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LA MYSTIFICATION DU XXe SIÈCLE

par Arthur R. Butz


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Chapitre IV

Auschwitz


La Structure de la légende

Examinons à présent la version de l'«extermination» que l'on nous offre en ce qui concerne plus particulièrement Auschwitz.

Les procès qui produisirent les éléments de preuves sur lesquels s'appuient les allégations d'extermination eurent lieu dans une Allemagne abattue, minée par la faim, dont les habitants n'étaient pas en mesure de faire autre chose que ce que les puissances occupantes désiraient. Telle était la réalité politique de la situation. Pour mémoire, rappelons que c'est l'«Internationale sioniste» qui prépara les accusations précises d'extermination qui avaient été lancées et auxquelles les fonctionnaires haut placés et bien informés de Washington n'avaient accordé aucun crédit. Le personnage central de l'organisation du système judiciaire des procès pour crimes de guerre n'était autre que le procureur américain au procès du TMI. Les juges de ce tribunal s'étaient exprimés auparavant sur la culpabilité manifeste des accusés et le verdict créait un précédent juridique contraignant pour les procès à venir, dont les plus importants furent organisés par Marcus, sioniste à tous crins, futur héros de l'Etat d'Israël, alors chef du Bureau des crimes de guerre, un service qui avait pratiqué la torture de témoins dans le cadre de certains procès. L'«honneur» des Etats conduisant les procès exigeait que soit démontrée la thèse de l'extraordinaire brutalité des nazis. Dans ces conditions, il est difficile de s'attendre à autre chose qu'à une mise en scène; ce chapitre et le suivant montrent que les accusations concernant Auschwitz sont conformes à ce que l'on pouvait en attendre.

Nous devons d'abord nous demander quel est l'attribut essentiel, la «marque de fabrique» d'une mystification de ce genre. Aucun auteur n'inventerait une histoire fausse dans tous ses détails ou dans la plupart d'entre eux; une histoire peut comporter quatre-vingt-dix pour cent de faits réels et pourtant défendre une thèse principale dénuée de tout fondement. Ayant fait ce constat, l'auteur de la mystification est conduit à adopter la méthode la plus sûre, c'est-à-dire: détourner la signification de faits réels.

Telle est la base de la légende de l'extermination concernant Auschwitz. Nous montrons ici que tous les faits réels que contient cette légende avaient (nous disons bien avaient et non pouvaient avoir) une signification relativement normale, sans aucun rapport avec l'extermination d'êtres humains. Ainsi, ceux qui parlent d'exterminations doivent soutenir une thèse qui implique une double interprétation des faits. Cependant, en tenant compte de ce qui vient d'être noté, le lecteur impartial devrait déjà être de mon avis: la nécessité d'une double interprétation des faits, qui est la marque de fabrique de la mystification, est apparue.

L'analyse fera apparaître une autre marque de fabrique qui n'est pas si évidente pour l'instant. Les faits qui contredisent les allégations d'extermination seront notés et, pour ceux qui croient encore à ces allégations, ces faits sont des «mystères». Les contradictions, les invraisemblances et les mensonges manifestes apparaîtront et nous porterons alors le coup décisif, un fait contredisant les allégations d'extermination, d'une portée si considérable qu'il rend inutile toute discussion des «mystères».

 

La «confession» de Höss

De mai 1940 jusqu'à la fin de 1943, le commandant d'Auschwitz fut le colonel SS Rudolf Höss. Pendant le procès du TMI, il avait signé plusieurs dépositions sous serment pour l'accusation dont le plus connu porte la date du 5 avril 1946. (1) Comme cela s'est couramment pratiqué lors du TMI et du TMN, il fut ensuite appelé à la barre par l'avocat de Kaltenbrunner, le 15 avril 1946 . (2) Son témoignage consista pour l'essentiel à confirmer, au cours du contre-interrogatoire, sa déposition du 5 avril, en y ajoutant quelques éléments supplémentaires.

