Partie 5
Dès 1944, les autorités françaises, afin de paraître impartiales, prétendirent rechercher objectivement les raisons pour lesquelles les SS avaient organisé une expédition à Oradour. Dans son ouvrage, P. Poitevin écrit:
[Mon] récit serait incomplet si je n'examinais pas en toute impartialité la cause qui a pu, non pas justifier, mais servir de prétexte, en admettant qu'il y en ait un, au déclenchement d'un tel massacre de vies humaines.
Le Français, épris de justice et d'équité, plus peut-être que tout autre peuple libre, cherche toujours à connaître la vérité, quelque cruelle qu'elle soit, pour juger ensuite les coupables sur la gravité de leurs actes. (1)
Or, nous démontrerons que, malgré ces belles envolées, les auteurs français, dans leur majorité, n'eurent qu'un objectif: perdre le lecteur sous un flot d'informations contradictoires, cela afin d'occulter l'unique raison pour laquelle les Allemands s'étaient rendus à Oradour.
Une expédition décidée le 10 juin au matin
Dans les mois qui suivirent le drame, certains prétendirent qu'Oradour avait été un acte de représailles immédiates. Les partisans de cette thèse se fondaient sur le témoignage d'un SS déserteur dont le nom ne fut pas révélé. Celui-ci avait déclaré:
Le commandant D... [Diekmann] décida alors que le premier village qui serait traversé subirait des représailles.
A environ 15 kilomètres d'Oradour-sur-Glane, nous avons été attaqués par des maquisards. Ils avaient placé des barrages et des mines sur la route, ce qui fit quatre blessés dans les rangs des SS. Ils nous tirèrent également dessus avec leur F.M.
Le premier village fut Oradour-sur-Glane. (2)
Cet "aveu" paraissait confirmer le rapport qu'un juge de paix avait rédigé le 23 juin 1944 à propos d'Oradour, rapport selon lequel la population du village n'avait commis aucun crime qui eût pu justifier un tel carnage. (3)
Pourtant, l'étude du dossier d'instruction permet de découvrir la vérité. Le SS déserteur dont le témoignage fut utilisé s'appelait Paul Lutz. Versé dans la SS le 2 janvier 1944, il aurait, selon ses dires, déserté le 14 juillet de la même année. Entendu le 10 et le 31 janvier 1945 par des inspecteurs de la Brigade de Surveillance du Territoire puis des gendarmes, les procès-verbaux de ses dépositions peuvent être consultés dans le dossier d'instruction, liasse IV. Leur simple lecture permet de découvrir la fraude.
Tout d'abord, notons que Lutz s'est lui-même contredit. Après avoir déclaré que l'attaque du maquis avait fait "quatre blessés dans les rangs des SS" (interrogatoire du 10 janvier, p. 3), il prétendit que leurs "pertes [avaient] été sensibles, un mort et quelques blessés" (interrogatoire du 31 janvier 1945, p. 1). Ensuite, P. Lutz a cité les noms des "chefs" qui auraient participé au "massacre" d'Oradour: le commandant Diekmann, les lieutenants Meihoffer et Burgardt, les adjudants Bauer et Gunder, les sergents Schleining, L[?]mbrecht, Recht, Richter, Gelech et Schramb (voy. l'interrogatoire du 10 janvier, p. 3). Or, si l'on excepte Diekmann, aucun des soldats nommés ne fut cité par les autres SS venus à Oradour et aucun d'entre eux ne figura, plus tard, sur la liste des prévenus. (4) Preuve qu'il s'agissait de militaires qui, s'ils avaient réellement existé, n'étaient jamais venus à Oradour. Enfin, P. Lutz prétendit que l'expédition dans le village avait duré deux heures environ. (5) Or, nous savons que vers 19 h 30, non loin d'Oradour, les SS arrêtèrent un tramway qui transportait des passagers venant de Limoges. (6) Par conséquent, l'expédition dura largement plus de quatre heures.
Tous ces éléments démontrent que le témoignage de P. Lutz n'était pas fiable. Dès le 11 juin 1945, d'ailleurs, dans un article publié par La Marseillaise du Centre, P. Poitevin écrivait que la version du SS déserteur était:
non confirmée et paraissa[it] même controuvée par les déclarations du général Gleiniger, commandant la place de Limoges. (7)
Huit ans plus tard, enfin, cette version des faits fut officiellement abandonnée. Au procès de Bordeaux, en effet, le commissaire Arnet vint déposer. Celui-ci avait enquêté sur l'affaire d'Oradour dès septembre 1944. Il révéla que, le 10 juin 1944 au matin, dans la localité de Saint-Junien, à environ 12 kilomètres d'Oradour :
Il y eut [...] à l'hôtel de la Gare, entre [la Gestapo de Limoges et quatre miliciens], un véritable conseil de guerre présidé par le major Diekmann. (8)
C'est là, dit-il, que l'expédition d'Oradour fut décidée. Ce témoignage confirmait que, contrairement aux allégations de P. Lutz, Oradour ne pouvait être qualifié d'acte de représailles précipité mené par des SS en furie.
Dès lors, une question se pose : quelles furent les raisons qui, le 10 juin 1944, poussèrent les Allemands à organiser une expédition à Oradour? Pour y répondre, il est important d'opérer une distinction entre les documents français et les documents allemands.
Quelques thèses françaises
Attaque d'une voiture allemande, rixe avec des soldats de la Wehrmacht
Selon P. Poitevin:
dès le lendemain de la destruction de cette paisible bourgade limousine, les versions les plus diverses ont [...] été émises sur les mobiles qui ont pu pousser l'état-major allemand ou seulement un officier de la division Panzer Das Reich à commander et à commettre de semblables atrocités. (9)
Quelles furent ces versions ?
Certains parlèrent de l'attaque, "les jours précédents", non loin d'Oradour, d'une "voiture allemande de tourisme". Cette escarmouche aurait fait deux morts, deux officiers qui occupaient le véhicule. (10) D'autres évoquèrent "une rixe [qui] aurait éclaté", dans le village, "entre Allemands et réfractaires", rixe au cours de laquelle "deux Allemands auraient été tués". (11)
D'autres hypothèses furent également émises.
L'attentat du viaduc de Saint-Junien
Certains évoquèrent le meurtre, peu avant le 10 juin 1944, d'un ou plusieurs soldats allemands à Saint-Junien. Dès 1944, P. Poitevin mentionne ce fait. Dans son ouvrage, il écrit:
[...] un soldat allemand a été tué par un Espagnol du maquis, le vendredi [9 juin], à Saint-Junien, au cours du transbordement des voyageurs du train de la ligne Limoges- Angoulême. (12)
Dans leur rapport du 4 juillet 1944, les Renseignements généraux firent un récit semblable, affirmant que le 8 juin, vers 19 heures:
un soldat allemand [avait été] tué et un autre blessé à Saint-Junien par des maquisards au cours d'un transbordement de voyageurs revenant par un train d'Angoulême et se dirigeant vers Limoges. (13)
Neuf ans plus tard, au procès de Bordeaux, le commissaire Massiéra, qui enquêta sur le drame avant la "Libération", déclara:
A mon avis, ce massacre d'Oradour-sur-Glane a certainement été provoqué par l'assassinat des deux soldats allemands au viaduc de Saint-Junien. Les SS ont voulu faire ici un exemple, et s'ils ont choisi Oradour c'est parce qu'évidemment ils n'avaient pas la possibilité de détruire une ville comme Saint-Junien, qui compte 6 000 habitants. (14)
Cette affaire est-elle véridique? Devant les juges, le commissaire Arnet en parla au conditionnel ("Des soldats allemands auraient été attaqués. Il y aurait eu un mort et un blessé") et déclara qu'il n'avait "pu l'établir". (15) Toutefois, deux autres personnes l'ont confirmée. Mentionnons tout d'abord le gendarme Lagorce, qui, le 8 juin 1944, gardait la caserne de Saint-Junien. Au procès de Bordeaux, celui-ci vint témoigner et confirma le fait. (16) Ensuite, citons Maurice-Yvan Sicard, alias Saint-Paulien, ancien secrétaire de J. Doriot, auteur d'un livre intitulé Histoire de la Collaboration. (17) Peu après le drame d'Oradour, celui-ci envoya le journaliste J.-A. Faucher, marié à une jeune fille du village, enquêter dans la région. J.-A. Faucher rendit un rapport selon lequel:
le 8 juin, un commando venu de la Charente et dont le chef était un certain "colonel Bernard", typographe de l'Humanité, avait bloqué en gare de Saint-Junien un train en provenance de Roumazières. Quatre soldats allemands avaient été abattus sur place, un cinquième avait pu prendre la fuite et rallier Limoges. Gleiniger fut alerté. Il envoya immédiatement un autorail à Saint-Junien où, dans le clocher de l'église, eut lieu une conférence qui réunit des officiers allemands, le maire, le curé et le commissaire de police de la ville. On réussit à convaincre les Allemands que les citoyens de Saint-Junien n'étaient en rien responsables de la tuerie de la Gare. La ville échappa aux représailles. (18)
En 1992, enfin, dans sa brochure destinée au grand public, Robert Hébras, ancien président de l'Association nationale des familles des martyrs d'Oradour-sur-Glane, présenta l'attentat du viaduc comme un fait établi. Il écrit:
Deux événements se produisirent. Deux jours [avant le drame], la Résistance fit sauter un pont de chemin de fer à Saint-Junien dans le but de retarder les troupes allemandes qui convergeaient vers le front de Normandie [...]. Durant l'opération, deux soldats allemands furent tués. (19)
Et l'auteur de conclure que ce double meurtre, auquel il faut ajouter l'enlèvement d'un gradé allemand dont nous reparlerons plus loin, incita "sans doute les SS à faire une action d'intimidation à l'égard de la Résistance" ( Id.). De son côté, M. Y. Sicard écrit:
Dans la plupart des relations concernant le massacre d'Oradour, l'affaire de la gare de Saint-Junien fut passée sous silence ; cependant, elle semble expliquer la présence d'une compagnie de la division Das Reich près d'Oradour. Ce détachement, qui se dirigeait sur Saint-Junien, fut stoppé, sans doute par radio, au lieudit La Barre de Vayrac, près d'Oradour-sur-Glane, et devait attendre des ordres [Histoire..., p. 449].
Ces thèses se heurtent toutefois à plusieurs incohérences. Tout d'abord, notons que l'état-major allemand aurait fait preuve d'une grande naiveté s'il avait cru que l'invocation d'aussi pauvres prétextes aurait pu justifier le drame d'Oradour.
Ensuite, rappelons que, de l'aveu même d'auteurs favorables à la cause alliée, les Allemands se sont toujours efforcés, suite à des attentats, d'organiser des représailles mesurées. F. Delage, par exemple, écrit:
Dans les localités où l'on s'est battu, où les Allemands ont trouvé une résistance qui, à armes inégales, leur a infligé des pertes et parfois des échecs, ils se sont bornés à des représailles partielles, brûlant des maisons, fusillant ou pendant des prisonniers, des otages, des habitants supposés complices de la Résistance. (20)
Il faut savoir que les consignes allemandes de combat contre les partisans, dénommées "Order Sperrle" (en vigueur depuis le 3 janvier 1944), étaient très strictes. Certes, le dernier paragraphe prévoyait qu'un chef prenant des "mesures sévères" pour répondre aux maquisards n'encourait aucun risque de punition. Toutefois, le second paragraphe, notamment, stipulait :
[...] Si une troupe est attaquée, sous quelque forme que ce soit [...], le chef a le devoir de prendre sur-le-champ, de sa propre autorité, les mesures de répression autonomes.
a) Réponse immédiate par l'ouverture du feu. Si des innocents sont touchés, ce sera regrettable, mais entièrement imputable aux terroristes.
b) Bouclage immédiat des environs de l'agression et arrestation de tous les civils se trouvant à proximité, sans distinction de condition ou d'individu.
c) Incendie immédiat des maisons d'où les coups de feu sont partis. (21)
Il n'y était donc pas question d'incendier un village et de massacrer une population entière pour le meurtre d'un ou même de plusieurs soldats allemands. Dès lors, l'hypothèse de la vengeance, quarante huit heures après l'attentat dit "de Saint-Junien", semble pouvoir être rejetée.
Notons même que, parfois, l'occupant s'abstint de toutes représailles. Ainsi en fut-il à Tigy, non loin d'Orléans, où, le 20 août 1944, un groupe de FFI attaqua des soldats allemands. Une bataille s'ensuivit, au cours de laquelle dix personnes trouvèrent la mort: six habitants de la localité, trois maquisards et un soldat allemand. Aussitôt, le commandant de la place ordonna le rassemblement, chez le maire, d'une cinquantaine d'hommes et menaça d'en exécuter quinze. "Grâce à l'intervention de l'abbé Vallée qui se porta garant pour les habitants, les otages furent libérés et Tigy épargné". (22)
Un retard cause du massacre
En 1971, Gaston Hyllaire, présenté comme un ancien "chef des Mouvements Unis de Résistance" ("il s'appelait ''Léoni'' dans la clandestinité") et comme "le premier résistant à entrer dans Oradour-sur-Glane après le massacre", (23) émit une nouvelle hypothèse explicative. Au journaliste qui l'interrogeait, il déclara:
Mais une question reste posée: Pourquoi ce massacre d'Oradour-sur-Glane?
J'ai mon idée là-dessus.
C'est le 8 juin, au soir, qu'Hitler appela ses divisions blindées et leur ordonna de se rendre en Normandie.
Mais la division "Das Reich" du général Lammerding prit un retard considérable. Elle fut bloquée à Limoges par le manque d'essence: le train de ravitaillement, en provenance de Bordeaux, n'arriva que dans la nuit du 10 au 11 juin.
Il fallait que le général de la division "Das Reich" trouve une excuse à son retard. Il fallait qu'il trouve une explication pour Hitler...
Alors, le général Lammerding a décidé que cette excuse serait la Résistance...
Il décida d'inventer un dur combat contre les maquisards.
Oradour-sur-Glane était un bon endroit pour un tel combat: le village était facilement accessible. En outre, si l'on regarde la carte, on s'aperçoit qu'à proximité de Limoges c'est la seule localité qui, grâce à sa route nationale et aux départementales qui la desservent, permet un bouclage parfait.
Je suis donc persuadé que, non seulement Lammerding a voulu frapper un grand coup pour impressionner la Résistance, mais aussi qu'il a cherché une excuse au retard de sa division.
Cette excuse a coûté plus de six cents morts, c'est cher, mais Lammerding n'en était pas à son coup d'essai [ Ibid., col. E-F].
Nous ne nous attarderons pas sur cette explication d'une puérilité déconcertante. En vérité, la division Das Reich progressa normalement le 8 juin jusque dans l'après-midi. (24) Les premiers éléments arrivèrent à Limoges le 9 juin à deux heures du matin (Ibid., p. 13), c'est-à-dire avec quelques heures seulement de retard sur l'horaire prévu. Puis le 11 juin "tomba l'ordre de progresser par Tours et Poitiers, vers la région sud du Mans pour mise à la disposition de la 7ème armée" (Ibid., p. 34). Il ne saurait donc être question de "retard considérable". Et même en admettant qu'un tel retard eût été à déplorer, jamais une opération de nettoyage effectuée dans un petit bourg de province n'aurait pu servir à l'excuser auprès du haut commandement allemand.
