Partie 14
"Il n'y a pas de hiérarchie dans l'horreur du crime,
dans l'atrocité de la souffrance,
dans la façon de faire saigner la viande humaine."
Raymond Rageau
Oradour-sur-Glane est aujourd'hui visité par des milliers de touristes chaque année.
Dans le village martyr, un des guides, M. Lamaud, termine régulièrement son exposé en déclarant que le drame du 10 juin 1944 doit constituer, pour la jeunesse, une mise en garde contre tout embrigadement idéologique. P. Maysounave évoque la "symbolique globale" du village martyr et clame qu'Oradour est devenu le "symbole du refus de la guerre totale" (1). Pour Sarah Farmer, enfin, la construction future d'un "musée de la mémoire pour Oradour", sera:
un espace destiné aux expositions temporaires [qui] visera à "élargir et actualiser la problématique posée par le drame d'Oradour" en évoquant des conflits dans lesquels souffrent des populations civiles (2).
Toutes ces déclarations peuvent laisser croire que le village martyr est devenu un centre européen de réconciliation et de condamnation de toutes les guerres. Or, il suffit de gratter le vernis pour s'apercevoir qu'en réalité Oradour-sur-Glane reste, comme tous les autres lieux de "Mémoire", un site de propagande antiallemande sous couvert de la lutte contre un régime politique disparu depuis plus d'un demi-siècle.
Oradour et la haine
Dans le "village-martyr", les stèles commémoratives évoquent "la barbarie nazie" ; il en est de même dans le cimetière où des dizaines de plaques ont été déposées par diverses associations et plusieurs villes. L'une d'entre elles, datant de 1975, porte la mention :
De son côté, P. Maysounave affirme que le général De Gaulle connaissait "le niveau de criminalisation de l'armée allemande depuis la fin du XIXe siècle" (3). Dans un chapitre intitulé "Oradour, crime unique?", l'auteur mentionne des meurtres de masse commis (ou prétendument commis) par les Allemands en URSS, en Belgique (affaires de Stavelot et de Malmédy), en Tchécoslovaquie (affaire de Lidice), en Italie (affaires de Boves et de Marzabotto)... Plus loin, au chapitre III, il cite à deux reprises le faussaire Hermann Rauschning afin de prétendre que Hitler désirait éliminer des populations entières (4). De même R. Hébras termine-t-il sa brochure en écrivant :
Je ne peux pas terminer ce livre sans rappeler les noms d'autres villages qui ont subi la sauvagerie des nazis :
Lidice : 476 victimes [...] ;
Marzabotto : 1836 victimes [...] ;
Dismoton : 239 victimes [...] ;
Maillé : 126 victimes [...] (5).
Ainsi que l'a écrit Marcel Iffrig :
ceux-là mêmes qui brandissent sempiternellement le cas d'Oradour veulent en faire le type même de la "barbarie nazie" qui se serait tout naturellement reproduit à des centaines, voire à des milliers d'exemplaires [...]. Tout se passe, en effet, comme si les événements d'Oradour n'avaient ni tenants ni aboutissants que la volonté, présentée comme conaturelle, des membres de la Waffen-SS, de ravager, d'incendier, de tuer [...].
S'il s'agit de juger le comportement des soldats allemands durant cette guerre, et particulièrement ceux de la Waffen-SS, le seul nom d'Oradour suffit à clore le débat (6).
On cherchera en vain, dans les livres (même récents) consacrés à Oradour, une seule mention des crimes commis par les Alliés pendant et après la guerre. Pourtant, et au risque de choquer certains, nous rappellerons que, à partir de 1945 et dans les territoires germaniques, d'innombrables meurtres de masse abominables et gratuits furent commis par ceux qui, aujourd'hui, se permettent de juger les SS.
Combien d'Oradours dans les territoires germaniques ?
Les femmes crucifiées à Nemmersdorf [par les alliés soviétiques]
Citons, par exemple, le cas de Nemmersdorf, petite ville prise par les Russes en 1945 puis reprise par les Allemands. Un membre du Volkssturm, qui participa au nettoyage de la ville, raconte :
Avant d'y parvenir [à Nemmersdorf], nous rencontrâmes des voitures de fugitifs renversées, et des bagages dispersés. La colonne, composée par des réfugiés des régions d'Ebenrode et de Gumbinnen, emplissait la localité. Tous les véhicules avaient été détruits par les chars et gisaient dans les rues ou dans les fossés. Les bagages avaient été pillés. Ce qu'il en restait fut rassemblé par nous dans l'église. Nous ne découvrîmes aucune trace de la population civile.
En bordure du village, dans la direction de Sodehnen, il existe une grande auberge, "Weisser Krug", à gauche de la route conduisant aux fermes environnantes. A la première de ces fermes, nous découvrîmes une charrette à laquelle quatre femmes nues étaient crucifiées les mains clouées. Derrière la "Weisser Krug" en direction de Gumbinnen, il y a une place avec le monument aux morts, et, plus loin, une autre auberge, la "Roter Krug", avec une grange. Cette grange a deux portes. Sur chacune d'elles une femme était également crucifiée, également clouée par les mains. Dans les maisons au-delà, nous trouvâmes 72 cadavres de femmes, d'enfants, plus celui d'un vieillard de 74 ans, qui avaient été tués bestialement, à l'exception de quelques-uns qui avaient reçu une balle dans la nuque. Plusieurs enfants étaient encore au maillot... (7)
Massacre à Striegau
En Silésie, la ville de Striegau fut également prise par les Russes avant d'être reprise. Les endroits où furent retrouvés des cadavres ainsi que l'état de ces derniers furent soigneusement consignés dans un rapport dont voici quelques extraits :
Le long de la grande route vers Järischau : Plusieurs corps de vieillards (hommes et femmes), certains d'entre eux ayant des blessures de balles de pistolet derrière le cou.
Gräbenstrasse, entrée par la Promenade : Le corps d'une femme, d'à peu près 30 à 35 ans, l'abdomen mis à nu et couvert de sang ; près d'elle une femme plus vieille, les bras entourant le tronc d'un arbre, morte par balles.
Dans le fossé de protection contre les shrapnels, près de la Promenade devant la nurserie Teicher : Trois hommes, deux femmes, et un enfant d'environ deux ans, tous morts par balle.
Dans la propriété du dentiste, Dr. R. : Le cadavre du Dr. R. a été découvert couché sur une banquette de l'antichambre. Le corps avait une blessure de pistolet dans la poitrine juste sous l'épaule gauche. Le mort pressait dans sa main droite un coussin qui était recouvert d'une sorte de compresse. Il est probable que le Dr. R. mourut de sa perte de sang, aucune aide médicale ne pouvant être trouvée. Sur les marches conduisant à la porte principale de la maison, le corps du Regierungsrat (un officiel de haut rang) était couché [...].
N· 2, Pilgramshainerstrasse : Au lavoir, le corps d'un homme, avec une jambe artificielle ; à côté de lui sa femme et un enfant, tous morts par balle ; la femme était nue.
N· 12, Pilgramshainerstrasse : Trois femmes mortes, un enfant mort, asphyxiés par gaz, suicide. Devant la maison, plusieurs corps d'hommes, morts par balle.
Coin de la Wilhelmstrasse et de la Ziganstrasse (épicerie) : Trois femmes assez vieilles, leurs abdomens mis à nu, indices de viol, tuées par balle ; dans le grenier, un homme assez vieux, suspendu tête en bas à l'aide d'une corde [...] ;
N· 5, Ziganstrasse : Dans la cave, un couple âgé, tué par balles, leurs yeux arrachés. Dans le grenier, les unes à côté des autres, deux femmes plus âgées, une jeune femme, une jeune fille d'à peu près 20 ans, une autre fille âgée de 10 à 12 ans, toutes présentant des signes de viol.
Dans la chapelle appartenant au monastère de la Sainte Hostie, Wilhelmstrasse : 10 à 12 réfugiés allemands de Pologne, tous tués par balle, hommes et femmes. Toutes les femmes, parmi elles une de 84 ans, ont été violées et leurs abdomens sont mis à nu.
Sous l'église du monastère, près de la porte de la cave : Le corps nu d'une jeune fille, d'à peu près 14 ans, apparemment morte de faim après avoir été enfermée là.
Wilhelmstrasse, dans la propriété de l'instituteur Saddler Kretschmer : Le couple Kretschmer, mort suicidé par pendaison à la traverse d'une fenêtre. Dans la cave, le corps du marchand de cigares, R., et les corps de deux filles d'âge différent, tous s'étant suicidés par pendaison.
N· 8, rue de la Gare : Dans l'appartement au premier étage, le corps d'une femme de 60 ans, pendue à la poignée d'une porte. Couchées au sol, les corps nus de deux femmes, âgées d'environ 30 et 50 ans, tuées par balles, présentant des signes de viol sadique ; sur le sofa, un garçon de 13 ans, tué par balle ; couché sur le lit, le corps nu d'une jeune fille de 16 ans, tuée par balles, violée avec sadisme, un manche à balai enfoncé dans son vagin.
Rue Haidauer, maison de repos de Conneil : Parsemés dans les chambres, des corps d'hommes et de femmes, tous tués par balle. Dans le passage de la cave, quatre vieilles femmes couchées sur leur lit, tuées par balles, leurs abdomens mis à nu. Un corps a une blessure béante à l'abdomen, apparemment causé par des coups de botte [...].
Kirchstrasse, église Sainte Barbara : Des corps de femmes de différents âges, traces de viols, toutes mortes par balles.
Rue de la gare : Dans l'appartement de Madame H. [...], les corps de Mme H. et de sa fille. Mme H. s'est coupé les veines des poignets mais a tué sa fille avant de mourir en l'étranglant avec une serviette dont elle a fait un noeud. Apparemment, Mme H. n'a pas pu supporter l'idée du viol de sa fille.
Rue Hohenfriedeberger (Maison Kolbe) : Deux corps de femmes, suicide au gaz.
Gräbenstrasse, la propriété n'a pas été nommée : Une femme assise à table avec sa fille, suicide au gaz.
N· 33, rue Schweidnitzer, propriété de Preuss : Dans le jardin, les corps de deux garçons âgés de 14 et 15 ans, tous les deux tués à la poitrine, les fils de Mme K. de la Wilhelmstrasse.
Découverte individuelle à Striegau (même source) :
N· 2, Thomasstrasse : Une vieille femme, tuée par balle.
Rue Hohenfriedeberger : Couché dans le caniveau, le corps d'un garçon âgé d'environ 14 ans, écrasé par des véhicules lourds, tué d'une balle dans la nuque [...].
Près de l'église évangélique : Le corps de SS, gorge tranchée.
Rue Pilgramshainer, la propriété n'a pas été nommée : Le corps d'une jeune fille nue, un bâton a été introduit dans son vagin.
Usine à gaz, dans l'appartement du responsable de pipeline : Etendue sur un sofa, une femme, en partie déshabillée, deux impacts de balles dans la bouche, son cerveau collé en partie au mur [...].
Usine à gaz, dans l'appartement du responsable du gaz, qui a été démoli par un obus : Sous les décombres est étendu le corps d'une femme à moitié nue, une blessure de balle dans la bouche. Ses seins et ses fesses ont été lacérés lors d'un assaut sexuel sadique [...].
Rue de la Gare, dans la propriété de Schultzik, propriétaire de la carrière : La tante du propriétaire, 72 ans, est étendue dans la cuisine, les yeux arrachés [...] (8).
Des Oradours par centaines
Des "Oradours" furent commis un peu partout dans ces territoires. A Gottesdorf-Glockenau (Silésie), par exemple, les Russes accusèrent les habitants d'avoir résisté à l'occupation de la ville. Une action punitive fut alors entreprise "d'une ampleur et d'une cruauté inimaginables, comme seules les nations slaves en sont capables" (Ibid., p. 41). D'après un rapport :
environ 200 habitants des districts ruraux de Gottesdorf ont été tués par balle. Les Russes enrageaient surtout contre le village de Gottesdorf lui-même, où des familles entières furent liquidées jusqu'au plus jeune enfant. Les hommes qui étaient capables de travailler et aussi quelques femmes furent emmenés... en Russie [Id.].
Il en fut de même dans de multiples autres villes ou villages. Selon un témoin qui vivait à Eichtal (Silésie) :
Les Russes, parmi les atrocités et les crimes, ont tué, notamment dans les villages du voisinage, Rogau (environ 60 hommes), Gross-Schimmendorf (environ 10 personnes), et Boguschütz (section de Glockenau), où plus de 280 personnes, des hommes, des femmes, des filles, et des petits enfants ont été tués, souvent des familles entières, et, en tous les endroits, spécialement les prêtres catholiques avec une extrême cruauté, probablement sur ordres soviétiques venus de haut [Ibid., p. 40].
En Yougoslavie :
Les liquidations massives eurent lieu presque toutes pendant la période anarchique qui précéda les lois du 21 novembre [1945] et furent le fait des organisations de la Résistance qui massacrèrent alors des villages entiers (9).
Dans le village de Sannad (région du Banat) :
Tous les hommes furent arrêtés le 20 octobre 1944, torturés par les partisans, puis tous fusillés le lendemain. Après les hommes, on s'empara ensuite des femmes. Un premier groupe fut fusillé sur-le-champ, après l'assassinat de leur mari ; le reste des femmes et des enfants fut transféré au mois de décembre 1944 au camp de Kikinda. Le 17 décembre 1944, 64 femmes du camp furent fusillées, seules cinq femmes de Sannad sont encore vivantes au camp de Kikinda [Ibid., p. 39].
A Ruskodorf, où vivaient 120 familles allemandes, qui étaient presque tous journaliers agricoles, la population fut exterminée de la même manière ; les paysans de ce village furent particulièrement torturés. Au début de novembre 1944 un certain nombre d'entre eux furent pris par des partisans, mutilés avec des couteaux, et ensuite, pendant qu'ils étaient encore vivants, on leur coupa les bras et les pieds à coups de hache. Les femmes et les jeunes filles du village furent torturées, puis violées et massacrées sous les yeux de leurs parents [Ibid., p. 42]
Visions de "fin du monde" à Neubrandenbourg
A Oradour, on a prononcé le mot "Enfer", on a imposé le terme de "vision d'épouvante". Mais alors, comment faut-il qualifier les atrocités commises par les alliés dans les territoires occupés par eux ? Francis Sampson, un Américain qui avait été enfermé dans un camp de prisonniers près de Neubrandenbourg pendant la guerre, visita cette ville quelques heures après sa "libération" par les Russes. Il écrit : "J'ai cru assister à la fin du monde ou au Jugement dernier" (10 ) :
A quelques mètres de notre camp, dans la forêt, nous sommes tombés sur un tableau que je n'oublierai jamais jusqu'à la fin de mes jours. Plusieurs jeunes filles allemandes avaient été violées, puis massacrées sur place. Quelques-unes étaient pendues par les pieds, éventrées. Des camarades m'avaient déjà raconté des choses semblables, mais j'avais refusé de les croire [...].
[Dans la ville] La plupart des maisons brûlaient encore et les rues étaient bloquées par les ruines des murs écroulés. Des Allemands, hommes, femmes et enfants, déblayaient la rue principale sous la surveillance d'un soldat russe. On ne s'occupait des cadavres, qui jonchaient un peu partout le sol, que s'ils étaient une gêne pour le trafic [Ibid., pp. 360-361].
Dans ses mémoires, un ancien SS français raconte la retraite allemande en Russie, dans des lieux que les Soviétiques avaient déjà conquis. Il écrit :
C'est un spectacle de désolation immense que nous traversons [...].
Un car entièrement brûlé, avec sa grande croix rouge encore en partie visible, nous cache un spectacle digne du passage d'Attila et des Huns.
Une trentaine de corps de jeunes femmes, dans des positions grotesques, et pornographiques, à moitié nues, du sang coagulé sur les fesses de la plupart, les visages tuméfiés, gisent là, devant nous. Elles ont toutes les seins coupés ! et certaines, une bouteille dans le vagin, qu'elles tiennent à pleines mains.
Quelle sinistre mise en scène! Les sodomisations répétées les ont littéralement défoncées et déchirées.
Les lambeaux de vêtements montrent qu'il s'agissait d'infirmières [...].
Plus loin, un soldat allemand mort, assis, adossé à un poteau, ses parties viriles, coupées, dans la bouche, tient lui aussi une bouteille en guise de pénis, l'autre main, soutenue par un morceau de bois, indiquant la direction du car... [...].
