Partie 9
Une version incohérente
A Oradour-sur-Glane, nous avons vu que la population mâle avait été parquée, par petits groupes, dans six lieux différents (granges, garages et chai) et que celle-ci avait assisté au début des perquisitions domiciliaires.
Or, si les gradés SS étaient venus dans le village avec l'ordre de massacrer la population, ils auraient très certainement agi différemment. Tout d'abord, ils auraient procédé à l'exécution des hommes avant même que ne commence la fouille des maisons. Ainsi auraient-ils évité :
-- une possible révolte des prisonniers durant cette fouille ;
-- l'immobilisation temporaire d'une trentaine de soldats (cinq par groupe d'hommes environ) qui auraient alors pu perquisitionner avec les autres, permettant un gain de temps appréciable.
Ensuite, il aurait été plus cohérent de procéder comme toutes les armées au monde, c'est-à-dire d'aligner les hommes le long d'un mur et de les tuer à l'aide de deux ou trois mitrailleuses lourdes.
C'est d'ailleurs ainsi que les Américains procédèrent à Dachau lorsque, le 29 avril 1945, ils investirent le camp de concentration. Bouleversé par ce qu'il découvrit, leur chef, le lieutenant Jack Bushyhead, commit un crime de guerre en donnant l'ordre d'abattre sans jugement plus de 300 soldats allemands faits prisonniers dans les environs de Dachau. Ceux-ci n'étaient pas à proprement parler des gardiens du camp mais des hommes appartenant à une unité allemande venue relever les gardiens d'origine. D'après un témoin américain présent sur les lieux du crime, les Allemands furent alignés contre le mur et assassinés à l'aide de deux mitrailleuses lourdes. L'exécution ne dura guère plus de quelques secondes et les blessés furent achevés au pistolet.
A Oradour-sur-Glane, la même procédure expéditive (logique d'un point de vue strictement militaire) aurait évité des pertes de temps notables (séparation des hommes en six groupes, conduites dans les granges...).
Le fait que les SS n'aient pas immédiatement fusillé les hommes mais qu'ils aient pris le temps de les séparer en petits groupes puis de les conduire dans des lieux préala-blement répertoriés, démontre assez qu'à l'origine l'exécution de la population mâle n'entrait pas dans les plans de l'occupant.
Dès lors, de graves questions se posent. Pourquoi, soudainement, alors que les perquisitions suivaient leur cours, les SS ont-ils ouvert le feu. Pourquoi ont-ils simultanément tiré dans toutes les granges ? Sur quel signal ?
Pour répondre à ces interrogations, une étude serrée des témoignages s'impose.
L'heure de la fusillade dans les granges
15 h 30 selon certains
Selon une version du drame qui circula dès 1944, le "massacre" des hommes dans les granges aurait débuté simultanément dans les six endroits vers 15 h 30.
P. Poitevin, par exemple, écrit :
Ce fut sur un ordre précis du commandant du détachement SS le signal général du massacre. Il était environ 15 h 30.
Des rafales de balles crépitèrent de toutes parts, dans les rues, dans les maisons, dans les granges, dans les étables, dans les champs et, plus tard, dans l'église. (1)
De même peut-on lire, sur l'acte d'accusation rédigé pour le procès de 1953 :
Il est 15 heures 30 -- Personne n'avait encore, semble-t-il, réalisé l'atroce décision des Allemands, malgré que les mitrailleuses étaient braquées ; mais soudain, à un signal donné [...] par le capitaine Kahn [...], les armes crachaient la mort sur les malheureux habitants écrasés les uns contre les autres [p. 6].
Aujourd'hui encore, certains auteurs adoptent cette thèse. A. Hyvernaud (2) en fait partie.
16 h en réalité
Pourtant, cette version peut être remise en cause. En effet, selon J. Darthout, dont le témoignage n'a jamais été contesté, les femmes et les enfants furent conduits à l'église vers 15 heures. (3) Puis eut lieu l'entretien entre Diekmann et le maire d'Oradour, qui dura 15 minutes environ. Lorsque ce dernier revint sur le Champ de Foire, quelques minutes s'écoulèrent encore durant lesquelles les SS questionnèrent les hommes à propos d'un dépôt d'armes caché dans le village. Aucune réponse satisfaisante n'ayant été formulée, les Allemands séparèrent les hommes en six groupes et les menèrent dans les granges. Tous ces événements ayant vraisemblablement duré un total de trente minutes, nous en concluons qu'il devait être environ 15 h 30 lorsque la population mâle se retrouva devant les lieux choisis pour être sa prison d'un moment.
Dès lors, pour croire que la fusillade aurait éclaté vers 15 h 30, il faudrait admettre que les otages pénétrèrent immédiatement dans les granges et que "l'ordre précis du commandant du détachement SS" fut donné quelques instants plus tard. Or, les témoignages des cinq hommes rescapés (MM. Hébras, Borie, Broussaudier, Darthout et Roby) nous assurent du contraire.
