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LE MENSONGE D'ULYSSE

de Paul Rassinier

*****

Préface d'Albert Paraz à la première édition

***

 


Allons bon! Qu'est-ce que le fascisme ne va pas inventer? Faire préfacer un livre sur les camps par un type qui n'a pas beaucoup cru en la résistance, qui n'a même pas daigné en faire partie, comme tout le monde, quand les "boches" étaient loin, qui a prétendu en noter tout de suite l'imposture et n'a jamais cessé de revendiquer bien haut, le gars, avoir été le premier à l'écrire: les honnêtes gens ne le permettront pas.

Je suis bien de cet avis, c'est pourquoi cette préface je ne la fais pas. Je veux seulement vous raconter par quelle lézarde invisible dans le mur de la fable, des résistants, mais alors des vrais, sont venus me dire la joie que je leur avais faite en exprimant ce qui était depuis toujours leur point de vue.

Ils sont venus comme ça, ils m'ont écrit. Un jour, dans France-Dimanche où j'étais nettement visé par l'adjudant Rosenbach, un résistant a pris ma défense.

Puis une série de nouvelles relatant des exploits d'espionnage au profit de l'Angleterre m'ont été dédiées par leur auteur, un nommé Grégoire, sans que j'en susse rien. J'avais bonne mine!

Et des résistants décorés que j'engueulais se jetaient sur moi, non pour m'étrangler, comme je l'aurais cru, mais pour m'étouffer (l'effet était le même) en me pressant sur leur coeur: "Jamais on ne le dira assez, mon cher monsieur, quels salauds abjects nous fûmes, on saura un jour que nous avons tous été des criminels."

Et ce Rassinier, que je prends à partie 1 dans Valsez, Saucisses, me demande de le préfacer.

Je lui réponds:

"Citoyen,

Tous les soirs, dans les rues de Morlaix, le bon Carette, en 1945 (voir le Gala) criait de sa voix célèbre:

"La résistance nous emm...."

"Elle nous emm parce qu'elle nous fait ch...."

"Elle nous fait ch.... parce qu'elle nous emm....!"

Admirez la richesse de la pensée et la concision de la forme. On ne saurait mieux dire. Simple, clair, français. C'est du Chamfort, pas du Sartre.

Les déportés font partie de la résistance. Voilà cinq and qu'ils nous infectent et vous avec. Il n'y a aucune raison pour que les déports aient plus le droit de se mettre en avant que les anciens combattants, les blessés du poumon, les prisonniers, les évadés et même les déserteurs, les cocus de guerre ou les maris de tondues. Je vous pisse au train. Salut et fraternité."

A quoi Paul Rassinier me répondit qu'il était entièrement d'accord, que me connaissant il n'en attendait pas moins de moi, qu'il ne s'était pas trompé sur mon compte et qu'il me demandait seulement de lui dire quelles idées et quelles images m'avait suggérées sont petit travail.

Voici donc comment je vois les choses, en ce curieux demi-siècle.

***

Il est prouvé maintenant que la résistance officielle était composée de très basses fripouilles, fort heureusement peu nombreuses 2. Regardez ce grotesque procès Hardy, escamoté par une presse complice. On découvre avec stupeur que la plupart des héros faisaient partie de la gestapo.

Plus ou moins.

C'est même là-dessus que porte la discussion de ces accablants polichinelles. Le conjuré nommé Claude Bourdet s'écrie: "Ce que je reproche à René, c'est de ne pas nous avoir avoué qu'il travaillait pour les Fritz. On aurait compris, on lui aurait pardonné."

C'était la moindre des choses.

Mais, cher chacal, il y a quarante-deux millions de Français qui n'ont jamais travaillé pour la Gestapo, et justement ceux-là n'ennuient personne. Le jour où ça va se retourner, petit scorpion, tu seras aplati.

Ah!

Ce Hardy aurait empêché la "réunion de Caluire". Mais nul ne s'est avisé dans les deux hémisphères que si la réunion de Caluire avait eu lieu, cela n'aurait absolument rien changé à rien, pas d'un milliardième le résultat final, en bien ou en mal.

Nos zèbres auraient peut-être assassiné quelques Français de plus, et c'est tout. Oh! pardon, liquidé quelques fascistes, excusez-moi, la langue m'a fourché.

Quand il m'arrive de demander à un de ces extraordinaires "patriotes" ce qu'ils ont fait de vraiment utile pendant la guerre, je m'aperçois que personnellement j'en ai fait beaucoup plus qu'eux. Mais l'idée ne m'est jamais venue de le crier sur les toits pour me donner le droit d'occire les concurrents dont je convoitais la place.

Ça s'explique peut-être tout simplement en ce que je ne convoitais la place de personne.

Vous allez me dire: le monde entier est d'accord avec vous extrêmement sait depuis longtemps la différence entre la vraie résistance et le résistantialisme.

Je répondrai: pas du tout, et la preuve c'est que vous trouvez cette préface paradoxale et scandaleuse, alors que depuis longtemps et bien avant moi, les vrais résistants auraient dû se dresser pour exiger que les hideux assassins d'août, septembre, octobre 44, cessent de nous faire la loi.

Mais c'est tellement difficile de basculer la légende. Il faut d'abord y penser. Il faut voir la grande lumière. C'est le fait d'une toute petite élite, les écoeurés du troupeau, les râleurs, les "jamais-contents",les gens qui n'aiment pas lécher les bottes et réclamer des décorations. Il y en a, bien entendu, dans la résistance, la vraie, mais si l'on s'avise de toucher le moins du monde à quelque chef de bande, chauffeur, violeur, étrangleur pris la main dans le sac et dénoncé par vingt témoins depuis cinq ans, on voit se dresser l'unanimité du Comac, du C.N.E., du C.N.R. qui se sent visée.

Il est bien évident et ils en ont des cauchemars, les bougres, que dès qu'on en aurait pendu un, les autres suivraient.

Vous remarquerez, par exemple, les fausses indignations des décromates tréchiens et des socialistes [sic] contre les communistes.

Du bidon tout ça, la seule force qui protège la clique résistance au pouvoir, ce sont les militants communistes, assez organisés pour empêcher dans les villages, les petites villes et les grandes, les Français ordinaires de faire éclater un peu brutalement la vérité.