Par conséquent, on ne peut que rejeter l'hypothèse puérile du sieur Hyllaire.
Une confusion entre Oradour-sur-Glane et Oradour-sur-Vayres
Une autre hypothèse, relativement connue, invoque la confusion, chez les SS chargés de perpétrer le "massacre", entre Oradour-sur-Glane et Oradour-sur-Vayres, un autre village de la région qui aurait été initialement choisi pour être détruit. Dès le 15 juin 1944, Jean d'Albis, dans son rapport à W. Stucki, écrivait en effet:
Le censeur allemand interrogé a dit qu'il s'agissait d'une regrettable erreur et que l'expédition punitive était destinée à un autre hameau appelé Oradour-sur-Vayres. (25)
Cinq ans plus tard, André Pasquet, ancien chef de groupe de la Résistance de Haute-Vienne, abondait en ce sens. Interrogé par la police judiciaire sur commission rogatoire du juge d'instruction de Bordeaux, il déclarait:
Quelques jours avant la destruction [d'Oradour-sur-Glane], j'étais chef de groupe de la Résistance dans la Vienne. Notre boîte aux lettres se trouvait dans une petite maisonnette à Pouzac, commune de Roche-Prémarie (Vienne). Certaines lettres de mission ont été volées dans cette boîte et remises aux Allemands [...]. Parmi les lettres volées et mises entre les mains des Allemands, plusieurs mentionnaient qu'un groupe de Résistants, dont je faisais partie, était cantonné à Oradour-sur-Vayres. A mon avis, les Allemands se sont trompés de localité lorsqu'ils ont détruit Oradour-sur-Glane, alors qu'il s'agissait d'Oradour-sur-Vayres où était le groupe de Résistants. (26)
En 1953, devant les juges de Bordeaux, André Pasquet répéta son histoire. (27)
Qu'en pensent les auteurs qui ont écrit sur Oradour? Dès 1944, P. Poitevin affirma que l'on pouvait "retenir" la thèse de "l'affreuse méprise". (28) A la même époque, toutefois, certains auteurs la rejetèrent catégoriquement. F. Delage, par exemple, écrivit:
Nous ne pouvons pas croire que les chefs des SS aient commis une confusion si inintelligente. (29
En mai 1988, enfin, une association d'anciens résistants d'obédience communiste, l'ANACR, donna le coup de grâce à cette thèse en déclarant:
Le général Lammerding, chef de la division Das Reich, et son Etat-Major, savaient lire une carte [...].
Enfin, quand l'attention des nazis fut attirée, le 18 juillet 1944, en direction d'Oradour-sur-Vayres, par des combats qui eurent lieu dans cette localité, c'était 5 semaines après le 10 juin et la division Das Reich, ou ce qu'il en restait, était sur le front de Normandie. (30)
On nous répondra que, depuis, un nouveau témoignage a été fourni qui contredit le texte de l'ANACR. Ce témoignage a été publié par A. Figuéras dans son Dictionnaire critique et analytique de la Résistance. Il émane d'une certaine Madame de Coatparquet qui l'a fait parvenir à l'auteur dans une lettre datée du 23 juin 1994. Celle-ci écrit:
"La veille (des événements d'Oradour), une amie, qui obtenait de loin en loin l'autorisation d'accompagner son mari faire sa tournée auprès des mairies pour le cadastre, vers seize heures sonne chez moi. Je la vois verte, au bord de la syncope. Je la fais asseoir. Elle répétait comme un disque: c'est affreux, que va-t-il nous arriver? Mon Dieu c'est affreux.
Calmée, elle a raconté: en revenant avec son mari par un raccourci, ils ont vu au bord de la route, près d'Oradour-sur-Vayres, quatre corps nus et suppliciés pendus à un arbre. Quatre uniformes, dont trois d'officier, par terre, et dans le fossé une voiture qui finissait de brûler. Ils ont fui, comme poussés par les Furies.
Nous l'avons réconfortée de notre mieux et persuadée de rentrer chez elle, d'agir comme d'habitude, et de se taire.
Mais que va-t-il nous arriver? -- Je ne sais pas, des otages, des fusillés, un encerclement de villes et de villages, des fouilles partout, sûrement des choses terribles, mais nous ne pouvons rien, que prier
Le lendemain [...] le préfet régional de Limoges, Freund-Valade, était en conférence avec le colonel de La Condamine et Henri Yrissou, lorsque entre dans le bureau le général Gleiniger, commandant l'état-major d'occupation. Il est décomposé, et il s'écrie: J'apprends une chose horrible, monstrueuse, je vous jure que mes hommes n'y sont pour rien, mais nous sommes déshonorés. Du moins, je voudrais demander pardon à la France au nom de l'Allemagne". Et A. Figuéras de poursuivre
Lorsque Mme de Coatparquet fit confidence au colonel de La Condamine de ce qu'elle avait appris, celui-ci s'exclama:
"Je comprends: c'est pour faire payer la mort atroce de ces quatre hommes que les SS ont fait cela. Pour eux, ce sont des représailles, épouvantables, certes, mais explicables" [ Ibid., pp. 173-175].
Se fondant sur ce témoignage, l'auteur du Dictionnaire critique... affirme :
qu'il est certain que les SS, dans l'aveuglement de leur fureur, se sont trompés d'Oradour. C'est Oradour-sur-Vayres qu'ils voulaient châtier [ Ibid., p. 170].
Pourtant, même à supposer ce témoignage véridique, rien, ici, ne prouve que les SS aient préalablement choisi d'opérer des représailles en détruisant Oradour-sur-Vayres. Bien que le meurtre décrit ait eu lieu près de ce village, les SS ont très bien pu choisir de frapper ailleurs. La conclusion d'A. Figuéras est pour le moins hâtive.
De plus, bien des éléments démontrent que ce témoignage n'est pas fiable. Mme de Coatparquet prétend que le général Gleiniger aurait rencontré le préfet de Limoges le 10 juin, (31) que le colonel de La Condamine assistait à l'entretien et que le général allemand aurait appris à ses interlocuteurs le drame d'Oradour. Or, ces trois allégations sont contredites par le préfet lui-même, qui affirme:
-- que, suite aux événements d'Oradour, la première rencontre entre les deux hommes eut lieu non le 10 mais le dimanche 11 juin au soir; (31)
-- qu'à cette occasion ce n'est pas Gleiniger qui vint voir le préfet dans son bureau mais le préfet qui se rendit dans les bureaux du général; (32)
-- qu'aucun colonel du nom de "La Condamine" n'assistait à l'entretien. Le 21 juin 1945, M. Freund-Valade fut interrogé par la police judiciaire. Invité à donner les noms de toutes les personnes qui avaient assisté à l'entretien, celui-ci déclara:
J'étais moi-même accompagné de MM. Yrissou, intendant des affaires économiques, Mecheri, préfet délégué, et du commandant Delestrée. (33)
-- que ce n'est pas Gleiniger qui informa le préfet du drame d'Oradour, mais le préfet qui en informa Gleiniger. Devant la police judiciaire, en effet, M. Freund-Valade a déclaré:
J'ai saisi cette occasion [l'entrevue du dimanche 11 juin 1944 au soir] pour manifester au général Gleiniger mon inquiétude au sujet des bruits qui circulaient sur Oradour. Il n'était au courant de rien et interrogea en ma présence le colonel von Luppich [...]. Le général, mécontent, lui reprocha de l'avoir laissé dans l'ignorance [...] [ Id.].
Par conséquent, on ne peut que rejeter le témoignage tardif de Mme de Coatparquet et, avec lui, la thèse reposant sur une confusion entre Oradour-sur-Glane et Oradour-sur-Vayres.
D'autres auteurs ont, pour leur part, adopté une thèse médiane. Selon eux, Oradour-sur-Glane avait été initialement choisi pour être détruit. Immédiatement après le drame, cependant, le général allemand von Brodowsky aurait commis une erreur en notant, dans son journal de bord, les coordonnées géographiques d'Oradour-sur-Vayres. (34) Par la suite, la propagande allemande "aux abois" se serait emparée de "cette erreur réelle" afin de la "transporter aux origines du drame et bâtir là-dessus toute une théorie susceptible de réhabiliter plus ou moins le commandement allemand [Id.]".
Pure affabulation car, en vérité, les Allemands n'ont jamais invoqué cette excuse. Dans sa brochure, d'ailleurs, l'ancien SS Otto Weidinger rejette la thèse de l'erreur de nom, thèse qu'il attribue, au contraire, aux maquisards. (35)
La thèse officielle française
Une autre hypothèse, enfin, reste très souvent évoquée. Selon elle, Oradour permit aux SS de "faire un exemple" afin de terroriser les populations françaises et convaincre les maquisards de ne plus harceler les colonnes allemandes. Afin de l'étayer, P. Masfrand cite un rapport allemand datant du 13 juin 1944 et dans lequel on peut lire:
Une action passagère de la SS Panzerdivision Das Reich à Limoges et dans les environs a fait une impression visible sur la population. (36)
De son côté, Jean Sénamaud, auteur de l'article déjà cité paru dans Le Résistant Limousin, rappelle l'existence de ce rapport puis écrit:
Quelques jours après le débarquement du 6 juin 1944 en Normandie, l'issue des combats était très incertaine comme chacun sait ; une chose était capitale pour les Allemands : leurs renforts devaient pouvoir arriver rapidement pour endiguer la poussée des Alliés [...]. Il fallait donc terroriser les populations se trouvant sur leurs routes, afin qu'elles n'apportent aucun soutien aux maquisards, beaucoup moins nombreux d'ailleurs et moins bien armés que les Allemands ne le croyaient. Et il fallait aussi paralyser l'action de ces maquisards, en leur faisant craindre de terribles représailles contre les populations civiles, représailles dont ils porteraient la responsabilité.
C'est dans ce but bien précis qu'Oradour fut détruite, pour l'exemple, par une troupe peu nombreuse, mais surarmée [...]. (37)
Afin de donner plus de poids à ces affirmations, J. Sénamaud cite Heinz Barth, un ancien SS d'Oradour jugé en 1983 à Berlin-Est. Lors de son procès, celui-ci aurait notamment déclaré :
Il s'agissait de dissuader les Français d'entrer dans la Résistance; c'est pourquoi nous avions eu l'ordre d'exterminer tous les habitants d'Oradour. (38)
Toujours d'après cette hypothèse, Oradour fut préféré à tout autre village parce que cette localité n'aurait abrité aucun maquis susceptible de gêner les SS dans leur action. En 1953, ainsi, déposant devant les juges de Bordeaux, l'ancien conservateur des ruines d'Oradour déclara:
Les SS ne pouvaient guère trouver mieux pour un incendie et un pillage en règle! Ils savaient que le butin serait avantageux et qu'ils pourraient faire tout ce qu'ils voudraient sans craindre la moindre intervention du maquis, car il n'y avait pas de maquis à Oradour, et les SS sont venus justement parce qu'il n'y avait pas de maquis!
Cette absence de maquis, c'est la raison même du massacre! (39)
Nous reviendrons plus tard sur la question du maquis à Oradour. Pour l'instant, bornons-nous à étudier la thèse selon laquelle les SS désiraient "faire un exemple".
Les incohérences heurtant la thèse officielle française
Supposons que les SS aient effectivement mené une opération destinée à semer la terreur parmi la population. Lorsqu'une armée conduit une semblable opération, elle ne cherche pas, par la suite, à se justifier en invoquant des prétextes, aussi valables soient-ils. Pour que le succès soit total, il faut, une fois l'opération achevée, lui assurer une large publicité et clamer à la population: "Oui, nous avons détruit et massacré des innocents pour nous venger des pertes subies par nos divisions. Oui, nous voulons semer la terreur. Oui, nous recommencerons dès que nous l'estimerons nécessaire". En Russie, les bolchevistes extrémistes ont toujours agi ainsi. Le 28 août 1918, par exemple, le socialiste Kaplan attenta à la vie de Lénine. Peu après, la Tchéka (commission extraordinaire, organisation policière à la solde des bolcheviques) de Nijni-Novgorod écrivait:
L'attentat criminel contre la vie de notre chef spirituel, le camarade Lénine, nous incite à renoncer à la sentimentalité et à instaurer avec une poigne de fer la dictature du prolétariat. (40)
En foi de quoi, la Tchéka fit fusiller 41 personnes: "des officiers, des prêtres, des fonctionnaires, un garde-forestier, un rédacteur de journal, un gardien de nuit, etc., etc." ( Id.). De son côté, la Tchéka de Morchansk publia le bulletin spécial suivant:
Camarades, on nous donne un soufflet sur une joue, mais nous rendons au centuple et frappons le visage entier. Nous avons recours à une vaccination anticontagieuse, savoir, la terreur rouge. Cette vaccination a été appliquée sur tout le territoire russe et en particulier à Morchansk, où il a été répondu par l'exécution de... (ici suivent les noms de 4 personnes) à l'assassinat d'Ouritki [commissaire du Peuple de la commune du Nord] et à l'attentat contre Lénine ... S'il se produit encore un attentat contre les chefs de notre révolution, ou, en général, contre des ouvriers-communistes occupant des postes de commandement, la cruauté prendra des formes encore plus dures ... Il faut répondre à un coup par un coup dix fois plus fort [ Ibid., p. 21].
Or, dans l'affaire d'Oradour, non seulement les Allemands ne firent aucune déclaration mais, en outre, les supérieurs manifestèrent leur désapprobation et leurs regrets. (41) Dès lors, la conclusion s'impose: Oradour ne fut pas un massacre décidé en haut lieu afin de semer la terreur.
Les différentes thèses françaises n'ayant pas résisté à l'examen, tentons maintenant de découvrir la vérité à l'aide des sources allemandes.
Selon certaines sources françaises qui parurent peu après le drame, les Allemands n'eurent, au sujet d'Oradour, "aucun prétexte sérieux à invoquer, car leurs déclarations officielles sont vagues et se contredisent" (1) D'autres ont écrit:
Pourquoi ce massacre? Les Allemands ont donné des prétextes, leur abondance même est une preuve de leur inexactitude. (2)
Ces affirmations sont inexactes. En réalité, les autorités occupantes ont toujours affirmé que l'expédition avait eu pour objectif la libération d'un officier SS, le Sturmbannführer Helmut Kämpfe, kidnappé par les maquisards le 9 juin 1944. Ce dernier, spécialiste des automitrailleuses, commandait le troisième bataillon du quatrième régiment Der Führer de la division Das Reich. (3) Notons d'ailleurs qu'en 1989 un auteur français parla de "la thèse officielle de l'enlèvement de Kämpfe", (4) reconnaissant ainsi que les Allemands n'avaient pas invoqué mille et un prétextes contradictoires.
L'enlèvement de Kämpfe
Afin de comprendre les circonstances dans lesquelles fut enlevé H. Kämpfe, opérons un léger retour dans le passé.
Le débarquement allié en Normandie eut lieu le 6 juin. A cette date, la division Das Reich cantonnait dans le sud de la France. Le 7 juin, elle reçut l'ordre de se rassembler "avant le soir du 8 juin, dans la région Tulle-Limoges". (5) Elle devait y rejoindre le LXVe Corps d'armée et remonter vers la Normandie. Le 8 au matin, ordre fut donné pour le départ (Ibid., p. 10). La division arriva à Limoges à l'aube du 9 (Ibid., p. 13). Le troisième bataillon blindé, que commandait H. Kämpfe, fut cantonné à St-Léonard-de-Noblat, ville située à 18 km à l'est de Limoges.