Höss est pour tout le monde le témoin-vedette de l'accusation et, malgré les origines de la légende d'Auschwitz dans le rapport du WRB, les mythologistes de l'extermination considèrent la déposition de Höss comme la version juste de l'extermination à Auschwitz ou, plus exactement, comme le cadre de cette version. Tous les tenants de la légende de l'extermination à Auschwitz présentent une histoire dont les termes sont les mêmes que la déposition de Höss, avec de petites différences dans les chiffres tirés du TMI, du TMN et de sources similaires. Aucun des principaux exterminationnistes ne met en avant le rapport du WRB et seul Reitlinger semble percevoir que ce rapport constitue un problème d'une certaine importance.

La déposition de Höss servira également de cadre à notre analyse. Nous la reproduisons ici dans sa totalité avant d'en passer en revue les différents points, tout en accordant aux éléments de preuves supplémentaires l'attention qu'ils méritent. L'inévitable dualité apparaîtra comme un trait indéniable, de même qu'apparaîtront les contradictions, les incohérences, les invraisemblances grossières et les mensonges. L'analyse montrera quelque chose du contexte psychologique des procès.

Nous avons veillé à ce que l'on puisse contrôler l'interprétation que nous avons faite des sources, même pour les exemples où nous avons jugé plus commode de nous référer à Hilberg ou à Reitlinger plutôt qu'au document original, auquel le lecteur ne serait peut-être pas en mesure d'accéder facilement.

 

La déposition sous serment de Höss

Je soussigné, Rudolf Franz Ferdinand Höss, déclare sous serment ce qui suit:

1. J'ai quarante-six ans et je suis membre du NSDAP depuis 1922; des SS depuis 1934; des Waffen-SS depuis 1939. Depuis le 1 er décembre 1934, je fais également partie de ce qu'on appelle la Formation à la Tête de Mort (Totenkopf Verband).

2. Depuis 1934, j'ai été employé, sans interruption, dans l'administration des camps de concentration, et faisais mon service à Dachau jusqu'en 1938; puis, comme chef-adjoint à Sachsenhausen de 1938 au 1 er mai 1940, date à laquelle je fus nommé commandant d'Auschwitz. J'ai dirigé Auschwitz jusqu'au 1 er décembre 1943, et j'estime qu'environ 2.500.000 victimes y furent exécutées et exterminées par le gaz et par les flammes; tandis que 500.000 y périrent par la faim et par des maladies diverses, ce qui donne un chiffre total d'environ 3 millions de décès. Ce chiffre représente à peu près 70 ou 80% de toutes les personnes qui furent expédiées à Auschwitz en qualité de prisonniers; le reste fut sélectionné et employé à des travaux forcés dans les établissements industriels des camps de concentration. Parmi les personnes exécutées et brûlées se trouvaient environ 20.000 prisonniers de guerre russes (qui avaient été sélectionnés préalablement par la Gestapo dans les camps de prisonniers de guerre); ceux-ci avaient été affectés à Auschwitz aux transports de la Wehrmacht, lesquels se trouvaient sous le commandement d'officiers réguliers et des hommes de la Wehrmacht. Le reste du total des victimes comprenait environ 100.000 juifs d'Allemagne, et un nombre considérable de ressortissants, la plupart juifs, de Hollande, de France, de Belgique, de Pologne, de Hongrie, de Tchécoslovaquie, de Grèce, et d'autres pays. Environ 400.000 juifs hongrois furent exterminés par nous durant l'été 1944, rien qu'à Auschwitz.

3. Le WVHA (Office Central de l'Economie et de l'Administration), sous la direction du général Oswald Pohl, était responsable de toutes les affaires administratives des camps de concentration, telles que logement, nourriture, soins médicaux. Avant la création du RSHA, la Gestapo et le Bureau du Reich de la Police Criminelle, étaient responsables des arrestations, de l'envoi dans les camps de concentration, des punitions et des exécutions qui y avaient lieu. Après la création du RSHA, toutes ces fonctions furent exercées comme auparavant, mais sur les ordres signés par Heydrich, chef du RSHA. Du temps où Kaltenbrunner était le chef du RSHA, les ordres concernant les arrestations, les envois, les punitions et les exécutions individuelles étaient signés par Kaltenbrunner ou Müller, directeur de la Gestapo, représentant de Kaltenbrunner.

