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Tulle et Oradour, Tragédie franco-allemande

par Otto Weidinger

Traduit de l'allemand par P. d'Yllias

1/3

V e r d u n

1916 ----------------------------------------------------------1984

"L'Allemagne et la France ont tiré les enseignements de l'Histoire. L'Europe est notre patrie commune. Nous sommes les héritiers d'une grande tradition européenne. Nous avons terminé, il y a quarante ans, une lutte fratricide et commencé ensemble à construire notre avenir. Nous sommes réconciliés, Nous nous comprenons, Nous sommes devenus frères."

(Extrait de la déclaration commune du Chancelier allemand H. Kohl et du Président français Mitterrand, le 22 Septembre 1984, à l'occasion de la commémoration du souvenir des héros français et allemands, tombés à Verdun et Douaumont.)

[1]

Préface

Nous ne saurions qu'approuver la déclaration commune, à Verdun, de nos deux chefs d'Etat. Alors que le comportement fraternel de la France et de l'Allemagne se fortifie de jour en jour, une plaie saigne encore et ne se cicatrise que difficilement: Tulle et Oradour.

Cette affaire joue depuis 1944 un rôle dominant dans la propagande de guerre des alliés et force nous est de reconnaître qu'à ce jour encore, rien n'a changé, ni pour les media du monde entier, ni hélas, pour la République Fédérale Allemande.

Ce qui était hier et est encore aujourd'hui propagande de guerre, semble vouloir se transformer ouvertement en élément constitutif solide de l'histoire de demain et cependant, la vérité historique s'y oppose.

Dans le cas d'Oradour, des fautes furent commises des deux côtés et la justice comme la vérité exigent que la responsabilité pèse équitablement sur les épaules des antagonistes.

Certes, les maquisards ont combattu pour la libération de leur pays et nous le comprenons bien. On ne doit cependant pas oublier que ce combat, qui fut imposé aux troupes allemandes, a été mené en totale infraction à l'armistice franco-allemand de 1940, à la convention de la Haye sur les guerres terrestres, ainsi qu'à la convention de Genève (voir annexes). Dans ces conditions, des mesures de rétorsion et des représailles étaient à prévoir du côté allemand.

En vertu du droit international et d'après les ordres formels du Haut-Commandement allemand, les maquisards devaient être traités en francs-tireurs. Le fait que le Haut-Commandement allié, sous les ordres du Général Eisenhower, ait déclaré la résistance française partie prenante des "Forces Françaises Intérieures", ne change rien à l'affaire; cette déclaration étant unilatérale et non reconnue par l'Allemagne, restait sans effet sur le plan du droit international.

Même si on s'accommodait de ces graves infractions à deux conventions bipartites, on n'avait pas le droit, après la guerre, de [2] considérer chaque mort de ce combat disparate contre les troupes régulières allemandes, comme un meurtre au sens du code civil.

Dès 1953, des procès de plusieurs semaines eurent lieu devant le Tribunal Permanent des Forces Armées, en présence de l'ensemble de la presse mondiale, pour les affaires de Tulle et d'Oradour. Dans le grand procès d'Oradour, 43 membres de la 3ème compagnie du Régiment "Der Führer" furent condamnés à mort par contumace. La plupart de ceux-ci étaient tombés antérieurement, dans les durs combats du front de Normandie, ainsi que dans ceux qui suivirent jusqu'à la fin de la guerre. Deux sergents furent ultérieurement graciés et, plusieurs années plus tard, relâchés.

Par ailleurs, les combats dans la région de Tulle-Oradour, qui doivent être considérés dans un complexe particulier, ont fait au moins 141 morts du côté allemand. Jusqu'à ce jour, il n'y a pas eu un seul membre des maquis français qui soit passé en justice pour meurtre de soldats allemands.

De 1944 à ce jour, il y a eu toute une série de cas, où des villages entiers ont été rasés et la population entière, y compris femmes et enfants, exterminée, comme en Algérie, en Indochine, au Vietnam, en Afghanistan, au Liban,etc... On ne connaît pas de cas où un tribunal international, comme à Nuremberg, s'en soit préoccupé, à plus forte raison ait prononcé un verdict.

Même si, aussitôt après la guerre, alors que les plaies de la guerre saignaient encore, l'expression "Vae Victis", malheur aux vaincus, pouvait se comprendre, il serait tout de même temps que, du côté français, dans le cadre de la réconciliation historique entre les deux peuples, on tirât enfin aussi un trait sur cette tragédie franco-allemande.

Le procès qui eut lieu en 1983, à Berlin-Est, contre le Capitaine Heinz Barth, et auquel furent invités l'ambassadeur français en R.D.A., des habitants d'Oradour et de Lidice en Tchécoslovaquie à titre de témoins et de spectateurs, ne saurait être décrit que comme un simulacre, à retardement, monté par un régime de l'Est.

L'accusé, à l'encontre de ce qu'il avait fait antérieurement devant des juridictions de l'Ouest, se chargea sans arrêt des plus lourdes fautes, reprenant à son compte, pour ainsi dire mot-à-mot, [3] les accusations du Procureur Général; celles-ci furent alors enregistrées, comme confession, dans le procès-verbal. Il y a cependant d'autres prises de positions.

Nous allons présenter ci-après une documentation allemande sur la tragédie de Tulle et d'Oradour, documentation établie d'après la vérité, en conscience, et qui a été publiée dans le journal de marche de la Division "Das Reich" (Volume V -- Munin-Verlag, Osnabrück 1982).

Les documents sur Oradour et Tulle des archives françaises resteront enfermés jusqu'au-delà de l'an 2000, sans doute non sans raison.

La présente documentation a pour but de contribuer, dans le cadre de la réconciliation franco-allemande, à la victoire de la Vérité et de la Justice.

Otto Weidinger

[4]


Tulle et Oradour, les 9 et 10 Juin 1944

Le débarquement allié a réussi.