Les circonstances de l'enlèvement
Dans la journée du 9, ordre fut donné au troisième bataillon blindé de se rendre à Guéret (à environ 50 km au nord-est de St-Léonard) afin "d'y délivrer la garnison allemande qui était encerclée" par les maquisards (Ibid., p. 21). O. Weidinger écrit :
Le bataillon [partit] vers midi et se heurta dans le courant de l'après-midi, bien avant d'atteindre la ville, en pleine forêt et dans une suite de virages, à deux camions, avec des Français armés juchés sur les cabines. Le chef de la première automitrailleuse fut gravement blessé d'une balle dans la tête. Les premiers véhicules du IIIe bataillon crachèrent le feu aussitôt, de tous leurs tubes. Par la suite, il s'avéra tragiquement que les occupants du camion étaient des Allemands, des auxiliaires féminines d'Etat-Major, des officiers de la Wehrmacht, des employés et quelques soldats qui, manifestement, devaient être acheminés vers l'ouest, à partir de la ville entre-temps libérée. Deux ou trois Allemands furent tués; une Française, employée dans les services allemands, fut blessée au ventre. Certains autres avaient des blessures légères, plusieurs étaient indemnes.
Quand les premiers éléments du bataillon arrivèrent aux abords de Guéret, la ville était déjà aux mains des troupes allemandes. Au crépuscule, le bataillon était rassemblé dans une localité devant Guéret. La Française gravement blessée fut déposée à l'hôpital de l'endroit [Bourganeuf]. Le commandant Kämpfe donna au lieutenant Müller [un médecin] la mission d'emmener les blessés au cantonnement.
Quand ce dernier partit avec son AM [automitrailleuse], il fut dépassé, vers 20 heures, par le commandant Kämpfe, seul au volant de sa rapide Talbot, qui le salua en passant et disparut dans un grondement de moteur.
Il était parti devant la colonne, pour remercier le maire d'une localité située sur l'axe de marche du bataillon d'avoir bien voulu faire remettre en état un pont détruit [sans doute celui de Sauviat].
Quelques minutes plus tard (entre-temps le crépuscule était tombé), le médecin-lieutenant Müller tomba sur l'auto de son chef de bataillon arrêtée, moteur tournant, portes ouvertes, sur la route, au bord de la forêt. Un chargeur de mitraillette sous la voiture. Aucune trace de combat ou de sang.
L'avant-garde du bataillon arriva dix minutes plus tard et le lieutenant Weyrauch, commandant l'élément de tête, ordonna, malgré l'obscurité tombante, un ratissage du bois, renvoyant le médecin-lieutenant rendre compte au régiment à Limoges. Aucune liaison radio possible [car le paysage était trop vallonné]. Toutes les recherches furent vaines. (6)
Dans la nuit du 9 au 10, Müller arriva au poste de commandement de Limoges et annonça la nouvelle de l'enlèvement de Kämpfe ( Ibid., p. 21).
O. Weidinger poursuit
La nouvelle de l'enlèvement du remarquable et très estimé commandant sema la colère et l'amertume dans tout le régiment. Sa disparition était, humainement et militairement, une lourde perte pour le régiment et pour la division, car c'était un spécialiste de l'automitrailleuse et le chef unique de l'escadron d'AM de la division [p. 23].
Une thèse ancienne
Contrairement à ce que pourront penser certains, cette version des faits n'est pas nouvelle. En 1949, O. Weidinger avait déjà eu l'occasion de l'exposer. Interrogé, à l'époque, par un juge d'instruction militaire français, l'ancien gradé SS avait déclaré :
Je dois vous dire que, dans la soirée du 9 juin, le médecin du 3ème bataillon était venu à l'état-major du régiment pour rendre compte des faits suivants: Le 3ème bataillon, commandé par le commandant Kämpfe, avait eu mission de prendre position à l'est de Limoges. Au cours du mouvement, Kämpfe s'était trouvé à la tête de la colonne et s'était trouvé isolé en avant. Lorsque le gros du bataillon était parvenu à l'endroit où se trouvait sa voiture, Kämpfe avait disparu. Le moteur tournait encore et, près de la voiture, se trouvait un chargeur de pistolet automatique.
Des recherches entreprises aussitôt par le bataillon restèrent vaines. Cette nouvelle produisit une fâcheuse impression sur le colonel Stadler qui commandait alors le régiment ; il donna l'ordre à toutes les unités du régiment d'entreprendre à leur tour, des recherches. Toutes ces recherches restèrent sans succès. (7)
O. Weidinger ne fut d'ailleurs pas le seul à exposer ces
faits. Deux ans avant lui, un ancien capitaine SS, adjoint du
chef de corps dans le régiment Der Führer ,
Heinz Werner, avait déclaré à l'inspecteur
de la police judiciaire qui l'interrogeait:
Une colonne du maquis, essayant de sortir de [Guéret] en direction du sud-ouest, se heurte aux éléments en tête du 3ème bataillon. Cette colonne, composée de véhicules automobiles, emmenait avec elle des prisonniers de guerre allemands ainsi que des auxiliaires féminines de l'armée allemande. Il y eut combat, au cours duquel des pertes furent signalées, des deux côtés. Nos pertes: un mort et quelques blessés. Pertes de l'ennemi: 15 morts. Au cours du trajet de retour vers le cantonnement Nord Saint-Léonard, le chef de bataillon, le Sturmbannführer Kämpfe, précéda la colonne pour rendre compte au régiment du résultat de l'expédition. Sa voiture PKW fut retrouvée, moteur marchant, au bord de la route, vide. Depuis, nous avons perdu toute trace de Kämpfe. (8)
Mise en cause d'Oradour-sur-Glane
L'affaire des deux délateurs français
Pour les Allemands, il était nécessaire de tout mettre en oeuvre afin de retrouver l'officier disparu. Or, le 10 juin, dans la matinée, le chef du premier bataillon Der Führer, Diekmann, arriva au poste de commandement de Limoges. Là, il rapporta que:
Des Français s'étaient présentés à son cantonnement et lui avaient indiqué qu'un officier supérieur allemand était détenu par les maquisards à Oradour où se trouvait un état-major du maquis et où Kämpfe devait être exécuté dans la soirée au cours d'une réunion publique, et ensuite brûlé.
La population civile, d'après ces indications, faisait cause commune avec les maquisards. (9)
Beaucoup penseront que cette version des faits fut certainement
inventée après-coup afin de justifier l'expédition
à Oradour. Quatre faits nous persuadent du contraire :
- Dans son témoignage rédigé quelques semaines après le drame, un rescapé, M. Borie, raconte que le 10 juin, vers treize heures, une habitante d'Oradour lui déclara: "On va bien rigoler ce soir. (9a) Or, nous verrons plus loin non seulement que M. Borie était un résistant, mais aussi que cette habitante était la tante de Mme Mercier qui, chez elle, cachait deux autres résistants liés à M. Borie. Par conséquent, les propos rapportés par le témoin deviennent terriblement accusateurs. Ils semblent démontrer que, le 10 juin à Oradour, une exécution publique se préparait et qu'une grande majorité de la population en avait connaissance. (9b) Dès lors, la version invoquant deux délateurs partis prévenir les Allemands ne peut être rejetée.
-- En 1947, devant la police judiciaire, H. Werner confirma que devant son supérieur Diekmann rendit compte "qu'il avait entendu dire par des civils qu'un P.C. du maquis se trouvait à Oradour" (procès verbal d'interrogatoire déjà cité, p. 2);
-- Le 19 juin 1944, dans une allocution aux représentants de la censure française ainsi qu'aux directeurs de journaux, le docteur Sahm, journaliste et officier allemand, affirma que "la troupe allemande n'[était] pas allée [à Oradour] au hasard". (10) Quarante ans plus tard, un habitant d'Oradour confirma ce propos: devant V. Reynouard qui l'interrogeait, il déclara: "Tout le monde [ici] sait pourquoi ils [les Allemands] sont venus à Oradour, mais personne ne veut le dire";
-- Le jour même du drame, aux hommes d'Oradour qui avaient été rassemblés sur la place du village, les Allemands déclarèrent que "des dépôts d'armes [avaient] été signalés" et qu'ils allaient perquisitionner afin de les retrouver. (11) Or, nous verrons plus loin que des munitions furent effectivement retrouvées dans les habitations. Les SS n'étant pas des voyants extralucides, on peut admettre qu'ils agissaient sur renseignements. Dans son rapport du 15 juin 1944, d'ailleurs, M. Freund-Valade écrivit que les SS avaient invoqué une "dénonciation" pour affirmer que des explosifs étaient cachés dans le village (p. 2). De même, F. Delage ne rejette-t-il pas a priori la thèse de la délation. Il écrit:
Si les commandants SS n'ont pas forgé eux-mêmes un prétexte faux, on peut supposer qu'ils ont agi sur une indication erronée [pourquoi "erronée" ?], qui a pu leur venir d'un agent de la Gestapo, qui était lui-même renseigné faussement [?], ou animé de sentiments malveillants [?], sinon haineux [?] [...]. (12)
Quant aux autorités françaises, elles prirent suffisamment cette thèse en considé-ration pour demander à l'ancien SS Louis Hoehlinger si, à l'origine du drame, "il y avait [eu] des indicateurs français ou à la solde des Allemands". (13) En 1953, enfin, à Bordeaux, les autorités françaises admirent que Diekmann avait "appris que le major Kämpfe avait été transféré dans la région d'Oradour" (Acte d'accusation, p. 11).
Voilà pourquoi l'affirmation selon laquelle les Allemands auraient été avertis par deux délateurs nous paraît plausible.
Renseignements transmis par le SD et les services français
Revenons au récit d'O. Weidinger. On pourrat trouver étrange que l'occupant se soit fié aux dénonciations d'informateurs français au point d'organiser immédiatement une expédition sur Oradour. L'explication est simple.
Tout d'abord, rappelons que, le 10 juin 1944 à midi, l'occupant ignorait totale-ment l'endroit où avait pu être emmené H. Kämpfe. Dès lors, chaque indice, même s'il émanait d'un simple délateur, devait être pris en compte. En outre, les SS devaient agir d'autant plus vite qu'ils connaissaient le comportement des maquisards à l'égard des prisonniers allemands. La veille, en effet, la section blindée d'éclairage de la division Das Reich avait reçu l'ordre de se rendre à Tulle afin de dégager un bataillon allemand encerclé, dans la ville, par un fort contingent de résistants. Après de durs combats, la cité avait été reprise et les maquisards mis en déroute. Les SS découvrirent alors les corps d'une soixantaine de soldats allemands atrocement mutilés. Otto Weidinger écrit
Certains portaient encore le masque à gaz, apparemment pour se protéger de la fumée dégagée par l'incendie de l'école [où ils s'étaient réfugiés et à laquelle les maquisards mirent le feu pour les en déloger]. Des habitants de Tulle rapportèrent que les maquisards, parmi lesquels il y avait aussi des Polonais, des Espagnols rouges et même quatre Russes en uniforme, avaient écrasé les blessés qui vivaient encore avec leurs camions. Certains cadavres étaient mutilés au point de n'être pas identifiables. Un mort avait les talons troués et une corde passée derrière les tendons. Visiblement, il avait été traîné vivant par un camion, d'où les terribles blessures qu'il portait au visage. Les morts portaient des traces de plusieurs coups de feu, la plupart dans le dos et la nuque.
D'après des témoins oculaires, les femmes maquisards avaient souillé les cadavres avec des excréments [...]. Certains morts avaient été castrés et les testicules placés dans la bouche [Voy. Tulle et Oradour..., pp.18-19]
En 1996, un ancien SS de la division Das Reich dont l'unité s'était trouvée à Tulle le 9 juin 1944 confirma, auprès de V. Reynouard, les détails de ce récit. Il lui indiqua en plus qu'aujourd'hui encore plusieurs dizaines de corps de soldats allemands reposaient dans une forêt non loin de la ville, réunis dans un charnier que personne n'avait ouvert.
Ces faits permettent d'expliquer la précipitation des SS. Le 10 juin au matin, H. Kämpfe était en danger de mort et il fallait tout tenter pour le délivrer au plus vite. Et cela, d'autant plus que déjà, à deux reprises depuis le 9 juin, le nom d'Oradour-sur-Glane avait été cité dans des affaires impliquant le maquis. Le 9 au soir:
le bureau de renseignement du SD de Limoges [avait fait] part au régiment d'indications fournies par les services de liaison français selon lesquels un poste de commandement des maquis se trouvait à Oradour-sur-Glane. (14)
Quelques heures plus tard, le nom du village apparaissait de nouveau, cette fois-ci dans le cadre de l'affaire Gerlach.
L'épopée du lieutenant Gerlach
Aux premières heures de la matinée du 10 juin, les SS cantonnés à Limoges virent arriver, "complètement épuisé, en sous-vêtements" (Tulle et Oradour..., p. 14), le lieutenant SS Gerlach. Celui-ci commandait la deuxième section des canons d'assaut de la Das Reich..
Que lui était-il arrivé? Tout avait commencé la veille, quand, à peine arrivé à Limoges, Gerlach avait reçu, du colonel Stadler, l'ordre de cantonner à Nieul. Il raconte:
Je partis donc avec six hommes et trois voitures de liaison vers Nieul pour préparer notre cantonnement. Comme la localité ne suffisait pas, nous roulâmes, cartes en mains, dans les environs. Mon véhicule roulant plus vite que les deux autres, je dus m'arrêter et faire demi-tour pour les retrouver.
Peu de temps après, je fus arrêté, en pleine route, par un camion rempli d'hommes en uniforme. A première vue, je crus reconnaître des amis, car on nous avait dit que des Français, en uniforme de miliciens, combattaient à nos côtés.
Avant que je puisse approfondir la chose, encore bien moins me servir de ma mitraillette, 7 ou 8 hommes avaient sauté du camion, nous avaient mis en joue et, aux cris de "mains en l'air", avaient encerclé mon véhicule.
Ils me tirèrent de la voiture, ainsi que mon conducteur, nous arrachèrent nos uniformes et, nous frappant au visage, gesticulèrent [de façon incompréhensible], disant : "SS sofort kaputt" [SS immédiatement morts].
Nous n'avions plus que nos sous-vêtements; dans cet accoutrement, ils nous poussèrent dans les broussailles. J'étais persuadé qu'ils allaient nous fusiller sur-le-champ; aussi essayai-je de discuter et de m'expliquer avec eux, d'abord avec le chef, un grand maigre, la trentaine, en uniforme de milicien. Mais celui-ci, comme il ne semblait pas me comprendre, ne répondait que: "Nix SS ! SS kaputt !".
Aussi m'adressai-je à un garçon plus jeune qui parlait un allemand convenable, sans doute un Alsacien, qui semblait ressentir pour nous une certaine compassion. Mais cela ne servit à rien. Je lui expliquai que j'étais officier-adjoint à la Division et que je pouvais donner des renseignements importants si on me conduisait devant le chef du maquis. Ceci sembla faire impression sur l'Alsacien; il traduisit à son supérieur. Celui-ci me regarda et me dit quelque chose que je ne compris pas.
