Il existe en Autriche un certain nombre de groupements et de journaux qui nient la shoah et l'existence des chambres à gaz dans les camps de concentration et d'extermination nationaux-socialistes. L'arrêt, la condamnation et la fuite des leaders néo-nazis ont entraîné la fin des publications et de l'activisme de groupements qui se manifestaient publiquement jusqu'en 1992, tels que Volksbewegung/Halt (Mouvement du Peuple/Halte), Volkstreue Grüne Bewegung/Sieg (Mouvement vert fidèle au peuple/Victoire) et Volkstreue Ausserparlamentarische Opposition (Opposition extraparlementaire fidèle au peuple).
En partie, ces activités se poursuivent dans l'illégalité. Seul le journal Halt continue à être distribué en Autriche à partir de l'Espagne.
Volksbewegung (Mouvement du Peuple). Créé en 1983. Président: Jusqu'en avril 1991: Gerd Honsik; A partir d'avril 1991: Hans Strobl;
A partir de juillet 1991: Klaus Röth; 1992: fuite de Gerd Honsik en Espagne. Publication: HALT
[101]
Le Volksbewegung se comprend comme un partï politique. Le ministère de l'Intérieur lui a pourtant refusé le statut de personne juridique (1), parce que ses objectifs sont en contradiction avec l'article 9 du traité d'Etat garantissant l'indépendance autrichienne (2). Le Vo!ksbewegung est également connu sous le nom de Auslânder-Halt-Bewegung (Mouvement "Halte aux étrangers"). En 1984, quelques membres du Volksbewegung, qui se recrutent en majorité dans la Kameradschaft Babenberg (confrérie "Babenberg"), une organisation néo-nazie créée en 1969 et dissoute en 1980 par l'administration autrichienne, sont à l'origine de la fondation de l'organisation néo-nazie Nationale Front (Front national) qui a été interdite par la Cour constitutionnelle le 3 mars 1987 pour cause d'activités national-socialistes. En 1988, Gerd Honsik écrit le livre Freispruch fùr Hitler ? 36 ungehôrte Zeugen wider die Gaskammer (Acquittement pour Hitler ? 36 témoins contre les chambres à gaz), dans lequel il cite des personnalités autrichiennes et internationales du national-socialisme et du néo-nazisme comme témoins. Même le criminel de guerre Alois Brunner, qui a joué un rôle important dans la déportation des juifs à côté d'-Adolf Eichmann et qui serait mort en Syrie en 1992, est présenté comme "témoin". Le livre a été confisqué par le parquet de Vienne. Honsik s'enfuit en Espagne en 1992. L'année suivante, il publie le livre Schelm und Scheusal. Meineid, Macht und Mord auf Wizenthals Wege" (Fripon et vilain. Mensonge, pouvoir et meurtre sur les itinéraires de Wiesenthal). En 1994, suit une troisième édition de Freispruch für Hitler ? 37 ungehôrte Zeugen wider die Gaskammer. Une première demande d'extradition par le parquet de Vienne est refusée par la Cour suprême d'Espagne sous prétexte que les activités reprochées à Honsik n'étaient pas illégales en Espagne à ce moment. Depuis juin 1996, la négation des crimes national-socialistes est interdite par la loi espagnole et le parquet de Vienne a de nouveau cherché à obtenir son extradition. Mais ces efforts n'ont -- une fois de plus -- pas abouti.
