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UNIVERSITÉ DE LYON III

FACULTÉ DES LETTRES

PAUL RASSINIER (1906-1967), SOCIALISTE, PACIFISTE ET RÉVISIONNISTE

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Mémoire de Maîtrise d'Histoire

Jean PLANTIN

| Table des matières | 1 | 2 | 3 |

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TROISIEME PARTIE


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Chapitre 1 : La Häftlingsführung



Rassinier n'a pas été le premier à soulever le problème de la Häftlingsführung à l'intérieur des camps de concentration de l'Allemagne national-socialiste. Ainsi, le n* du 25 juin 1945 du magazine Newsweek parle d'un détenu norvégien qui en fit partie à Auschwitz et qui bénéficiait de divers privilèges aux dépens des autres détenus (172). En 1946, le britannique Christopher Burney, ancien détenu de Buchenwald, fit paraître The Dungeon Democracy (173) qui dénonçait le self-government communiste des camps. Le journal Paroles Françaises en publia un extrait dans son n*24 du 27 avril 1946 sous le titre: "Quand les communistes régnaient sur Buchenwald" (174). Reprises par divers journaux, ces révélations suscitèrent la colère et l'indignation des communistes (175). Parmi les ouvrages examinés par Rassinier, il faut surtout noter ceux de David Rousset, L'univers concentrationnaire (Paris, 1946) et Les jours de notre mort (1947, roman), et celui d'Eugen Kogon, L'Enfer organisé (176), qui consacre tout un chapitre à "l'incessante lutte souterraine entre la S.S. et les forces antifascistes dans les camps".

 

A - Structures et privilèges

Pour Rassinier, chaque camp connaît en principe trois étapes. Buchenwald en est un exemple: il fut d'abord un Straflager (camp de punition), puis un Arbeitslager (camp de travail) avec des Strafkommandos, enfin un Konzentrationslager (camp de concentration) Au début de tout camp, il n'existe pas de Häftlingsführung. Cependant, dès que le camp acquiert une certaine extension, les S.S., trop peu nombreux, sont obligés de prendre parmi les détenus le personnel complémentaire nécessaire à la surveillance et à l'organisation . Ce procédé n'étonne pas Rassinier qui sait qu'il en est toujours de même dans de nombreux camps et prisons (177). Le camp comprend trois grands services:

-- l'Arbeitstatistik qui tient une comptabilité rigoureuse de toute la population du camp et qui est assurée par des détenus relativement privilégiés.

-- la Politische-Abteilung qui tient la comptabilité politique du camp. C'est, en quelque sorte, son anthropométrie, service occupé également [56] par des privilégiés.

-- la Verwaltung ou administration générale qui tient la comptabilité de tout ce qui rentre au camp: nourriture, matériel, vêtements, etc. Le personnel, occupé à un travail de bureau, est encore privilégié.

Ces services ont à leur tête un Kapo qui en assure le fonctionnement sous la surveillance d'un sous-officier S.S. ou Rapportführer qui, chaque soir, fait son rapport au Rapportführer général du camp. Ce dernier communique avec le camp des détenus par l'intermédiaire de ses sous-ordres et du Lagerältester ou doyen des détenus.

Il existe d'autres services: le Sanitätsdienst ou service de santé, comprenant les médecins, les infirmiers, le service de la désinfection, celui du Revier et celui du Krematorium; la Lagerschutzpolizei, police du camp; la Küche ou cuisine; l'Effektenkammer ou magasin d'habillement rattaché à la Verwaltung, etc. (178).

Les détenus qui font partie de ces services sont soit des droits-communs (triangles verts), soit des politiques (triangles rouges), communistes pour l'immense majorité. A Buchenwald, les détenus politiques évincèrent peu à peu les droits communs aux postes de direction. D'une manière générale, il est rare qu'une personne exerce le métier qui était le sien avant son entrée au camp. "Le camp de concentration est un monde où la place de chacun est déterminée par son entregent et non par ses capacités: les comptables sont employés comme maçons, les charpentiers sont comptables, les charrons médecins et les médecins ajusteurs, électriciens ou terrassiers" (179). Ainsi, Rassinier considère que c'est en fonction de critères politiques que les Kapos communistes choisissaient leurs collaborateurs.

Ce type de pratiques avait des conséquences funestes sur la masse des détenus. La longueur des appels, le matin et le soir, ne dépend pas moins des S.S. que de la capacité des détenus de l'Arbeitstatistik. Le dimanche de Pâques du 2 avril 1944, qui aurait dû être un jour de repos s'est transformé en un véritable supplice. L'appel a duré de 9 heures du matin à 23 h 45 et s'est soldé par plusieurs dizaines de morts dans les rangs des détenus. Pour Rassinier, l'explication est simple: "Les gens employés à l'Arbeitstatistik, illettrés ou quasi, ne sont devenus comptables que par la faveur et sont incapables de dresser au premier coup une situation exacte des effectifs" (180).

On retrouve la même incompétence à l'infirmerie. Ceux qui y sont admis le sont pour des motifs souvent étrangers à leur état physique: entregent, piston, nécessité politique, etc. Médecins et infirmiers improvisés donnent libre cours à leur fantaisie (181).

[57]

 

Document (tableau de la hiérarchie) tiré du Mensonge d'Ulysse Paris 1987 pp. 256-257.

 

[58]

 

B - Vols de nourriture et brutalités.

Les membres de la Häftlingsführung sont des privilégiés car ils peuvent manger à satiété. C'est par le vol de la nourriture qu'ils y parviennent. Ce vol s'effectue parfois à l'arrivée des colis destinés aux détenus. Rassinier en a fait l'expérience personnelle (182). Les détenus chargés de la distribution de la nourriture, des cuisines et d'autres services volent tout en payant tribut aux S.S. pour acheter leur complicité. Du matin au soir, "ils mangent et fument ce qu'ils dérobent au vu et au su de tous insolemment sur nos rations: des litres de soupe des tartines de margarine, des pommes de terre fricassées à l'oignon et au paprika. Ils ne travaillent pas. Ils sont gras. Ils nous répugnent" (183). A l'infirmerie, la nourriture spéciale réservée aux malades (la diète) est, dans sa plus grande part, détournée au profit des membres de la Häftlingsführung (184). La nourriture ainsi volée sert de monnaie d'échange et permet de se procurer des exemptions de travail, des vêtements supplémentaires, des planques (185).

Pour Rassinier, la devise des Kapos pourrait être: "Faites aux autres ce qu'on vous a fait" (186). L'ancien déporté estime que les détenus avaient davantage à redouter des membres de la Häftlingsführung que des S.S.: mieux vaut avoir affaire à Dieu qu'à ses saints. Les Kapos, tels les Chaouchs des anciens bagnes français, conduisent les détenus à l'injure, à la menace et à la trique (187). "Le Kapo qui volait plus que de mesure, frappait aussi plus fort pour plaire aux S.S. et il était rare qu'une simple réprimande d'un S.S. n'entraînait, de surcroît, une volée de coups du Kapo" (188). Dans chaque témoignage qu'il examine, Rassinier s'attache à dissiper dans l'esprit des lecteurs les confusions qui pourraient s'opérer à propos des brutalités commises par les détenus eux-mêmes et qu'on attribue trop facilement aux S.S. (189).

