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Le Journal d'Anne Frank est-il authentique?

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par Robert Faurisson

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CHAPITRE VII

 

72. Confrontation entre le texte hollandais et le texte allemand: voulant trop en faire, M.Frank s'est trahi; il a signé une supercherie littéraire.

 

73. J'ai deux textes sous les yeux. Le premier est en hollandais (H), tandis que le second est en allemand (D). Les éditeurs me disent que H est le texte original, tandis que D est la traduction de ce texte original. Je n'ai a priori aucune raison de mettre leur parole en doute. Mais la rigueur scientifique. ainsi que le bon sens et l'expérience, apprennent qu'il faut accueillir avec circonspection les dires des éditeurs. Il arrive, en effet, qu'il puisse y avoir erreur ou tromperie de leur part. Le livre est une marchandise comme une autre. L'étiquette peut tromper sur le contenu. En conséquence, je laisserai ici de côté les étiquettes qu'on me propose ou qu'on m'impose. Je ne parlerai ni de "version originale en hollandais", ni de "traduction en allemand". Je suspendrai provisoirement tout jugement. Je n'accorderai de dénomination précise à ces deux livres que sous bénéfice d'inventaire. Pour l'instant. je leur accorderai une dénomination qui soit, à la fois, égale et neutre. Je parlerai donc de textes.

 

74. Je vais décrire le texte H et le texte D que j'ai sous les yeux. Je vais commencer par le texte H, mais je pourrais, tout aussi bien, commencer par le texte D. J'insiste sur ce dernier point. L'ordre de succession que j'ai choisi ici ne devra impliquer aucune succession dans le temps, ni aucun rapport de filiation du type père/fils entre H et D.

 

 

75. Mon texte se présente ainsi: Anne Frank/Het. Achterhuis/Dagboekbrieven/14 Juni 1942- 1 Augustus 1944/1977, Uitgeverij Contact Amsterdam, Eerste druk 1947/Vijfenvijftigste druk 1977/. Le texte de l'auteur commence à la page 22 avec la reproduction photographique d'une sorte de dédicace signée: "Anne Frank. 12 Juni 1942". A la page 23, apparaît la première des 168 lettres qui composent ce "journal" auquel on a donné pour titre l'Arrière-maison. Le livre a 273 pages. La dernière page se termine à la page 269. J'estime la longueur du texte proprement dit à environ 72500 mots hollandais. (Pour des raisons de commodité. j'emploierai le mot de "hollandais" au lieu de celui de "néerlandais".) Je n'ai pas comparé le texte de cette 55e édition avec le texte de la 1ère édition. Lors de mon enquête à Amsterdam, j'ai reçu l'assurance de MM.Fred Batten et Christian Blom qu'aucun changement n'avait été apporté aux éditions successives. Ces deux personnes appartenaient à la maison Contact et elles sont à l'origine, avec M.P.De Neve (¦), de l'acceptation du manuscrit dactylographié que M. Frank avait déposé chez un interprète du nom de M. Kahn. C'est ce M. Kahn qui devait, en 1957, servir d'accompagnateur et d'interprète à Ernst Schnabel, quand ce dernier est venu voir Elli à Amsterdam.

 

76. Mon texte D se présente ainsi: Das Tagebuch der Anne Frank/12. Juni 1942 - 1. August 1944/1977, Fischer Taschenbuch Verlag/N°77/Ungekuerzte Ausgabe/43. Auflage 1293000 - 1332000/Aus dem Hollandischen uebertragen von Anneliese Schuetz/Hollandische Original-Ausgabe "Het Achterhuis", Contact, Amsterdam. Après la page de dédicace, la première des lettres apparaît à la page 9. Il y a 175 lettres. La dernière lettre se termine à la page 201. J'estime la longueur du texte à environ 77.000 mots allemands. Le livre a 203 pages. Ce "livre de poche" a eu sa première édition en mars 1955. Fischer a obtenu la Lizenzausgabe de la maison Lambert Schneider, de Heidelberg.

 

77. Je relève un premier fait troublant. Le texte H a 169 lettres, tandis que le texte D, qui se présente comme la traduction du texte H, possède 175 lettres.

 

78. Je relève un deuxième fait troublant. Si je pars à la recherche des lettres supplémentaires de D, ce n'est pas six lettres que je découvre (175 -169 =6), mais 7 lettres. L'explication est la suivante: le texte D ne possède pas la lettre du "6 december 1943" du texte H!

 

79. Je relève un troisième fait troublant. La langue hollandaise et la langue allemande étant très proches l'une de l'autre, la traduction ne devrait pas être sensiblement plus longue que le texte qu'on a traduit. Or, même si je fais abstraction du nombre de mots qui composent les 7 lettres en question, je suis très loin d'atteindre une différence de 4500 mots environ (D 77000 - H 72500 =4500). C'est donc que le texte D, même quand il possède des lettres en commun avec le texte H, les possède sous une autre forme: en tout cas, sous une forme plus longue. Voici ma démonstration, chiffres à l'appui:

 

a) Lettres que D possède en plus:

 3. August 1943.   210 mots environ
 7. August 1943  1600
 20. Februar 1943   270
 15. April 1944   340
 21. April 1944   180
 25. April 1944   190

 Total
 3170 mots environ

[Erreur de ma part (R. Faurisson): La lettre du 12 mai 1944 (380 mots) ne manque pas au texte H. Elle existe dans le texte H mais datée: 11 mai. Ce qui manque au texte H, c'est la lettre du 11 mai qui, dans le texte D, a... 520 mots!]

 

b) Lettre que D possède en moins:

6 december 1943.................. 380 mots environ

 

c) Mots que D possède en plus, à quantité égale de lettres: 4 500 - (3170 - 380) =1710 mots.

En réalité, ainsi qu'on le verra par la suite, ce chiffre ne représente qu'un faible partie du surplus de mots que contient D. Mais, en attendant, pour ne pas sembler trop attaché aux calculs, je vais donner des exemples précis portant sur 550 mots environ.

