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Henri ROQUES

Les confessions de Kurt Gerstein,

étude comparative des différentes versions

 

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CHAPITRE IV


Les "confessions" de Gerstein devant leurs lecteurs

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Avant la publication des "confessions"



Jusqu'en 1951, les textes rédigés par Gerstein entre le 26 avril et le 6 mai 1945 n'ont été lus que par un nombre très restreint de personnes, essentiellement des officiers des Services de Renseignement alliés, des magistrats de différentes nationalités et quelques rares journalistes 1.Pour ces premiers lecteurs, la réalité des exterminations massives dans des chambres à gaz n'était pas mise en doute; les "confessions" de Gerstein venaient simplement renforcer leur conviction. Mais, loin de considérer l'officier S.S. comme un antinazi qui s'était lui-même chargé de la mission de révéler au monde extérieur des atrocités jusqu'alors inconnues, ces ennemis inconditionnels de l'Allemagne nationale-socialiste ont vu en [325] Gerstein un criminel de guerre qui avait choisi un système de défense original pour se disculper. S'ils ont relevé des invraisemblances dans des textes, probablement lus à la hâte, ces invraisemblances ont été pour eux des raisons supplémentaires pour rejeter la bonne foi de l'auteur des textes, sans pour autant contester l'authenticité des faits exposés.

Gerstein a perdu la vie dans cette aventure. Son suicide est plausible mais il n'est pas certain; en Allemagne, sa famille et ses amis protestants ne croient pas au suicide. Il est vrai que les circonstances de sa mort sont peu claires et que l'on ne s'explique pas pourquoi son épouse n'a été informée du décès de son mari qu'en 1948. Au Grand Tribunal de Nuremberg, le PS-1553 ne fut pas retenu; en tout cas il ne fut pas utilisé; sur l'insistance française, seules quelques factures de Zyklon B annexées au document principal furent prises en considération. Il y a d'ailleurs une étude particulière à effectuer sur ces factures tant dans leur rédaction que dans leur présentation dactylographique; elles suscitent des interrogations qui peuvent faire douter de leur authenticité. Nous nous proposons de publier un travail analytique sur le sujet.

A Tuebingen, en 1950, la Chambre de dénazification refusa de réhabiliter l'ancien S.S.; elle lui accorda seulement les circonstances atténuantes et le classa dans une catégorie de petits Nazis (Belasteten).

 

Après la publication des "confessions"

Dans notre introduction, nous avons suivi les avatars des "confessions" et parlé des trois auteurs qui ont consacré chacun un livre à la biographie de Gerstein. Il nous importait essentiellement, au début de la présente thèse, d'identifier les versions connues par chacun des auteurs et d'apprécier la fidélité apportée dans la reproduction complète ou partielle de tel ou tel document.

Nous rappellerons que L. Poliakov en France et H. Rothfels en Allemagne ont été des chefs de file auxquels la plupart des non-révisionnistes ont emboîté le pas. De ce fait, les suiveurs de L. Poliakov ont recopié les graves déformations de textes imputables[326] à ce dernier; quant aux suiveurs de H. Rothfels, ils ne se sont pas interrogés sur les affirmations de l'historien qui, sans fournir la moindre preuve, a attesté que la version allemande du 4 mai (que nous avons appelée T III) était tout à fait authentique; ces mêmes suiveurs ont repris les coupures de textes faites par H. Rothfels; mais, généralement, leurs notes explicatives sont moins nombreuses et moins claires, à tel point que leurs lecteurs ont des difficultés pour connaître les motifs invoqués par H. Rothfels; pour ce dernier, les coupures sont justifiées par les deux raisons suivantes:

- certains passages de la "confession" et l'ensemble des suppléments ne constituent pas des témoignages oculaires, ce sont des H...rensagen (choses apprises par ouï-dire);

- certains propos tenus par Gerstein à l'égard de deux Allemands, le Professeur W. Pfannenstiel et le Dr. Peters de la société DEGESCH ont été vigoureusement démentis par les personnes mises en cause.Parvenu au terme de notre travail, après avoir établi les textes, étudié leur authenticité et estimé leur véracité, nous proposons de classer dans trois grandes catégories les auteurs qui ont traité du cas Gerstein.