Werner Haupt écrit (1):

"Quand le soir du jour J tomba sur une Normandie sanglante avec ses villes et villages en flammes, les débarquements de la 1ère Armée U.S. du Général Bradley, et de la 2ème Armée britannique du Général Dempsey, étaient terminés et avaient réussi.

Les bâtiments de transport des flottes alliées avaient non seulement débarqué des milliers de soldats, mais, entretemps aussi 8900 véhicules de tous genres, y compris des chars lourds, et 1.500 tonnes de matériel.

Les troupes britanniques s'étaient installées et fortifiées sur un espace de 25 kilomètres de largeur et 10 kilomètres de profondeur, entre l'Orne et au Nord-Est de Ryes, alors que les Américains affirmaient occuper un morceau de terrain de 15 kilomètres de long sur 4 kilomètres de large, au Sud-Est de la péninsule du Cotentin.

Les alliés annonçaient des pertes se montant à 11.200 tués blessés et disparus. Les pertes allemandes s'élevaient à 6.500 officiers, sous-officiers et hommes de troupe.

Ce fut une journée sanglante que ce 6 Juin 1944.

Ce "jour le plus long", apporta aux alliés le débarquement en Normandie, et, par là, l'irruption sur le continent européen et le commencement de la fin de l'Empire Allemand..."

Le combat sans espoir des divisions allemandes contre une puissance formidable et une suprématie aérienne totale des alliés, avait commencé.

Revenons maintenant à la Division "Das Reich"

[5] La Division se prépare à marcher.

7 Juin 1944:

Dans la matinée, arrivée du message "AIarme 2", c'est-à-dire mise en place du dispositif de marche. La réquisition prévue des véhicules de transport civils a lieu.

Dans la nuit du 7 au 8, les unités de la Division se déplacent vers l'axe de progression, aux environs du point de départ.

A 23 h. 15 arrive en phonie l'ordre du LVIII (58) ème Panzerkorps:

"La Division Das Reich se rassemblera avec ses différents éléments, avant le soir du 8 Juin, dans la région Tulle-Limoges. Elle se joindra et sera subordonnée au LXVI(66)ème Corps."

Cet ordre est transmis comme ordre préparatoire à la troupe. La Division demande au G.Q.G. Ouest que, comme prévu, les véhicules à chenilles soient chargés dans le cantonnement actuel. Déjà, fin mai, sur suggestion du chef des services de sécurité en France et sur ordre du G.Q.G. Ouest, devait avoir lieu une action d'envergure pour libérer le département de la Dordogne, action à laquelle devaient participer, simultanément, la Division "Das Reich, et la 17ème SS Panzer-Division "Götz von Berlichingen".

Les Divisions et leurs Etats-Majors supérieurs purent récuser cet ordre, en raison de leur motorisation insuffisante, et de la situation des stocks d'essence.

Il est certain que le G.Q.G. Ouest voulut actualiser cette opération au début du débarquement et prescrivit, pour cette raison, le rassemblement de la Division, en vue de son transport vers le front normand, dans cette région de Dordogne. Curieux lieu de rassemblement, situé en plein dans la citadelle des maquisards! En réalité, les préparatifs de déplacement avaient été effectués dans la région de Bordeaux, et les gares choisies, avaient dû même faire construire des rampes d'embarquement.

Situation sur le front.

Déjà, à partir du 7 Juin, 2.000 camions et 12.000 tonnes de matériel débarquent quotidiennement à Arromanches. On construit [6] ensuite un pipeline direct à travers la Manche, débitant 4,5 millions de litres d'essence par jour.

Deux armées allemandes de 29 Divisions d'infanterie et 6 Divisions blindées sont encore, en juin, stationnées en France, et en Belgique, inactives, non-engagées.

Départ de la Division.

A 4.00 h. la Division donne l'ordre écrit suivant: 2 SS Panzer Division "Das Reich" La/Nr 750/44 geh.

Div. Gef. St le 8. 6. 44 4.00 heure. Secret

Ordres de la Division pour les combats contre les partisans dans la région de Tulle-Limoges.

1. Les bandes (de partisans) du Massif Central se sont considérablement renforcées. Une intervention immédiate et impitoyable de forces importantes sera menée.

2. La 2ème SS Panzer-Division se déplace dans la région de Tulle-Limoges. A cet effet, le groupement blindé quitte son ancien stationnement,

Axe A: Villefranche -- Figeac -- Tulle

Axe B: Caussade -- Cahors -- Brive -- Limoges

3. A l'arrivée dans la région de Tulle-Limoges, le groupement blindé sera cantonné suivant les directives de l'Annexe 2.

4. Le reste de la Division reprend ses missions conformément aux ordres de mise en place en cas d'invasion.

Tous les éléments qui restent sur place passent sous les ordres du LC-Colonel SS Wisliceny. Les reliquats des unités déplacées prendront l'appellation de "détachement postcurseur". Il est à prévoir que le reliquat du groupement blindé suivra très prochainement.

5. La sécurité des déplacements et cantonnements sera assurée suivant le mode de temps de guerre. La protection des véhicules isolés sera particulièrement assurée. [7] Les déplacements et les postes d'un effectif inférieur à la section seront interdits.

6. En cas de résistance ennemie, attaquer brutalement. Les actions contre la population civile (en particulier les pillages) sont à empêcher par tous les moyens.

Au cours des opérations, on réquisitionnera en particulier les camions et le carburant qui seront mis à la disposition des troupes, après compte rendu à la Division.

7. La défense active et passive contre aéronefs restera assurée avec vigilance. Distances entre véhicules: 100 mètres. Il est du reste possible que les alliés larguent des parachutistes pour renforcer les bandes (de partisans).

