AAARGH

 

| Accueil général | Accueil français |

| La parole à nos adversaires | Les Vigilants |


Lyon 2 et les négationnistes

 

Où l'on apprend, par la bande, que l'université organise des sauteries avec le CRIF, un des plus importants centres de coresponsabilité dans les crimes contre l'humanité qui se produisent chaque jour en Palestine depuis 51 ans et, accessoirement, que le jeune bitard Videlier a été condamné pour diffamation envers le sieur Robert, "jugement confirmé en appel en 1999". Il ne semble pas que le bitard s'en soit vanté dans les colonnes du Monde diplomatique.


Introduction


Depuis le printemps 1999, à l'occasion de deux procès intentés à un ancien étudiant de Lyon 2 pour des publications "révisionnistes" , l'université Lyon 2 a été à plusieurs reprises mise en cause, accusée ou soupçonnée de favoriser cette falsification de l'histoire. L'Université a chargé un historien, Bernard Comte, d'établir un historique de tout ce qui dans cette Université avait eu un rapport, de près ou de loin, avec le négationnisme. Bernard Comte a remis au président de l'universitéune première étude rendue publique le 5 novembre 1999. Cette étude permet déjà de fournir une réponse synthétique à ceux qui se sont interrogés sur la responsabilité de Lyon 2. On la trouvera donc ci-après, présentée sous forme de réponses à 7 questions.

1. Lyon 2: un repaire, une pépinière de négationnistes?

Plusieurs articles de presse ont qualifié ainsi l'université Lyon 2, en l'associant à sa voisine Lyon III (les négationnistes, qui préfèrent s'appeler "révisionnistes" , sont ceux qui nient la réalité du génocide commis par les Nazis contre les Juifs et Tsiganes d'Europe, en niant l'existence des chambres à gaz, instrument de l'extermination). La première "affaire" a concerné en 1978-79 Robert Faurisson, professeur à Lyon 2; elle a été suivie par celle de la thèse de Nantes en 1985-86 (impliquant un professeur de Lyon2 et un de Lyon III). Si l'affaire Notin en 1990 concerne essentiellement Lyon III, on retrouve Lyon 2 avec la querelle autour de François Robert en 1993 et surtout avec l'affaire Plantin (1998-99) qui compromet les deux Universités pour des diplômes d'histoire obtenus en 1990 et 1991. Lyon est-elle la "capitale du négationnisme" , et Lyon 2, avec sa voisine, un des foyers nourriciers de cette idéologie?

- Ces cinq "affaires" ne sont pas du même ordre et ne mettent pas en cause de la même manière la responsabilité des deux universités. Lyon 2 a immédiatement réagi aux initiatives négationnistes de certains de ses membres et a sanctionné leurs auteurs, individus isolés sans soutien dans l'université. En revanche, plusieurs groupes ou personnalités d'extrême droite se sont installés à Lyon III, avec la faveur ou l'indulgence des responsables de l'université; c'est autour d'eux que sont apparues des manifestations négationnistes, que l'universitén'a pas sanctionnées avant les années 1990.

2. Robert Faurisson Cet universitaire, mondialement connu comme maître en "révisionnisme" sur la question du génocide et des chambres à gaz, n'était-il pas professeur à Lyon 2?

- Robert Faurisson, qui n'est pas spécialiste d'histoire mais de littérature française, a été nommé maître de conférences à Lyon 2 en 1973, à la faveur d'une péripétie de procédure, contre le voeu du département de français et de l'université; ses opinions "révisionnistes" n'étaient pas connues alors.

- Il y a enseigné cinq ans, assez isolé, résidant à Vichy et peu intégré à la vie de son UER. Ayant été écarté des propositions de promotions, il a intenté un recours contre l'université, que le conseil d'Etat a rejeté (1975-78).