On ramena mon conducteur et moi au véhicule de liaison ; nous dûmes monter et rouler sous escorte. Je vis, en passant, quelques panneaux routiers, et pus ainsi m'orienter. Puis, je vis un panneau à l'entrée d'un village: Oradour-sur-Glane. Nous nous arrêtâmes dans la grande rue. Nous dûmes descendre et fûmes entourés de nombreux maquisards et de curieux; il y avait beaucoup d'uniformes, et aussi des femmes en veste de cuir jaune et casquées. La population adoptait une attitude de plus en plus menaçante ; un homme en uniforme nous fit donc remonter en véhicule.
Je vis qu'on sortait d'une grange, près d'une boulangerie, dans la grand'rue, des cordes. On nous fit descendre du camion, mon chauffeur et moi, et on nous ligota les bras derrière le dos, les noeuds des liens consolidés avec du fil de fer. Nous restâmes ainsi environ 3/4 d'heure.
Puis, des civils français arrivèrent en tandem et parlèrent à la population. Nous dûmes remonter dans le véhicule.
Les hommes qui nous avaient faits prisonniers montèrent avec nous et nous surveillèrent.
Nous sortîmes d'Oradour, le tandem roulant devant en guise de sécurité et nous guidant constamment par gestes, à 100 mètres devant nous. Nous nous arrêtâmes une première fois devant une maison, sur la façade de laquelle il y avait un panneau téléphonique. De là, les civils du tandem passèrent un coup de fil, puis ils revinrent au camion et donnèrent à l'escorte des explications en français que je ne pus comprendre.
Nous quittâmes la grand-route sur la gauche et entrâmes dans une zone non construite. Au bout de trois ou quatre kilomètres, un poste de garde nous arrêta, nous fit descendre, nous libéra de nos liens et nous donna un peu à manger.
Pendant ce temps le camion était reparti avec son escorte. Il revint au bout de deux ou trois heures et, après avoir été à nouveau ligotés, nous dûmes rembarquer.
Nous roulâmes huit ou dix kilomètres jusqu'à une allée forestière, au coin de laquelle je remarquai une borne : Bellac 6 km 5. Nous tournâmes dans l'allée forestière et rencontrâmes, 300 mètres plus loin, un camion français peint aux trois couleurs.
On nous arracha à nouveau de notre véhicule, on nous brutalisa violemment et on nous traîna jusque devant un jeune maquisard, probablement le chef du poste. Il portait un uniforme bleu. Il ne nous écouta pas, se contentant de crier: "SS nix verhör, sofort kaputt!". Le jeune Alsacien voulut faire des objections, mais il fut grossièrement rabroué par son chef. Celui-ci appela quelques Français également en uniforme bleu, et leur donna l'ordre, autant que je pus comprendre leurs signes et leurs gestes, de nous mener dans le bois et de nous abattre.
Mon conducteur se rendit clairement compte de la situation ; il se raidit et se mit à se débattre pour ne pas avancer. Les Français, fous de colère, se jetèrent sur lui et le mirent à terre. Je choisis cette seconde pour me projeter à toute vitesse dans les broussailles et m'enfuir [vers (?)] la forêt toute proche.
Je courus aussi vite que je pus; il s'agissait de ma vie. J'entendis des coups de feu et, me retournant, je vis mon conducteur tomber. Je me précipitai, me protégeant derrière les arbres et les haies. Ils me suivirent en criant; quelques balles sifflèrent au-dessus de ma tête. Grâce à des changements de direction répétés et au crépuscule tombant, je réussis à m'enfuir.
J'avais bien étudié la carte avant de quitter Limoges, et je savais que je devais rejoindre la ligne de chemin de fer Bellac-Limoges. Je réussis à la retrouver et, le lendemain matin 10 juin, j'arrivai au poste de commandement de la Division. (15).
Ce témoignage, s'il est avéré:
-- donnerait le coup de grâce à la légende qui présente Oradour-sur-Glane comme un paisible village sans maquisards;
-- expliquerait la raison de la venue des SS à Oradour.
Les autorités françaises réfutent le témoignage de Gerlach
C'est d'ailleurs la raison pour laquelle les autorités françaises, dans leur grande majorité, le réfutent en bloc. Dès 1945, ainsi, F. Delage affirma:
[qu'] aucun assassinat d'officier ou de soldat allemand n'a été commis sur le territoire d'Oradour, et même que, dans la période dont il s'agit [début juin 1944], aucun attentat grave n'a eu lieu dans la Haute-Vienne où se situe Oradour. (16)
Au procès de Bordeaux, l'acte d'accusation évoqua l'épopée de Gerlach d'après la déposition d'O. Weidinger. (17) Les auteurs concluaient en affirmant que le renseignement fourni par Gerlach à propos d'un maquis actif à Oradour-sur-Glane
s'il a[vait] été vraiment donné, était en tout cas entièrement erroné [ Id.].
A. Hyvernaud, enfin, après avoir résumé les propos de Gerlach, écrit:
C'est du moins ce que l'on peut lire dans sa déposition devant un juge de Hambourg en 1951, sur commission rogatoire du tribunal de Bordeaux, déposition qui dut être classée comme ne contenant aucune trace de vérité puisqu'il n'en fut pas question au procès [de 1953]. (18)
Cet auteur, ici, traite le témoignage de Gerlach avec une grande légèreté. Gerlach fut effectivement interrogé à Hambourg par un juge allemand, M. Meierdres, en présence de deux capitaines (l'un français, l'autre anglais) et d'un avocat allemand, Maître Walters. L'interrogatoire terminé, le juge demanda à Gerlach s'il était prêt à venir témoigner à Bordeaux. Celui-ci accepta dans la mesure où sa déposition pouvait plaider en faveur de ses camarades. C'est alors que Maître Walters intervint et lui déclara que, même muni d'un sauf-conduit, il ne pourrait venir témoigner. Une vive discussion s'ensuivit au cours de laquelle le capitaine français, après avoir protesté contre les allégations de l'avocat, dut faire face au capitaine britannique. Finalement, Me Walters convainquit Gerlach de ne jamais révéler à quiconque le contenu de sa déposition. (19) La position de l'avocat allemand était compréhensible: il était chargé de défendre l'ancien SS Fritz Pfeuffer au procès de Bordeaux. Or, à l'époque, personne, ou presque, ne songeait à remettre en question l'Histoire officielle. Par conséquent, une condamnation minime ne pouvait être obtenue qu'en jouant le jeu de l'accusation, c'est-à-dire en reconnaissant la thèse officielle du drame d'Oradour et en invoquant des circonstances atténuantes pour son client. Il fallait donc à tout prix empêcher qu'un témoin soucieux de rétablir la vérité (incroyable pour l'immense majorité) ne vienne déposer devant le Tribunal de Bordeaux. Un tel comportement pourra surprendre le néophyte en matière d'histoire judiciaire; mais il faut savoir qu'il n'a rien d'exceptionnel. Dans son interview à Storia Illustrata, Robert Faurisson déclarait:
Une vieille recette des avocats, une recette nécessitée parfois par les besoins de la défense, est de plaider le vraisemblable plutôt que le vrai. Le vrai est parfois trop difficile à faire passer dans les esprits des juges. On se contentera du vraisemblable. Un exemple l'illustre bien. Il est raconté par Me Albert Naud, avocat de Lucien Léger que toute la presse présentait comme l'auteur certain d'un crime abominable. Lucien léger proteste de son innocence. Il choisit pour avocat Me Naud. Ce dernier va le trouver dans sa prison. Il lui dit : "Léger, soyons sérieux ! Si vous me voulez comme avocat, nous allons plaider coupable". Marché conclu. Léger sauve sa tête. Quelques années plus tard, Me Naud acquiert la conviction que Léger est innocent. Il s'en veut terriblement d'avoir contraint Léger à plaider coupable. Il se bat de toutes ses forces pour obtenir une révision du procès. Trop tard. Il meurt. Et Léger, s'il est innocent, paiera sans doute jusqu'à la fin de ses jours l'attitude abominable de la presse et l'aveuglement de son avocat. (20)
Revenons au cas Gerlach.
En 1985, un journaliste du Figaro mentionna, sans la réfuter, l'affaire du lieutenant allemand capturé. Mais il sembla rejeter la thèse selon laquelle le militaire serait passé dans Oradour. (21)
Le récit de Marie-Thérèse Palan
Trois ans plus tard, une ancienne résistante, Marie-Thérèse Palan, ex-Mme Pradaud, prétendit s'être trouvée parmi ceux qui avaient capturé Gerlach. D'après ses propos, l'affaire s'était déroulée à Peyrilhac et jamais le SS n'avait été emmené à Oradour-sur-Glane. Voici ce que l'on peut lire dans le bulletin des Amis du Musée de la Résistance du Département de Haute-Vienne:
Il se trouve que, le 9 juin 1944, j'avais été chargée d'une mission pour emmener un groupe de GMR (qui avait été recruté au Mas-Jambost, près de Limoges), en direction du maquis de la région de Blond.
Nous avons pris la route en début d'après-midi, avec un seul véhicule (Juvaquatre) pour 9 personnes. C'est la raison pour laquelle je décidais de réquisitionner un deuxième véhicule en arrivant à Peyrilhac. Je me suis présentée chez un tailleur (collaborateur notoire) accompagnée par 2 GMR afin de prendre possession de sa traction AV -- tout en prenant soin de laisser en faction les 6 autres GMR dans la rue principale du village.
Or, au moment où nous ressortions de l'immeuble du tailleur, un véhicule allemand arrivait. A l'intérieur se trouvaient: le chauffeur et un officier SS. Ces derniers étant surpris par la présence des GMR en uniforme, ils n'ont pu s'opposer à notre intervention.
Parmi les GMR se trouvait un Alsacien qui parlait couramment l'allemand. Je lui demandais d'interroger brièvement nos prisonniers pour savoir s'ils étaient seuls, mais ayant des doutes je donnais l'ordre de partir le plus rapidement possible.
Leur véhicule a été remis à un groupe de résistants qui arrivaient à ce moment-là. Les deux hommes ont été séparés, l'un mis dans la Juvaquatre, l'autre dans la traction AV.
Par la suite, j'ai appris qu'au moment où nous sortions du village des SS rentraient de l'autre côté. Ils ont demandé aux habitants s'ils avaient vu une voiture occupée par 2 Allemands, mais ils ont répondu par la négative.
Or, l'officier allemand et son chauffeur étaient chargés de réquisitionner les écoles de Peyrilhac [...].
Le lendemain, j'apprenais que l'officier allemand avait réussi à fausser compagnie aux résistants qui le détenaient et à prendre le train en direction de Limoges.
D'autre part, je suis certaine que la camionnette qui a servi au transport des 2 SS n'est jamais passée par le bourg d'Oradour, ce n'était pas le chemin pour se rendre dans les maquis du secteur. (22)
En 1990, V. Reynouard s'entretint avec un habitant d'Oradour-sur-Glane, M. Desourteaux; s'appuyant visiblement sur le témoignage de M.-T. Palan, celui-ci affirma que Gerlach s'était trompé, qu'il avait simplement vu un panneau indicateur portant la mention "Oradour-sur-Glane" et que le village dans lequel il avait dû passer, si l'on en jugeait d'après l'évocation des "femmes en veste de cuir jaune et casquées", ne pouvait être que Peyrilhac, à environ 8 km de là.
Les déclarations de M.-T. Palan et Desourteaux sont très intéressantes, car elles démontrent que, pour certains partisans de la thèse officielle, le récit de Gerlach est tout à fait crédible. D'après ces personnes toutefois, l'Allemand aurait confondu Peyrilhac et Oradour...
Fragilité des arguments fondant la réfutation française
Que penser de cette thèse? Tout d'abord, remarquons que, dans sa déposition, Gerlach parla tout d'abord de "panneaux routiers" qui lui auraient permis de s'orienter puis d'un "panneau à l'entrée d'un village". Par conséquent, l'affirmation selon laquelle l'officier allemand aurait confondu un panneau indicateur avec le panneau signalant l'entrée du village nous paraît controuvée.
Quant au témoignage de M.-T. Palan, son caractère apocryphe nous paraît évident. Tout d'abord, notons qu'il est apparu dans la littérature trente-sept ans après la déposition de Gerlach à Hambourg. Or, comment croire que les autorités françaises aient attendu toutes ces années afin de fournir le témoignage qui, enfin, devait réduire à néant les allégations -- fort gênantes pour la thèses officielle -- de l'ancien SS? Comment croire que les juges d'instruction n'aient pas pu retrouver M.-T. Palan avant le procès de Bordeaux -- ce qui les avait contraints à observer un silence coupable sur le récit de Gerlach -- alors que plusieurs autres résistants liés au drame d'Oradour (A. Pasquet, Jean Canou) avaient, eux, été retrouvés?
Ensuite, il est nécessaire de remarquer les différences sensibles qui existent entre la version du SS et celle de l'ancienne résistante. Celle-ci affirme que l'enlèvement eut lieu dans l'après-midi ("Nous avons pris la route en début d'après-midi") alors que, selon Gerlach, il était parti pour Nieul et sa région "le 9 [juin] au matin". M.-T. Palan prétend que son groupe possédait une Juvaquatre, alors que l'ancien SS vit "un camion" rempli de maquisards. L'ancienne résistante allègue que l'enlèvement eut lieu dans le bourg de Peyrilhac, "dans la rue principale du village", alors que Gerlach prétend avoir été arrêté "en pleine route" puis poussé "dans les broussailles", preuve que l'action se déroulait en pleine campagne. M.-T. Palan raconte que les "deux hommes ont été séparés, l'un mis dans la Juvaquatre, l'autre dans la traction AV" alors qu'à Hambourg l'Allemand déclara : "On ramena mon conducteur et moi dans le véhicule de liaison". Enfin, l'ancienne résistante prétend que Gerlach était chargé "de réquisitionner les écoles de Peyrilhac" alors que, dans sa déclaration, celui-ci n'a jamais prononcé le nom de ce village, affirmant tout simplement que, la ville de Nieul n'ayant pas suffi pour cantonner toute la section de canons d'assaut, ils avaient roulé, "carte en mains, dans les environs".
Naturellement, on pourra soutenir que M.-T. Palan dit la vérité et que les différences constatées sont imputables aux mensonges de l'ancien SS. Cette objection n'est cependant pas recevable. En 1994, en effet, V. Reynouard se rendit à Peyrilhac. Là, il put effectivement voir une boulangerie dans la rue principale. Interrogée, la boulangère confirma l'existence de cette boutique en 1944. Toutefois, une grande mairie, située dans un parc, se trouve tout près du magasin. Il paraît déjà surprenant que Gerlach, soucieux du détail, ne l'ait pas mentionnée.
Mais il y a plus. Une petite enquête permit à V. Reynouard de retrouver deux personnes qui, en 1944, habitaient Peyrilhac, dans la grande rue, non loin de la boulangerie. Or, ces dernières (une femme et un homme) déclarèrent n'avoir jamais entendu parler d'une histoire ressemblant à celle de Gerlach. L'homme raconta qu'un jour un soldat allemand capturé avait été emmené près de la mairie par des maquisards (dont un nègre) qui avaient voulu le fusiller sur place. Un habitant de la commune était alors intervenu et, invoquant les représailles qui seraient immanquablement organisées plus tard par l'occupant, avait convaincu les excités de ne pas commettre un tel crime. Après enquête, nous découvrîmes qu'un chef résistant de la région, Pierre Dintras, alias "capitaine Lenoir", de la 2407e compagnie FTPF, mort le 7 août 1944, avait effectivement eu un adjoint de race noire. (23)
Dès lors, la thèse invoquant une confusion entre Peyrilhac et Oradour semble pouvoir être écartée, ce qui implique le rejet du témoignage de M.-T. Palan.