8. Compte rendus. a) Il sera rendu compte téléphoniquement à l'officier-adjoint, de la mise en place du dispositif de marche. Celui-ci rendra compte de l'articulation des forces, de l'armement, du nombre de groupes, de la longueur des colonnes, etc.... Il fera, en fin de mission, retour à son unité comme officier régulateur. b) Compte rendu de l'arrivée dans les cantonnements de destination .

9. Règles de circulation. Circulation réglée par la prévôté à Montauban, par la troupe ailleurs.

10. Liaisons.

a) Radio, et, à l'intérieur du groupement blindé, sur channel habituel.

b) Le bataillon de transmissions assurera par radio, et si possible aussi en graphie, la liaison entre l'Etat-Major du groupement blindé et le détachement postcurseur.

c) Pendant le rassemblement pour le départ, silence radio jusqu'à nouvel ordre.

11. Postes de commandement.

a) Régiment Blindé: Tulle

b) Régiment de Grenadiers Blindés "Der Führer": Limoges

c) Régiment d'Artillerie: Uzerche.

[8] d) Détachement de Reconnaissance Blindé: Ussel.

12. Postes de commandement de la Division;

a) Pendant le déplacement: Axe B

b) Tulle

c) L'Etat-Major divisionnaire du détachement postcurseur reste à Montauban.

Pour le Général Cdt la Division

Le 1er Officier d'Etat-Major

signé: S t u c k l e r

Annexe I à l'ordre de la Division concernant le combat contre les partisans dans la région de Tulle-Limoges.

Articulation des troupes

a) Sur l'axe A.

-- Régiment Blindé

-- Groupe du Génie Schmeizer (sera mis en place à St Céré; (Le Régiment Blindé assurera la mise en place des liaisons).

b) Sur l'axe B.

1) Détachement de marche du Régiment de grenadiers Blindés "Der Führer" avec une partie du 2ème bureau}

2) Détachement de marche du Régiment d'Artillerie, avec l'Etat-Major de la Division et le reste du bataillon du Génie,

3) Détachement de marche "Deutschland" 1er bataillon, sections de canons d'assaut, section de D.C.A.~

4) Détachement de marche de l'Intendance: 2 sections de ravitaillement divisionnaire, section du service de santé.

Devant, sur l'axe B: le détachement (éléments de tête) de

reconnaissance de la Division.

c) Les chefs de détachements régleront la succession et l'enchaînement des unités.

d) Eclairage: appareillage de nuit. [9]

e) L'Officier d'ordonnance distribuera des cartes d'E.M. en nombre suffisant.

f) L'ordre de départ sera donné par radio, après la mise en place définitive.

Annexe 2 à l'ordre de la Division concernant les combats contre les partisans dans la région de Tulle-Limoges.

Tableau récapitulatif de la répartition des unités dans le nouveau cantonnement.

1. Etat-Major divisionnaire et 2ème Bureau: Région de Tulle.

2. Régiment Blindé: St-Fortunade -- Egletons -- Seilhac

3. Régiment "Der Führer": Limoges -- St-Léonard -- Ambezac-- Nieul.

4. Régiment d'Artillerie: Uzerche -- Meilhards -- Masseret.

5. I/Deutschland: Pierre Buffière.

6. Reconnaissance Blindée: Ussel -- Eygurande -- Meymac.

7. Section de canons d'assaut: avec le Régiment "Der Führer.

8. Section de D.C.A.: Protection du Régiment Blindé contre les attaques aériennes.

9. Bataillon du Génie: Eymoutiers -- Dachelle.

10. Services du ravitaillement: Brive -- Donzenac.

Le peloton sanitaire assurera l'accueil à l'hôpital local de Tulle.

La demande de la Division visant à obtenir l'embarquement des véhicules à chenilles a été refusée. Cette mesure, compte tenu de la longue marche d'approche vers la Normandie, en particulier pour les chars et les semi-chenillés, est incompréhensible.

Le détachement postcurseur.

Les unités qui se sont pas prêtes à être engagées restent aux ordres du Lieut. Col. Wisliceny (du Régiment Deutschland) pour le moment dans la Région actuellement occupée, plus tard aux ordres du LVI11(58)ème Corps Blindé. Ces unités comprennent: [10]

-- Etat-Major et compagnies d'E.M. de la "D", II/D, III/D, 14/D, 16/D, II/D. F.

-- Reconnaissance Blindée de la "Das Reich".

-- 1 Compagnie du Bataillon Blindé du Génie de la "Das Reich".

-- Le Bataillon de dépôt.

-- 1 Section de Transmissions.

-- Services de ravitaillement pour le détachement postcurseur.

La marche en avant.

A 8 H. arrive l'ordre radio de départ aux détachements de marche. Le régiment de Grenadiers Blindés "Der Führer" part en premier, avec les éléments de la section de transmissions, sur la R.N. 20 par Cahors, Souillac, Brive, Uzerche et Limoges.

Le 2ème peloton de Rec. BI. qui devait progresser en reconnaissance n'ayant pu se mettre en place en temps voulu, c'est le Régiment qui marche donc à la pointe de la Division. Les autres détachements suivent dans l'ordre de route prévu.

Le Régiment "D.F." progresse articulé comme suit: -- 15ème Compagnie d'éclaireurs motocyclistes. -- E.M. du Régiment et section de transmissions. -- 16ème Compagnie de pionniers. -- 13ème Compagnie de canons d'infanterie. -- IIIème Bataillon Blindé "D.F." - Ier Bataillon "D.F."

A midi, l'aile gauche de la Division, a atteint la coupure de la Dordogne. On fait une pause assez longue. L'aile droite est encore en arrière. Jusque dans l'après-midi, le plan de progression est respecté. Les commandants de place des localités traversées par le Régiment ont pris des mesures de sécurité, sous forme de barrages de rues et de barrières. Une étrange tension règne. Les éléments des Kommandantur locales qui, depuis le débarquement, sont isolés, saluent joyeusement la Division Blindée et respirent d'aise.