Ce prétendu "journal scolaire" a été distribué devant des écoles en Carinthie (région située dans le sud de l'Autriche) pour la première fois [102] vers la fin de l'année scolaire 1990-1991. En somme, cinq éditions sont parues. Le contenu se fonde sur un racisme militant, l'antisémitisme, la négation de la shoah et un nationalisme pangermanique. Le responsable du premier numéro était Franz Radl, qui était également actif dans les mouvements Halt et VAPO (Volkstreue Ausserparlamentarische Opposition). Par la suite est mentionné comme éditeur une Gesellschaft für natürliche Lebensweise (Société pour un mode de vie naturel), dont l'adresse (Detmold, RFA) est identique à celle de l'organisation néo-nazie interdite Nationalistische Front (Front nationaliste). Radl figure parmi les leaders du néo-nazisme autrichien. Lors des élections législatives de 1990, il était premier candidat de la liste Nein zur Auslânderflut (Non à la vague d'immigrés) qui a été qualifiée de néo-nazie par la Cour suprême (4). Il a été temporairement arrêté en 1991 pour avoir nié la shoah et a été condamné à une peine de prison avec sursis en 1992 pour activités néo-nazie (5). En 1995, il fut de nouveau accusé d'activités néo-nazies. Un procès mené contre lui la même année pour participation supposée aux attentats à la lettre piégée, en décembre 1993, se conclut par son acquittement (6).
Le journal a été édité pour la première fois en 1970 sous le nom Aktuell et a été baptisé Sieg en 1978. Il ne paraît plus depuis 1992.
Rédacteur en chef: Walter Ochensberger. Editeur: Jusqu'en 1975: Bund Volkstreuer Jugend (7)(Association de la jeunesse fidèle au peuple).
[103]
A partir de 1982: Deutsch-ôsterreichisches Institut für Zeitgeschichte (Institut germano-autrichien d'histoire contemporaine).
Le contenu des articles de ce journal est caractérisé par l'antisémitisme, un racisme militant et le désaveu de la shoah. Le journal a été saisi à plusieurs reprises à cause de son style néo-nazi, et Walter Ochensberger fut accusé d'activités national-socialistes, mais acquitté du fait de la législation insuffisante de l'époque. "En 1991 [il] a été condamné à une peine de trois ans de prison pour activités néo-nazies. Cette peine a été réduite à deux ans de prison ferme en 1992 par la Cour suprême" et il a été "libéré en 1995" (8). Depuis 1995-1996, Ochensberger édite les journaux d'extrême droite Top Secret. Nachrichtenorgan zum nationalen und internationalen Geschehen (Top Secret. Journal d'actualité nationale et internationale) et Phoenix.
Volkstreue Ausserparlamentarische Opposition (VAPO) (Opposition extraparlementaire fidèle au peuple). Créée en 1986. Depuis 1992, plusieurs de ses dirigeants sont en prison. Président: Gottfried Küssel.
La VAPO est un groupe mililant néo-nazi qui a cherché, jusqu'à l'emprisonnement de ses dirigeants, à trouver des sympathisants et des membres, en particulier parmi des groupements de jeunesse (par exemple, fans de football, fans de hockey sur glace, Skinheads). Gottfried Küssel avait de très bonnes relations avec des groupes néo-nazis allemands. Il était un proche collaborateur de Michael Kühnen, un des leaders les plus connus de cette mouvance. Ensemble, ils travaillaient à monter des groupes néo-nazis sur le sol de l'ancienne RDA. Après la mort de Kühnen au printemps 1991, Gottfried Küssel fut élu comme l'un des leaders néonazis allemands le 1er mai de cette même année. Après qu'il se fut prononcé pour l'autorisation du NSDAP (parti nazi) aux élections et qu'il eut nié la shoah et l'existence des chambres à gaz dans les camps de concentration et d'extermination lors d'une interview donnée à ABC Nightline, il a été arrêté début 1992.
Dans un entretien qui a été diffusé par l'émission de jeunesse de la télévision autrichienne Zick-Zack, le 21 novembre 1990, Gottfried Küssel se déclare national-socialiste et explique le fonctionnement des camps de concentration comme suit:
[104]
Lors d'un entretien avec le journal autrichien Der Standard, Küssel déclare que "la problématique du génocide a été résolue scientifiquement: il y avait des chambres à gaz, pas pour tuer des hommes, mais des puces" (9). En 1994, il est condamné à onze ans de prison pour activités néo-nazies par un tribunal viennois. En 1997, sa demande de libération anticipée est refusée par le tribunal régional de Krems (Basse-Autriche).