Le comble, nous le verrons à la prochaine ferme :
Des femmes nues, crucifiées sur les portes des granges, jambes écartées, un objet quelconque dans le vagin ou l'anus, selon la position de face ou de dos de la suppliciée, et une carotte ou un navet dans la bouche! (11)
Dans son livre, K. F. Grau dresse le bilan des atrocités soviétiques dans 4.199 districts de Silésie. Des cas de meurtre (souvent de masse) ont été répertoriés pour 2.553 d'entre eux ; des cas de viol pour 2.626, des cas de kidnapping ou de déportation pour 3.183, des cas de suicide pour 1.077, des cas de mort diverse pour 1.249 (12).
Mais on aurait tort de croire que les Soviétiques (et plus particulièrement leurs troupes composées de Mongols) furent les seuls à commettre des atrocités. Certes, l'individu qui arrache les yeux d'un vieillard ou qui coupe les seins d'une femme provoque la répulsion et l'horreur ; on imagine aisément le soldat portant l'étoile rouge sur son uniforme, sali par des semaines de combat, rendu fou par la haine, parfois ivre, se jetant sur sa victime en hurlant. Toutefois, cet homme vaut-il moins que le pilote frais et impeccablement rasé qui, après avoir pris son bain puis son petit déjeuner en écoutant du jazz ou les Star Sisters, monte dans sa forteresse volante et, une fois au-dessus de la ville ennemie, presse tranquillement un bouton qui va entraîner la chute de plusieurs centaines de kilogrammes de bombes incendiaires? N'oublions pas, en effet, que bien avant le déferlement des hordes soviétiques, les Allemands, notamment, avaient connu les sinistres "bombardements de terreur" anglo-américains.
Les "bombardements de terreur" alliés sur l'Allemagne et le Japon
Tornade de feu sur l'Allemagne
Le premier d'entre eux avait eu lieu dans la nuit du 28 au 29 mars 1942, lorsque 234 bombardiers larguèrent 144 tonnes de bombes incendiaires et 160 tonnes de bombes explosives sur la ville de Lübeck (13), transformant cette ville en "un champ de ruines fumantes" (Ibid., p. 83). Le 30 mai suivant, celui qui les organisait, A. Harris, réitéra contre Cologne avec un raid auquel participèrent "près de 900 avions" (14), nombre jamais atteint dans l'histoire. Ceux-ci lancèrent "1.457 tonnes de bombes dont les deux tiers étaient des bombes incendiaires" (Id.). Ainsi, en une nuit, 240 hectares de Cologne furent dévastés (Ibid., p. 84).
Au terme de ces deux "essais", les bombardements de terreur étaient au point; ils allaient désormais se suivre sans relâche. Le 2 décembre 1942, Francfort-sur-le-Main fut la cible de la RAF, puis ce fut au tour de Essen, de Dortmund, de Düsseldorf, de Hambourg, de Hanovre, de Cassel, de Schweinfurt, de Nuremberg, de Munich, de Stuttgart, de Darmstadt, de Berlin, de Mannheim, de Brunswick, de Kiel, puis, enfin, de Dresde. Hors de l'Allemagne, d'autres villes, telles que Gênes, Turin, Milan, pour l'Italie (15), Lorient, St-Nazaire (16), Marseille, Rouen, Caen, St-Lô, Le Havre (17), pour la France, Knaben, pour la Norvège, furent également bombardées. Nous ne reviendrons pas sur ces bombardements criminels auxquels plusieurs livres ont été consacrés (voy. notamment les ouvrages de D. Irving).
400 Oradours en quelques heures
Un rapport américain publié après la guerre affirme que 305.000 Allemands trouvèrent la mort dans ces bombardements (18). Toutefois, d'après F.J.P. Veale, ce chiffre est "loin au-dessous de l'estimation aujourd'hui acceptée d'une manière générale"18a. L'auteur rappelle qu'en 1949, au procès du général von Manstein, le chiffre de 250.000 morts pour Dresde fut avancé (Id.)19. Encore en 1992, les autorités de la ville estimaient "réaliste un nombre de 250.000 à 300.000" (lettre à une citoyenne allemande dont nous possèdons une copie) : environ 400 Oradours ! En 1961, le général Hans Rumpf, après une minutieuse étude, conclut qu'en Allemagne, entre 1940 et 1945, 600.000 personnes avaient été tuées et 800.000 blessées par les bombes anglo-américaines (20).
Tornade de feu sur le Japon
Le Japon, lui aussi, fut la cible de ces "bombardements de terreur". Le premier d'entre eux eut lieu dans la nuit du 9 au 10 mars 1945. Depuis longtemps, déjà, la capitale nipponne était considérée comme un objectif non seulement militaire, mais aussi :
psychologique très important. Une attaque efficace contre la capitale, résidence de l'empereur et centre de la machine de guerre japonaise, aurait des répercussions énormes sur la population (20a).
Dans le crépuscule du 9 mars, les bombardiers décollèrent. Les premiers emportaient avec eux 180 kg de bombes au napalm réglées pour exploser à trente mètres et destinées à provoquer "des incendies préparatoires" (Objectif Tokyo p. 134). "Les suivants transportaient chacun 24 bombes de 200 kg. Les chapelets, à 150 mètres, libéraient une pluie de bombes incendiaires M-69 de 3 kg" (Id.).
Dans la ville :
La plupart des enfants fréquentant les écoles avaient été évacués, sur décision du gouvernement, vers les campagnes environnantes. Mais dans les bas quartiers, les habitants ne pouvaient se permettre d'envoyer leurs enfants, leurs femmes et les vieillards à l'extérieur de la ville. Une grande partie de la population demeurait ainsi exposée à une attaque incendiaire [p. 143].
Certaines mesures de précaution avaient pourtant été prises : aménagement d'abris, baignoire ou tonneau rempli d'eau dans chaque maison, passages coupe-feu de 10 à 35 mètres de large pratiqués dans la ville, présence de 8.000 pompiers (souvent mal entraînés et mal équipés) au lieu de 2.000 en temps de paix (pp. 144-148). Mais elles se révélèrent dérisoires lorsque les milliers de bombes incendiaires eurent rapidement transformé la ville en un gigantesque brasier.
Les premières bombes tombèrent à minuit quinze (p. 184). Dans les rues, "la frayeur se mua en panique indescriptible" (p. 185). Très rapidement :
un mur de flammes balay[a] Tokyo. Ce n'[était] pas une colonne, ou une masse de feu, mais véritablement un raz-de-marée qui déferl[ait] sur la terre, dévorant tout sur son passage. Il laiss[ait] derrière lui des cendres, des ruines, la destruction totale et des corps calcinés et désintégrés par la chaleur délirante [p. 192].
La chaleur était telle que les bombardiers de soixante tonnes :
étaient balayés comme des allumettes ; à quinze cents mètres, des B-29 étaient soulevés en quelques secondes jusqu'à 2.500 et 3.000 mètres. Et ces forces thermiques firent autant de dégâts que la DCA [...].
Les pilotes de chasse japonais déclarèrent par la suite qu'il leur avait été impossible de conserver le contrôle de leurs légers appareils et qu'ils furent littéralement projetés dans le ciel sans pouvoir effectuer les évolutions qui leur eussent permis d'attaquer les B-29 [pp. 199-200].
Au sol :
Les abris dans lesquels des milliers de gens [avaient] pris place [étaient] en bois. La mort surgit en un éclair et la douleur [fut] brève. Les langues de feu, les boules de flammes jailliss[ai]ent dans les rues, les impasses, atteignant des groupes qui brûl[aient] en un instant, rôtiss[ai]ent comme des torches vivantes, dans des souffrances inouïes.
Le quartier de Asakuna compren[ait] un grand temple bouddhiste. Quand le sinistre commen[ça] à s'étendre dans les quartiers pauvres, des dizaines de milliers de personnes se souvi[nrent] qu'aux pires moments du tremblement de terre et des incendies de 1923 il [était resté] intact et [avait constitué] un refuge miraculeux pour ceux qui s'y [étaient réunis]. Ainsi, par milliers, les gens affolés se précipit[èrent] vers le temple et s'engouffr[èrent] dans l'immense construction. Au-dehors, une véritable marée humaine [vint] battre les murs. Des mères avec leurs enfants, des vieillards, tous ceux qui [pouvaient] se sauver, tent[èrent] d'en approcher.
Beaucoup de personnes port[aient] un manteau pour se protéger des flammes. Dès que leurs vêtements commen[çai]ent à fumer, ils s'en dé[faisaient] rapidement, exposant ainsi directement leur peau à la chaleur et se faisant d'horribles brûlures. Nombreux [furent] ceux qui ne par[vinrent] même pas jusqu'à ce refuge et qui tom[bèrent] alors au hasard des rues, où la population, en pleine panique, les abandonn[ait] à leur sort.
Le miracle ne se reprodui[sit] pas cette nuit : le temple ne sau[va] personne.
Les B-29 déver[sèrent] leurs chapelets de bombes [...].
En quelques minutes, le grand temple flamb[a] de toutes parts ; les toitures crevées s'abatt[irent] sur la foule au milieu des éclairs blancs aveuglants.
La panique s'empar[a] de tous ceux qui [s'étaient] entassés dans l'enceinte du temple ; les bombes éclat[èrent] dans cette masse humaine. Les gens recul[èrent] terrorisés et hurl[èrent] comme des fous. Il fa[llait] fuir, s'échapper. Mais, en un clin d'oeil, le temple [était] devenu un enfer. La foule, comme un monstre insensé, bondit et se débat[tit]. Des enfants, des femmes et des hommes, jeunes et vieux, [furent] piétinés [...].
La foule écras[ait] de ses chaussures des yeux, des visages, des corps dont les os craqu[aient] comme des allumettes. En quelques secondes, plusieurs centaines d'êtres humains [furent] massacrés [pp. 213-215].
Tokyo : 400 Oradours
Le lendemain, on découvrit que des milliers de personnes avaient littéralement bouilli :
Cela venait du fait que l'eau des canaux peu profonds dans lesquels un grand nombre de personnes s'étaient réfugiées s'était mise à bouillir sous l'effet de la chaleur intense des incendies environnants [p. 241].
Certains survivants :
restaient assis par terre ; d'autres se tenaient immobiles sans un geste, pareils à des statues. Ils gardaient les yeux fixés sur la plus terrible et monstrueuse des ruines qui remplaçait ce qui avait été leur ville [p. 25].
Ce premier raid fit officiellement 130.000 victimes (p. 242). Mais les autorités, "qui connaissaient mieux les bas quartiers", avancèrent le chiffre de 250.000 (p. 20) : env. 400 Oradours !(21)
Un mois plus tard, le 13 avril, 327 B-29, transportant avec eux 250 kg de bombes incendiaires, frappèrent de nouveau la capitale, au nord-ouest cette fois. Bien que l'objectif eût été purement militaire (il s'agissait de l'arsenal), "quelques bombes tombèrent dans la zone urbaine voisine de l'objectif, et les flammes s'étendirent et brûlèrent 18 kilomètres carrés de la ville" (pp. 245-246). Trente-six heures après, 754 tonnes de bombes incendiaires furent déversées sur le sud de Tokyo, dévastant 8 kilomètres carrés ainsi que le centre industriel Kawasaki (p. 246). Le 24 mai, 520 B-29 larguèrent 3.646 tonnes de bombes sur le centre et le sud de la cité impériale et, quarante-huit heures plus tard, 3.252 tonnes de bombes "s'écrasèrent au coeur même de la capitale : le quartier commercial de Ginza, celui des bâtiments officiels et des ambassades et celui qui entoure le palais impérial" (p. 247). M. Caidin écrit :
Tout nouveau bombardement sur Tokyo était désormais inutile. Au cours des sept attaques incendiaires menées contre elle, 2.041 superforteresses avaient lancé 11.836 tonnes de bombes, 90 kilomètres carrés étaient totalement détruits, correspondant à plus de la moitié de la superficie totale de la capitale. Mais cette moitié était précisément celle qui contenait tous les objectifs industriels importants [Id.].
Tokyo ne fut pas la seule ville dévastée par les Américains.
Autres villes rasées
Le 12 mars 1945, 286 bombardiers effectuèrent un raid sur Nagoya (troisième ville industrielle) et détruisirent 5 kilomètres carrés de la ville (p. 242). Plusieurs autres attaques furent ensuite dirigées contre la cité, si bien qu'à la fin "il n'y restait plus rien à bombarder" (p. 246).
Le 14 mars, Osaka (1er port du Japon) reçut 2.240 tonnes de bombes qui "transformèrent le coeur de cette ville en un immense brasier" (p. 242). Jusqu'à la capitulation japonaise, cette cité portuaire reçut 6.110 tonnes de bombes qui la rasèrent à plus de 35% (p. 248).
Le 17 mars, 2.300 tonnes de bombes furent larguées sur Kobe, noeud de communication ferroviaire et routier (pp. 242-243). Plus tard, une nouvelle attaque conduite à l'aide de 3.000 tonnes de bombes détruisit 56 % de la cité (p. 248).
La ville portuaire de Yokohama fut détruite en une seule fois à 85% (p. 248), et le record fut atteint à Toyama que les bombardiers encerclèrent "d'un rideau de flammes" et dont ils bombardèrent ensuite le centre ; 97% de la cité furent ainsi détruits en une seule fois (p. 249).
Au total, les B-29 américains bombardèrent 69 villes nipponnes, larguant plusieurs dizaines de milliers de tonnes de bombes incendiaires, détruisant 290 km2 et affectant 21 millions de Japonais (Id.).
D'après les autorités du pays, 42 villes furent détruites à plus de 50%.
Quant aux pertes humaines, M. Caidin déclare qu'à partir du 10 mars 1945, en six mois:
les pertes japonaises en population civile atteignirent le double des pertes militaires au cours des quarante-cinq mois de guerre [p. 250].
Les Américains ne se contentèrent pas, toutefois, de détruire les villes japonaises à l'aide de bombes dites "traditionnelles". Le point culminant de leur oeuvre de mort survint en août 1945, lorsque deux bombes atomiques furent larguées sur Hiroshima et Nagasaki, causant la mort immédiate d'environ 175.000 personnes (99.685 environ à Hiroshima, 75.000 à Nagasaki) et celle d'environ 340.000 personnes à moyen terme (selon un rapport publié en 1985 par l'Académie Nationale des Sciences américaine, le nombre de morts jusqu'en octobre 1950 fut de 200.000 pour Hiroshima et de 140.000 pour Nagasaki) (21a).
A Oradour-sur-Glane, on évoque (à juste raison) les souffrances de ces femmes, de ces enfants, de ces bébés, déchiquetés et brûlés dans l'église. Le guide déclare : "Tuer des femmes et des enfants, ce n'est pas la guerre". Peut-être, mais en fut-il autrement à Hiroshima et à Nagasaki, là où personne n'a été jugé pour crime de guerre ? Certes, non.
L' effet le plus cruel d'une bombe atomique n'est pas dû à la radioactivité, mais au souffle et à la chaleur dégagés par la formidable explosion. A Hiroshima, les effets mécaniques du bombardement atomique furent terribles. Le souffle, notamment, fit voler en éclats les vitres des maisons même éloignées de la verticale du point d'explosion. Beaucoup d'habitants furent ainsi criblés d'éclats de verre projetés dans les pièces. Keiji Nakazawa, qui avait six ans lors des faits, raconte :
Inconsciemment, je me dirige vers ma maison. J'ai l'impression de ne pas avancer. Soudain, entre deux bouffées de fumée hideuse, j'aperçois des gens, des ombres, cinq ou six femmes, en haillons. En m'approchant d'elles pour leur parler, je vois leurs corps criblés de morceaux de verre. L'une d'entre elles, comme torturée, a le côté droit hérissé de sortes de fléchettes. Elle devait se trouver près d'une fenêtre. Une autre, le visage couvert de ces monstrueux projectiles, a les paupières clouées par des tessons tranchants. Aveugle, elle marche en tendant les bras devant elle.
Soudain, une femme aux cheveux possiéreux et défaits retient mon attention. Ses seins étrangement bleus émergent de ses vêtements déchirés. Je suis stupéfait. Je comprendrai plus tard que cette couleur épouvantable avait pour origine le verre qui avait pénétré sous la peau. Ces femmes perdent beaucoup de sang en marchant. A chacun de leur pas, j'entends le verre tinter [...].
A nouveau sur le boulevard du tramway, j'aperçois des formes humaines. Elles bougent. Une véritable procession de fantômes avance sans but ni raison. Tous sont nus, la peau en lambeaux lacérée par le verre. De chaque blessure suinte un sang grisâtre, desséché, cuit ! Quelques-uns avancent tels des animaux en tenant leur ventre d'où sortent leurs intestins, d'autres ont un oeil à demi arraché. Le globe blanchâtre pend sur la joue. Un à un, ils s'écroulent. J'en découvre d'autres accrochés aux arbres, transpercés par les branches cassées, pareils à des grenouilles ou des petits poissons capturés par des pies grièches. Voy. Keiji Nakazawa, J'avais six ans à Hiroshima..., pp. 45, 47-48.