Vols de nourriture et brutalités d'une minorité -- la Häftlingsführung -- aux dépens de la majorité des concentrationnaires sont les deux causes principales, pour Rassinier, qui expliquent la mortalité dans les camps de concentration En 1955, il écrivait que les vols et les exactions des Kapos avaient fait mourir 82% des détenus, "disent les statistiques", sans apporter cependant plus de précisions à ce sujet (190). En 1960, à propos de Buchenwald, il déclare que 25% des internés sont morts (191). En 1964, il explique encore que la forte mortalité dans les camps est [59] due presque exclusivement au self-government, à tous les détenus privilégiés et à leurs amis et protégés (192) ce qui lui vaudra d'ailleurs un procès en diffamation (193). Il avait en effet laissé entendre de manière claire que Marie-Claude Vaillant-Couturier et Hacha Speter-Ravine avaient volé de la nourriture à Auschwitz (ou avaient bénéficié de ces vols) puisqu'elles y avaient vécu respectivement deux ans et vingt-six mois alors que, de l'avis de nombreux témoins à la barre du Tribunal de Francfort (1963-1964), il n'était guère possible de survivre plus de quatre mois (194).

C - Justifications d'après-guerre.

 

Certains, comme David Rousset et Eugen Kogon, ont tenté après la guerre de justifier l'attitude de la Häftlingsführung (communiste) à Buchenwald (et ailleurs aussi par la même occasion). Pour Rousset, le comportement des détenus chargés de la direction des affaires du camp était nécessaire pour conserver, pour l'après-guerre l'élite des révolutionnaires. Kogon, offrant une analyse semblable assure qu'il fallait "maintenir un noyau de prisonniers contre la S.S." (195). Rassinier n'accepte pas ce type d'explications car elles signifient la condamnation à une mort lente de l'immense masse des détenus. La presque totalité de ceux-ci aurait-elle pu être sauvée sans les excès de la Häftlingsführung? Oui. C'est en tout cas ce que pense Rassinier (196).

Au sujet des luttes entre triangles verts (droits communs) et triangles rouges (politiques, surtout communistes), il estime que les premiers ont dévoyé les seconds. "C'est le camp qui a inspiré un sens aux réactions de tous les détenus, verts ou rouges, et non l'inverse" (197). Il n'y a guère de différences entre un Kapo vert et un Kapo rouge. La morale n'entre pas en ligne de compte dans les luttes internes du self-government des camps. Tout "comité" dans les camps, politique ou non, communiste ou pas, avait d'abord le caractère d'une association de voleurs de nourriture (198).

S'il fallait tirer de tout cela une conclusion, Rassinier le ferait en citant cette phrase de Manès Sperber: "Sur le plan politique, nous n'avons pas cédé, mais, sur le plan humain, nous nous sommes trouvés du côté de nos gardiens" (199). Aux justifications sans valeur qui dissimulent mal des comportements dégradants, il préfère un aveu de ce genre dont la sincérité entraînera, pense-t-il, le pardon de la part du public (200).

[61]

Chapitre 2 : "Die Endlösung der Judenfrage"


Avant d'examiner dans le détail les thèses de Rassinier sur la Solution Finale de la question juive, il importe de savoir de quels outils de travail il disposait. Nous avons vu qu'il s'était intéressés dès 1945 aux procès d'après-guerre. Il avait suivi avec beaucoup d'attention les procès des grands criminels de guerre à Nuremberg et nous savons qu'il possédait les 42 (en fait 41) volumes des comptes rendus de ceux-ci. Il s'est intéressé également au procès de Dachau dont il possédait l'Analytique (201). Il achetait un grand nombre d'ouvrages -- témoignages et études sur la déportation (202). Malgré ses problèmes de santé (il vivait en état d'hypertension permanente et la station debout lui était dangereuse), il travaillait assez souvent en bibliothèque, en France et en Allemagne (à Francfort par exemple) (203). Il avait vu également des films tels que La dernière étape, Kapo, les Documents de Nuremberg (204), Nuit et brouillard (205), etc.

Il affirme à plusieurs reprises avoir interrogé de nombreux témoins. Ainsi, après avoir dit qu'aucun déporté vivant n'a pu voir procéder à des exterminations par le gaz, déclare-t-il: "J'ai personnellement, fait cent fois l'expérience et confondu en public les hurluberlus qui prétendaient le contraire" (206). De même, en 1964, il apporte quelques précisions à ce sujet: "Depuis quinze ans, chaque fois que dans un endroit quelconque de l'Europe non occupée par les Soviétiques on m'avait signalé un témoin qui prétendait avoir assisté lui-même à des exterminations par les gaz, je m'étais immédiatement transporté sur les lieux pour recueillir son témoignage. Et chaque fois, l'expérience s'était terminée de la même façon: mon dossier en mains je posais à ce témoin tant de questions précises auxquelles il ne pouvait répondre que par des mensonges évidents jusqu'à ses propres yeux, qu'il finissait par me déclarer qu'il n'avait pas vu lui-même mais qu'un de ses bons amis, mort dans l'aventure et dont il ne pouvait pas mettre la bonne foi en doute, lui avait raconté la chose. J'ai fait, ainsi, des milliers et des milliers de kilomètres à travers, l'Europe" (207).

Il est possible que Rassinier ait rendu visite aux personnes dont il parle mais il n'a pas rendu compte de ces visites dans ses ouvrages. Nous ne sommes donc pas en mesure de préciser de qui il s'agit (208).

[62]

 

A- Ordres et décisions


Aucun document n'a jamais pu être produit qui prouverait que Hitler a donné l'ordre d'exterminer les juifs. Il n'existe d'ailleurs aucun plan attestant de la mise en oeuvre de cette extermination. Telle est la conclusion à laquelle aboutit Paul Rassinier (209). Il en trouve la confirmation dans un article non signé du 15 décembre 1960 de La Terre retrouvée consacré à la préparation du procès Eichmann:

 

Rassinier fera souvent état de ce passage dans ses ouvrages et articles (211). Dans Ulysse, il examine le document dit "Protocole de Wannsee", le seul qui, dit-il, est invoqué par les historiens afin de déterminer la mise en oeuvre de l'extermination des juifs. Il reproduit le passage souvent cité de ce document, d'abord dans la traduction qui en a été donnée en France par le Centre de documentation juive (213), puis dans l'original allemand (214).

Voici le texte français:

Et le texte allemand correspondant:

Pour Rassinier, il est clair que les deux paragraphes ne sont pas rédigés dans le même style. Le premier l'est. dans le style de la décision, le second dans celui de l'appréciation, c'est-à-dire du commentaire. La conclusion qui lui semble s'imposer est qu'ils ne sont pas du même auteur, ou bien qu'ils n'ont pas été rédigés au même moment, ou alors qu'ils ne figurent pas dans le même "document" (les guillemets sont de Rassinier). Pour lui, ce texte ne permet pas d'affirmer que les chambres à gaz sont nées ce jour-là (215). Qui plus est, ce protocole présente toutes les caractéristiques d'un document apocryphe, si l'on s'en rapporte à la photocopie publiée dans le livre de Robert N. W. Kempner, Eichmann und Komplizen (216). "Pas de cachet, pas de date, pas de signature, caractères de machine à écrire normaux sur un papier de format réduit, etc..." (217)

Rassinier mentionne alors l'interrogatoire de Dieter von Wisliceny (adjoint direct d'Adolf Eichmann) le 3 janvier 1946 à Nuremberg, par le lieutenant-colonel Broockhart. L'accusé a soutenu qu'Eichmann lui avait montré une lettre qu'Himmler lui avait envoyée pour l'informer que Hitler avait ordonné la solution définitive du problème juif, laquelle consistait selon les explications d'Eichmann dans l'extermination biologique et totale des juifs dans les territoires de l'Est (218).

Rassinier estime que cet aveu rentre dans la stratégie de défense de l'accusé. Celui-ci sachant qu'Eichmann avait réussi à s'enfuir et pensant "se sauver en reconnaissant le crime et en le reportant sur un autre" avoua ce qu'on voulait mais n'en fut pas moins pendu, bien que "le procédé réussit à quelque uns d'entre eux" (219). [L'aaargh ne retrouve pas cette référence; on sait par ailleurs que Wisliceny n'a pas été pendu.]

