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LE PROCÈS DU SIONISME ISRAÉLIEN

par Roger Garaudy

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L'Association des immigrants allemands se plaignait de ce que les représentants de l'Agence juive à Berlin allouaient des certificats d'immigration à des invalides. "Le matériel humain arrivant d'Allemagne est de pire en pire" dénonçait l'Association près d'un an après l'arrivée du gouvernement nazi. "Ils n'ont ni le désir ni la capacité de travailler, et ils ont besoin d'une assistance sociale" (29 décembre 1933) (Association des immigrants allemands). Un an plus tard l'association envoya à Berlin une liste de noms de personnes qu'il ne fallait pas, selon elle, laisser partir pour la Palestine (28 mars 1934) (ACS, S 7563)

Henrietta Szold, qui dirigeait la division du travail social de l'Agence juive, protestait elle aussi fréquemment contre l'existence de malades et de nécessiteux parmi les immigrants. De temps à autre, Szold demandait que certains de ces cas soient renvoyés en Allemagne nazie pour empêcher qu'ils ne deviennent un fardeau pour le Yishouv (19 août 1934)

En 1937, le Joint Distribution Committee, une organisation américaine qui prêtait assistance aux juifs nécessiteux, négocia avec les autorités allemandes la libération de 120 prisonniers juifs du camp de concentration de Dachau. "Je ne suis pas certain que, d'un point de vue politique, il soit souhaitable que tous les prisonniers libérés se rendent en Palestine", écrivit un dirigeant de l'Agence juive à l'un de ses collègues. "La plupart n'étaient pas sionistes; et il pouvait bien y avoir des communistes parmi eux."

Senator, qui s'était activé pour faire venir des juifs allemands en Palestine, prévint le bureau de l'Agence juive à Berlin que, s'il n'améliorait pas la qualité du "matériel humain" envoyé, l'Agence serait acculée à restreindre le nombre des certificats alloués aux capitalistes juifs allemands.

Il fut décidé que les candidats de plus de trente-cinq ans recevraient des certificats d'immigration "à la condition que rien ne laisse penser qu'ils puissent représenter un fardeau pour le pays". Par conséquent, ils devaient avoir une profession. "Toute personne qui s'adonnait au commerce, était-il déclaré, ou à toute autre activité similaire, ne recevra de certificat en aucune circonstance, sauf s'il s'agit d'un vétéran sioniste."

Cela se passait en 1935. "Dans les périodes d'abondance, il est possible d'assumer ce matériel, expliquait Itzhak Gruenbaum. Dans les périodes de pénurie et de chômage, ce matériel nous causera beaucoup de problèmes... Nous devons avoir l'autorisation de choisir pour l'immigration les réfugiés qui en valent la peine, et la permission de ne pas les accepter tous."

Les juifs allemands qui recevaient des permis d'immigrer "simplement comme réfugiés" étaient considérés eux aussi, comme du "matériel indésirable" par Eliahu Dobkin, un membre de l'exécutif de l'Agence juive. "Je comprends fort bien la situation particulière dans laquelle se trouvent les institutions d'outre-mer qui s'occupent des réfugiés allemands, mais je voudrais pouvoir croire que vous êtes d'accord avec moi sur le fait que nous devons aborder cette question non pas d'un point de vue philanthropique mais du point de vue des besoins du pays, écrivait Dobkin à l'un de ses collègues. Mon opinion est que nous devons amener les réfugiés répondant à ces besoins." Les responsables des immigrants juifs allemands en Palestine acquiescèrent. "Selon moi, 90 % d'entre eux ne sont pas indispensables ici", écrivait l'un de ces responsables à un de ses collègues.

Le Mémorandum du Comité de sauvetage de l'Agence juive, en 1943, disait:

"Devons-nous aider tous ceux qui en ont besoin sans tenir compte des caractéristiques de chacun? Ne devons-nous pas donner à cette action un caractère national sioniste et tenter de sauver en priorité ceux qui peuvent être utiles à la Terre d'Israël et au judaïsme? Je sais qu'il peut sembler cruel de poser la question de cette façon, mais nous devons malheureusement établir clairement que si nous sommes capables de sauver 10000 personnes parmi les 50000 personnes qui peuvent contribuer à la construction du pays et à la renaissance nationale ou bien un million de juifs qui deviendront pour nous un fardeau ou au mieux un poids mort, nous devons nous restreindre et sauver les 10000 qui peuvent être sauvées - malgré les accusations et les appels du million de laissés-pour-compte." (Source: Mémorandum du Comité de sauvetage de l'agence juive, 1943. Cité par Tom Segev. (op. cit.)

"Il faut sauver la jeunesse pionnière, principalement celle qui a bénéficié d'un entraînement et qui est spirituellement capable de mener à bien le sionisme. Il faut sauver les dirigeants sionistes, ils méritent que le mouvement les paye de retour pour leurs tâches [...]

Un sauvetage purement philanthropique, comme celui des juifs allemands [...] ne peut que causer du tort aux perspectives sionistes, particulièrement si les chances sont aussi limitées que le désastre est grand. Nous pouvions agir en faveur des juifs allemands tant qu'ils représentaient un avantage, tant qu'ils venaient avec leurs biens. Les réfugiés actuels ne représentent plus cet avantage puisqu'ils arrivent les mains vides. Par conséquent, ils n'ont rien à offrir au yishouv et nous ne pouvons nous attendre qu'à ce que nous avons déjà constaté chez une grande partie des juifs allemands: une distance totale, parfois une hostilité à la Terre d'Israël; une attitude irrespectueuse à l'égard de tout ce qui est juif et hébraïque [...].