Outre le souffle, l'explosion atomique dégagea une immense chaleur. A Hiroshima, la bombe projeta sur la ville "un rayonnement instantané dont la température [dépassa] les 5.000 degrés" (Ibid., p. 49). Des milliers de personnes furent ainsi atrocement brûlées. K. Nakazawa déclare :
Ces brûlures mutilent les visages et les corps des gens. Leur peau couverte de cloques est boursoufflée. Des poches d'eau sous-cutanées éclatent. Des lambeaux de peau brûlés pendent, mélangés à des haillons ou aux cheveux. La peau d'une épaule séparée de la chair emporte celle du bras. Ecorchés vifs, des gens errent, la peau des bras, arrêtée par les ongles, ballant jusqu'au sol [Ibid., p. 50].
Un autre habitant de la ville se souvient, lui aussi, des premières heures qui suivirent l'explosion :
Il était presque impossible de reconnaître un homme d'une femme tant les visages étaient tuméfiés, fripés. Les yeux amincis comme des fils, les lèvres, véritables plaies enflammées, le corps souffrant de partout, nus, tout respirait d'une respiration d'insecte, étendus sur le sol, agonisant. A mesure que nous avancions, que nous passions devant eux, ces gens à l'aspect inexplicable quémandaient d'une petite voix douce : "De l'eau, s'il vous plaît, de l'eau...", ou encore nous suppliaient : "Faites quelque chose, sauvez-nous...". Presque partout ce n'étaient que plaintes (21b)
Plus loin, le témoin évoque de multiples visions tragiques : ce sont ces deux femmes dont les visages "enflés, tordus, horribles à voir" avaient "presque doublé de volume" et dont seuls les cheveux "emmêlés et brûlés indiquaient qu'il s'agissait de femmes" (Ibid., p. 71) ; c'est cette jeune fille "brulée de partout [qui] se tordait de douleur sur le bord de la route" et à laquelle personne ne prêtait attention ; c'est cet homme de la protection civile "couché par terre, la tête horriblement enflée par les brûlures et posée sur une pierre, la bouche noircie, grande ouverte" qui appelait en vain à l'aide (Ibid., p. 75) ; ce sont ces "cadavres [qui] fumaient encore" et sur lesquels on trébuchait à chaque pas (Ibid., p. 74).
Les tentatives de justification alliées
Dans l'immédiat après-guerre, la propagande sur les "atrocités allemandes" rejeta dans l'ombre tous ces crimes. Peu à peu, cependant, certains documents furent publiés et, aujourd'hui, les crimes des Alliés ne sont plus contestables. Toutefois, ni à Dresde, ni à Tokyo, ni à Nemmersdorf des plaques ne mentionnent la "barbarie" anglaise, américaine ou soviétique. Lorsque, par hasard, ces noms sont cités avec Oradour, la réponse est toujours la même : "Ce n'est pas la même chose ; ne comparez pas ce qui n'est pas comparable". Suivent des contorsions intellectuelles et des raisonnements alambiqués destinés à prouver qu'un enfant d'Oradour brûlé dans l'église ne peut être comparé à l'enfant brûlé dans Dresde ou dans Tokyo ; qu'une femme d'Oradour écrasée par les pierres de l'église ne peut être comparée à une femme déchiquetée par les bombes dans Dresde ou Tokyo ou crucifiée sur une porte avec un manche à balai enfoncé dans le vagin.
Justification des atrocités soviétiques
Au sujet des atrocités soviétiques, on parle de vengeance naturelle suite aux crimes perpétrés par les Allemands en Ukraine et ailleurs après l'"agression" du 22 juin 1941.
Critique de la thèse justificative
Pourtant, une étude objective des faits démontre que jamais les troupes allemandes ne se sont comportées avec autant de sadisme que les troupes soviéto-mongoles. Ramon Gliewe, une réfugiée de Poméranie, raconte que, dans le train où elle avait pris place pour fuir, un soldat allemand blessé déclara aux femmes qui se trouvaient là :
Soyez heureuses d'en sortir. Près de Rummelsburg, nous sommes entrés dans un village qu'Ivan [le Russe] venait de quitter. Je fais la guerre depuis le début, en Russie également, et j'ai vu beaucoup de choses. Je ne veux pas dire que nous sommes meilleurs que nous ne sommes. J'ai lutté contre les partisans. Nous avons brûlé des villages et fusillé des gars parce qu'on n'en avait jamais fini avec eux et que c'était eux ou nous. Mais je voudrais bien voir un seul soldat de chez nous qui ait traité des gens désarmés, sans défense, comme eux. Qu'on m'en montre un qui ait une fois violé une femme. Et s'il y en a eu, on peut les compter, et ils n'ont pas attendu longtemps leur punition (22).
De son côté, un ancien soldat allemand, fait prisonnier par les Russes et "converti" au communisme, enrôlé dans l'armée soviétique, raconte comment une habile propagande avait suscité la haine chez le soldat rouge :
Pendant trois ans, les émetteurs soviétiques avaient répété jusqu'à satiété : "A mort, les occupants fascistes allemands !" Pendant trois ans, tous les journaux, toutes les publications, s'étaient emplis des mêmes devises : "Frappez à mort les envahisseurs fascistes allemands !" Pendant trois ans, Ilya Ehrenbourg avait ouvertement promis les femmes allemandes aux soldats de l'Armée rouge [Ibid., p. 84].
Voici en quels termes s'exprimait Ilya Ehrenbourg :
Nous ne disons plus bonjour ou bonne nuit ! Le matin, nous disons : "Tue l'Allemand !": et le soir : "Tue l'Allemand !".
Ce qui importe maintenant, ce ne sont pas les livres, l'amour, les étoiles ; ce qui importe maintenant, c'est cette seule et unique pensée : tuer les Allemands. Les tuer tous. Les enterrer... Il n'y a rien de plus beau pour nous que des cadavres allemands. Abats l'Allemand ! C'est la prière que t'adresse ta vieille mère. Abats l'Allemand ! C'est ce que te demande cet enfant suppliant. Les Allemands ne sont pas des humains, les Allemands sont des animaux à deux pattes, des êtres repoussants, des bêtes féroces. Ils n'ont pas d'âme. Ce sont des protozoaires, des microbes sans âme équipés de machines, d'armes et de mortiers.
Quand tu as abattu un Allemand, abats-en un autre : il n'y a rien de plus réjouissant pour nous que des cadavres allemands! (23)
Ou bien :
Tuez, tuez ! Chez les Allemands, il n'existe personne d'innocent, ni parmi les vivants, ni parmi ceux à naître ! Exécutez les instructions du camarade Staline en écrasant pour toujours la bête fasciste dans son antre. Brisez par la violence l'orgueil racial des femmes germaniques. Prenez-les en butin légitime. Tuez, tuez, vaillants soldats de l'Armée rouge, dans votre assaut irrésistible! (24)
Par conséquent, on ne peut, dans le cas des hordes soviéto-mongoles, parler d'une haine "légitime", d'un désir de vengeance "naturel" suite à de prétendues exactions allemandes. Notons, d'ailleurs, que les éléments asiatiques de l'Armée rouge vivaient dans des territoires qui n'avaient jamais été conquis par la Wehrmacht. En vérité, la haine contre le Germain a été suscitée par une propagande d'Etat et nous mettons au défi quiconque de prouver qu'une semblable propagande ait existé au sein des armées allemandes.
Justification des "bombardements de terreur" sur le Reich
Quant aux "bombardements de terreur" sur le Reich, on les justifie en prétendant qu'ils auraient été une réponse aux attaques aériennes allemandes sur l'Angleterre. Dans leur manuel intitulé Histoire du Vingtième Siècle, par exemple, Serge Berstein et Pierre Milza écrivent :
Treize divisions d'élite allemandes sont massées dans les ports français de la Manche et les fonctionnaires SS ont déjà dressé la liste des personnalités à emprisonner ou à déporter après la conquête [de l'Angleterre] quand s'engage, le 13 août 1940, la "Bataille aérienne d'Angleterre", la plus grande de l'histoire ; mais, à la surprise générale, l'Angleterre fait face. Dispersant leurs efforts, les Allemands ne parviennent pas à venir à bout des défenses antiaériennes du sud du pays. Aux bombardiers du Reich, lents et vulnérables, les Anglais opposent leurs chasseurs modernes, plus rapides et mieux armés. Grâce au radar, innovation technique dont ils ont le monopole et qui permet de déceler l'arrivée des avions ennemis, ils peuvent plus aisément faire face aux attaques. Aussi, Göering, chef de l'aviation allemande, décide-t-il de lancer une "offensive de terreur". A partir du 7 septembre et pendant plusieurs semaines, Londres est bombardée toutes les nuits [...] (25).
Critique de la thèse justificative
Cette version des faits se révèle, à l'étude, totalement erronée. En vérité, l'idée de bombardements de terreur contre les populations civiles sortit non d'un cerveau allemand mais d'un cerveau anglais, celui du maréchal de l'Air Sir Hugh Trenchard. Au début des années vingt, celui-ci "recommanda la construction de grands bombardiers à longue portée destinés aux attaques de la population civile ennemie" (26). Son slogan était : "L'objectif de l'armée est de défaire l'armée ennemie : notre objectif est de défaire la nation ennemie" (Ibid., p. 193).
Après l'échec des négociations internationales sur le Désarmement (1932-1934), la course aux armements reprit. Le 19 août 1934, le gouvernement britannique annonça "son intention de créer 42 escadres aériennes nouvelles" (27). Un an plus tard, les thèses de Sir Trenchard, qui n'avaient certainement jamais été oubliées, furent reprises : une équipe d'experts britanniques débuta une étude sur les bombardements de masse. Ce fait fut révélé en 1944 par le Britannique J. M. Spaith qui était alors premier secrétaire du ministre de l'Air28. J. M. Spaith affirma même que "la principale raison d'être du Bomber Command était de bombarder l'Allemagne si elle était notre ennemie" (Id.). L'homme qui, à partir de 1942, dirigea ces opérations meurtrières fut, nous l'avons vu, le maréchal de l'Air Sir Arthur Harris, surnommé "Bomber Harris". Dans son ouvrage intitulé Bomber Offensive, ce dernier confirme les affirmations de M. Spaith. Il écrit :
On a souvent dit et imprimé que je suis l'inventeur de cette tactique de bombardement par zone (area bombing) et que je l'imposais malgré la répugnance de la nation à approuver pareille méthode qui entraînait la mort de femmes et d'enfants. La réalité est différente. Des décisions de cet ordre ne sont pas le fait du commandant en chef, elles ressortissent au cabinet de guerre et aux commissions spéciales. La décision de construire une grande force aérienne de bombardement en vue d'attaques stratégiques contre les industries et les communications de l'ennemi [et surtout, mais Sir Harris omet de l'écrire : contre les populations civiles] fut prise bien avant la guerre ; le prototype du bombardier quadrimoteur que nous utilisâmes contre l'Allemagne fut conçu en 1935, ce qui donne une idée du temps qu'il faut pour construire une arme nouvelle. La décision d'attaquer de larges centres industriels au lieu de "fabriques-clés" fut prise avant que je fusse nommé commandant en chef (29).
On ne saurait être plus clair : plusieurs années avant que la guerre n'éclate, un collège d'Anglais réfléchissait déjà sur les bombardements de terreur.
Contrastant avec cette attitude, l'Allemagne n'avait cessé de réclamer la suppression des bombardiers. Malgré tous les refus essuyés, Hitler, en 1939, restait encore fidèle à cet esprit. Le 1er septembre, dans un discours au Reichstag, il déclara :
[...] je ne veux pas mener la lutte contre des femmes et des enfants ! J'ai donné à mon aviation l'ordre de borner ses attaques aux objectifs militaires (30).
Le même jour, la "note verbale" suivante fut remise aux membres de l'Ambassade de Pologne qui s'apprêtaient à retourner dans leur pays :
Le ministère des Affaires étrangères a l'honneur de communiquer à l'Ambassade de Pologne ce qui suit :
Les forces aériennes allemandes ont reçu l'ordre de limiter leurs actions de combat à des objectifs militaires. Il est naturellement entendu que cet ordre peut uniquement être maintenu si les forces aériennes polonaises observent la même règle. Au cas contraire, des mesures de représailles de la dernière rigueur seront immédiatement appliquées (31).
Le 6 octobre 1939, devant le Reichstag, Hitler plaida de nouveau pour que la guerre soit conduite de la manière la plus humaine possible. Il déclara notamment :
De même que la Convention de Genève est arrivée jadis, du moins dans les Etats civilisés, à prohiber la mise à mort des blessés, les mauvais traitements à l'égard des prisonniers, les actes de guerre contre les non-combattants, etc., et de même qu'on a réussi au cours des temps à obtenir l'observation universelle de cette prohibition, de même l'on doit pouvoir aboutir à définir l'emploi de l'arme de l'air, celui des gaz, etc., des sous-marins et également les concepts de la contrebande, de telle manière que la guerre dépouille son odieux caractère de lutte contre les femmes et les enfants et, de façon générale, contre les non-combattants (32).
Une fois de plus, cependant, ces propositions ne furent pas prises en compte.
Certains pourront répondre que le Chancelier bluffait et que déjà, dans son esprit, mûrissait l'idée de bombardements massifs sur des villes entières. Cette objection n'est cependant pas recevable. En effet, d'après A. Harris lui-même, lors du "Blitz" contre l'Angleterre, les Allemands :
n'avaient pas d'avions de bombardement stratégique ; le gros millier de bombardiers qu'ils possédaient était en effet destiné en premier lieu à appuyer les opérations terrestres des troupes. Ces avions étaient trop petits pour transporter de lourdes charges, et en plus ils n'étaient pas équipés pour voler de nuit (33).
Ce constat démontre qu'en Allemagne rien n'avait été prévu pour mener à bien des bombardements de terreur. Pour Hitler et ses généraux, le bombardement ne devait intervenir que sur le champ de bataille, afin d'épauler l'armée de terre.
Mais revenons à l'Angleterre.
Il serait faux de croire que, dès le début du conflit, la Grande-Bretagne ait pratiqué les bombardements de terreur. En 1939, les chefs militaires anglais interdi-saient à la RAF d'effectuer des missions qui auraient pu causer des morts chez les civils (Ibid., p. 21). Certes, vingt-quatre heures environ après la déclaration de guerre (le 4 septembre 1939), des bombardiers Blenheim et Wellington partirent en mission sur l'Allemagne et y attaquèrent Wilhemshaven et Brunsbuettel. Toutefois, il s'agissait de deux bases navales où mouillaient notamment le cuirassé de poche "Amiral Scheer" et le croiseur "Emden" (34). Si quelques bombes tombèrent dans les villes, on peut l'imputer aux erreurs commises par les pilotes.
Au cours du mois d'octobre 1939, la RAF survola de nombreuses fois la Belgique, la Hollande et le Danemark pour effectuer des vols d'observation sur l'Allemagne, mais sans lancer de bombes. La Luftwaffe, pour sa part, s'abstint de bombarder le territoire français ; les 16 et 17 octobre, elle bombarda des navires de guerre britanniques dans le Firth of Forth ainsi que la base navale de Scapa Flow (Ibid., p. 126). Mais ces attaques cessèrent rapidement ; Hitler, en effet, "ne désirait pas attaquer directement l'Angleterre et préférait garder la Luftwaffe en réserve pour épauler l'offensive terrestre, maintenant imminente, sur le front de l'Ouest" (Id.).
Durant la Campagne de Norvège, la RAF et la Luftwaffe se contentèrent d'opérer sur des objectifs purement militaires. Puis vint la Campagne de France, et c'est alors que, subitement, tout changea : dans la nuit du 10 au 11 mai 1940, l'aviation anglaise bombarda Mönchengladbach, en territoire allemand (35), ville qui ne pouvait en aucun cas être qualifiée d'objectif militaire (étant considérés comme tels des objectifs présentant un intérêt majeur dans la conduite des opérations).
Contrairement à la légende, c'est donc bien l'Angleterre et non l'Allemagne qui fut la première à pratiquer des bombardements contre des civils.
A l'origine de ce changement tactique, un homme : Churchill.