L'étude de l'ouvrage de Rudolf Höss (ancien commandant d'Auschwitz) montre que Himmler aurait donné verbalement l'ordre d'exterminer les juifs. Rassinier y voit une contradiction avec un autre passage de Höss selon lequel Himmler voulait avoir "toujours plus de détenus pour l'armement" (220). Le même ouvrage de Höss laisse entendre que l'extermination a commencé localement, sans ordre aucun et sur l'initiative fortuite d'un subalterne (221). Ce dernier élément a peut-être conforté un moment Rassinier dans une hypothèse formulée dès Le Mensonge, à savoir que l'utilisation des chambres à gaz dans le but de tuer des êtres humains aurait pu être [64] éventuellement le fait d'"un ou deux fous parmi les S.S., et d'une ou deux bureaucraties concentrationnaires pour leur complaire ou vice-versa, par une ou deux bureaucraties concentrationnaires, avec la complicité, achetée ou non, d'un ou deux S.S. particulièrement sadiques" (222).

Pour ce qui concerne l'ordre de faire sauter les camps à l'approche des troupes alliées et d'y tuer les détenus, il suffit à Rassinier de confronter deux témoignages: celui du médecin-chef S.S. du Revier de Dora, le Dr Plazza, qui, dès qu'il fut capturé, en confirma l'existence et l'article de Jacques Sabille dans Le Figaro Littéraire du 6 janvier 1951, qui écrivait: "C'est grâce à la pression de Gunther, exercée sur Himmler par l'intermédiaire de Kersten (son médecin personnel), que l'ordre cannibale de faire sauter les camps à l'approche des alliés -- sans ménager les gardiens -- est restée lettre morte (223). Par ailleurs, l'ordre de cesser les exterminations n'a jamais pu être produit lui non plus (224).

 

B - Les camps de l'Ancien Reich (frontières de 1939)


Il n'y avait pas de chambres à gaz à Buchenwald et à Dora. Pour Rassinier, qui y a été détenu, c'est un fait certain (225).

En juin 1946 paraît en appendice à l'ouvrage de Frère Birin (16 mois de bagne), un poème de l'abbé Jean-Paul Renard intitulé "J'ai vu, j'ai vu et j'ai vécu" (226). On peut y lire, à propos de Buchenwald:

 

"J'ai vu déverser aux douches mille et mille personnes sur qui se déversaient, en guise de liquide, des gaz asphyxiants"

 

Comme Rassinier lui fit remarquer, par écrit ou de vive voix que ce n'était pas vrai, l'abbé lui répondit:
"-- D'accord mais ce n'est qu'une tournure littéraire... et puisque ces choses ont quand même existé quelque part, ceci n'a guère d'importance" (227).


Rassinier n'examine pas d'autres témoignages sur l'existence de chambres à gaz à Buchenwald. En revanche, l'on trouve quelques remarques intéressantes sur la croyance à ces chambres à gaz à l'intérieur même du camp. A Dora, Rassinier dit avoir "connu des détenus qui ne se présentaient jamais aux douches parce qu'ils avaient peur de voir les appareils vomir du gaz au lieu d'eau" (228). Même phénomène pour les "sélections" à Dora. Il a vu un camarade partir et pensait qu'il avait été asphyxié avec tout le [65] convoi dont il faisait partie. Mais, en septembre 1946, il s'aperçut qu'il n'en était rien: le convoi auquel il appartenait avait été dirigé sur Bergen-Belsen qui recevait alors plus particulièrement les malades de tous les camps (229).

Rassinier a visité le camp de Dachau où, disait-on des dizaines de milliers de détenus avaient été gazés dans la chambre à gaz (230). Au lendemain de la guerre, beaucoup de journaux auraient publié la photographie d'une pancarte portant l'inscription suivante : "Vorsicht Gas ! Gefahr !" (Attention ! Gaz ! Danger !). Or, selon Rassinier à la porte du camp de Dachau, un gardien explique aux visiteurs que "dans toutes les librairies de Munich, on vend une histoire du camp de Dachau dans laquelle il est dit que cette chambre à gaz n'a jamais fonctionné pour la simple raison qu'elle n'a été achevée qu'après la guerre par les S.S. qui ont pris la suite des concentrationnaires dans ce camp" (231). C'est pourquoi le témoignage du Dr Franz Blaha, dont il a déjà été question, du 11 janvier 1946 à la barre du Tribunal de Nuremberg n'est pas crédible aux yeux de Rassinier (232).

Enfin, ce dernier aurait visité le camp de Mauthausen à propos de la chambre à gaz montrée aux visiteurs, il a ce commentaire:


"Prétendre que des dizaines de milliers de personnes ont été gazées là est une abominable gredinerie Le présentateur m'a expliqué que "tout était en état sauf le tuyau d'arrivée du gaz qui a été débranché": celui-là ne savait pas que dans la thèse officielle, le gaz n'arrivait pas "par tuyau" dans les chambres à gaz mais y était produit par "des tablettes de cyclon B, qu'on y jetait et qui se désagrégeaient au contact de la vapeur d'eau" " (233).

Concernant les camps de concentration situés sur le territoire de l'Ancien Reich, la question lui paraît réglée quand, le 19 août 1960, l'hebdomadaire allemand Die Zeit publie une lettre du Dr Martin Broszat, [Note de l'AAARGH: texte intégral sur le site de l'AAARGH] collaborateur de l'Institut d'Histoire Contemporaine de Munich, intitulée "Keine Vergasung in Dachau" et où l'on pouvait lire notamment: "Ni à Dachau, ni à Bergen-Belsen, ni à Buchenwald des Juifs ou d'autres détenus n'ont été gazés. La chambre à gaz de Dachau n'a jamais été complètement terminée et mise "en service" (...). L'anéantissement massif des Juifs par le gaz commença en 1941/1942 et [suite du texte page 70]

[66] article de Die Zeit, du 12 août 1960, de R. Strobel attaquant les propos d'un ancien général du nom de Unrein.

[67] Lettres à Die Zeit, No 34, du 19 août 1960, p. 16, qui commentent les remarques de Strobel; l'une des deux est signée Broszat, Institut für Zeitgeschichte, München.

[68] "Bulletin de l'étranger" du journal Le Monde, du 10 mai 1967, page 1, intitulé -- comme d'habitude -- "L'extrême-droite allemande et le néo-nazisme". Elle comporte, entre autre âneries classiques: "L'antisémitisme reparaît au grand jour, un un fonctionnaire du parti [NPD] est allé jusqu'à soutenir à un correspondant étranger qu'aucun camp de concentration, aucune chambre à gaz n'avait été construit sur le territoire de l'ancien Reich".

[69] Rectification, in Le Monde, 23 mai 1967, p. 4., faite suite à une lettre de Rassinier (Source: Rassinier à Faurisson, lettre du 31 mai 1967).


CAMPS DE CONCENTRATION
AVEC ET SANS CHAMBRE
A GAZ

Dans le Bulletin de l'étranger du "Monde" du 10 Mai: "L'extrême droite allemande et le néo-nazisme", nous avons rapporté la déclaration d'un fonctionnaire du parti N.P.D., [c'est-à-dire un responsable du parti en question] assurant qu'aucun camp de concentration, aucune chambre à gaz, n'avaient été construits sur le territoire de l'ancien Reich.
En fait, cette surprenante affirmation était exprimée de façon différente: "Aucun camp de concentration comportant une chambre à gaz." Sous cette forme, elle semble exacte. L'Institut d'histoire contemporaine de Munich a établi le 19 août 1960 "qu'il n'y a jamais eu de chambres à gaz en aucun camp de concentration sur le territoire de l'ancien Reich", les chambres à gaz n'ayant été utilisées que dans les territoires occupés.
Certains néo-nazis allemands ont tenté de faire servir ce distinguo à la démonstration de leurs thèses sur l'"exagération"
des accusations portées contre le Troisième Reich.