A - Ceux qui ne doutent pas

Pierre Joffroy s'est fait l'hagiographe de Kurt Gerstein et mène le maigre peloton de ceux que le doute n'effleure pas; au cours d'une longue enquête, il a recueilli des témoignages nombreux sur l'étrangeté du caractère et du comportement de Gerstein; il y voit la marque de la sainteté, le sceau divin qui fait de l'élu de Dieu un incompris des simples mortels, un être d'exception condamné à la solitude sur la terre. Quant aux invraisemblances contenues dans les "confessions", il en reproduit un certain nombre sans faire le moindre commentaire. Peut-être ne les a-t-il pas remarquées en tant que telles?

Helmut Franz, dans son livre édité en 1964, exprime la fidélité qu'il a conservée à son ancien ami Kurt Gerstein; toutefois, il [327] rappelle à plusieurs reprises que la propension aux idées fixes et aux excentricités de l'ingénieur l'avait souvent dérouté. En regrettant de ne pas avoir ajouté foi spontanément aux révélations de l'ancien officier S.S., Franz donne à son ouvrage le caractère d'une autocritique.

 

B - Ceux qui ne croient pas

Paul Rassinier, l'initiateur auquel se réfère chaque historien de l'école révisionniste, avait été intrigué le premier par l'étrange récit de Gerstein. Il y a fait allusion pour la première fois en 1961 dans son livre Ulysse trahi par les siens (p. 112); il trouvait surprenant qu'en janvier 1947 le Tribunal de Nuremberg, jugeant certains médecins des camps de concentration, ait pu accepter comme témoignage à charge un texte dans lequel on lisait notamment que "les Juifs étaient asphyxiés par groupes de 700 à 800 dans des chambres à gaz qui avaient 25 m2 de surface de base et 1 m 80 de hauteur". Il faut noter que Rassinier n'a jamais eu en mains ni les pièces originales des "confessions" de Gerstein, ni le dossier de la Justice militaire française disparu en novembre 1945 et retrouvé seulement en 1971. N'ayant pu faire de recherches personnelles, il a relevé ce que des journaux, des revues, des livres écrivaient sur le sujet; puis il a manifesté sa surprise devant les stupéfiantes variations auxquelles il était confronté. Mais Rassinier ne savait pas ce qu'avait réellement écrit l'ancien Obersturmfuehrer; il commença d'ailleurs par douter très sérieusement de l'authenticité du document. Il fit des suppositions sur l'origine du récit, sur l'extorsion des "confessions", sur le lieu et les conditions du décès de Gerstein, qui n'étaient pas exactes.

Paul Rassinier était contraint de faire des hypothèses, car ses seules sources d'information étaient les livres de Léon Poliakov, les publications de Hans Rothfels et de quelques autres auteurs non-révisionnistes. L'un de ces derniers, Georges Wellers, a tenté de ridiculiser les erreurs, réelles ou non, commises par Rassinier, en leur consacrant quelques pages dans la publication du Centre de documentation juive contemporaine de Paris, intitulée La solution finale et la mythomanie néo-nazie, datée de 1977. On notera que l'étude critique de G. Wellers a été effectuée dix ans après [328] le décès de P. Rassinier. S'appuyant sur une documentation que Rassinier n'a jamais pu consulter, il rétablit la vérité sur quelques points secondaires, mais n'atteignit pas son but principal: rendre crédible un récit qui ne l'est pas. Quant aux "libertés" prises par Léon Poliakov dans les reproductions des "confessions", il ne les évoque même pas. Pourtant, sur ce point, Rassinier avait entièrement raison. C'est Paul Rassinier qui a pris l'initiative, dès 1964, dans son livre Le Drame des Juifs européens (p. 93-107), de mettre face à face deux publications par Léon Poliakov d'un extrait du PS-1553 (que nous appelons T II) :

- l'une extraite du livre Bréviaire de la Haine, édition de 1960

- l'autre extraite du livre Le Procès de Jérusalem (1961).Déjà, cette comparaison fait ressortir quelques importantes différences parfaitement inexpliquées.