Ces cinq personnes avaient été enfermées dans la grange Laudy. Après le drame, toutes déclarèrent que, avant d'entrer dans la remise, quelques hommes avaient été désignés afin de dégager le local des charrettes et des bottes de foin qui y étaient entreposées. (4) Cette besogne terminée, les hommes avaient dû pénétrer dans le local pendant que les SS mettaient en batterie deux fusils mitrailleurs. Un face à face s'ensuivit durant lequel les SS étaient restés derrière leurs armes, l'un d'entre eux en profitant pour avaler "de temps en temps un morceau de sucre" alors que leur supérieur ne "lâchait pas [les prisonniers] des yeux". (5)
D'après Y. Roby, ce face à face ne dura que "cinq minutes" (6) puis la fusillade débuta. A supposer que le trajet jusqu'à la grange ait duré deux minutes, que la grange ait été débarrassée en cinq minutes, la fusillade aurait donc éclaté vers 15 h 40 : (15 h 30 + 2 min + 5 min + 5 min = 15 h 42).
Toutefois, Y. Roby est le seul à donner un laps de temps aussi court. En 1953, J. Darthout déclara :
L'attente a duré dix minutes, un quart d'heure. (7)
M. Borie, pour sa part, parla "d'un quart d'heure d'attente
angoissée. (8). D'après son témoignage,
la fusillade aurait éclaté vers : (15 h 30 +2 min
+5 min +15 min = 15 h 52 ) soit environ 15 h 50.
En 1990, enfin, R. Hébras déclara à V. Reynouard
que l'attente s'était prolongée 20 à 30 minutes
à partir de 15 h 30 environ. Dès lors, on peut en
conclure que la fusillade débuta vers 16 h. Dans sa brochure
parue en 1992, R. Hébras écrit :
16 heures. Soudain, j'entendis une explosion, probablement celle d'une grenade.
A ce signal, les soldats allongés derrière les mitrailleuses ajustèrent leur position et tirèrent. (9)
De même, le touriste qui pénètre
dans le "village-martyr" peut lire, gravé sur
une plaque (figure 43)
Actuellement il semble donc admis que la tuerie dans les granges débuta non à 15 h 30, comme l'ont prétendu certains auteurs, mais bien vers 16 h.
Certains pourront s'interroger sur l'importance d'un décalage de trente minutes dans une aussi terrible tragédie. En fait, comme nous le verrons bientôt, il s'agit d'un point capital.
L'"ordre" du massacre
Contradictions entre les témoins
D'après les témoignages cités plus haut, un ordre aurait été donné aux SS pour qu'ils exécutent simultanément les hommes d'Oradour. En 1953, à Bordeaux, cet ordre fut très souvent évoqué. A l'audience du 19 janvier, l'accusé Daab précisa "qu'au signal donné par Kahn, tous les pelotons [d'exécution avaient] tiré en même temps " . (10)
Le lendemain, un autre accusé, G. Boos, confirma cette déposition. Il raconta que "Kahn, ayant réuni les sous-officiers, [avait] ordonn[é] qu'à son signal chaque peloton devrait fusiller les hommes entassés dans les granges". (11)
Il semble donc acquis que l'ordre du massacre fut donné par le capitaine Kahn. Or, nous allons voir qu'il n'en est rien.
D'après certains, le signal du tir fut donné par Kahn qui tira une rafale de mitrailleuse. En 1944, M. Borie déclara :
Au bout d'un quart d'heure d'attente angoissée, du garage de M. Jacques Desourteaux part un coup de mitraille terrible. C'est le signal. (12)
A. Hyvernaud, pour sa part, écrit :
[...] il est 15 h 30. Presque aussitôt, un long coup de feu retentit : c'est l'adjoint du chef du détachement, le capitaine Kahn, qui, dans la rue principale, vient de tirer une rafale de son pistolet-mitrailleur. Alors, obéissant à ce signal, la mitrailleuse en batterie devant le groupe se met aussitôt à cracher [...]. (13)
Cette version des faits fut adoptée par plusieurs inculpés. Par exemple, en 1947, G. Boos affirma :
[...] je reçus l'ordre d'assister à une autre conférence [de sous-officiers] où Kahn me commanda d'exécuter les Français [enfermés dans les granges] sur un signe qui consisterait dans un coup de feu de sa mitraillette. (14)
Deux ans plus tard, l'inculpé allemand Herbert Daab déclara :
[...] on nous avait dit que nous devrions tirer sur [les hommes] lorsque le capitaine Kahn donnerait le signal en tirant un coup de mitraillette. (15)
Entre-temps, F. Pfeufer avait dit :
Le capitaine Kahn nous a placés devant cette grange ouverte dans laquelle il y avait 15 à 20 hommes. A un moment donné on a tiré un coup de mitraillette en l'air [...]. [Kahn] avait dit que ce serait le signal pour tirer . (16)
Cette version n'est cependant pas la seule ; d'autres prétendent que l'ordre fut donné par un simple coup de feu. Fin 1945, A. Lohner déclara :
Nous attendions ainsi, prêts à faire feu, lorsque le Hauptsturmführer (capitaine) Kahn est arrivé pour nous dire : "Quand j'aurai tiré un coup de feu avec mon pistolet, en l'air, ce sera votre signal. Vous ouvrirez aussitôt le feu", puis il est reparti.