Ceux qui sont arrivés via Téhéran montrent également quels résultats désastreux peut entraîner une immigration mal sélectionnée. Avec les pionniers et les dirigeants sionistes arrivent des masses de gens sans aucun lien avec le sionisme et totalement dénués d'attachement national."

(Apolinari Hartglass: Commentaire sur l'aide et le sauvetage. ACSS/26 1232. cité par Tom Segev p. 124 - 125)

Pour Itzhak Gruenbaum, les besoins du Yishouv étaient prioritaires: "Je pense qu'il est nécessaire d'affirmer clairement ici: le sionisme passe avant tout."

Ce fanatisme inspire, par exemple, l'attitude de la délégation sioniste à la conférence d'Evian, en juillet 1938 où 31 nations s'étaient réunies pour discuter de l'absorption des réfugiés d'Allemagne nazie: la délégation sioniste exige comme seule solution possible, d'admettre deux cent mille juifs en Palestine.

Je dois m'excuser de si longues citations mais elles sont au centre de ce procès: lorsque Ben Gourion, dans une interview au Times, dit, comme le font mes accusateurs d'aujourd'hui: "quand ils disent les "sionistes" ils veulent dire "les juifs."

Le seul rappel de ces textes montre toute la différence entre le judaïsme, religion que je respecte et le sionisme politique, nationaliste et colonialiste que je combats comme tous les autres nationalismes.

Ils révèlent en outre l'imposture de ceux qui aujourd'hui brandissent les cadavres des victimes qu'ils n'ont pas voulu sauver.

Où sont, en tout cela mes diffamations contre les dirigeants sionistes?

A moins que l'on appelle diffamation dénoncer l'infamie.

d) - Du mépris à la sacralisation des victimes

Et ceci d'autant plus que les sionistes d'alors ne se contentaient pas d'abandonner les victimes, mais encore ils les méprisaient.

L'écrivain Yehudi Hendel déclara un jour à la télévision israélienne en juin 1989:

"Disons-le brutalement, il y avait quasiment deux races dans le pays. Ceux qui pensaient qu'ils étaient des dieux; ils avaient eu l'honneur et le privilège de naître à Degania ou bien dans le quartier Borochov de Guivataim; j'ai grandi dans un quartier ouvrier près de Haifa. On peut dire avec certitude que là vivait une race inférieure. Des gens que nous considérions comme inférieurs, qui étaient affectés d'une sorte de malformation, une espèce de bosse dans le dos; c'était ceux qui étaient arrivés après la guerre. On m'a appris à l'école que la chose la plus laide, la plus vile n'était pas l'exil, mais le juif qui en venait."

"Ces gens sont laids, moralement apauvrissant, suspects et difficiles à aimer." déclara Leah Goldberg, lors d'une réunion d'écrivains convoqués par Ben Gourion. (Cité par Tom Segev, op. cit. p. 218.)

Pour Ben Gourion en effet, si les victimes juives étaient persécutées dans les pays dominés par Hitler, c'est qu'ils n'avaient pas écouté à temps son appel pour se réfugier en Palestine.

Un Membre de l'Agence juive, osa même dire que s'était élevé un mur étrange entre les survivants du massacre et les Israéliens de naissance. Ben Gourion l'appela une barrière de sang et de silence, d'angoisse et de solitude.

L'on conçoit dès lors aisément pourquoi Joseph Proskauer, juge à New-York, et président honoraire du Congrès juif américain, envoyait à Ben Gourion, le 31 mai 1961, une lettre de protestation contre la prétention de Ben Gourion de parler au nom du judaïsme mondial. (Cit. par Tom Segev, op. cit., p. 391)

Tout comme le Conseil américain pour le judaïsme envoyait une lettre à M. Christian Herter "pour dénier au gouvernement israélien le droit de parler au nom de tous les juifs." (Le Monde du 21 juin 1960)

Ben Gourion répondit qu'il était "un juif qui ne s'intéresse pas à ce que les non-juifs racontent." (Lettre à Itzhac Cohen du 11 avril 1961.)

"Au lieu de se laisser conduire au massacre comme des moutons." comme l'écrivait Friedenson dans son livre: Un chemin dans les cendres p. 155-157.

"Pourquoi, ils ne se sont pas battus?" (p. 157)

Il s'attachait d'ailleurs à les défendre.

Les Ben Gourion, protégés, en Palestine, par les Anglais qu'ils haïssaient, ne savaient pas ce que coûtait la résistance dans un camp de concentration. Nous qui l'avons vécue, déportés à Djelfa, au Sahara, en 1941, parce qu'on ne déportait pas encore en Allemagne, lorsque nous avons voulu saluer, par notre chant: Allons au-devant de la vie l'arrivée des autres déportés des Brigades internationales, le Commandant du camp ordonna de nous fusiller. Nous ne dûmes la vie qu'au refus des soldats Ibadites (une secte musulmane du sud) pour qui un homme armé ne tire pas sur un homme désarmé.

De notre résistance, inefficace mais symbolique, nous avons au moins appris que si l'on ne peut pas toujours défendre sa vie l'on peut toujours défendre son honneur.

C'est pourquoi nous n'avons jamais distingué dans nos camps, qui était juif, comme Bernard Lecache, et qui ne l'était pas, et nous avons pu comprendre fraternellement la situation de nos camarades, juifs ou non juifs, des camps d'Allemagne.

Et puis, brusquement, après la guerre des Six jours, l'attitude des dirigeants sionistes changea et le mépris des victimes de la Diaspora se transforma en son contraire, avec la même exagération: les déportés n'étaient pas tous des héros, mais ils étaient tous des victimes.

Une fois de plus était proclamée la singularité des victimes juives, comme si la mort des autres échappait à cette loi.