Deux autres éléments, d'ailleurs, renforcent notre conviction : le premier se résume à un article paru en 1983 dans Le Populaire du Centre. Après avoir relaté l'enlèvement de Gerlach, l'auteur écrit:
Interrogé quelques années plus tard, en 1951 [...], Gerlach racontera son enlèvement et déclarera: "A l'entrée d'un village, je vis une plaque sur laquelle était écrit ''Oradour-sur-Glane''...
Cette plaque Oradour-sur-Glane, il en parlera certainement au soir du 9 juin 1944 à Lammerding, et c'est peut-être à partir de là que les SS, qui avaient, de toute façon, prévu une opération dans le secteur de Saint-Junien (on parlera de Saillat ou de Chaillac), décidèrent d'exercer leurs représailles sur ce petit village, traversé par le maquis alors qu'il détenait un prisonnier allemand [souligné par nous]. (24)
En 1983, donc, un article paru dans un journal à grand tirage admettait que Gerlach était bien passé dans Oradour.
Le deuxième élément repose sur les omissions et les falsifications dont se rendent coupables les auteurs français lorsqu'ils évoquent (ou occultent) l'affaire Gerlach.
C'est ainsi que, dans son ouvrage, A. Hyvernaud ne mentionne que la déposition du lieutenant devant les juges de Hambourg en 1951. Par conséquent, il laisse croire que son cas aurait été évoqué pour la première fois sept ans après les faits. Or, il suffit de lire les documents français pour s'apercevoir que ce n'est pas le cas.
Dès le 14 juin 1944, en effet, le général von Brodowsky nota dans son journal de bord :
14-6-44. -- Une communication téléphonique en provenance d'Oradour (30 km S-O de Limoges) signale ce qui suit : 600 personnes furent tuées. Un Untersturmführer de la SS Pz. Div. Das Reich avait été fait prisonnier. Il put s'enfuir [souligné par nous]. L'on retrouva des lettres d'un Oberzahlmeister [trésorier] et des traces de mauvais traitements. Toute la population mâle d'Oradour fut fusillée. (25)
De même, le préfet régional de Limoges écrivit, dans un rapport daté du 15 juin 1944:
Selon la version allemande, qui m'a été exposée par un représentant du SD venu recueillir le témoignage de ma visite à Oradour, un attentat aurait été commis aux abords du village. Un officier allemand et son chauffeur auraient été capturés par des éléments du maquis, puis molestés à travers le village, notamment par des femmes, qui leur auraient lié les poignets avec des fils d'acier. Conduits ensuite sur le lieu de l'exécution, l'officier allemand se serait enfui, tandis que le chauffeur aurait été tué. (26)
Ces textes, notons-le en passant, gênent les tenants de la thèse officielle car ces derniers n'hésitent pas à les occulter ou, pire, à les tronquer lorsqu'ils les citent. A l'automne 1944, ainsi, eut lieu la capture du général von Brodowsky; voici ce que l'on put lire alors dans l' Echo du Centre :
On a trouvé ces lignes écrites sur le carnet de von Brodowsky: "Au cours d'une action répressive contre Oradour la population mâle du village, 600 personnes, a été fusillée. Les femmes et les enfants s'étaient réfugiés dans l'église. Celle-ci a pris feu, tous ont péri". Voici comment les monstres, les chefs de la division sinistre des SS rapportent, sans aucune émotion, avec une mauvaise foi odieuse, le massacre d'hommes sans armes, de femmes et d'enfants [...]. (27)
La presse ne fut cependant pas seule à tronquer le journal de bord du général allemand. Dans leur ouvrage, P. Masfrand et G. Pauchou firent de même afin de ne pas évoquer l'aventure de Gerlach; voici, en effet, ce que l'on peut lire page 120 de leur ouvrage:
14 juin 1944. -- Une communication téléphonique en provenance d'Oradour me signale ce qui suit. 600 personnes ont été tuées. Toute la population mâle d'Oradour a été fusillée... (28)
De même ne citent-ils pas le rapport du préfet régional et se contentent-ils d'écrire, au détour d'un chapitre
Les nazis n'en sont d'ailleurs pas à une fable près. Ils se sont surpassés en ce qui concerne les raisons qu'ils ont inventées pour justifier leur crime du 10 juin. Ils ont prétexté l'existence d'une attaque à main armée contre des soldats allemands, puis contre des gradés. Selon certains, l'affaire se serait produite dans les environs d'Oradour, selon d'autres dans le bourg lui-même [ Ibid., p. 121].
Rappelons que P. Masfrand était le conservateur des ruines d'Oradour-sur-Glane. Par conséquent, il devait connaître la vérité sur le drame du 10 juin 1944. Dès lors, ses silences concernant l'affaire du lieutenant SS sont révélateurs.
Notons également que le général von Brodowsky mourut "en des circonstances encore mal éclaircies". (29) Emprisonné à la citadelle de Besançon, il aurait, selon les autorités, été abattu par un tirailleur sénégalais lors d'une tentative d'évasion. (30) Or, à quoi aurait servi une telle évasion en novembre 1944? A cette époque, la France était aux mains des Alliés. Pour parvenir à rejoindre ses lignes, le général aurait dû tout d'abord voyager (sans aide et handicapé par son accent) dans un territoire ennemi où il aurait été activement recherché, pour ensuite traverser la ligne de front alliée. De façon évidente, la version officielle de la mort du général n'est pas crédible. En vérité, von Brodowsky, son journal le confirme, savait beaucoup de choses, sur les causes d'Oradour notamment. Témoin encombrant, les autorités françaises auront probablement décidé de le faire taire à jamais.
Tous ces faits nous persuadent que Gerlach n'a ni menti, ni commis une erreur en prétendant être passé dans Oradour-sur-Glane.
La mission de Diekmann à Oradour
Diekmann veut délivrer Kämpfe
Revenons au poste de commandement de Limoges, le 10 juin 1944.
Persuadé que l'officier prisonnier mentionné par les deux civils français ne pouvait être que Kämpfe, Diekmann, d'après O. Weidinger:
paraissait surexcité et demandait au colonel [Stadler] l'autorisation de se rendre à Oradour avec une compagnie de son bataillon pour délivrer, coûte que coûte, Kämpfe. (31)
Après réflexion, et selon le récit de H.Werner:
Le chef de corps l'y autorisa et lui donna la mission suivante :
1 -- anéantir le PC du maquis ;
2 -- fouiller le village et rechercher Kämpfe ;
3 -- il importait au régiment de faire un maximum de prisonniers afin de pouvoir échanger, le cas échéant, Kämpfe contre ceux-ci. (32)
Dans sa brochure, O. Weidinger confirma ce récit en écrivant:
Stadler donn[a] son assentiment à cette opération, mais avec l'ordre complémentaire d'essayer par tous les moyens de négocier la libération de Kämpfe et, en cas d'insuccès, d'occuper la localité et de le libérer. Si on ne trouvait pas Kämpfe, faire de nombreux prisonniers, si possible des chefs de maquis, et en avoir assez pour permettre une nouvelle possibilité d'échange. (33)
Voilà donc, d'après les Allemands, l'origine directe de l'expédition à Oradour: il s'agissait non pas de brûler le village et de massacrer la population en représailles mais de tenter, par la négociation ou par la force, de libérer un officier supérieur probablement emprisonné là.
Les autorités françaises réfutent la version allemande tirée de l'enlèvement de Kämpfe
Une nouvelle fois, les autorités françaises rejettent avec force cette version des faits. Mais il est intéressant de noter que leur position a varié dans le temps.
Dans les premières années qui suivirent la tragédie, le cas de Kämpfe fut, en France, tout simplement occulté. On cherchera en vain ce nom (ou le poste qu'il occupait dans la Waffen SS) dans tous les ouvrages antérieurs à 1953. Or, dès 1944, un ancien SS d'Oradour, Louis Hoehlinger, avait évoqué son cas devant l'inspecteur de police judiciaire qui l'interrogeait. (34) Par conséquent, on ne saurait prétexter l'ignorance des autorités françaises.
La situation, toutefois, changea au fur et à mesure que l'instruction du procès de Bordeaux progressait. L'origine de cette évolution réside certainement dans les dépositions concordantes de MM. Hoehlinger, Werner et Weidinger. Celles-ci convainquirent les autorités qu'il serait désormais impossible de passer l'affaire sous silence. Donc, peu après l'audition d'O. Weidinger, celui qui avait enlevé le major Kämpfe fut retrouvé et interrogé. Jean Canou (c'était son nom) déclara:
Le 9 juin 1944, je revenais de Royères en mission avec une voiture et quelques hommes lorsque sur la route nationale 141, à hauteur du village de La Bussière, nous avons été en présence d'une voiture allemande venant de la direction de Guéret. J'ai fait stopper cette voiture et nous nous sommes trouvés en présence d'un commandant SS [...]. Nous avons arrêté ce commandant et, comme je n'avais pas d'autre chauffeur, j'ai abandonné son véhicule.
Cet officier allemand parlait assez bien le français et je l'ai interrogé sommairement. Il m'a dit qu'il venait de Guéret où il avait combattu et que son ordonnance avait été tué. Il a ajouté que quarante camions le suivaient.
Je l'ai conduit au PC du groupe et j'ignore ce qu'il est devenu par la suite [...].
Je me souviens qu'il appartenait au régiment Der Führer mais je ne sais pas à quel bataillon et je ne me souviens pas non plus de son nom. (35)
Cette déclaration confirmait dans les moindres détails les récits de source allemande. Dès lors, il devenait impossible de nier que Kämpfe ait bien été enlevé la veille du drame d'Oradour. Soucieuses, cependant, de sauver l'Histoire officielle, les autorités françaises prétendirent qu'aucun lien ne pouvait exister entre le kidnapping et le drame du 10 juin. A l'appui de cette affirmation, elles rappelèrent que La Bussière était une commune qui se trouvait loin d'Oradour-sur-Glane
En 1953, ainsi, le commissaire Hugomaud vint déposer devant les juges de Bordeaux. Le correspondant du journal Le Monde écrit:
On a découvert que tout s'était passé en réalité le 9 juin au soir, dans la région de Saint-Léonard, à l'est de Limoges et à plus de 50 km d'Oradour. C'est un résistant, M. Jean Canou, revenant d'une mission avec un groupe de maquisards, qui avait rencontré sur la route nationale 141 une voiture conduite par un officier allemand seul et roulant en direction de Limoges. Aussitôt, il alerta ses hommes qui braquèrent leurs armes, arrêtèrent le véhicule et capturèrent l'officier. Ils l'emmenèrent aussitôt, plus loin vers l'est, c'est-à-dire encore plus loin d'Oradour, au village de Cheissoux. Bien entendu, ils ignoraient à ce moment qu'ils venaient de faire prisonnier le commandant de la 3ème compagnie. Celui-ci, en effet, était parti en éclaireur. Mais lorsque sa colonne arriva et qu'elle trouva la voiture de son chef abandonnée sur la route, on commença à s'inquiéter. Le major Diekmann fut aussitôt prévenu par radio. On chercha partout jusqu'à la nuit dans les bois et, pour se venger, pour faire un exemple, suivant la formule, on se rabattit sur une ferme située non loin de là, où l'on prit deux hommes qui furent fusillés sur-le-champ [...].
Quant au sort de Kämpfe, on sait qu'il s'évada du lieu où les maquisards l'avaient enfermé et qu'il devait finalement être tué quelque part dans la région. (36)
Ce texte est truffé d'erreurs. Tout d'abord, remarquons que Saint-Léonard ne se trouve pas à "plus de 50 km d'Oradour" mais à environ 37 km (à vol d'oiseau). Le témoin (ou le journaliste) a confondu le lieu où Kämpfe cantonnait avec le lieu où il fut kidnappé, c'est-à-dire non loin de Guéret, à environ 60 km d'Oradour. Le village de Cheissoux, quant à lui, se trouve à environ 50 km du village martyr. (37) Par conséquent, on ne peut pas écrire qu'après son enlèvement l'officier supérieur allemand fut emmené "encore plus loin d'Oradour". Cet exemple illustre parfaitement la volonté d'empêcher qu'un quelconque lien ne soit établi entre le drame d'Oradour et l'enlèvement de Kämpfe.
Notons également que, d'après le texte cité plus haut, "le major Diekmann fut aussitôt prévenu par radio". Nouvelle impossibilité. En effet, nous savons que les Allemands ne pouvaient utiliser leurs radios dans cette région de France qui est extrêmement vallonnée. O. Weidinger écrit:
En raison du terrain compartimenté, [vallonné] et boisé et de leur grand éloignement, aucune liaison radio ne relie les bataillons, si bien que ceux-ci sont dans l'obligation de remplir leur mission en totale autonomie. Comme les liaisons par motocyclistes et autres véhicules isolés ne peuvent être utilisées par crainte d'embuscades des maquisards, ces liaisons ne peuvent être maintenues qu'au moyen d'officiers armés, sur automitrailleuse, ou par escorte de plusieurs véhicules. Le régiment n'est donc que difficilement renseigné. (38)
Par conséquent, Diekmann n'a jamais pu être aussitôt renseigné par radio.
Quant aux deux hommes qui ont été fusillés par les SS, il s'agissait, selon P. Zind, de "deux paysans, Just et Malaguise, liés au maquis du communiste Guingouin". (39)
Toujours à propos du témoignage de M. Hugomaud devant les juges de Bordeaux, le correspondant de Ouest-France écrivit:
Dans sa déposition, le témoin indique que le colonel Weidinger, qui prit le commandement du régiment Der Führer après que le colonel Stadler fut promu général, prétendait que le major Kämpfe avait été enlevé du côté d'Oradour et que des sévices avaient été exercés sur lui sur la place de ce bourg.
Le témoin relate comment il apprit de la bouche d'un maquisard, M. Canou, les conditions d'arrestation du major Kämpfe. Celui-ci était en voiture lorsqu'il fut arrêté. M. Canou et ses hommes avaient dû abandonner la voiture allemande qui fut retrouvée par des soldats SS peu après. L'enquête des Allemands commença aussitôt. Quant au commandant Kämpfe, il fut emmené à Cheissoux, puis, le lendemain, à l'état-major du groupe FFI. Il devait être exécuté par la suite. (40)
Une nouvelle fois, on prend une grande liberté avec la vérité: jamais O. Weidinger n'a prétendu que "le major Kämpfe avait été enlevé du côté d'Oradour". En 1949, l'ancien officier SS prit soin de citer les propos du médecin SS selon lequel Kämpfe avait été capturé au cours d'une mission qui consistait à "prendre position à l'est de Limoges". Or, Oradour se trouve à l'ouest de cette ville. Plus tard, dans sa brochure, O. Weidinger spécifia que la disparition de l'officier allemand eut lieu non loin de Guéret, à environ 60 km d'Oradour (voy. Tulle et Oradour..., pp. 22-23).
En 1988, J. Sénamaud prétendit, lui aussi, réfuter la version allemande tirée du cas de Kämpfe. Dans un article déjà cité, on lit:
Autre mobile supposé du crime:
La capture, le 9 juin, du commandant Kämpfe, l'un des chefs les plus sanguinaires de la Division Das Reich... par un petit groupe de FTP.