Aucune résistance encore de la part des maquisards. La progression continue dans les premières heures d'un bel après-midi d'été.

[11]

La Division "Das Reich" dans sa progression vers le Nord

-- Croquis explicitant la situation géographique et la route suivie par la Division Stückler. -- Mise en route le 8. 6. 44. -- Stationnement du 8 au 12. 6. 1944.

[IMAGE: croquis cartographique]

(Extrait de Hubert Taege: "Où est Cain?" -- révélations et documents sur l'affaire Tulle-Oradour, Editions Askania, Lindhorst, 1981.)

[12] Comme le flanc gauche de la Division n'est pas protégé, le 1er bataillon de "D.F." est détourné de l'axe de marche vers l'Ouest et progresse en flanquement, sur les R.N. 701 et 703, en direction de Limoges.

Le Colonel Stadier, commandant le Régiment, roule depuis le départ à la tête de son unité. Vers 17 h. la tension s'accroît. Il n'y a plus de civils sur les routes. Les localités sont comme des villes mortes. Le paysage devient vallonné et sans vues.

La première résistance

Peu après que le Colonel ait dépêché en tête une unité de protection motocycliste de la 15ème Compagnie sous les ordres du Sous-Lieutenant Winkler, des coups de feu éclatent. La colonne a buté, derrière un virage, sur un barrage routier gardé. Le combat est engagé. La résistance est faible et cesse bientôt. On fouille les alentours des groupes de maisons près desquelles a été dressé le barrage et on démonte ce dernier. Dans le lointain, vers l'avant et à droite de la route, on voit des civils armés s'enfuir dans un bosquet. Dans la localité suivante brûle un hangar, sans doute un signal pour d'autres groupes de résistance.

Le hameau de Noailles, lieu du premier nid de résistance se trouve à environ 8 km de Brive. La progression continue maintenant avec, en pointe, le détachement de reconnaissance, qui a rejoint entre-temps.

Celui-ci démonte bientôt un nouveau barrage non gardé. La tête de la Division atteint Brive vers 18h 30, le détachement de droite, le Régiment Blindé, fait étape dans la région de Beaulieu .

Consignes pour le dégagement de la garnison de Tulle.

A Brive, le commandant de la place, rend compte au Général commandant la Division, qu'il n'a plus aucune liaison avec l'extérieur, qu'il doit assister, passivement, à l'enrôlement des jeunes civils par les maquisards et que, dans Tulle, de durs combats sont en cours entre ceux-ci et le Bataillon de [13] Sécurité 95 (armée allemande) de la garnison. Le Général commandant la Division reçoit alors, sous couvert du commandement local, l'ordre du LXVI (66) Corps d'Armée de dégager la garnison allemande (IIIe bataillon du Rgt. de sécurité 95), investie par un fort parti de maquisards.

Pour ce faire, la Division met en route sur Tulle, la section blindée d'éclairage. Le peloton de commandement de la Division suit.

A mi-chemin, ils essuient une fusillade à partir d'un tunnel de chemin de fer. Riposte. Vers 21h. le détachement arrive à Tulle. A partir de ce moment, il est engagé dans de durs combats. Une partie de la garnison allemande peut encore être libérée à la dernière minute. On déplore 9 tués et plusieurs blessés à la section d'éclairage.

Dans le groupement de marche de gauche, le III Bataillon/ "D.F.", reprend, à partir de Brive, la tête de ce groupement, qui continue dans la nuit sa progression vers Limoges, démontant au passage quelques barrages non gardés. Le poste de commandement de la Division se trouve à Tulle.

9 Juin 1944

La tête de colonne du groupement de marche du Régiment "Der Fuhrer" atteint Limoges à 2.h. du matin. Le Colonel se rend immédiatement auprès du commandant de la place et se fait décrire la situation dans la région de Limoges.

Le Régiment est reçu avec un grand soulagement dans les services allemands de la place, coupés qu'ils sont depuis deux jours du monde extérieur. Aucun véhicule n'est entré ni sorti de la ville, du fait de son encerclement par les maquisards. On parle, dans la population, d'une attaque concentrique imminente de la ville, par le maquis. Tous les Allemands souhaitent que le Régiment reste le plus longtemps possible.

Le poste de commandement du Régiment se déplace à l'Hôtel Central, en pleine ville. Les chefs de corps et commandants d'unités sont cantonnés comme suit:

-- Etat-Major du Régiment et unités régimentaires: Limoges.

-- III Bataillon Blindé "D.F.": Région de St-Léonard-de-Noblat, à l'Est de Limoges. [14]

-- 1er bataillon "D.F.": St-Junien, au Nord et N.W de Limoges. (Le 1er bataillon, aux ordres du commandant Diekmann, n'arrive à Limoges, après de nombreuses difficultés et une marche épuisante, que dans l'après-midi du 9. 6. 44, et se rend alors dans ses cantonnements de St-Junien.)

-- 1er bataillon "D": (placé en fin de progression sous les ordres du régiment "D.F."): Pierre-Buffière.

Le 1er bataillon "D.F.", avait dû essuyer, au cours de sa marche de flanquement gauche de la Division, plusieurs tirs de la part des maquisards. Son itinéraire passait par Gourdon, Payrac, Groleyac, Carsac, Calviac, Carlux et Peyrilhac, où enfin, il reprenait la nationale 20. Le Bataillon subit ses premières pertes. Plusieurs barrages d'arbres durent être détruits.

La Division "Das Reich", pour l'instant subordonnée au LXVlème (66) Corps d'Armée, a reçu la mission de reconnaître avec combativité la région de Brive -Ussel - Guéret - St-Junien - Chalus, et de dégager les petites unités et Etat-Majors allemands encerclés. La troupe se disperse dans ses cantonnements. Pour les éléments non-engagés, remise en état des véhicules.