Très peu de temps après, nous avons entendu le départ du coup de feu annoncé par Kahn [...]. (17)
Trois ans plus tard, un autre inculpé raconta à peu près la même histoire :
Nous avons dû braquer nos mitrailleuses sur les hommes destinés à être fusillés et, en présence du capitaine Kahn, qui a donné le signal en tirant un coup de pistolet en l'air, nous avons fusillé ces hommes. (18)
En 1953, enfin, dans son réquisitoire, le procureur général de Bordeaux évoqua "le geste de Kahn tirant le coup de feu qui devait être le signal de la tuerie générale". (19)
Aujourd'hui, la version du simple coup de feu est reprise par J. Delarue (20) et par M. Lamaud, guide à Oradour.
On nous dira qu'une aussi faible divergence entre les témoignages ne saurait invalider ceux-ci. Admettons. Mais nous allons maintenant découvrir que d'autres divergences, autrement plus graves, rendent bien fragile la thèse invoquant un tir du capitaine Kahn.
G. Boos et J. Busch faisaient partie du groupe qui fusilla une vingtaine d'hommes parqués dans "une grange". En 1947, le premier déclara :
Je suis alors retourné à mon groupe et j'ai transmis l'ordre [donné par le capitaine Kahn de fusiller les hommes lorsqu'il aurait fait feu avec sa mitraillette]. Kahn était à cinq mètres de moi. Kahn a donné le signal et nous avons ouvert le feu. Personnellement, je n'ai pas tiré. (21)
Or, voici comment J. Busch a raconté le même épisode :
[Kahn] a donné ce signal et alors Boos nous a donné l'ordre de tirer. J'ai tiré, j'étais armé d'un fusil [...].
A ce moment-là, le capitaine Kahn n'était pas visible de l'endroit où nous étions, je ne sais pas où il était . (22)
C'est clair : d'après G. Boos, Kahn était à 5 mètres du groupe au moment du tir. Et pourtant, J. Busch prétend qu'il n'était pas là. Poursuivons.
F. Pfeufer et H. Frenzel faisaient partie d'un autre "peloton d'exécution", commandé par un certain Baier. En 1947, le premier raconta :
Le capitaine Kahn nous a emmenés devant une grange située dans la rue principale, à gauche en descendant. Cette grange était vers le milieu du village et n'était pas au coin d'une rue.
Le capitaine Kahn nous a placés devant cette grange ouverte dans laquelle il y avait 15 à 20 hommes. A un moment donné, on a tiré un coup de mitraillette en l'air, il était à quelques pas derrière nous. Il avait dit que ce serait le signal pour tirer . (23)
Avant d'aller plus loin, remarquons qu'il n'existe aucune grange (où auraient été fusillés les hommes) qui soit située "dans la rue principale, à gauche en descendant" et ailleurs qu' "au coin d'une rue".
Si l'on en croit le récit de F. Pfeufer, Kahn (qui était présent sur les lieux) n'aurait pas lui-même donné le signal de l'exécution en tirant une rafale de mitraillette. Or, voici en quels termes H. Frenzel a raconté le même épisode
Nous avons dû braquer nos mitrailleuses sur les hommes destinés à être fusillés et, en présence du capitaine Kahn, qui a donné le signal en tirant un coup de pistolet en l'air, nous avons fusillé ces hommes. (24)
La contradiction, ici, est double. H. Frenzel prétend non seulement que Kahn donna lui-même l'ordre d'exécution, mais aussi que ce signal consista en un coup de pistolet. Remarquons en outre que Kahn ne pouvait en même temps accompagner le groupe commandé par Boos et celui commandé par Baier.
Plus curieux encore. En 1948, l'inculpé Wilhelm Blaeschke affirma :
Au moment où le feu [sur les hommes] s'est déclenché, Kahn se trouvait à un mètre de moi, je n'ai pas remarqué s'il a tiré en l'air [...].
De l'endroit où je me trouvais et d'où je voyais Kahn, je ne voyais aucun peloton d'exécution, il n'y en avait pas à proximité . (25)
Si l'on accorde un quelconque crédit à ces déclarations, il faudrait croire que Kahn possédait un singulier don d'ubiquité qui lui aurait permis de se trouver simultanément en trois lieux différents. De façon évidente, les inculpés menaient la justice en bateau. D'ailleurs, aujourd'hui, la thèse du signal qui aurait consisté en un coup de pistolet ou en une rafale de mitraillette est officiellement abandonnée. Rappelons, en effet, qu'aux portes du village martyr a été apposée une stèle où l'on peut lire :
Une détonation...
Cette version n'est pas nouvelle. Dès 1944, deux rescapés de la grange Laudy, MM. Roby et Hébras, avaient respectivement déclaré :
Soudain, cinq minutes après notre entrée dans la grange, paraissant obéir à un signal donné par une forte détonation que j'ai déterminée comme provenant du Champ de Foire, [les SS] poussèrent de grands cris et ouvrirent lâchement le feu sur nous. (26)
J'entendis alors une violente détonation venant du bourg. On eût dit l'explosion d'une bombe. Les SS ouvrirent alors le feu sur nous avec toutes leurs armes [...]. (27)
Plus tard, R. Hébras se ravisera et prétendra que cette détonation avait résulté non de l'explosion d'une bombe, mais de l'explosion d'une grenade. (28) Nous verrons que ce changement n'est pas innocent.