80. Parmi les lettres que H et D possèdent apparemment en commun, voici des lettres (parmi beaucoup d'autres) où D possède des fragments supplémentaires, c'est-à-dire des fragments dont le lecteur hollandais n'a jamais eu connaissance:

 

 16. Oktober 1942 "Vater... Schrifsteller" 20 mots
 20. Oktober 1942  "Nachdem... habe" 30
 5. Februar 1943  "Ueber... bedeutet" 100
 10. August 1943  "Gestern... anziehen" 140
 31. Maerz 1943  "Hier... prima" 70
"Als... warum?" 25
 2. Mai 1944  "Inzwischen... spendiert". 90
 3. Mai 1944  "Herr..... besorgt" 40
"Langer... hat" 35
  Total de ces simples exemples  550 mots

 

 

81. Parmi les lettres que H et D possèdent apparemment en commun, voici des lettres (parmi beaucoup d'autres) où D possède des fragments en moins, c'est-à-dire des fragments dont le lecteur allemand n'a jamais eu connaissance:

 17 nov. 1942  "Speciale... overgelegd" 15 mots
 13 juni 1943  "Daar Pim... heeft" 30
 29 juli 1943  "Ijdelheid... persoontje" 20
 Total de ces simples exemples  65 mots

 

 

Un fait remarquable est que les fragments qui manquent sont très nombreux et très courts. Par exemple, la lettre du 20. Augustus 1943 est amputée de 19 mots dans le texte allemand, et ces 19 mots se répartissent ainsi: 3 +1 +4 +4 +7 =19.

 

82. Je relève un quatrième fait troublant. Ce fait est indépendant des quantités qui sont en plus ou moins. Ce fait, c'est que des fragments de lettres voyagent en quelque sorte d'une lettre à l'autre, du texte H au texte D. Par exemple, tout l'avant-dernier alinéa de la lettre H de Donderdag, 27 april 1944 se trouve au dernier alinéa de la lettre D de Dienstag, 25. April 1944. Le 7 janvier 1944, le dernier alinéa de H devient, dans D, le 6e alinéa avant la fin. Le 27 avril 1944, l'avant-dernier alinéa de H devient, dans D, le dernier alinéa de la lettre du 25 avril 1944.

 

83. Je relève un cinquième fait troublant. Il n'est plus question, cette fois-ci, d'additions, de soustractions, de translations, mais d'altérations qui sont le signe d'incompatibilités. Je veux dire ceci: à supposer que je laisse de côté tous les traits par lesquels H et D diffèrent si visiblement l'un de l'autre, et à supposer que je me tourne maintenant vers ce que j'appellerais "le reste" (un "reste" qui, d'après les éditeurs, devrait constituer "le fonds commun", "la partie identique"), j'ai la surprise de constater que, d'un bout à l'autre de ces deux livres, à de rarissimes exceptions près, ce "reste" est très loin d'être identique. Comme on va le voir par les exemples qui suivent, ces incompatibilités ne peuvent s'attribuer à une traduction maladroite ou fantaisiste. La même lettre du 10 mars 1943 donne, pour H, "Bij kaarslicht" (" A la lueur des bougies") et pour D, "Bei Tage" (" A la lueur du jour"); "een nacht" (" une nuit") pour "Eines Tages" (" Un jour"); "verdwenen de dieven" (" les voleurs disparurent") pour "schwieg der Larm" (" le bruit se tut"). Le 13 janvier 1943, Anne dit qu'elle se réjouit à la perspective d'acheter après la guerre des "nieuwe kleren en schoenen" (" des vêtements et des souliers neufs"); cela dans le texte H, car dans le texte D elle parle de "neue Kleider und Buecher" (de "vêtements et livres neufs"). Le 18 mai 1943 Mme Van Daan est "als door Mouschi gebeten" (" comme mordue par [le chat] Mouschi"), cela dans le texte H, car dans le texte D elle est "wie von einer Tarantel gestochen" ("comme piquée par une tarentule"). Selon que l'on consulte H ou D, un homme est un "fascist" ou bien un "Riese" ("colosse") (20 octobre 1942). De "jolies petites chaises" (" fijne stoeltjes") se retrouvent "coûteux mobilier" ("kostbaren Mobel") (29 octobre 1942). Des "haricots rouges et des haricots blancs" (" bruine en witte bonen") se retrouvent "haricots blancs" ("weisse Bohnen") (12 mars 1943). Des sandales pour 6,50 florins deviennent des sandales sans indication de prix (ibidem), tandis que "un nombre de 5 otages" ("een stuk of 5 gijzelaars") est devenu "un certain nombre de ces otages" ("eine Anzahl dieser Geilseln"), et cela dans la même lettre du 9 octobre 1942 où "les Allemands" (" Duitsers") ne sont plus que "ces Allemands" (" diese Deutschen") très particuliers que sont les nazis (voy., ci-dessus, l'alinéa 54). Le 17 novembre 1942, Dussel retrouve les Frank et les Van Daan dans leur cachette. Le texte H dit que "Miep l'aida à quitter son pardessus" (" Miep liet hem zijn jas uitdoen"); apprenant que les Frank sont là, "il faillit s'évanouir d'étonnement" et, dit Anne, il resta "muet" "comme s'il voulait d'abord un peu un moment, lire la vérité sur nos visages" ("viel hij haast flauw van verbazing [...] sprakeloos [...] alsof hij eerst even goed de waarheid van onze gezichten wilde lezen"); mais le texte D, lui, dit de Dussel qu'il "devait quitter son manteau" et décrit ainsi son étonnement: "il ne pouvait comprendre [...] il ne pouvait en croire ses yeux" ("Er mußte den Mantel ausziehen [...] konnte er es nicht faßen [...] and wollte seinen Augen nicht trauen"). Une personne qui souffrait de l'oeil et qui "se le bassinait avec de la camomille" (" bette het [...] met kamillen-the") devient une personne qui se "faisait des compresses" (" machte Umschlaege") (10 décembre 1942). Là où "Papa" seul attend (" Pim verwacht"), c'est "nous" tous qui attendons (" Wir erwarten") (27 février 1943). Là où les deux chats reçoivent leurs noms de Moffi et de Tommi, selon qu'ils paraissent "boche" ou "angliche", "Tout comme en politique" (" Net als in de politiek"), le texte D dit qu'ils sont nommés "selon leurs dispositions d'esprit" (" Ihren Anlagen gemaeß") (12 mars 1943). Le 26 mars 1943, des gens qui "étaient très en éveil" (" waren veel wakker") deviennent des gens qui "étaient dans une peur sans fin" (" schreckten immer wieder auf"), "un coupon de flanelle" (" een lap flanel") devient une "housse à matelas" (" Matratzen-schoner") (1er mai 1943). "Faire grève" (" staken") "dans de nombreux domaines" (" in viele gebieden") devient: "on sabote de toutes parts" (" an allen Ecken und Enden sabotiert wird") (ibidem). Un "lit pliant" ("harmonicabed") se retrouve "chaise longue" ("Liegestuhl") (21 août 1942). La phrase suivante: "Le feu des canons ne nous faisait plus rien, notre peur s'en était allée" (" Het kanonvuur deerde ons niet meer, onze angst was weggevaad") devient: "et la situation, pour aujourd'hui, était sauve" ("und die Situation war fur heute gerettet") (18 mai 1943).