Car enfin, comme disait l'autre, de quoi s'agit-il? De ça, pas d'autre chose. De garer leurs fesses, pour les résistants qui ont lié leur sort au résistantialisme.

Voilà des malheureux qui prétendent avoir le monopole du patriotisme. Eux seuls ont des droits, parce qu'ils l'ont décrété et les quarante-deux millions de Français non inscrits sur les listes sont suspects.

Avez-vous jamais vu un culot pareil au cours de l'histoire?

Tous les Français, quels qu'ils soient, pendaient de même sous l'occupation, ils auraient bien voulu que les Allemands s'en aillent, sauf ceux qui trafiquaient avec eux et à qui ça rapportait gros, un point c'est tout.

Je n'affirmerais même pas qu'un Sartre et un Camus, par exemple, qui ont fait leur situation et pris toute leur place du temps des Allemands, n'aient pas sincèrement souhaité leur départ.

D'autant plus qu'ils se sont arrangés pour garder ces places et ces situations, ce qui est humain. Il est un tout petit peu répugnant qu'ils aient signé une liste désignant leurs confrères au poteau, il est exagérément répugnant qu'ils l'aient fait au nom des grands principes d'humanité, du christianisme, de socialisme, de marxisme, de progressisme. Feu et sang, mort aux gars qui pourraient prendre ma place, à bas la réaction.

Et Notre Taenia d'écrire des pièces de taenia, qui répondaient à l'époque à un besoin, à de la demande, où l'on voit exalter l'héroïsme des assassins les plus imbéciles.

Cela nous amène à notre objet. Il y avait en 45, 46, 47 (avant le "Gala des Vaches" pour fixer les idées, dit-il modestement) une demande de récits sur les exploits de la résistance, avec pour corollaire tout ce qu'on pouvait imaginer sur l'abjection propre et essentielle aux Teutons.

Ça avait déjà commencé, avant 44, en Angleterre par une série d'infamies de Peter Cheyney, prompt tout comme un Sartre à humer le vent et qui divisait les Français en deux groupes: d'un côté les espions en cheville avec Londres, de l'autre les traîtres de Vichy. De quoi je me mêle? Passons.

Un peu plus loin, en Amérique, l'image d'Epinal n'était pas encore bien dessinée, on avait gardé le goût d'une certaine réalité et An. Girard (le dessinateur de Duco) pouvait publier un livre très lu dans tous les milieux 3 où il avouait naïvement que la plupart des réseaux (qu'on n'avait appelés ainsi qu'en 46) ont été créés par la Gestapo. De même, tous les réseaux de Werwolf, en Allemagne occupée, ont été organisés par la police américaine.

En 45, l'Europe a vu l'explosion de la littérature la plus basse qu'elle ait jamais subie. Honte, Ecoeurement. Heureusement, tout cela est illisible et rien n'en restera?

Les éditeurs réclamaient de la résistance, il leur en fallait. Ecrire contre, il n'en était pas question, les "patriotes" auraient fait sauter la maison et écorcher vifs les vampires, le personnel et l'auteur, aux applaudissements d'une foule enragée.

Pour vivre, je dus bâcler en un mois (26 jours) un petit livre, Le Poète écartelé, dont j'avais prudemment situé l'action au XVIe siècle, afin de m'enlever toute tentation de dire ce que je pensais des gueules au pouvoir. Rien que cela paraissait de la provocation. Pourquoi le XVIe ? Pourquoi ne pas vouloir parler des héros de la nuit, des assassins fantômes et de l'armée des ombres?

Je faisais grincer des dents et je devais raser les murs. Vous pensez, dans une atmosphère pareille, comment ça se demandait les horreurs sur les camps.

Nice-Matin publiait en 45 le reportage d'une dame de mes amies qui racontait comment elle avait échappé de justesse à la chambre à gaz, elle était dans la file, on l'avait appelée par miracle.

Elle avait souffert, sans aucun doute, mais elle en rajoutait, c'était visible, et tout le monde en la voyant était stupéfait de sa mine éclatante, de ses dents parfaites et de ses magnifiques cheveux. Je l'entendis un jour se disputer avec une femme qui avait, elle aussi, un chiffre gravé sur le bras et qui lui reprocha d'avoir écrit toute sa série d'articles dans Nice-Matin, sans mentionner que les mauvais traitements dont elle se plaignait était le fait de détenues comme elles, des juives et des Polonaises.

A quoi notre journaliste amateur répondit avec une simplicité splendide qu'on ne pouvait pas en ce moment accabler des juifs et des Polonais, le journal ne l'aurait pas laissé passer, tandis qu'on pouvait bien coller tout sur les Fritz qui en verraient bien d'autres et avaient le dos large.

Je ne la blâme pas; je crois, en effet, qu'elle n'aurait pas pu faire autrement, mais il est vrai que son témoignage ne saurait être retenu par l'histoire, et qu'il ne le sera pas, même à propos de détails, de dates, pour lesquels on possède des documents plus précis.

Et maintenant, j'en viens au travail de Paul Rassinier.

Il est une partie où je refuse absolument de le suivre: celle où il a l'imprudence d`ergoter, chipoter, chicaner sur les témoignages, à propos des chambres à gaz.

***

Un petit Mauriac disait dans Le Figaro (naturellement) qu'il était encore trop tôt pour parler de tout cela avec objectivité. Voilà pour une fois une forte parole, trop belle pour n'être pas échappée à ce vitulet autrement que par distraction.

Il est éternellement vrai que pour remonter la pente de cinq ans de mensonges il faut au moins pendant cinq ans frapper sur le même clou. Et les premiers qui s'avisent de le faire risquent tous les massacres.

Je vous parlerai de notre gang des basculeurs de légende, né après "Valsez" 4, formé avec des durs résistants. Mais il est des légendes qui basculent toutes seules, celle de la résistance par exemple. Elle a coulé comme un furoncle.

En revanche, il y en a qui durent mille ans, le droit de cuissage, les seigneurs obligeant leurs serfs à empêcher leurs grenouilles de gueuler. (Ils avaient bougrement raison. Moi, féodal, j'enverrais mes serfs tirer les motocyclistes et descendre les avions qui m'empêchent de faire ma sieste, et je ferais hisser les autocars par des boeufs dans un rayon de trois kilomètres autour de mon auguste domicile. Je ne suis pas marxiste comme Rassinier, je suis pour l'homme.)