Toujours en 1944, l'inspecteur des Renseignements généraux chargé de l'enquête sur Oradour, écrivit :
le commencement des mitraillades massives fut ordonné par une détonation servant de signal . (29)
En 1953, enfin, devant les juges du Tribunal de Bordeaux, les cinq rescapés de la grange Laudy furent unanimes : la fusillade dans les granges avait été immédiatement précédée d'une détonation. Voici ce que l'on peut lire dans les sténotypies du procès (audience du 22 janvier 1953) :
- - déposition de J. Darthout :
On a entendu un grand bruit à l'extérieur : soit l'éclatement d'une grenade, soit un autre bruit par une arme, mais autre qu'un fusil [p. 52].
-- déposition de R. Hébras :
[...] on discutait [dans la grange] avec des camarades quand il y a eu une forte détonation dans le bourg [p. 46].
-- déposition de M. Borie :
[Les SS] nous ont gardés un moment. Puis il y a eu une détonation dehors [p. 43].
- - déposition d'Y. Roby :
[...] tout à coup, l'on entendit une grande détonation. Elle semblait venir du centre du bourg... [p. 39].
- - déposition de C. Broussaudier :
Il y avait un moment qu'on était [dans les granges], on a entendu une grosse détonation. Je ne puis dire ce que c'était [p. 33].
Au cours des audiences, l'inculpé K. Lenz affirma également avoir entendu une détonation. Le président du tribunal s'était en effet étonné des divergences observées entre les récits des rescapés et ceux des prévenus. Soucieux d'y trouver une explication, il s'était alors tourné vers ces derniers en disant :
[Les inculpés] sont tous d'accord pour déclarer que les fusillades ont été déclenchées par une rafale de pistolet mitrailleur de Kahn. Or, jusqu'à présent, les témoins nous ont parlé d'une explosion et non pas d'une rafale. D'après les témoins, ce serait une explosion qui aurait déchaîné les fusillades. Alors, est-ce qu'ils peuvent nous dire quelque chose [ Ibid., pp. 41-42] ?
Question à laquelle K. Lenz répondit :
M. le président, j'avais seulement entendu une détonation [Ibid., p. 42].
M. Nussy-de-Saint-Saëns n'insista pas et changea immédiatement de sujet.
En vérité, ces multiples témoignages convergents, provenant de personnes dont les intérêts étaient opposés, confirment la thèse (aujourd'hui admise officiellement) de la détonation qui aurait immédiatement précédé le mitraillage des hommes parqués dans les granges. Celle-ci est d'ailleurs reprise par P. Maysounave. (30)
... venue de la place de l'église
Une question capitale, cependant, subsiste : d'où vint cette explosion ? Cinq témoignages nous permettent d'apporter la réponse. Le premier émane de l'ancien SS Boos. Le 20 janvier 1953, à Bordeaux, ce dernier déclara au tribunal :
A un croisement de rues l'adjudant Topfer m'a dit qu'il fallait se mettre à l'abri avec les hommes car on allait faire sauter l'église. (31)
J'ai seulement entendu l'explosion et la fusillade [dans l'église] a commencé aussitôt . (32)
Selon Boos, l'événement qu'il décrit aurait eu lieu bien après le massacre des hommes dans les granges. Cette version des faits se heurte toutefois à une contradiction. En effet, nous avons vu que, d'après la version officielle établie à Bordeaux même, les SS auraient tout d'abord tenté de dynamiter l'église, puis ils auraient apporté une caisse à gaz et, enfin, ils auraient mitraillé le groupe réuni dans l'église. Par conséquent, "la fusillade" dont parle Boos comme étant celle de l'église n'aurait pas pu se produire "aussitôt" après l'explosion de la dynamite.
Or, de façon surprenante, jamais le président du tribunal ne demanda à Boos de s'expliquer sur cette contradiction flagrante. Cette absence de curiosité est révélatrice : elle prouve que la version officielle bâtie à Bordeaux était mensongère et qu'elle se heurtait aux faits bruts lorsque ceux-ci étaient décrits par les témoins du drame.
En vérité, "la fusillade" que Boos évoque semble être celle qui éclata non dans l'église, mais dans les granges. Dès lors, il faudrait en conclure que jamais les SS ne tirèrent sur ordre de Kahn, mais qu'ils tirèrent lorsque, soudainement, une explosion inattendue se produisit dans l'église.
Notre interprétation pourrait sembler aventureuse, si quatre témoignages ne venaient la confirmer. Citons, tout d'abord, celui de Madame Lang :
Un bruit épouvantable éclate dans la direction de l'église qui était à quelques dizaines de mètres de nous. Détonations sur détonations se succèdent, suivies d'une immense clameur et de cris effrayants. Les mitrailleuses crépitent. (33)
C'est clair : le témoin entendit des rafales en même temps que des explosions se produisaient. Pour prétendre qu'il se soit agi des tirs de SS sur les femmes et les enfants, il faudrait admettre que l'église fut le siège de deux séries d'événements concomitants:
d'une part, les détonations qui secouent l'édifice et, d'autre part, les tirs des assassins qui s'y introduisent pour perpétrer leur oeuvre de mort. Point n'est besoin d'être artificier pour comprendre l'inanité de cette version. De façon évidente, la fusillade entendue par Madame Lang s'est produite ailleurs que dans l'église. De là à conclure qu'elle se produisit dans les granges, il n'y a qu'un pas que nous n'hésiterons pas à franchir.