 

84. Ces quelques exemples d'incompatibilités, je les avais relevés au cours d'un simple sondage, qui ne dépassait pas la 54e lettre du texte H (18 mai 1943). Je décidais alors de procéder à un sondage beaucoup plus serré, portant sur les onze lettres allant du 19 juillet au 29 septembre 1943 (lettres 60 à 73). Aux incompatibilités, je décidais d'ajouter les additions et les soustractions. Le résultat fut tel que la simple énumération des différences relevées demanderait plusieurs pages dactylographiées. Je ne peux le faire ici. Je me contenterai de quelques exemples que voici, en évitant les plus frappants parce que malheureusement, les plus frappants sont aussi les plus longs à citer.

-- Lettre du 19 juillet 1943: "parents tués" ("dode ouders") devient: "parents" ("Eltern")

-- Lettre du 23 juillet 1943: D possède, en plus au moins 49 mots +3 mots;

-- Lettre du 26 juillet 1943: D possède, en plus, 4 +4 mots et, en moins, deux mots: "over Italie":

-- Lettre du 29 juillet 1943: D possède 20 mots en moins, et "20 ans" ("twintig jaar") deviennent "25 ans" ("25 Jahren");

-- Lettre du 3 août 1943: cette lettre D de 210 mots manque totalement dans H;

-- Lettre du 4 août 1943: H donne "divan" et D donne "chaise-longue". Dans H une puce "flotte" (" drijft") dans l'eau de lavage, "seulement dans les mois ou les semaines de chaleur" ("allen in de hete maanden of weeken"), tandis que pour D cette puce doit y "laisser la vie" ("sein Leben lassen"), sans autre précision de temps. H donne: "manier des cotons [imbibés] d'eau oxygénée (cela sert à blanchir un duvet noir de moustache)" ("waterstofwatjes hanteren [dient om zwarte snorharen te bleken]"), tandis que D donne simplement: "et d'autres petits secrets de toilette...". (" und andere kleine Toilettengeheimnisse...".). La comparaison de "comme un ruisseau tombant d'une montagne" ("als een beekie van een berg") devient "comme un ruisseau sur les cailloux" (" wie ein Baechlein ueber die Kiesel"). Des "verbes irréguliers français": c'est à quoi pense Anne dans le texte H ("aan Franse onregelmatige wekworden"), mais, dans le texte D, ce ne peut être qu'à des verbes irréguliers hollandais, sembletil, puisque elle dit qu'elle "rêve" ("traeume ich") de "verbes irréguliers" (" von unregelmassigen Verben") Le texte D se contente de: "Drrring, en haut [sonne chez les Van Daan] le réveil" (" Krrrrr, oben der Wecker") tandis que H donne: "Drrring... le petit réveil [sonne], qui à chaque heure du jour (quand on le lui demande ou parfois aussi sans cela) peut élever sa petite voix." (" Trrr... het wekkertje, dat op eIk uur van de dag [als men er naar vraagt of soms ook sonder dat] zijn stemmetje kan verheffen");

-- Lettre du 5 août 1943: toute la description du repas habituel, de 13h15 à 13h45, et de ses suites est l'objet de différences importantes; d'ailleurs, ce qui, par H, est annoncé comme "La grande distribution" est annoncé par D comme "Petit lunch" ("De grote uitdeling"/"Kleiner Lunch": je souligne les adjectifs; l'ironie possible, mais non certaine, de H a disparu dans D). Des trois "divans" de H, il ne subsiste plus qu'un "divan" dans D;

-- Lettre du 7 août 1943: cette lettre constitue une énigme tout à fait intéressante. Très longue, elle commence, dans le texte D, par 9 lignes de présentation d'un conte de 74 lignes intitulé Kaatje ainsi que d'un autre conte intitulé Katrientje, de 99 lignes. Cette lettre est totalement absente de H. Les Hollandais, pour leur part, ne connaissent ces contes que par un livre distinct intitulé Contes, où figurent, d'ailleurs, d'autres "contes inédits" d'Anne Frank;

-- Lettre du 9 août 1943: parmi bien d'autres curiosités, figurent "des lunettes d'écaille" ("een hoornen bril") qui deviennent "des lunettes d'écaille fumées" ("eine dunkle Hornbrille") dans le texte D;

