AAARGH

| Accueil général | Accueil français |

| English homepage | Chomsky |

Pierre Guillaume
La Vieille Taupe Paris, le 14 février 1994


Monsieur le Directeur de publication
Le Monde diplomatique
15, rue Falguière
75501 PARIS cedex 15

Droit de réponse.
Copies à Chomsky, à K-film, à Sandrine Vernet et Klaus Gerke
à Mark Achbar, à Peter Wintonick.

Monsieur,

Mis en cause en tant qu'éditeur du texte de Chomsky : "Avis sur la liberté d'expression" en tête du Mémoire en défense de Robert Faurisson, je vous demande de publier le droit de réponse ci-joint, conformément à la loi sur la presse (Loi du 29 juillet 1981 article 13. - L. 29 sept 1919) et dans les conditions ordinaires de la loi que je vous rappelle:

"En ce qui concerne les journaux ou écrits périodiques non quotidiens, le directeur de la publication, sous peine de l'amende prévue pour les contraventions de la cinquième classe, sans préjudice des autres peines et dommages-intérêts auxquels l'article pourrait donner lieu, sera tenu d'insérer la réponse dans le numéro qui suivra le surlendemain de la réception.

Cette insertion devra être faite à la même place et en mêmes caractères que l'article qui l'aura provoquée et sans aucune intercalation."


Ma mise en cause se trouve dans un article intitulé: "Un film sur Noam Chomsky. Pour un judo de l'esprit." et signé I. R. (Le Monde diplomatique, décembre 1993, page 29). Elle est d'autant plus surprenante que Chomsky dément cette allégation qui me vise, précisément dans le film dont il est rendu compte.

Bien que n'étant pas nommé explicitement, je suis accusé, au minimum d'avoir participé, sinon d'avoir organisé, une "manipulation"[à laquelle] "Chomsky lui-même n'a pas échappé. Il s'est fait piéger, on le sait, par un négationniste français"

La suite de la phrase dénote une connaissance réelle des choses et une volonté subtile de falsifier: "qui, connaissant son combat pour la liberté d'expression, a obtenu de Chomsky un texte à cet égard". Le lecteur est amené à croire que l'éditeur de Faurisson a obtenu de Chomsky un texte général sur la liberté d'expression, comme il en existe tant, et qu'il l'a abusivement "publié en préface d'un ouvrage niant l'Holocauste." Le lecteur ignorera donc que le texte de Chomsky n'est pas consacré à la liberté d'expression en général, ce qui est à la portée de n'importe quelle andouille, mais à la liberté d'expression de Faurisson qui est cité vingt et une (21) fois en six pages! Ce simple fait dément les allégations de manipulation lancées contre moi par le journaliste I. R.. J'ajoute, mais le journaliste pouvait l'ignorer de bonne foi, que j'étais éditeur de Chomsky avant de devenir l'éditeur du Mémoire en défense de Faurisson. Ma correspondance avec Chomsky à cet égard date d'octobre 79 et le contrat de traduction de Political Economy of human rights de Chomsky et Herman date d'août 1980. Le "contrat de cession du droit de publication en langue française" a été signé par la directrice de South End Press le 22 mai 1980, et, pour "Littératures" par Viviane Hamy.

De plus, s'agissant du livre de Faurisson, il ne s'agissait pas d'un quelconque ouvrage "niant l'Holocauste" mais d'un Mémoire en défense, c'est à dire de la réponse publique (grâce à moi) à une accusation publique, dans un procès public, ou l'avis de Chomsky avait fait l'objet d'un dépôt judiciaire et donc d'une communication régulière aux avocats de la LICRA. Chomsky ne m'a jamais fait le moindre reproche au sujet de cette publication.

Mais le comble, c'est la suite.

Le journaliste attribue, entre guillemets, ce qui est fort bien, une citation à Chomsky, et qui est exacte: "Je n'aurais pas dû faire cela, j'aurais dû laisser faire et me taire." Et c'est là qu'est le mensonge! aggravé par l'incidente pateline: "regrette-il aujourd'hui dans une longue séquence consacrée à cette affaire"

C'est dans une citation exacte de Chomsky que réside le mensonge suprême! Le journaliste I. R. n'est pas une andouille!

Le mensonge tient en: "cela", plus exactement en l'antécédent de "cela".

Le lecteur est amené à croire que Chomsky regrette son avis sur la liberté d'expression de Faurisson, qu'il croit être un simple avis sur la liberté d'expression de Rushdie (c'est à dire qui ne coûte rien), en tout cas il aura la certitude que Chomsky regrette que son avis ai été publié par moi, en tête du Mémoire.

Or, ce que regrette Chomsky, dans sa déclaration originale, c'est d'avoir écrit une lettre à un "intellectuel" parisien dans laquelle, sur la base des informations (?) fournies par cet "intellectuel parisien" Chomsky s'interrogeait sur l'opportunité pratique d'une publication dans ces conditions. Cette interrogation, tronquée et interprétée par ce "détracteur parisien" avait été instantanément médiatisée par Anne Sinclair lors d'une émission de télévision, en direct, sur les femmes (!) où "le détracteur parisien" de Chomsky avait été invité impromptu! dans les heures suivant la réception de la lettre de Chomsky!!!