- Dès que ses thèses négationnistes sont devenues publiques (16 novembre1978), les historiens de Lyon 2 les ont condamnées, ainsi que le président de l'université, Maurice Bernadet; celui-ci a suspendu, au nom de l'ordre public, ses cours qui risquaient d'être troublés. Empêché ensuite par des manifestants de les reprendre, Faurisson a bénéficié des efforts de l'universitépour assurer sa sécurité et lui permettre d'enseigner. Sans aucune complicité ni indulgence pour ses "thèses", Lyon 2 a tenu à faire respecter ses droits et libertés de fonctionnaire, étant donné qu'on n'avait pas relevé contre lui de faute professionnelle ou délit.

- Le ministère l'a placé, à la rentrée 1979, à la disposition du Centre national de télé-enseignement; intégré, comme tous les maîtres de conférences, au nouveau corps des professeurs des universités, il est resté titulaire de son poste à Lyon 2 sans y exercer aucune activité. Son rôle à la tête des "études révisionnistes" n'a donc absolument aucun rapport avec son appartenance à Lyon 2.

3. Un professeur de Lyon 2 membre du jury de la "thèse de Nantes". En juin 1985, Henri Roques soutient avec succès à l'universitéde Nantes une thèse sur le "rapport Gerstein" (récit d'un SS, témoin oculaire d'une action d'extermination dans une chambre à gaz) qui prétend démontrer que ce témoignage n'est pas fiable. Ecrite dans la perspective négationniste avec l'aide de Faurisson, la thèse est annulée en 1986 à la demande du ministre Devaquet. Parmi les trois membres du jury figuraient Jean-Paul Allard, professeur d'allemand à Lyon III, et Pierre Zind, professeur associé à Lyon 2. Pourquoi cette rencontre?

- Pierre Zind, professeur d'histoire dans un lycée privé et docteur ès lettres (thèse d'histoire), donne un cours d'histoire à Lyon 2 en Sciences de l'éducation. Professeur associé depuis 1984, on ne le connaît dans l'universitéque pour sa compétence en histoire de l'enseignement.

- Or son attachement passionné à la cause de l'autonomisme alsacien l'a amené à "réviser" l'histoire de l'Alsace et celle d'Oradour et à se lier à des militants extrémistes. Bon germaniste et spécialiste de la critique des textes, il a accepté de juger le travail de Roques; par volonté de rendre justice à l'Allemagne, il est resté aveugle à la portée négationniste de ses conclusions.

- Dès que le scandale de cette thèse a été connu en mai 1986, les centres de recherche historique et le président de Lyon 2 ont condamné à nouveau les thèses négationnistes, et il a été mis fin à l'enseignement de Pierre Zind. Lyon 2 a donc pris spontanément les mesures légalement envisageables, sans s'abriter derrière le respect de l'indépendance d'un jury universitaire et en reconnaissant la part de responsabilité de l'université: n'étant pas informée des opinions et activités extérieures de cet enseignant qualifié, elle s'est laissé surprendre. Mais comment se renseigner sans tomber dans une suspicion de type policier inadmissible dans l'université, qui tient à respecter la liberté des opinions et des activités personnelles de ses membres?

4. L 'affaire Notin. Cet enseignant d'économie à Lyon III a publié en 1990, dans une revue scientifique, un article comportant des expressions antisémites et une évocation des chambres à gaz qui met clairement en doute la réalité de leur existence. Lyon III a désavoué ces idées, mais n'a pris de sanction que sous la pression instante du maire de Lyon et du ministère, dans un climat enfiévré par la profanation du cimetière juif de Carpentras et par le vote de la loi Gayssot.

- Bien que Lyon 2 ne soit pas directement concernée, son président, Michel Cusin, a voulu, au printemps 1990, susciter une réflexion collective sur les questions que soulève la répétition des initiatives négationnistes. Avec le président de Lyon III, il défend l'indépendance universitaire contre toute ingérence, notamment politique, mais il affirme aussi (dans une tribune libre publiée par Le Monde, 17 mai 1990) que la liberté académique implique des responsabilités: devoir de compétence et de réserve, solidarité collégiale.