-- Lettre du 10 août 1943: le "matériel de guerre" de H devient les "canons" ("Kanonen") de D. La phrase concernant la cloche de Westertoren est entièrement différente. Et, surtout, D possède un épisode de 140 mots qui n'apparaît pas dans H. Anne qui a reçu des souliers neufs y raconte une série de mésaventures qui lui seraient arrivées le même jour: elle s'est piqué le pouce droit avec une grosse aiguille, elle s'est cogné le front contre la porte de l'armoire; à cause du bruit provoqué, elle a reçu un "savon" ("Ruffel"); elle n'a pas pu se rafraîchir le front, parce qu'il ne fallait pas faire couler d'eau, elle a eu une grosse bosse à l'oeil droit; elle s'est encastré un orteil dans l'aspirateur; son pied s'est infecté, il est tout gonflé. Résultat: Anne ne peut mettre ses jolis souliers neufs. (On aura noté ici la présence d'un aspirateur en un lieu où le silence devrait être constamment de rigueur);

-- Lettre du 18 août 1943: parmi 9 différences, on voit des "haricots" ("bonen") se transformer en petits pois ("Erbsen");

-- Lettre du 20 août 1943: je ne retiendrai qu'un exemple de différence, il concerne le pain, le récit est sensiblement différent et, d'ailleurs, pour H, ce pain se trouve dans deux emplacements successifs: d'abord l'armoire d'acier du bureau donnant sur la rue (dans l'avant-maison), puis l'armoire de cuisine de l'arrière-maison ("stalen kast", "voorkantoor"/"keukenkast"), tandis que D ne cite que le premier emplacement, sans préciser le second; le malheur est que le premier emplacement cité par D est une simple armoire situé dans le bureau donnant sur... la cour: le bureau de Kraler, et non celui de Koophuis ("le pain, qui chaque jour est placé pour nous dans la pièce de Kraler")! (Sur les bureaux respectifs de Kraler et de Koophuis, voy. la lettre du 9 juillet 1942.) Il y a là une grave contradiction matérielle entre les deux textes, avec changements de mots, de phrases, etc.;

-- Lettre du 23 août 1 943: parmi d'autres curiosités, "lire ou étudier" ("lesen of leren") devient "lire ou écrire" ("lesen oder schreiben"), "Dickens et le dictionnaire" ("Dickens en het woordenbook") deviennent seulement "Dickens", des "traversins" ("peluwen") se transforment en "édredons" ("Plumeaus") (en hollandais "édredon" se serait dit "[eider] dons" ou bien "dekbed");

-- Lettre du 10 septembre 1943: parmi cinq différences, je note que l'émission, chaque jour tant attendue, de Radio-Oranje (voix de la Hollande d'outre-mer) commence à 8h15 pour H et à 8h pour D;

-- Lettre du 16 septembre 1943: "dix valérianes" ("tien Valeriaantjes") deviennent "dix des petites pilules blanches" ("zehn von den kleinen weissen Pillen"). "Un visage allongé et une bouche tombante" ("een uitgestreken gezicht en neerhangende mond") deviennent "une bouche pincée avec les plis du souci" ("einen zusammengekniffenen Mund und Sorgenfalten"). L'hiver comparé à un obstacle redoutable, un hiver "mordant", qui est là comme un "gros bloc de rocher" ("het grote rotsblok, dat winter heet"), n'est plus qu'un simple hiver ("dem Winter"). Un "pardessus" ("jas") devient "chapeau et canne" ("Hut und Stock"). Une phrase de 24 mots, prétendant décrire une scène pittoresque, se trouve réduite à 5 mots allemands. A l'inverse, 6 mots hollandais deviennent 13 mots allemands d'un sens très différents;

-- Lettre du 29 septembre 1943: "un père grognon" ("een mopperenden vader") devient "le père qui n'est pas d'accord avec son choix" ("den Vater, der nicht mit ihrer Wahl einverstanden ist"). Energiquement ("energiek") devient "ganz kalt und ruhig" ("de façon tout à fait froide et calme"), etc.

 

85. Inutile, je pense, de poursuivre une telle énumération. Il n'est pas exagéré de dire que la première lettre du recueil nous donne, en quelque sorte, le ton de l'ensemble. Dans cette courte lettre, les Hollandais apprennent que, pour son anniversaire, Anne a reçu "une petite plante" ("een plantje"). Les Allemands ont le privilège d'apprendre que cette plante était "un cactus" ("eine Kaktee"). En revanche, les Hollandais savent qu'Anne a reçu "deux branches de pivoines", tandis que les Allemands doivent se contenter de savoir qu'il y a eu "quelques branches de pivoines" ("einige Zweige Pfingstrosen"). Les Hollandais ont le droit à la phrase suivante: "tels étaient, ce matin-là, les enfants de Flore qui se tenaient sur ma table" ("dat waren die ochtend de kinderen van Flora die op mijn tafel stonden"). Dans le texte allemand, la table a disparu, ainsi que "les enfants de Flore" (curieuse expression stéréotypée sous la plume d'un enfant de treize ans; on l'attendrait plutôt d'un adulte qui cherche laborieusement et ingénument à "fleurir" son style). Les Allemands ont simplement droit à: "Tels étaient, pour commencer, les fleurs offertes en guise de compliments" ("Das waren die ersten Blumengrueße"). Les Hollandais apprendront qu'Anne, ce jour-là, offrira à ses professeurs et à ses camarades de classe "des petits-beurre" ("boterkoekjes"). Les Allemands auront droit à des "bonbons" ("Bonbons"). Le "chocolat", présent pour les Hollandais, disparaîtra chez les Allemands. Plus surprenant: un livre qu'Anne pourra s'acheter avec l'argent qui vient de lui être donné en ce dimanche 14 juin 1942 devient, dans le texte allemand, un livre qu'elle s'est déjà acheté ("zodat ik me [...] kan kopen"/"habe ich mir [...] gekauft").