C'est encore Paul Rassinier qui s'est élevé contre le rôle démesuré attribué à Gerstein dans la diffusion verbale d'informations sur les camps de Belzec et de Treblinka, puisque certains ont prétendu, sans preuve, qu'elles étaient parvenues jusqu'à Rome. Dans son livre L'Opération Vicaire, Rassinier a courageusement défendu la mémoire de Pie XII attaquée d'une manière que, pour notre part, nous estimons malhonnête par Rolf Hochhut, auteur de la pièce de théâtre Le Vicaire et par Saul Friedlander, auteur du livre Pie XIIet le IIIe Reich; nous ne citons ici que les deux principaux protagonistes qui firent école, à tel point qu'il est devenu courant de s'ériger en censeur pour s'interroger sur l'attitude du pape pendant la Seconde Guerre mondiale : on donne acte à Pie XII de sa condamnation sans restriction des persécutions raciales et de son intervention en faveur des juifs, mais on lui reproche de n'avoir pas dénoncé l'existence des chambres à gaz. Pouvait-il le faire sur la foi de rapports qui, comme ceux de Kurt Gerstein, fourmillaient d'invraisemblances? Nonce en Bavière en 1914, il avait eu l'occasion d'entendre des rumeurs du même genre dues à la propagande de guerre des Alliés. (Il est à noter que ni Churchill, ni Roosevelt, ni Staline, ni aucune autorité gouvernementale des pays adversaires du IIIe Reich n'ont parlé de chambres à gaz homicides) Face aux indéniables excès commis contre les populations civiles par chacun des belligérants, le pape ne pouvait que protéger, selon ses possibilités, les millions de catholiques qui existaient dans l'un et l'autre camp, ainsi que les non catholiques qui lui demandaient son aide.

[329]

Après Paul Rassinier, et parce que la plupart d'entre eux l'avaient lu, des auteurs ont exprimé leur scepticisme à l'égard du récit de Gerstein. Ce sont naturellement tous les révisionnistes tels Arthur R. Butz (op. cit. p. 251-258), Wilhelm Staeglich (Myth., 10, 11), Robert Faurisson (Mém. Déf., p. 119 et Rép. à P.V.-N., p. 42-43), mais aussi d'autres auteurs qui, sur ce sujet délicat, ont exprimé une opinion non conformiste.

Ainsi, l'historien André Brissaud a écrit en 1969 : "Le témoignage du S.S. Kurt Gerstein, dont certains voudraient faire un "saint" aujourd'hui, est pour le moins suspect, comme sont très étranges les circonstances qui entourèrent son "suicide" et la "découverte" de son journal". (Ord. Noir, p. 456).En 1980, dans le tome III de ses mémoires, l'écrivain Raymond Abellio nous dit qu'il a lu les ouvrages de Paul Rassinier et la déclaration des trente-quatre historiens publiée dans Le Monde du 21 février 1979; Abellio ajoute qu'il connaît l'affaire Faurisson par le livre de Serge Thion, Vérité historique ou vérité politique? Il exprime son sentiment sur le cas Gerstein par la phrase suivante : "c'est un personnage bien énigmatique que ce Kurt Gerstein qui se dit "horrifié" par ce qu'il voit à Belzec et qui, au même moment, sort son chronomètre pour minuter, sans qu'il nous explique pourquoi, la durée de l'agonie des victimes" (Sol Inv. p. 482, note 4).Il a déjà été question, dans cette thèse, du point de vue nuancé de l'historienne Olga Wormser-Migot; cette dernière, qui n'adhère pas aux thèses révisionnistes, s'est néanmoins posé de "multiples questions à propos de Gerstein et de sa confession, sans arriver à en élucider bien des obscurités" (op. cit. p. 426). Elle ajoute, quelques lignes plus loin : "des personnalités comme celles de Gerstein, de Sorge, de maints agents doubles, ne sont pas aisément déchiffrables".