Churchill devint premier ministre le 10 mai 1940, soit quelques heures seulement avant le bombardement de Mönchengladbach. Naturellement, il affirma que le conflit avec le Reich ne s'étendrait pas aux femmes et aux enfants. Mais où et quand a-t-on vu l'Angleterre avoir pitié des femmes et des enfants ? Lorsque, en 1798, les paysans irlandais se soulevèrent, l'ordre fut rétabli par Pitt et :
partout où l'ordre s'entendit, s'étendit l'anarchie la plus terrible qu'ait jamais vue le soleil. La torture sortit des cryptes de l'Inquisition et se montra au plein soleil des rues et des champs [...]. L'enlèvement devint un mode de gouvernement. Le viol des vierges devint un ordre permanent de police. Marqué encore du même terrible symbolisme, l'oeuvre du gouvernement anglais et des colons anglais sembla se résoudre en atrocités bestiales contre les femmes et les filles d'une race distinguée par une pureté rare et détachée et d'une religion qui fait de l'Innocence la Mère de Dieu (36).
Entre 1914 et 1918, la guerre de l'embargo et du blocus continental fut une guerre étendue aux femmes et aux enfants, une guerre qui fit, selon les services anglais, environ 800 000 morts chez les Allemands (37). En outre, rappelons qu'entre 1901 et 1902, durant la guerre des Boers, environ 26 000 femmes et enfants, qui avaient été parqués par les Anglais dans des "camps de reconcentration", étaient morts de dépérissement (38).
Pour que les promesses de Churchill aient pu être crédibles, il aurait fallu que ce dernier rompe avec la longue tradition anglaise. Or, le futur premier ministre lui-même avait écrit en 1925 :
Peut-être s'agira-t-il, au cours de la prochaine guerre, de tuer des enfants, des femmes, des civils, et la déesse de la Victoire, épouvantée, couronnera finalement celui qui aura su le faire avec la plus grande ampleur [Irving, op. cité, p. 12].
Dix ans plus tard, selon Irving :
il alla encore plus loin, en demandant qu'en cas de conflit l'Allemagne fût bombardée dès l' "Heure 0", particulièrement les villes de la Ruhr [Id.].
Par conséquent, on ne peut croire que Churchill ait été sincère en formulant ses promesses d'épargner les femmes et les enfants. Un fait, d'ailleurs, confirme notre hypothèse : dès son arrivée au pouvoir, Churchill mit sa menace de 1935 à exécution : il décida que les bombardements aériens seraient dorénavant effectués sur des objectifs autres que ceux constitués par les "forces combattantes" (39). C'est ainsi que, dans la nuit du 10 au 11 mai 1940 fut bombardée la ville de Mönchengladbach.
Naturellement, le Gouvernement britannique d'alors redoutait la réaction de l'opinion publique apprenant que le pays avait adopté le terrorisme aveugle comme moyen de combat. C'est ainsi que, dans les journaux du lendemain, un simple entrefilet annonça que, dans la nuit du 10 mai : "dix-huit bombardiers Whitley [avaient] attaqué des installations de chemin de fer en Allemagne" (Ibid., p. 169). Rien ne filtra sur la décision de Churchill en date du 10 mai.
Ces précisions effectuées, voyons comment se développa le terrorisme aérien à partir du 11 mai.
Durant l'été 1940, deux sujets d'inquiétude assaillirent Churchill.
Le premier concernait l'état d'esprit du peuple anglais quant à la poursuite de la lutte armée. Le 3 septembre 1939, en effet, les dirigeants français et anglais avaient déclaré la guerre au Reich pour, disaient-ils, défendre le droit à l'existence des petites nations et, plus particulièrement, celui de la Pologne à vivre indépendante. Or, non seulement les Alliés n'avaient rien fait pour tenter de sauver cette dernière, mais lorsque, le 17 septembre suivant, l'URSS l'envahit à son tour, ni la France, ni l'Angleterre ne déclarèrent la guerre à Staline. Le même scénario se répéta en mars 1940 lorsque l'URSS envahit la Finlande ; une nouvelle fois, la France et l'Angleterre s'abstinrent de toute déclaration de guerre. Dès lors, on comprend que, dans le peuple, certaines voix se soient élevées pour dénoncer cette lutte dont on ne connaissait plus les motivations exactes et dont on soupçonnait l'hypocrisie. Pour Churchill, il était donc nécessaire de redonner aux masses la volonté de combattre.
Le deuxième sujet d'inquiétude concernait la RAF. Bien que celle-ci fût parvenue à résister aux assauts de la Luftwaffe, les pertes subies étaient sévères et "l'aviation de chasse britannique se rétrécissait sous les yeux de [son chef] Dowding, impuissant à maintenir sa capacité de combat" (40). Il fallait donc à tout prix détourner l'aviation allemande des aérodromes et des bases anglaises.
Pour cela, Churchill adopta le plan suivant : en août 1940, il ordonna à la RAF de bombarder des objectifs sur la Ruhr et d'effectuer une série de six raids sur Berlin. Il espérait qu'en représailles Hitler ordonnerait à son tour de bombarder Londres, détournant ainsi ses avions des objectifs militaires et causant une (légitime) révolte au sein du peuple britannique.
Pendant une semaine, à partir du 27 août, Berlin fut bombardée chaque nuit. Les premiers jours, Hitler ne réagit pas. Mais, le 4 septembre, dans un discours au Sportpalast, il s'écria :
Pendant trois mois, je me suis abstenu de riposter, pensant qu'ils [les Anglais] mettraient fin eux-mêmes à cette folie criminelle. M. Churchill y a vu un signe de faiblesse de notre part. Vous comprendrez que, maintenant, nous répondrons chaque nuit, et cela dans une mesure croissante. S'ils déclarent qu'ils soumettront nos villes à des attaques massives, nous leur répondrons que nous, nous rayerons leurs villes de la carte (41).
L'allégation du Chancelier selon laquelle, pendant trois mois, il n'aurait pas réagi pensant que "cette folie criminelle" cesserait n'était pas mensongère. Dans son ouvrage déjà cité, J.M. Spaith reconnaît que Hitler adopta à contre-coeur le bombardement des populations civiles ; il émet en outre l'opinion selon laquelle, après avoir commencé, le Führer aurait accepté à n'importe quel moment d'arrêter le massacre: "de façon certaine, Hitler ne voulait pas que le bombardement mutuel se poursuive" (42).
Quoi qu'il en soit, le 7 septembre, 300 bombardiers larguèrent leurs chargements sur Londres, incendiant les quartiers des docks, les réservoirs d'essence de Thameshaven et des dizaines d'habitations dans l'East End (43). Bien que cette attaque fût couronnée de succès, le vrai vainqueur était Churchill : son stratagème avait réussi, la Luftwaffe s'était détournée des objectifs militaires et les services de propagande anglais pouvaient maintenant exciter le peuple britannique contre le Reich. Dans ses Mémoires, d'ailleurs, l'ancien premier ministre, écrivit :
Pouvoir disposer de ces terrains [de chasse] importait beaucoup plus que de défendre Londres contre des attaques de terreur. Au cours de cette lutte, il ne s'agit jamais de défendre Londres [...] mais de savoir qui gagnerait la bataille aérienne [...].
Si l'ennemi avait continué à lancer de violentes attaques contre les secteurs voisins et endommagé leurs PC d'opération ou leurs lignes téléphoniques, toute l'organisation si complexe de l'aviation de chasse aurait pu être réduite à néant [...]. Cela aurait signifié la perte pour nous du contrôle absolu de notre propre espace aérien dans le secteur décisi[...]. Ce fut donc avec un sentiment de soulagement que l'aviation de chasse se rendit compte que, le 7 septembre, l'offensive allemande se déplaçait vers Londres (44).
Ce texte révèle le cynisme du premier ministre britannique et combien peu lui importait le sort des populations civiles, même anglaises. La suite, d'ailleurs, le démontrera plus encore. Le 12 novembre 1940, ainsi :
Churchill fut averti, par son service de renseignement, que l'aviation allemande préparait trois grands bombardements [...]. [Le premier] devait avoir lieu dans les deux jours, contre Coventry. Churchill le sut mais n'en fit rien, il ne renforça pas la DCA de Coventry [Ibid., pp. 19-20].
Lorsque l'on connaît le plan adopté par le premier ministre britannique, sa passivité ne saurait surprendre.
Aujourd'hui encore, de nombreux historiens prétendent que le raid aérien sur Coventry fut dirigé uniquement contre les populations civiles. Pourtant, A. Harris lui-même reconnaît que cette ville :
était une importante cité dont la plupart des habitants s'occupaient d'industries de guerre. Les petites industries mécaniques de la ville étaient presque indispensables à la production de bon nombre d'armes et d'instruments (45).
En tout cas, la presse anglaise, qui était restée très discrète sur les bombardements en territoire allemand, put enfin se déchaîner contre Hitler, coupable, selon elle, d'assassiner les femmes et les enfants.
Au soir du 14 novembre 1940, ainsi, Churchill était parvenu à ses fins :
1·) La Luftwaffe avait cessé d'attaquer en priorité des objectifs strictement militaires (bases, aérodromes...) ;
2·) Le peuple anglais, persuadé que Hitler était l'unique responsable des bombardements de terreur, avait retrouvé son ardeur belliqueuse.
Ces quelques rappels permettent de réfuter la légende selon laquelle les Allemands auraient été les premiers à pratiquer les bombardements de terreur.
Mais l'histoire du terrorisme aérien ne s'arrête pas ici.
Jusqu'en 1942, aucun "grand" bombardement de terreur ne fut organisé. Le 16 décembre 1940, 134 bombardiers effectuèrent un raid sur Mannheim (46). En 1941, Aix-la-Chapelle, Coblence, Kreuznach, Francfort-sur-le-Main, Limbourg, Darmstadt, Trêves, Worms, Nuremberg, Bamberg, Bayreuth, Ratisbonne et Chemnitz furent, à leur tour, bombardées (47). Mais à chaque fois les dégâts occasionnés avaient été minces et vite réparés. Très rapidement, les Britanniques comprirent que l'efficacité de tels raids nécessitait une concentration importante de bombardiers.
C'est alors qu'intervint M. Lindemann.
Lindemann était un professeur de physique qui, après avoir gagné la confiance de Churchill, était devenu son conseiller personnel sur les questions scientifiques (48). En 1942, il soumit au premier ministre une étude dans laquelle :
étaient décrits, en termes quantitatifs, les effets sur l'Allemagne d'une offensive britannique de bombardements sur les dix-huit prochains mois (approximativement mars 1942-septembre 1943). Le document dictait une politique stratégique. Le bombardement devait être dirigé essentiellement contre les maisons de la classe ouvrière allemande. Les maisons des classes moyennes étaient trop espacées, ce qui entraînerait un gaspillage de bombes ; les usines et les "objectifs militaires" avaient depuis longtemps été oubliés, sauf dans les bulletins officiels, parce qu'ils étaient trop difficiles à trouver et à atteindre. Le document prétendait que -- à la condition de concentrer entièrement son effort sur la production et l'utilisation des avions de bombardement -- il serait possible, dans toutes les plus grandes villes d'Allemagne (c'est-à-dire celles de plus de 50.000 habitants) de détruire 50% des maisons (49).
Bien que deux autres scientifiques, Tizard et Blackett, eussent affirmé que les estimations de Lindemann étaient cinq ou six fois trop élevées (Ibid., p. 49), Churchill adopta ce plan et "parvint alors à vaincre la répugnance des maréchaux de l'Air à bombarder des quartiers résidentiels" (50). "Désormais, écrivit-il à A. Harris qui venait de prendre ses fonctions, a-t-il été décidé que le moral de la population civile, particulièrement de la population ouvrière, constituera l'objectif primordial" (Ibid., p. 24).
Ainsi purent débuter les "bombardements de terreur" sur l'Allemagne dont le point culminant fut celui de Dresde : 55 fois Oradour si l'on se borne à accepter les chiffres officiels (35.000 morts).
Dans le cadre de notre étude, une seule question importe : ces raids de terreur furent-ils moralement défendables ? Afin d'y répondre, tournons-nous vers le pays qui en fut l'initiateur, l'Angleterre.
Nous avons vu que, le 11 mai 1940, les autorités britanniques avaient caché au public leur décision d'étendre les attaques aériennes à des objectifs non militaires. Dans son livre déjà cité, cependant, J. M. Spaith écrit :
[...] nous avons reculé devant l'idée de donner à notre magnifique décision du 11 mai 1940 la publicité qu'elle méritait. Ce fut, certainement, une erreur. C'était là une splendide décision. Elle était aussi héroïque, aussi pleine d'abnégation que la décision russe d'adopter la politique de la terre brûlée. Elle nous donna Coventry et Birmingham, Sheffield et Southampton, le droit de regarder Kiev et Karkov, Stalingrad et Sébastopol en face. Nos alliés soviétiques auraient été moins critiques vis-à-vis de notre inaction en 1942 s'ils avaient compris ce que nous avions fait (51).
Pour J. M. Spaith, donc, l'adoption du terrorisme aérien fut une "splendide décision", "héroïque" et "pleine d'abnégation", dont l'Angleterre n'a pas à rougir.
Sir A. Harris, pour sa part, écrit :
On m'a souvent reproché la barbarie de nos méthodes de bombardement. Cela appelle quelques commentaires [...].
[...] pour démontrer le caractère inhumain de la méthode des bombardements, on souligne surtout le fait que ce sont les civils qui en sont les victimes. C'est exact, mais qu'on veuille bien réfléchir au fait que toutes les guerres ont fait de nombreuses victimes parmi la population civile. C'est ainsi qu'après la guerre de 1914-1918 des rapports officiels consignés dans le Livre blanc britannique établissent que le blocus de l'Allemagne a causé la mort d'environ 800 000 Allemands.
Ceux-ci étaient évidemment en majorité des enfants, des femmes et des vieillards, car les besoins des troupes bénéficiaient de toutes les priorités.
Il n'est pas facile d'évaluer les pertes civiles causées par nos bombardements en Allemagne, parce que les rapports allemands à ce sujet sont incomplets et peu sûrs. Les Américains ont proposé le chiffre de 305.000. Sur ce nombre, il est probable que les femmes et les enfants représentent une minorité car, dès les premiers bombardements, des évacuations massives des villes industrielles furent exécutées. Si d'autre part on se rapporte aux guerres du passé, on constatera que le siège des villes était particulièrement meurtrier pour la population civile, avec cette différence qu'une évacuation n'était même pas possible (52).
Plus loin, enfin, l'auteur ajoute :
Les combats entre grands navires de guerre modernes sont choses horribles, car souvent les navires atteints sont transformés en d'effroyables fournaises au milieu desquelles se débattent des centaines d'hommes ; quelques bombes sur les cuirassés allemands restés à quai mirent fin à pareille guerre [Ibid., p. 234].
Portons tout d'abord notre attention sur les différentes "justifications" du sieur Harris.
L'ex-maréchal de l'Air ose invoquer le fait que les bombardements stratégiques auraient mis fin à une guerre horrible dans laquelle des "centaines d'hommes" mouraient au sein "d'effroyables fournaises". Comment ne pas être choqué par un tel cynisme ? Lorsqu'il écrivit cela, ce haut militaire ne pouvait ignorer que, dans la nuit du 14 février 1945, des dizaines de milliers de femmes et d'enfants (et non "des centaines"), avaient péri carbonisés dans la ville de Dresde, une ville transformée en "effroyable fournaise" par les bombes au phosphore de la RAF. Ainsi que l'a écrit F. J. P. Veale :
Ce qui s'est passé [à Hiroshima] peut paraître moins "inquiétant" que ce qui se passa quelques mois plus tôt à Dresde, quand des foules de femmes et d'enfants réfugiés coururent en tout sens pendant des heures dans une ville qu'ils ne connaissaient pas, au milieu des bombes qui explosaient, du phosphore qui brûlait et des immeubles qui s'effondraient (53).
Rappelons également le cas de Tokyo, ville sur laquelle, le 10 mars 1945, des bombardiers américains effectuèrentun effroyable raid. Les bombes incendiaires déversées provoquèrent un gigantesque mur de flammes qui atteignit plus de 1000 degrés C.
Selon Martin Caidin : "La chaleur -- et non le feu -- abattit comme une faux géante les gens à des centaines de mètres" (54).
Par conséquent, on ne peut que rejeter la première justification avancée par celui qui dirigea les opérations de bombardement massif.
A. Harris affirme en outre que les rapports allemands au sujet des morts victimes des raids aériens sont "incomplets et peu sûrs". C'est là un argument d'autorité et une façon bien légère d'écarter les documents gênants. Nous aurions aimé que l'auteur nous cite quelques-uns de ces rapports (puisqu'ils existent) et nous explique en quoi ils sont peu sûrs. Quant au "chiffre de 305.000" proposé par les Américains (lesquels ? dans quels documents ? sur quelles bases ?), nous avons vu qu'il était bien en dessous de la réalité (55).