A propos du procès qui m'était fait et de la campagne médiatique menée contre moi et contre mon frère l'abbé Pierre, Francis Martens, de l'université catholique de Louvain, écrivait dans Le Monde du 21 mai 1996:

"Ce n'est pas un hasard si le terme "mythe" s'échappe aussi souvent de leurs plumes... De l'hypothèse selon laquelle la mythologisation banalisation d'Auschwitz, fait le lit du négationnisme, découle qu'il faut peser nos mots. Parler d'"Holocauste" ou de "Martyrs" dans le cas du génocide est tout aussi malvenu que l'évocation du "détail" il ne s'agit pas de "martyrs" mais de victimes. Les martyrs meurent parfois choisissent de mourir pour une cause. Les victimes ont seulement le tort de croiser le chemin du bourreau.

"Quant au terme d'"Holocauste" (repéré chez Mauriac dès 1958), il y a là une métaphore au lyrisme aberrant. Dans l'univers sacrificiel des Hébreux, l'holocauste est l'offrande faite à Dieu, par consumation totale, d'un animal pur et sans tache. Appliquée au génocide, la logique de cette image assimile le Fürher au Grand Prêtre d'Israël et voile la réalité crue de l'extermination d'une rhétorique à l'imaginaire délirant.

La sacralisation d'une Shoah parfois perçue comme envers satanique du mythe de "l'élection" ne vaut pas mieux que son instrumentation médiatique."

Dans la voie de cette unicité de la souffrance juive, où tout se passe comme si la souffrance des autres n'existait pas puisqu'elle ne s'inscrivait pas, comme celle des juifs, dans le dessein éternel de Dieu, la tendance s'inverse chez les sionistes, et prend même la forme caricaturale que lui donne Elie Wiesel:

"Pourquoi est-il admis que nous pensions à l'holocauste avec honte? Pourquoi ne le revendiquons-nous pas comme un chapitre glorieux de notre histoire éternelle?

Aujourd'hui, tout tourne autour de l'expérience de l'Holocauste, Pourquoi alors y faisons-nous face avec une telle ambiguïté? Peut-être que cela devrait être la tâche des éducateurs et des philosophes juifs: de rouvrir l'événement comme une source de fierté, de le reprendre dans notre histoire." (JV, p. 288)

Ce revirement sioniste était dû à des raisons politiques (la guerre des Six jours), et à la volonté de réintroduire la catastrophe antérieure dans la continuité théologique de l'histoire du peuple élu.


3) - La contradiction fondamentale du sionisme et sa politique terroriste

Cette contradiction du sionisme était contemporaine de la création de l'Etat d'Israël: Ben Gourion, "un homme qui considérait le judaïsme comme la catastrophe historique du peuple" 5 (Comme témoigne le professeur Leibowitz en rapportant ses conversations avec lui. (dans son livre: Israël et judaïsme, Ed. Desclée de Brouwer p. 138) avait fait en 1948, un compromis avec les juifs orthodoxes. Bien qu'il souhaitât la séparation de la religion et de l'Etat, il imposa l'enseignement religieux dans les écoles (pour maintenir la clé de voûte de la doctrine sioniste sur la Promesse de la terre), et il accepta que les lois sur le mariage, le divorce, les funérailles, relèvent de la tradition talmudique du rabbinat.

Une loi dite: "Loi sur la juridiction des tribunaux rabbiniques" (loi 5713. 1953) stipule:

"- Article 1: Tout ce qui concerne le mariage ou le divorce des Juifs en Israël, nationaux ou résidents, est exclusivement de la compétence des tribunaux rabbiniques.

- Article 2: Les mariages et divorces des Juifs s'effectueront, en Israël, en vertu de la loi établie par la Thora."

Après 1967, il fallut donc dans le même esprit, donner une signification messianique à toute l'histoire, la fondation de l'Etat d'Israël devenant un événement eschatologique et se trouvant ainsi sacralisé comme une nouvelle idole.

C'est en ce sens que Schlomo Avineri pouvait écrire: "Être juif aujourd'hui signifie être lié à Israël." (The making of modern Zionism) (1981, p. 219)

Cette sacralisation comportait de multiples conséquences: L'Holocauste devenait un argument fondamental à l'appui de l'idée de la création de l'Etat d'Israël et de sa politique.

D'abord parce que Dieu l'avait voulu, ensuite parce que Hitler (comme autrefois Nabuchodonozor, en avait été l'instrument pour châtier et racheter son peuple). Israël pouvait se placer au-dessus de toute loi humaine, en particulier ne tenir aucun compte des résolutions ou des condamnations des Nations Unies.

Dès la décision de partage de la Palestine, Ben Gourion déclarait: "L'Etat d'Israël considère que la résolution des Nations Unies du 29 novembre 1947, est nulle et non avenue." (New York Times du 6 décembre 1953) et il commençait son oeuvre de grand expulseur.

Une autre conséquence fut la prétention de cet Etat de considérer ses lois comme prévalant sur la loi de tous les autres peuples.

Les dirigeants sionistes ne cachaient pas ce rôle de leur lobby. Ben Gourion déclarait clairement: "Quand un Juif, en Amérique ou en Afrique du Sud, parle à ses compagnons juifs de "notre" gouvernement, il entend le gouvernement d'Israël." (Source: Rebirth and Destiny of Israël, 1954, p. 489).

c) - La sélection sioniste

Au procès d'Eichmann à Jérusalem le rôle de Käsztner ayant été évoqué, le Procureur général Haim Cohen rappelait aux juges: "si cela ne coïncide pas avec votre philosophie vous pouvez critiquer Käsztner. Il a toujours été dans notre tradition sioniste de sélectionner une élite pour organiser l'immigration en Palestine... Käsztner n'a rien fait d'autre." (Source: Court record 124/53. Jérusalem district court)

Ce haut magistrat invoquait en effet une doctrine constante du mouvement sioniste: il n'avait pas pour objectif de sauver des juifs mais de construire un Etat juif fort.