Dans les journaux Sieg et Halt paraissent sans cesse des articles dans lesquels la shoah et les chambres à gaz sont présentés comme "mensonges et propagande de terreur des Ailiés":
Une conférence de presse du "révisionniste" David Irving, le 23 juin 1989, au cours de laquelle il nia l'existence des chambres à gaz à Auschwitz, fut rapportée dans Sieg sous le titre suivant:
En 1988, un procès a été mené au Canada contre le "révisionniste" germano-canadien Ernst Zündel pour contestation de la shoah et des chambres à gaz à Auschwitz. Plusieurs "révisionnistes", tels que David Irving, Robert Faurisson, Udo Walendy et Emil Lachout, témoignèrent en faveur de Zündel. Fred Leuchter établit un "rapport" sur les chambres à gaz à Auschwitz. La condamnation de Ernst Zündel à une peine de prison fut célébrée comme une victoire dans Halt et le procès fut commenté ainsi:
[105]
Le "rapport Leuchter" joue un rôle central dans la propagande néonazie. Avec ce "rapport" pseudo- scientifique, les néo-nazis veulent prouver et rendre sérieux leurs points de vue concernant la shoah et les chambres à gaz. Dans des journaux néo-nazis, Fred Leuchter est célébré comme le "Rédempteur de l'Allemagne" et son "rapport" est proposé à la vente.
Sieg caractérise le "rapport Leuchter" comme suit:
Lors des procès intentés contre les néo-nazis pour contestation de crimes national-socialistes, les accusés présentent toujours, à côté des "révisionnistes" habituels, tels que Robert Faurisson, Udo Walendy, etc., le "rapport Leuchter" et récemment aussi les "rapports Rudolf" et "Lüftl" comme "preuves" de la "véracité" de leurs énoncés. Ainsi, l'éditeur du journal néo-nazi Sieg, Walter Ochensberger, a désigné Fred Leuchter comme témoin, lors de son avant-dernier procès, à côté de Robert Faurisson, Mark Weber, etc.
Dans la propagande des groupes néo-nazis autrichiens, une place importante revient aussi au "rapport Lüftl", qui a été publié pour la première fois en 1991 dans Halt, numéro 59 a. Dans ce rapport, l'ancien expert de tribunal et président de la chambre fédérale des ingénieurs, Walter Lüftl, nie la possibilité technique d'assassinats dans les chambres à gaz des camps d'extermination nazis. Quand ses activités "révisionnistes" devinrent publiques, Lüftl a dû démissionner en tant que président. En 1992, il fut l'objet d'une mise en cause d'après l'article 3 g du Verbotsgesetz (loi autrichienne interdisant les activités néo-nazies). Les enquêtes furent cependant arrêtées par le parquet et le ministère de la Justice pour la raison que Lüftl avait rédigé son texte uniquement à cause de doutes [106] personnels et pas avec des intentions de propagande (13). Cette décision de la justice autrichienne fut célébrée comme un acquittement par plusieurs revues d'extrême droite et "révisionnistes", et comme première victoire du "révisionnisme". Le journal d'extrême droite Deutschland in Geschichte und Gegenwart (L'Allemagne d'hier et d'aujourd'hui), publié par l'éditeur allemand Wigbert Grabert, proclame que le non-lieu dans le procès contre Lüftl constitue "un pas décisif vers la vérité historique sur l'Holocauste" (14).
Le néo-nazi allemand Christian Worch écrivit dans la revue Recht und Wahrheit (Droit et Vérité), publiée par Georg Albert Bosse, que ce non-lieu aurait "enfin réhabilité" Lüftl (15). Recht und Wahrheit, qui a publié en 1993 et en 1994 des articles de Walter Lüftl, est la publication de la Deutsche Freiheitsbewegung, DDF (Mouvement allemand pour la liberté) qui est classée comme néo-nazie par le Service constitutionnel allemand. "La DDF se montre très favorable à une remise en cause de la shoah. Elle demande une révision de l'image historique qui serait peinte de façon biaisée par les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale" (16).
Divers individus et groupes néo-nazis diffusent le "rapport Lüftl" par Internet, comme le fait la page de "Radio Islam" en Suède, qui existe depuis 1996.