D'après l'ouvrage de M. Kurowski intitulé Luftkrieg über Deutschland (Heyme-Verlag), les chiffres officiels alliés sont les suivants : de 1942 à 1945, les Américains ont lancé 971.762 tonnes de bombes sur l'Europe (sans compter les pourtours de la Méditerranée). De 1939 à 1945, la flotte aérienne britannique a lancé 955.044 tonnes de bombes et 47.307 mines. Sur ces 955.044 tonnes, 657.647 tombèrent sur l'Allemagne, 284.500 sur la France, la Belgique et les Pays-Bas, le reste étant tombé sur la Norvège, le Danemark ou des bateaux en mer. Du 1er janvier au 8 mai 1945, 180.000 tonnes de bombes (soit 20 % de la totalité) ont été lancées sur l'Allemagne. Dans les trente-six dernières heures de la guerre, 14.000 tonnes furent employées. Officiellement, ces bombardements firent 410.000 morts auxquels il faut ajouter des centaines de milliers de disparus (rappelons que les bombardements allemands sur l'Angleterre coûtèrent la vie à 60.000 personnes dont 30.000 Londoniens). Du 1er février au 8 mai 1945, 119.000 personnes périrent sous les bombes.
Par conséquent, on ne peut que rejeter la "justification" de Sir Harris qui repose sur le (prétendu faible) nombre de victimes résultant des attaques aériennes. De plus, notons que même si on admettait le chiffre de 305.000 repris par l'auteur, sa "justification" n'en serait pas plus acceptable. En effet, aucun assassin ne saurait être absous au motif qu'il aurait pu faire davantage de victimes.
A présent, supposons que les bombardements de terreur aient tout de même été considérés comme moralement défendables. Dans ce cas, pourquoi a-t-il fallu attendre 1961, et la parution du livre de C.P. Snow, pour que l'existence et l'adoption du plan Lindemann soient enfin révélées au monde entier? Pourquoi, de 1945 au début des années soixante, les gouvernants anglais ont-ils impitoyablement censuré tout ce qui pouvait y faire référence ? Car il est indéniable que, durant toute la guerre et encore après, une consigne de silence absolu fut imposée par les autorités britanniques.
Ainsi, le 28 février 1943, Sir Archibald Sinclair, qui était alors secrétaire au ministère de l'Air, expliqua à Sir Charles Portal, chef du personnel de ce même ministère :
qu'il était nécessaire d'étouffer toute discussion publique sur le sujet parce que si, en réponse aux renseignements demandés par des politiciens ou des religieux influents, la vérité était révélée, elle serait inévitablement condamnée, ce qui pourrait porter atteinte au moral des équipages des bombardiers et, en conséquence, à leur aptitude à bombarder [Ibid., p. 28].
La mise en garde d'A. Sinclair n'était pas inutile. Douze jours plus tard, en effet :
aux Communes, M. Montague, membre du parti travailliste, avait exprimé l'espoir que [les] raids sur l'Allemagne étaient toujours concentrés, comme il le croyait, sur des objectifs militaires et industriels. Le capitaine Harold Balfour, sous-secrétaire au ministère de l'Air, répondit qu'il pouvait donner aux Communes "l'assurance que nos objectifs dans les bombardements de l'ennemi étaient les industries, les transports et le potentiel de guerre. Nous n'avons pas bombardé des femmes et des enfants gratuitement, pour le plaisir de le faire. Nous ne devons pas faire marche arrière. Si des innocents, des femmes et des enfants souffrent de l'exécution de notre politique, le remède appartient aux hommes et aux femmes allemandes eux-mêmes" (Hansard, 12 mars 1943).
Le 30 mars 1943, en réponse à Richard Stokes, membre du parti travailliste, le secrétaire au ministère de l'Air, Sir Archibald Sinclair, rétorqua d'un ton légèrement narquois que : "les objectifs du Bomber Command sont toujours militaires mais que les bombardements de nuit sur des objectifs militaires impliquent le bombardement des régions dans lesquelles ces derniers sont situés" (Hansard, 31 mars 1943).
Le 9 février 1944, à la Chambre des Lords, Monseigneur Bell, évêque de Chichester, dans un mémorable discours, réclama une déclaration sur la politique du gouvernement "concernant le bombardement des villes ennemies, avec une mention spéciale sur l'effet de ces bombardements sur la vie des civils". Le vicomte Cranbourne, secrétaire d'Etat aux Dominions, répondit pour le gouvernement qu'il était "particulièrement prêt à donner l'assurance que l'objectif de nos attaques intensives sur les villes allemandes était d'entraver et, si possible, de paralyser la production de guerre ennemie et pas du tout de jeter des bombes afin d'étendre le dommage à la population. La RAF ne s'est jamais livrée à de purs raids de terreur" (Hansard, 10 février 1944).
Le dernier mais plus édifiant débat sur les bombardements de terreur intervint aux Communes le 6 mars 1945, trois semaines seulement après l'horrible raid de masse sur Dresde du 13 février 1945.
Le débat fut engagé par l'irrépressible Richard Stokes, qui demanda la vérité sur un rapport autorisé du correspondant de l'Associated Press au QG allié de Paris, rapport qui décrivait, d'un ton jubilatoire, "l'assaut sans précédent au grand jour d'une capitale bondée de réfugiés, fuyant l'avance russe à l'Est" et qui déclarait que cet assaut démontrait qu' "une décision longtemps attendue avait été prise d'adopter des bombardements de terreur sur les centres allemands peuplés comme un cruel expédient pour hâter la défaite de Hitler".
M. Stokes commença en lisant ce rapport qui, rappela-t-il, avait été largement publié aux USA et diffusé sur Radio-Paris. En Angleterre, le matin du 17 février, la censure le laissa passer mais, le soir, il fut interdit de publication, certainement à cause des protestations indignées qu'il avait suscitées.
M. Stokes insista pour qu'on [réponde à ses questions] : "Le bombardement de terreur fait-il maintenant partie de notre politique ? Pourquoi le peuple de ce pays, qui est supposé être responsable de ce qui arrive, est-il le seul peuple qui devrait ignorer ce qui se fait en son nom ? D'autre part, si le bombardement de terreur ne fait pas partie de notre politique, pourquoi ce rapport a-t-il été supprimé dans son intégralité ? Je crois que nous devrons nous repentir du jour où nous avons commis cela, et que [ce raid sur Dresde] restera une tâche sur notre blason".
A cet instant, le vice-amiral Sir Murray Sueter, simple député, s'interposa en faisant l'observation stupide selon laquelle "toutes les cibles [étaient] très minutieusement planifiées par le Comité de bombardement. Le Comité examine chaque cible qui, étant d'importance militaire, nécessite un bombardement".
Puis le commandant Brabner, sous-secrétaire au ministère de l'Air, parla au nom du gouvernement. "Puis-je conclure avec un démenti ?" dit-il apologétiquement. "Ce rapport qui vient d'être lu affirme que les commandements alliés ont adopté une politique de bombardement de terreur. Ce n'est pas du tout vrai. Cela a été maintenant démenti par le GQG allié et j'aimerais saisir l'opportunité de le démentir ici. Nous ne gaspillons pas nos bombes ou notre temps en des tactiques de pure terreur. Notre métier est de détruire l'ennemi. Il est injuste que [M. Stokes] vienne dans cette Chambre tenter de suggérer qu'il y a ici de nombreux maréchaux de l'Air ou des pilotes ou quiconque qui essayent d'imaginer combien de femmes et d'enfants ils peuvent tuer. Nous nous concentrons sur des cibles de guerre et nous voulons rester concentrés sur elles jusqu'à ce que l'Allemagne jette l'éponge".
Nullement décontenancé par ce démenti officiel, M. Stokes posa deux questions supplémentaires : "Si le rapport publié sous l'autorité du QG allié à Paris était mensonger, pourquoi n'a-t-on pas annoncé immédiatement qu'une protestation avait été élevée contre lui, et pourquoi a-t-on tout d'abord dit qu'il était impossible de censurer un rapport du QG allié concernant cette politique officielle, bien qu'il ait été supprimé tout de suite après?"
Sir Archibald Sinclair [...] avait, de manière significative, quitté la Chambre quand M. Stokes avait commencé à lire ce rapport si imprudemment approuvé par le GQG à Paris. Certainement connaissait-il déjà par coeur le contenu de ce document compromettant. Se rendant compte que les dérobades décousues du commandant Brabner, au lieu de clore le débat, allaient aiguiser la curiosité et, donc, entraîner de nouvelles questions, il choisit finalement de clore lui-même la discussion. "Ce rapport, déclara-t-il, est sans aucun doute mensonger. [M. Stokes] peut me croire. Comment a-t-il été manipulé, quels journaux l'ont-ils publié, et sa publication était-elle autorisée, sont des sujets pour lesquels [M. Stokes] ferait mieux de s'adresser au ministère de l'Information" (Hansard, 7 mars 1945) [Ibid., pp. 19-22].
Après la capitulation allemande, il fallut attendre 1961 et la publication du livre de C.P. Snow pour que le mur du silence, enfin, se fissure. Dans notre étude, nous avons souvent cité l'ouvrage de celui qui mit en pratique les bombardements de terreur : Sir A. Harris. Mais il est important de noter que cet ouvrage, qui parut immédiatement après la fin de la guerre, respectait fidèlement les consignes de silence. On cherchera en vain, dans les 246 pages de ce livre, une seule mention explicite du plan Lindemann. En outre, s'il parle abondamment des raids allemands sur Londres, cet auteur omet de nous rappeler que ce sont les bombardements de Berlin (56) qui les ont provoqués. Il écrit que, durant le "Blitz" , "des bombardements de représailles furent tout naturellement réclamés par le public et la presse", mais qu'il s'agissait là d' "une entreprise difficile en raison de l'éloignement qui limitait l'action des avions de reconnaissance" (Ibid., p. 45). C'est insinuer qu'aucun bombardement terroriste n'avait été pratiqué sur l'Allemagne avant le 7 septembre 1940. Par conséquent, il n'est pas malhonnête d'affirmer que, dans ses "mémoires", Sir A. Harris reprend la thèse officielle anglaise selon laquelle les Allemands auraient été les initiateurs des bombardements de terreur. Quant aux bombardements des quartiers populaires tels que les prévoyait le plan Lindemann, l'auteur observe à leur propos un mutisme total. Tout au long de son livre, il n'est question que de "ville(s) industrielle(s)" (p. 77, 213), de "sérieux dommages industriels" (p. 156) (57)... Au sujet de Dresde, enfin, l'ancien maréchal de l'Air dégage sa responsabilité en écrivant :
je ne puis que répéter que l'attaque de Dresde était considérée comme une nécessité militaire par des personnalités plus haut placées que moi [p. 214].
Pour terminer, notons qu'après la guerre Sir A. Harris fut considéré, par les autorités anglaises, comme une personne encombrante. Selon F. J. P. Veale :
[il] ne fut pas anobli au titre de chef de guerre ayant, avec d'autres, remporté le plus de succès ; on ne lui décerna pas non plus de médaille spéciale pour les services rendus ; on lui refusa même d'utiliser les rapports officiels pour écrire le récit de ses campagnes. Conscient de ce désaveu officiel, moins d'un an après la fin de la guerre, il quitta l'Angleterre pour prendre un poste commercial en Afrique du Sud (58).
Ce refus obstiné de dévoiler la vérité, ce mur du silence imposé jusqu'en 1961 et cette ingratitude vis-à-vis de l'homme qui commanda la flotte des bombardiers démontrent, sans contestation possible, que les bombardements de terreur furent considérés comme moralement indéfendables par les autorités anglaises.
Aujourd'hui, donc, nous pouvons affirmer que, de 1942 à 1945, les gouvernants et les militaires britanniques commirent, en toute conscience, une série de crimes de guerre, des crimes sans précédent dans l'histoire humaine.
Justification des bombardements sur le Japon
Il en est de même pour les bombardements américains sur le Japon. L'empire nippon n'ayant jamais largué une bombe sur les USA, la justification fondée sur une "riposte légitime" ne pouvait être invoquée. Après la guerre, les Américains justifièrent leur stratégie en affirmant que la destruction de l'industrie japonaise avait permis d'obtenir sans combat la reddition de l'Empire nippon, sauvant ainsi la vie de millions de soldats américains et japonais. Martin Caidin, par exemple, écrit :
En plein coeur de cette sombre époque, nos stratèges aériens reconnaissent que, faute de posséder [les B-29], la guerre contre le Japon supposerait des opérations longues, coûteuses et meurtrières -- ce qu'espéraient les Japonais. Mais s'il nous était possible de hâter la mise au point, la production, l'entraînement et le déploiement au-delà des mers [des B-29] alors l'issue de la guerre ne ferait plus de doute [...]. Nous ne serions pas contraints d'engager des millions de soldats dans de terribles opérations à terre contre le Japon [op. cit., pp. 30-31].
[...] c'est parce que des hommes jouèrent leur sort et leur carrière sur ce projet [la mise au point des B-29], travaillèrent jour et nuit sans répit, et, pour certains d'entre eux, allèrent même jusqu'à donner leur vie, que ce rêve prit corps et que cette guerre, dont on prévoyait qu'elle durerait jusqu'en 1948, se termina trois ans plus tôt et permit d'épargner une quantité incalculable de vies humaines et des tonnages considérables de matériel [Ibid., p. 48].
Critique de la thèse justificative
Cette justification n'est nullement acceptable. Certes, personne ne conteste que les bombardements massifs des villes aient contraint le Japon à capituler. Ainsi que le rappelle M. Caidin, l'Empire nippon, lorsqu'il déposa les armes :
possédait encore des millions de soldats bien équipés et entraînés et plus de dix mille avions prêts à se jeter dans une attaque suicide contre la flotte d'invasion. Aucun soldat ennemi n'avait foulé son sol [Ibid., p. 27].
Toutefois, allons plus loin et opérons un retour en arrière, au VIIe siècle avant Jésus-Christ. A cette époque, le royaume d'Assyrie était très puissant. Les armées du roi Assurbanipal s'emparèrent de Tyr, Memphis, Thèbes, incendièrent Babylone, saccagèrent Suse. Le sort des prisonniers tombés entre leurs mains était terrible. Certains étaient écorchés vifs, à d'autres on arrachait le nez, les oreilles, les lèvres, la langue, on crevait les yeux (59). Il est indéniable qu'aujourd'hui la "conscience universelle" condamnerait Assurbanipal pour de telles pratiques. Mais, imitant les Américains, il pourrait alors répondre : "Lorsque j'ai empalé, crevé les yeux, écorché vifs, brûlé et autrement torturé à mort mes prisonniers, la terreur provoquée par mon glorieux nom s'étendit à toutes les contrées environnantes. En conséquence, de précieuses vies humaines furent sauvées. Par la suite, lorsque je désirais prendre une cité, mes courageuses troupes n'avaient plus à l'emporter d'assaut, avec de nombreuses pertes, puisque les habitants venaient tout droit baiser la poussière sur mes pieds. C'est ainsi que les précieuses vies de mes braves soldats furent épargnées" (60).
Que dirait-on aujourd'hui si, le 10 mai 1940, Hitler, soucieux d'épargner la vie de milliers de soldats allemands, avait commandé la destruction des grandes villes industrielles et portuaires françaises telles que Lyon, Boulogne-Billancourt, Brest ou Marseille ?
Enfin, remarquons que cet argument justificatif, s'il reste accepté pour les Américains, fut refusé à Paul Touvier. Ce dernier, en effet, était accusé d'avoir, le 29 juin 1944, ordonné l'assassinat de sept juifs en représailles du meurtre commis la veille sur Philippe Henriot, ministre de la Propagande de Vichy. Devant ses juges, le prévenu affirma que les Allemands désiraient tout d'abord fusiller une centaine de juifs, que ce nombre avait été une première fois réduit à trente et que, par son action, il avait finalement été réduit à sept. Par conséquent, P. Touvier déclarait avoir, dans cette affaire, sauvé vingt-trois otages (61). Le 21 octobre 1993, cependant, les juges rejetèrent cet argument au motif qu'il n'était "pas possible de décider si les vies sauvegardées représentaient un intérêt supérieur (62)".
Lorsqu'ils rendirent cet arrêt, les juges, sans le savoir, condamnaient les militaires américains qui ordonnèrent les bombardements incendiaires sur le Japon afin de préserver la vie des soldats. Mais il est vrai que ces militaires n'étaient pas dans le box des accusés. Les vainqueurs échappent à la justice . Ainsi que l'a écrit J.-R. Naux :
En temps de guerre, on n'a pas le droit de tuer des civils, sauf d'une altitude de 5 000 mètres [...] (63).
