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DE LA RÉVOLUTION MARXISTE AU RÉGIME PRÉSIDENTIEL

par Paul Rassinier

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Défense de l'Homme, numéro 94, août 1956, p. 5-9

 Si l'on dit que la France n'a plus les moyens, ni de gagner, ni de perdre la guerre qu'elle soutient en Afrique du Nord, et qui ne laisse à son comportement d'autre choix qu'entre le ridicule et l'odieux, on se range à une évidence que discutent encore quelques politiciens bornés a qui l'affaire d'Indochine n'a rien appris, mais qui a la valeur d'un postulat pour tous les économistes sérieux, en quelque point de l'arc-en-ciel politique qu'ils se situent.

 Si l'on ajoute que, dans ces conditions, cette guerre risque de faire sauter le régime, il y faut une précision : c'est du régime politique qu'il s'agit. Le régime économique, lui, est encore solide et l'Histoire est là pour attester qu'au long du temps, dans des états de délabrement souvent pires, il en a vu d'autres sans qu'il en résulte de grands dommages pour lui.

 Car, au fond, s'il est exact qu'au cours des vingt derniers siècles, tous les États du monde sont passés, successivement, de la féodalité fortement décentralisée à la monarchie absolue ou constitutionnelle, puis à la République (trop souvent confondue avec la Démocratie) fortement centralisées, il ne l'est pas moins que ces changements ne sont que des nuances dans l'exercice de l'autorité et qu'au plan économique, nous ne sommes passés que du servage à sa forme évoluée,le salariat et de la propriété féodale à la propriété individuelle depuis moins de deux cents ans. Qu'aucune éthique ne soit encore née qui nous rende accessible la notion de propriété collective prise dans le sens de l'imprescriptibilité par quelque groupe ou quelque individu que ce soit, de ce qui est un don grâcieux de la nature à l'humanité entière, et de tout ce qui en découle, de l'effort individuel gratuit au bonheur de l'individu pris comme une unité de mesure de la valeur des sociétés, donne une idée du chemin qui reste à parcourir dans la voie du progrès tant matériel que moral.

 Ce qui fait que ce rapport du réel au rêvé nous a échappé, et nous échappe toujours, c'est cette sorte de messianisme démagogique et à courte vue qui permit à Marx de faire passer pour une doctrine, aux yeux de ses contemporains et de sa postérité, une méthode d'analyse dont, parce qu'il avait eu le mérite d'en découvrir les premiers éléments, il crut pouvoir se dispenser de chercher à la mettre au point. Résultat : depuis la publication du Manifeste communiste, les militants du mouvement ouvrier s'en vont par équipes, clamant partout que le régime capitaliste est à l'agonie, qu'il n'y a plus qu'un tout petit coup de pouce à donner pourvu qu'il le soit violemment, que nous sommes au matin du grand soir, à la tombée duquel nous serons immanquablement en possession du pouvoir politique qui nous permettra de conquérir le pouvoir économique, etc. Dans cet ensemble de billevesées, articulées dans un système cohérent, l'Histoire du Monde commence avec Marx, et finit avec Kroutchev pour les uns, Guy Mollet pour les autres. Et le régime capitaliste est toujours, sinon bien vivant, du moins assez pour entretenir la misère sur toute l'étendue de la planète, et semer la mort en abondance, pour la défense de ses intérêts.

 C'est que le régime capitaliste avait bien des ressources qui ont échappé à Marx et à ceux qui ont fait, du Marxisme, une bible jusqu'à une virgule près.

 Il n'est pas exagéré de dire, par exemple, que si Marx a très bien prévu la concentration capitaliste comme étant la ligne générale de son évolution, il n'a eu que des vues assez rudimentaires quant aux formes qu'elle a prises après lui dans le détail. La société anonyme, le cartel, le trust et leur structure bancaire, avec son corollaire, le jeu du crédit, l'ont très largement dépassé. Il s'est, au surplus, lourdement trompé en faisant, de la disparition des classes moyennes par paupérisation, une conséquence inéluctable de la concentration qu'il prédisait : depuis lui, les classes moyennes n'ont, en effet, cessé de proliférer. Quant au prolétariat, moins de cent ans après lui, on ne le reconnaît plus dans la définition qu'il en a donnée et je passe sur la mission historique qu'il lui assignait.