Nous hésiterons d'autant moins qu'en 1990 M. Beaubreuil fit un aveu de taille à V. Reynouard. Il révéla qu'une "très forte explosion venant de la place de l'église" avait déclenché toutes les fusillades dans le village, notamment celles des granges. (34)
M. Beaubreuil ne fut cependant pas le seul à tenir de tels propos. Citons également le témoignage de Henri Weber, un inculpé. Le 19 avril 1945, celui-ci déclara à l'inspecteur qui l'interrogeait :
Lorsque nous étions en position de combat, derrière l'église, dans les champs, nous avons entendu, une heure plus tard, environ, le bruit d'une forte explosion, suivie de cris de douleur poussés par des femmes et enfants. Puis [...] les mitrailleuses légères ont tiré des rafales saccadées dans le village. (35)
De façon évidente, l'explosion eut lieu dans l'église (d'où les "cris de douleur poussés par des femmes et enfants") et les tirs que l'inculpé a entendus provenaient des granges ("dans le village").
En outre, en 1947, M me Rouffanche elle-même fit, devant la commission d'instruction de Bordeaux, une déclaration essentielle. A notre connaissance, celle-ci n'a jamais été publiée; en voici les termes :
Durant le temps que je suis restée dans l'église,
je n'ai vu ni entendu aucune explosion. (36)
Cette précision est capitale. En effet, selon l'histoire officielle, le "massacre" de l'église aurait eu lieu après celui des granges. Par conséquent, M me Rouffanche aurait dû, pendant son attente, tout entendre, notamment la "détonation" qui donna aux SS le du tir. Le fait qu'elle n'ait rien entendu (ni détonation, ni rafales) (37) confirme :
-- que l'explosion mentionnée par les rescapés des granges eut lieu dans l'église ;
- - que les SS tirèrent sur les hommes dans les granges suite à cette explosion.
Certains auteurs, d'ailleurs, savent que les dénégations de M me Rouffanche à propos de la détonation et des fusillades consécutives dans les granges trahissent, à elles seules, tous les mensonges colportés depuis cinquante ans. Aussi n'hésitent-ils pas à prétendre que les femmes et les enfants ont tout entendu durant leur attente dans le sanctuaire. Dès 1944, P. Poitevin avait écrit :
[A l'église] Les bébés, dans leurs landaus et dans leurs poussettes, sont placés dans la chapelle de Sainte-Anne, sous sa sauvegarde.
Et cette foule, ignorante, sur laquelle plane une sombre anxiété, garde néanmoins une confiance ferme et inébranlable.
Des prières ferventes s'élèvent, grandissent, s'amplifient, demandant miséricorde, implorant l'aide divine pour tous les êtres chers qui, là-bas, sur la place, en rangs serrés, escortés par des guerriers redoutables, marchent maintenant vers leur destinée.
Le soleil filtre à travers les vitraux, projetant dans ses rayons d'or la lumière de l'espoir.
Cet espoir qui, malgré la crainte, s'accroche à tous les coeurs, ne peut abandonner ni ici, ni là-bas, ces femmes et ces hommes séparés mais unis dans le puissant instinct de vie.
Tout à coup, des bruits secs crépitent et déchirent l'air. Que se passe-t-il ? On tire dans le bourg, on tue des hommes, sans doute des otages ! Les femmes se regardent ; leurs traits se contractent. Certaines deviennent livides. Leurs yeux se comprennent. Les larmes coulent, les aveuglent. Mon Dieu ! Mon Dieu ! Les enfants, inquiets, veulent savoir. Déjà, ils tremblent. -- Dis, maman, maman, ils n'ont pas tué, au moins, mon papa ? -- Dis, maman, c'est pour nous faire peur ? Ils ne veulent pas nous faire de mal ? (38)
Mentionnons également P. Maysounave qui, dans son livre,
écrit :
Entre 16 et 17 heures, les femmes et les enfants, dont certains s'étaient endormis, entendent le mitraillage des hommes, après que la détonation fatidique a retenti dans tout le bourg . (39)
Ces deux auteurs ne sont cependant pas les seuls. Dans sa brochure parue en 1992, un rescapé, R. Hébras, cite le témoignage de Marguerite Rouffanche en date du 30 novembre 1944. Soudainement, l'auteur intercale une phrase que jamais la rescapée de l'église n'a prononcée. Voici ce que l'on peut lire, à la page 25 de son opuscule (l'interpolation est en italique):
Vers 16 heures, des soldats, âgés d'une vingtaine d'années, placèrent dans la nef, près du choeur, une sorte de caisse assez volumineuse de laquelle dépassaient des cordons qu'ils laissèrent traîner sur le sol.
Entre 16 et 17 heures, ces êtres ont dû vivre un calvaire effroyable car le vacarme intense des tirs, des explosions, de l'incendie leur parvenait sans aucun doute. Qu'ont-ils pu penser ?