Aux premières heures de la matinée du 10 Juin, le lieutenant Gerlach, commandant la 2ème section des canons d'assaut de la "Das Reich", arrive au poste de commandement du Régiment, complètement épuisé, en sous-vêtements, et rend compte au Colonel de son aventure.

Ce compte rendu a été remis au juge hambourgeois Dr. Meyerdress, à l'avocat Dr. Walters (défenseur dans le procès Oradour), à un Capitaine anglais et à un Capitaine français pour procès-verbal. Il est reproduit ci-dessous mot-à-mot.

Rapport du Lieutenant Gerlach

... "Le régiment, venant du Sud, était entré à Limoges dans la nuit du 8 au 9 Juin 44. Le 9 au matin, je reçus du Colonel Stadler la mission de cantonner la section de canons d'assaut dans la région de Nieul. Il me détailla la carte et me prévint de l'activité des résistants dans ce secteur.

Je partis donc avec 6 hommes et trois voitures de liaison vers Nieul pour préparer notre cantonnement. Comme la localité ne [15] suffisait pas, nous roulâmes, carte en mains, dans les environs. Mon véhicule roulant plus vite que les deux autres, je dus m'arrêter et faire demi-tour pour les retrouver.

Peu de temps après, je fus arrêté, en pleine route, par un camion rempli d'hommes en uniforme. A première vue, je crus reconnaître des amis, car on nous avait dit que des Français, en uniforme de miliciens, combattaient à nos côtés.

Avant que je puisse approfondir la chose, encore biens moins me servir de ma mitraillette, 7 ou 8 hommes avaient sauté du camion, nous avaient mis en joue et, aux cris de "mains en l'air", avaient encerclé mon véhicule.

Ils me tirèrent de la voiture, ainsi que mon conducteur, nous arrachèrent nos uniformes et, nous frappant au visage, gesticulèrent incompréhensiblement, disant: "SS sofort kaputt!"

Nous n'avions plus que nos sous-vêtements; dans cet accoutrement, ils nous poussèrent dans les broussailles. J'étais persuadé qu'ils allaient nous fusiller sur-le-champ; aussi, essayai-je de discuter et de m'expliquer avec eux, d'abord avec le chef, un grand maigre dans la trentaine, en uniforme de milicien. Mais celui-ci, comme il ne semblait pas me comprendre, ne répondait que "Nix SS! SS kaputt!"

Aussi, m'adressai-je à un garçon plus jeune qui parlait un allemand convenable, sans doute un Alsacien, qui semblait ressentir pour nous une certaine compassion. Mais cela ne servit de rien. Je lui expliquai que j'étais officier-adjoint à la Division et que je pouvais donner des renseignements importants, si on me conduisait devant le chef du maquis. Ceci sembla faire impression sur l'Alsacien; il traduisit à son supérieur. Celui-ci me regarda et me dit quelque chose que je ne compris pas.

On ramena mon conducteur et moi au véhicule de liaison; nous dûmes monter et rouler sous escorte. Je vis, en passant, quelques panneaux routiers, et pus ainsi m'orienter. Puis, je vis un panneau à l'entrée d'un village: Oradour-sur-Glane. Nous nous arrêtâmes dans la grande rue. Nous dûmes descendre et fûmes entourés de nombreux maquisards et de curieux; il y avait beaucoup d'uniformes, et aussi des femmes en veste de cuir jaune et casquées. La population adoptait une attitude de plus en plus menaçante; un homme en uniforme nous fit donc remonter en véhicule.

[16] Je vis qu'on sortait d'une grange, près d'une boulangerie, dans la Grand rue, des cordes. On nous fit descendre du camion, mon chauffeur et moi, et on nous ligota les bras derrière le dos, les noeuds des liens consolidés avec du fil de fer. Nous restâmes ainsi environ 3/4 d'heure.

Puis, des civils français arrivèrent sur un tandem et parlèrent à la population. Nous dûmes remonter dans le véhicule.

Les hommes qui nous avaient fait prisonniers montèrent avec nous et nous surveillèrent. Nous sortîmes d'Oradour, le tandem roulant devant en guise de sécurité et nous guidant constamment par gestes, à 100 mètres devant nous. Nous arrêtâmes une première fois devant une maison, sur la facade de laquelle il y avait un panneau téléphonique. De là, les civils du tandem passèrent un coup de fil, puis ils revinrent au camion et donnèrent à l'escorte des explications en français, que je ne pus comprendre.

Nous quittâmes la grand-route sur la gauche et entrâmes dans une zone non construite. Au bout de trois ou quatre kilomètres un poste de garde nous arrêta, nous fit descendre, nous libéra de nos liens et nous donna un peu à manger.

Pendant ce temps le camion était reparti avec son escorte. Il revint au bout de deux ou trois heures et, après avoir été à nouveau ligotés, nous dûmes rembarquer.

Nous roulâmes huit ou dix kilomètres jusqu'à une allée forestière, au coin de laquelle Je remarquai une borne: Bellac 6,5 Km. Nous tournâmes dans l'allée forestière et rencontrâmes, 300 mètres plus loin, un camion francais peint aux trois couleurs.

On nous arracha à nouveau de notre véhicule, on nous brutalisa violemment et on nous traîna jusque devant un jeune maquisard, probablement le chef du poste. Il portait un uniforme bleu. Il ne nous écouta pas, se contentant de crier: "SS nix verhör sofort kaputt!". Le jeune Alsacien voulut faire des objections mais il fut grossièrement rabroué par le chef. Celui-ci appela quelques Français également en uniforme bleu, et leur donna l'ordre, autant que je pus comprendre leurs signes et leurs gestes, de nous mener dans le bois et de nous abattre.

Mon conducteur se rendit clairement compte de la situation, il se raidit et se mit à se débattre pour ne pas avancer. Les Français, fous de colère, se jetèrent sur lui, et le mirent à terre. Je [17] choisis cette seconde pour me projeter à toute vitesse dans les broussailles et m'enfuir [dans] la forêt toute proche.