4. Les exécutions en masse par les gaz ont commencé au cours de l'été 1941, et ont duré jusqu'à l'automne de 1944. Je surveillais personnellement les exécutions à Auschwitz, jusqu'au 1 er décembre 1943, et je sais, par les fonctions que j'ai continué à remplir à l'Inspection générale des camps de concentration du WVHA, que ces exécutions en masse avaient lieu comme décrit plus haut. Toutes les exécutions en masse ont continué comme je l'ai dit plus haut. Toutes les exécutions par les gaz avaient lieu sur l'ordre direct du RSHA, sous sa surveillance et sa responsabilité. Je recevais directement du RSHA tous les ordres concernant la mise en pratique de ces exécutions en masse.

5. Le 1 er décembre 1943, je fus nommé chef du Bureau I, du Groupe D, du WVHA, et dans ce bureau, j'étais responsable de la coordination de toutes les affaires qui se présentaient en rapport avec le RSHA, les camps de concentration et l'administration du WVHA. J'occupai ce poste jusqu'à la fin de la guerre. Pohl, chef du WVHA, et Kaltenbrunner, chef du RSHA, tenaient souvent conseil au sujet des camps de concentration, et entraient plus d'une fois en contact, soit par écrit, soit oralement. Le 5 octobre 1944, à Berlin, je transmis un rapport détaillé à Kaltenbrunner, dans son bureau du RSHA; rapport relatif au camp de concentration de Mauthausen. Kaltenbrunner me demande un résumé oral de ce rapport, et me dit de réserver toute décision jusqu'à l'examen du rapport dans tous ses détails. Ce rapport traitait de l'envoi dans les camps de travail de plusieurs centaines de prisonniers, qui avaient été condamnés à mort, [...] que nous appelions des «prisonniers anonymes».

6. La «solution finale» signifiait l'extermination de tous les juifs en Europe. J'avais reçu l'ordre de créer des installations pour l'extermination à Auschwitz, au mois de juin 1941. A ce moment, il y avait déjà trois autres camps d'extermination du Gouvernement Général: à Belzek, Treblinka et Wolzek. Ces camps étaient placés sous la direction de la Sûreté générale et du SD. J'avais visité Treblinka pour voir de quelle manière l'extermination s'y effectuait. Le commandant du camp me dit avoir liquidé 80.000 personnes en six mois. Il avait eu à s'occuper plus spécialement de la liquidation des juifs du ghetto de Varsovie. Il avait employé du gaz monoxyde et, à son avis, ses méthodes n'étaient pas très efficaces. Aussi, après avoir fait construire les bâtiments d'extermination, me décidai-je à employer le Cyclon B, un acide prussique cristallisé que nous introduisions dans la chambre à gaz par une petite ouverture. Il fallait de trois à quinze minutes pour tuer les hommes se trouvant dans la chambre à gaz, selon les conditions climatiques. Nous constations qu'ils étaient morts par le fait qu'ils cessaient de râler. Nous attendions d'habitude une demi-heure avant de rouvrir les portes pour enlever les cadavres. Après les avoir emportés, notre kommando spécial s'emparait des bagues et des dents en or des cadavres.