Or, cela s'est passé près de Moissanes, à 55 km d'Oradour, à l'opposé par rapport à Limoges, à 9 heures du soir, alors que le massacre était déjà programmé depuis le matin, au moins, et que, le 10, les SS ignoraient encore ce qu'était devenu Kämpfe, à qui les maquisards n'ont jamais fait traverser Oradour [...]. (41)
La vérité historique ne semble pas le souci majeur de J. Sénamaud :
-- "l'un des chefs les plus sanguinaires de la Division": nous n'avons retrouvé aucun document qui permette d'affirmer que Kämpfe aurait été un "sanguinaire" et nous mettons au défi l'auteur d'en produire un seul; (42)
-- "alors que le massacre était déjà programmé depuis le [9 juin au] matin, au moins": nous savons que l'expédition d'Oradour fut décidée le 10 juin vers midi;
-- "le 10, les SS ignoraient encore ce qu'était devenu Kämpfe": vrai, mais l'auteur oublie de préciser qu'à cette date les SS possédaient de multiples indices.
Il y a quelques mois, enfin, Pascal Maysounave, auteur du livre intitulé: Oradour, plus près de la vérité, a, lui aussi, voulu prouver que l'enlèvement de Kämpfe n'avait pas été la cause du drame d'Oradour. L'auteur s'est notamment appuyé sur les erreurs commises par O. Weidinger lorsqu'il fit sa déposition en 1949, puis lorsqu'il rédigea sa brochure aujourd'hui interdite. Dans celle-ci, en effet, l'ancien SS s'appuie sur les premières conclusions de H. Taege pour prétendre que la sépulture de Kämpfe fut retrouvée au cimetière militaire de Berneuil, après que celui-ci eut d'abord été enterré à Breuilaufa, "au bord de la montagne de Blond", non loin d'Oradour-sur-Glane. (43) Dans son ouvrage, P. Maysounave démontre que les cinq soldats allemands enterrés à Breuilaufa avaient été tués le 8 juin 1944 et que, par conséquent, aucun d'eux n'avait pu être Kämpfe (voy. Plus près de la vérité..., pp. 169-170). L'auteur relève également l'erreur qui fit dire à O. Weidinger que le P.C. du maquis Guingouin se trouvait à Blond, dans le Bois-du-Roi, également à proximité d'Oradour-sur-Glane.
Jusqu'ici, on ne peut qu'approuver P. Maysounave. Mais celui-ci affirme ensuite que ces erreurs ont permis à l'ancien SS de substituer des noms de lieux et, ainsi, de "transporter" l'affaire Kämpfe à l'ouest de Limoges, près d'Oradour, alors que celle-ci aurait eu lieu loin de ce village, à l'est de Limoges44. L'auteur écrit notamment :
Pourquoi [Kämpfe], alors que des colonnes de la Das Reich sillonnent les alentours de Limoges en tout sens, aurait-il été transféré [de son lieu de capture, loin d'Oradour] à Oradour-sur-Glane puis au Bois-du-Roi, comme le soutient Weidinger [Ibid., p. 168]?
Or, jamais, dans sa brochure, l'ancien SS n'a soutenu une telle thèse. O. Weidinger rappelle simplement que, suite aux déclarations de Diekmann (selon lesquelles deux civils français l'auraient averti qu'un "officier supérieur allemand" était détenu à Oradour-sur-Glane), l'état-major avait conclu qu'il s'agissait de Kämpfe car "aucun compte rendu de capture d'un autre officier" n'était parvenu au régiment (voy. Tulle et Oradour..., p. 26). L'auteur prend d'ailleurs soin d'utiliser le conditionnel ("deux civils français seraient venus le trouver [Diekmann], et l'auraient averti") ; il rappelle également qu'à son retour d'Oradour Diekmann déclara ne pas avoir retrouvé Kämpfe (p. 30 : "L'occupation de la localité ne fait pas découvrir Kämpfe"). Par conséquent, seule la mauvaise foi permet d'affirmer que, selon Weidinger, Kämpfe aurait été transporté à Oradour-sur-Glane.
De même, jamais l'ancien SS n'a prétendu que, le 9 ou le 10 juin, les maquisards avaient transporté leur prisonnier au Bois-du-Roi. Dans sa brochure, on lit :
Il est en effet certain que le lieu de l'exécution [de Kämpfe], Cheissoux [...], porte encore les traces de ce meurtre; le chef des maquisards de Cheissoux était l'assassin public Guingouin, avec le titre de colonel, et il se trouvait, le 10 juin 1944, le jour de la mort de Kämpfe, dans le Bois-du-Roi, à Blond, là où le squelette de Kämpfe fut officiellement exhumé et reconnu en 1963 [ Ibid., p. 34].
Ce texte ne laisse aucun doute: O. Weidinger prétend que, le 10 juin 1944, Guingouin se trouvait dans les monts de Blond, tout près de Breuilaufa, là où Kämpfe aurait été enterré avant d'être identifié en 1963. (45) Nulle part il n'est dit que l'officier SS a été transporté là le 9 ou le 10 juin 1944. Dans son opuscule, d'ailleurs, O. Weidinger précise que, très probablement, Kämpfe a été transféré au cimetière de Breuilaufa en 1945 et que son premier lieu de sépulture était ailleurs. (46) De plus, on remarque que, dans le texte cité ci-dessus, l'ancien SS précise que l'officier kidnappé fut exécuté à Cheissoux. Or, cette ville se trouve bien au sud-est de Limoges, preuve que jamais O. Weidinger n'a voulu "transporter de sud-est en nord-ouest l'affaire Kämpfe".
P. Maysounave aurait dû davantage étudier la documentation publiée par les révisionnistes; il aurait alors compris que, depuis dix ans, ils savent que la sépulture de Kämpfe n'a jamais été retrouvée. Dans son deuxième ouvrage paru en 1985 et intitulé : Wo Ist Abel ? (Où est Abel ?), H. Taege cite deux documents qui émanent d'une instance officielle allemande s'occupant des soldats tombés durant la guerre. Dans le premier, les auteurs affirment que la thèse selon laquelle l'officier aurait été enterré au cimetière de Breuilaufa leur paraît "invraisemblable". (47) Dans le second, les auteurs laissaient entendre que, par égard pour la famille, une sépulture avait été désignée comme étant celle de Kämpfe (Id.).
Mais il est vrai que la documentation de P. Maysounave paraît, en quelques occurrences, lacunaire. Ainsi, dans son ouvrage, l'auteur ne cite, pour l'affaire Kämpfe, que trois documents: un rapport de M. Freund-Valade datant du 15 juin 1944, le procès-verbal d'interrogatoire et la brochure d'O. Weidinger. L'auteur affirme qu'en 1949 le récit d'O. Weidinger fut "une surprise complète" pour les autorités françaises. (48) Or, nous savons que, deux ans auparavant, en 1947, l'ancien SS H. Werner avait relaté l'enlèvement de Kämpfe devant la police judiciaire française. (49) Par conséquent, on ne saurait parler de "surprise".
Notons, d'ailleurs, que les propos de H. Werner mettent à mal la thèse de P. Maysounave. Celui-ci, en effet, laisse croire que O. Weidinger aurait échafaudé, alors qu'il était détenu en France, une thèse mensongère destinée à justifier le drame d'Oradour. Pourtant, H. Werner, lorsqu'il fut interrogé deux ans avant, se trouvait loin de son ancien camarade de combat, qu'il n'avait certainement pas revu depuis la capitulation allemande. Il était alors en liberté et résidait en Allemagne, à Naumburg/Saale (voy. le procès-verbal de son interrogatoire). Pour croire la thèse de P. Maysounave, il faudrait donc admettre:
-- soit qu'après la guerre Weidinger, alors en prison, avait pu correspondre avec Werner et, ainsi, échafauder avec lui une thèse mensongère;
-- soit que durant les durs combats de juin 1944-mai 1945 les deux hommes s'étaient concertés et, prévoyant que des comptes leur seraient demandés plus tard pour Oradour, avaient construit, ensemble, un récit fondé sur l'enlèvement de Kämpfe.
De façon évidente, ces deux allégations sont irrecevables. Aussi n'hésitons-nous pas à rejeter la thèse soutenue par P. Maysounave. En vérité, le seul fait que les deux anciens SS aient, à des kilomètres et à deux années de distance, raconté à peu de chose près la même histoire confirme la véracité de la thèse allemande.
On peut alors se demander si P. Maysounave n'a pas intentionnellement caché à ses lecteurs l'existence du procès-verbal d'interrogatoire de H. Werner. En effet, l'auteur n'hésite pas à déformer les faits lorsqu'il souhaite défendre sa thèse. Il écrit, par exemple, que, dans sa brochure, O. Weidinger "tend à placer la capture de Gerlach dans Oradour, ainsi que l'auteur, alors prisonnier des Français, l'avait affirmé à Bordeaux en 1949." (50)
Or, s'il est incontestable qu'en 1949 O. Weidinger a bien commis une erreur en prétendant que Gerlach avait été capturé dans Oradour, dans sa brochure l'ancien SS a pris soin de citer textuellement le rapport rédigé par Gerlach en 1951, rapport où l'auteur raconte sa capture "en pleine route", non loin de Nieul.
P. Maysounave termine sur ces mots:
Le cas Kämpfe montre à quelles extrémités Weidinger et d'autres anciens SS [H. Werner?] ont pu pousser la déformation historique [ Ibid., p. 171].
En réalité, il semble bien que le travestissement de la vérité soit plutôt à rechercher de son côté.
Parvenus à ce stade de notre exposé, nous pouvons affirmer que tout, dans l'affaire Kämpfe (mutisme, d'abord, puis approximations, erreurs et mensonges chez les Français, concordance chez les Allemands), paraît confirmer la thèse allemande sur l'origine du drame d'Oradour.
Aujourd'hui, d'ailleurs, bien d'autres éléments viennent la renforcer.
Les SS demandent des otages
Tout d'abord, rappelons que, selon O. Weidinger, Diekmann devait, s'il ne retrouvait pas l'officier enlevé, "faire de nombreux prisonniers, si possible des chefs de maquis, et en avoir assez pour permettre une nouvelle possibilité d'échange". Or, c'est exactement ce que firent les Allemands à Oradour: une fois toute la population réunie sur le Champ de Foire, ils exigèrent que le maire désigne des otages. (51)
Aujourd'hui, les autorités prétendent que la décision du massacre de toute la population (52) était prise avant de pénétrer dans le village. Mais alors, pourquoi ne pas avoir immédiatement séparé la population en groupes afin de la conduire sur les lieux d'exécution? Pourquoi avoir perdu son temps en de vaines demandes d'otages? Certains prétendent sommairement que ces manoeuvres "faisai[en]t partie de la mise en scène". (53) Cette supposée intention théâtrale cadre trop mal avec le contexte pour qu'il soit nécessaire de s'y attarder.
Des SS évoquent l'enlèvement de Kämpfe
Ensuite, notons qu'après le drame les anciens SS qui avaient participé à l'action du 10 juin établirent, parfois timidement, parfois franchement, un lien entre l'enlèvement de Kämpfe et l'expédition d'Oradour. Le 16 juillet 1946, ainsi, Albert Daul dit à l'officier de police judiciaire qui l'interrogeait:
J'ai appris au retour de cette expédition [celle d'Oradour], par mon camarade Hoehlinger, qui était dans la même compagnie que moi [...], que des maquisards auraient enlevé un chef de bataillon, mais j'ignore les circonstances de cet enlèvement et si cela est véridique. (54)
Un an plus tard, le 7 août 1947, l'inculpé Fritz Pfeufer déclara au juge d'instruction
En cours de route [vers Oradour], on nous avait dit que le lieutenant-colonel Kämpfe avait été fait prisonnier dans ce village, sans nous donner aucune précision autre.
Le matin [du 10 juin 1944] on nous avait simplement dit que Kämpfe avait été fait prisonnier, sans nous dire ce que nous allions faire [à Oradour]. (55)
En 1953, toutefois, au procès de Bordeaux, l'inculpé se rétracta publiquement. Face au président qui lui rappelait sa déclaration de 1947, F. Pfeufer nia qu'on leur ait dit que Kämpfe était retenu à Oradour; " Ce doit être une erreur », répondit-il évasivement. (56) En vérité, cette rétractation compte peu lorsqu'on sait combien le procès de Bordeaux fut truqué.
D'autres prévenus, quant à eux, persistèrent dans leurs déclarations. Blaeschke, par exemple, confirma
qu'à son départ de Saint-Junien on ne lui avait rien dit sur le but de l'expédition, mais que le bruit circulait de l'enlèvement du commandant Kämpfe. (57)
Certains furent plus catégoriques encore et parlèrent d'une mission qui consistait à délivrer l'officier prisonnier. Ainsi, dès le 14 décembre 1944, Louis Hoehlinger avait dit à l'officier de police judiciaire qui l'interrogeait:
Ledit samedi [10 juin 1944] après-midi, nous avons été mis en route, toute la compagnie, sans savoir la direction que nous prendrions. Mais il avait été répété qu'il fallait rechercher le chef du 3ème Bataillon enlevé dans des circonstances que j'ignore. C'est en arrivant près d'une commune que j'ai relevé l'inscription de "Oradour-sur-Glane". (58
Quelques mois plus tard, Jean-Pierre Elsaesser confirma ces propos en déclarant
Etant en cantonnement à Saint-Junien en Haute-Vienne, le 10 juin 1944, mon chef de groupe Lauber (Unterscharführer) nous a cherchés et nous a dit que les maquisards avaient enlevé un chef de bataillon (Standartenführer), et que nous devions le libérer. (59)
De même Prestel affirma-t-il qu'à son départ de Saint-Junien on lui avait dit "qu'un commandant avait disparu et qu'il fallait aller le chercher". (60) De son côté, Boos, l'accusé principal en 1953, (61) déclara:
On nous avait dit que le but de cette mission était d'aller chercher le commandant Kämpfe que des maquisards avaient capturé. On nous avait prévenus que nous devions nous attendre à des combats acharnés. (62)
Face à une telle unanimité, les autorités françaises furent contraintes de reconnaître que "presque tous les accusés" avaient opéré un lien entre le "massacre d'Oradour" et "l'enlèvement du major Kämpfe". (63) Toutefois, elles s'empressèrent de contester l'existence d'un tel lien en déclarant que
Diekmann, en s'adressant à la population rassemblée à Oradour sur le Champ de Foire, n'a[vait] fait aucune allusion à l'enlèvement du major Kämpfe et qu'il a[vait] seulement signalé qu'Oradour abritait des réfractaires et détenait des dépôts d'armes [ Ibid., p. 10].
Cette réflexion nous paraît téméraire. Trois témoignages, en effet, paraissent démontrer qu'à Oradour les SS évoquèrent le cas de l'officier disparu. Le premier émane de l'inculpé Busch. Lors de l'instruction, ce dernier prétendit qu'à Oradour l'interprète des SS avait demandé à la population si "un officier était caché" dans le village. (64) Les propos de Busch furent confirmés par un autre inculpé, G. Boos. En 1947, celui-ci affirma:
Quand les habitants [d'Oradour] étaient rassemblés, Kahn me donna l'ordre de les garder, pendant que lui-même et Diekmann passaient dans les rangs des habitants afin de découvrir les personnes qui avaient pu avoir des rapports avec la disparition du Sturmbannführer Kämpfe. (65)
Naturellement, certains rétorqueront que la parole d'anciens SS (dont l'un, de plus, s'est rétracté par la suite) n'a aucune valeur. Admettons. Mais un troisième témoignage subsiste, qui émane d'un homme dont une partie de la famille mourut dans l'église d'Oradour. Dans un rapport rédigé quelques jours après la tragédie, celui-ci évoqua "un rescapé" dont les paroles lui avaient été "rapportées par une personne digne de foi". Ce rescapé aurait déclaré:
Un interprète [...] a alors avisé [les habitants du village] qu'un commandant allemand portant beaucoup de décorations avait été tué à quelques kms de là [...]. (66)
Certes, il est question d'un commandant "tué". Toutefois, les concordances avec le récit de Busch nous persuadent qu'il s'agit d'une erreur, soit commise par le témoin, soit par la personne qui en a rapporté les propos, soit par le rédacteur du rapport lui-même et qu'il s'agissait bien ici de Kämpfe.