Le "Document Lachout" (17) a également été publié pour la première fois dans Halt en 1987 sous le titre: "La Supercherie de Mauthausen enfin reconnue par les autorités". Il a servi "de preuve" de la non-existence des chambres à gaz pour l'extermination d'êtres humains dans les camps d'extermination allemands pendant plusieurs années. Les groupes néo-nazis internationaux se concentrant plutôt sur le camp d'Auschwitz, [107] il s'agissait apparemment de construire une version autrichienne du "mensonge d'Auschwitz": la "supercherie de Mauthausen". Puisque le camp de Mauthausen joue un rôle important dans le travail de mémoire de l'époque nazie en Autriche, il paraissait prometteur aux groupes néonazis autrichiens de mettre l'accent sur ce camp.
Le "Document Lachout" est paru dans plusieurs publications néo-nazies en Autriche et à l'étranger (Sieg, Klartext, der Bismarck-Deutsche etc.). Dans Sieg sont aussi parus une "expertise technique du gazage" d'Emil Lachout (oct. 1989) et un entretien avec lui (juin 1989).
Les enquêtes judiciaires, menées contre Lachout depuis 1988 aboutirent à sa mise en accusation en 1994 pour transgression de l'article 3 g du Verbotsgesetz. En 1996, le procès contre Lachout a été interrompu parce qu'une expertise psychiatrique avait conclu que l'intéressé n'était pas en mesure d'être jugé (18), voire de "faire des déclarations valables" (19). Une seconde tentative de mener un procès contre lui échoua en 1997 pour les mêmes raisons.
La prolifération d'idées "révisionnistes" ne se limite pas aux groupes et publications mentionnés ci-dessus. Il existe bien d'autres groupes et personnes qui s'adressent au public à travers des brochures, des autocollants, etc.
En 1991-1992, le parquet de Salzbourg a mené un procès contre Friedrich Rebhandl, président de Volkstreue soziale Ordnung (Ordre social fidèle au peuple). Le parquet lui reprochait "dans un acte d'accusation de 80 pages (!) d'avoir agi dans an sens national-socialiste en publiant dans le journal Volkstreuer (Fidèle au peuple) un article intitulé "Das ganze Deutschland soll es sein" (Que ce soit l'Allemagne entière). Le contenu de cette publication constituerait une activité néo-nazie par des contributions qui violeraient la loi sur les points suivants:
En 1992, Rebhandl fut condamné à une peine de prison avec sursis pour "activités néo-nazie". Cette peine a été aggravée par la Cour suprême en 1993 et portée à 6 mois de prison plus une année avec sursis (21).
L'éditeur de la brochure négationniste: Das Recht auf Wahrheit -- die Hintergründe des Falles BronfmanWaldheim (Le droit à la vérité -- le cas Bronfman-Waldheim), l'ancien Untersturmbannführer de la division SS Leibstandarte Adolf Hitler Herbert Schweiger, fut "condamné à une peine de prison de trois mois plus neuf mois avec sursis à Graz en 1990 pour activités néo-nazies" (22). Cet ancien membre de la VDU (23) et du FPÖ donne aussi des conférences pour des groupes d'extrême droite, voir néonazis en Autriche et en Allemagne. En 1991, il a tenu un discours lors d'un rassemblement organisé par l'extrême droite à Vienne. En 1992, il était annoncé comme rapporteur pour un séminaire organisé par l'association néo-nazie allemande Nationalistische Front (Front nationaliste). Plus récemment, il a parlé à Passau, Bavière, en février 1998 à propos de la politique étrangère allemande et européenne lors d'une manifestion du Nationaldemokratische Partei Deutschlands -- NPD (Parti national-démocrate d'Allemagne). Dans ce contexte, la revue allemande d'extrême droite Berlin-Brandenburger Zeitung (Journal de Berlin-Brandenbourg) qualifiait Schweiger de "leader du "Nationalistische Front", déclaré illégal en 1992 par le gouvernement de la RFA" (24). En 1997, il a encore été condamné à une peine de prison de 15 mois -- dont 13 avec sursis -- pour activités néo-nazies. Le jugement n'est pas encore exécutoire. La raison de cette condamnation répétée est son dernier livre Evolution und Wissen. Neuordnung der Politik (Evolution et savoir. Un ordre nouveau de la politique). Son éditeur, le Verlag Neue Ordnung fait l'éloge de son livre: "Les problèmes de plus en plus urgents de notre peuple, comme de la race blanche entière, peuvent être surmontés grâce aux idées de Herbert Schweiger."