7. Une autre amélioration apportée aux méthodes, par rapport à celles de Treblinka, fut que nous fîmes construire des chambres à gaz pouvant contenir 2.000 corps à la fois, tandis que celles de Treblinka ne pouvaient en contenir que 200 chacune. Notre méthode pour sélectionner les victimes était la suivante: à Auschwitz, deux médecins SS avaient la tâche d'examiner les arrivages de transports de prisonniers. Les prisonniers devaient passer devant l'un de ces médecins, qui, par ces signes, faisait connaître sa décision. Ceux qui étaient jugés aptes au travail, étaient envoyés dans les camps; les autres, dirigés immédiatement sur les lieux d'extermination. Les enfants en bas âge furent exterminés sans exception, étant donné que, par suite de leur âge même, ils étaient incapables de travailler. Un autre progrès par rapport à Treblinka est que les victimes, à Treblinka, savaient presque toujours qu'elles allaient être exterminées, tandis qu'à Auschwitz, nous leur faisions croire qu'elles allaient subir un traitement dont le but était de les épouiller. Naturellement, elles avaient souvent découvert nos intentions véritables, et nous avions à combattre par conséquent des révoltes et bien des difficultés. Beaucoup de femmes avaient essayé de dissimuler leurs enfants sous leurs vêtements, mais toutes les fois qu'ils étaient découverts, nous les envoyions dans les chambres à gaz avec les autres. Nous aurions dû faire ces exterminations en secret, mais le relent et la puanteur nauséabonde, produits de la perpétuelle combustion des corps, envahirent toute la région, si bien que les habitants des communes aux alentours savaient fort bien qu'à Auschwitz des exterminations étaient en cours.

8. De temps à autres, des prisonniers spéciaux arrivaient du Bureau local de la Gestapo. Les médecins SS les faisaient exécuter par des piqûres de benzine. Les médecins avaient pour instruction de remplir des feuilles de décès régulières, et ils avaient toute liberté pour indiquer n'importe quelle cause de décès.

9. De temps à autres, des expériences médicales furent faites sur des prisonnières, entre autres, la stérilisation, et des expériences relatives au cancer. La plupart des personnes qui moururent des suites de ces expériences avaient été condamnées à mort préalablement par la Gestapo.

10. Rudolf Mildner était le chef de la Gestapo de Kattowitz et en cette qualité il était le chef du département politique d'Auschwitz où il procéda à des interrogatoires musclés de mars 1941 environ à septembre 1943. Il envoyait souvent des prisonniers à Auschwitz pour y être incarcérés ou exécutés. Il a visité Auschwitz à plusieurs reprises. Le tribunal de la Gestapo, le SS Standgericht, qui jugeait des personnes accusées de crimes divers, comme les prisonniers de guerre évadés, etc., se réunissait fréquemment dans le camp d'Auschwitz, et Mildner assistait souvent au procès de ces personnes, qui étaient habituellement exécutées à Auschwitz à la suite de leur condamnation. J'ai conduit Mildner à travers l'usine d'extermination d'Auschwitz et il s'y intéressa immédiatement car il devait envoyer les juifs de son territoire se faire exécuter à Auschwitz.

Je comprends l'anglais tel qu'il est écrit ci-dessus. Les déclarations précédentes sont authentiques; la présente déclaration est faite par moi volontairement et sans contrainte; après relecture de la déclaration, j'ai signé et j'ai fait de même à Nuremberg, Allemagne, le cinquième jour du mois d'avril 1946.

Rudolf Höss

Le «NSDAP» désigne le Parti Nazi, Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei (Parti national-socialiste des travailleurs allemands).

Il convient de signaler, chose qui n'a pas été dite dans la déposition et à laquelle certains pourraient attacher de l'importance, que Höss, alors qu'il était militant nationaliste dans les années vingt, avait commis un assassinat politique qui lui avait valu cinq ans de prison, (3) et qu'il avait commencé sa carrière dans les camps de concentration en 1934, à Dachau, avec le grade de caporal. Il peut sembler s'être élevé exceptionnellement rapidement puisqu'en 1945, pendant les dernières semaines de la guerre, il était colonel et était engagé dans des négociations relatives aux camps de concentration avec la Croix-Rouge et des représentants de pays neutres. (4) Il est très probable que son grade subalterne de 1934 ait été dû à des limitations artificielles, imposées pour des raisons politiques, dues à la taille de la SS. Son avancement rapide fut probablement le résultat de l'expansion de la SS après la purge de Röhm, en juin 1934, et de l'expansion plus grande encore qui eut lieu après le déclenchement de la guerre.