Ces trois témoignages appuient la thèse selon laquelle, à Oradour, les SS ont évoqué, devant la population, le cas de l'officier kidnappé. Ce fait sembla d'ailleurs gêner P. Poitevin qui, dans son livre, tronqua le rapport susmentionné afin que le lecteur ignore tout du "commandant allemand portant beaucoup de décorations" (voy. Dans l'Enfer..., p. 206).
Mais il y a plus.
Supposons, avec les autorités françaises, que la destruction d'Oradour ait été programmée dès le 10 juin au matin et qu'aucun lien n'ait existé entre celle-ci et l'enlèvement de Kämpfe; il faudrait croire que les gradés SS n'aient pas osé révéler à leurs hommes le but réel de leur mission; c'est-à-dire le massacre, "pour l'exemple", de la population d'un village français. Aussi leur auraient-ils menti en déclarant qu'il s'agissait uniquement de délivrer un officier enlevé (nous retrouvons ici la thèse du "prétexte" reprise par L. Hoehlinger). Depuis 1945, pourtant, on nous présente les SS comme une horde de sauvages dressés pour tuer. Philippe Masson écrit que ces soldats affichaient "un mépris total pour toutes les valeurs chrétiennes et libérales de la civilisation occidentale". (67) Dans sa brochure sur Oradour, R. Hébras termine en rappelant "les noms d'autres villages qui ont subi la sauvagerie des nazis": Lidice (476 victimes), Marzabotto (1836 victimes), Dismoton (239 victimes) et Maillé (126 victimes). (68) J. Delarue écrit que le "régiment ''Der Führer'' avait une longue pratique de la terreur et du massacre". (69) De leur côté, les auteurs de l'ouvrage intitulé : Oradour-sur-Glane... prétendent que:
Venant au terme d'une longue série de massacres et d'assassinats de moindre envergure, Oradour apparaît comme le couronnement d'une politique et d'une méthode de domination. La division Das Reich était particulièrement attachée à ce genre d'exploit [...]. (70)
Afin d'étayer leurs propos, ils citent le témoignage d'un SS déserteur qui décrit ses anciens camarades fouillant et massacrant les habitants de plusieurs petits villages, déshabillant, frappant puis pendant à un arbre une femme qui n'a pas été capable de leur révéler la provenance d'un camion arrêté sur la route. Ce même déserteur décrit ses supérieurs "viol[a]nt les plus jeunes femmes" dans les villages traversés, "s'empar[a]nt des bijoux" préalablement volés par leurs subordonnés, massacrant un couple de vieillards qui rentrait chez lui... (Ibid., p. 113).
Si l'on accorde un quelconque crédit à ces clichés de basse littérature, comment croire que, le 10 juin, les gradés SS, comme honteux ou saisis par un scrupule insolite, aient hésité à annoncer à leurs hommes le programme du massacre? Comment croire qu'ils se soient donné la peine d'inventer un faux prétexte? A quoi rimerait une telle tardive délicatesse? Il semble bien plutôt que les autorités françaises méprisent leurs mandants, une nouvelle fois.
En vérité, les dépositions des accusés en 1953, les paroles de l'interprète sur la place du village et la demande d'otages adressée au maire confirment les assertions de MM. Werner et Weidinger; les SS s'étaient rendus à Oradour non pour exterminer la population, mais pour délivrer Kämpfe.
Moralité
Depuis 1944, les pouvoirs publics prétendent qu'Oradour-sur-Glane, paisible village du Limousin, fut, pour des raisons obscures, choisi par le commandement allemand en vue de "faire un exemple" et de terroriser les populations. C'est évidemment une pure invention.
Malgré toutes les dénégations françaises, nous pouvons affirmer que, le samedi 10 juin 1944, les SS étaient à la recherche d'un officier de la division Das Reich, H. Kämpfe. Celui-ci avait été enlevé la veille par les maquisards de Jean Canou. Plusieurs renseignements concordants, parmi eux le récit du SS Gerlach, les persuadèrent de se rendre à Oradour-sur-Glane où, pensaient-ils, H. Kämpfe était retenu dans un PC du maquis.
Devant les hommes regroupés, les gradés SS évoquèrent le cas du gradé allemand enlevé. Puis, conformément aux ordres reçus, ils demandèrent des otages. Leur objectif était d'échanger Kämpfe contre des maquisards.
Naturellement, certains répondront qu'aucun maquis n'existait à Oradour-sur-Glane et que, par conséquent, jamais les SS n'ont pu obtenir ces prétendus renseignements. Cette objection ne pouvant être a priori rejetée, nous allons aborder la question de la présence résistante à Oradour.
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NOTES de la troisième section, I
1) Voy. Dans l'Enfer..., p. 98. Au procès de Nuremberg, l'accusation française utilisa largement le drame d'Oradour afin de réclamer le châtiment exemplaire des accusés. La destruction du village fut qualifiée de "couronnement de ces atrocités allemandes" (voy. TMI, VI, p. 424, audience du 31 janvier 1946).
2) Ce témoignage porte la cote 44 dans le dossier d'Oradour. Il a été recueilli le 10 janvier 1945 par la Brigade de Surveillance du territoire de Bordeaux. Le nom du déserteur n'est pas mentionné; il est uniquement question du déserteur "Y" (voy. Oradour-sur-Glane..., p. 16). Au sujet du texte reproduit, voy. Ibid., p. 111.
3) "Des renseignements que j'ai recueillis, il résulte que rien ne paraît justifier les actes criminels qui ont été commis dans la journée du 10 juin 1944. Des actes isolés auraient-ils été commis par la population contre l'armée occupante? Aurait-on tiré sur un officier allemand ? Le fait s'avère inexact, car chacun sait qu'à Oradour la population était disciplinée et la plupart des habitants étaient collaborationnistes" (voy. le dossier de l'instruction du procès de 1953, "Rapport sur les événements d'Oradour-sur-Glane" fait à Saint-Junien le 23 juin 1944, 2 p., pp. 1-2).
4) Voy. notamment l'acte d'accusation rédigé pour le procès de Bordeaux, pp. 1-3.
5) "Nous sommes repartis d'Oradour environ deux heures après notre arrivée" (voy. l'interrogatoire du 10 janvier 1945, p. 3).
6) Voy., par exemple, Le drame..., p. 27.
7) Voy. La Marseillaise du Centre, édition du 11 juin 1945, pp. 1-2, article intitulé : "Oradour, le plus grand crime de la guerre". L'extrait cité se trouve p. 2, col. C.
8) Voy. Le Monde, 25-26 janvier 1953, p. 4, col. C.
9) Dans l'Enfer..., pp. 98-99. Voy. aussi : "Compte rendu des événements qui se sont déroulés le samedi 10 juin 1944 à Oradour-sur-Glane (Hte-Vienne)" (rédigé par la Mission d'Information du Gouvernement gaulliste de Londres) dans lequel on lit : "Sur le motif de cette hallucinante tragédie, des bruits contradictoires circulent" (p. 3). Ce compte rendu est reproduit dans l'ouvrage : Ville Martyre... (voy. p. 100).
10) Voy. Souviens-toi/Remember..., p. 22. Voy. aussi Dans l'Enfer..., p. 103. Notons que P. Poitevin réfute cette hypothèse (voy. Dans l'Enfer..., p. 103).
11) Voy. Souviens-toi/Remember..., p. 22.
12) Voy. Dans l'Enfer..., p. 104.
13) Voy. le rapport du 4 juillet 1944 in La mémoire d'Oradour..., p. 104, col. B.
14) Voy. Le Monde, 25-26 janvier 1953, p. 4, col. D. Voy. aussi Ouest-France, 24 janvier 1953, p. 3, col. B. M. Massiéra précisa que ce meurtre survint non le 9 juin comme l'affirme P. Poitevin mais le 8 juin.
15) Voy. Ouest-France, 24 janvier 1953, p. 1, col. B.
16) Ibid., p. 3, col. B.
17) Ce livre, publié en 1964, a été interdit vers 1968.
18) Voy. Histoire de la Collaboration..., p. 449.
19) Voy. Le drame..., p. 12.
20) Voy. Ville Martyre..., p. 55.
21) Voy. Tulle et Oradour..., p. 27 : "Ne sera puni sévèrement que le chef de troupe mou et indécis, parce qu'il met en péril, ce faisant, et la troupe sous ses ordres, et le respect dû à l'armée allemande. La prise de mesures sévères ne peut, compte tenu de la situation présente, donner aucunement lieu à punition".
22) Voy. Le Journal de Gien, août 1994, p. 13.
23) Voy. Spéciale Dernière, 6 février 1971, p. 8, col. A.
24) "Jusque dans l'après-midi, le plan de progression est respecté" (voy. Otto Weidinger, Tulle et Oradour..., p. 10).
25) Voy. rapport de Jean d'Albis à W. Stucki en date du 15 juin 1944 (cote 24 J 5 aux archives de Haute-Vienne).
26) Voy. le procès-verbal de l'interrogatoire d'A. Pasquet, dans le dossier de l'instruction du procès de Bordeaux, (liasse VI), 2 p., pp. 1-2.
27) Voy. Ouest-France, 24 janvier 1953, p. 3 col. C.
28) Voy. Dans l'Enfer..., pp. 100-101 : "La Kommandantur de Limoges [...] a-t-elle pris la décision de faire, à titre de représailles, un exemple en Haute-Vienne [...] et avait-elle choisi Oradour-sur-Vayres ? C'est une supposition qu'on peut également retenir".
29) Voy. Ville Martyre..., p. 56.
30) Voy. Le Résistant Limousin, n· 74, mai 1988, p. 6, col. A, article intitulé: "Oradour-sur-Glane: Silence aux imposteurs et aux falsificateurs de l'histoire".
31) Dans son témoignage, en effet, on lit: "Le lendemain [...] le préfet régional de Limoges [...] était en conférence [...] lorsque entre dans le bureau le général Gleiniger". Or, son témoignage débute par: "La veille[des événements d'Oradour]", soit le 9 juin. Le "lendemain" était donc le 10 juin.
32) Voy. le rapport de M. Freund-Valade à Monsieur le Chef du Gouvernement en date du 15 juin 1944: "En raison du verrouillage total de la ville de Limoges, j'ai demandé un laisser-passer pour me permettre de circuler librement dans ma région. Cette demande présentée personnellement par moi, dimanche soir, au général Gleiniger [...] m'a été refusée ainsi qu'au préfet délégué" (p. 1).
33) Voy. le "Procès-verbal d'audition de témoins", brigade de La Roche Chalais, signé de l'officier de police judiciaire Gustave Lhommede, en date du 21 juin 1945, 5 p., p. 2.
34) Voy. Oradour-sur-Glane..., p. 110.
35) Voy. Tulle et Oradour..., p. 26: "L'affirmation des maquisards, comme quoi il y a eu confusion entre Oradour-sur-Glane et un autre Oradour, est ainsi réfutée de manière convaincante".
36) Voy. Vision d'épouvante..., pp. 133-134.
37) Voy. Le Résistant Limousin, No déjà cité, p. 7, col. A.
38) Id. Nous reviendrons plus loin sur les déclarations de H. Barth, et notamment sur ce prétendu ordre d'exterminer toute la population d'Oradour.
39) Voy. Le Monde, 31 janvier 1953, p. 5, col. E.
40) Voy. La Terreur Rouge en Russie (1918-1924) de S.P. Melgounov (Payot, Paris, 1927, 282 p.), p. 20.
NOTES de la troisième section, II
1) Voy. Oradour-sur-Glane..., p. 109.
2) Voy. Souviens-toi/Remember..., p. 22.
3) Voy. Nouvelle Voix..., n· 62, p. 4.
4) Voy. Petite histoire ..., p. 58.
5) Voy. Tulle et Oradour..., p. 5.
6) Ibid., pp. 22-23.
7) Voy. le dossier de l'instruction du procès de Bordeaux, liasse VI, l'interrogatoire d'O. Weidinger par le capitaine Lesieur en date du 4 mai 1949, 3 p., p. 1. voy. Annexes Doc. 3.1.1.
8) Voy. le procès-verbal d'interrogatoire de H. Werner par le commissaire Jean Cabanne en date du 20 novembre 1947 (réf. No 9/58), 3 p., p. 1. Voy. Annexes Doc. 3.2.1.
9) Voy. le procès-verbal d'interrogatoire d'O. Weidinger en date du 4 mai 1949, déjà cité, p. 2. O. Weidinger décrit la même scène dans Tulle et Oradour... (pp. 25-26) : "Deux civils français seraient venus le trouver [Diekmann], et l'auraient averti qu'à Oradour-sur-Glane un officier supérieur allemand serait prisonnier des maquisards. Cet officier devrait être, le soir même, dans le cadre de festivités, fusillé puis brûlé. La population entière d'Oradour-sur-Glane travaillerait avec le maquis. Un important état-major du maquis se trouverait dans la localité".
9a) Voy. Paris Match, M 2533, 23 juin 1994, le témoignage inédit de Mathieu Borie, p.59, col. B.
9b) Dans une émission de FR3 Limoges-Conseil Général Haute-Vienne, au cours d'une entrevue avec Roger Godfrin, le jeune Lorrain échappé de l'école d'Oradour-sur-Glane, un journaliste lui pose la question : "Vous vous souvenez des discussions qu'avaient vos parents?" Il répond: "Non, non, ce que peu avant, je peux pas vous dire le jour, mais ils sentaient certainement quelque chose, Ils nous avaient dit que si les Allemands arrivaient dans le village, qu'on se retrouve dans le bois qui était derrière le cimetière, et c'est d'ailleurs ce que je me suis souvenu quand je me suis ''taillé'' de l'école".
Voilà donc un village tranquille, sans problème, sans actes de résistance, où, peu avant le 10 juin 1944, des parents mettent en garde leurs enfants contre une incursion allemande dans le village! "mais ils sentaient certainement quelque chose", laissant entendre que la tournure des événements rendait ce dénouement plausible.
Que pouvait craindre ce "village paisible et innocent"?. Apparemment, le pire.
10) Voy. Dans l'Enfer..., p. 113.
11) Voy. Petite histoire d'Oradour..., p. 45. D'après J. Darthout, un rescapé, les Allemands auraient déclaré : "Il y a ici des dépôts d'armes et de munitions faits par des ''terroristes''. Nous allons opérer des perquisitions" (voy. Oradour-sur-Glane..., p. 32). Selon R. Hébras, les SS auraient clamé : "A Oradour, nous savons qu'il y a un dépôt d'armes; nous allons perquisitionner [...]" (voy. Le drame..., p. 17). Il y a donc accord, sur ce point, entre les témoins.