Pour notre part, nous ne croyons pas que Gerstein soit un agent double. Certes, le pasteur Rehling, de Hagen/Westphalie, qui a bien connu Kurt Gerstein à partir de 1928, a rapporté à P. Joffroy (1969, p. 41, 42) que celui-ci s'était vanté d'avoir eu une activité d'espionnage au service de la Reichswehr, notamment en France dans la région de Thionville. Mais, là encore, aucune preuve de cette mystérieuse activité ne peut être avancée. Ce qui, en revanche, parait beaucoup plus sûr, c'est que Gerstein n'a bénéficié pendant la guerre d'aucun appui, ni dans son pays, ni à l'étran[330]ger, qu'il n'a eu chez les adversaires de l'Allemagne -- qu'ils soient français, anglo-saxons ou hollandais -- aucun correspondant auquel il aurait rendu compte de son action au sein de la S.S. et dont il aurait suivi les directives. Gerstein, dès ses jeunes années, a éprouvé le besoin d'intriguer profondément ses amis en s'attribuant un rôle auquel, d'ailleurs, peut-être il finissait par croire lui-même 2.Sa mort -.que l'on accepte ou non la version officielle du suicide.- dans la prison militaire du Cherche-Midi n'est pas celle d'un agent double ou triple, capable de faire appel à des protecteurs; c'est celle d'un solitaire et, pour nous, d'un mythomane pris au piège de son propre jeu : les questions fort judicieuses d'un magistrat instructeur français à l'esprit cartésien l'ont déstabilisé au point qu'il n'a pas vu d'autre issue que la mort, mort aussi mystérieuse que l'avaient été ses activités supposées au sein de la S.S.

Nous ne suivons donc pas l'hypothèse faite par Olga Wormser-Migot, mais nous constatons que son appréciation globale est proche de la nôtre; elle écrit en effet dans sa thèse (op. cit. p. 11, note en bas de page) : "Confession de Gerstein dont bien des points demeurent obscurs et notamment les conditions, le lieu, le moment de sa rédaction. Depuis l'utilisation de sa confession dans Le Vicaire de Rolf Hochhut, Gerstein apparaît comme un symbole plutôt que comme une personnalité historique". Depuis la publication de la thèse de cette historienne, la plupart des points évoqués par elle ne sont plus obscurs; en revanche, Gerstein apparaît toujours, et même de plus en plus, comme un symbole.

C - Ceux qui croient pour l'essentiel

Très rares sont les auteurs qui n'ont pas remarqué les invraisemblances et les étrangetés qui parsèment le récit de l'ancien officier S.S., mais nombreux sont ceux qui ont passé outre; ils n'ont pu se résoudre à rejeter ce témoignage inespéré, unique en son genre, puisqu'il provient de l'intérieur de la S.S. et qu'il a été donné spontanément, sans que l'on puisse invoquer les tortures physiques ou morales exercées sur son auteur.Ce que, pour notre part, nous estimons inexplicable, on a cherché à l'expliquer en recourant, par exemple, aux arguments suivants:[331]

- Gerstein aurait eu dans la vie quotidienne un comportement peu commun; ses amis, interrogés par P. Joffroy ou S. Friedlander, en ont donné maints exemples. Dans ces conditions, n'est-t-il pas naturel qu'un "saint égaré dans le siècle" déroute les gens ordinaires? On trouverait donc dans son récit le simple reflet de son étrangeté;

- Gerstein aurait été profondément bouleversé par ce qu'il avait vu à Belzec en août 1942; à partir de cette date, sa santé physique et psychique se serait, parait-il, rapidement détériorée. En avril-mai 1945, il aurait traversé une crise d'exaltation que la défaite n'avait fait qu'accroître. Dans ces conditions, est-il étonnant que Gerstein ait donné des détails et des chiffres incroyables? Mais, comment, en revanche, expliquer la précision de son chronométrage, voire du nombre de coups de cravache administrés par tel ou tel gardien?;