Contradictions au départ

Nous allons analyser à présent les points importants de la déposition. Le plan de Birkenau est reproduit à l'Ill. No 29; il s'appuie sur des renseignements rassemblés lors du «procès d'Auschwitz» de 1963-1965 mais le rapport du WRB présente un plan similaire. (5)

Paragraphe 2

Cela aurait pu nous aider à mieux situer les choses si Höss avait brièvement indiqué la nature des "industries du camp de concentration" d'Auschwitz et l'énorme importance que cette industrie revêtait pour les Allemands. Dans toute la transcription du TMI, il semble n'y avoir qu'une seule référence spécifique à la nature de l'activité industrielle d'Auschwitz. Elle se trouve dans la déposition de la prisonnière politique Vaillant-Couturier lorsqu'elle fait allusion, en passant, à une «fabrique de munitions» (il s'agit sans doute de l'usine de fusées de Krupp) et à une grande usine de buna, mais comme elle n'y a pas travaillé, elle ne peut pas dire ce qu'on y faisait. (6) Il y a d'autres références, en particulier dans les documents, mais, si elles y sont, elles sont enfouies profondément dans la masse du texte.

Le chiffre de deux millions et demi victimes gazées n'est pas le seul que cite Höss; en privé, à l'époque de sa déposition ainsi que lors de son procès en Pologne, en 1947 (il fut pendu), il employa le chiffre de 1.135.000. Le chiffre le plus bas allégué par ceux qui soutiennent que les gazages ont eu lieu est de sept cent cinquante mille. (7) Les Russes ont parlé de quatre millions, comprenant des tués par «injections, mauvais traitements, etc.», mais le chiffre le plus élevé qui ait été allégué semble être sept millions. (8)

La remarque au sujet des quatre cent mille juifs hongrois s'accordait avec l'étrange accent qui a été mis, dans la légende, sur les juifs hongrois. Cet accent existait bien avant la déposition de Höss et a perduré jusqu'à aujourd'hui. C'est le 5 mai 1944 qu'Eichmann aurait proposé, par l'intermédiaire de Joël Brand, d'échanger «des camions contre des juifs hongrois» avec les Alliés occidentaux. (9) Cette attention accordée aux juifs hongrois et qui dure encore semble due au fait que l'on s'est polarisé, depuis 1960, sur les activités d'Eichmann. La seule explication que je puisse offrir de son origine est que les problèmes des juifs hongrois ont débuté en mars 1944 avec l'occupation de la Hongrie par les Allemands, en même temps que le démarrage des activités du WRB, qui avait été créé en janvier. Une bonne part de l'attention du WRB était ainsi dirigée vers la Hongrie. (10 ) Le prochain chapitre sera consacré plus particulièrement au problème des juifs hongrois.

 

Paragraphe 4

Höss situe le commencement des gazages à l'été 1941. Il est promu en décembre 1943 à l'Inspection des camps de concentration, à Oranienburg, mais sait, "par les fonctions que j'ai continué à remplir" là-bas que "les exécutions en masse ont continué". Il semble très raisonnable de la part de Höss de prétendre avoir eu connaissance d'événements importants à Auschwitz, alors qu'il était à l'Inspection. Cependant, dans son témoignage oral, il dit qu'à l'été 1941, lui, Höss, avait été appelé pour rendre compte directement à Himmler et que, pendant l'entretien, il avait reçu, en tant que commandant du camp de concentration, directement du Reichsführer-SS l'ordre de commencer à exterminer les juifs, à condition de maintenir le «secret le plus strict» et sans même laisser à Glücks, son supérieur immédiat, la possibilité de découvrir ce qu'il faisait. «Glücks était, pour ainsi dire, l'inspecteur des camps de concentration à cette époque et il était le subordonné immédiat du Reichsführer». (11)

 