C'est cette lettre, et cela seulement, que Chomsky regrettait!

Ceci peut être vérifié dans le livret du film (page 75), qui reproduit les dialogues, bien que les coupures, montages, interpolations, juxtapositions abusives, dans tous les passages concernant l'affaire montrent que les auteurs, en cette affaire seulement, se sont comportés, avec Chomsky lui-même, en médiateurs protecteurs des "illusions nécessaires". De cela, I. R. n'est pas responsable, mais les responsables ne perdent rien pour attendre.

Chomsky, qui "a décidé de s'engager dans le débat d'idées et de consacrer son énergie et sa brillante intelligence à dessiller les yeux de ses concitoyens" ne regrette pas la publication de son avis sur la liberté d'expression, ni dans le fond, ni dans la forme.

Le Journaliste qui cela cela scella l'infamie de cela.

Pierre Guillaume

P.S.: Il ne vous échappera pas, Monsieur le directeur responsable de publication, de même qu'il n'a pas échappé à I. R., que la vérité est parfois difficile à exposer dans tous ses détails, c'est pourquoi je me contenterai de la publication, conformément à la loi, du droit de réponse ci-joint. Mais pour vous permettre de mesurer toute l'importance qui s'attache à la publication de cette mise au point, je tiens à vous faire connaître les faits suivants:

J'ai été mis en cause dans les médiats, lors de la première publication du Mémoire en défense de Robert Faurisson, en décembre 1980, avec la même accusation mensongère: avoir abusé de la confiance de Chomsky (qui soutient indéfectiblement la liberté d'expression de Faurisson, mais n'a jamais soutenu les thèses de Faurisson, qui se soutiennent toutes seules.).

A l'époque, un jeune homme s'est présenté à mon domicile, et m'a demandé si j'étais bien l'éditeur de l'avis de Noam Chomsky. Il m'a semblé interloqué par la facilité d'accéder jusqu'à moi, et parce que je ne ressemblais manifestement pas à l'image qu'il se faisait de l'éditeur de Faurisson. J'avais immédiatement ouvert la porte, sans même regarder à travers l'oeilleton, et l'avais invité à entrer. Il semblait tendu et hostile et gardait une main obstinément fixée dans la poche de son blouson. Je l'ai chaleureusement félicité de vouloir se faire une idée par lui-même et de venir à la source vérifier les faits sans faire confiance aux médiats. Le hasard a fait que le dossier de ma correspondance avec Chomsky était sur la table de ma salle à manger, et que j'ai pu immédiatement lui montrer un échange de correspondance qui, semble-t-il, l'a désarçonné. Il est parti, plus tendu qu'en entrant, en refusant d'un ton hargneux d'acheter un livre qu'il ne connaissait que par ouï-dire et qui avait motivé sa visite. Il n'a pas sorti la main de sa poche pour serrer la main que je lui tendais. Il avait la main crispée sur un pistolet.

J'en avais eu l'intuition dès que j'ai ouvert la porte et que je l'ai vu. Et je l'ai vérifié, autant que faire se pouvait, en passant derrière lui en le faisant asseoir pour prendre connaissance du dossier. J'ai alors distingué le haut de la crosse dans sa main.

Le meilleur rempart contre la violence, c'est la vérité, rien que la vérité, qui est la forme objective du respect de l'autre.

P. G.


Ce texte a été affiché sur Internet à des fins purement éducatives, pour encourager la recherche, sur une base non-commerciale et pour une utilisation mesurée par le Secrétariat international de l'Association des Anciens Amateurs de Récits de Guerre et d'Holocauste (AAARGH). L'adresse électronique du Secrétariat est <[email protected]>. L'adresse postale est: PO Box 81475, Chicago, IL 60681-0475, USA.

Afficher un texte sur le Web équivaut à mettre un document sur le rayonnage d'une bibliothèque publique. Cela nous coûte un peu d'argent et de travail. Nous pensons que c'est le lecteur volontaire qui en profite et nous le supposons capable de penser par lui-même. Un lecteur qui va chercher un document sur le Web le fait toujours à ses risques et périls. Quant à l'auteur, il n'y a pas lieu de supposer qu'il partage la responsabilité des autres textes consultables sur ce site. En raison des lois qui instituent une censure spécifique dans certains pays (Allemagne, France, Israël, Suisse, Canada, et d'autres), nous ne demandons pas l'agrément des auteurs qui y vivent car ils ne sont pas libres de consentir.

Nous nous plaçons sous la protection de l'article 19 de la Déclaration des Droits de l'homme, qui stipule:
ARTICLE 19 <Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontière, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit>
Déclaration internationale des droits de l'homme, adoptée par l'Assemblée générale de l'ONU à Paris, le 10 décembre 1948.


| Accueil général | Accueil français |

| English homepage | Chomsky |

L'adresse électronique de ce document est:

http://aaargh-international.org/fran/chomsky/VT940214.html
[email protected]