Après les oubliettes, Torquemada, les jésuites et les francs-maçons, le masque de fer, il est une autre histoire à laquelle il ne faut absolument pas croire: c'est celle des chambres à gaz. La croûte terrestre en est à vif pour des siècles. J'ai failli me faire assassiner trois fois hier, rien que pour avoir soumis le texte de Rassinier à des voisins, le tout en marchant à peu près à cent mètres de chez moi.

Seul un extraordinaire masochiste peut s'aviser d'écrire, maintenant, que les témoignages sur les chambres à gaz ne sont pas tout à fait assez concluants, pour son goût, qu'il n'y en a qu'un seul dans la littérature concentrationnaire, celui de Weiss, mais encore rapporté en seconde main, et que personne n'a pensé à interroger ce Weiss d'une manière sérieuse qui puisse être retenue par un historien.

C'est de la dynamite. Une femme que je croyais à moitié saine d'esprit s'est mise à vociférer derrière moi. Heureusement pour mes os, elle le faisait dans une langue étrangère où revenait dix fois le mot nazi jeté à ma tête avec des "pfoui" et des sifflements démentiels. Il lui faudra des semaines pour s'en remettre.

Je me suis esquivé habilement, faisant un détour par les écoles, j'ai sonné chez Reilhac qui n'a pas trop tiqué en lisant le texte où il dépistait la méthode marxiste il a le flair mais m'a assuré, olympien, que la chose était démontrée, les coupables ayant avoué au tribunal de Nuremberg!

Vous allez voir comment il et facile encore de nos jours de se faire aplatir. Vous pensez bien qu'à Nuremberg on aurait pu pendre tout le monde dix fois et le tribunal avec et les journalistes itou, je m'en fusse foutu, absolument, infiniment, délicieusement, n'empêche que j'eus l'inconscience de me délivrer dans l'oreille de Reilhac d'une vérité éternelle, à savoir que les aveux des accusés devant n'importe quel tribunal n'ont jamais rien prouvé!

Et maintenant, ajouté-je, trompé par sa suffocation que je prenais pour de l'intérêt, maintenant encore moins qu'aux époques les plus joyeuses de l'histoire.

Je n'ai dû mon salut, je vous le jure, qu'à la disposition des lieux et à ma promptitude à jeter la table et deux chaises entre ses pattes la maladie m'a enseigné l'économie des gestes et à m'enfermer dans un local sombre, humide et fort étroit.

Avec le temps, j'ai pu parlementer et on m'a laissé sortir. Il y avait là un décromate tréchien au nez comme aplati par une citrouille. Il écartait les mains dans le geste persuasif des apôtres en disant: "Mais moi, monsieur, les chambres à gaz, je les ai vues à Dachau."

J'étais ravi. Bravo! lui dis-je. Je vais l'écrire à ce triste conneau de Rassinier, je lui dirai que la première personne à qui j'en ai parlé les a vues elle-même et peut donner son nom. L'incident est clos.

A ce moment, G.... gâcha un peu la valeur de son témoignage en s'empressant d'ajouter: "Mais non seulement moi, des millions de personnes les ont vues aussi."

J'écrivis à Rassinier qui me répondit par retour: "Dites à votre G...., et sur le ton le plus affirmatif, qu'il n'a jamais vu fonctionner la chambre à gaz de Dachau pour asphyxier. De retour en France, il a peut-être vu la photo publiée par tous les journaux. Mais pendant son séjour au camp il n'a pu voir que l'écriteau "Achtung! Gaz! Gefahr!" et c'est tout."

Je soumis, de loin, le texte à G...., et celui-ci qui était dans un de ses bons jours me dit, onctueux: "Je ne l'ai, en effet, pas vue moi-même, mais c'est Michelet qui m'en a parlé, et il m'a même dit: "Ils sont en train de l'agrandir."

Il ajouta, décidément guilleret, ce détail croustilleux: "Il avait trouvé, Michelet, une belle planque au camp, les Allemands n'ont jamais su quel personnage important il était; pensez qu'ils l'avaient arrêté, seulement pour leur avoir vendu de l'épicerie trop cher!"

Elle est bien bonne.

Les quarante-deux millions de français "non résistants", qui n'ont jamais trafiqué avec les Fritz et qui n'ont jamais été de ce fait, ministres, vont l'apprécier et la savourer. Mais ceci n'est pas encore notre propos. Nous y reviendrons.

***

En fait, nous comprenons ce qu'a voulu dire Rassinier, et l'affaire G.... le prouve. Il a voulu dire que beaucoup de gens parlent des chambres à gaz et ne les ont jamais vues, ce qui est agaçant pour qui veut faire un travail d'historien. Mais le travail d'historien n'est pas fait pour la place publique: je conjure Rassinier de bien préciser que des chambres à gaz il y en a eu, d'y insister et, s'il ne le fait pas, je me retire de ce guêpier.

Parce que, figurez-vous, même si elles n'avaient pas servi, ou si elles avaient servi à la désinfection, ou servi par hasard, sans ordre d'en haut, ça n'a aucune importance. Ce qui compte, c'est que les nazis ont déporté des tas d'innocents qui ne sont jamais revenus. Ne donnons pas dans le panneau de discuter les supernazis qui les ont condamnés, nous faisons le jeu de la bête.

J'ai grande méfiance, depuis dix ans, quinze ans, de la maladie qui gangrène l'Europe, du nazi avec un faux nez, du Malraux qui crie: "La liberté est à qui l'a conquise", du partisan privilégié qui oblige à coup de trique le non-partisan à travailler pour lui, ou l'oblige à coups de bobards à payer des impôts. C'est kif Si je ne préfère pas les coups de trique, je reconnais que c'est plus franc.

Vous pensez bien que dans cette collection d'écorcheurs je n'ai aucun penchant à justifier qui que ce soit. Tous se valent, les nazis pas plus que les autres. Et c'est travailler pour eux, sans le vouloir, que de rectifier à la loupe les inexactitudes publiées sur leur compte, si on ne hurle pas, d'abord, que c'est par amour de la vérité, mais qu'on les tient et les a toujours tenus pour des vampires imbéciles et sinistres.

Voilà en quoi un ingénieux farceur comme Malaparte est fort coupable avec ses inventions de bassines pleines d'yeux arrachés à des juifs, ou ses juifs crucifiés dans les arbres d'une forêt hantée. On est bien obligé de dire que cela n'est pas sérieux, et tout de suite on se fait classer comme un adorateur du diable, de Belzébuth-Himmler à Hitler-Satan.