5. François Robert: un ancien négationniste au centre Pierre Léon? L 'affaire est née en 1993 de l'initiative d'un chercheur du Centre Pierre-Léon [nommé VIDELIER] (Centre d'histoire économique et sociale de Lyon 2 et laboratoire du CNRS) protestant contre le recrutement dans ce centre, comme ingénieur d'études au CNRS, d'un agent qualifié qu'il soupçonne de convictions négationnistes. François Robert a en effet milité, douze ans plus tôt, à La Guerre sociale, groupement et journal communiste-révolutionnaire qui a repris les thèses négationnistes en leur donnant un prolongement idéologique anticapitaliste. Un Centre de recherche historique peut-il employer (fût-ce pour travailler sur les archives industrielles) un négateur de la vérité historique?

- Robert, d'abord silencieux et défendu par le directeur du Centre Pierre-Léon, Yves Lequin, professeur à Lyon 2, déclarera ensuite publiquement qu'il n'a jamais partagé les thèses négationnistes de La Guerre sociale et qu'il les réprouve absolument. Les enquêtes successives menées par le CNRS et par plusieurs historiens actifs contre le négationnisme concluent qu'il ne peut lui être reproché aucun acte, parole ou écrit négationniste depuis qu'il a quitté en 1982 La Guerre sociale. Ses accusateurs, qui ont mené une vive campagne, sont condamnés pour diffamation à Paris en1998, jugement confirmé en appel en 1999.

- Cet épisode montre que l'ultra-gauche négationniste a été présente à Lyon dans les années 1979-82, mais il n'établit aucun soupçon d'indulgence pour le négationnisme de la part d'Yves Lequin, du CNRS ou de Lyon 2.

6. Le négationniste Plantin, "bébé éprouvette" né de la conjonction des deux Universités lyonnaises? A l'occasion du procès intenté en 1999 à Jean Plantin, éditeur près de Lyon dela revue Akribeia qui signale et recommande les publications négationnistes, il est révélé qu'il a obtenu en 1990 une maîtrise d'histoire à l'universitéLyon III, avec mention Très Bien, et en 1991 un DEA d'histoire contemporaine à Lyon 2 (avec 11 sur 20, note qui ne permet pas de s'inscrire en thèse). Les deux professeurs concernés, Régis Ladous et Yves Lequin, sont connus pour leurs convictions et leur engagement contre le négationnisme. Le mémoire de DEA (sur le typhus dans les camps de concentration nazis) n'a pas été conservé par le directeur; le lecteur attentif d 'aujourd'hui décèle dans le mémoire de maîtrise (sur Paul Rassinier) une orientation négationniste nette, quoique habilement masquée. Comment expliquer cette attribution de deux diplômes d'histoire à un étudiant adepte d'une vision mensongère de l'histoire?

- On sait aujourd'hui que dès sa licence Plantin était adepte des thèses négationnistes, sans le clamer; ses professeurs l'ignoraient. L'Université ne procède pas à des enquêtes d'opinion sur les étudiants qu'elle accueille.

- On peut reprocher aux deux professeurs un manque de vigilance et une insuffisante attention: acceptation des sujets proposés par Plantin, suivi de son travail, lecture et notation des mémoires. Reconnaissant ces faiblesses, ils ont démissionné des directions de DEA qu'ils assumaient; de tels dysfonctionnements de l'institution universitaire appellent des mesures de réforme et de contrôle, que Lyon 2 a aussitôt mises en oeuvre.

- Mais cela n'implique aucune complicité avec le négationnisme; ces défauts de fonctionnement, trop fréquents dans nos universités surpeuplées, n'autorisent pas à voir en Lyon 2 un foyer de diffusion de ces thèses.