 En vertu de quoi, ces erreurs caractérisées et ces vues sommaires étant devenues les articles essentiels du catéchisme marxiste, l'agonie du régime capitaliste dure depuis plus de cent ans, et il n'est toujours pas possible de prédire sa mort. Serait-ce que Marx a préféré parler de son agonie plutôt que de sa mort pour se dispenser d'aller au fond des choses et de définir exactement les conditions dans lesquelles un régime économique peut être considéré comme mort? Ou par tactique, pour réserver l'avenir et parce qu'il n'était lui-même pas très sûr de tout ce qu'il disait. On est, de toutes façons, fondé à se poser ces questions.

 Quant à les résoudre, c'est évidemment une autre histoire.

 Personnellement, je crois qu'il en est d'un régime économique comme d'une affaire commerciale et, pour employer la terminologie en usage, qu'on est autorisé à le déclarer en faillite, ou à dresser son acte de décès quand il cesse ses paiements c'est-à-dire quand toutes les traites tirées sur lui de l'intérieur ou de l'extérieur, sont protestées. C'est ce qui est arrivé à la féodalité un peu partout dans les dernières années du 18e siècle, avec le Directoire et les assignats en France.

 Or, la leçon de la féodalité n'a pas été perdue pour la Bourgeoisie : elle a mis au point la technique de la dévaluation, à laquelle la féodalité n'avait, certes, jamais cessé d'avoir recours -- ce à quoi Marx ne semble pas avoir attaché beaucoup d'importance -- mais assez maladroitement pour ne pas dire témérairement. Parti de la livre carolingienne (408 g. d'argent ou 26 g. 275 d'or), le franc était tombé à zéro avec les assignats en un millénaire. Après les assignats, il fallut le redéfinir : on put établir sa valeur à 5 g. d'argent ou 322 milligrammes d'or au titre de 900/1000. Et, depuis, c'est-à-dire en 160 ans, il est tombé de ces 322 milligrammes à 23,2, encore que cette chute n'ait été amorcée qu'après la guerre de 1914-18, c'est-à-dire voici à peine 30 ans.

 C'est la comparaison entre ce millénaire et ces trente ans qu'en tenant compte de l'accélération de l'Histoire, le lecteur est invité à faire. Je doute que, s'il la fait correctement, il soit amené à penser que le franc tombera inévitablement à zéro dans la journée, et qu'on fixe à ce soir la date de cessation des paiements du régime capitaliste en France. On parle de dévaluation à longueur de journée, mais, de 23 milligrammes à zéro, il y a encore de la marge et d'autant plus, qu'instruits par l'expérience, nos grands hommes n'en parlent plus, depuis 1931, qu'à l'échelle internationale. Nous ne sommes plus aux temps préhistoriques de la finance : il y a un code qui garantit la solidarité de toutes les bourgeoisies de la planète, et on ne dévalue plus les uns sans les autres.

 Le régime capitaliste a encore de beaux jours devant lui.

 Et aux théoriciens marxistes de la conquête du pouvoir et de la Révolution, pour ce soir ou pour demain, je préfère ce Professeur de droit et de droite de la Faculté de Lille, M. Émile Giraud, qui écrit froidement en ce qui concerne la France :

 La Quatrième République représente aujourd'hui un échec caractérisé qui n'est pas dû à des causes accidentelles. Tout est défectueux : la Constitution qui est anachronique, antiscientifique, inadaptée aux besoins présents; le personnel politique qui est médiocre ou inférieur, qui ne réalise pas la gravité des circonstances et qui ne mesure pas l'étendue de ses responsabilités; les partis politiques, les uns vieux et sclérosés, les autres inexpérimentés et maladroits..., les classes dirigeantes qui ne comprennent rien à la politique et qui s'en désintéressent... Tant que ces conditions ne seront pas changées, il n'y a pas lieu d'espérer un redressement du régime. Cela ne signifie nullement que les jours de ce régime soient comptés. Deux circonstances seulement pourraient entraîner un changement de régime, la première serait la guerre ou des complications internationales graves dans lesquelles la France serait impliquée, la seconde serait une rechute dans une inflation qui condamnerait à l'instabilité et à l'insécurité toute la vie économique du pays. Autrement, il suffit qu'il n'y ait pas de crise économique et de chômage, que le standard de vie de la nation se maintienne ou tende à s'améliorer, que les groupements professionnels obtiennent une partie des avantages qu'ils réclament, pour que la guimbarde continue à avancer cahin-caha. En effet, la France accepte la médiocrité et la stagnation pourvu que l'on ne dérange pas ses habitudes.