Et encore ça peut aller si vous en parlez entre Français: le Français a gardé, malgré dix ans de pernicieux mensonges, un embryon de sens critique qui a disparu chez l'Européen de l'Est, auprès de qui, aujourd'hui encore, il est strictement, totalement, absolument interdit de risquer la moindre plaisanterie sur Goebbels ou Goering sans se faire assassiner.

Les Allemands ont été plus maladroits envers les Polonais, les Tchèques, les Roumains, mais la propagande des Alliés a su en tirer un tel parti qu'il est défendu à un citoyen français, en train de prendre son pastis, de souhaiter une union France-Allemagne de l'Ouest, sans risquer le pire de la part de Hongrois, par exemple, et plus encore de Hongroises que l'on voit déjà comme leur nom l'indique vous sauter dessus pour vous arracher ce que vous avez au monde de plus précieux.

Elles n'ont absolument pas la moindre gêne, la moindre hésitation (je ne parle pas là de juives mais d'aristocrates) à vous engueuler en public et à vous expliquer chez vous ce que vous devez penser dans votre propre pays sur les affaires qui vous concernent.

Bravo! Très bien! c'est déjà un peu faire l'Europe.

Mais je dis à Rassinier: "Ne touchez pas à ça, d'autant plus que les témoignages français sont rares. Il y en a trop du côté polonais, par exemple, et votre travail n'est qu'une partie de ce qu'il faut faire pour l'ensemble de l'Europe.

C'est encore plus vrai pour les déportés anglais qui, en général, ont été bien traités. Nos trois cent mille déportés ne comptent guère à côté des millions de juifs polonais qui ne sont plus là.

J'ai parlé tout à l'heure des Hongroises enragées. Il est essentiel d'en tenir compte. Rien n'est sans raison, en ce bas monde. Cinquante ans de propagande, ça fait des réflexes ancestraux. Mes comtesses hongroises sont "conditionnées". Elles souffrent d'être obligées de me cracher dessus quand elles me rencontrent. Il n'y a pas tellement de monde à Vence. Tout cela est clinique au fond. Anaphylaxie, doses trop fortes dans le sang, intoxication, désintoxication, longues cures.

La vieille haine contre l'Autriche, la haine du nazi tournée en haine de l'Allemand, voilà une image d'Epinal difficile à extirper de ces coeurs ardents, et certes il importe grandement de faire comprendre à ces nations ombrageuses que dans l'union franco-allemande, aucune aspiration à dominer le monde ne sera possible, tolérée, et même exprimable pour les nazis.

Pensez à l'effet produit sur ces écorchés quand ils entendent la déclaration du grand démocrate Thomas Mann qui s'écrie: "Nous, les Allemands, qui sommes depuis toujours appelés à exercer notre hégémonie sur l'Europe et sur le monde!...."

Quel con! madame.

Ah! ils sont lourds!

Ceci n'est qu'une parenthèse. Elle compte, il faut faire l'Europe, mais bien faire entrer dans les crânes allemands que c'est l'Europe, et non la plus grande Allemagne. Cela est notre tâche, elle est difficile.

***

Chercher la petite bête dans les informations inexactes qui ont été écrites sur les camps n'est donc pas, en notre siècle, un travail scientifique ordinaire. Le chercheur, aussi consciencieux soit-il et de quelque façon qu'il s'y prenne, aura l'air de travailler pour les nazis. La faute en est aux premiers fabulistes, à ceux qui ont rendu le mensonge possible et l'ont cru nécessaire à la justice de leur cause, comme si une cause juste pouvait avoir besoin de mensonge.

Mon Dieu, que tout cela est banal! et pourtant nous devons le formuler pour y voir bien clair. La bibici avait-elle le droit de rendre les Européens enragés de haine contre les Allemands? Cela peut se défendre, elle avait au moins besoin de persuader ses propres troupes et les soldats de la libre Amérique qu'ils partaient en croisade contre le diable, sinon les gars n'auraient pas eu l'enthousiasme.

C'était une recette pratique, cela facilitait le bon fonctionnement de l'armée, cela réduisait l'objection de conscience et poussait le public à dénoncer les traîtres.

Ainsi voyons-nous dès maintenant la même propagande se mettre en mouvement contre l'Union soviétique. Mais ne pourrait-on persuader une bonne fois ces propagandistes professionnels qu'ils devront renverser la vapeur aussitôt la victoire obtenue, et sans attendre une minute?

C'est mieux que de se faire hara-kiri, c'est se donner du pain sur la planche. Quoi de plus simple que de dire simplement: nous avons beaucoup exagéré, il le fallait, mais maintenant nous allons rechercher la vérité tous ensemble.

La recherche de cette vérité, de nos jours, fait hurler voyez Bardèche arrêté pour avoir douté de l'auguste tribunal de Nuremberg. Est-ce à dire que l'on doive jeter un voile éternel sur la question? Jamais de la vie, il faut s'y prendre autrement et savoir gré à Rassinier d'avoir attaché un grelot dangereux.

La vérité doit être connue au plus vite, et voici pourquoi: parce que si les millions de juifs qui manquent en Pologne ne sont pas tous passés par les chambres à gaz, il est encore plus inquiétant de savoir qu'ils ont quand même disparu.

Un seul million de personnes à supprimer par an, cela représente un travail de cauchemar si on essaie de se l'imaginer: trois mille tous les jours, trois cents toutes les heures pendant dix heures, sans une minute d'arrêt, ça laisse des traces, même au fond d'une forêt.

Un groupe d'historiens doit être réuni d'urgence, avec des crédits et des pouvoirs étendus, pour apporter des chiffres dont on connaîtra le pourcentage d'erreurs. Il en est encore temps, il existe encore des témoins. Mais il est tout juste temps.

Je dois suggérer, bien entendu, qu'aucun représentant des races et des nations intéressées n'y figure (autrement qu'en curieux) si l'on veut que la vérité soit bien nue et non dirigée. Des Hindous, des Chinois, des Noirs, des Japonais.

***

Quand je dis qu'il est juste temps, je puis vous donner un petit exemple simple: j'ai été mis à la porte du même sana d'où D.H. Lawrence a été renvoyé il y a vingt ans. Il en est mort à peine une semaine après.