Le professeur Leibowitz le confirme dans son livre. Il répond à cette question: Acceptez-vous ce jugement que le "yichouv" (nom donné à la communauté juive de Palestine avant la proclamation de l'Etat d'Israël) n'a pas fait assez pour sauver les juifs d'Europe pendant la Shoah?

"Il n'a rien fait du tout, mais vous pouvez en dire autant du judaïsme américain."

L'objectif essentiel des sionistes n'était pas de sauver des vies juives mais de créer un Etat juif en Palestine. Le premier dirigeant de l'Etat d'Israël, Ben Gourion, proclame sans ambages, le 7 décembre 1938, devant les dirigeants sionistes du Labour: "Si je savais qu'il est possible de sauver tous les enfants d'Allemagne en les amenant en Angleterre, et seulement la moitié d'entre eux en les transportant en Eretz Israël, je choisirais la deuxième solution. Car nous devons tenir compte non seulement de la vie de ces enfants, mais aussi de l'histoire du peuple d'Israël." (Source: Yvon Gelbner, "Zionist policy and the fate of European Jewry", dans Yad Vashem Studies, Jérusalem. Vol. XII, p. 199.)

En effet, malgré les massacres d'Hitler, le sionisme n'avait pas réalisé ses objectifs: rassembler tous les juifs du monde en Palestine. Ni les motivations religieuses, ni les massacres d'Hitler, n'y avaient suffi: 16 % seulement des immigrés juifs de l'Europe dominée par les nazis avaient choisi la Palestine alors que 78 % avaient choisi l'Union Soviétique et 6 % les pays occidentaux.

Ce cynisme n'était pas propre à Ben Gourion, mais à tous les dirigeants sionistes de l'Agence juive et du Yichouw que les résistants juifs appelaient Le Judenrat de Palestine La question, dit Tom Segev (op. cit. p. 56 p. 126 sqq) était de savoir que faire des réfugiés qui n'étaient ni sionistes ni aptes à aider à la construction d'une société nouvelle en Palestine. "Dieu seul sait comment la pauvre petite terre d'Israël pourrait intégrer ce fleuve humain et s'en sortir avec une structure sociale saine", écrivait Chaim Weizmann (The letters and papers of Chaim Weiztmann, 1er décembre 1935 (ACS, S7144)

Au 23e Congrès de l'organisation sioniste mondiale il précise à propos des devoirs d'un Juif à l'étranger, que: "l'obligation collective de toutes les organisations sionistes de diverses nations d'aider l'Etat juif en toute circonstance est inconditionnelle, même si une telle attitude entre en contradiction avec les autorités de leurs nations respectives." (Source: Ben Gourion: "Tasks and character of a modern Zionist," Jerusalem Post du 17 août 1952 et Jewish telegraphic agency du 8 août 1951.)

Cette confusion du judaïsme comme religion (respectable comme toute autre) avec le sionisme politique comportant allégeance inconditionnelle à l'Etat d'Israël se substituant au Dieu d'Israël, ne saurait que nourrir l'antisémitisme.

A partir de cette fausse transcendance tous les moyens étaient justifiés pour atteindre une fin divine.

Nous avons montré, et l'ouverture des archives israéliennes l'a confirmé, que la "terre promise" était une terre conquise, l'expulsion des autochtones par le fer et le feu, comme à Deir Yassin, était justifiée par l'accomplissement d'une promesse divine.

Quiconque mettait en cause cette promesse méritait la mort de la main d'un assassin de droit divin. Et ceci depuis 50 ans: le 16 septembre 1948, le comte Bernadotte remettait aux Nations Unies son rapport A 648 décrivant "le pillage sioniste à grande échelle et la destruction de villages."

Il concluait à la nécessité du retour "des réfugiés arabes enracinés dans cette terre depuis des siècles."

Son rapport A 648 fut déposé le 16 septembre 1948, le 17 septembre il était assassiné dans la partie de Jérusalem occupée par les sionistes. Son assassin Nathan Friedman-Yellin arrêté, condamné à 5 ans de prison est amnistié. Deux ans plus tard, en 1960, il est élu député à la Knesset.

Lord Moyne secrétaire d'Etat britannique avait déclaré, le 9 juin 1942, que les juifs actuels n'étaient pas les descendants des anciens hébreux, et qu'ils n'avaient pas de "revendication légitime sur la terre sainte". Le 6 novembre 1944, Lord Moyne est abattu au Caire par deux membres du groupe Stern d'Itzac Shamir. Un tiers de siècle plus tard le 2 juillet 1975, l'Evening Star d'Auckland révélait que les corps des deux assassins étaient enterrés au Monument des héros, à Jérusalem.

Tout comme le meurtrier de 29 Arabes en prière au tombeau des patriarches, Baruch Goldstein, reçut l'hommage des colons de Kiriat Arbat, à Hebron, ils lui érigèrent un mausolée portant la mention: "Au héros Baruch Goldstein" et, sans réaction du gouvernement, ils viennent en pèlerinage lui porter des fleurs.

De même le président Rabin, en châtiment de ses tentatives de paix qui comportaient la restitution de certains territoires bibliques aux Palestiniens, abattu par un autre assassin de droit divin, à qui les intégristes apportent des fleurs et des présents dans sa prison.

Le meurtre est ainsi devenu pratique courante et même sacrée dans la politique israélienne qui invoque la sécurité des colons et de l'Etat.

Ces prétextes de sécurité assimilent, comme le faisait Hitler, la résistance et le terrorisme.