En vérité, la "justification" avancée depuis cinquante ans par les Américains est une porte ouverte aux raids terroristes contre les populations civiles. Au Japon, la raison invoquée fut que de nombreuses maisons ou immeubles abritaient une usine travaillant à la production de guerre (64); vingt ans plus tard, au Viêtnam, l'objectif fut de réduire les armées et les maquisards vietnamiens soutenus par la population en déversant 100.000 tonnes d'herbicides à destination militaire et 10.000 tonnes de substance toxique au CS sur 80.000 kilomètres carrés du pays (65). Depuis les années quatre-vingt, au Proche-Orient, il s'agit de détruire les "positions" des "terroristes" anti-israéliens.
L'atomisation du Japon
Mais l'impudence américaine ne s'arrête pas là. Le point culminant de l'offensive américaine sur le Japon survint en août 1945, lorsque deux bombes atomiques furent larguées, l'une sur Hiroshima et l'autre sur Nagasaki (66).
A cette époque, l'industrie nippone était d'ores et déjà anéantie. Par conséquent, on ne saurait "justifier" ces deux bombardements en invoquant des nécessités militaro-industrielles. Mais on aurait tort de croire que les Alliés n'ont rien trouvé afin de se disculper. Dans un manuel d'histoire à l'usage des classes terminales, on lit :
Le 6 et le 9 août 1945, après que le Japon eut ignoré un dernier ultimatum lancé le 26 juillet, les deux villes d'Hiroshima et Nagasaki sont rayées de la carte (67).
Le message ici délivré est clair : la décision de larguer deux bombes atomiques aurait eu pour cause le refus obstiné du Japon de capituler.
M. Caidin soutient une thèse semblable lorsqu'il écrit que ces deux bombes "ne contribuèrent que pour 3% à la destruction des cités industrielles" mais :
donnèrent aux Japonais, si soucieux de sauver la face, une excuse et une justification pour en terminer avec une guerre longue et vaine, en sauvegardant leur honneur [op. cit., pp. 37-38].
En irradiant une partie du territoire nippon, les Américains auraient donc rendu un immense service aux Japonais qui, trop fiers, ne savaient pas comment capituler. Le cynisme de M. Caidin dépasse toute mesure. En réalité, l'étude attentive des faits démontre que, dès le début 1945, le Japon avait accepté la capitulation.
Dès le 2 février 1945, Roosevelt avait reçu du général MacArthur "un message de quarante pages" qui transmettait :
une offre de capitulation japonaise, offre si large qu'elle comprenait la reddition des forces nippones, l'occupation de toutes les îles, l'abandon de la Mandchourie, de la Corée, de Formose, le contrôle de l'industrie et la livraison de ceux que les Américains pourraient considérer comme des criminels de guerre. Une seule demande était formulée : que l'empereur gardât son trône (68).
Pourtant, F. Roosevelt avait repoussé l'offre en disant simplement : "MacArthur est notre plus grand général et notre plus piètre politicien" (Id.).
Deux jours plus tard, la conférence de Yalta s'ouvrit. C'est alors que Roosevelt demanda à Staline de bien vouloir entrer en guerre contre le Japon. En échange, il accordait à l'URSS la Mandchourie (qu'il avait en même temps promise à Tchang Kaï-Chek), les Kouriles, la partie sud de Sakhaline, "l'internationalisation" du port de Dairen et la cession à bail de Port-Arthur (Ibid., p. 228). Staline accepta d'autant plus facilement que les Américains lui avaient promis "l'essence, des moyens de transport, l'équipement de douze cent cinquante mille hommes, 3.000 chars et 5.000 avions" (Id.).
Le 14 février 1945, cependant :
l'empereur Hiro Hito [marqua] au prince Konoye sa détermination de mettre bas les armes, à la condition que le principe monarchique fût sauvegardé par le vainqueur. Peu après, le ministre des Affaires étrangères Hirota amor[ça] des conversations préliminaires avec Malik, ambassadeur de l'Union soviétique. Ce dernier reçut de Moscou des instructions très nettes : faire traîner les choses, demander en contre-partie des bons offices de l'URSS les Kouriles, Sakhaline, Dairen, Port-Arthur et les chemins de fer mandchous [...].
[...] l'empereur penchait vers un compromis. Il chargea Sato, l'ambassadeur du Japon à Moscou, d'entreprendre à son tour des démarches. Staline s'arrangea pour rester invisible. Quant à Molotov, il fut "de glace" (69).
Staline, qui envisageait les substantiels bénéfices territoriaux qu'une guerre contre le Japon allait lui apporter, ne désirait nullement servir de médiateur en vue d'une paix entre l'empire nippon et les Etats-Unis. Le 27 mai 1945, d'ailleurs, il se contentera de dire à Hopkins (conseiller du président Roosevelt) que des "ouvertures de paix étaient faites par certains éléments au Japon" (70), sans préciser que ces "éléments" étaient rien moins que l'ambassadeur nippon à Moscou et le ministre des Affaires étrangères.
En mars 1945, l'empereur du Japon décida de dissoudre son cabinet et mit "à la tête de son gouvernement un pacifiste notoire, l'amiral Suzuki" (71).
Herbert Hoover, ancien président des Etats-Unis et ami personnel de Suzuki, adressa un message non équivoque au président. Mais ni Roosevelt, mourant, ni plus tard son successeur Truman ne réagirent [Id.].
J. de Launay poursuit :
Le 7 juillet, l'Empereur décida d'en finir ; il demanda aux Russes de recevoir le prince Konoye dans la capitale soviétique. Celui-ci prendrait contact avec l'ambassadeur américain Averell Harriman ; il était autorisé à accepter même une reddition inconditionnelle et immédiate.
Ce message consterna le Kremlin. Allait-on, à la veille de la conférence de Potsdam, être privé de tous les bénéfices d'une intervention en Extrême-Orient ? Il n'y avait qu'une parade possible : gagner encore un peu de temps. Le 22 juillet, avec une candeur parfaitement jouée, une note de Molotov demanda au Japonais de "l'éclairer plus complètement sur les objectifs de la mission du prince Konoye" [Ibid., p. 109].
Les jours suivants n'apportèrent rien de nouveau. Les offres de capitulation japonaise ne reçurent aucune réponse.
Le 6 et le 9 août, deux bombes atomiques, qui étaient prêtes depuis la fin juillet, furent larguées sur Hiroshima et sur Nagasaki. Quelques jours plus tard, le 14, l'offre de reddition inconditionnelle de l'empereur Hiro Hito fut, enfin, acceptée par les autorités américaines.
Ces quelques rappels suffisent pour démontrer la fausseté de la thèse selon laquelle l'atomisation du Japon aurait eu pour cause le refus obstiné de ce pays à capituler. En réalité, dès mars 1945, Américains et Russes n'ignoraient plus que l'Empereur Hiro Hito désirait déposer les armes. En juillet 1945, d'ailleurs, ce dernier avait, dans un suprême effort de paix, "jugé acceptable" "l'ultimatum inclus dans la déclaration de Potsdam" (Ibid., p. 110).
Dès lors paraît insoutenable la justification fondée sur le prétendu refus japonais de capituler.
Une question, toutefois, se pose : pourquoi les Américains ont-ils lancé deux bombes atomiques sur un pays qui ne demandait qu'à capituler? Plusieurs réponses peuvent être apportées qui ne s'excluent nullement. Certains ont invoqué une "volonté de rentabiliser une recherche longue et coûteuse, deux milliards de dollars" (71a). D'autres ont parlé d'"essai comparatif des effets des différents types de bombe (la première était à l'uranium, la seconde au plutonium)" (Id.). En 1954, devant une commission réunie pour enquêter sur les liens présumés d'Oppenheimer avec les communistes, un de ceux qui avaient mis au point cette arme terrifiante, M. Alvarez, déclara laconiquement : "Nous voulions une méthode pour tester l'efficacité de la bombe sur un territoire ennemi" (72). En 1965, enfin, un politicien américain, Gar Alperovitz, accusa Truman d'avoir pratiqué "la diplomatie atomique" :
Une diplomatie que Roosevelt à Yalta aurait refusée, préférant une négociation secrète avec Staline : l'URSS s'engageait à entrer en guerre contre le Japon trois mois après la capitulation de l'Allemagne, en échange de compensations territoriales en Extrême-Orient. Trois mois après, c'est-à-dire le 8 août 1945, un calendrier que Staline respectera à la lettre.
Truman aurait alors voulu à la fois stopper la progression soviétique et prouver à l'URSS la supériorité américaine en matière nucléaire. Loin d'abattre le Japon qui n'avait plus guère les moyens de résister, la bombe atomique lancée le 6 août aurait bien été le premier acte sanglant de la guerre froide [Voy. Les Réalités de l'Ecologie, déjà cité, p. 2, col. B-D].
Les atrocités alliées dont on ne parle pas
Nous terminerons cet exposé en signalant que les bombardements des populations civiles ne furent pas la seule "atrocité" commise par les Américains dans leur guerre contre le Japon. Dans son livre autobiographique, un ancien "chevalier du vent divin" (faussement appelé "kamikaze" par les Occidentaux) raconte deux crimes gratuits dont il a été le témoin : le premier lorsqu'un avion de chasse américain de type Grumann mitrailla à mort un vieux paysan qui travaillait paisiblement dans un champ (72); le second lorsqu'un autre chasseur américain mitrailla dans les airs un pilote japonais qui avait sauté en parachute hors de son engin en feu (72b).
Certains mettront en doute la parole d'un ancien "kamikaze" et soutiendront que deux crimes ne peuvent permettre de juger du comportement de toute une armée sur un champ de bataille. C'est vrai. Toutefois, au sujet des crimes commis par les Américains dans le Pacifique, nous possédons un témoignage capital.
Le grand aviateur américain Charles Lindbergh visita le camp de concentration allemand de Dora en juin 1945. Il écrit :
[...] un trouble subit m'envahit l'esprit. Où donc ai-je tressailli de la sorte ? Dans le Pacifique Sud ! Oui... devant les cadavres de Japonais en train de pourrir dans les grottes de Biak. Oui, devant ce camion d'ordures déchargé sur des soldats morts jetés au bulldozer dans un cratère de bombe. Oui, devant ces crânes verdis dont les nôtres décorent leurs salles de garde et leurs tentes...
Avant cette guerre, il semblait impossible que des hommes, des hommes civilisés, pussent déchoir, s'abaisser à un tel degré d'ignominie. Mais ils l'ont fait. Ici, en Allemagne, au camp de Dora. Là-bas, dans les coraux de Biak. Mais là-bas, c'est nous qui étions en cause, nous, les Américains, qui prétendions défendre, représenter quelque chose de différent. Nous avons accusé les Allemands de souiller l'humanité par la manière dont ils traitaient les juifs, et nous n'avons pas agi autrement envers les Japonais. "Ils sont plus bas que des bêtes. On devrait tous les exterminer". Combien de fois n'ai-je pas entendu des officiers américains s'exprimer de la sorte ! "Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton oeil, et alors tu verras comment ôter la paille de l'oeil de ton frère."
Et je revois toute une longue série d'incidents : nos Marines tirant sur des Japonais désarmés qui regagnaient à la nage la plage de Midway ; le meurtre des prisonniers à la mitrailleuse sur le terrain d'aviation de Hollandia ; les tibias prélevés sur les Japonais qui venaient d'être tués à Noemfoor afin de les travailler au couteau et en faire des coupe-papier et des encriers ; le jeune pilote américain qui voulait "écrémer cet hôpital japonais un de ces jours" ; nos soldats défonçant les bouches des cadavres ennemis pour récupérer l'or de leurs dents ("l'occupation favorite de nos fantassins") ; les têtes japonaises enterrées dans des fourmilières "pour servir de souvenirs une fois bien nettoyées" ; leurs corps jetés au bulldozer, d'abord sur les bas-côtés de la route, puis dans les replis de terrain où on les a recouverts de terre, pêle-mêle, sans aucune indication ; et Mussolini et sa maîtresse suspendus aux crochets d'un étal de boucher par les pieds, dans une ville d'Italie ! Aussi loin qu'on remonte dans l'histoire, on trouve de telles atrocités, et cela non seulement dans l'Allemagne des Dachau, des Buchenwald et des Dora, mais en Russie, dans le Pacifique, dans nos émeutes et nos lynchages aux Etats-Unis, dans les révolutions dont on parle moins -- de l'Amérique du Sud et du Centre, dans les supplices de Chine, dans ce qui s'est passé il y a quelques centaines d'années en Espagne, dans les pogroms de jadis, dans les condamnations au bûcher des sorcières de la Nouvelle-Angleterre, pour la gloire du Christ et de Dieu !
Les yeux bas, je contemple cette fosse de cendres. Non, ce que je voyais là n'est pas le fait exclusif d'un certain pays ou d'un certain peuple. Ce que l'Allemand a fait au juif en Europe, nous le faisons au Japonais dans le Pacifique. Ce déshonneur que les Allemands se sont attiré à jamais en se débarrassant dans ce puits de ces cendres d'êtres humains, nous l'encourons en enfouissant au bulldozer ces cadavres d'autres hommes dans des trous perdus, sans nom, au fond de la jungle tropicale. Car ce qui est barbare pour un camp l'est également pour l'autre. "Ne jugez pas et vous ne serez pas jugé". Ce n'est pas seulement aux Allemands et aux Japonais, mais à tous les peuples que cette guerre a apporté la honte et la dégradation (73).
Lorsqu'on prend conscience de l'ampleur des crimes commis par les vainqueurs de 1945, on ne peut qu'être révolté par l'exploitation actuelle du drame d'Oradour-sur-Glane.
Oradour fut-il un massacre voulu et perpétré par une horde de SS? Après avoir étudié les documents publiés, fouillé les archives, rencontré des témoins, examiné les ruines de l'église, interrogé des experts, nous répondons par la négative.
Le 10 juin 1944, les SS étaient à la recherche d'Helmut Kämpfe, officier de la division Das Reich enlevé, la veille, par le maquis de Jean Canou. Plusieurs informations concordantes, dont celle fournie par le lieutenant Gerlach, enlevé lui aussi par le maquis mais qui parvint à s'échapper, les convainquirent de se rendre à Oradour. Là, ils découvrirent non pas un village paisible mais une base arrière du maquis qui portait encore les traces de crimes récents commis contre des soldats allemands.
Après que la population eut été rassemblée, les femmes et les enfants furent conduits à l'église pour leur sécurité. Le chef du détachement SS, Diekmann, interrogea les hommes d'Oradour afin de découvrir le lieu où était séquestré le major H. Kämpfe ainsi que les endroits où étaient cachées des armes. Sans réponse satisfaisante et devant le refus du maire de désigner des otages, il ordonna que les hommes soient séparés en six groupes et parqués, sous bonne garde, dans six granges, garages ou chais. Pendant ce temps, d'autres soldats SS fouillaient les maisons. Il était environ 15 h 30. Ces fouilles permirent la découverte, outre de nombreux dépôts de munitions, de plusieurs cadavres allemands.
Vers 16 h, plusieurs détonations ébranlèrent l'église. Un dépôt de munitions qui se trouvait sous les combles venait d'être mis à feu probablement par des résistants réfugiés dans le clocher. Les gradés SS, croyant à une attaque extérieure du maquis, donnèrent l'ordre d'abattre la population mâle d'Oradour. Dans l'église, des femmes et des enfants périrent, brûlés par les gaz enflammés et déchiquetés par les pierres de l'édifice transformées en projectiles. Les SS s'étant rués vers le sanctuaire, une bataille s'engagea avec les maquisards, dont certains tentaient de fuir par les vitraux de la façade est.
Officiellement, une seule femme, Mme Rouffanche, aurait survécu à la tragédie. Des années après le drame, cependant, un officier allemand déclara sous serment qu'en 1963 deux femmes s'étaient présentées à lui comme des rescapées de l'église sauvées par des Waffen-SS. Aujourd'hui encore, la peur plane sur le village martyr. Certains témoins ne veulent pas parler. L'un d'entre eux affirme avoir été menacé de mort par des habitants d'Oradour au cas où il parlerait.
Dans la nuit qui suivit le drame, des inconnus maquillèrent l'église afin d'accrédi-ter la version du massacre commis par l'occupant. Peu après, les réseaux résistancialistes subornèrent "l'unique" rescapée de l'église afin qu'elle raconte un témoignage en concordance avec la version des faits en cours d'élaboration. Cette subornation fut d'autant plus aisée que la famille Rouffanche était liée, par certains de ses membres, à la Résistance. Plus tard, cependant, le témoin providentiel se contredit lui-même en voulant apporter des précisions à son récit.
Du côté allemand, les autorités promirent immédiatement des sanctions. Ces promesses ne restèrent pas lettre morte puisque Diekmann, le chef de détachement responsable de l'opération, passa devant un Conseil de guerre. Toutefois, l'enquête s'acheva prématurément avec sa mort, quelques jours plus tard, sur le front de Normandie.