Je sais que moi on m'a jeté dehors par un temps épouvantable et dans l'intention évidente de me faire crever, pour sauvegarder le prestige d'un adjudant directeur et les bénéfices de docteurs commerçants, mais pour Lawrence j'ai voulu me renseigner avant d'écrire, et après, à la faveur du bruit fait (dans Vence) par mon livre.

Vingt ans, ce n'est pas si vieux, je suis sur place les témoins se sont réveillés. Je n'ai pas pu réunir une version unique. Et, fût-elle unique, ce ne serait pas la preuve qu'elle soit bonne.

Les docteurs nient avoir jeté Lawrence dehors, mais ils ont intérêt à le nier. Ils nient aussi l'avoir traité de crétin et d'ivrogne, mais j'ai moi-même entendu ivrogne, et Merlin a entendu crétin. Il y a une version Katherine Caldwell, une version Huxley, une version Frieda Lawrence. Des gens qui prenaient alors pension avec Lawrence assurent que la maison n'était pas encore un sana, et pourtant les médecins avouent. On ne saura jamais la vérité, même pas dans mille ans, comme dit Rassinier. Vingt ans, ça commence à être vraiment tard, mais non seulement vingt ans, dix ans, six ans, c'est la limite.

J'ai interrogé moi-même, avec toute la patience dont je suis capable, et elle existe, tous les déportés que j'ai pu rencontrer. Six ans de recul, c'est déjà beaucoup trop chez des Liguriens ou des Bretons ou des Ardennais qui n'ont pas le sens et la religion de la vérité millimétrique. Les femmes surtout. J'en ai ne sous la main qui ne bat nullement les records, j'ai vu pire. Ayant été arrêtée à la fois par la Gestapo et par les fifis, elle mélange tout.

Pourquoi arrêtée par les deux?

Méditez cette phrase écrite naïvement par l'exquis commissaire (pouah) Charpentier, dans France-Soir, le 6 juin 50:

"La Cotillon" ([sic]! on est régence à la maison Poulailla) a été fusillée par les maquisards en 44. Elle avait possédé plus de 40 millions d'avant 1940."

Donc, ma boulangère, qui a été matraquée dans les deux cas, par les fritz et les miliciens, puis par les fifis, n'est absolument plus capable de distinguer en 1950 qui l'a tondue, qui lui a fait creuser sa tombe, qui lui a cassé des dents, qui lui a sauté sur le ventre, qui lui a extorqué le plus de fric, et dans l'absolu son témoignage est le seul à atteindre à la vérité transcendante, car les tortionnaires sont toujours les mêmes, c'est une espèce, l'homo bourricus, roi sous tous nos régimes.

Ce qui m'a fait tiquer naturellement, c'est que les fifis, elle les situait en 42 et les miliciens en 44, sans ça j'aurais enregistré sans sourciller, d'autant plus qu'elle est parfaitement sensée, équilibrée, logique, précise un sou c'est un sou absolument normale.

Cela m'apporte la preuve (un magistrat honnête, s'il en reste, doit le savoir) que chez des hommes qui n'ont pas l'habitude des spéculations et des examens de conscience, il arrive que le plus honnête confonde avec une bonne foi entière ce qu'il a vu et ce qu'il a entendu raconter.

C'est au point qu'on ne peut guère interroger les gens sans être mufle et répéter constamment: "En êtes-vous bien sûr, ne l'avez-vous pas lu ou rêvé" surtout si l'on s'adresse à des citoyens comme on en rencontre beaucoup par ici, dont les souvenirs sont rendus un peu vagues par la radio, le tabac, le pastis, et le Tour de France.

Il faudra que ce livre de Rassinier ait pour conséquence la formation d'une équipe de loyaux prudhommes pas rendus fous par les bobards et les passions, capables d'écarter sec tout ce qui n'est pas vérité vraie, de taille à s'abstraire, à se déguiser en Martiens, à s'imaginer qu'ils sont d'une autre planète et à ne récolter que de l'incontestable.

Il doit y en avoir encore, la mère des Thucydide n'est pas morte. "C'est en vain que Néron prospère, Tacite est déjà né dans l'empire...."

Mais le diable gagne à tous les coups. Il ne reste guère de témoins qui n'aient été façonnés, il n'en reste guère qui ne s'imaginent pas que la vérité doive passer après leur race ou leur clan et par dessus tout, là où le diable s'étale triomphant, le public en a tellement marre de ces histoires de camps, de bagnes et de prison que, le jour où le témoignage vraiment pur comme le cristal pourra naître, il n'intéressera plus personne.

Il ne se vendra pas, aucun succès public. Mais il en restera bien un quelque part. Il échappera aux saisies, peut-être enfoui au fond d'une jarre, et sera mis au jour qui sait, dans deux mille ans, comme ce livre d'Habacuc découvert en 1947 et qui recule à 63 avant J.-C., sous Aristobule II, toute la légende du Christ.

Préfiguration, disent les orthodoxe. Allons donc! Une nouvelle preuve que Jésus-Christ était un dieu plus qu'un homme. Mais aussi, notez-le bien, un argument qui ne convaincra personne. Les tenants de Jésus homme historique, qui vont de Renan à Daniel-Rops, continueront à nous le représenter avec l'insigne du syndicat des charpentiers.

Les "mythistes" vont triompher, mais ils ne seront pas suivis, et pas compris. Et c'est mieux ainsi. Être suivi sans être compris, c'est la vraie croix des prophètes.

Donc, nous laisserons nos historiens travailler en silence, nous les laisserons dresser le tableau de ce que fut la déportation, nous les laisserons, comme l'a fait Norton Cru pour les livres de la guerre 14-18, et comme Rassinier nous l'a montré déjà, nous prouver que tous les Rousset ont été des menteurs. La grande vérité apparaîtra au moment précis où tout le monde s'en foutra, comme pour le travail de Norton Cru, parce qu'alors un moyen d'oppression tout neuf et fignolé aura rapproché encore plus de la termitière les ivrognes zooïdes qui nous entourent et, malheureusement, nous entraînent.

***

En revanche, il est un terrain où je veux bien suivre Rassinier, c'est quand il établit d'une façon étonnante que les responsables des camps (la Häftlingsführung) cette élite de déportés qui nous a fourni nos gouvernants, nos censeurs, nos patriotes et nos juges, constitue la plus prodigieuse collection de fripouilles de l'Histoire.