[70] il prit, place uniquement an de rares points choisis à cet effet et pourvus d'installations techniques adéquates, avant tout en territoire polonais occupé (mais nulle part dans l'Ancien Reich): à Auschwitz-Birkenau, à Sobibor-sur-Bug, à Treblinka, Chelmno et Belzec" (234). Cette lettre dont il eut peut-être connaissance par la lecture de Rivarol (235), est la confirmation, pour Rassinier, d'une partie de ses analyses. Ainsi tous les témoins qui sont venus affirmer devant un tribunal avoir assisté à des gazages dans les camps de concentration situés sur l'Ancien Reich ont menti. En juin 1961, encore, certains anciens détenus sont venus dire devant le Tribunal de Jérusalem qu'ils avaient vu partir leur compagnon pour la chambre à gaz de Bergen-Belsen qui n'a pas existé (236). Rassinier se demande alors quel crédit il faut accorder aux témoins qui assurent avoir assisté à des gazages dans des camps de Pologne, comme Auschwitz en particulier, et qui en ont parlé dans les mêmes termes et avec les mêmes détails que les faux témoins de Dachau ou de Mauthausen (237).

 

C - Belzec, Chelmno, Sobibor, Maïdanek, Treblinka

 

Le seul document que Rassinier étudie à propos de ces cinq camps est le PS-1553 (238). Il l'avait mentionné dès 1959 dans Ulysse (publié début 1961) mais sans indiquer le nom de son auteur présumé, le S.S. Obersturmführer Kurt Gerstein (239).

Carlo Mattogno a fait remarquer, à la suite de Georges Wellers, que Rassinier n'avait pas fondé son analyse critique sur le texte original du "rapport Gerstein". Tout en ayant à sa disposition le texte du rapport du 4 mai 1945 édité par Rothfels, il a préféré avoir recours à des auteurs qui reproduisaient ce même texte mais seulement partiellement (240). C'est pourquoi certaines de ses remarques ont une portée limitée (241). Ceci étant, examinons le fonds de la question et tout d'abord l'histoire de Kurt Gerstein dont Rassinier nous déclare qu'elle est "à dormir debout et à pleurer en dormant" (242).

Kurt Gerstein était ingénieur des Mines (ingénieur-chimiste écrit à tort Rassinier) qui fut interné en 1938 au camp de concentration de We1zheim pour activités hostiles à l'Etat. En 1941, il est dans la S.S. (où il s'est engagé pour saboter de l'intérieur l'oeuvre d'extermination et c'est là un sujet d'étonnement pour Rassinier) (243) et, en 1942, dans la Waffen- S.S., à la "section hygiène" (Abteilung der Entwesung und der Entseuchung) du service sanitaire central (Hauptamt des Sanitätsdienstes).

[71]

A ce titre, il était chargé de recevoir les commandes de Zyklon B utilisé comme désinfectant depuis 1924 par la Reichswehr, puis par la Wehrmacht pendant l'été 1942, il put visiter le camp de Belzec en compagnie d'une autre personne et y assister à un gazage. C'est le récit de cette visite et de ce gazage qu'il aurait rédigé en avril et mai 1945, après s'être rendu aux troupes françaises dans un hôtel de Rottweil (Wurtemberg). Sans confronter ce texte à d'autres témoignages éventuels sur le camp de Belzec, Rassinier s'attache à en montrer quelques invraisemblances et impossibilités. Ainsi, Gerstein parle de 700 a 800 personnes dans une pièce de 25 cm2 [mis pour 25 m2] ce qui lui paraît impossible. De même, un train aurait transporté 6700 déportés dans 45 wagons, ce qu'il trouve grandement exagéré (244). Il s'étonne également du temps qu'ont attendu les victimes dans la chambre à gaz (2 heures et 49 mn, chronomètre en main) et du temps de gazage, accompli à l'aide d'un moteur diesel (32 mn). En juin 1963, Rassinier reçut la visite d'un allemand (il pourrait s'agir du Dr Wilhelm Pfannenstiel dont parle Gerstein dans ses confessions et qui avait déjà témoigné au cours de divers procès) (245). Ce dernier lui déclara que les gazages duraient un quart d'heure. Il s'agissait la, pour Rassinier, d'une impossibilité radicale. Il soutient en effet avoir étudié le document Gerstein en compagnie de spécialistes du moteur à explosion et de la combustion des fluides et d'expert en toxicologie (246). Selon eux, un moteur Diesel ne pouvait obtenir, en un quart d'heure, la concentration toxique indispensable, dans le volume de la chambre à gaz. Aucun n'a voulu admettre une durée de moins de 1 heure 1/2 à 2 heures.

Les chiffres des victimes fournis par Gerstein dans le texte allemand ne paraissent pas crédibles à Rassinier. Voici quelles étaient, selon le S.S., les possibilités d'extermination dans trois camps:

-- Belzec: 15.000 personnes par jour

-- Treblinka: 25.000 personnes par jour

--Sobibor: 20.000 personnes par jour.

Pour Rassinier, étant donné que le camp de Belzec a fonctionné pendant 270 jours, cela fait un total de 4.050.000 personnes exterminées dans ce camp. Même raisonnement pour Treblinka et Sobibor qui auraient exterminé respectivement pendant 540 jours (de mars 1942 à l'automne 1943), 13.500.000 et 10.800.000 personnes. Au total, pour les trois camps précités: 28.350. 000 personnes d'origine juive (247).

[72]

 

D - Auschwitz

a - Miklos Nyiszli


En mars et avril 1951 la revue Les Temps Modernes publiait un récit d'un hongrois du nom de Miklos Nyiszli intitulé "S.S.- Obersturmführer Docteur Mengele. Journal d'un médecin déporté au crématorium d'Auschwitz" (248).

Aussitôt, Rassinier conteste les chiffres avancés par l'auteur qui prétend que 25.000 personnes étaient tuées par jour à Auschwitz. Sur la base de cinq années, le total serait de 45 millions de personnes exterminées, ce qui fait qu'en 1954, selon Rassinier et d'après les capacités réelles des crématoires de l'époque, "les fours d'Auschwitz brûlent encore et qu'on n'est pas près de les éteindre!" (249). Ayant écrit au Dr Nyiszli pour lui signaler cette impossibilité, la réponse aurait été: 2.500.000 victimes (250). Selon Rassinier, les chambres à gaz commandées à la Maison Topf à Erfurt le 8 août 1942 sous la dénomination "Leichenkeller" et "Badeanstalt" n'ont été mises en place à Auschwitz qu'en février-mars 1943 (251). De plus, le rapport du Dr Kasztner établit qu'elles n'ont pas fonctionné de "l'automne 1943 à mai 1944", ce qui contredit l'affirmation de Nyiszli selon laquelle l'extermination durait, en mai 1944, depuis quatre ans (252). En 1961, le magazine allemand Quick publia en feuilleton le récit de Miklos Nyiszli. En comparant ce texte avec la version française publiée la même année chez Julliard (253), Rassinier affirme avoir décelé 31 contradictions internes et externes. Ainsi, les crématoires incinèrent 10.000 personnes dans le texte allemand et 20.000 dans le texte français, on tond les morts à une page mais plus loin l'on dit que la récupération des cheveux se fait avant l'envoi à la chambre à gaz, etc. (254). La conclusion que tire Rassinier est que le récit de Miklos Nyiszli est un document apocryphe. Il l'est d'autant plus que l'auteur du témoignage lui aurait répondu alors que d'après les recherches effectuées par Rassinier, il serait mort bien avant que son témoignage ne fût publié pour la première fois. "Si c'était vrai, ce témoin mort -- un de plus -- aurait cette particularité qu'il m'aurait écrit lui-même après sa mort" (255).