1 116 Palestiniens ont été tués depuis le début de l'Intifada (la révolte des pierres), le 9 décembre 1987, par les tirs des militaires, des policiers ou des colons. Soit 626 en 1988 et 1989, 134 en 1990, 93 en 1991, 108 en 1992, et 155 du 1er janvier au 11 septembre 1993. Parmi les victimes figurent 233 enfants âgés de moins de dix-sept ans d'après une enquête réalisée par Betselem, l'association israélienne des droits de l'homme.

Des sources militaires chiffrent à près de vingt mille, le nombre des Palestiniens blessés par balles, et l'Office des Nations Unies pour l'aide aux réfugiés de Palestine (U.N.R.W.A.), à quatre-vingt-dix mille.

Trente-trois soldats israéliens ont été tués depuis le décembre 1987, soit 4 en 1988, 4 en 1989, 1 en 1990, 2 en 1991, 11 en 1992 et 11 en 1993.

Quarante civils, pour la plupart des colons, ont été tués dans les territoires occupés, selon un décompte établi par l'armée.

Selon les organisations humanitaires, quinze mille Palestiniens, en 1993, sont détenus dans les prisons de l'administration pénitentiaire et dans les centres de détention de l'armée.

Douze Palestiniens sont morts dans les prisons israéliennes depuis le début de l'Intifada, certains dans des conditions qui n'ont pas encore été éclaircies, assure Betselem. Cette organisation humanitaire indique aussi qu'au moins vingt mille détenus sont torturés, chaque année, dans les centres de détention militaire, au cours d'interrogatoires. (Source: Le Monde du 12 1993.)

Le périodique israélien Migvar de novembre 1982 écrivait: "Selon les données du ministre de l'Intérieur Yosef Burg, en 1988, dix juifs ont été tués par les terroristes et huit en 1982. Par contre, nous avons tué environ mille terroristes, en 1982, et causé la mort de plusieurs milliers d'habitants d'un pays ennemi (le Liban. R. G.). Il en résulte donc que pour 18 juifs tués nous avons tué, en revanche des milliers de Gentils. C'est indiscutablement un succès spectaculaire du sionisme. J'oserais même dire excessif." Cité par Noam Chomsky dans son livre: (The Fateful triangle (le triangle fatal) p. 74.)

Les assassinats de dirigeants résistants de l'OLP sont innombrables. Pour n'en retenir que quelques exemples Said Hamman assassiné à Londres en 1978; Naim Kider à Bruxelles en 1981; Sartawi au Portugal lors d'un Congrès de l'Internationale socialiste en 1983, et bien d'autres, jusqu'à la tentative manquée des services secrets israéliens en Jordanie pour assassiner le chef du Hamas.

La milice armée du Bétar (celle qu'Hitler autorisa pendant cinq ans, de 1933 à 1938) a poursuivi ses activités, porter l'uniforme et le drapeau avec la chemise brune, publier son bulletin, délivrer même des permis d'émigration en Palestine (Tom Segev: Le septième million p. 45). Elle poursuit ses agressions dans la France d'aujourd'hui: deux militants du Bétar furent condamnés mardi 10 février 1998 pour avoir frappé, à coups de battes de base-ball, des personnes dont la plupart septuagénaires, assistant à une conférence sur la collaboration de Vichy. (Le Monde, du 12 février 1998). Même le journal israélien Haaretz dénonce son racisme. (Libération, 26 décembre 1997).

En Israël, à l'occasion du 50e anniversaire de l'Etat, fut projeté à la télévision un film Tekouma (Résurrection), en 22 feuilletons. Le film retrace toute l'histoire d'Israël. L'une des émissions était consacrée au terrorisme palestinien et, dans un souci d'objectivité, donnait la parole à des réfugiés arabes évoquant les massacres commis par l'armée israélienne en 1967 et 1982. La réalisatrice Ronit Weiss Berkovitz, l'a intitulé Biladi (Notre pays.) du nom de l'hymne national palestinien. Le scandale fut grand chez les intégristes, car on avait donné la parole à l'ennemi et ils n'admettent aucun dialogue: des images d'archives montraient des camps de réfugiés et Mme Golda Meir niant l'existence du peuple palestinien. Un autre épisode sur autre Israël évoquait la difficulté d'intégration des juifs séfarades, venus des pays arabes au cours des années 1970 dans un pays fondé par les Ashkénazes (venus d'Europe). Le ministre de la communication Limor Livnat, sans avoir vu le film, mais sous l'impulsion d'Ariel Sharon, demande la censure. La télévision résiste.

Alors pleuvent chez la réalisatrice les menaces anonymes de mort, du genre: "On va te brûler, gauchiste, pro-arabe". C'est la seule réponse que connaissent les disciples des hommes noirs à toute tentative de pensée critique.

(Voir l'article de Christophe Boltansky dans Libération du 5 avril 1998 et celui du correspondant du Monde à Jérusalem dans Le Monde du 6 avril 1998).

Tout comme, après la sortie de mon livre, et plus encore après le lynchage médiatique dont je fus l'objet, et le prononcé du premier jugement, je reçus des menaces de mort du même genre.

Les milices du Bétar se livrèrent, dans ce palais de Justice, à une véritable ratonnade, contre six journalistes dont deux durent être hospitalisés d'urgence à l'Hôtel Dieu.

Le ministre de l'Intérieur, à qui avait été communiquée ma plainte, me répondit, dans une lettre signée de sa main.

Ces incidents donnent à ma demande d'appel tout leur sens: demander à la justice de mettre fin à ces agressions verbales ou physiques, si contraires à la tradition française en matière de liberté d'expression dans le livre ou la presse lorsqu'elles ne comportent, comme le reconnaît le premier jugement, aucun appel à la violence.