On s'en doutait énormément quand on les a vus au pouvoir depuis 45. D'apprendre qu'ils se faisaient déjà la main en 42 éclaire le tout d'une splendide lumière.

C'est le triomphe du hideux salaud, si infect, si dégradé et si bas qu'il ne trouve plus qu'une seule place où se cacher, la plus haute puisqu'il sait qu'on le cherchera par terre, dans l'égout et dans le ruisseau, et que personne ne pensera aux bancs des ministres, aux comités des C.N.E. et C.N.R. et C.O.M.A.C., aux fauteuils des Sociétés nationalisées, à la direction des journaux.

Ces grands politiques, ces surhommes, se sont mis à la disposition des nazis pour faire régner l'ordre dans les camps, pour matraquer leurs frères d'infortune, pour conserver leurs planques, leur filon, leur fromage.

Tous les bobards à la Rousset pour nous faire croire qu'il s'agit là d'une chose toute nouvelle, une création de l'univers concentrationnaire, spontanément éclose entre les barbelés, vers 40-45, est un effort pour justifier une très vulgaire espèce de coquins.

La délation et la platitude ont toujours existé dans les bagnes, dans les chiourmes, sur les galères, même autrefois les criminels n'avaient pas eu l'idée géniale de s'en prévaloir pour devenir ministres.

J'attends d'ailleurs le livre d'un "vert", d'un "droitco", qui me dira tout ce qu'il pense des "rouges", des politiques. Dans Valsez, une lettre d'Ange C.... nous éclaire déjà.

Avant d'attirer votre attention sur un fait un peu plus gros, sourions un peu. Voici une page qui eût enchanté Lesage.

Rassinier nous cite avec indignation un texte d'Eugen Kogon où il est dit que la direction médicale de l'immense infirmerie ne fut pas confiée à un médecin mais au député communiste Busse, qui choisissait du personnel communiste capable d'administrer des raclées aux malades dont il bouffait les rations pour se maintenir en forme, personnel pris au hasard chez des zingueurs, croquemorts et pâtissiers.

Les SS (brutes nazies) ayant imposé de vrais médecins, ceux-ci furent rapidement mis au pas. Et Kogon s'émerveille qu'avec tout ça les malades ne mouraient en somme ni plus ni moins qu'ailleurs.

Parbleu! Molière et Gil Blas l'ont déjà dit.... C'est l'histoire du malade imaginaire un peu retournée, le faux médecin administre des coups de bâton au client pour qu'il s'avoue guéri. Il y a là un petit sketch à écrire, du plus savoureux comique.

***

Rassinier note encore un passage de Kogon (p. 286) qui m'avait déjà paru énorme, étouffant, inavalable, qui me semblait ouvrir un jour sur une vérité terrible:

"Le capitaine SS Schwartz n'essaya qu'une fois de réunir mille détenus pour le travail. Après une demi-journée il n'en avait plus que six cents qui trouvèrent le moyen de filer, et nul ne resta entre ses mains.
A partir de ce moment, on abandonna aux détenus responsables les questions de la répartition du travail."

Et alors, plus possible de "filer". Un barrage d'antihitlériens, matraque à la main, conduisait au boulot les esclaves et assommait, au nom des lendemains qui chantent, ceux qui tentaient de se soustraire à l'effort de guerre du I I Ie&nbspReich..

N'est-ce pas grand comme du Dante?

Ugolinesque.

Je t'étends sur place, mon fils, pour te conserver un ministre.

S'il n'y avait pas eu ces volontaires empressés, l'expérience Schwartz se serait répétée chaque fois qu'il était question d'organiser un transport vers quelque lieu de travail, et les SS auraient peut-être dû y renoncer, comme dans certains camps de prisonniers. Cet empressement n'allait pas sans rapporter quelques avantages: quarante mille oeufs détournés en deux ans au profit de ces messieurs nos futurs maîtres, ces oeufs ayant été mis à la disposition des malades par la SS (Attention, SS ne signifie pas sécurité sociale mais les vrais SS, les criminels hitlériens...)

On aurait le plus grand tort de coller toutes ces infamies sur le dos des communistes. Un Martin-Chauffier, chrétien, trouve cela épatant.

"J'ai toujours admiré avec un peu d'effroi et de répulsion ceux qui, pour la patrie ou une cause.... choisissent toutes les conséquences de la duplicité, le dégoût de leurs compagnons de combat qui voient en eux un traître...."

Là où Martin-Fauchier nous double, c'est quand il assure que ces gens-là faisaient cela pour une cause ou pour la patrie, alors que le résultat immédiat, incontestable et immanent de leur attitude était de les maintenir, eux, en pleine forme, grâce aux colis de ceux qui n'étaient pas leurs complices.

Vous allez me dire que ça me va bien, à moi qui n'ai pas (encore) été déporté, d'écrire ça. Mais pardon, je me borne à répéter ce qu'a dit Rassinier qui, lui, l'a vécu et a le droit d'en parler.

Il m'a demandé une préface parce qu'il nous découvre une communauté d'esprit, bon, mais je suis très loin d'être toujours de son avis.

D'abord, à un moment, voilà que le gars se met à prendre Sartre au sérieux. Et il s'amuse à lui "répondre". Répondre à qui? Au néant? Ça m'a déjà mis en boule.

Pour moi, il y a deux humanités: les gens bien, ceux qui appellent Sartre le "Taenia" ou l'"Agité du bocal", et les autres.

Cela est si vrai que notre Rassinier qui, jusqu'à sa conclusion a été d'une clarté parfaite, se met à écrire en charabia 5 dès qu'il s'avise à commenter un quelconque bafouillage du Taenia. Vous pouvez lire la page 225, vous êtes carrément dans les pleines ténèbres.

La pensée qui était solide devient floue, vague, glissante. Notre auteur, qui paraissait objectif, se met à revendiquer "l'inspiration humaine du marxisme". Mais je m'en fous, moi du marxisme. Pourquoi pas le Taoïsme? le Christianisme? la Monarchie? le Bonapartisme? la Synarchie? le Plan Monnet?

Quand j'entends ça, j'ai envie de proclamer, comme La Brige: Je suis pour Philippe-Auguste et pour Louis X dit le Hutin.

Pourvu que Rassinier lisant ce passage ne s'avise pas de corriger sa réponse! Vous verrez tout de suite l'influence fuligineuse du bigleux agissant par sa seule présence.