Paragraphe 6

Nous verrons dans un chapitre ultérieur ce que signifiait la «solution finale» de la question juive. Höss prétend qu'on lui avait donné "l'ordre de créer des installations pour l'extermination à Auschwitz, au mois de juin 1941". Il réaffirme ainsi la date donnée au paragraphe 4 et son témoignage, confirmant sa déposition, réaffirme de nouveau cette date; il ne semble pas faire de doute que Höss donnait sciemment et délibérément l'été 1941 comme date de départ et qu'il ne s'agit pas d'une erreur. Aussi bien, Höss a déclaré qu'au moment de l'ordre de Himmler, le chef de l'Inspection (Glücks) était le "subordonné immédiat" de Himmler. Cela n'a pu être vrai qu'avant mars 1942, date à laquelle Oswald Pohl, chef du WVHA (paragraphe 3), prit la tête de l'Inspection et où Glücks se mit à rendre compte à Pohl, qui rendait compte à Himmler. L'Inspection semble avoir été avant mars 1942 une organisation sans chef qui rendait (peut-être) compte à Himmler, bien qu'elle ait des liens aussi bien avec Heydrich qu'avec l'Office principal des opérations (Führungshauptamt) de Jüttner. Höss était bien entendu au courant de ces dispositions administratives puisqu'à la fin d'avril 1942, Pohl avait tenu une réunion avec tous les commandants des camps et tous les dirigeants de l'Inspection dans l'intention précise d'en discuter. (12)

En dépit de ce qui précède, Reitlinger affirme que Höss voulait parler de l'été de 1942, et non de 1941, pour certaines raisons que nous verrons plus loin ainsi que pour d'autres raisons. Tout d'abord, la déposition de Höss contient manifestement l'allégation implicite que sa visite à Treblinka a eu lieu après d'importantes déportations de juifs de Varsovie dans ce camp. Höss a confirmé ce point explicitement dans une autre déposition Cela situe la visite à Treblinka en 1942. Ensuite, selon les sources de Reitlinger, les premiers grands transports (2.000) de juifs vers Birkenau datent de mars 1942, alors que «la petite installation de gazage de la Birkenwald venait juste de commencer à fonctionner». (13) En fait, ces arguments ne font qu'accroître la confusion si l'on nous dit que Höss a reçu les ordres d'extermination à l'été 1942.

C'est tout bonnement le genre de contradictions auxquelles on serait en droit d'attendre dans un paquet de mensonges. Cependant, pour poursuivre la discussion, nous devrions accepter le fait que Höss voulait vraiment parler de l'été de 1942 et aborder d'autres sujets. Quelle que soit l'interprétation retenue, néanmoins, Höss dit qu'il y avait trois autres camps d'extermination au moment de l'ordre de Himmler, qu'il avait visité Treblinka et que ce camp exterminait depuis six mois. Cela situe le début des exterminations dans les chambres à gaz au début de 1942, si nous acceptons l'explication de Reitlinger.

 

Les prétendus gazages et le Zyklon

Il faut reconnaître que le gazage avec de l'oxyde de carbone est inefficace. Cet oxyde de carbone aurait été produit par les gaz d'échappement d'un moteur Diesel à Belzec et de chars et de camions russes (capturés à l'ennemi) à Treblinka ! (14)

Il faut également reconnaître que le Cyclon (Zyklon) B était plus efficace car il se composait de cristaux qui, au contact de l'air, se transformaient en «acide prussique» (acide cyanhydrique). Il n'existait pas de gaz plus mortel et, de fait, le Zyklon était un insecticide bien connu et largement utilisé, fabriqué par la Deutsche Gesellschaft für Schädlingsbekämpfung (DEGESCH) [Société allemande de lutte contre les parasites]. Il avait été commercialisé dans le monde entier avant la guerre comme insecticide; (15) le mot Zyklon signifie «cyclone», ce qui veut dire que le produit agissait comme un «cyclone» sur la vermine. Il fut utilisé pendant la guerre par toutes les forces armées allemandes et dans les camps, et c'est en tant qu'insecticide qu'il fut ainsi employé à Auschwitz. La commande et la réception du Zyklon à Auschwitz étaient effectuées par le Referat für Schädlingsbekämpfung [Bureau pour la désinsectisation]. (16)

Nous avons noté la menace constante de typhus véhiculé par les poux et nous avons vu les résultats désastreux de l'arrêt complet des mesures de désinfection à Belsen. Etant données les conditions particulièrement favorables qu'offraient les activités à Auschwitz-Kattowicz pour le pou, porteur du typhus, étant donné les épidémies à Auschwitz qui obligèrent à interrompre le travail, et étant donné l'importance considérable de l'activité industrielle d'Auschwitz pour l'effort de guerre allemand, il n'est pas surprenant que le Zyklon ait été utilisé en quantités abondantes à Auschwitz et dans la région environnante, dans le but qui était le sien. C'est ce produit chimique, connu pour être un insecticide et avoir été utilisé à Auschwitz comme un insecticide qui, d'après le rapport du WRB, aurait été le gaz employé pour exterminer les juifs à Auschwitz. Cette accusation, antérieure au rapport du WRB, a continué d'être lancée jusqu'à nos jours.