Quant à la sécurité des frontières de l'Etat, il serait plaisant, si ce n'était sinistre de l'évoquer pour un pays qui occupe les frontières de tous ses voisins, au Liban comme au Golan.

Est-ce une diffamation de dénoncer cette politique meurtrière?

Oui, si on appelle diffamation la protestation contre l'infamie.

Alors en quoi consiste une diffamation?

A parler de mythe et de lobby?

La réponse est aisée.

a) - Déconstruire les mythes sionistes

En ce qui concerne les mythes, expression qui avait tant indigné mes accusateurs, les choses sont devenues plus claires depuis le procès dont nous faisons aujourd'hui appel.

Le professeur Ze'ev Sternhell, professeur de sciences politiques à l'université hébraïque de Jérusalem et auteur du livre: The Founding Myths Of Israel Nationalism, (Les mythes fondateurs du nationalisme israélien) publié à Princeton University Press en 1997, écrit dans Le Monde Diplomatique de mai 1998, "Jamais la remise en cause de nos mythes fondateurs n'avait été aussi répandue."

Je n'ai pas la prétention de m'en attribuer le mérite. car le mouvement a commencé, en Israël même, avant mon livre, mais je suis fier d'y avoir apporté ma contribution et de continuer à participer à ce mouvement de libération intellectuelle.

En France même, le remarquable essai de M. Ilan Greilshammer, professeur de sciences politiques à l'université Bar Ilan: La nouvelle histoire d'Israël, vient de sortir chez Gallimard. L'abbé Pierre a, le premier, attiré mon attention, sur cet ouvrage en me disant: "Lis-le vite, il confirme nos idées." En l'étudiant j'ai pu voir, même au-delà de la partie de mon livre où je traite de problèmes historiques (bien que ce ne soit pas mon problème principal qui est celui de la manipulation de l'histoire pour justifier une politique) qu'il confirmait toutes mes analyses. Je comprends fort bien que le professeur Greilshammer, pour publier un ouvrage aussi audacieux, ait besoin de se couvrir en parlant de mon antisémitisme délirant alors que je défie quiconque de trouver dans mon livre une seule ligne où le mot juif soit employé en un sens péjoratif. Mais je lui suis reconnaissant d'avoir apporté une si érudite confirmation à la partie historique de mon livre, et contribué si puissamment au dévoilement de la vérité.

Mme Françoise Smyth, ancienne doyenne de la faculté protestante de Paris, y avait aussi contribué sur le plan de l'exégèse par son livre: Les mythes illégitimes. Après que je lui eus soumis mon livre et qu'elle y eût apporté quelques précisions, elle m'écrivait, dans sa lettre du 21 décembre 1996: "raconté ainsi et même sans Netanyahou, tu n'es pas attaquable."

Sur le même plan le théologien André Laudouze écrivait dans sa recension de mon livre: L'affaire Israël: le sionisme politique, de 1983: "Quant à la prétention biblique, l'idée de peuple "élu est "historiquement infantile" politiquement criminelle et théologiquement insupportable. Car, des "Elus" impliquant des "Exclus", toute politique prétendant se fonder sur ce mythe conduit à la négation et au refus de l'autre."

(Bien entendu, cet auteur se référait à la lecture sioniste de la Bible et non à l'Esprit de l'Ecriture.)

Enfin, du point de vue juif, le rabbin Elmer Berger, président du Conseil américain pour le judaïsme dans une conférence à l'université de Leide en Hollande, publiée le 20 mars 1968, à New York, sous le titre: Prophecy, Zionism And The State Of Israel, avec une Préface d'Arnold Toynbee, disait: "Sion n'est sainte que si la loi de Dieu y règne, et ce n'est pas la même chose que de dire: toute loi qui vient de Sion est sainte."

Dénonçant une théologie prostituée il conclut: "L'actuel Etat d'Israël n'a absolument aucun droit, en raison de sa conception totalitaire selon laquelle l'Etat est tout, à prétendre qu'il est l'accomplissement de l'ère messianique."

Il cite les paroles de Jérémie contre le roi Sedecias qui n'a pas respecté l'Alliance: "Voici ce que vous direz à Sedecias: " Les armes que vous maniez pour faire front au roi de Babylone et aux Chaldéens qui vous assiègent, je vais les détourner contre vous pour amener l'ennemi au coeur de la ville. Etendant la main et de toute la force de mes bras, c'est moi qui vous ferai la guerre. Je m'acharnerai contre vous de toute ma colère et de toute ma fureur." (Jérémie XX, 4-5).

"Israël, ajoute le rabbin Elmer Berger, n'est pas au-dessus des lois sous prétexte qu'il existerait et agirait comme instrument de la loi supérieure du Dieu de tous les hommes. Tel est le point crucial."

Tous les mythes fabriqués par les dirigeants sionistes israéliens pour justifier leur politique et leurs exactions, tendent à masquer ces vérités historiques et théologiques par une manipulation idéologique médiatiquement orchestrée.

Dans un article intitulé: De la mythologie à l'histoire l'auteur cite le livre de Ze'ev Sternhell:

"La continuité historico-religieuse a constitué un pilier du sionisme, la BIBLE étant lue comme un titre de propriété sur la terre", poursuit l'auteur des "origines d'Israël."

De là ont pu naître certains mythes fondateurs: une "terre sans peuple pour un peuple sans terre"; un nouvel État idéal tout de justice et de beauté, des guerres "défensives menées dans la pureté des armes".

Depuis une dizaine d'années, les chercheurs ont entamé un travail de "déconstruction" des mythes: Benny Morris avec la Naissance du problème des réfugiés palestiniens. Tom Segev avec Les premiers israéliens et Le septième million, Ilan Pappe, Avi Shlaim et d'autres. Pour eux il s'agit moins de nouvelle histoire, que d'histoire tout court, puisqu`"avant il n'y avait que de la mythologie" selon Morris.