Mais ça alors, recta.

Comme disait ce latiniste qui écrit sanatoria pour sanatoriums.

On m'a dit: Si l'on essaie de traduire le taenia en bon langage français, on découvre des vérités premières mêlées à d'incroyables niaiseries.

On y découvre aussi d'inévitables infamies qui semblent à ces coprophages à peu près aussi nécessaires que le jargon dont ils les enveloppent.

Le Taenia et un certain Merleau-Ponty n'hésitent pas à écrire, en janvier 1950, qu'"on ne trouve pas dans les camps soviétiques le sadisme, la religion de la mort, le nihilisme qui ont produit les camps d'extermination nazis".

J'aime mieux les croire que d'aller y voir. Et vous?

Mais que penser de ces "philosophes" à qui l'instrument de la dialectique fait découvrir que le nihilisme et le sadisme sont propres aux compatriotes de Kant, de Marx et de Goethe et, en particulier, inconnus chez ceux de Pierre le Grand, de Gengis Khan et d'Ivan le Terrible?

C'est de cela qu'il s'agit, lisez bien. La pensée sartrizenne, autant en emporte la chasse d'eau, et si la Wehmarcht existait il ne serait plus question pour elle de douter des vertus allemandes mais, enfin, voilà ce que l'on écrit de nos jours, et très froidement.

Vous me direz: cela est fait par de plats imbéciles que nul ne s'avise de prendre au sérieux, mais leur imbécillité même les place d'instinct dans le troupeau. Ils n'expriment jamais que ce que tous les imbéciles pensent autour d'eux. En conséquence, cela représente une certaine "opinion".

Vous voyez bien qu'il est tout de même important d'établir par d'autres méthodes que celle des on-dit, de quelles actions particulières, de quelles tentations, de quels péchés, les Teutons sont capables, à l'exclusion des autres peuples, et si possible d'en apporter une explication soit géographique, soit ethnique, soit biologique, ou même d'établir clairement qu'il s'agit là d'influences infrahumaines très spéciales, résultat d'une malédiction qui leur est propre.

Quand on sera fixé là-dessus, mais alors sérieusement fixé, cela sera une bonne chose de faite.

Dès que le cestode est loin (p. 228), Rassinier revenu à la lumière s'exprime avec force et clarté.

Une autre des raisons qui me font être assez réticent, c'est que le gars a été arrêté comme résistant!

Il y a, entre le résistant actif et moi, un fossé qui se creuse toujours davantage. Moi, pacifiste, je ne continue pas la guerre en civil. La guerre me fait peur sous n'importe quel uniforme, sous aucun uniforme sûrement encore plus. Poignarder une sentinelle et faire fusiller des otages, ça pour moi c'est le comble.

"Alors, sifflent mes Hongroises conditionnées, vous étiez content que les Boches soient là? Vous les aimez bien, ils ont dû vous rapporter gros, vous les regrettez.

-- Non, madame, je savais qu'ils ne pourraient tenir tête au monde entier, qu'ils s'en iraient plus vite qu'ils n'étaient venus, qu'ils ne résisteraient pas à une mâchoire de vingt millions de combattants d'un côté, et vingt millions de l'autre, armés jusqu'aux dents, qui n'avaient nullement besoin de mes V et de mes Croix de Lorraine dans les pissotières, qui avaient beaucoup plus fort que ça, des tanks, des avions et de l'essence.

Et tous les Français le savaient comme moi, à part une minuscule poignée de fous, à part ceux qui faisaient semblant de ne pas le croire parce qu'ils étaient couverts par le double jeu.

"Tous les Français sont des Gaullistes", publiait à Paris, ouvertement, en 1941, le plus courageux des écrivains. Et c'est la vérité.

La vérité qu'il est urgent de publier pendant qu'il y a encore des millions de témoins.

A partir du mois de mai, quand il faisait beau, en sortant à 21h15 du métro, place des Fêtes, par exemple, on allait jusqu'à la porte de Ménilmontant, à pied, en écoutant, qu'on le veuille ou non, brailler tous les haut-parleurs de toutes les maisons, par les fenêtres grandes ouvertes, qui diffusaient la radio de Londres.

Ça faisait bien passer le temps, ça donnait de l'espoir, ça promettait qu'on serait libérés, que les choses iraient mieux.

Tous les Français le savaient. Le crime des gens de Londres a été de faire croire qu'il n'en a pas été ainsi et qu'en France il y avait des millions de traîtres.

Et alors, direz-vous, ils voulaient prendre les places, c'était normal! Qu'est-ce que vous faites, vous? Vous voulez qu'on les pende pour prendre les places à leur tour, c'est kif.

Eh bien, non. Je n'ai envie d'aucune place et je ne veux pendre personne, je ne veux faire assassiner personne dans l'ombre, je fais partie du gang des basculeurs de légendes.

J'aurais plaisir à voir rétablir la vérité sans qu'il soit besoin de saigner même un Bayet ou un Soustelle. Mais l'imposture a été si énorme qu'il faut tout de même un procès monstre pour la dévoiler à tous.

L'imposte est encore plus franche que vous ne le supposez; la plus belle c'est aujourd'hui, quand nous voyons des ministres ou des ministrables faire de l'anticommunisme en priant le Bon Dieu qu'il garde surtout bien en place les troupes et les militants communistes.

Je l'ai déjà dit.

On ne le redira jamais assez.

Cent fois il faut frapper le même clou. Le jour où même pas dans une guerre U.S.A.-Union soviétique, mais où la guerre froide poussée un peu loin fera mettre hors-la-loi les communistes, arrêter leurs chefs et ce jour est proche il ne faut plus se le cacher, absolument rien ne se dressera pour empêcher que les millions de Français qui ont inscrit les noms de ceux qui les ont emprisonnés à la libération, ne se lèvent, aillent chercher par le bras leurs délateurs et, dans le meilleur des cas, les remette sains et saufs entre les mains de la justice très ordinaire.

Pas besoin de tribunaux spéciaux, il n'en est pas question.

Est-ce que vous croyez que j'exagère?

Non, n'est-ce pas, je suis très modéré, je parle en observateur, comme Bourdet, qui dit la même chose que moi. Du reste, Teitgen avoue quatre mille plaintes déposées d'ores et déjà et arrêtées par ses soins.