Il n'est pas exact de dire que l'on a dissimulé le rôle insecticide du Zyklon; le rapport du WRB mentionne le rôle anti-parasitaire du Zyklon et la transcription du TMI parle explicitement d'un double rôle du Zyklon à Auschwitz. (17) Nous devons prendre soin de noter l'importance de cette légende du Zyklon B. Nous avons ici, sur un point capital, alors que nous commençons à examiner les détails des allégations d'extermination à Auschwitz, l'attribut principal de toute imposture: un fait nécessitant une double interprétation. La littérature consacrée à la «solution finale» n'en parle pas ou même, manifestement, n'en tient pas compte. Hilberg déclare simplement, complètement hors de propos, que «très peu [de Zyklon] était employé pour la désinfection» et cite un témoin peu convaincant. Ce n'est guère mieux chez Reitlinger. (18)

L'utilisation la plus courante du Zyklon consistait à désinfecter des pièces et des baraquements. Toutes les ouvertures étaient obturées et l'on déversait alors la quantité nécessaire de Zyklon, lequel était contenu dans des boîtes vertes (Ill. No 27 et 28). Après le laps de temps approprié, on supposait que tous les poux et autres insectes et parasites étaient morts et l'on aérait le local. Le Zyklon pouvait être utilisé pour désinfecter les vêtements dans une installation fixe; de telles chambres étaient commercialisées par l'industrie allemande de l'«extermination», bien qu'à cette époque les étuves à vapeur fussent également employées pour la désinfection des vêtements, en particulier dans les installations fixes. On préférait ces "chambres d'extermination" pour les situations très mobiles ou très particulières. L'armée américaine, qui a connu également des problèmes de désinsectisation pendant la guerre, avait des procédés similaires et avait conçu une «chambre de campagne». Etant donné que les Etats-Unis entrèrent tardivement dans la guerre, ils eurent le temps d'adopter le DDT, substance chimique récemment mise au point et qui remplissait les mêmes fonctions que le Zyklon pour les Allemands. (19) Naturellement, les Américains employèrent le DDT dans leurs «camps», de concentration ou autres. Le DDT, en tant qu'insecticide plus perfectionné, était d'une plus grande souplesse d'utilisation, pour diverses raisons. L'une de ces raisons est qu'il est loin d'être aussi toxique pour les êtres humains que le Zyklon qui, lui, est très toxique et contenait sous sa forme commercialisée un «avertisseur», une substance irritante qui était émise avant l'émission du cyanure. Il est courant d'omettre ce type de substance superflue dans les versions militaires de certains produits et c'est pourquoi l'irritant était absent du Zyklon employé dans les camps de concentration.

Il fut question du double rôle du Zyklon au TMI, le 28 janvier 1946, dans le témoignage d'un témoin du procureur français Dubost. Ce dernier avait ensuite, le 30 janvier, soumis au tribunal le document 1553-PS qui se composait de plusieurs factures de la DEGESCH, adressées au SS-Obersturmführer Kurt Gerstein, pour différentes quantités de Zyklon envoyées à Oranienburg et à Auschwitz, plus une longue «déclaration» attribuée à Gerstein. Après quelques hésitations concernant certains détails juridiques de la procédure, les deux parties du document furent acceptées à titre de preuves, en dépit du fait que Rassinier et Reitlinger aient affirmé que la «déclaration» avait été rejetée. (20) Deux factures sont reproduites dans les volumes du TMI et une partie de la «déclaration» est reproduite dans l'un des volumes du TMN. (21) Les factures reproduites dans les volumes du TMI comprennent une facture pour 195 kg de Zyklon envoyés à Oranienburg et une autre une quantité similaire envoyée à Auschwitz. Il est probable que le Zyklon pour Oranienburg ait été en fin de compte destiné à d'autres camps et que le Zyklon envoyé à Auschwitz devait être réparti entre tous les petits camps de la région, et peut-être également avec les mines de charbon.