Ces cordons ayant été allumés, le feu fut communiqué à l'engin dans lequel une forte explosion soudaine se produisit [...].
L'ajout de R. Hébras sert uniquement à tromper le lecteur en supprimant le lien de cause à effet entre l'explosion dans l'église et la fusillade dans les granges.
Cette altération est symptomatique ; elle prouve que les officiels connaissent la vérité et cherchent à l'occulter par tous les moyens.
Remarquons d'ailleurs que R. Hébras n'en est pas à son coup d'essai. Dans sa brochure, il évoque le cas du tramway qui, le 10 juin vers 19 heures, arriva aux abords d'Oradour, bondé de voyageurs. Les Allemands l'interceptèrent et firent descendre tous les habitants du bourg. Ces derniers attendirent deux heures environ, ignorant le destin qui leur serait réservé. Finalement les SS les relâchèrent. R. Hébras écrit :
[...] on leur annonça qu'ils étaient libres.
Un soldat [SS] leur cria alors :
- On vous laisse partir ! Vous pouvez dire que vous avez de la chance car [dans le village] nous les avons tous massacrés . (40)
Pour le lecteur non averti, cet aveu émanant d'un SS clot le débat.
Mais le témoignage que cite l'auteur émane de Mademoiselle Maria Gauthier. Celle-ci était dans le tramway intercepté par les Allemands. Or, voici ce que la demoiselle a réellement déclaré :
[...] on nous annonce que nous sommes libres.
Un autre voyageur qui faisait partie de ce même convoi a précisé qu'un interprète, à ce moment-là, s'est écrié : "On vous laisse partir ! Vous pouvez dire que vous avez de la chance !" . (41)
R. Hébras a donc tout simplement ajouté un morceau de phrase afin de rendre les propos du SS accusateurs. Qui sont les véritables "falsificateurs de l'histoire" ?
Les SS reçurent l'ordre de tirer après l'explosion du clocher
Revenons aux granges où le véritable signal de l'exécution fut donné par l'explosion de l'église. Certains pourront s'étonner du manque de sang-froid des SS ; cependant, un simple rappel du contexte de l'époque permet de l'expliquer : à Oradour, les soldats évoluaient dans une région truffée de maquisards. Depuis des mois, des attentats étaient régulièrement commis notamment contre l'occupant, au point que les forces allemandes stationnées dans le secteur se terraient dans leurs garnisons et qu'aux carrefours des villes des blockhaus avaient été édifiés. (41a) La veille, un commandant allemand avait été enlevé et, à Tulle, plusieurs dizaines de soldats allemands tombés aux mains des maquisards avaient été retrouvés bestialement massacrés.
Ces simples rappels suffisent pour imaginer la tension qui devait régner dans le village, notamment devant les granges où la population mâle était entassée. Les SS craignaient une intervention du maquis. De façon probable, les gradés avaient décidé de fusiller les hommes au moindre signe suspect. Rappelons que, depuis le 3 janvier 1944, les gradés allemands avaient reçu des consignes très strictes de lutte contre les partisans, dénommées : "ordres Sperrle". Celles-ci avaient été édictées après que l'occupant eut été victime d'attentats perpétrés par des bandes armées insaisissables. L'article premier stipulait :
Nous ne sommes pas en pays occupé pour laisser nos troupes se faire abattre ou enlever impunément par des saboteurs. Les contre-mesures prises jusqu'à présent, malgré certains résultats indiscutables, ne changeront pas l'essentiel de la situation si, dans des cas d'agression et de révoltes, on n'a pas recours à la légitime défense . (41b)
Ces consignes imposaient aux gradés de prendre des mesures
immédiates en cas d'attaque des maquisards. Elles se terminaient
par le message suivant :
Pour apprécier le dynamisme des jeunes chefs de troupe, la détermination et la rapidité de décision sont à placer, en toutes circonstances, en première ligne. Ne sera puni sévèrement que le chef de troupe mou et indécis, parce qu'il met en péril, ce faisant, et la troupe sous ses ordres, et le respect dû à l'armée allemande.
La prise de mesures sévères ne peut, compte tenu de la situation présente, donner aucunement lieu à punition [ Id.].
Or, l'explosion soudaine et inattendue de l'église fut sans doute assimilée à une attaque du maquis. Pour ceux qui dirigeaient l'opération, il ne pouvait être question de tergiverser ; les "ordres Sperrle" étaient clairs ; la vie de leurs hommes en dépendait ; sans réfléchir davantage, ils ordonnèrent le tir.
Remarquons d'ailleurs qu'à Bordeaux un rescapé, J. Darthout, déclara :
On a entendu un grand bruit à l'extérieur : soit l'éclatement d'une grenade, soit un autre bruit produit par une arme, mais autre qu'un fusil. Et après, un cri... peut-être un ordre (je n'ai pas compris). Puis ils se sont mis à nous fusiller . (42)
Ce cri entendu par le témoin ne fut-il pas, comme lui-même le suppose, cet ordre qui suivit l'explosion ?