 

86. En revanche, la dernière lettre du recueil est identique dans les deux textes. Cela nous confirme, s'il en était besoin, que la traductrice allemande -- s'il fallait parler de "traduction" -- était fort capable de respecter le texte hollandais. Mais il est trop évident maintenant qu'on ne saurait parler de traduction, ni même d'"adaptation". Est-ce traduire, est-ce "adapter" que de mettre jour pour nuit (10 mars 1943)? Livres pour souliers (13 janvier 1943)? Bonbons pour petits-beurre (14 juin 1942)? Colosse pour fasciste (20 octobre 1942)? "Bougies" se traduit-il par "jour" et "chat" par "tarentule"? "Flotter" par "mourir"? Grand par petit (4 août 1943)? Il n'y a que les prestidigitateurs pour transformer un pardessus en un chapeau et en une canne. Avec Mme Anneliese Schuetz et M.Frank, la table disparaît (14 juin 1942) et l'escalier se dérobe (la lettre hollandaise du 16 septembre 1943 mentionne un très curieux escalier, qui conduirait directement chez les clandestins: "die direct naar boven leidt"). La réserve de pain change de place. Ce qui est derrière se retrouve devant (bureau de Kraler). Les chiffres apparaissent et disparaissent. Les heures changent. Les visages se transforment. Les événements se multiplient ou disparaissent. Les êtres comme les choses sont sujets à éclipses et à transformations soudaines. Anne, pourrait-on dire, sort de la tombe pour venir allonger un de ses récits ou pour le raccourcir; parfois, elle en écrit un autre ou bien elle restitue au néant.

 

 

87. Dix ans après sa mort, le texte d'Anne continue de se transformer. Les éditions Fischer éditent en livre de poche, en 1955, son Journal sous une forme "discrètement" remaniée. Le lecteur pourra notamment comparer les lettres suivantes:

-- 9 juillet 1942: "Hineingekommen... gemalt war" (= 25 mots) remplacé par: "Neben... gemalt war" (= 41 mots). Apparition d'une porte!

-- 11 juillet 1942: "bange" remplacé par "besorgt";

- 21 septembre 1942: "geruegt" remplacé par "gescholten" et "drei Westen" se transformant en "drei Wolljacken";

-- 27 septembre 1942: "mit Margot bin ich mehr so intim" devient: "mit Margot verstehe mich nicht sehr gut";

-- 28 septembre 1942: "bestuerzt" remplacé "erschuettert";

-- 7 novembre 1942: "ohne den Hergang zu kennen" devient: "ohne zu wissen, worum es ging" et "Er ist mein Ideal" devient: "Er ist mein leuchtendes Vorbild". Cette dernière transformation du texte ne manque pas de saveur, si l'on sait qu'il s'agit ici du père d'Anne. M.Frank n'est plus un "idéal" pour sa fille, mais "un modèle lumineux"! Autre changement: "und das Ärgste ist" devient: "und am schlimmsten ist";

-- 7 août 1943: j'ai signalé plus haut (voy. l'alinéa 84) cette très longue lettre qui contient deux contes. Je suppose que ces contes existaient dans le manuscrit qui leur était réservé et qu'ils ont été abusivement insérés dans le Journal. Dans ce cas, on se demande qui a rédigé les neuf lignes d'introduction, où Anne demande notamment à sa correspondante si elle croit que ses contes vont plaire aux enfants.

 

88. Ces dernières transformations se sont faites d'un texte allemand à un autre texte allemand. Elles ne sauraient donc avoir l'excuse d'une traduction maladroite ou fantaisiste. Elles prouvent que l'auteur du Journal- j'appelle ainsi, tout normalement, le responsable du texte que je lis- vivait encore en 1955. De la même façon, en découvrant le texte allemand de 1950 (édition Lambert Schneider), je découvrais que l'auteur du Journal (un auteur particulièrement prolifique) vivait encore en 1950. Cet auteur ne pouvait pas être Anne Frank qui, comme on le sait, est morte en 1945.

 

89. Dans mes comparaisons de textes, j'ai suivi l'ordre chronologique officiel. J'ai montré comment le texte imprimé en hollandais (1947) jurait avec le premier texte imprimé allemand (1950), lequel, à son tour, subissait d'étranges métamorphoses dans le second texte imprimé allemand (1955). Mais, scientifiquement, rien ne prouve que l'ordre chronologique de parution reflète l'ordre chronologique de composition. Par exemple, il a pu exister des manuscrits en allemand qui ont précédé la confection des manuscrits hollandais. Il se peut que le modèle ou le canevas "princeps" ait été rédigé en allemand. Il se peut qu'ensuite ce modèle ou ce canevas, après avoir donné naissance à un texte traduit en hollandais, ait aussi donné naissance à un texte allemand entièrement rédigé. Il se peut que durant plusieurs années, des textes très différents aient ainsi vécu en symbiose. Ce phénomène s'appelle le phénomène de contamination. Il est cependant clair que M.Frank ne peut invoquer cet argument de la contamination des textes, puisqu'il n'existe, d'après lui, qu'un seul texte: celui des manuscrits hollandais. Pour certaines périodes des vingt-cinq mois de Prinsengracht, il est possible que les différents manuscrits du Journal nous proposent des variantes; encore ces variantes ne pourraient-elles pas fournir les innombrables absurdités et incompatibilités que nous avons vues. Pour d'autres périodes, comme celle de toute une année (du 6 décembre 1942 au 21 décembre 1943), où, du propre aveu de M.Frank, on ne dispose que d'une version, il ne devrait pas exister la moindre variante, pas le moindre désaccord entre le texte H et le texte D: C'est pour cette raison que j'ai choisi dans cette période le plus grand nombre de mes exemples d'incompatibilités.