[109]
Le parquet accusait Schweiger, à l'occasion de la sortie du livre, de "continuer le programme du NSDAP", de "glorifier Adolf Hitler", de "nier la faute allemande de la guerre" et de se reconnaître dans des idées d'"hygiène de l'héritage, de race et de peuple en tant que communauté génético-biologique" (25).
Pendant l'année de commémoration de l'Anschluss en 1988, des néonazis ont affiché sur des écoles viennoises des autocollants où on pouvait lire: "1938-1988. Les juifs nous ont arnaqués, menti sur les chambres à gaz."
En octobre 1989, des néo-nazis de Linz ont envoyé des contrefaçons de lettres à en-tête du Parti socialiste de Haute-Autriche, qui disaient:
Non contents de publier et de faire proliférer des "expertises" et "documents", les néo-nazis font également la publicité des livres des "révisionnistes", qu'ils qualifient de "scientifiques" dans leur revues et leurs traités.
Des publications négationnistes sont également envoyées en Autriche à partir de l'étranger (28).
Dépassant la scène néo-nazie, on peut constater des activités de support au "révisionnisme" ou aux "révisionnistes" chez des personnes et des publications qui doivent être considérées comme d'extrême droite.
[110]
Cela va de la publication d'articles et de lettres à l'éditeur jusqu'à l'organisation de conférences avec des historiens "révisionnistes". Quand les autorités autrichiennes ont interdit plusieurs événements avec David Irving en novembre 1989, le journal Aula, édité par des académiciens proches du FPÖ, [CET IDIOT DE TRADUCTEUR VEUT DIRE DES UNIVERSITAIRES] publia un commentaire d'Herwig Nachtmann, gérant de l'édition Aula. Il écrit entre autres:
Quelques mois plus tard, Aula publia une lettre sous le titre "La Honte":
Le non-lieu dans le procès contre l'ingénieur Walter Lüftl a aussi été célébré dans Aula. Dans un article intitulé: "Les lois naturelles s'appliquent aux nazis tout aussi bien qu'aux antifascistes", l'expertise de Lüftl est qualifiée de "scientifiquement sérieuse" et présentée comme "acceptée par la cour". "Le non-lieu vérifie le contenu du travail de Lüftl et confirme qu'il est scientifiquement sérieux [...] Ainsi, le travail de Lüftl est un pas important vers l'établissement de la vérité" (31).
[111]
La publication de cet article a valu au gérant d'Aula un procès pour activités néo-nazies qui aboutit à une condamnation. Nachtmann fut condamné à 10 mois de prison avec sursis et une amende de 240.000 Schillings (environ 115.000 francs) (32). Le recours en cassation a été refusé par la Cour suprême de Vienne, mais la peine a été diminuée et ramenée à 8 mois et 192.000 Schillings (33).
Le Handbuch des Österreichischen Rechtsextremismus (Manuel de l'extrême droite en Autriche), publié par le DÖW, qualifie Aula comme suit:
En 1991, Volkstum publia, en collaboration avec le conseiller communal de Vienne, Helmut Kowarik (FPÖ), une nouvelle édition du livre de Wilhelm Landig intitulé Rebellen für Thule (Des rebelles pour Thule). L'auteur y écrit à propos de la shoah:
L'ancien PDG des éditions Volkstum, Wilhelm Landig, publia également, jusqu'aux années 80, la revue Europa-Korrespondenz (Correspondance d'Europe) dans laquelle la shoah et l'utilisation des chambres à gaz pour l'extermination d'êtres humains sont niés. Le numéro 299-300/1980 contient, à titre d'exemple, un reportage sur une conférence de l'Institute [112] for Historical Review, sous le titre "Enquête sur la propagande de l'Holocauste".