Les falsifications découvertes et expliquées
Tous ces faits expliquent pourquoi certains auteurs ont prétendu que les tirs dans les granges avaient retenti vers 15 h 30. En effet, M me Rouffanche affirme que l'explosion de la "caisse" dans l'église eut lieu "vers 16 heures". (43) Or, c'est précisément l'heure à laquelle les tirs dans les granges ont débuté. Dès lors, certains estimèrent plus prudent d'avancer, dans le temps, la tuerie des hommes, afin que personne ne puisse établir un lien entre celle-ci et l'explosion de l'église.
De même est-il possible d'expliquer les divergences constatées à propos du prétendu ordre qu'aurait lancé Kahn pour commander l'exécution des hommes. Certains ont allégué que les SS avaient ouvert le feu à la suite d'un coup de pistolet ou d'une rafale de mitraillette. Ce mensonge n'était pas innocent : il permettait d'occulter l'explosion qui précéda la tuerie des granges, ceci afin de ne pas éveiller l'attention du lecteur. Pourtant, il n'est pas nécessaire d'être un spécialiste militaire pour savoir que choisir ce genre de signal serait une vraie folie en zone d'opération où n'importe qui peut le déclencher.
Peu à peu toutefois, face à la convergence des témoignages très tôt publiés, la vérité s'est imposée. Aujourd'hui, les autorités d'Oradour admettent que le "massacre" débuta à 16 heures, suite à une "détonation" mais... à condition que cette détonation ne puisse être identifiée comme ayant été celle qui secoua le clocher. Voilà donc pourquoi :
- la voûte du clocher a été minutieusement reconstruite afin que personne ne puisse soupçonner qu'une explosion l'avait partiellement détruite ;
- R. Hébras, qui avait d'abord parlé de l'explosion d'une bombe, s'est ensuite ravisé et a parlé d'un bruit occasionné par une grenade.
Maintenant, une grave question se pose : qui, dans l'église, mit le feu aux poudres ?
Le dossier sur Oradour étant mis sous scellés jusqu'en 2053, seules des hypothèses pourront, sur ce point, être émises. Tel est l'objet du prochain chapitre.
NOTES
1 Voy. Dans l'Enfer..., p. 93. Voy. aussi Ville Martyre..., p. 18.
2 Voy. Petite histoire ..., p. 45 : "La cloche de l'église sonne : il est 15 h 30. Presque aussitôt [...] la mitrailleuse en batterie devant le groupe se met [...] à cracher, fauchant les hommes [...]".
3 Voy. Oradour-sur-Glane..., p. 32 : "Quand toute la population eut été réunie, les Allemands la divisèrent en deux groupes, l'un composé des femmes et des enfants, l'autre des hommes. Le premier, encadré par huit à dix SS [...], fut, vers 15 heures, conduit à l'église".
4 Voy. Le drame..., p. 20 (témoignage de R. Hébras) ; Ville Martyre..., p. 104 (déclaration de Mathieu Borie) ; Le Monde, 24 janvier 1953, p. 4, col. C (témoignage de Clément Broussaudier) ; Oradour-sur-Glane..., p. 35 (déposition de Yvon Roby).
5 Voy. Le drame..., p. 20. Voy. aussi. Le Monde, 24 janvier 1953, p. 4, col. C, déposition de C. Broussaudier.
6 Voy. Oradour-sur-Glane..., p. 35 : "Soudain, cinq minutes après notre entrée dans les granges [...] [les SS] poussèrent un grand cri et ouvrirent lâchement le feu sur nous".
7 Voy. les sténotypies du procès de Bordeaux, audience du 22 janvier 1953, p. 51.
8 Voy. Ville Martyre..., p. 104 : "Au bout d'un quart d'heure d'attente angoissée [...]. Les armes claquent contre nous".
9 Voy. Le drame..., p. 21.
10 Voy. Ouest-France, 20 janvier 1953, p. 2, col. A.
11 Voy. Le Monde, 22 janvier 1953, p. 5, col. C. Voy. aussi Le Monde, 28 janvier 1953, p. 4, col. B.
12 Voy. Ville Martyre..., p. 104.
13 Voy. Petite histoire ..., p. 45.
14 Voy. le procès-verbal d'interrogatoire
de G. Boos en date du 21 avril 1947, p. 2.
15 Voy. le procès-verbal d'interrogatoire de H. Daab en
date du 27 juillet 1949, p. 4.
16 Voy. le procès-verbal d'interrogatoire de F. Pfeufer
en date du 7 août 1947, p. 3.
17 Voy. le procès-verbal d'interrogatoire d'A. Lohner en
date du 22 novembre 1945, p. 6.
18 Voy. le procès-verbal d'interrogatoire et de confrontation
de Frenzel en date du 19 mai 1948, p.3. 19. Voy. Le Monde,
5 février 1953, p. 5, col. C.
20 Voy. Oradour, Tulle..., p. 1826, col. A et B : "[...] il était 15 h 30. Sur la place, le Hauptsturmführer Kahn leva son pistolet et tira en l'air".
21 Voy. le procès-verbal d'interrogatoire
de G. Boos en date du 8 août 1947, p. 3.
22 Voy. le procès-verbal d'interrogatoire de J. Busch en
date du 26 août 1947, p. 3.
23 Voy. le procès-verbal d'interrogatoire de F. Pfeufer
en date du 7 août 1947, p. 3.
24 Voy. le procès-verbal d'interrogatoire d'H. Frenzel
en date du 19 mai 1948, p. 3.