En 1953, 21 anciens SS d'Oradour comparurent devant un tribunal français. Mais le procès fut truqué : en échange de leur "collaboration" (c'est-à-dire l'acceptation de la thèse officielle française) et de leur silence, les inculpés furent rapidement relâchés. Quant aux officiers, ils ne furent ni jugés, ni entendus par la justice française.
Aujourd'hui, les anciens condamnés respectent leur promesse de silence et les archives sur l'affaire sont soigneusement tenues secrètes par les gouvernements français et allemand. D'où les difficultés rencontrées par le libre chercheur lorsqu'il choisit d'enquêter sur ce drame et, en conséquence, l'obligation pour lui d'exploiter le moindre indice, le moindre détail, le moindre signe suspect. Nous aurions préféré apporter aux lecteurs des preuves décisives mais les documents restent enfermés sous bonne garde. Parmi ceux-ci, longtemps soustrait à la recherche, citons le fameux rapport rédigé par le juge militaire allemand D. Okrent qui enquêta sur l'affaire immédiatement après le drame. Ce rapport, bien qu'il ait été utilisé par l'accusation à Nuremberg en 1945-46, puis à Berlin-Est en 1983 (procès du SS H. Barth), fut longtemps frappé d'interdit. Nous devons à l'obligeance du professeur Robert Faurisson la copie que l'on trouvera en annexe (dossier Okrent p. 407). A noter l'énorme anomalie qu'il renferme, à savoir qu'il n'y est nulle part question du massacre de l'église. Or, on ne peut admettre l'ignorance du juge sur ce point capital !
Qu'il nous soit permis d'effectuer quelques remarques.
Bien que nous ayons dégagé la responsabilité des SS dans le drame d'Oradour, il ne saurait être question d'oublier la souffrance de toute cette population, arrachée à la vie dans des conditions terribles. Il ne saurait être question d'oublier ces hommes fauchés par les balles et dont certains durent longtemps agoniser. Il ne saurait être question d'oublier ces femmes et ces enfants dont la mort fut plus atroce encore. Grâce aux photographies, nous savons que certains d'entre eux périrent déchiquetés par les pierres projetées dans la nef et que d'autres furent brûlés par les gaz enflammés. On peut aujourd'hui imaginer les scènes d'enfer qui se déroulèrent dans le sanctuaire immédiatement après la destruction du clocher : baignant dans leur sang, des blessés, gravement mutilés, devaient se contorsionner ; d'autres, transformés en torches vivantes, devaient courir en tout sens. Au milieu des hurlements de terreur et de douleur, alors que crépitaient les armes des SS et des maquisards, une panique générale s'empara des survivants qui, aveuglés par la poussière, asphyxiés par les gaz, trébuchant sur les cadavres, les blessés, les membres épars, tentèrent de sortir. Combien d'enfants et de blessés tombés à terre moururent piétinés dans la bousculade ? Combien de mères durent vainement chercher leurs enfants ? L'issue principale étant obstruée par les décombres du clocher, beaucoup voulurent fuir par la sacristie. Mais déjà la bataille faisait rage entre maquisards et SS. Des femmes et des enfants furent, comme ce fut le cas de la fille de Madame Rouffanche, fauchés par des balles. Et soudain, une explosion se produisit dans le sous-sol, entraînant la chute du plancher et la culbute des rescapés de l'enfer de la nef.
Qui pourrait rester insensible à tant de souffrance? Aujourd'hui, la simple évocation de ces scènes terribles fait monter en nous compassion et respect.
Mais ce que nous refusons, c'est l'utilisation de ce drame à des fins de propa-gande germanophobe visant à entretenir une haine perpétuelle de conception totalement opposée à l'essence de notre civilisation. A Oradour, seuls les crimes perpétrés (ou prétendument perpétrés) par les Allemands sont rappelés. Or, comme l'a écrit Louis Louvet (qui croyait en la culpabilité allemande à Oradour)
que ce soit le catholique traquant l'Albigeois, le septembriseur égorgeant le prisonnier politique, le Versaillais fusillant le communard, le Russe enfouissant à Katyn l'officier polonais, le nazi (imitant à une plus grande échelle les autres pogromistes) asphyxiant ou brûlant le juif, l'aviateur atomisant le Japonais, le "protecteur" décimant l'indigène colonial, tous, quel que soit le motif invoqué, sont, sur le plan humain, des criminels. Et si je limite cette liste, c'est qu'elle suffit à démontrer que, dans l'horrible art de tuer, les peuples se font une affreuse concurrence (1).
Aujourd'hui, les documents publiés, notamment en Allemagne et aux Etats-Unis, démontrent qu'entre 1940 et 1945 les Alliés ne furent pas les moins bien pourvus en matière de crimes de guerre.
Alors, à défaut de symboliser la "barbarie nazie", le village d'Oradour-sur-Glane devrait-il incarner la barbarie commune à tous les peuples en guerre ? Malgré les apparences, deux raisons nous amènent à répondre par la négative.
Tout d'abord, remarquons qu'aucun village ne peut prétendre symboliser la barbarie, tant celle-ci a pu prendre des formes diverses au cours de l'Histoire. A Oradour-sur-Glane, il n'y a eu ni bombardements incendiaires, ni viols.
Mais il existe une deuxième raison, bien plus importante : à Oradour-sur-Glane, les femmes et les enfants furent des victimes indirectes de la "Résistance", et plus particulièrement de la Résistance communiste armée. En effet, sans les bandes de Guingouin, il n'y aurait eu ni enlèvement de Kämpfe, ni incursion des SS à Oradour. Et même, à supposer que les SS soient venus perquisitionner dans le village, il n'y aurait eu ni dépôt de munitions sous les combles de l'église, ni maquisard pour le mettre à feu.
En réalité, l'affaire d'Oradour reste intimement liée non à la guerre, mais aux violations des lois de la guerre. Jusqu'en 1918, en effet, les conflits (européens au moins) étaient régis par des lois très strictes qui, comme le fait remarquer Maurice Bardèche, avaient :
pour objet de créer un champ clos autour des combattants. Elles prot[égeaient] ceux qui regard[aient] parce qu'ils n'[avaient] pas pu être ailleurs, et ceux qui ramass[aient] les blessés (2).
Mais, poursuit l'auteur :
à partir du moment où l'un de ces spectateurs saisit un fusil et tire déloyalement par la fenêtre sur celui qui se bat loyalement sur le terrain, il se met hors de la protection que les lois de la guerre accordent aux combattants et aux non-combattants [Ibid., p. 170].
M. Bardèche était cependant trop optimiste ; dès l'instant où, sur le sol national, des maquisards armés débutèrent une guérilla, les lois de la guerre cessèrent d'exister tant pour les résistants que pour les civils. En effet, il faut se rappeler que les maquisards, une fois leurs actions exécutées, disparaissaient le plus souvent dans les bois ou dans les montagnes, hors de portée de l'occupant qÍui, dès lors, était en droit, d'après les termes mêmes des traités internationaux, d'exercer des représailles sur les civils innocents. Dans l'un de ses derniers éditoriaux, Philippe Henriot avait stigmatisé ceux qui se livraient à des attentats inconsidérés :
Il n'est pas un jour où ils n'annoncent avec ivresse qu'à côté des traîtres qu'ils ont châtiés ils ont fait un carnage d'officiers et de soldats allemands ; qu'ils ont fait dérailler un train de militaires et que des centaines d'entre eux ont été tués...
Seulement, ces messieurs de Londres et d'Alger en parlent à leur aise. Ils n'ont pas à redouter les représailles. Ces représailles, elles sont réservées, non pas même, hélas, aux coupables, qui organisent bien leur affaire et sont parfois loin lorsque l'accident, la catastrophe ou l'attentat à retardement se produit. Elles atteignent une population qui n'a eu aucune part directe à la chose, qui en ignorait tout, mais sur laquelle, parce qu'elle est sur place, s'exercent parfois des vengeances sanglantes et navrantes.
Certaines de ces représailles, certaines de ces violences sont particulièrement tragiques et affreuses. Elles remplissent d'autant d'horreur que de désespoir. Elles sont décidées et exécutées par des hommes qui cèdent à un mouvement de colère et qui, venant de champs de bataille où trois ans de guerre farouche ont endurci leur coeur, appliquent chez nous les méthodes implacables qu'ils ont employées ailleurs et qu'on a employées contre eux. Mais, en vérité, si ces rigueurs sont imméritées, si ces représailles apparaissent révoltantes, qui niera qu'une part très lourde de responsabilité incombe à ceux qui les ont appelées sur leurs compatriotes, alors qu'ils savaient qu'eux-mêmes ne pouvaient être atteints.
C'est bien joli de déclarer de loin la guerre à l'occupant, d'énumérer complaisamment les Allemands tués dans les attentats et les guet-apens ; c'est bien joli de déclarer qu'on n'accepte pas l'Armistice, que la France est toujours en guerre avec l'Allemagne [...]. C'est bien joli de proclamer par les ondes que toute la France est avec la Résistance, avec les Alliés et avec Staline. Seulement, le revers de la médaille c'est qu'un jour il se trouve des Allemands pour accepter de se considérer comme en guerre avec des Français qui répètent à longueur de journée qu'ils sont en guerre avec eux, et pour répondre aux attentats par des représailles (3).
Quelles que soient ses motivations et quelle que soit sa bravoure, le civil qui prend les armes ou qui appelle au soulèvement doit savoir qu'il met en danger toute la population.
Certes, nous n'ignorons pas que, avec ses bombardements aériens, ses vastes opérations de destruction et ses carnages effroyables, la guerre moderne (avec ou sans Résistance) reste "la criminalité en action" (4). Toutefois, et bien que nous soyons résolument opposés à la guerre, nous pensons que si, par malheur, un conflit éclate, tout doit être mis en oeuvre pour épargner les civils. Aujourd'hui, personne ne peut contester que, sans la Résistance armée, la population d'Oradour et les quatre-vingt-dix-neuf pendus de Tulle auraient survécu à la guerre. Alors que Hiroshima et Auschwitz devraient symboliser les horreurs engendrées par la guerre moderne, Oradour-sur-Glane devrait rappeler les tragédies engendrées lorsque les lois de la guerre sont violées, notamment avec l'apparition de combattants illégaux.
Ces réflexions permettent de comprendre l'une des raisons qui, depuis cinquante ans, poussent les autorités à cacher la vérité sur Oradour.
Depuis la fin de la guerre, en effet, la Résistance s'est installée comme mythe fondateur du régime actuel. Historiens et politiques brevetés "corrects" la présentent comme un bloc de gloire désintéressée et bénéfique pour tous. Nous baignons en pleine imagerie d'Epinal, aujourd'hui encore. La vérité sur Oradour briserait ce mythe.
On répliquera sans doute que la faute première revient à Hitler sans lequel la France n'aurait connu ni guerre, ni occupation et, donc, nulle Résistance. En tant qu'historiens, nous devons rappeler une évidence que nos contemporains ont tendance à occulter, à savoir que l'Angleterre, et la France à sa remorque, déclarèrent bel et bien la guerre à l'Allemagne le 3 septembre 1939, et non l'inverse. Certes, nous approuvons la démarche intellectuelle qui consiste à rechercher les responsabilités premières. Mais il est alors nécessaire d'aller jusqu'au bout. Hitler est arrivé au pouvoir poussé par un peuple que des traités de paix iniques avaient acculé à la ruine et au désespoir. Et si la seconde guerre mondiale a éclaté, sur le terrain, le 1er septembre 1939 lorsque la Wehrmacht a pénétré en Pologne, elle avait, dans les esprits, débuté vingt ans plus tôt, lorsque les vainqueurs de 1918 imposèrent aux vaincus les scandaleux Traités de Versailles et de Trianon. Rappelons, par exemple, les terribles propos lancés par le Britannique Robert Lansing lorsque, écoeuré par ce qu'il avait vu lors des pourparlers de paix, il quitta la conférence et écrivit : "Les traités de paix seront source d'une nouvelle guerre. C'est là une chose aussi sûre que le retour du jour après la nuit" (5 ) . La volonté de conduire l'Europe à une nouvelle boucherie était donc dans l'air, dès cette époque.
Naturellement, il ne saurait être question, dans le cadre de cette étude, de porter un jugement sur les responsabilités des uns et des autres dans le déclenchement de la seconde guerre mondiale. Cependant, nous connaissons suffisamment le dossier pour qualifier de déshonnête le raisonnement qui consiste à charger Hitler de tous les drames humains survenus pendant la guerre au motif que lui seul aurait eu la responsabilité du conflit. Ce raisonnement simpliste contribue à l'élaboration d'une version manichéenne de l'Histoire, qui peut servir le politique mais ne satisfait pas l'historien dont la mission reste, avant tout, de donner un éclairage objectif du passé.
Telles sont les raisons qui nous ont convaincus de publier ce livre. Nous savons, par avance, que, s'il franchit le mur du silence il sera condamné. Cependant, nous acceptons les risques que comporte une telle publication car nous croyons encore en l'Histoire, c'est-à-dire en la vérité historique. Et nous estimons que cette vérité doit triompher de la raison d'Etat qui, le plus souvent, impose le mensonge et la haine.
On nous répondra qu' en Histoire, la vérité peut blesser parce qu'elle rouvre des plaies mal cicatrisées. C'est vrai mais a-t-on pensé aux traumatismes engendrés par le Mensonge institutionnalisé chez nos frères européens ? Peut-on construire l'Europe sur une telle iniquité ? Qu'en est-il de la justice ? Peut-on indéfiniment vivre du mensonge, même si le mensonge se fait enjeu économique? Que deviendrait Oradour sans le massacre ? Non seulement le nouveau village (avec ses hôtels, ses restaurants, ses magasins...) mais aussi la région avoisinante vivent du drame survenu en 1944. Il nous faut bien tenir compte des réalités matérielles.
C'est pourquoi notre objectif n'est pas la dévalorisation du site d'Oradour, la fermeture du musée souterrain et l'annulation du projet de construction d'un mémorial. La tragédie survenue dans ce bourg appartient à l'Histoire de France et même européenne. Il ne saurait être question de l'effacer. Toutefois, nous pensons que la vérité historique donnerait à Oradour un second souffle comme temple de la réconciliation entre les vaincus et les vainqueurs d'hier, dans l'Europe d'aujourd'hui. Que les habitants de la région, devenus nos amis, y songent ! Pour la première fois, en effet, il serait admis que les méthodes employées pour combattre les Allemands n'ont pas toujours été loyales (soldats tués dans le dos par des civils armés) et que, de leur côté, les Alliés ont aussi commis des crimes. Aux jeunes qui viendraient se recueillir à Oradour, on parlerait des hommes fauchés dans les granges par des balles allemandes, mais également des femmes et des enfants brûlés et déchiquetés par la faute de quelques maquisards. On parlerait des morts d'Auschwitz et de Dachau mais aussi des morts de Dresde et de Hiroshima. On évoquerait la déportation des juifs d'Europe mais aussi des atrocités commises sur le sol allemand, par les libérateurs.
Débarrassée de son aspect blessant et déstabilisateur, la vérité historique deviendrait alors occasion de réflexion positive. Eteignant les haines et les rancunes accumulées, elle se ferait l'instrument d'un avenir apaisé, d'un avenir où, personne ne pouvant prétendre à l'innocence, le pardon et la compréhension mutuels deviendraient réalités.
Ceux qui ont vécu la dernière guerre mondiale ont le droit de s'enfermer dans leurs chimères, d'imaginer qu'ils ont remporté le bon combat contre le démon menaçant la dignité humaine. Ils ont le droit de contempler le national-socialisme à travers le filtre sélectif de la propagande pour ne voir en lui qu'un régime politique belliqueux et meurtrier par essence. Le même filtre déformant peut à loisir leur rappeler les doux agneaux qu'ils furent, contraints de prendre les armes pour la défense du Bien contre le Mal.
Rien ne pourra nous obliger à tomber dans le même travers manichéen. A Oradour-sur-Glane, les jeunes générations ont le devoir de respecter la mémoire des victimes. Mais ils ont également le devoir d'ouvrir les yeux et de revendiquer la vérité. Alors, comme l'écrit Saint-Jean rapportant la parole du Maître :
"Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous libérera (6)."
NOTES dela section 7, Oradour lieu de propagande...