Le conseiller régional de Vienne, Helmut Kowarik (FPÖ), était gérant des éditions Volkstum entre 1992 et 1995 (36). Parmi les "auteurs les plus importants" de ces éditions on compte, à côté de Wilhelm Landig, le cofondateur de SS-Ahnenerbe (l'0rganisation SS -- héritage des ancêtres), Hermann Wirth et le leader fasciste suédois, Per Engdahl. Le porte-parole du groupe vert au conseil régional de Vienne, Peter Pilz, saisit le parquet de Vienne lors de la sortie du livre Rebellen für Thule, en accusant Kowarik de banaliser le national-socialisme.
Kowarik était également président de l'association Österreichische Landsmannschaft jusqu'en 1994. Cette association est caractérisée par le Handbuch des Österreichischen Rechtsextremismus (Manuel de l'extrême droite autrichienne) comme suit:
"Le "Schutzverein Österreichische Landsmannschaft" est une organisation d'extrême droite, qui agit surtout en tant qu'éditeur et qui, par son activité idéologique et culturelle, exerce une importante fonction intégratrice pour le camp pangermanique et l'extrême droite. Il existe de très bons contacts personnels et organisationnels avec le FPÖ" (37).
Le Deutsche national Zeitung -- DNZ (journal national-allemand), que le Service constitutionnel de la RFA qualifie d'extrême droite, et le Deutsche Wochenzeitung/Deutscher Anzeiger (Hebdomadaire allemandAnnonceur allemand) (38) avaient publié, dans les années 70 déjà, des articles
[113]
dans lesquels la shoah et le gazage de juifs dans les camps d'extermination sont traités comme "mensonges" et "tromperies". Les deux journaux sont ouvertement en vente dans des librairies autrichiennes. De telles déclarations dans le DNZ aboutirent à la saisie et la destruction de deux numéros (39).
Malgré une plus grande retenue pendant les dernières années, on a vu paraître récemment plusieurs articles du genre: "Holocauste -- qu'est-ce qui est vrai ? Ainsi, les Allemands sont trompés" (DNZ, n' 21, 1994), "Auschwitz -- qu'est-ce qui est vrai ?" (DNZ, n' 39, 1994), "juifs assassinés -- inventions et vérité" (DNZ, n' 45, 1994), "Les Falsifications de l'Holocauste" (DNZ, n' 45, 1994), etc.
Le DNZ accorde aussi régulièrement une place importante à des "historiens" "révisionnistes", tel David Irving, qui peuvent ainsi développer leurs "théories historiques".
La revue Kommentare zum Zeitgeschehen (Commentaires sur l'actualité), publiée par l'Aktionsgemeinschaft für demokraitische Politik, un "parti politique qui met l'accent sur le travail idéologique et culturel et qui a une fonction intégratrice dans le camp de l'extréme droite" (40) écrit dans son numéro 204 d'avril 1990, à la rubrique "livres":
"Livre du mois -- Der Jahrhundert Betrug [La tromperie du siècle], Arthur R. Butz -- 388 pp -- ATS 249. Un historien américain dévoile les mensonges autour des camps de concentration."
Un livre du "révisionniste" suisse Jürgen Graf, Der Holocaust auf dem Prüfstand [texte allemand intégral sur le site] (L'Holocauste au scanner)[ texte français intégral sur le site] , se trouvait parmi les publications présentées dans le supplément des Kommentare zum Zeitgeschehen. Le rédacteur en chef des Kommentare, Konrad Windisch, a été condamné pour activités néo-nazies à une peine de prison avec sursis en 1997. Le verdict n'est pas encore exécutoire.
L'ancien président de la Verein Grenzlandbund (Association du pays frontalier), l'ingénieur Franz Stourac, qui avait également une haute position dans le Kärntner Abwehrämpferbund (Association des anciens combattants de Carinthie) (41) et était membre du NDP, donne un compte rendu du livre de Honsik, Freispruch für Hitler ? dans sa publication Das Grenzland ruft: (42)
[114]
En 1989, Stourac a été "condamné à une peine financière pour négation de la shoah" (44).
