pourtant le Kapo chef du Struthof, qui en était, et qui a fait pire que moi, a bénéficié d'un non-lieu. »

-- Dans un autre journal et toujours à propos du procès du Struthof, un autre chroniqueur judiciaire rapporte:

« Plusieurs autres témoins sont venus évoquer la [page 251] mort d'un jeune Polonais qui, endormi, n'avait pas rejoint assez vite la place d'appel. Ramené à force de coups par Hermanntraut, il fut jeté aussitôt sur l'espèce de table qui servait pour administrer les bastonnades. Il reçut ainsi vingt-cinq coups terribles, que deux autres détenus furent contraints de lui donner. »

On trouvera dans cet ouvrage, l'histoire de Stadjeck, curieuse réplique à Dora, du Fiorelini, de Bergen-Belsen et celle de quelques autres dont le comportement fut le même que celui de Jager ou de ces deux malheureux qui furent contraints -- ou s'offrirent! -- à appliquer 25 coups terribles de bâton à un de leurs compagnons d'infortune: droits communs ou politiques les seconds prenant la suite des premiers à la tête de la self-administration pénitentiaire, il y eut dans les camps des milliers et des milliers de Fiorelini, de Stadjeck, de Jager et de bastonneurs.
On connut quelques droits communs auxquels on demanda des comptes.

On ne demanda pas de comptes aux politiques et c'est pourquoi on n'en connut pas. Si on veut tout savoir, il n'était pas possible de demander des comptes aux politiques: profitant de la confusion des choses et du désarroi des temps, les politiques, qui avaient déjà eu l'habileté d'évincer les droits communs dans les camps -- par des méthodes qui ressortissaient aux lois du milieu et qui consistaient en même temps à inspirer confiance aux SS, ceci n'est pas négligeable -- eurent aussi, le moment venu, celle de se muer en procureurs et en juges, tout à la fois, et il se trouva qu'ils furent seuls habilités à demander des comptes. Dans leur rage de voir des coupables partout, ils eussent fusillé tout le monde et ils ne s'aperçurent même pas qu'ils n'avaient pas joué, à la tête des camps de concentration, un autre rôle -- et en pire! -- que celui qu'ils reprochaient par exemple à Pétain, de s'être offert à jouet à la tête de la France occupée.

Tels étaient ces temps que, sur le moment, personne ne s'en aperçut pour eux.

Des gens découvrirent dans la suite qu'ils s'étaient un peu trop hâtés de reconnaître au Parti communiste le rôle d'un Parti de gouvernement, que la plupart des procureurs et des juges étaient communistes et que, par lâcheté, par inconscience ou par calcul, ceux qui, de hasard ne l'étaient pas, jouaient quand même le jeu du Communisme. Par cette voie détournée de la nécessité politique, on finit par découvrir [page 252] aussi une partie de la vérité sur le comportement des détenus politiques dans les camps de concentration. Mais cette nécessité politique n'est encore évidente que dans l'esprit d'une certaine classe: la classe dirigeante qui ne retient du communisme que ce qui la menace directement et elle seulement. C'est pourquoi on ne connaît toujours qu'une partie de la vérité: on ne la connaîtra toute que le jour où les autres classes de la société et notamment la classe ouvrière seront à leur tour fixées sur les non moins sombres desseins du communisme en ce qui les concerne et sur sa véritable nature.

Ce sera évidemment long.

Nous avons toutefois des chances, maintenant, de voir se multiplier dans la littérature, les aveux du genre de celui-ci que Manès Sperber place dans la bouche d'un de ses personnages, ancien déporté politique:

« Sur le plan politique, nous n'avons pas cédé, mais, sur le plan humain, nous nous sommes trouvés du côté de nos gardiens. L'obéissance, en nous, allait au devant de leurs décisions. » (Et le buisson devint cendre).

A la longue, ces aveux se dégageront comme d'une gangue, de la contradiction qui consiste à penser qu'on peut faillir sur le plan humain sans céder sur le plan politique et il ne restera plus que « Nous nous sommes trouvés du côté de nos gardiens ». Sans doute auront-ils alors perdu ce caractère d'excuse absolutoire qu'ils se voulaient eux-mêmes donner, mais ils auront gagné dans le sens d'une sincérité si émouvante que l'excuse absolutoire viendra du public et que ce sera beaucoup mieux.

Quand on en sera là, rien ne sera plus facile que de trouver une explication honnête du phénomène concentrationnaire sur le plan moral.
Chose étrange, là encore, tandis que la littérature dans son ensemble et non seulement la concentrationnaire, ne cherche toujours cette explication qu'en essayant de se surclasser elle-même dans la description des cruautés en tous genres de l'ennemi, tandis qu'historiens, chroniqueurs et sociologues cèdent toujours à ce fétichisme de l'horreur qui est le signe-clé de notre temps, le sentiment public à l'opposé, se manifeste déjà par des réactions d'un sérieux inattendu ainsi qu'en fait foi cet extrait d'une lettre de lecteur publiée par Le Monde, le 17 juillet 1954:

« Que tout cela ait pu être ne s'explique pas seulement par la bestialité des hommes. La bestialité est [page 253] limitée, à son insu, par la mesure de l'instinct. La nature est loi sans le savoir. L'épouvante qui nous a de nouveau saisis à la lecture des comptes rendus de Metz fut engendrée dans nos paradoxes d'intellectuels, dans notre ennui d'avant-guerre, dans notre pusillanime déception devant la monotonie du monde sans violence, dans nos curiosités nietzschéennes, dans notre mine blasée à l'égard des « abstractions » de Montesquieu, de Voltaire, de Diderot. L'exaltation du sacrifice pour le sacrifice, de la foi pour la foi, de l'énergie pour l'énergie, de la fidélité pour la fidélité, de l'ardeur pour la chaleur qu'elle procure, l'appel à l'acte gratuit, c'est-à-dire héroïque: voilà l'origine permanente de l'hitlérisme.
« Le romantisme de la fidélité pour elle-même, de l'abnégation pour elle-même, attachait à n'importe qui, pour n'importe quelle besogne, ces hommes qui -- ceux-là véritablement -- ne savaient pas ce qu'ils faisaient. La raison, c'est précisément savoir ce que l'on fait, penser un contenu. Le principe de la société militaire où la discipline tient lieu de pensée, où notre conscience est en dehors de nous, mais qui, dans un ordre normal, se subordonne à une pensée politique, c'est-à-dire universelle, et en tire sa raison d'être et sa noblesse, se trouvait -- dans la méfiance générale à l'égard de la pensée raisonnable, prétendument inefficace et impotente -- seul à régir le monde.
« Dès lors il a pu tout faire de l'homme. Le procès du Struthof nous rappelle, contre les métaphysiques trop orgueilleuses, que la liberté de l'homme succombe à la souffrance physique et à la mystique. Pourvu qu'il accepte sa mort, tout homme naguère pouvait se dire libre. Voilà que la torture physique, la faim et le froid ou la discipline, plus forts que la mort, brisent cette liberté. Même dans ses derniers retranchements, là où elle se console de son impuissance d'agir, de demeurer pensée libre, la volonté étrangère pénètre en elle et l'asservit. La liberté humaine se réduit ainsi à la possibilité de prévoir le danger de sa propre déchéance et à se prémunir contre elle. Faire des lois, créer des institutions raisonnables qui lui éviteront les épreuves de l'abdication, voilà la chance unique de l'homme. Au romantisme de l'héroïque, à la pureté des états d'âme, qui se suffisent, il faut à nouveau substituer et placer à sa place, qui est la première -- la contemplation [page 254 [des idées qui rend possibles les républiques. Elles s'écroulent lorsqu'on ne lutte plus pour quelque chose, mais pour quelqu'un. » Emmanuel Lévinas.

Tout y est: le principe de la société militaire où la discipline tient lieu de pensée qui se trouvait seul à régir le monde; la liberté de l'homme qui succombe à la souffrance physique et à la mystique: la bestialité limitée seulement par la mesure de l'instinct; les lois et les institutions raisonnables nécessaires susceptibles d'éviter à l'homme les épreuves de l'abdication, lois qui n'existaient pas, qui n'existent pas encore et qui sont sa seule chance.

Le raisonnement, certes, n'est construit que sur l'homme qui a abdiqué et se transforme en bourreau. Il vaut pour la victime:

« Quant à la question de savoir si la souffrance prouve quelque chose pour celui qui la subit, écrit encore Manès Sperber , elle me paraît fort difficile. En revanche, il me paraît certain que la souffrance ne réfute pas son auteur, au moins en Histoire. » (op. cit.)

Cela est si vrai que les victimes d'hier sont les bourreaux d'aujourd'hui et vice-versa.

* * *


Il ne me reste plus maintenant qu'à remercier indistinctement et en bloc, tous ceux qui se sont courageusement battus pour Le Mensonge d'Ulysse.
On m'a dit que, parmi eux, il y avait des fascistes et j'ai souri doucement: ceux qui me le jetaient à la face étant précisément ceux qui réclamaient parallèlement la saisie de l'ouvrage et, dans tous leurs journaux, que fussent décrétées contre un peu tout le monde des interdictions d'écrire, de parler et même de se déplacer, comment n'aurais-je pas pensé que, s'il suffisait de croire pour être baptisé, il ne suffisait pas de refuser le baptême pour n'être point fasciste ?

On m'a dit aussi qu'il y avait des collaborateurs du temps de l'occupation et je me suis consolé en constatant qu'ils étaient surtout réputés tels et qu'en tout cas, ils voisinaient avec un nombre impressionnant de résistants authentiques.

En fin de compte, j'ai surtout observé que, dans le vaste champ de l'opinion qui va de l'extrême-droite à l'extrême-gauche, beaucoup de gens continuaient ou recommençaient à penser tous les problèmes, non plus conformément aux [page 255] règles étroites des sectes, chapelles et partis, mais par référence aux valeurs humaines.

Et ceci me paraît de nature à autoriser tous les espoirs.


Mâcon, décembre 1954.


Extrait du livre de Paul Rassinier, Le Mensonge d'Ulysse, qui est paru d'abord aux Editions bressanes en 1950. Cette première partie était parue auparavant sous le titre Passage de la ligne en 1948. L'ensemble a été plusieurs fois réédité par différents éditeurs, de droite comme de gauche. Nous utilisons l'édition procurée en 1980 par La Vieille Taupe, à Paris. Signalons qu'il existe une traduction anglaise un peu abrégée (il y manque les trois premiers chapitres) parue, avec d'autres textes de Rassinier, sous le titre Debunking the Genocide Myth, parue en 1978 aux Etats-Unis.

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