Comme les voleurs et les assassins ne manqueront pas, emportés eux-mêmes par l'habitude d'invoquer la résistance, c'est le principe de la résistance qui sera discuté.

Et l'on s'apercevra vite (huit jours de baratin presse et radio suffisent) que ce principe est contraire aux lois de la guerre et de l'honneur.

Tuer dans le dos et laisser fusiller les otages, pas besoin de génie pour faire comprendre aux enfants et même aux Hongroises que c'est mal.

C'est contraire au socialisme: le travailleur n'a pas de patrie.

C'est contraire à l'enseignement du Christ: "Rendez à César..."

***

Notre Rassinier, qui m'a demandé une préface, est un résistant, lui, et ça se voit à des tas de petites réflexions par ci par là. Il est logique. Il est pour les nègres contre les blancs, pour le Viet-Minh, il est pour les Indiens contre les Yankees 6. Il est tout à fait d'accord pour que les Arabes se réveillent une belle nuit pour égorger tous les Européens en Afrique du Nord 7, comme Sinistrus Couillonnus le leur a si bien appris. Car ils écoutaient la radio de Londres et celle d'Alger, nos bons indigènes.

Quand les Arabes feront paître leurs brebis sur les villes rasées, sur les jardins rendus à la brousse, Rassinier sera pour les Berbères qui se dresseront pour renvoyer chez eux les Arabes envahisseurs 8. Car, enfin, ces gars-là, comme leur nom l'indique, viennent d'Arabie, et l'Arabie c'est encore plus loin que Marseille.

Rassinier aurait été, dans le Jura, pour le capitaine Lacuzon qui avait juré d'exterminer tous les Français après le traité de Nimègue (1679) et qui voulait rendre la Franche-Comté aux Espagnols 9.

Enfin, il ne peut pas le nier le salaud, on le tient; du moment qu'il a été déporté il a résisté. S'il a résisté il a tué du boche ou saboté son matériel 10. A l'époque, moi, crâne bourré aussi, je l'aurais peut-être aidé. Maintenant, fini.

J'ai compris.

Ma doctrine est simple. Qui que ce soit qui arrive, je baisse mon froc. Russes ou Algonquins. Je suis pour César. Pas d'armes. Il n'a absolument rien à craindre de moi, César. Tous ceux qui viennent sont des amis. Buvons un coup, buvons-en deux. Toujours! Laissons les émigrés beugler au micro. S'ils veulent débarquer je ne les empêche pas. Amis avec eux quand ils arrivent 11.

Ça c'est de la doctrine.

Est-ce à dire qu'il a gagné César ? Non, il est cuit. J'ai mon arme secrète, une anarchie indestructible. Les occupations, il y en a qui durent mille ans et les occupés se libèrent. Les Corses et les Jurassiens ne voulaient pas tous être français, et puis ça c'est passé 12.... Besançon, vieille ville espagnole.... On l'eût oublié, sans Hugo.

Il faut laisser les courants s'établir. Si on veut créer une véritable amitié franco-allemande, il y a des éléments, c'est une vieille tradition, ça remonte très haut, Charlemagne, Roland, le conte de l'amitié Amice et Amile, les échanges n'ont jamais cessé, lettres, arts, musique et surtout les sciences. Liebig, le grand chimiste allemand était un vrai Parisien.

Qu'on me donne deux journaux, un français et un allemand, et la radio, en dix mois je commence à baratiner les nerfs européens pour qu'il n'y ait plus de guerre possible, pensable, puisque les petits Fritz grinceront des dents si on leur dit qu'il y avait des salauds de Fritz autrefois qui voulaient dominer l'Europe, leur patrie.

Mais si on me donne six ans, dix ans et la bibici, là alors, je veux les voir conditionnés comme les chiens de Pavlov bavant de colère au mot "résistant".

On fait l'Europe. On organise des échanges. On franchit le Rhin avec des fleurs, on explique bien à tous ces gens-là qu'ils sont frères. Ils ne parlent pas la même langue, mais elle a des racines communes, du sanscrit. Et puis quand ils sont en petits groupes, ils s'entendent bien. On ne voit aucune raison pour qu'ils aillent se massacrer. Pardon, il y en a qui ne veulent pas de ça, ils se liguent, ils conspirent, ils "résistent"?

Non. Ce n'est plus possible. On oublie que l'infernale tornade qui a saccagé l'Europe est née des patries agressives.

La patrie, il faut la faire passer tout doucement avec de grandes précautions, sur le plan de l'Europe entière et, cela ne va pas être facile, il faudra d'abord rassurer, il faudra passer son temps à rassurer. Montrer que les unions franco-allemandes ne visent personne, mais invitent tout le monde. Et la présence par moitié (pas moins) de la France est seule capable d'apaiser les Etats d'Europe plus petits, qui ont gardé méfiance des Teutons.

Est-ce là une vision d'avenir? Vous savez bien que non. C'est platement banal. Voilà des siècles qu'on en parle. Mais alors, il faut faire la lumière sur les questions irritantes, il faut débrider les plaies infectées, et la littérature concentrationnaire est une de ces plaies.

La tentative de Rassinier n'est pas seulement un mouvement d'historien, un réflexe d'homme libre, c'est aussi un acte qui s'inscrit dans nos tâches les plus ingrates. L'Europe doit se faire, elle ne se fera pas avec les nazis ou les antinazis également fanatisés, elle se fera avec le tiers-parti, avec le fond solide du bon paysan qui ne veut emm.... personne et qui veut que personne ne l'emm....

Ça fait du monde.

Vous allez me dire que voilà encore de vilaines expressions. Je regrette, j'ai beau chercher, je n'en trouve pas d'autres.


A. Paraz

Vence, le 15 juin 1950


Extrait du livre de Paul Rassinier, Le Mensonge d'Ulysse, qui est paru d'abord aux Editions bressanes en 1950. Cette première partie était parue auparavant sous le titre Passage de la ligne en 1948. L'ensemble a été plusieurs fois réédité par différents éditeurs, de droite comme de gauche. Nous utilisons l'édition procurée en 1980 par La Vieille Taupe, à Paris. Signalons qu'il existe une traduction anglaise un peu abrégée (il y manque les trois premiers chapitres) parue, avec d'autres textes de Rassinier, sous le titre Debunking the Genocide Myth, parue en 1978 aux Etats-Unis.

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