b - Rudolf Höss

En 1959 paraît en français Le Commandant d'Auschwitz parle (256). L'occasion est donnée à Rassinier d'analyser ce nouveau document et de le comparer à la déposition de Höss à Nuremberg le 15 avril 1946 . Il [73] note que Höss a été interrogé par les Britanniques "à la cravache et à l'alcool" et évoque les menaces qui pesaient sur son sort et qui l'auraient amené à déclarer plus ou moins ce que les accusateurs exigeaient de lui (257). A nouveau, Rassinier met en évidence certaines contradictions internes et externes du témoignage de Höss. Par exemple, à Nuremberg, Höss avait déclaré que Himmler avait assisté, en 1942, à une exécution à Auschwitz alors que le document NO-4463 précise que les chambres à gaz n'ont été installées définitivement que le 20 février 1943 (258). De même, il met en avant une impossibilité technique à propos de la capacité d'incinération des fours crématoires (259). Un autre point technique mérite d'être noté car on le retrouve développé une vingtaine d'années plus tard avec Robert Faurisson. Au sujet du Zyklon B (dont la description ne concorde pas chez Höss et Nyiszli), Höss raconte qu'après un gazage, les portes étaient ouvertes et les corps enlevés immédiatement par les membres du Sonderkommando à qui il arrivait de manger et de fumer, sans qu'aucun accident ne se produise (260). Rassinier s'étonne de cette description car Höss précise lui-même que le Zyklon B est d'un maniement si dangereux qu'il faut aérer pendant deux jours la pièce qui a été désinfectée à l'aide de ce gaz (261).

Au bout du compte, Rassinier estime que le témoignage de Rudolf Höss est rédigé dans un style "qui le fait étrangement ressembler aux confessions publiques des accusés des célèbres procès de Moscou que personne n'a pris au sérieux en Europe occidentale (262).

 

c - Témoins

 

Rassinier n'a jamais, dans ses livres étudié des témoignages de déportés sur Auschwitz (263). On sait qu'il n'accordait guère de valeur aux témoins. Ainsi, il considère que les détenus qui ont parlé de gazages l'ont fait, non d'après ce qu'ils avaient vu, mais d'après ce qu'ils avaient entendu dire (264). Et, pour illustrer son propos, il cite l'ouvrage du Dr Benedikt Kautsky Teufel und Verdammte, publié en 1946, dans lequel l'auteur déclare vouloir donner une description des chambres à gaz qu'il n'a "pas vu (lui-)même mais dont l'existence (lui) a été affirmée par tant de gens dignes de foi" (die ich zwar selbst nicht gesehen habe, die mir aber von so vielen glaubwürdig dargestellt worden sind) (265).

[74]

Un autre point intéressant dans les écrits de Rassinier est la remarque qu'il fait à propos des "sélections" à Auschwitz. La sélection avait pour but, il le reconnaît, de séparer les malades incapables de travailler des bien portants. Mais, selon lui, aucun des accusés du procès de Francfort (1963-1964) n'a vu arriver de convois à la chambre à gaz ni n'a assisté à l'opération d'extermination. En revanche, le recueil de témoignages publié en 1962 (266) sous la direction d'Olga Wormser et Henri Michel, Tragédie de la déportation 1940-1945, mentionne un grand nombre de récits de déportés qui ont vu des convois de malades en provenance d'Auschwitz arriver à Bergen-Belsen, Neuengamme, Buchenwald, Dora, Ravensbrück, etc, dans le courant de l'année 1943 et, en particulier à partir de mai 1944 (267).


E - Divers

Dès Le Mensonge, Rassinier mentionnait l'existence des camions à gaz en reproduisant le rapport d'un sous-lieutenant (Becker) à un lieutenant (Rauff). Dans une annotation, il s'interrogeait déjà sur un aspect technique du gazage relaté dans le document. Il concluait en faisant remarquer "qu'il est plus facile aux chercheurs actuels de documents d'en retrouver sur ce qui se passait à Marioupol que sur ce qui se passait à Dachau; que, négligeant une ordonnance émanant d'un ministre on met en évidence la simple lettre relative à la question d'un sous-lieutenant à son lieutenant; que si on a retrouvé un texte, il ne semble pas qu'on ait retrouvé des voitures, -- du moins que si on en a retrouvé, l'événement n'a fait que très peu de bruit (268).

Revenant sur ce sujet dans Procès, il ajoutait que le document Becker était unique et qu'on avait jamais retrouvé ceux qui avaient utilisé ou conduit les camions à gaz. Il signalait toutefois l'arrestation, le 29 janvier 1961, à Hanovre d'un certain Harry Wentritt, présenté comme l'inventeur de ces camions (269).

Rassinier n'a pour ainsi dire rien écrit concernant les Einsatzgruppen. Nous avons vu plus haut qu'il doutait de la valeur des aveux du Gruppenführer Otto Ohlendorf. Il s'étonne par ailleurs que les chefs des Einsatzgruppen ne recevaient que des ordres verbaux avant chaque mission et signale quelques contradictions dans la déposition d'Ohlendorf à Nuremberg le 3 janvier 1946 (270).

[75]


Chapitre 3 : Statistiques des pertes juives pendant la Seconde Guerre mondiale



Ne croyant pas qu'il y ait eu un programme pour exterminer les juifs européens, Rassinier s'attache à montrer que le chiffre de 6.000.000 n'est pas fondé et a été obtenu par des méthodes erronées.

Le chiffre est d'abord apparu au Tribunal de Nuremberg. Le 3 janvier 1946, Dieter von Wisliceny, dont il a déjà été question, répondait à la question de savoir combien de juifs avaient été exterminés:

"(Eichmann) disait qu'il sauterait en riant dans sa tombe, car l'impression d'avoir cinq millions de personnes sur la conscience serait pour lui la source d'une extraordinaire satisfaction" (271).

Cette déclaration est renforcée par celle du Dr Wilhelm Hoettl, chef de Bataillon dans la S.S. et rapporteur en même temps que chef de bureau adjoint d la section VI de l'Office Central de Sécurité du Reich. En voici le passage essentiel:


"En avril 1944, j'ai eu un entretien avec le S.S. Obersturmbannführer Adolf Eichmann que je connaissais depuis 1938. Cet entretien eut lieu dans mon appartement à Budapest (...). En raison des renseignements qu'il possédait, il était arrivé à la conclusion suivante: dans les différents camps d'extermination, environ 4 millions de Juifs avaient été tués alors que 2 millions avaient trouvé la mort d'une autre manière" (272).


C'est à partir de la déposition de Höttl que les journalistes se mirent à accréditer le chiffre de 6 millions. Rassinier est très critique sur la valeur des deux témoignages qui viennent d'être cités et considère qu'ils sont du type "on m'a dit", "on" étant en l'occurrence Eichmann absent de Nuremberg en 1946 et qui ne pouvait donc ni confirmer ni infirmer (273).

Il tente de réfuter les conclusions de Léon Poliakov qui, dans plusieurs études, a abouti au chiffre de 6 millions. Pour lui, Poliakov, ainsi d'ailleurs que tous les spécialistes de la démographie juive, a commis une erreur de méthode: il a comparé les données respectives de la population juive des différents pays européens avant et après la guerre alors que, selon Rassinier, il aurait fallu faire également le même travail pour les pays non européens (274).