Nous ne reviendrons pas sur le mythe le plus délirant, celui d'une "terre sans peuple pour un peuple sans terre", dont Mme Golda Meir tirait son affirmation que les Palestiniens n'existaient pas et que les sionistes arrivaient dans un désert. Mensonge d'autant plus flagrant et conscient que Mme Golda Meir ne pouvait ignorer le témoignage de l'un des plus anciens sionistes Asher Ginsberg (dont le pseudonyme était Ahad Ha'am (Un du peuple):

"A l'extérieur, nous sommes habitués à croire que Eretz-Israël est aujourd'hui quasi désertique, un désert sans cultures, et que quiconque désire acquérir des terres peut venir ici s'en procurer autant que son coeur désire. Mais en vérité il n'en est rien. Sur toute l'étendue du pays, il est difficile de trouver des champs non cultivés. Les seuls endroits non cultivés sont des champs de sable et des montagnes de pierres où ne peuvent pousser que des arbres fruitiers, et ce, après un dur labeur et un grand travail de nettoyage et de récupération." (Source: Ahad. Œuvres complètes (en hébreu). Tel-Aviv, Devir Publ. House, 8e édition. p. 23.)

Un autre mythe fut celui du départ volontaire des Palestiniens autochtones, alors que Benny Morris, dépouillant les archives, a montré qu'il s'agissait d'une sanglante chasse à l'homme.

Ce qu'un historien israélien d'aujourd'hui appelle Le péché originel d'Israël avait été dénoncé depuis longtemps.

Pour Meir Pail dans Yedioth Aharonot du 29 avril 1972, dont le témoignage sur le massacre de Deir Yassin était confirmé par le représentant de la Croix Rouge, Jacques de Reynier qui était sur les lieux le jour du crime et en a tout vu, le mythe ou plutôt le mensonge créé par Ben Gourion a été nourri pendant un demi-siècle de propagande sioniste jusqu'à ce que le professeur Benny Morris retrouve, dans les archives enfin ouvertes, la vérité, et qu'il ait le courage de la dire dans son livre publié aux Etats-Unis par Cambridge University Press en 1987. Cette vérité lui valut d'être, en Israël, chassé de sa chaire. Alors que l'on savait que, dés 1947, le mot d'ordre de Joseph Weitz, directeur du département de la terre au Fonds national juif, était: "expulser autant d'Arabes que possible de nos régions... J'ai adressé la liste des villages arabes dont je pense qu'ils doivent être nettoyés afin d'homogénéiser les zones juives." (Joseph Weitz, Journal p. 100.)

Toutes les guerres préventives de l'Etat d'Israël celle de l'expédition de Suez en 1956, avec la complicité de la France et de l'Angleterre, celle des Six jours, en 1967, qui commença par un véritable Pearl Harbour, l'aviation égyptienne étant bombardée et détruite au sol, le 5 juin 1967, sans déclaration de guerre (comme les Japonais avaient coulé la flotte américaine à Pearl Harbour sans déclaration de guerre), l'invasion du Liban en 1982, tous ces crimes contre l'humanité entraînant la mort de milliers de victimes, femmes, enfants, vieillards, furent couverts par le mythe selon lequel "il n'y avait pas d'autre choix."

Un exemple typique est celui de la guerre des six jours dont les sionistes israéliens ont fait leur plus beau titre de gloire. Là encore nul ne doutait, surtout pas les dirigeants israéliens que la vie d'Israël n'était nullement en péril.

Le 12 juin 1967 le Premier ministre Levi Eskhol annonça à la Knesset que "l'existence de l'Etat d'Israël tenait seulement à un fil, mais que les espoirs des dirigeants arabes d'exterminer Israel ont été anéantis."

Aucun dirigeant israélien ne pouvait croire à ce mensonge pour naïfs, à usage externe et interne. Un ancien ministre d'Israël, Mordekai Bentov le dénonça publiquement: "Toute cette histoire sur le danger d'extermination a été inventée et gonflée après coup pour justifier l'annexion de nouveaux territoires arabes."1

. Ce que confirmait, du côté des militaires, le général Ezer Weizmann: "Il n'y a jamais eu un quelconque danger d'extermination"2

, ou le général Matityahu Peled3

: "La thèse selon laquelle le danger de génocide était suspendu sur nos têtes en juin 1967, et qu'Israël combattait pour son existence physique n'était qu'un bluff, né et développé après la guerre."

Le général Rabin écrit4

: "Je ne pense pas que Nasser voulait la guerre. Les deux divisions qu'il envoya au Sinaï le 14 mai n'auraient pas été suffisantes pour lancer une offensive contre Israël. Il le savait et nous le savions."

L'agression et le mensonge conjugués avaient permis à Israël d'occuper le Sinaï. Mensonge, car les représentants officiels de l'Etat sioniste n'avaient cessé d'affirmer qu'ils ne cherchaient aucune annexion.

Il s'agissait d'une guerre de rapine et de conquête, dont le véritable caractère ne fut révélé qu'en mai 1997 par la publication d'une lettre du général Moshe Dayan, authentifiée par sa fille Yael Dayan, actuellement députée à la Knesset, montrant que l'entrée en guerre de la Syrie fut délibérément provoquée par Israël. Comme l'écrivait Témoignage Chrétien du 20 juin 1997 dans le courrier d'un lecteur, Pedro Scaron, "Un énième mythe sioniste s'écroule."