7. L 'Université Lyon 2 et le négationnisme - Dès que les "recherches" de Faurisson sur le génocide et les chambres à gaz ont commencé à être connues (partiellement dès 1974, et plus précisément en 1978), ses thèses ont trouvé à Lyon 2 même un contradicteur compétent: François Delpech, historien du judaïsme français contemporain. De 1979 à 1981 (jusqu'à la maladie qui l'emportera), il a multiplié les interventions orales et écrites et les initiatives pédagogiques pour diffuser la connaissance du génocide et dénoncer les procédés anti-historiques des soi-disant "révisionnistes".

- Les deux centres de recherche en histoire contemporaine de Lyon 2 (Centre Pierre-Léon déjà cité, Centre André-Latreille d'histoire religieuse) ont fermement condamné les thèses négationnistes et organisé des colloques et des conférences sur la Deuxième Guerre mondiale. Plusieurs de leurs membres ont fait des cours et dirigé des travaux sur le génocide, la France de Vichy et les rapports Juifs-chrétiens; ils ont animé des réunions pour diverses associations, dont le CRIF et l'UEJF, et participé à la conception et à l'animation du Centre d'histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon et du Musée-Mémorial de la Maison des Enfants d'Izieu; ils siègent à la commission municipale sur la spoliation des biens juifs sous l'Occupation.

- Ces actions ont été souvent menées, depuis 1990 surtout, en liaison avec les professeurs d'histoire contemporaine de Lyon III, dont la déclaration contre le négationnisme (avril 1990) a donné un élan décisif à l'effort de rectification mené depuis dans cette Université.

- Apparemment séduisante, l'expression "Lyon, capitale du négationnisme" est fallacieuse. Faurisson, mentor du négationnisme international, a mené ses actions de Vichy sans insertion lyonnaise. Certes Lyon III a constitué de 1980 à 1995 environ une place forte de l'extrême droite intellectuelle favorable au "révisionnisme". Mais la répétition d"affaires" où étaient compromis des enseignants de Lyon 2 ne peut être considérée que comme la succession d'événements fortuits, sans qu'il y ait lieu de mettre en cause soit un groupe d'universitaires soit le climat de l'université. En revanche, la contribution de celle-ci à la lutte contre le négationnisme n'est pas négligeable.

©Université Lyon 2 - Novembre 1999

//www.univ-lyon2.fr/DOSSIERS/Lyon2/lyon2_et_negationnistes.html]

Jeudi 4 Novembre 1999


Ce texte a été affiché sur Internet à des fins purement éducatives, pour encourager la recherche, sur une base non-commerciale et pour une utilisation mesurée par le Secrétariat international de l'Association des Anciens Amateurs de Récits de Guerre et d'Holocauste (AAARGH). L'adresse électronique du Secrétariat est <[email protected]>. L'adresse postale est: PO Box 81475, Chicago, IL 60681-0475, USA.

Afficher un texte sur le Web équivaut à mettre un document sur le rayonnage d'une bibliothèque publique. Cela nous coûte un peu d'argent et de travail. Nous pensons que c'est le lecteur volontaire qui en profite et nous le supposons capable de penser par lui-même. Un lecteur qui va chercher un document sur le Web le fait toujours à ses risques et périls. Quant à l'auteur, il n'y a pas lieu de supposer qu'il partage la responsabilité des autres textes consultables sur ce site. En raison des lois qui instituent une censure spécifique dans certains pays (Allemagne, France, Israël, Suisse, Canada, et d'autres), nous ne demandons pas l'agrément des auteurs qui y vivent car ils ne sont pas libres de consentir.

Nous nous plaçons sous la protection de l'article 19 de la Déclaration des Droits de l'homme, qui stipule:
ARTICLE 19 <Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontière, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit>
Déclaration internationale des droits de l'homme, adoptée par l'Assemblée générale de l'ONU à Paris, le 10 décembre 1948.


[email protected]

| Accueil général | Accueil français |

| La parole à nos adversaires | Les Vigilants |

L'adresse électronique de ce document est:

http://aaargh-international.org/fran/arvs/vigilants/golias/golias9910xx1atele.html