Ces dernières années, des "révisionnistes" autrichiens ont essayé de diffuser leur propagande en écrivant à des politiciens, des journalistes, des juges, etc. Parmi les plus actifs, on compte un ancien fonctionnaire FPÖ, Wolfgang Fröhlich. Dans ses lettres, il présente la shoah comme une "tromperie": "Certains cercles essaient de créer une religion de l'Holocauste. Une religion dont l'élément le plus sacré est l'argent et dont l'évangile est le mensonge" (45).
Depuis quelques années, on trouve aussi des "révisionnistes" autrichiens sur le réseau Internet. Le président de l'association d'extrême droite Bürgerschutz Österreich (Protection du citoyen autrichien) et ancien militant FPÖ, Kurt Weiss, et l'expert informatique viennois Frank Swoboda ont mis du matériel "révisionniste" sur Internet sous le titre: "Bürgerschutz Österreich" (46).
Leur site met en vente des publications au contenu antisémite et des théories de complot. Après que leur site fut refusé par plusieurs providers [115] autrichiens, les auteurs l'ont placé sur la homepage "Ostara" sur un serveur américain.
La homepage "Ostara" est un ensemble de plusieurs homepages consacrées dans leur plus grande partie aux activités des "révisionnistes" autrichiens. A côté de la présentation de groupes néo-nazis et d'extrême droite, on trouve essentiellement des articles négationnistes, antisémites et des théories de complot.
Les créateurs de la page Web de "Orion Publishing International" (47) présentent, sous la devise "démocratiques, révolutionnaires, [...] antifrancs-maçons, anti-New World Order, pour la liberté d'expression et contre la répression gauchiste [cela vise, entre autres, le DÖW]" (48), des livres antisémites et "révisionnistes" tels que Jüdische Ritualmorde (meurtres rituels chez les juifs), Die Protokolle der Weisen von Zion (les Protocoles des Sages de Sion), Die Auschwitz-Lüge (le mensonge d'Auschwitz), etc.:
On peut également obtenir le pamphlet antisémite Talmud ohne Maske (Le Talmud sans masque) par ce site Internet. Le livre est présenté ainsi:
Le propriétaire de VTS Publishing International et des éditions Orion, Frank Swoboda, avait déjà retenu l'attention par des lettres violemment [116] antisémites qu'il avait envoyées, entre autres, au président du conseil scolaire de Vienne, Kurt Scholz:
Les contacts de Swoboda avec les néo-nazis américains sur Internet datent de février 1996. A cette époque, il est entré en relation avec Dan Black, le responsable de la Homepage néo-nazie américaine Stormfront. Black est considéré comme l'un des activistes d'Internet les plus importants et il a des contacts avec tous les groupes néo-nazis mondiaux présents sur Internet (52).
La page Web Lachout (53) également sur la Homepage "Ostara", est consacrée à la personne et aux activités du "révisionniste" autrichien Emil Lachout. Au centre des articles se trouvent ses problèmes avec les autorités autrichiennes et l'accusation selon laquelle le Verbotsgesetz (54) serait anticonstitutionnel. Cela est complété par des articles, des "documents officiels" et des plaintes que Lachout a déposées à la Cour criminelle de Vienne et qui peuvent être téléchargés.
[117]
Sur la page Web Fröhlich, le "révisionniste" et antisémite autrichien Wolfgang Fröhlich est présenté de façon enthousiaste aux utilisateurs d'Internet. "Depuis des années, il se bat contre la corruption, le crime et l'arnaque des chambres à gaz et de l'Holocauste qui nous coûte des milliards" (56). Antisémitisme militant, négation de la shoah et attaques haineuses contre les adversaires de Fröhlich caractérisent cette page Web.
Fröhlich a été mis en détention préventive pendant deux semaines en décembre 1996 pour transgression du Verbotsgesetz. Selon la réponse du ministre de la Justice à une interpellation parlementaire, le 12 février 1997, des enquêtes judiciaires sont en cours contre lui pour activités néonazies sur Internet.