- Gerstein n'avait pas "pour qualité prédominante la précision en matière de chiffres"; c'est l'explication fournie par Léon Poliakov et Pierre Vidal-Naquet (Le Monde, 8 mars 1979, p. 30). Ces deux auteurs nous rappellent paradoxalement quelques lignes plus loin que Gerstein était ingénieur (voir pièce annexe, p. 337).Certains, parmi ceux qui estiment "indiscutable pour l'essentiel" le document de l'ancien officier S.S., ne paraissent avoir eu aucun scrupule à modifier gravement ce qui, pour eux, ne semblait pas être l'essentiel. Les manipulations et fabrications de textes de Léon Poliakov ont été relevées au long de cette thèse. Se fiant à L. Poliakov, considéré comme spécialiste de la question, bien des auteurs ont repris ses textes déformés; c'est notamment le cas de Saul Friedlander et de François Delpech. En Allemagne, Robert Neumann d'une part, Heydecker et Leeb d'autre part, ont également remplacé des chiffres incroyables par d'autres qui l'étaient moins; nous avons, dans nos tableaux comparatifs, signalé ces fabrications qui sont différentes de celles de L. Poliakov.Souvent des auteurs, peut-être perplexes devant des invraisemblances ou devant des reproductions qui présentaient entre elles des différences, se sont contentés de résumer plus ou moins correctement tel ou tel passage des "confessions". Citons parmi ces derniers -- mais la liste n'est pas complète -- : Raul Hilberg, Lucy S. Dawidowicz, Gideon Hausner, Gerald Reitlinger, John Toland,[332] etc. Tous ces auteurs, qui, souvent, prétendent au titre d'historien, ont posé comme postulat que le récit de Gerstein est vrai pour l'essentiel; ils ont, ensuite, fait taire leur esprit critique, estompant dans le meilleur des cas ce qui pouvait entamer leur croyance. Nous assistons même, depuis peu, à l'application d'une méthode nouvelle et surprenante pour l'utilisation des "confessions"; nous en donnerons deux exemples relevés dans des ouvrages publiés en 1982 et en 1983.

1. François de Fontette : Histoire de l'antisémitisme

Nous avons signalé, à la page 310, la publication en France dans la collection "Que sais-je?" (no 2039) de l'Histoire de l'antisémitisme dont l'auteur est François de Fontette, doyen honoraire de la faculté de droit et des sciences économiques d'Orléans, actuellement professeur à la faculté de droit de l'université René Descartes (Paris-V). Dans son chapitre V, sous-chapitre 5, "L'extermination, "solution finale", subdivision 3 : "Les exterminations rationalisées", F. de Fontette a recours à "un seul témoignage, celui de Kurt Gerstein, chrétien engagé dans les S.S. précisément à seule fin de témoigner pour l'avenir..." (op. cit., p. 120).F. de Fontette fait donc le même choix que les trente-quatre historiens qui, en février 1979, ont cautionné une déclaration sur la politique hitlérienne d'extermination, publiée dans Le Monde (voir notre annexe à la page 59); il n'indique pas sa source, mais il est aisé de reconnaître dans le texte qu'il reproduit partiellement la traduction française de la version allemande du 4 mai 1945, telle que nous l'ont donnée L. Poliakov et J. Wulf dans leur livre Le IIIe Reich et les Juifs. F. de Fontette a recopié vingt-six lignes et demie de la page 114 du livre précité.Cet extrait relate la progression des déportés vers les chambres de la mort.Puis, l'auteur a négligé de recopier trente-cinq lignes, qui prétendent décrire l'opération de gazage elle-même.F. de Fontette écrit, à ce moment, la phrase suivante : "Et voilà le résultat lorsque l'opération est terminée". Suivent alors dix-sept lignes de la page 115 de l'ouvrage de L. Poliakov et J. Wulf; ces dix-sept lignes exposent le traitement que l'on fait subir aux cadavres après le gazage.

[333]

Il est certain que dans les deux extraits reproduits par F. de Fontette qui, à eux deux, représentent quarante-trois lignes et demie, il est impossible de déceler la moindre invraisemblance, tout au plus y relève-t-on quelques étrangetés. Les invraisemblances que nous avons relevées notamment dans nos pages 301-308 y sont invisibles, puisqu'elles sont localisées dans les trente-cinq lignes escamotées. Nous ne croyons pas, pour notre part, que cette amputation capitale du texte T III soit seulement due au hasard ou à un impératif de mise en page.