 Celui-ci a une vue claire des choses : il ne parle que du régime politique : sa « guimbarde qui continuera d'avancer cahin-caha », c'est la quatrième république et non le régime capitaliste lui-même.

 Les deux circonstances dont il parle, comme étant susceptibles d'y apporter des changements: la guerre ou des complications internationales graves, ensuite l'inflation, sont réalisées en une seule: la guerre en Afrique du Nord.

 Et, d'après lui, ces changements seront suffisants s'ils portent sur la constitution, le personnel politique et les partis.

 L'homme providentiel et le régime présidentiel, parbleu!

 Il n'est que de penser à ce qui s'est passé en Italie, en Russie, en Allemagne, en Argentine, etc. pour conclure que nous en serons bien avancés.

 Mais, qu'en pensent les marxistes?

 

OOOOOOOOOOOOOOO

 

L'échéance d'automne

 Des journaux ayant parlé d'un rendez-vous que le gouvernement Guy Mollet aurait pris avec la classe ouvrière, puis annulé, le Président du Conseil a cru devoir préciser qu'un tel rendez-vous n'avait jamais été dans ses intentions.

 « Nous avons fait, pour cette année, tout ce que nous pouvions faire pour la classe ouvrière », a-t-il ajouté.

 Là-dessus, d'autres journaux dont France Observateur assurent que la détérioration du climat social consécutive à l'inflation pourrait bien déclencher cet été des grèves généralisées, lesquelles, ajoutées à l'impopularité de la guerre d'Algérie seraient de nature à effrayer les modérés et la droite et à les inciter à renverser le gouvernement.

 A l'Assemblée Nationale, il y a, c'est sûr, une majorité possible en faveur d'un gouvernement qui ne comprendrait évidemment pas les socialistes. Son point faible n'est, dans le présent, constitué que par les réticences du M.R.P. et les hésitations des Poujadistes à s'y intégrer. Toutes ces difficultés ne sont pas insurmontables et, le jour où le gouvernement de Guy Mollet aurait pris toutes les mesures financières aussi impopulaires que la guerre à laquelle elles doivent subvenir, un simple dosage des portefeuilles en viendrait aisément à bout.

 Nous aurions alors un gouvernement qui pourrait rejeter l'impopularité à la fois de la guerre d'Algérie et des mesures qu'elle a nécessitées, sur le Socialisme au Pouvoir.

 C'est ainsi que les choses se sont toujours passées : la droite n'a jamais laissé la gauche au pouvoir que le temps de prendre les mesures qu'elle jugeait nécessaires mais dont elle ne voulait pas assumer la responsabilité.

 A la rentrée parlementaire, le climat social et le climat politique seront vraisemblablement mûrs pour l'opération. D'ici là, Ramadier aura, en effet, tout mis en place pour que les candidats à la succession du gouvernement actuel puissent entrer dans la place en se donnant des airs de brebis réparant les dégâts.

 S'ils sont eux-mêmes obligés de prendre quelques mesures impopulaires, d'abord, elles ne seront rien en comparaison de celles de Ramadier et ils auront ensuite beau jeu de dire qu'elles ont été rendues nécessaires par lui.

 Au surplus, pour se garantir contre l'instabilité, ils commenceront par modifier la Constitution de telle sorte que, pour les chasser du pouvoir par les lois parlementaires, ce sera impossible et que, le peu des libertés qui nous restent n'y figurera plus, ce qui rendra tout aussi impossible, pour longtemps toute tentative de les en chasser par d'autres lois.