C'est ce que fait Rassinier dans une étude détaillée sur les statistiques de la population juive. Sa conclusion est que les juifs se trouvaient dans les territoires sous domination allemande en moins grand [76] nombre qu'on ne l'a dit. Ainsi, environ 3.000.000 de juifs russes auraient échappé aux nazis et été sauvés par les Soviétiques. Son unique source à ce sujet est un article du journaliste juif David Bergelson dans un journal moscovite cité d'après un autre journal paru en Argentine (276).

De même la plupart des juifs polonais et baltes ont fui devant l'avance allemande (277). Environ 300.000 juifs allemands sont partis d'Allemagne avant 1939 et ont réussi, dans leur majorité, à échapper à la police du IIIème Reich. Ceux qui se sont réfugiés en Hongrie ont pu s'enfuir via Costanza ou Constantinople (278).

Il est intéressant d'étudier la population d'après-guerre de certains pays comme Israël, les Etats-Unis et quelques pays du continent sud-américain. Aux Etats-Unis par exemple, il n'y aurait pas 5,5 millions de juifs mais plus de 8.000.000 voire peut-être 10.000.000. La difficulté de préciser ces données démographiques est accrue du fait que les organisations sionistes internationales s'opposent à tout recensement de la population juive aux Etats-Unis (279).

Au total, le nombre des juifs morts pendant la guerre se situe entre 1 million et 1,5 million au maximum (280).

[77]


Chapitre 4 : Le véritable sens de la Solution Finale de la question juive


La Solution Finale de la question juive n'a jamais signifié, pour Rassinier, l'extermination des juifs européens, y compris pendant la guerre.

L'article 4 du programme du Parti national-socialiste disait que seul un compatriote (Volksgenosse) peut être citoyen. "Un juif ne peut pas être compatriote". Et l'article 5 concluait: "Celui qui n'est pas citoyen ne peut vivre en Allemagne que comme hôte et se trouve soumis à la législation sur les étrangers (281). A terme, ce programme prévoyait l'expulsion ou l'émigration des juifs considérés comme une minorité étrangère.

Dès 1933, le gouvernement du IIIème Reich encourage l'émigration massive des juifs allemands et signe, le 6 août de cette année, un accord appelé Haavara ou Chaim Arlossarof's Transfer Abkommen avec l'Agence juive de Chaim Weizman. Celle-ci fut autorisé à ouvrir à Berlin un Bureau central d'émigration juive (Zentralstelle für jüdische Auswanderung). L'accord Haavara qui prévoyait l'immigration des juifs en Palestine fut cependant limité en avril 1939 par l'Angleterre (détentrice d'un mandat sur la Palestine) qui décida que seuls seraient acceptés les immigrés en mesure d'arriver à destination avec 1000 livres sterling. Pour les autres, 75.000 autorisations d'immigration en Palestine seraient accordées pour les cinq années à venir (282).

Les nazis facilitèrent progressivement un courant d'émigration clandestine si bien qu'à la déclaration de guerre environ 300.000 juifs avaient réussi à quitter l'Allemagne (283).

La. Nuit de Cristal (du 9 au 10 novembre 1938), suite à l'assassinat le 7 novembre à Paris du Conseiller d'Ambassade Von Rath par un jeune juif du nom de Grynspan, fit apparaître la nécessité pour les dirigeants du IIIème Reich d'apporter une solution d'ensemble au problème juif (284). Les expressions employées alors étaient "Gesamtlösung der Judenfrage, (285) et "Endlösung der Judenfrage" (286) qui toutes deux apparaissent dans la lettre de Göring à Heydrich du 31 juillet 1941 où le premier chargeait le second de prendre toutes les mesures nécessaires pour la réalisation de la Solution Finale, "par la voie de l'émigration ou de l'évacuation" (in Form des Auswanderung oder Evakuierung). Entretemps, le plan Madagascar, qui envisageait le transfert des juifs dans cette Ile avait été plus ou moins abandonné en raison du refus de l'Etat français (287).

[78]

L'entrée en guerre des Etats-Unis en décembre 1941 le rendit d'ailleurs inapplicable (288).

D'étrangers, les juifs devinrent des ennemis en septembre 1939. En effet, Hitler prit prétexte d'une série de "déclarations de guerre" de la part d'organisations juives à travers le monde pour interner un certain nombre de juifs allemands en camp de concentration. C'est "une mesure qui est la règle dans tous les pays du monde en état de guerre..." fait remarquer Rassinier (289).

La déportation des juifs vers l'Est avait commencé le 15 octobre 1941. La Conférence de Wannsee du 20 janvier 1942 avait pour but d'organiser la concentration des juifs dans les territoires de l'Est. Cette conférence décida le refoulement (die Zurückdrängung) de l'espace vital allemand de tous les juifs qui seraient acheminés vers l'Est où ils seraient mis au travail et attendraient la fin de la guerre qui déciderait de leur sort. L'Est européen dont il s'agit est la région d'Auschwitz (290).

Cette volonté des nazis de faire émigrer le maximum de juifs est attestée selon Rassinier, par le fait que, même au cours du conflit mondial, de nombreux juifs purent bénéficier de vrais ou faux passeports (en particulier suédois, suisses, salvadoriens) (291). Après avoir gagné la Hongrie, ils étaient embarqués pour la Palestine d'où, étant donné l'hostilité anglaise, "ils étaient pour la plupart dirigés sur les Etats-Unis" (292). Après le 19 mars 1944, et l!occupation de la Hongrie par les Allemands, l'émigration devint plus difficile. Cependant, il y eut des contacts et des marchandages entre les services allemands chargés du problème juif en Hongrie dirigés par Eichmann, Krumey, Becher, etc. et les membres du Comité directeur de la Waada de Budapest, dont le président était le Dr Reszo Kasztner (293). Rassinier estime d'ailleurs que le rapport Kasztner (294) (rédigé en Suisse en 1945-46) établit que "la solution finale du problème juif" n'a "guère de rapport avec l'interprétation qui en a été donnée et jusqu'ici, communément admise" (295).

En conclusion, il n'y a pas eu, pour Rassinier de solution de continuité dans les positions des nazis entre les années d'avant-guerre et les années de guerre mais seulement adaptation aux circonstances en vue d'un objectif unique: l'émigration hors d'Europe du plus grand nombre possible de juifs.

[79]


[Conclusion version 1, établie par l'auteur de son propre chef]


CONCLUSION


Deux aspects de l'oeuvre de Rassinier nous paraissent devoir retenir l'attention: son pacifisme et les conclusions qu'il tire de ses recherches.

Nous pensons avoir suffisamment mis en évidence les motivations pacifistes de Rassinier dans ses différents ouvrages. Elles le distinguent de l'immense majorité des révisionnistes actuels dont les opinions semblent très diversifiées. Une étude sociologique d'envergure reste à faire en ce domaine. Le n*1 de la Revue d'Histoire Révisionniste laisse entrevoir, dans une rubrique sur "Le révisionnisme à travers le monde" (296), la très grande diversité des continuateurs sans cesse plus nombreux de Rassinier: du chilien Miguel Serrano au japonais Akira Kohchi et du brésilien S. E. Castan au marocain Ahmed Rami, il est difficile de déterminer a priori les liens idéologiques ou autres qui unissent tant de personnes dans tant de pays. Il existe cependant quelques révisionnistes de tendance pacifiste aux Etats-Unis. Ainsi, l'historien Harry Elmer Barnes (1889-1968) a consacré, dans une optique anti-interventionniste et c'est là un point important, plusieurs articles aux rapports entretenus par le révisionnisme historique et la paix (297).

Rassinier a aussi beaucoup insisté sur l'utilisation et l'exploitation des horreurs des camps de concentration allemands par les communistes [80] dans leurs campagnes contre le réarmement allemand. Pierre Vidal-Naquet a noté, dans ses Assassins de la mémoire, à propos du Bréviaire de la Haine de Léon Poliakov: "Détail amusant: Léon Poliakov me signale qu'effectivement la traduction de son livre fut utilisée, en 1954, par L'Unità dans la campagne contre le réarmement allemand" (298). Il pourrait être intéressant d'examiner cette question de manière approfondie, si cela n'a pas été déjà fait.