1 Voy. Plus près de la Vérité..., p. 251.
2 Voy. Arrêt sur Mémoire... (Editions Calmann-Lévy, 1994, 283 p.), p. 208.
3 Voy. Plus près de la Vérité..., p. 254.
4 Ibid., pp. 105 (n. 1) et 119 (n. 9). D'après H. Rauschning, Hitler lui aurait déclaré : "Ainsi s'impose à nous le devoir de dépeupler, comme nous avons celui de cultiver méthodiquement l'accroissement de la population allemande. Il faudra instituer une technique de dépeuplement. Vous allez me demander ce que signifie "dépeuplement", et si j'ai l'intention de supprimer des nations entières ? Eh bien ! Oui, c'est à peu près cela. La nature est cruelle, nous avons donc le droit de l'être aussi" (voy. Hitler m'a dit, Editions Coopération, Paris, 1939, 320 p., p. 159). Rappelons qu'en 1983 l'historien suisse Wolfgang Hänel démontra que les "mémoires" de H. Rauschning n'étaient qu'un faux et que ce dernier n'avait jamais eu le moindre entretien privé avec Hitler (voy. Nouvelle Vision, No 27, p. 19, article de Mark Weber : "Les procès de Nuremberg et l'Holocauste").
5 Voy. Le drame..., p. 36.
6 Voy. Elsa, deuxième trimestre 1974, p. 4, col. A.
7 Voy. Défense de l'Occident, No 49-50, mai-juin 1965, "Crimes de guerre des Alliés ?", pp. 76-77.
8 Cité dans le livre de Karl Friedrich Grau, Schlesisches Inferno (1966), traduit en anglais sous le titre : Silesia Inferno (The Landpost Press, Pennsylvania, 1992, 210 p.), pp. 100-103.
9 Voy. Défense de l'Occident, déjà cité, p. 29.
10 Voy. Jürgen Thorwald, La débâcle allemande. De l'agonie de l'Allemagne à la chute de Berlin (édition française parue chez "J'ai lu", 501 p.), p. 360.
11 Voy. André Bayle, De Marseille à Novossibirsk (Edition particulière, janvier 1992, 270 p.), pp. 170-171.
12 Voy. Silesian Inferno, op. cit., p. 149.
13 Voy. A. Harris, Les bombardiers attaquent..., p. 78.
14 Voy. A. Harris, op. cit., p. 83.
15 A propos des raids sur l'Italie, A. Harris écrit : "[Les attaques] n'étaient pas comparables en puissance à celles que je lançais sur l'Allemagne: non seulement un plus petit nombre d'avions y participaient, mais encore, à cause de l'éloignement, les charges emportées étaient bien moindres. Cependant, l'effet sur le moral de la population fut considérable. Trois cent mille personnes, soit la moitié de la population, s'enfuirent de Turin après notre seconde attaque contre cette cité, et il y eut probablement une plus grande panique encore à Milan après notre attaque de jour menée par un plus petit nombre de ''Lancaster''" (A. Harris, op. cit., p. 108).
16 A Lorient et St-Nazaire, la RAF avait pour objectif (officiel) de détruire les bases de sous-marins que les Allemands avaient construites. "Mais, écrit A. Harris, les Allemands avaient pris leurs précautions et les abris des sous-marins étaient si solidement bétonnés que les plus lourdes bombes ne pouvaient les entamer [...]. Malgré mes protestations, il fallut se soumettre aux ordres" (Ibid., p. 103) "Le seul résultat, conclut-il plus loin, fut de dévaster deux bonnes villes françaises et de retarder de deux mois la bataille de la Ruhr". Les habitants de Lorient et de St-Nazaire apprécieront la légèreté du commandement britannique.
17 A propos de la destruction des villes normandes durant l'été 1944, voy. Nouvelle Vision, No 32 (avril-mai-juin 1994), Editions de l'ANEC, pp. 7-58, l'article intitulé : "Les bombardements alliés meurtriers de 1944".
18 Voy. A. Harris, op. cit., pp. 152-153 : "Il n'est pas facile d'évaluer les pertes civiles causées par nos bombardements en Allemagne, parce que les rapports allemands à ce sujet sont incomplets et peu sûrs. Les Américains ont proposé le chiffre de 305 000. Sur ce nombre, il est probable que les femmes et les enfants représentent une minorité car, dès les premiers bombardements, des évacuations massives des villes industrielles furent exécutées". Nous reviendrons plus loin sur ce plaidoyer rédigé après-coup.
18a Voy. F. J. P. Veale, Advance to Barbarism. The Development of Total Warfare From Sarajevo to Hiroshima (The Denvin-Adair Company, New York, 1968, 363 p.), p.175.
19 En 1995, la quasi-totalité des médiats ont ramené le nombre des morts à 35.000 environ. Jusqu'à cette date pourtant, les différents chiffres généralement avancés étaient beaucoup plus élevés. 135 000, par exemple, est un total que reprirent David Irving (voy. La Destruction de Dresde, J'ai lu, 1964, dernière de couverture ; La Destruction des Villes Allemandes, France-Empire, 1965, p. 309), Jacques de Launay (La Grande Débâcle, Albin Michel, 1985, p. 65), les auteurs du Petit Larousse (édition de 1992) et ceux du Quid (édition de 1986, p. 1160, col. A). En 1986, un auteur allemand parla de 480.000 victimes (Eidgenoss, livraison du premier trimestre 1986, article intitulé "Der ungesühnte Massenmord von Dresden", pp. 4-5.). Trente-trois ans plus tôt, Roland Delcour, journaliste au Monde, avait déclaré que les "évaluations les plus raisonnables se situ[ai]ent entre deux cent cinquante mille et trois cent cinquante mille morts" (Le Monde, 13 février 1953, p. 7). 250.000 victimes est un total repris par les auteurs du Petit Robert (édition de 1989, p. 544).
Afin, certainement, de donner plus de poids aux estimations avancées en 1995, les médiats déclarent qu'elles émanent d'une "nouvelle étude, réalisée par le musée Matthias Griebel" de Dresde (voy., par exemple, Ouest-France, 13 février 1995). Mais en vérité, des chiffres semblables furent avancés dès la fin de la guerre, notamment par ceux qui avaient intérêt à minimiser leurs crimes. En mars 1950, ainsi, la "Revue mensuelle des questions allemandes" Documents 3 avança le chiffre de 44.000 victimes (29.000 recensées au 1er avril 1945 et 15.000 qui, à cette date, restaient enterrées dans les caves et sous les décombres). Par conséquent, les chiffres de 1995 n'ont rien de nouveau.
Le 13 février 1995, Roman Herzog, actuel président allemand, a déclaré : "Il n'est pas question ici d'accuser qui que ce soit, d'exiger de quiconque un quelconque repentir, de comptabiliser les bombes lâchées sur Dresde avec les horreurs commises par les Allemands à l'époque nazie" (voy. Ouest-France, 14 février 1995, article intitulé : "Dresde, ''flambeau contre les atrocités''"). Tous les crimes de guerre ne se valent pas...
20 Voy. F. J. P. Veale, op. cit., p. 175.
20a Voy. Martin Caidin, Objectif Tokyo (Editions Presses de la Cité, Paris, 1961, 251 p.), p. 100.
21 Les estimations modernes font état de 197 000 morts et disparus (voy. Quid, édition de 1986, p. 889, col. A.) : environ 300 Oradours.
21a Voy. Les Réalités de l'Ecologie, hors-série, août 1995, p. 2, encadré intitulé : "Combien de morts à Hiroshima et Nagasaki ?".
21b Voy. Tamiki Hara, Hiroshima/Fleurs d'Eté..., pp. 70-71.
22 Voy. J. Thorwald, op. cit., p. 217.
23 Voy. Wilhelm Stäglich, Le Mythe d'Auschwitz (édition française parue aux Editions La Vieille Taupe, 1986, 518 p.), pp. 80-81.
24 Voy. Grand-Amiral Doenitz, Dix Ans et Vingt Jours (Editions Plon, 1959, 388 p.), pp. 343-344.
25 Voy. Serge Berstein et Pierre Milza, Histoire du Vingtième Siècle, 1939-1945 (Editions Hatier, 1989), t. II, "La guerre et la reconstruction", p. 28.
26 Voy. F. J. P. Veale, op. cit., p. 30 et p. 15 n.
27 Voy. Paul Rassinier, Les Responsables de la Seconde Guerre mondiale (Nouvelles Editions latines, 1967, 286 p.), pp. 85-86.
28 Voy. F. J. P. Veale, op. cit., p. 172.
29 Voy. Sir Arthur Harris, op. cit., p. 63. Dans tout son livre, Sir Harris parle des bombardements par zone comme s'il s'était agi de détruire de "larges centres industriels" ; c'est un grossier mensonge et nous aurons l'occasion d'y revenir plus loin.
30 Voy. 100 Documents..., document numéro 91, p. 230.
31 Voy. Les Relations Polono-allemandes..., document No 124, p. 161.
32 Voy., par exemple, "Paix entre les nations ou guerre à outrance ? Projet de paix, extrait du discours du Führer au Reichstag du 6 octobre 1939" (tract sans date, Editions Flaken-Verlag [Hambourg], diffusé en France sous l'Occupation par les autorités allemandes), verso, col. A.
33 Voy. A. Harris, op. cit., p. 58.
34 Voy. John Killen, La Luftwaffe (Editions Robert Laffont, 1968, 349 p.), p. 125.
35 Voy. David J. Irving, La Destruction des Villes Allemandes (Editions France-Empire, Paris, 1965, 314 p.), p. 13.
36 Voy. G.K. Chesterton, Les Crimes de l'Angleterre (Editions Georges Crès & Cie, Paris, 1916, 274 p.), p. 111.
37 Voy. Sir Arthur Harris, op. cit., p. 151. Il faut savoir qu'en 1918-1919 le blocus fut maintenu pendant huit mois après l'armistice pour contraindre les Allemands à ratifier le Traité de Versailles, ce qui était une évidente violation des conditions de l'armistice et de tout droit international (information donnée par Carlos Porter, auteur notamment de Made in Russia : The Holocaust, disponible chez Ernst Zûndel, 206 Carlton St., Toronto, Ontario, Canada M5A 2L1).
38 Voy. "Tout un peuple dans un camp de concentration", tract édité par Heinrich Kessemeier (Falken-Verlag, Hambourg, sans date, recto).
39 Voy. F. J. P. Veale, Advance to..., pp. 168 et suivantes.
40 Voy. J. Killen, op. cit., p. 169.
41 Transcription du discours du 4 septembre 1940, texte du document original en possession de l'ANEC.
42 Voy. F. J. P. Veale, Advance to..., p. 172.
43 Voy. J. Killen, op. cit., p. 169.
44 Cité par D. Irving, in La Destruction des Villes Allemandes, op. cit., pp. 17-18.
45 Voy. Sir A. Harris, op. cit., p. 59.
46 Voy. F. J. P. Veale, Advance to..., pp. 22 et 182.
47 Voy. D. Irving, La Destruction des Villes Allemandes, p. 22.
48 Voy. F. J. P. Veale, Advance to..., p. 24.
49 Voy. C.P. Snow, Science and Government (Oxford University Press, Londres, 1961, 89 p.), p. 48.
50 Voy. D. Irving, La Destruction des Villes Allemandes, p. 23.
51 Cité par F. J. P. Veale in Advance to..., p. 169.
52 Voy. A. Harris, op. cit., pp. 152-153.
53 Voy. F.J .P. Veale in Advance to..., p. 192.
54 Voy. Martin Caidin, op.cit.., p. 25.
55 Voy. F.J.P. Veale, op. cit., p. 175.
56 Voy. Sir A. Harris, op. cit., pp. 45 et suivantes.
57 Ces exemples ont été pris parmi beaucoup d'autres. Parfois, l'auteur mentionne rapidement que des quartiers résidentiels ou des faubourgs "avaient été atteints" (voy., par exemple, p. 156) ; mais c'est donner à croire que ces derniers n'étaient pas les objectifs principaux.
58 Voy. F. J. P. Veale, Advance to..., p. 200.
59 Voy. Docteur Jean Gauthier, Freud a Menti (Editions Cévic, 1977, 561 p.), p. 158.
60 Voy. F. J. P. Veale, Advance to..., p. 62.
61 Voy. Maître Jacques Trémolet de Villers, Paul Touvier est Innocent (Editions Dominique Martin Morin, 1990, 127 p.), p. 88.
62 Voy. l'arrêt du 21 octobre 1993 rendu par la Cour de cassation sous la présidence de M. Le Gunehec. Document coté : S 93-83.325 P FLASH.
63 Voy. Au clocher de leur coeur, op. cit., p. 8.
64 M. Caidin raconte que, selon les experts américains, il "semblait que chaque maison japonaise était une minuscule usine consacrée à la production de guerre" (p. 126). A Tokyo, par exemple, "dans toutes les petites ruelles régnait, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, une activité fébrile. Là s'abritaient les petites fabriques, les tours, les fraiseuses, les perceuses, tout ce qui était nécessaire au fonctionnement d'une industrie étendue et invisible. Après douze heures de travail, les équipes étaient remplacées par d'autres travailleurs" (p. 143). Dès lors : "le bombardement de précision devenait inutile ; il aurait fallu d'abord identifier chaque maison particulière ou immeuble au milieu d'un océan de toits, et une telle précision était impossible" (p. 127).
65 Voy. collectif, La Vérité sur la Guerre Chimique (Editions de l'Agence de presse Novosti, Moscou, 1984), pp. 16 et 22.
66 Voy. Quid, édition de 1986, p. 889, col. A. Selon F. J. P. Veale, la bombe atomique larguée sur Hiroshima aurait fait 70 000 victimes environ (voy. Advance to..., p. 61).
67 Voy. Y. Trotignon, P. Wagret, M. Saliou, H. Neant, Histoire, terminales (Editions Scodel, 1983), p. 60.
68 Voy. Georges Ollivier, Franklin Roosevelt. L'Homme de Yalta (Auto-édité, 1955, 246 p.), p. 227.
69 Voy. Jacques de Launay, Secrets Diplomatiques 1939-45 (Editions Brepols, Bruxelles, deuxième édition de 1963, 142 p.), p. 108.
70 Voy. R.E. Sherwood, Roosevelt and Hopkins, vol. II (Bantam Books, New York, 1950, 634 p.), p. 554.
71 Voy. J. de Launay, op. cit., p. 108.
71a Voy. Les Réalités de l'Ecologie, hors-série déjà cité, p. 2, col. B.
72 Voy. F. J. P. Veale, p. 353, note.
72a Voy. Ryuji Nagatsuka, J'étais un kamikaze..., pp. 255-256 : "Près de nos baraques, un paysan travaillait dans son champ. Nous criâmes : "Attention ! Sauvez-vous !" Trop tard : un Grumann se mit en piqué [...]. Tac, tac, tac... Le vieux paysan s'écroule pour ne plus se relever".
72b Ibid., p. 212 : "Le pilote [de l'avion touché] sauta en parachute [...]. Mais sous ce demi-cercle blanc, un être humain avait le souffle coupé. A cette pensée, mon coeur se serra : un chasseur ennemi tournoyait autour du parachute, lâchant des balles traçantes ! Il mitraillait l'adversaire qui n'avait plus aucun moyen de défense. Quelle lâcheté ! Etait-ce là la conduite chevaleresque des Américains ?"
73 Voy. Charles A. Lindbergh, Journal du temps de Guerre (Editions Albin Michel, 1973, 539 p.), pp. 520-521.
NOTES de la Conclusion
1 Voy. Contre-Courant, deuxième série, No 12, 27 janvier 1953, p. 1, col. B.
2 Voy. Maurice Bardèche, Nuremberg ou la Terre Promise (Editions des Sept Couleurs, 1948, 270 p.), pp. 169-170.
3 Voy. l'éditorial prononcé à la radio le 8 avril 1944 par Ph. Henriot (Editoriaux prononcés par Philippe Henriot, No 8, du 4 avril au 19 avril 1944, brochure consultable à la BDIC sous la cote : O 67962/8).
4 Voy. Contre-Courant déjà cité, p. 16, col. B.
5 Voy. Henri Pozzi, Les Coupables, Editions européennes..., p. 240.
6 Voy. La Bible Nouveau Testament, Bibliothèque de La Pléiade, Gallimard 1971, Jn VIII, 32.
Cet ouvrage traite des circonstances dans lesquelles un massacre s'est produit dans un village non loin de Limoges en juillet 1944, alors occupé par une division de l'armée allemande en retraite. Il a été édité en 1997 par un éditeur d'Anvers. Or Anvers a la tort de se trouver en Belgique, c'est-à-dire à l'étranger, pour ne pas dire en Anti-France. Le ministre (français) de l'Intérieur (français) a donc pu INTERDIRE CE LIVRE. C'est la principale raison pour laquelle nous le publions aujourd'hui sur Internet. Quant au citoyen-ministre, il ne reste qu'à le couvrir de ce qu'il mérite.
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