Je courus aussi vite que je pus; il s'agissait de ma vie. J'entendis des coups de feu et, me retournant, je vis mon conducteur tomber. Je me précipitai, me protégeant derrière les arbres et les haies. Ils me suivirent en criant; quelques balles sifflèrent au dessus de ma tête. Grâce à des changements répétés de direction et au crépuscule tombant, je réussis à m'enfuir.

J'avais bien étudié la carte avant de quitter Limoges, et je savais que je devais rejoindre la ligne de chemin de fer Bellac-Limoges. Je réussis à la retrouver et, le lendemain matin 10 Juin, j'arrivai au poste de commandement de la Division.

Je me présentai au Colonel Stadler et lui fis le tableau des événements. Il me répondit que je n'étais pas le seul qui ait été attaqué et kidnappé depuis quelques jours. Il me raconta que le Commandant du lIIème bataillon "Der Führer", du nom de Kämpfe, n'était pas encore revenu et qu'il avait sans doute été abattu. Le Colonel me dit d'aller me coucher, car il y aurait encore de dures étapes à prévoir.

A mon réveil, le commandant du 1er bataillon "D.F.", Diekmann, me fit désigner sur la carte le lieu où je fus fait prisonnier, et la route jusqu'à l'endroit où mon conducteur fut abattu. Il partit bientôt avec la 3ème compagnie sous les ordres du Capitaine Kahn, en direction d'Oradour-sur-Glane...

[18]

Les événements de Tulle

L'atroce massacre de soldats allemands.

Le 9 Juin 1944, après la reprise de Tulle par le 2ème Peloton de Reconnaissance Blindé de la "Das Reich", on retrouva les cadavres d'au moins 40 soldats allemands du IIIème bataillon du Régiment-Territorial 95, devant leur cantonnement, une ancienne école, horriblement mutilés et défigurés.

Aux dires d'habitants de la ville, témoins oculaires, les soldats allemands s'étaient rendus aux maquisards quand ceux-ci eurent mis le feu à l'école. Ils avaient déposé les armes, étaient sortis du bâtiment les bras en l'air et avaient été cependant abattus. Ils gisaient sur la chaussée, en tas, sans armes; un seul, du service des transmissions, étendu près d'un escalier, avait un pistolet à la main[???]. Quelques fusils gisaient brisés devant le portail. Un groupe de 8 cadavres, entièrement enchevêtrés, se trouvait près d'un camion. D'autres gisaient encore dans une cour d'immeuble.

On ne sut jamais s'il restait des cadavres sous les décombres de l'école, ni combien. Le bataillon territorial accusait 80 disparus. Dans le courant de la journée on en trouva d'autres. Au 10 Juin 44, le chiffre total des cadavres retrouvés était de 64 (soixante-quatre). Ce chiffre est officiel. Les tués du Peloton de Reconnaissance des 8 et 9 Juin, 9 morts, ne sont pas inclus dans ce chiffre.

Le total fait donc 73 soldats allemands. Certains portaient encore le masque à gaz, apparemment pour se protéger de la fumée dégagée par l'incendie de l'école.

Des habitants de Tulle rapportèrent que les maquisards, parmi lesquels il y avait aussi des Polonais, des Espagnols rouges et même quatre Russes en uniforme, avaient écrasé les blessés qui vivaient encore, avec leurs camions. Certains cadavres étaient mutilés au point de n'être pas identifiables. Un mort avait les talons troués et une corde passée derrière les tendons. Visiblement, il avait été traîné vivant, par un camion. d'où les terribles blessures qu'il portait au visage. Les morts portaient les traces de plusieurs coups de feu, la plupart dans le dos et la nuque.

[19] D'après des témoins oculaires, les femmes maquisards avaient souillé les cadavres avec des excréments. Une affreuse orgie avait visiblement suivi, après la tuerie, comme le prouvaient les bouteilles cassées et on avait "joué au football", avec les casques. Certains morts avaient été castrés et les testicules placées dans la bouche.

"En plus, 10 ou 12 soldats allemands furent fusillés contre le mur du cimetière" rapportèrent plus tard deux prêtres français devant le tribunal militaire permanent de Bordeaux. (2)

Les maquisards se livrèrent à cette boucherie le 7 juin, et ce, malgré les objections d'un abbé sur l'irrégularité du procédé.

Les cadavres mutilés ont été examinés par le docteur Roschmann, chirurgien de la Compagnie Sanitaire de la "Das Reich", le Docteur Priebe, médecin de la Division et par le médecin du Bataillon Territorial 95, les mutilations constatées et photographiées par le Capitaine Kowatsch du 2ème Bureau de la Division. Celle-ci envoya le rapport au LXVlème (66) Corps, au titre d'événement important.

On trouva dans un dépôt de la police française des armes et des munitions anglaises. Comme il était à prévoir, le responsable de la police de Tulle et un patron garagiste avaient partie liée avec les maquisards.

Par mesure de sécurité, tous les habitants de sexe masculin de Tulle furent arrêtés et parqués dans la cour de la fabrique de munitions. Avec l'aide du Maire, des fonctionnaires de la Préfecture et du directeur de la fabrique, le Capitaine Kowatsch tria les étrangers et les suspects.

Tous les autres furent relâchés dans le courant de la journée. D'après l'opinion des autorités allemandes et sur la foi des indications des pouvoir publics de la région, les maquis de Tulle étaient formés de bandes communistes, composées en majeure partie d'Espagnols rouges, de Polonais et de communistes francais qui terrorisaient aussi bien la population française et, en fin de compte, étaient responsables des crimes contre les soldats allemands.

[20] Aussi les Allemands lancèrent-ils un appel à la population civile de Tulle pour la collaboration et le combat contre "l'ennemi commun" .