Je passe sur beaucoup d'autres mythes que démasque le professeur Ilan Greilshammer, qu'il s'agisse de ce qu'il appelle le mythe de Massada (p. 82-83) ou du mythe de la propriété collective

"des Kibboutz, qui, selon le professeur Sternhell, ne groupait qu'une minorité infime de la population juive de Palestine et dont la fonction consistait essentiellement en la conquête de la terre. 75 % de l'argent arrivé dans le pays pour les financer provenait du capital privé. L'âge d'or des pionniers, dit-il, était un mythe mobilisateur au service du nationalisme, tout comme l'égalité, au sein de la "Histadrout", centrale syndicale et géant économique qui, à la veille de l'indépendance, contrôlait 25 % de l'économie nationale... avec des disparités de salaires énormes." (Le Monde du mardi 21 mai 1996)

Ajoutons que les travailleurs non-juifs n'étaient pas admis dans ce syndicat.

Citons encore le mythe de David et Goliath présentant l'Etat d'Israël comme un petit David face au géant arabe, alors que la supériorité militaire d'Israël, dès 1948, était écrasante: son armée, la Hagana, durant la guerre de 1948 comptait 60.000 hommes armés par les pays de l'ouest comme de l'Est (en particulier la Tchécoslovaquie) en face de 25.000 à 30.000 hommes des armées arabes constituées par un amalgame de Palestiniens décimés par la répression de la grande révolte de 1936-1939 contre les Anglais, et d'une coalition arabe hétéroclite et sans plan stratégique commun.

Lors de l'invasion du Liban, en 1982, se manifestèrent les mêmes impostures:

- D'abord le déclenchement de cette nouvelle guerre préventive. Le prétexte en fut identique à celui de la Nuit de cristal.: le 7 novembre 1938, un diplomate allemand était assassiné à Paris par un jeune juif appelé Grinspan. Ce fut le prétexte du premier grand pogrom nazi et d'une répression qui excluait les juifs de la vie économique.

En 1982, un attentat est commis à Londres contre un diplomate israélien: les dirigeants israéliens l'attribuent aussitôt à l'O.L.P et envahissent le Liban sous prétexte de légitime défense. Le crime était d'autant plus odieux qu'il reposait sur un mensonge.

Madame Thatcher a apporté devant la Chambre des Communes, la preuve que ce crime était l'oeuvre d'un ennemi déclaré de l'O.L.P. Aussitôt après l'arrestation des criminels et au vu de l'enquête policière, elle déclare:

"Sur la liste des personnalités à abattre, trouvée sur les auteurs de l'attentat, figurait le nom du responsable de l'O.L.P. à Londres... Ceci tend à prouver que les assaillants n'avaient pas, comme l'a prétendu Israël, le soutien de l'OLP... Je ne crois pas que l'attaque israélienne sur le Liban soit une action de représailles consécutive à cet attentat: les Israéliens y ont trouvé un prétexte pour rouvrir les hostilités."

L'agression était en effet préméditée.

Ben Gourion en avait précisé l'objectif:

Le 21 mai 1948 Ben Gourion écrivait dans son Journal:

"Le talon d'Achille de la coalition arabe, c'est le Liban. La suprématie musulmane dans ce pays est artificielle, et peut aisément être renversée; un Etat chrétien doit être instauré en ce pays. Sa frontière sud serait la rivière du Litani." (Source: Michaël Bar Zohar. Ben Gourion. Le prophète armé.)

Le 16 juin, le général Moshé Dayan précise la méthode. (Cf. p. 32.)

Sur les moyens qui illustrent l'imposture du mythe de David et de Goliath, l'ambassadeur de France à Beyrouth à cette époque, M. Paul Marc Henry, dans son livre: Les jardiniers de l'enfer (p. 124) témoigne:

"Il s'agit d'une concentration armée sans précédent. Au moment le plus fort de l'invasion, Tsahal mobilise au Liban près de cent mille hommes. Plus de mille blindés (M. 60, Merkava de plus de soixante tonnes et Chieftain), ainsi qu'un nombre équivalent de VTT M113, y sont déployés. Les colonnes blindées sont entièrement autonomes et disposent du soutien de plusieurs milliers de véhicules divers pour assurer le ravitaillement en armes, munitions et carburant de l'armée en campagne. Tous les détachements sont reliés par un système de communication et de transmission électronique, considéré par les experts comme le plus sophistiqué du monde.

Cette armée vise à la domination absolue de l'espace terrestre par l'élimination physique de toute opposition. Elle bénéficie du contrôle quasi total de l'espace aérien...

Enfin, la marine israélienne est entièrement maîtresse de l'espace maritime. Equipée de vedettes rapides et ultra-armées (les "vedettes de Cherbourg" et leurs dérivés), elle est en mesure d'interdire tout envoi de secours de l'extérieur, de protéger les tentatives de débarquement, d'apporter l'appui de sa considérable puissance de feu au matraquage des villes assiégées. comme Beyrouth et Damour.


1. Mordekai Bentov, Al Hamishmar, 14 avril 1972.
2. Général Ezer Weizmann, Ma'ariv, le 19 avril 1972.
3. Ha'aretz, 19 mars 1972.
4. Ibidem (cité dans Le Monde du 3 juin 1972.)


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Ce texte est extrait du livre de Roger Garaudy intitulé Le Procès du sionisme. Il reproduit le système de défense de l'auteur dans son procès en appel à la suite de sa condamnation en janvier 1998 pour la publication d'un autre ouvrage, Les Mythes fondateurs de la politique israélienne, Paris, 1e éd., La Vieille Taupe, 1995, 2e éd., samizdat Roger Garaudy, 1996. Il est affiché entre la première et la deuxième séance de la 11e Chambre de la Cour d'appel de Paris. Il est édité par les éditions Vent du Large et sera prochainement en librairie (ISBN : 2-912341-20-5).


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