 On appellera présidentiel le nouveau régime politique qui résultera de ces modifications et on continuera de le dire républicain.

 Dans la réalité, ce sera une dictature.

 

Les projets Ramadier

 Il faut reconnaître que, pendant des semaines, le Ministre des Finances a, au moins « montré les dents ». On allait faire payer les riches.

 Puis,les pressions habituelles s'exercèrent et, de concession en concession, il est arrivé ceci :

1. -- Tout ce qui pouvait apparaître comme une fiscalité sur la richesse acquise a été écarté;

2. -- Les taxes sur les actifs nets des sociétés et sur leurs super-bénéfices, ont été repoussées à 1957;

3. -- La préférence a été donnée aux mesures pesant plus particulièrement sur le consommateur (augmentation des taxes sur les produits de grande consommation, détaxes sur les produits industriels, dérogations au blocage des prix, etc.)

4. -- Lancement d'un emprunt.

5. -- Mesures de restriction du crédit et augmentation de 20 à 25 % de la participation des banques aux emprunts du Trésor.

 La conséquence de ces deux dernières mesures a été qu'en Bourse, l'indice des valeurs est passé de 308 à 332 en six semaines et que la spéculation sur l'or a repris.

 Et cela, c'est le commencement de l'inflation contre laquelle il n'y a que deux mesures possibles : la déflation qui suppose en premier lieu la restriction des dépenses de l'État ce qui est impensable, et la dévaluation.

 Le premier de ces remèdes s'excluant de lui-même, on aura recours au second.

 Ce n'est qu'une question de date.

 Et, à cette date -- qui n'est pas si éloignée que les discours du Président du Conseil tentent de le faire croire -- les jours du gouvernement seront comptés!

 S'il n'est pas renversé de la veille!

 

De Paris à Suez

 L'affaire du Canal de Suez est arrivée à point nommé pour faire passer la muscade : du coup M. Ramadier a obtenu du Parlement à la veille de partir en vacances, exactement tout ce qu'il voulait. Impôts, emprunts, taxes, détaxes, dérogations, hausse sur certains prix, els députés ont tout voté d'un coeur plus léger. Il leur fallait une excuse devant leurs électeurs et Nasser la leur a fournie.

 Comme sur commande.

 

Au fond des choses

 Le canal de Suez est une voie d'eau internationale. Comme les Dardanelles, Tanger, le Rhin et le Danube.

 sur une planète socialisée, les voies d'eau ne poseraient pas de problèmes. Sur la nôtre qui est de plus en plus loin de l'être, qui oppose les uns aux autres les intérêts nationaux de plus en plus inextricables des différents États, elles sont des pommes de discorde qui font l'objet de conventions périodiquement remises en cause : il est, en effet de première importance que tous les usagers aient part à leur gestion. Et il n'est pas moins normal qu'ils cherchent à s'éliminer les uns les autres.

 On observera toutefois que le canal de Panama, depuis le scandale qui l'illustra, a échappé à la règle générale, bien qu'il soit contrôlé uniquement par les Américains. Et que, depuis la fin de la guerre 1914-18,les Dardanelles, également contrôlées par une seule puissance, n'en font plus partie.

 La thèse de l'Egypte est depuis fort longtemps que, le canal de Suez, passant en Egypte comme le Rhône en France, elle devrait être seule à le contrôler et à en retirer les bénéfices. On est nationaliste ou on ne l'est pas, et si on l'est, cette thèse est indiscutable.

 La thèse de l'Angleterre et de la France, qui sont les principaux usagers pour le transport de leurs besoins en huile lourde est qu'il n'est pas possible d'en laisser le contrôle à une seule nation, laquelle pourrait, dès qu'elle le voudrait, paralyser toutes leurs industries en empêchant le pétrole de leur arriver. Elle se double de cette circonstance un peu particulière : la France et l'Angleterre détiennent la majorité des actions à la Compagnie de Suez, la reine d'Angleterre en personne en possède 300.000 et le Président du Conseil d'Administration est M. Georges-Picot, dont Mlle Léone a récemment illustré le nom. Cette thèse se heurte au droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et elle a ceci de particulier qu'elle est défendue par un gouvernement dont, en 1936, les membres les plus influents avaient fait de la nationalisation systématique l'article clé de tout un programme, autrement dit qui refusent à l'Egypte le droit de faire ce qu'ils jugent excellent en France.