L'analyse que nous avons présentée des travaux historiques de Rassinier ne rend sans doute pas compte de tous leurs aspects . Néanmoins, elle montre clairement les insuffisances, d'ailleurs manifestes, de l'oeuvre de Rassinier. Celui-ci, suivant des méthodes contestables et, à vrai dire assez peu universitaires (299), a laissé de côté d'innombrables témoignages et dépositions de déportés et d'anciens membres des services de sécurité de l'Allemagne national-socialiste (300). Il est significatif, d'autre part, que Rassinier ait si peu parlé des camions à gaz et des redoutables Einsatzgruppen. Faut-il voir là comme un reflet du faible nombre de travaux consacrés à ces questions et, plus particulièrement, de la pauvreté de l'historiographie française sur le national-socialisme? (301). Enfin, parmi les quelques documents et témoignages étudiés par Rassinier, il est frappant de constater qu'il semble avoir choisi à dessein ceux qui possédaient le moins de valeur. Ainsi, il n'y a plus guère d'historiens aujourd'hui qui utilisent le récit de Miklos Nyiszli. Ce récit, que Rassinier considérait comme "une des plus abominables gredineries de tous les temps" (302), a fait l'objet d'une étude approfondie par Carlo Mattogno, sans nul doute le plus sérieux révisionniste italien (303). En comparant les éditions française, américaine, allemande et italienne du livre de Nyiszli et en utilisant les publications du Musée d'Auschwitz, l'auteur italien a dressé la liste, en près de 300 paragraphes, de la quasi-totalité des invraisemblances, contre-vérités et contradictions de ce témoignage (305). Au bout du compte la preuve du faux littéraire paraît clairement établie.

Un autre exemple est offert par le "document Gerstein" ou plutôt les "documents Gerstein". Il est rare, croyons-nous, que l'historien rencontre des récits contenant autant d'absurdités, de contradictions, d'erreurs, d'exagérations et d'invraisemblances. Carlo Mattogno en a recensé 103 (306). Certaines sont d'importance minime, d'autres font naître en revanche de sérieux doutes quant à la crédibilité qu'il est possible d'accorder à de pareils textes. La Justice militaire française n'a, semble-t-il, pas [81] été dupe (307), pas plus d'ailleurs que le Tribunal de Nuremberg qui a relégué le récit de Gerstein au second plan du PS-1553 (308).

Le dernier exemple est fourni par Rudolf Hös . En comparant son témoignage et les textes de ses différentes dépositions aux données recueillies notamment par le Musée d'Auschwitz (309), Mattogno a dressé une liste de 60 contradictions internes et contre-vérités dans les déclarations de Höss. Il tente d'en donner une explication. Rassinier avait rappelé que Höss avait déclaré avoir été interrogé "à la cravache et à l'alcool" (310). Mattogno (311), à la suite de Faurisson (312) met en avant une révélation, qui est en même temps une confirmation apportée par le livre, d'inspiration antinazie, paru en Angleterre en 1983: Legions of Death de Rupert Butler. Ce dernier parle d'un certain Bernard Clarke et de cinq autres membres de la Sécurité Militaire britannique qui participèrent à la capture de Höss et dont les déclarations corroborent les accusations de torture ou, à tout le moins de mauvais traitements subis par l'ancien commandant d'Auschwitz (314). L'historien doit donc faire preuve de prudence dans l'utilisation du témoignage de Höss (315).

L'un des points de l'oeuvre de Rassinier qui peut intéresser les historiens concerne le fameux "complexe du mensonge d'Ulysse", autrement dit le problème du faux témoignage. Le problème est actuel car une importance de plus en plus grande est accordée à ce qu'on appelle la "Mémoire". Il ne faut pas se dissimuler cependant les aspects négatifs de cette attitude.

En 1986, le Jerusalem Post publiait, à l'occasion du procès Demjanjuk un article de Barbara Amouyal dont nous extrayons ci-dessous les trois premiers paragraphes:

 

"Over half of the 20.000 testimonies from Holocaust survivors on record at Yad Vashem are "unreliable" and have never been used as evidence in Nazi war crimes trials, Yad Vashem Archives director Shmuel Krakowski has told The Jerusalem Post.
Krakowski says that many survivors, wanting "to be part of history" may have let their imaginations run away with them. "Many were never in the places where they claim to have witnessed atrocities, while others relied on second-hand information given them by friends or passing strangers" according to Krakowski.
"A large number of testimonies on file were later proved inaccurate when locations and dates could not pass an expert historian's appraisal" (316).


L'historienne Germaine Tillion, ancienne déportée de Ravensbrück [82] avait dès 1954 étudié cet aspect des choses dans un article pénétrant. A propos de ceux qui commettent des mensonges gratuits, elle notait:

"Ces personnes sont, à vrai dire, beaucoup plus nombreuses qu'on ne le suppose généralement, et un domaine comme celui du monde concentrationnaire -- bien fait, hélas, pour stimuler les imaginations sado-masochistes -- leur a offert un champ d'action exceptionnel Nous avons connu de nombreux tarés mentaux, mi-escrocs, mi-fous exploitant une déportation imaginaire; nous en avons connu d'autres déportés authentiques dont l'esprit malade s'est efforcé de dépasser encore les monstruosités qu'ils avaient vues ou dont on leur avait parlé -- et qui y sont parvenus. Il y a eu même des éditeurs pour imprimer certaines de ces élucubrations et des compilations plus ou moins officielles pour les utiliser, mais éditeurs et compilateurs sont absolument inexcusables, car l'enquête la plus élémentaire leur aurait suffi pour éventer l'imposture" (317).


Germaine Tillion ne donnait pas de noms mais les spécialistes de ces questions et les historiens en connaissent. Pierre Vidal-Naquet cite les noms de Silvain Reiner, de Jean-François Steiner, de Charles Hauter et de V. Grossmann (318). Gitta Sereny mentionne le cas de Martin Gray (319). On pourrait également citer Rudolf Vrba (320). L'historien belge Jean Stengers a déclaré que le film Shoah de Claude Lanzmann contenait "des éléments scientifiquement intenables" (321) et a mis en cause plus particulièrement deux témoins: Abraham Bomba et Filip Muller (322). Le film Shoah peut poser problème aux yeux de l'historien. Henry Rousso a fait la remarque suivante qui montre combien les avis sont partagés sur l'oeuvre de Lanzmann:

 

"(...) le film n'a fait l'objet que d'éloges redoublés, presque trop nombreux et trop marqués pour ne pas révéler une certaine mauvaise conscience. Personne n'a critiqué la méthode, la manipulation des témoins, l'omniprésence physique de Lanzmann dans son film, ni surtout le projet implicite: faire de la projection, par sa lenteur, ses redondances, sa longueur (plus de huit heures), une véritable punition et un chemin de croix pour le spectateur, coupable, comme l'auteur, d'être vivant après Auschwitz. Ecrit au présent et non au passé (c'est sa très grande originalité), pouvait-on le critiquer sans être taxé d'antisémitisme?" (323).