 

90. Je n'ai noté, dans mes sondages, ni plus, ni moins d'incompatibilités pour cette période que pour les autres. D'une façon constante, le texte H nous présente une Anne Frank qui a, sinon les traits, du moins le stéréotype de la jeune adolescente, tandis que le texte D nous propose le stéréotype de l'adolescente déjà proche, par certains côtés, de la femme mûre. Il y a, dans le texte D, des passages qui sont incompatibles avec les passages correspondants du texte H, et même formellement incompatibles avec toute la substance de tout le texte H. On atteint là au summum de l'intolérable dans la manipulation des textes. Voici, par exemple, la lettre du 5 janvier 1944. Anne confesse qu'avant son temps de clandestinité, c'est-à-dire, avant l'âge de treize ans, il lui est arrivé, passant la nuit chez une amie, d'éprouver le besoin de l'embrasser: "J'ai eu un fort besoin de l'embrasser et je l'ai d'ailleurs fait" ("een sterke behoefte had haar te zoenen en dat ik dat ook gedaan heb"). Dans le texte D, apparaît une fille de treize ans sensiblement plus délurée. Ici, Anne a demandé à sa camarade d'une nuit si, en témoignage de leur amitié, elles ne pouvaient pas se palper réciproquement les seins. Mais la camarade avait refusé. Et Anne, qui paraît avoir de la pratique en la matière ajoute: "je trouvais toujours agréable de l'embrasser et je l'ai fait" (" fragte ich sie, ob wir als Beweis unserer Freundschaft uns gegenseitig die Brueste befuehlen wollten, aber sie weigerte sich. Ich fand es immer schoen, sie zu kuessen, und habe es auch getan"). Sur la sensibilité sexuelle d'Anne, je recommande également la lecture comparée des textes H et D du janvier 1944. Il est étonnant qu'on ait privé le lecteur hollandais de tant de révélations réservées par M.Frank et Anneliese Schuetz à... la grand-mère d'Anne, qui était si "âgée" (voy., ci-dessus, l'alinéa 54). Que de révélations encore dans le texte D sur des goûts musicaux ou sur des connaissances musicales que les Hollandais n'avaient pas le droit de connaître (pour quelle raison, au fait?) ! Le texte D de la lettre du 9 juin 1944 nous réserve l'exclusivité d'une dissertation de 200 mots sur la vie de Liszt (traité, par une Anne très féministe, de "coureur de jupons"/"Schuerzenjager"), sur Beethoven, Wagner, Chopin, Rossini, Mendelsohn; de nombreux autres noms sont mentionnés: H.Berlioz, Victor Hugo, Honoré de Balzac... La lettre du 20 février 1944 (220 mots) est absente de l'édition H. Elle contient pourtant des éléments d'une importance capitale à bien des points de vue. Dussel a pour habitude de siffler "das Violin-Konzert von Beethoven"; l'emploi du temps du dimanche nous est révélé; il faut reconnaître qu'un point, au moins, de cet emploi du temps est plus que troublant: M.Frank est montré en salopette, à genoux battant le tapis avec un tel élan que toute la chambre en est remplie de nuages de poussière ("Vater liegt im Overall auf den Knien und buerstet den Teppich mit solchem Elan, daß das ganze Zimmer in Staubwolken gehuellt ist"). Outre le tapage que provoquerait une telle opération dans un lieu où, même la nuit, quand les voisins ne sont pas là, il ne faut pas tousser, il est manifeste que la scène est décrite par quelqu'un qui n'a pu la voir: un tapis n'est jamais ainsi battu sur le sol d'une chambre, à l'emplacement même où il s'est empoussiéré. Dans la lettre du 3 novembre 1943, un fragment de 120 mots, qui manque au texte H, nous révèle une autre affaire de tapis brossé chaque soir par Anne dans l'"Ofenluft" (l'air du poêle), et cela parce que l'aspirateur ("Der Staubsauger") "ist kaputt" (ce fameux aspirateur qui, pour M.Frank, ne pouvait pas avoir existé, voy., ci-dessus, l'alinéa 37). Sur les connaissances ou les idées d'Anne en matière d'événements historiques ou politiques, on fera des découvertes dans les lettres des 6 juin, 13 juin et 27 juin 1944. Sur le caractère de Peter, on aura des révélations dans la lettre du 11 mai 1944. Cette lettre de 400 mots n'existe pas dans le texte H. Et pourtant, dans le texte H, on trouve une lettre à cette date du 11 mai; cependant le texte correspondant est daté, dans le texte D, du 12 mai! Peter défie sa mère en l'appelant "la vieille" ("Komm mit, Alte!"). Rien à voir avec le Peter du texte H!

 

91. Il serait intéressant de soumettre à l'analyse de psychologues ou de psychiatres chacun des personnages principaux du texte H et du texte D. Anne, en particulier, apparaîtrait sous des traits profondément contradictoires. Mais il s'agit là d'une pure hypothèse. Je pense en effet que ces analystes verraient qu'Anne n'a pas plus de consistance réelle qu'une invention de toutes pièces. Les quelques prétendues descriptions d'Anne que j'ai pu rencontrer m'ont surtout convaincu que leurs auteurs avaient lu le Journal très superficiellement. Il est vrai que la platitude de leurs descriptions pouvait s'expliquer par la platitude du sujet décrit. Le stéréotype appelle le stéréotype, comme le mensonge appelle le mensonge.

 

92. La langue et le style de H s'efforcent d'être caractéristiques d'une jeune adolescente naive et empruntée. La langue et le style de D s'efforcent d'être caractéristiques d'une adolescente déjà proche, par certains côtés, de la femme mûre et libérée. Il y a là une évidence qu'illustrent à eux seuls les fragments que j'ai cités, des fragments que je n'ai pourtant pas choisis en vue d'étudier la langue et le style des deux Anne Frank.