 La thèse américaine est plus prudente : pour que personne ne soit tenté de proposer l'internationalisation du canal de Panama, la politique constante de l'Amérique a été qu'il n'était pas important que les grandes voies d'eau internationales soient sous le contrôle d'une seule ou de pusieurs nations.

 Aussi, tandis que l'Angleterre et la France menaçaient Nasser de représailles -- je ne dis rien de l'Angleterre, mais il évident que la France n'a pas assez de l'affaire d'Algérie sur les bras! -- l'Amérique manoeuvra pour obtenir une conférence internationale dans le courant du mois d'août, en vue de régler le différent.

 Il n'y avait d'ailleurs pas que cette raison à cette attitude.

 

Le jeu américain

 A l'appui de son geste, Nasser a produit deux arguments. L'un est doctrinal : nous sommes chez nous. L'autre, d'ordre pratique : avec les bénéfices de l'exploitation du canal, nous construirons un barrage à Assouan et notre production cotonnière s'en trouvera considérablement augmentée.

 Je n'aime guère qu'on invoque le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes : tenant ses lettres de noblesse de Renan, cette notion n'a, dans la pratique, jamais servi que le nationalisme souvent le plus fanatique, et l'Algérie, le Maroc et la Tunisie sont présentement en train de nous en fournir une nouvelle preuve. Pas davantage, je n'aime entendre un dictateur parler de nationalisations. Je porte, dans ma chair, quelques conséquences de l'habileté avec laquelle un certain Hitler a manifesté ces deux thèmes. Mais, oui ou non, sont-ils communs à la fois aux dictatures et aux démocraties? Et d'autre part, Nasser a été assez astucieux pour garantir la libre navigation de tous les pavillons sur le canal et déclarer que, ce qu'il voulait seulement, c'était les bénéfices de la Compagnie. On avait donc tout le temps de voir s'il tiendrait sa parole et, ce faisant, on mettait le bon droit contre lui, tandis qu'en prenant les devants, l'Angleterre et la France se sont donnés les allures de vouloir défendre seulement des jetons de présence.

 Mais c'est le jeu américain que je voulais analyser ici.

 Les États américains du sud ont beaucoup de coton à vendre et le coton égyptien leur fait déjà une redoutable concurrence. Ils ne tiennent en conséquence pas à voir augmenter la production de l'Égypte, déjà mieux placée qu'eux sur le marché. en refusant à Nasser les fonds nécessaires à la construction du barrage d'Assouan, Eisenhower a cédé à la pression des sudistes dont il est l'élu.

 Et, conséquence de son refus, la nationalisation du canal de Suez n'a pas mécontenté les milieux pétroliers américains qui, depuis quelques temps réclamaient une augmentation de prix du pétrole brut. si des perturbations dans le trafic du canal de Suez arrivaient à raréfier l'arriver du pétrole en Europe occidentale, ces milieux obtiendraient satisfaction.

 En pleine campagne électorale, il n'est pas mauvais pour Eisenhower qu'il ait contenté tout le monde et son père.

 Mais il faut jouer jusqu'au bout, et, maintenant, prendre position sur les suites à donner. Sur ce point, il y a fort à parier qu'à la conférence internationale qu'ils ont obtenue, les Américains continueront à être prudents : Nasser est appuyé par Nehru, ce qui n'est pas très grave, mais aussi par Tito et Kroutchev ce qui l'est plus. Car, la diplomatie des États-Unis est de plus en plus sensible aux propositions de conversation à deux sur le partage du monde, en provenance de Moscou, et en prenant une position trop abrupte à l'égard de Nasser, elle risquerait de les compromettre.

P.R.

 

N.D.L.R. -- Au moment de mettre en pages, à la conférence prévue qui se tient à Londres, les Américains sont très prudents : on parle d'une seconde conférence à laquelle Nasser serait invité et qui mettrait au point un compromis. Les diplomates franco-anglais ont bonne mine! (20 août 1956).

 


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