2. Eugen Kogon, Hermann Langbein, Adalbert Rueckerl, Nationalsozialistische Massent...tungen durch Giftgas

Ce livre, publié en Allemagne en 1983, a été ensuite traduit en français sous le titre Chambres à gaz, secret d'Etat (Editions de Minuit, Paris, 1984). Le chapitre VI a été rédigé par l'Israélien Yitzhak Arad; un sous-chapitre s'intitule "Der Gerstein-Bericht" (Le rapport Gerstein) et occupe les pages 171 à 174. Des extraits de la version allemande du 4 mai y ont été reproduits. Cette reproduction est précédée de quatre lignes où l'on relève déjà trois erreurs :

a) Gerstein était Untersturmfuehrer et non Obersturmfuehrer en 1942;`

b) Il a séjourné au camp de Belzec les 18 et 19 août 1942 et entrevu le camp de Treblinka le 20 août 1942; il ne s'y trouvait pas "en juin 1942";

c) La version reproduite très partiellement n'est pas du 26 mai 1945 mais du 4 mai 1945.Nous signalons ces erreurs pour le principe, car l'essentiel est ailleurs.Le texte proposé par Yitzhak Arad correspond à celui qui fut publié, par exemple, par L. Poliakov et J. Wulf dans leur livre Das Dritte Reich und die Juden.

La reproduction du récit commence par une ligne et demie, que l'on trouve à la page 115 de l'ouvrage mentionné ci-dessus; ce court extrait est suivi de points de suspension qui remplacent cinquante et une lignes.

Le récit reprend avec quatre lignes et demie, derrière lesquelles on est affronté à de nouveaux points de suspension, qui couvrent l'escamotage de quatorze lignes.

[334]

La "confession" retrouve un nouveau souffle pour reproduire onze lignes et demie; le texte s'arrête, alors, au milieu d'une phrase, négligeant la seconde moitié de la phrase; or, cette seconde moitié de phrase comporte l'une des invraisemblances signalées dans notre relevé, à savoir la hauteur du tas de chaussures évaluée à 25 mètres, soit 7 à 8 étages, tas au sommet duquel chaque déporté devait placer sa propre paire de chaussures.

Après avoir contourné l'obstacle, l'auteur revient au texte pour sept lignes et demie; cette fois, les points de suspension éliminent deux mots, à savoir ohne Prothesen, c'est-à-dire "sans prothèses".

L'épreuve se poursuit et se termine par vingt-deux lignes ininterrompues; au-delà de ce dernier passage du récit se déroule ladescription proprement dite, faite par Gerstein, de l'opération de gazage elle-même, c'est-à-dire le coeur du récit, que les auteurs ont négligé.

Dans cet ouvrage cautionné par les trois plus hautes autorités non-révisionnistes d'Allemagne fédérale et d'Autriche (Kogon, Langbein et Rueckerl), le récit qu'ils persistent à appeler "Der Gerstein-Bericht" (le rapport Gerstein) est soigneusement expurgé de toute affirmation impossible à croire; il subsiste seulement dans les premières lignes de l'extrait reproduit des chiffres difficilement admissibles : ils concernent le train composé de 45 wagons avec 6.700 personnes dont 1.450 étaient déjà mortes à l'arrivée, ce qui donne près de 149 personnes par wagon dont plus de trente morts!

Nous avons examiné en détail le procédé adopté, d'une part, par François de Fontette, d'autre part, par trois sommités allemandes ou autrichiennes en la matière. Ce procédé nous entraîne sur une pente encore plus dangereuse que celles où se sont précédemment égarés les textes de Gerstein. Cette fois, il n'y a plus de manipulations à proprement parler, encore moins de fabrications; on procède par larges coupures, par amputations : de "pieuses coupures", pourrions-nous dire, comme l'on dit de "pieux mensonges".

[335]

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