 

93. M.Frank s'est livré à des affabulations. Cela se constate facilement, quand on voit comment il a transformé le texte imprimé allemand de 1950 (Lambert Schneider) pour en faire le texte imprimé Fischer (1955). C'est à cette occasion, notamment, qu'il fait dire à sa fille Anne que son père est son "idéal" (version 1950); puis, réflexion faite, qu'il est son "modèle lumineux" (version 1955). Ce goût de l'affabulation n'est pas venu d'un seul coup à M.Frank. Il avait, nous dit un ancien maître d'école d'Anne, l'innocente manie de composer "avec sa fille" des récits et des poèmes ("manchmal die Geschichten und Gedichte... die sie mit ihrem Vater zusammen gemacht hatte". Spur eines Kindes, p.39). Cela se passait vers 1940. Anne avait onze ans et son père cinquante et un ans. En 1942, M.Frank, ancien banquier à Francfort et ancien commerçant et homme d'affaires à Amsterdam, prenait une retraite forcée à l'âge de cinquante-trois ans. Je ne pense pas que le goût d'écrire lui ait alors passé dans ses longues journées d'inactivité. En tout cas, le Journal ne nous renseigne guère sur ce que M.Frank faisait de ses journées. Mais qu'importe! M.Frank est un affabulateur qui s'est lui-même trahi. Le drame des affabulateurs, c'est qu'ils rajoutent à leurs affabulations. Ils ne cessent de retoucher, de remanier, de retrancher, de corriger. Ce faisant, ils finissent par susciter la méfiance de certains. Et c'est un jeu d'enfant pour ceux-là de prouver l'affabulation. Il est très facile de confondre M.Frank. Il suffit d'avoir sous la main l'édition H et l'une des deux différentes éditions D. Il suffit de lui rappeler qu'aux Hollandais il a déclaré par écrit: "Je vous garantis qu'ici, à telle date, Anne a écrit: jour ou souliers ou petits-beurre ou fasciste ou grand", tandis qu'aux Allemands il est allé déclarer par écrit à propos des mêmes lieux et des mêmes dates: "Je vous garantis qu'Anne a écrit: nuit ou livres ou bonbons ou colosse ou petit". Si M.Frank a dit la vérité dans le premier cas, il a affabulé dans le second cas. Et vice-versa. Il a affabulé ou bien ici, ou bien là. Ou encore- et c'est le plus probable- il a affabulé ici et là. De toute façon, on ne pourra jamais prétendre que M.Frank, dans cette affaire du Journal, est un homme qui a dit la vérité, toute la vérité, rien que la vérité.

 

94. Le Journal ne peut, en aucune façon, être authentique. La consultation de manuscrits prétendument authentiques est superflue. En effet, aucun manuscrit au monde ne pourrait attester qu'Anne Frank a réussi la miraculeuse prouesse d'écrire deux mots à la fois et- qui plus est- deux mots de significations incompatibles, et- qui mieux est- deux textes tout entiers à la fois, et qui sont la plupart du temps totalement contradictoires. Il est bien entendu que tout texte imprimé peut avoir un apparat critique avec ses variantes, ses scolies, ses indications de l'existence d'interpolations possibles, etc. Mais j'ai déjà dit (voy., ci-dessus, l'alinéa 88) que, là où l'on ne dispose que d'un manuscrit, il n'y a plus de variantes possibles (à moins de cas d'espèce: difficultés de déchiffrement d'un mot, erreurs d'éditions précédentes, etc.). Et quand on dispose de plusieurs manuscrits (deux, tout au plus, pour certaines périodes du Journal; peut-être trois dans des cas très limités), il suffit d'éliminer ces périodes et ces cas pour s'en tenir strictement aux périodes et aux cas où il a fallu se contenter d'un seul manuscrit (ici, la période du 6 décembre 1942 au 21 décembre 1943).

 

95. Dans l'hypothèse, désormais inconcevable, où il existerait un manuscrit authentique, je dis qu'aucun des textes imprimés ne peut prétendre reproduire le texte de ce manuscrit. Le tableau suivant établit, en effet, que l'édition Fischer de 1955 arrive en 8e position dans l'ordre de succession des divers états du Journal. Pour la compréhension de ce tableau, on se reportera, notamment, aux alinéas 52 et 53.

 

Tableau chronologique ("officiel") des états successifs du texte du Journal

 I. -  Manuscrits d'Anne Frank;
 II. -  Abschrift (copie) d'Otto Frank, puis d'O.Frank et Isa Cauvern;
 III. -  Neufassung der Abschrift (nouvelle version de la copie) d'O.Frank et d'lsa Cauvern;
 IV. -  Neu-Neufassung der Abschrift d'Albert Cauvern;
 V. -  Neu-Neu-Neufassung d'Otto Frank;
 VII. -  Neu-Neu-Neu-Neufassung d'Otto Frank et des "censeurs";
 VII. -  Editions Contact (1947);
 VIII. -  Editions Lambert Schneider (1950), radicalement différente de la précédente et même incompatible avec celle-là;
 IX. -  Editions Fischer (1955) reprenant la précédente sous une forme "discrètement" (?) remaniée et retouchée.

 

On pourrait, bien sûr, prétendre que (V) n'était peut-être qu'une très fidèle mise au net de (IV). De même pour (VII) par rapport à (VI). Ce serait supposer que M.Frank, qui remaniait le texte à tout instant se serait subitement abstenu de le faire au moment de recopier, sans témoin, le texte (IV), et au moment de la correction probable des épreuves d'imprimerie pour (VII). Personnellement, je tiens ces 9 étapes pour un minimum auquel il faut bien ajouter une, deux ou trois "Abschrift" pour le texte (VIII).

 

96. Le seul intérêt d'une étude des manuscrits qui sont, prétendument, d'Anne Frank serait de faire apparaître des éléments encore plus accablants pour M.Frank: par exemple, des lettres ou des fragments de lettres qui n'ont jamais été publiés (les raisons de cette non-publication seraient à rechercher de près sans se fier aux raisons données par M.Frank et qui ont toujours une coloration sentimentale très suspecte); par exemple aussi, des dénominations très variables pour les "correspondantes" d'Anne (l'idée de la montrer s'adressant toujours à la même "chère Kitty" semble une idée tardive), etc.