 

Concernant les témoignages et -- car il s'agit de séparer le bon grain de l'ivraie -- es faux témoignages, de nombreux travaux restent à faire, pensons-nous. Pourquoi ne pas établir des classifications à la manière [83] de Jean Norton Cru et lancer des études systématiques camp par camp, pays par pays, selon les différentes catégories de détenus, etc., en un mot dresser un bilan critique aussi complet que possible de la déportation et de la littérature -- bonne ou mauvaise -- qu'elle a engendrée? Des résultats d'enquêtes menées par des comités restreints dorment certainement dans certaines Archives mais ils pourraient être exploités par l'historien. Certes, ces travaux entraîneraient sans doute quelques remous dans divers milieux. En effet, comme l'écrit Olga Wormser-Migot à la fin de l'introduction de sa thèse sur Le Système concentrationnaire nazi:


"Si nous voulons respecter la vérité historique il nous faudra sans doute désacraliser bien des tabous, détruire bien des mythes nés du secret et de la terreur concentrationnaires, déformés par l'imagination de ceux qui les ont créés par leur angoisse, et les ont enrichis consciemment ou non, de l'expérience des autres, des témoignages authentiques ou non qu'ils ont lus, au point de s'attribuer des expériences qu'ils n'ont pas vécues" (324).


Mais l'on gardera présent à l'esprit cet avertissement de Michel de Bouard, ancien déporté de Mauthausen, médiéviste renommé et membre de l'Institut:


"Je suis hanté par la pensée que dans 100 ans ou même 50 les historiens s'interrogent sur cet aspect de la Seconde Guerre mondiale qu'est le système concentrationnaire et de ce qu'ils découvriront. Le dossier est pourri. Il y a, d'une part, énormément d'affabulations, d'inexactitudes, obstinément répétées, notamment sur le plan numérique, d'amalgames, de généralisations et, d'autre part, des études critiques très serrées pour démontrer l'inanité de ces exagérations. Je crains que ces historiens ne se disent alors que la déportation, finalement, a dû être un mythe. Voilà le danger. Cette idée me hante" (325).


Les historiens n'ont, plus que jamais, qu'à redoubler d'ardeur au travail et à utiliser "l'enclume de l'historien" de préférence au f"creuset du romancier" (326).



79 (bis)


Conclusion version 2, imposée par un ou des membres du jury


CONCLUSION (bis)


Concernant l'oeuvre de Paul Rassinier, il est une question qui mérite d'être posée et une observation qu'il est nécessaire de faire.

La question est de savoir si les ouvrages de Rassinier peuvent s'inscrire dans la querelle des historiens allemands qui a pour objet, rappelons-le, la singularité ou la spécificité intrinsèque du système concentrationnaire allemand. Rassinier nie qu'il ait existé des camps d'extermination ou, pour être plus précis, des camps dont la finalité exclusive et décidée en haut lieu ait été d'exterminer des êtres humains. Ernst Nolte, dont les opinions à ce sujet sont très différentes s'est efforcé de relativiser, en quelque sorte, le système répressif du IIIème Reich en établissant des comparaisons dans le temps et dans l'espace. Evoquant une perspective nouvelle, due à des événements actuels dans laquelle on pourrait placer le régime hitlérien "pris globalement", il écrit:


"( ... ) la réapparition de l'historiographie anarchiste est fort instructive: elle considère que toute société [80 bis] structurée et fondée sur le principe de la domination a fondamentalement un caractère négatif, en l'occurrence répressif, qu'il s'agisse de la polis antique reposant sur l'esclavage ou d'Etats contemporains appartenant au "socialisme réel". Il devient dès lors difficile d'attribuer au IIIème Reich une place privilégiée dans l'histoire universelle de la répression" (296).


C'est bien, en définitive, dans une optique anarchiste que Rassinier considère les camps allemands. Ses premiers livres contiennent quelques réflexions et passages très significatifs à cet égard (297). Trente ans avant Nolte, il compare les camps allemands aux camps soviétiques en citant notamment Margarete Buber-Neumann qui a connu les deux types de camps et pour qui le camp de Karaganda était pire que celui de Ravensbrück (298).

Le point essentiel qui résume sa position est que "le camp de concentration est un instrument d'Etat dans tous les régimes où l'exercice de la répression garantit celui de l'autorité. Entre les différents camps il n'y a, d'un pays à l'autre, que des différences de nuance qui s'expliquent par les circonstances -- mais non d'essence" (299). L'Allemagne a connu la guerre et le chaos plus ou moins général qui en est résulté a influé sur les conditions d'existence dans les camps de concentration. Selon Rassinier, il appartiendra donc aux historiens d'expliquer comment les camps allemands "sont devenus en fait -- mais en fait seulement -- des camps d'extermination" (300).

Dans le cadre d'une comparaison éventuelle entre Rassinier et Nolte on observera que ce dernier emprunte des arguments aux révisionnistes (301), en plus des siens propres. Il semble exclu, toutefois, que Nolte évolue vers un révisionnisme à la française (302).

L'observation concerne la démarche méthodologique de Rassinier et plus généralement, la façon dont l'historien doit traiter les témoignages. Il faut écarter dès l'abord les faux témoignages, qui existent et que Rassinier a d'ailleurs rencontrés (303). L'historien sait combien les témoignages peuvent être parfois fragiles. De multiples facteurs psychologiques, conscients ou inconscients, contribuent à leur déformation et cela est d'autant plus vrai lorsque le témoin assiste à des faits exceptionnels, comme ce fut le cas dans les camps . La mémoire des humains est limitée ainsi que leur aptitude à percevoir et à restituer les événements qui se déroulent sous leurs yeux . Le cas extrême et rare est l'hallucination collective dont parle Gustave Le Bon dans son ouvrage fondamental, sur La Psychologie des foules (1895).

[81 (bis)]

Si l'on en reste à des exemples plus ordinaires, l'erreur que l'historien ne doit pas commettre est de rejeter en bloc un témoignage sous prétexte qu'il comporte des inexactitudes ou des erreurs (304). C'est, autant qu'on puisse en juger, vu le faible nombre de témoignages étudiés par lui, la faute méthodologique qu'a commise Paul Rassinier. Il faut noter également qu'un témoignage doit impérativement être corroboré soit par des documents soit par des données matérielles objectives Ainsi, les récits de déportés peuvent par exemple être étudiés à l'aide des photocopies [mis pour "photographies"] aériennes d'Auschwitz-Birkenau que l'armée américaine a prises en 1944 au cours de missions de renseignement (305). De même, un document comme le War Refugee Board Report (306) s'analyse au moyen des données matérielles offertes par les plans du camp de Birkenau et de ses Krematorium. C'est de cette façon que travaillent les vrais historiens.

En matière de témoignages, les cas de figure sont très divers. Certains révisionnistes semblent avoir exploité les rumeurs -- inévitables -- qui ont parcouru l'Europe en guerre pour aboutir à de fausses conclusions. Ainsi, pendant de nombreux mois il n'a pas été possible de déterminer avec exactitude les modes d'exécution dans les camps de Belzec et de Treblinka. Dans ce dernier camp, il y a eu confusion entre chambre à gaz et chambre à vapeur (307), confusion qui a été reprise voire déformée (308). Pierre Vidal-Naquet a fait remarquer que les erreurs qu'on rencontre dans les tout premiers récits "ont existé comme une ombre portée de la réalité, comme un prolongement de la réalité" (309). L'exemple de Belzec est analogue à celui de Treblinka bien qu'il soit difficile, dans ce cas précis, de connaître l'origine de l'erreur. Ce n'est qu'au début de 1946 que les historiens ont été en mesure d'établir le procédé d'exécution utilisé dans ce camp. Jusque là, il avait été question de courant électrique (310) voire d'une méthode employant la chaux vive (311).

Pour conclure, et pour revenir a Rassinier, il pourrait être intéressant d'examiner l'erreur qui l'a fait "plaquer la guerre de 14 sur celle de 39" (312). L'on verrait sans doute alors tout ce qui distingue les deux conflits mondiaux et les méthodes critiques utilisées par les historiens à ce sujet


[Fin de Conclusion 2 -- Les notes afférentes à "Conclusions 2" sont en fin de notes]

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