Parmi les prisonniers suspects d'avoir participé à ces crimes, on en choisit 120 qui, conformément aux stipulations internationales, seraient exécutés par pendaison, pour le meurtre de 64 soldats allemands.

Il ne s'agissait pas d'"otages", mais de francs-tireurs, qui, d'après les conventions internationales de l'armistice de 1940, étaient, de toute facon, passibles de la peine de mort. Seul le type d'exécution avait donc un caractère répressif. A ajouter à cela que l'état d'urgence était décrété depuis le 8.6.44, et que le Corps d'Armée avait ordonné les représailles.

Plusieurs jeunes Français furent cependant, sur intercession, sauvés de l'exécution. Voici ce qu'en dit "Histoire pour Tous" d'octobre 1951 (3):

"... Un jeune SS apporte un renseignement au sous-officier SS interprète Walter qui supervise la lecture des noms des 120 hommes à pendre. Passant devant le groupe suivant de condamnés, il est interpellé par un jeune garçon de ce groupe. Le Français essaye de persuader le soldat allemand d'intercéder auprès du Lieutenant SS pour obtenir sa grâce. La suite, mot pour mot, est la suivante:

"... Le visage bouleversé, le soldat le prend par le bras et le mène devant Walter. Celui-ci acquiesce d'un signe de tête. Les deux jeunes gens, l'un casqué, botté et armé, l'autre en vêtements de travail, s'étreignent en pleurant. L'abbé Espinasse s'approche de Walter qui semble ému."

- "Ne vous étonnez pas du geste de ce soldat, dit Walter comme pour excuser son geste, c'est un Alsacien..."

Ce même Alsacien, Sadi Schneid, sauva encore un autre jeune Français de la pendaison.

En fin de compte il restait encore 98 suspects. La suite de l'exécution était sous la responsabilité du Capitaine Kowatsch; on mit à sa disposition une section de sapeurs du Détachement Blindé de Reconnaissance pour l'accomplissement de sa mission. La pendaison eut lieu entre 16 et 18h. Ce mode d'exécution, [21] par pendaison, fut choisi parce que les maquisards avaient adopté des procédés infâmes de combat, contre des adversaires protégés par la Convention de Genève et le droit international, aussi bien que par le traité d'armistice de 1940. Ces adversaires du reste, s'étaient rendus, avaient été torturés, mutilés, abattus et déshonorés, plaçant ainsi les maquisards hors des lois de la guerre et de l'humanité.

Pour ces raisons, selon la conception allemande, il ne pouvait être question de peloton d'exécution selon la coutume militaire. De plus la solution de la pendaison devait produire sur les maquisards et la population un effet d'épouvante et de dissuasion.

Sur la demande du vieil évêque de Tulle, au poste de commandement de la Division, les terroristes reçurent les secours spirituels avant l'exécution, et une sépulture chrétienne fut assurée, ensuite, au cimetière.

Le même jour, le 9. 6. 44, le 3ème Bataillon, aux ordres du commandant Kämpfe, reçoit du Régiment, sur ordre du LXVlème (66) Corps d'Armée, la mission de pousser sur la ville de Guéret, située à 60 Kms de son cantonnement actuel, dans le N-E et d'y délivrer la garnison allemande, qui était encerclée.

En raison du terrain compartimenté, vallonneux et boisé et de leur grand éloignement, aucune liaison radio ne relie les bataillons, si bien que ceux-ci sont dans l'obligation de remplir leur mission en totale autonomie. Comme les liaisons par motocyclettes et autres véhicules isolés ne peuvent être utilisées par crainte d'embuscade des maquisards, ces liaisons ne peuvent être maintenues qu'au moyen d'officiers armés, sur automitrailleuse, ou par escorte de plusieurs véhicules. Le Régiment n'est donc que difficilement renseigné.

L'engagement du IIIème bataillon du Régiment "Der Führer".

Le médecin-Lieutenant Müller du IIIeme bataillon du Régiment "Der Führer" arrive, dans la nuit du 9 au 10, avec quelques hommes, dans son A.M., au poste de commandement du Régiment et annonce la mauvaise nouvelle:

"le Commandant Kämpfe est tombé aux mains des terroristes."

[22] Il rend compte, par ailleurs, des événements survenus le 9. 6. 44 au IIIeme bataillon.

Guéret a été occupé le 7 Juin par les maquisards et l'ensemble de la Kommandantur locale est prisonnière.

Le 8 Juin, une unité de la Wehrmacht venant de Montluçon avait déjà essayé de libérer la ville, mais avait été arrêtée par une forte résistance de maquisards retranchés dans les maisons.

Le 9, l'attaque fut reprise à partir de l'Est, avec appui d'aviation pendant que le llème bataillon du régiment "Der Führer" attaquait de l'autre côté, venant de l'Ouest.

Le bataillon était parti vers midi et se heurta dans le courant de l'après-midi, bien avant d'atteindre la ville, en pleine forêt et dans une suite de virages, à deux camions, avec des Français armés juchés sur les cabines. Le chef de voiture de la première automitrailleuse fut gravement blessé d'une balle dans la tête. Les premiers véhicules du IIIème bataillon crachèrent le feu aussitôt, de tous leurs tubes. Par la suite, il s'avéra tragiquement que les occupants du camion étaient des Allemands, des auxiliaires féminines d'Etat-Major, des officiers de la Wehrmacht, des employés et quelques soldats qui, manifestement, devaient être acheminés vers l'Ouest, à partir de la ville entretemps libérée. Deux ou trois Allemands furent tués, une Française, employée dans les services allemands, fut blessée au ventre. Certains autres avaient des blessures légères, plusieurs étaient indemnes.