 

97. Le raisonnement qui consisterait à prétendre que, dans le Journal, il existerait tout de même un fond de vérité serait un raisonnement sans valeur. D'abord parce qu'il faudrait connaître cette vérité ou pouvoir la distinguer dans le fatras des affabulations certaines; le mensonge, n'est, le plus souvent que l'art d'accommoder la vérité. Ensuite, parce qu'une oeuvre de l'esprit (comme, par exemple, la rédaction d'un "journal") ne se définit pas par un fond, mais par un ensemble de formes: les formes d'une expression écrite, les formes qu'un individu lui a données une fois pour toutes, pour le meilleur ou pour le pire.

 

98 Le raisonnement qui consisterait à dire qu'il n'y a eu que quelques centaines de modifications entre tel et tel état du Journal est fallacieux. Le mot de "modifications" est trop vague. Il permet, au gré de chacun, toutes les condamnations ou, surtout, toutes les excuses. De plus, une modification peut porter, on l'a vu, sur un seul mot ou sur un texte de mille six cents mots!

 

99. Pour ma part, j'ai relevé plusieurs centaines de modifications, ne serait-ce qu'entre le texte hollandais et n'importe lequel des deux textes- différents entre eux- qui ont été publiés en Allemagne. Ces modifications, je les appelle: additions, soustractions, translations et altérations (par substitutions d'un mot à un autre, d'un groupe de mots à un autre, ces mots et ces groupes de mots étant incompatibles entre eux, quand bien même, par exception rarissime, le sens pourrait être sauvegardé [?]). L'ensemble de ces modifications doit intéresser environ 25.000- vingt-cinq mille (1) - mots du texte Fischer qui, lui, doit être de 77.000 mots (c'est, en tout cas, le chiffre que je prends pour base).

 

100. La traduction française de Het Achterhuis peut, malgré l'absence d'une des 169 lettres de l'édition hollandaise Contact et malgré bien des faiblesses, malgré aussi des bizarreries qui donnent a penser que là encore il y aurait de fâcheuses découvertes à faire, se qualifier de "traduction". (Journal/de Anne Frank [Het Achterhuis], traduit du hollandais par T. Caren et Suzanne Lombard, Calmann-Lévy, 1950, ach. d'imp. 5 janvier 1974, 320p.) L'édition Lambert Schneider ne peut, en aucun cas, se présenter comme une traduction. Quant à l'édition Fischer, elle ne peut se dire une reproduction de l'édition Lambert Schneider, non plus qu'une traduction de Het Achterhuis.

 

101. Cet ensemble impressionnant d'additions, de soustractions, de translations, d'altérations, ces affabulations de M.Frank; ces malhonnêtetés d'éditeurs; ces interventions de personnes étrangères, amies de M.Frank; cette existence de deux livres si différents présentés comme un seul et même Journal d'Anne Frank, tout cela révèle une oeuvre qui ne peut, en aucune façon, garder le prestige attaché à un témoignage authentique. Les incompatibilités des différents textes sont de toutes natures. Elles touchent à la langue et au style, à la longueur et à la forme des pièces constitutives du Journal, au nombre et à la nature des anecdotes rapportées, à la description des lieux, à la mention des réalités matérielles, aux dialogues, aux idées échangées, aux goûts exprimés, elles touchent aux personnalités mêmes des principaux personnages, à commencer par la personnalité d'Anne Frank, une personnalité qui donne l'impression de vivre dans un monde de pure fiction.

 

102. En se portant garant personnel de l'authenticité de cette oeuvre, qui n'est qu'une affabulation, M.Frank, qui est, par ailleurs manifestement intervenu à tous les stades de la genèse du livre, a signé ce qu'il est convenu d'appeler une supercherie littéraire. Le Journal d'Anne Frank est à ranger au rayon, déjà très fourni, des faux mémoires. Notre après-guerre a été fertile en ouvrages ou écrits de ce genre. Parmi ces ouvrages faux, apocryphes ou suspects (soit entièrement, soit par insertions d'éléments étrangers), on peut citer: les divers "témoignages" de Rudolf Hoess, de Kurt Gerstein, de Miklos Nyiszli, d'Emmanuel Ringelbum, les mémoires d'Eva Braun, d'A.Eichman, de W.Schellenberg, mais aussi le document intitulé: "Prière de Jean XXIII pour les Juifs". On citera surtout les faux journaux d'enfants fabriqués par l'Institut historique juif de Varsovie et dénoncés par l'historien français Michel Borwicz, d'origine juive polonaise; parmi ces journaux pourrait figurer celui d'une Thérèse Hescheles, âgée de treize ans (2).

 

103. Je n'aurais garde d'oublier qu'un des faux les plus célèbres a été fabriqué contre les juifs. Il s'agit des "Protocoles des Sage de Sion". Je demande que l'on ne se méprenne pas sur le sens que j'ai donné à mes recherches sur l'authenticité du Journal d'Anne Frank. Même si ma conviction personnelle est que cette oeuvre émane de M.Frank, même si je pense qu'à raison de deux lettres par jour, il lui a suffi de trois mois pour mettre sur pieds le premier état de son affabulation maladroite, même si je pense qu'il ne croyait pas que son oeuvre connaîtrait un immense succès (qui, du même coup, risquerait d'en faire apparaître les terribles failles), même si je pense qu'on peut donc lui trouver mille circonstances atténuantes, même si j'ai la conviction qu'il ne cherchait nullement à monter une vaste escroquerie, mais qu'il s'est trouvé comme entraîné par les circonstances à cautionner toutes les suites extraordinairement brillantes d'une obscure et banale entreprise, malgré tout cela, la vérité m'oblige à dire que le Journal d'Anne Frank n'est qu'une simple supercherie littéraire.

Fin

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