12) Voy. Ville Martyre..., pp. 55-56.
13) Voy. le procès-verbal d'interrogatoire de L. Hoehlinger en date du 14 décembre 1944, 4 p., p. 4; consultable dans le dossier d'instruction du procès de Bordeaux, liasse I.
14) Voy. Tulle et Oradour..., p. 23. Un récit semblable avait déjà été fait en 1947 par H. Werner (voy. le procès-verbal d'interrogatoire de H. Werner, déjà cité, p. 2: "Au cours de la journée du 9 juin, des miliciens et des hommes du SD signalèrent que dans une localité du nom d'Oradour se trouvait un P.C. du maquis").
15) Voy. Tulle et Oradour..., pp. 14-17. Dès 1949, O. Weidinger avait mentionné l'affaire Gerlach, en commettant toutefois des erreurs (voy. le procès-verbal de son interrogatoire, déjà cité, p. 2 ; O. Weidinger prétendait notamment que Gerlach avait été enlevé dans Oradour-sur-Glane). En 1947, H. Werner avait déjà mentionné l'aventure de Gerlach avec quelques différences toutefois : "Une patrouille de la Sturmgeschutzabteilung de la Division (Chasseurs de chars) sous la conduite de l'Obersturmführer Gerlach, fut emprisonnée par le maquis, aux environs de Nieul. Gerlach et deux hommes furent ligotés, conduits dans une forêt où on tira sur eux avec des pistolets mitrailleurs. Alors que ses deux compagnons furent tués, Gerlach put se sauver à travers la forêt. Il atteignit, après plusieurs heures, le PC du régiment des ouvriers français l'ayant déligoté. Gerlach rendit compte de cet incident au Régiment et désigna Oradour comme endroit de sa capture et de sa détention".
16) Voy. Ville Martyre..., p. 53.
17) "Weidinger signale qu'un officier du groupe antichar s'était rendu le 9 juin à Oradour-sur-Glane, avait eu sa voiture cernée par des civils armés, qu'il avait pu s'échapper, mais qu'il avait remarqué que le maquis déployait une vive activité à Oradour-sur-Glane" (voy. l'acte d'accusation au procès de Bordeaux, p. 10).
18) Voy. Petite histoire ..., p. 56.
19) Cet épisode m'a été révélé par H. Taege dans une lettre en date du 27 juillet 1995. L'auteur terminait ainsi: "Encore lorsque je l'ai moi-même interrogé, Gerlach se sentait toujours lié à cette promesse de silence. J'ai dû tout d'abord lui ôter ses scrupules".
20) Voy. L'affaire Faurisson. "Interview de Robert Faurisson à Storia Illustrata", août 1979, No 261, réalisée par Antonio Pitamitz (En version française par S. Thion, Vérité historique..., La Vieille Taupe, Paris 1981, 352 p., p. 171 et tiré à part, même éditeur, sans date, 24 p., p. 13).
21) "Un lieutenant SS, Gerlach, avait échappé au maquis et prétendait avoir été conduit dans [Oradour-sur-Glane] par ses ravisseurs" (voy. Le Figaro, 6 janvier 1985, p. 4 col. C).
22) Voy. le Bulletin des Amis du Musée de la Résistance du Département de Haute-Vienne, No 1, 1er trimestre 1988, sans pagination, "Déclaration de Marie-Thérèse Palan, ex-Madame Pradaud".
23) Une stèle commémorative a été érigée au village de Belleix, près de Chamboret, où P. Dintras tomba. Le fait que celui-ci ait eu un adjoint noir nous a été révélé par G. D.
24) Voy. Le Populaire du Centre, 30 mai 1983, article de Pierre Blois intitulé: "L'enlèvement manqué d'un SS à l'origine du massacre d'Oradour", col. C-D. Une photocopie de cet article a été publiée par H. Taege dans son livre déjà cité (chapitre 10: "Der Fall Gerlach"), p. 104.
25) Voy. Oradour-sur-Glane..., p. 109.
26) Voy. le rapport déjà cité, p. 3. Voy également Oradour-sur-Glane..., p. 110. Notons que le préfet conclut en écrivant : "Aucun témoignage n'a pu établir la véracité de ces faits; et même s'ils étaient exacts, ils ne pourraient en aucune façon justifier un aussi abominable carnage".
27) Voy.L'Echo du Centre, 27 octobre 1944. Consultable dans les papiers Delage aux Archives départementales de Haute-Vienne (cote 14 F 42). La même citation du journal de von Brodowsky a paru dans La Marseillaise (édition de Limoges) du 28 octobre 1944 (même référence).
28) Voy. Vision d'épouvante..., p. 123.
29) Voy. Saint Paulien, Histoire de la Collaboration..., déjà cité, p. 446.
30) Id. Voy. aussi Le Populaire, 17 novembre 1944, qui confirme que le général a été "tué par une sentinelle lors d'une tentative d'évasion".
31) Voy. le procès-verbal d'interrogatoire d'O. Weidinger, déjà cité, p. 2.
32) Voy. le procès-verbal d'interrogatoire de H. Werner, déjà cité, p. 2. H. Werner affirme que cet ordre fut donné "verbalement" et qu'il assista "en partie à la conversation".
33) Voy. Tulle et Oradour..., p. 26. En 1949, O. Weidinger avait déjà donné une même version des faits.
34) Voy. le dossier d'instruction du procès de Bordeaux, liasse VII, procès-verbal d'interrogatoire de Louis Hoehlinger en date du 14 décembre 1944, 4 p., p. 2 : "il avait été répété [lors du départ pour Oradour] qu'il fallait rechercher le chef du 3ème bataillon enlevé dans des circonstances que j'ignore".
35) Voy. le procès-verbal d'interrogatoire de Jean Canou par le commissaire Hugomaud en date du 25 août 1949 (consultable dans le dossier de l'instruction du procès de Bordeaux), 2 p., pp. 1-2. Voy. Annexes Doc. 3.3.1 et 3.3.2.
36) Voy. Le Monde, 25-26 janvier 1953, p. 4, col. E.
37) En 1953, le président du Tribunal de Bordeaux a déclaré : "Kämpfe a été capturé à Bussières, près de Saint-Léonard, et incarcéré à Cheissoux, à plus de 50 kilomètres d'Oradour" (voy. Le Monde, 17 janvier 1953, p. 5, col. D).
38) Voy. Tulle et Oradour..., p. 21.
39) Voy. Nouvelle Voix, No 63, p. 4, col. A.
40) Voy. Ouest-France, 24 janvier 1953, p. 3, col. C.
41 Voy. Le Résistant Limousin, No 74 déjà cité, p. 6, col. A.
42) Dans son livre, P. Maysounave prétend que H. Kämpfe avait fait exécuter vingt-neuf jeunes qui rejoignaient le maquis de la Creuse et qu'il aurait ordonné d' "achever les blessés, en faisant rouler sur eux des autochenilles" (voy. Plus près de la vérité..., pp. 166-167). Naturellement, aucun document ne vient appuyer cette allégation. D'ailleurs, comment un commandant d'une compagnie de canons d'assaut (Sturmgeschütze: sorte de char à tourelle fixe utilisé en appui d'artillerie de l'infanterie) peut-il être sanguinaire? Un des sommets de la propagande communiste.
43) Voy. Tulle et Oradour..., p. 33: "Herbert Taege [note de l'auteur : "Auteur du livre : Où est Cain ?(...)"] a déclaré à ce sujet: ''La pierre tombale de Kämpfe fut découverte par des camarades de combat, au cimetière militaire de Berneuil, à environ 100 km au nord de Bordeaux [...]''. L'Association allemande pour l'Entretien des Tombes de Guerre confirma [...] l'exhumation de Kämpfe du cimetière communal de Breuil [erreur : Breuilaufa]. Ce village se trouve à 13 km au nord-est d'Oradour-sur-Glane". Voy. également Plus près de la vérité..., p. 165.
44) Voy. Plus près de la vérité..., notamment p. 170, la carte dont la légende porte: "Le travail de Weidinger a consisté à transposer de sud-est en nord-ouest l'affaire Kämpfe".
45) Rappelons que ces deux dernières affirmations sont erronées.
46) Voy. Tulle et Oradour..., p. 33: "[Breuilaufa] ne serait pas cependant la première sépulture, mais un transfert à ce cimetière communal, effectué en même temps que celui de quatre inconnus, en 1945".
47) Voy. Wo Ist Abel ?, p. 125: "Il nous paraît invraisemblable qu'il [Kämpfe] ait été enterré à Breuilaufa..." (erscheint es uns unwahrscheinlich, da er in Breuilaufa bestattet wurde...).
48) Voy. Plus près de la vérité..., p. 147 : "En dépit de la surprise complète que constituait cette relation de Weidinger [...]".
49) Voy. le procès-verbal d'interrogatoire No 9/58 dressé par le Gouvernement militaire de la Zone française d'occupation, Direction de la Sûreté, Direction des Services de la police judiciaire. Consultable dans le dossier d'instruction du procès de Bordeaux.
50) Voy. Plus près de la vérité..., p. 171.
51) Voy. Oradour-sur-Glane..., p. 32. Témoignage de J. Darthout d'après lequel les Allemands auraient demandé "trente otages". Selon d'autres, Diekmann en aurait demandé cinq (voy. Dans l'Enfer..., p. 29). Les auteurs modernes préfèrent rester dans le flou; ils prétendent que les Allemands auraient demandé "des otages" sans précision de quantité (voy. Petite histoire ..., p. 43; Le drame..., p. 17).
52) "Puis avant le massacre en représailles, un ordre ferme avait été donné aux officiers: il ne devait y avoir aucun survivant dans le bourg d'Oradour, donc pas de témoins susceptibles de parler plus tard" (voy. Le Résistant Limousin, No 74, déjà cité, p. 7, col. A). "[...] les dépositions de l'ancien chef de compagnie Kahn à Dortmund, en 1962, et du chef de section Heinz Barth à Berlin-Est, en 1983, permettent d'établir que [...] l'ordre de brûler le village et d'exterminer sa population avait été donné d'avance par le lieutenant-colonel SS Diekmann" (voy. Le Figaro, 6 janvier 1985, p. 4, article déjà cité).
53) Voy. Souviens-toi..., p. 11 : "L'Allemand n'insiste pas sur cette question d'otages : cela faisait partie de la mise en scène, et voilà tout".
54) Voy. le dossier d'instruction du procès de Bordeaux, liasse VII, procès verbal d'interrogatoire d'A. Daul, 5 p., p. 4.
55) Voy. le dossier d'instruction du procès de Bordeaux, liasse VII, procès-verbal d'interrogatoire de Fritz Pfeufer en date du 7 août 1947, 4 p., pp. 2 et 3.
56) Voy. Le Monde, 18-19 janvier 1953. Voici le dialogue qui s'instaura entre le président et l'accusé : Le Président: "On ne vous a pas dit que c'était cet enlèvement qui motivait votre expédition ?" Pfeufer : "Non." Le Président : "Pourtant, au cours de l'instruction, vous avez dit que l'on prétendait que Kämpfe était détenu dans ce village vers lequel on vous conduisait". Pfeufer: "Ce doit être une erreur".
57) Voy. Ouest-France, 22 janvier 1953, p. 3, col. B.
58) Voy. le dossier d'instruction du procès de Bordeaux, liasse VII, procès-verbal d'interrogatoire de Louis Hoehlinger, déjà cité, p. 2. Plus loin, l'inculpé affirma qu'il "ignorait si le fait [était] exact et s'il ne s'agissait pas plutôt d'un prétexte qu'autre chose" (p. 3). Or, nous savons que le témoin a subi des pressions. En effet, interrogé à nouveau en 1946 et invité à répondre à la question : "Que savez-vous des causes du massacre?", celui-ci répondit en totale contradiction avec ce qu'il avait précédemment déclaré: "Rien. Monsieur Arnet [...] m'avait dit qu'il existait deux Oradour, que dans l'autre Oradour, un officier allemand avait été enlevé et que c'était par mesure de représailles qu'Oradour avait été massacré" (voy. le dossier d'instruction du procès de Bordeaux, liasse III, procès-verbal d'interrogatoire de L. Hoehlinger en date du 27 juillet 1946, 4 p., p. 4). Par conséquent, nous ne pouvons que rejeter toutes les tentatives de réfutation du cas Kämpfe exposées par l'inculpé après son premier interrogatoire de 1944.
59) Voy. le dossier d'instruction du procès de Bordeaux, liasse VII, procès-verbal d'interrogatoire de J.-P. Elsaesser en date du 16 juillet 1946, 4 p., p. 97. J.-P. Elsaesser confirma ses déclarations au procès de 1953 (voy. Le Monde, 20 janvier 1953, p. 7, col. D).
60) Voy. Ouest-France, 22 janvier 1953, p. 1 col. B et 3 col. A.
61) Il avait été volontaire dans la SS, contrairement aux autres Alsaciens qui se qualifiaient d' "engagés de force" ou de "Malgré-nous"; et c'était le plus haut gradé des 21 anciens SS présents à Bordeaux.
62) Voy. Le Monde, 22 janvier 1953, p. 5, col. A.
63) "Presque tous les accusés indiquent qu'ils ont appris que le massacre d'Oradour avait été perpétré à cause de l'enlèvement du major Kämpfe" (voy. l'acte d'accusation au procès de Bordeaux, p. 11). En vérité, peu d'accusés ont parlé de "représailles"; c'est là une version inventée par le vainqueur. Les dépositions de MM. Werner, Weidinger, Elsaesser, Boos etc. démontrent que les SS vinrent à Oradour non pour exterminer la population, mais pour tenter de délivrer Kämpfe.
64) Voy. Ouest-France, 21 janvier 1953, p. 1, col. B. Au procès de Bordeaux, cependant, l'accusé déclara que, tout bien réfléchi, ce samedi 10 juin 1944, il "étai[t] derrière" et qu'il "n'entendai[t] pas ce que disait le capitaine Kahn" à l'interprète. Tout comme pour L. Hoehlinger, cette rétractation de dernière minute paraît suspecte. Nous verrons d'ailleurs plus loin que, très probablement, les accusés reçurent une promesse de liberté en échange de leur collaboration avec l'accusation.
65) Voy. la "Déposition volontaire du prisonnier de guerre G. Boos" (Report N· VCIU/LDC/1566, liasse VI dans le dossier d'instruction du procès de Bordeaux), p. 1. Voy. Annexes Doc. 3.4.
66) Voy. le "Compte rendu des événements...", déjà cité., p. V.
67) Voy. Oradour, Tulle..., p. 1841.
68) Voy. Le drame..., p. 36.
69) Voy. Oradour, Tulle..., p. 1827, légende accompagnant un cliché.
70) Voy. Oradour-sur-Glane..., p. 112.
Cet ouvrage traite des circonstances dans lesquelles un massacre s'est produit dans un village non loin de Limoges en juillet 1944, alors occupé par une division de l'armée allemande en retraite. Il a été édité en 1997 par un éditeur d'Anvers. Or Anvers a la tort de se trouver en Belgique, c'est-à-dire à l'étranger, pour ne pas dire en Anti-France. Le ministre (français) de l'Intérieur (français) a donc pu INTERDIRE CE LIVRE. C'est la principale raison pour laquelle nous le publions aujourd'hui sur Internet. Quant au citoyen-ministre, il ne reste qu'à le couvrir de ce qu'il mérite.
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