Quand les premiers éléments du Bataillon arrivèrent aux abords de Guéret, la ville était déjà aux mains des troupes allemandes. Au crépuscule, le Bataillon était rassemblé dans une localité devant Guéret. La Française gravement blessée fut déposée à l'hôpital de l'endroit. Le commandant Kämpfe donna au Lieutenant Müller la mission d'emmener les blessés au cantonnement.

Quand ce dernier partit avec son A. M., il fut dépassé, vers 20 heures, par le Commandant Kämpfe, seul au volant de sa rapide Talbot, qui le salua en passant et disparut dans un grondement de moteur.

Il était parti devant la colonne, pour remercier le maire d'une localité situé sur l'axe de marche du Bataillon, d'avoir bien voulu faire remettre en état un pont détruit.

Le Commandant Kämpfe est porté disparu.

Quelques minutes plus tard (entretemps le crépuscule était tombé), le Médecin-Lieutenant Müller tomba sur l'auto de son chef de bataillon arrêtée, moteur tournant, portes ouvertes, sur la route, au bord de la forêt. Un chargeur de mitraillette sous la voiture. Aucune trace de combat ou de sang.

L'avant-garde du bataillon arriva dix minutes plus tard et le lieutenant Weyrauch, commandant l'élément de tête ordonna, malgré l'obscurité tombante, un ratissage du bois, renvoyant le Médecin-Lieutenant rendre compte au Régiment à Limoges. Aucune liaison radio possible. Toutes les recherches furent vaines. Kämpfe avait disparu.

Le Lieutenant Manz prit provisoirement le commandement du IIIème Bataillon. La nouvelle de l'enlèvement du remarquable et très estimé Commandant sema la colère et l'amertume dans tout le Régiment. Sa disparition était, humainement et militairement, une lourde perte pour le Régiment et pour la Division, car c'était un spécialiste de l'automitrailleuse et le chef de l'unique escadron d'A.M. de la Division. Plusieurs unités furent avisées de cette affaire et reçurent la consigne d'enquêter dans leur secteur de cantonnement. Ces recherches restèrent sans résultats.

Entretemps, le bureau de renseignements du S.D. de Limoges, fit part au Régiment, d'indications fournies par les services de liaison français, selon lesquels un poste de commandement des maquis se trouverait à Oradour-sur-Glane

Dans la soirée, le Commandant Weidinger. détaché au renseignement auprès de l'Etat-Major du Régiment, reçut l'ordre de se rendre à Tulle, à l'Etat-Major de la Division, avec un peloton d'escorte de motocyclistes. Il devait rendre compte de la disparition du Commandant Kämpfe et y porter divers renseignements importants au sujet de l'approvisionnement. Il devait, en outre, décrire la situation du Régiment "D.F.". Le voyage était indispensable, du fait de l'absence de liaison radio, due à la distance et au compartimentage du terrain.

De façon étonnante, cette randonnée d'environ 130 Kms, dans une région infestée de partisans, se passa sans anicroche. Le peloton motocycliste atteignit Tulle vers 0h 30.

Le Commandant Weidinger apprit à l'Etat-Major, la raison de la soudaine "réticence" des terroristes. Les événements des 8 et [24] 9 juin à Tulle, où, comme nous l'avons écrit, 98 Francais suspects avaient été pendus pour le meurtre bestial d'au moins 64 soldats allemand, en étaient la cause. Cette action avait apparemment causé un choc aux terroristes maquisards, résultat du reste escompté.

Si les maquisards pensaient combattre l'occupation allemande en vue de la libération de la France, alors ils devaient compter qu'un tel combat leur coûterait de lourds sacrifices. Il était évident, pour le Commandement allemand, qu'il devait réprimer, au moyen de contre-mesures, même les plus effrayantes, le comportement inhumain, contraire au droit international, des maquisards, afin de sauvegarder la vie et l'intégrité corporelle des soldats qui lui étaient confiés.

On l'apprit plus tard, 62 soldats allemands, dont des ambulanciers et du personnel des chemins de fer, étaient tombés, le 9 ou le 10 juin 44, aux mains des terroristes, près d'un petit bois à Naves, à environ 10 Km au nord de Tulle. Eux aussi furent fusillés et enterrés. Leur sépulture n'a pu encore être retrouvée jusqu'à ce jour.

Le nombre des Allemands assassinés dans la région de Tulle se monte donc au moins à 126, et, avec les tués du peloton de reconnaissance, à 135.

A l'automne 1944, un émetteur allié annonça que la résistance française avait pendu des membres de la prévôté allemande en représailles contre l'exécution du 9. 6. 44 à Tulle. La réalité de l'émission ne fait pas de doute, mais les données sur l'identité de l'émetteur et la date exacte de l'émission ne peuvent être clairement établies. L'émission fut, à cette époque, captée par le 2ème bureau de la Division.

Dans quelques localités plus éloignées, des éléments allemands encerclés purent être libérés avant qu'ils ne tombent aux mains des maquisards.

Il y eut encore quelques morts à la Division, dont quatre hommes de la Prévôté Divisionnaire, et, lorsqu'ayant arrêté une voiture de maquisards, à Uzerche, on découvrit sur l'un d'entre eux les plaques de poitrine de ces prévôts (il les gardait comme "souvenir"), on le pendit sur ordre du Général cdt. la Division qui se trouvait à ce moment-là au Régiment d'Artillerie. Les deux autres maquisards furent livrés à la police. Le groupement de marche A (Régiment Blindé et Bataillon du Génie Schmelzer) [25] atteignit vers le soir son cantonnement dans la région de Tulle.

FIN 1/3

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Cet ouvrage, publié vraisemblablement en 1985, ne comporte aucune mention d'éditeur, de date, de copyright ou d'imprimeur. Rédigé en allemand, il a été très probablement traduit en français par un Allemand. Nous en avons corrigé les fautes d'orthographe les plus gênantes, mais nous avons laissé intactes les tournures incorrectes. Pour s'assurer des propos de l'auteur, il vaut mieux vérifier avec le texte original allemand.


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