Sur "Ostara", on trouve également un site Web portant le nom "Österreichische Landsmannschaft" qui s'élève contre l'exposition sur [118] les crimes de la Wehrmacht, qui vient d'être montrée en Autriche et en Allemagne (59). Il met en doute la réalité de la shoah.
En conclusion, on peut constater un déclin du "révisionnisme" autrichien au niveau de l'organisation et de la publicité grâce à l'action des autorités autrichiennes. Ces dernières années, les activités étaient concentrées sur l'envoi de lettres négationnistes à diverses personnalités et institutions de la vie publique. Actuellement, les activités principales se cristallisent autour de la diffusion de la propagande "révisionniste" sur Internet.
Liste des organisations citées et traduction
Arbeitsgemeinschaft für demokratische Politik: Comité pour une politique démocratique.
Ausländer-Halt-Bewegung: Mouvement "Halte aux étrangers".
Bund Volkstreuer Jugend. Association de la jeunesse fidèle au peuple.
Deutsche Volksunion: Union du peuple allemand.
Deutsch-österreichisches Institut für Zeitgeschichte: Institut germano-autrichien d'histoire contemporaine.
Dokumentationsarchiv des Österreichischen Widerstandes: Archives de documentation sur la Résistance autrichienne.
DÖW cf. Dokumentationsarchiv des Österreichischen Widerstandes.
DVU cf. Deutsche Volksunion.
Forum für ein humanes und demokratisches Strafrecht und zur Erhaltung der Menschenrechte: Forum pour un droit pénal humain et démocratique et pour le soutien des droits de l'homme.
FPÖ: cf. Freiheitliche Partei Österreichs: Parti autrichien de la liberté (Parti de Jörg Haider).
Gesellschaft für natürliche Lebensweise: Société pour un train de vie naturel.
Halt: Halte.
Institute for Historical Review: Institut pour la révision de l'Histoire.
Kameradschaft Babenberg: Confrérie "Babenberg".
Nationaldemokratische Partei Deutschlands: Parti national-démocrate d'Allemagne.
Nationale Front: Front national.
Nationalistische Front: Front nationaliste.
Nein zur Ausländerflut: Non à la vague d'immigrés.
NPD cf Nationaldemokratische Partei Deutschlands.
Sieg Victoire.
VAPO: cf Volkstreue Ausserparlamentarische Opposition.
VDU: cf. Verband der Unabhängigen: Association des indépendants (prédécesseur du FPÖ).
Volksbewegung: Mouvement du peuple.
Volkstreue Ausserparlamentarische Opposition: Opposition extraparlementaire fidèle au peuple.
Volkstreue Grüne Bewegung Mouvement vert fidèle au peuple.
Volkstreue soziale Ordnung Ordre social fidèle au peuple.
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Revue d'histoire de la shoah, Centre de Documentation juive Contemporaine, No 166, mai-août 1999, p 100-120. Traduction franchement médiocre de Roland Königsgruber, inventeur, entre autres, du terme "falsificatié". Avec d'aussi minables traducteurs, on ne s'étonnera pas que les chercheurs du CDJC ne comprennent goutte aux documents qu'ils détiennent.
Cet article est paru à l'origine sous le titre <"Revisionistische" Propaganda in Österreich,> in Wahrheit und Auschwitzlüge. Zur Bekämpfung "revisionistischer" Propaganda édité par Brigitte Bailer-Galanda, Wolfgang Benz et Wolfgang Neugebauer, Vienne, 1995. Il a été actualisé par les auteurs pour sa publication en français. Les auteurs travaillent aux Archives de documentation sur la Résistance autrichienne (DÖW-Dokumentationsarchiv des österreichischen Widerstandes) à Vienne, une officine spécialisée dans la chasse aux mal-pensants révisionnistes. Pour eux, à part eux, tout le monde environnant est composé de néo-nazis. Ces grotesques sont grassement subventionnés par l'Etat autrichien.
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