25 Voy. le procès-verbal d'interrogatoire de W. Blaeschke
en date du 30 juin 1948, p. 2.
26 Voy. Oradour-sur-Glane..., p. 35 (extrait du témoignage d'Yvon Roby).
27 Voy. Dans l'Enfer..., p. 197 (déclaration de R. Hébras à P. Poitevin).
28 Voy. sa déposition auprès de MM. Bois et Pignol, attachés aux Archives départementales (reproduite dans Ville Martyre..., pp. 108-110). Voy. aussi Le drame..., p. 21.
29 Voy. le rapport du 4 juillet 1944 in La mémoire d'Oradour..., p. 103, col. B. La détonation dont parle l'auteur est celle qu'ont entendue MM. Besson et Garraud. Or, ces deux témoins précisèrent qu'elle rententit "vers 16 heures", confirmant ainsi que les mitraillades ne débutèrent pas à 15 h 30 (Ibid., p. 98, col. A).
30 Voy. Plus près de la vérité... page 221, l'auteur écrit : "Au signal convenu, une détonation ou une rafale, les SS se mettent à tirer". Page 223, toutefois, P. Maysounave ne parle plus que de "la détonation" ("A la détonation, et entendant le crépitement des mitrailleuses des autres groupes, Steger commande : "Laden ! Feüer !" ("Armez ! Feu !") au peloton placé à sa gauche"). Il en est de même p. 224, où il est écrit que : "Entre 16 et 17 heures, les femmes et les enfants [...] entendent le mitraillage des hommes, après la détonation fatidique qui a retenti dans tout le bourg".
31 Le lecteur se souviendra que nous avons déjà démontré l'ineptie de cette thèse.
32 Voy. Le Monde, 22 janvier 1953, p. 5, col. C.
33 Voy. Vision d'épouvante..., p. 67.
34 Dans son ouvrage déjà cité, P. Maysounave parle également d'une "détonation opérée par les SS sur la place de l'église" (voy. p. 284, n. 6). L'auteur ne nous indique pas sa source, mais nous savons qu'il a rencontré Maurice Beaubreuil (voy. p. 285, n. 9 : "M. Maurice Beaubreuil, lors d'une rencontre avec l'auteur [...]").
35 Voy. le procès-verbal d'interrogatoire de Henri Weber en date du 19 avril 1948, p. 2. Dans le passage omis, H. Weber déclare que "quelques minutes après" l'explosion, il entendit "un coup de feu" à la suite duquel les mitrailleuses entrèrent en action. Le laps de temps donné par l'inculpé paraît long, mais il est vrai que, dans de tels moments, la perception des durées se trouve faussée. Voilà d'ailleurs pourquoi nous n'accusons pas M. Borie de mensonge lorsqu'il prétend que l'attente dans les granges a duré cinq minutes, alors qu'en vérité elle semble avoir duré vingt à trente minutes. Quant au "coup de feu", il n'est pas possible d'en découvrir la provenance, car nous verrons qu'une bataille eut vraisemblablement lieu dans l'église après l'explosion du clocher.
36 Voy. le procès-verbal de la déposition faite par M me Rouffanche en date du 7 juillet 1947, 1 p.
37 A supposer, en effet, qu'elle ait entendu des rafales venues de plusieurs points du village, M me Rouffanche en aurait certainement parlé dans l'un de ses témoignages. Or, on cherchera en vain, dans ses différentes dépositions, une quelconque mention relative à ces tirs...
38 Voy. Dans l'Enfer..., pp. 42-43.
39 Voy. Plus près de la vérité..., p. 224.
40 Voy. Le drame..., p. 27.
41 Voy. Oradour-sur-Glane..., p. 69. Voy. aussi Ville Martyre..., p. 29.
41a Voy. J.-R. Naux, Au clocher de leur coeur, p. 3 : "Cinquante années après, il est bien difficile d'imaginer l'ampleur et l'intensité du harcèlement [...] dont est victime, dans le sud-ouest, l'armée germano-slave. Les forces du maintien de l'ordre fidèles au gouvernement de Vichy sont la cible favorite des maquis FTP, c'est-à-dire communistes. Dès avril 1944, la crainte des maquisards est telle que les Allemands et les Miliciens se terrent dans leur garnison. Aux carrefours des villes; des blockhaus ont même été édifiés".
41b Voy. Tulle et Oradour..., p. 27.
42 Voy. les sténotypies du procès de Bordeaux, audience du 22 janvier 1953, p. 52.
43 Voy. Oradour-sur-Glane..., p. 49.
Cet ouvrage traite des circonstances dans lesquelles un massacre s'est produit dans un village non loin de Limoges en juillet 1944, alors occupé par une division de l'armée allemande en retraite. Il a été édité en 1997 par un éditeur d'Anvers. Or Anvers a la tort de se trouver en Belgique, c'est-à-dire à l'étranger, pour ne pas dire en Anti-France. Le ministre (français) de l'Intérieur (français) a donc pu INTERDIRE CE LIVRE. C'est la principale raison pour laquelle nous le publions aujourd'hui sur Internet. Quant au citoyen-ministre, il ne reste qu'à le couvrir de ce qu'il mérite.
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