Le cas de Kurt Gerstein montre qu'il n'y a pas de limite aux absurdités auxquelles des gens intelligents peuvent aboutir, une fois qu'ils ont accepté le faux comme étant le vrai. Il s'agit du même Gerstein que l'on retrouve comme personnage principal de la pièce de Rolf Hochhuth, Le Vicaire.

Gerstein était dans la SS officier en chef de la désinfection au sein du Bureau d'hygiène de la Waffen-SS (22) et, à ce titre, il était chargé de superviser les livraisons de produits destinés à la désinfection à tous les camps administrés par la SS. Nous disposons de deux versions de ce qui lui est arrivé à la fin de la guerre. Dans l'une, il a rencontré par hasard des enquêteurs américains dans un hôtel à Rottweil (Forêt Noire); il leur a raconté qu'il avait obtenu un poste de responsabilité dans le Parti nazi alors qu'il agissait comme agent secret pour le compte du pasteur Niemöller, autrefois anti-nazi, qu'il avait participé au fonctionnement des chambres à gaz et qu'il était disposé à témoigner devant n'importe quel tribunal. Il leur remit ensuite un document dactylographié de sept pages en français, ainsi qu'une note en anglais et quelques factures pour du Zyklon, à la suite de quoi il disparut .(23) Dans la seconde version, il s'est retrouvé (d'une manière ou d'une autre) dans la prison militaire du Cherche-Midi, à Paris, a rédigé un document de sa propre main, en français, a ajouté les factures de Zyklon et s'est pendu en juillet 1945. (24) Dans les deux cas, ni lui ni son cadavre n'a jamais été retrouvé. Il aurait disparu en laissant une «déclaration» et des factures de Zyklon qui sont devenues le document 1553-PS. La première version de l'histoire de Gerstein est celle qu'offre la présentation qui accompagne le document.

Même si cette histoire de Gerstein n'était pas si manifestement sujette à caution, nous mettrions en doute l'authenticité de la «déclaration», uniquement du fait de son contenu. Celui-ci est ridicule dans l'histoire qu'il présente, par exemple lorsqu'il est dit que Gerstein serait entré dans la SS afin d'essayer de saboter les exterminations («un homme qui a pénétré en enfer dans le seul but de porter témoignage devant le monde et d'aider les victimes»). (25) (Nous reproduisons dans l'Annexe A le texte de la «déclaration», y compris la partie publiée par le TMN). La «déclaration» n'occupe pas une grande place dans notre analyse mais le lecteur devrait toutefois l'examiner. Elle est d'une totale extravagance. Il n'est pas surprenant que des gens qui prennent cette histoire au sérieux aient pu discourir sur l'«ambiguïté du bien» et éprouvé «un certain malaise, une impuissance à parvenir à une pleine explication de Gerstein en tant que personne». (26) Le Vicaire s'ouvre par «Gerstein» pénétrant (de force ) dans le grand salon de la nonciature sur la Rauchstrasse, à Berlin et faisant en haletant au nonce du pape le récit de l'histoire contenue dans sa «déclaration»!

Il est vraiment impardonnable et inexcusable de la part de Hilberg et de Reitlinger d'utiliser comme source une «déclaration» si manifestement apocryphe. Reitlinger, néanmoins, signale que Hitler n'a jamais visité Lublin, comme l'affirme la «déclaration». (27)

La DEGESCH n'était pas la seule firme impliquée dans l'affaire de l'«extermination». La firme Tesch und Stabenow fournissait ses clients en Zyklon ainsi qu'en équipement pour les «chambres d'extermination» qui avaient un volume standard de dix mètres cubes maximum. Au chapitre II, nous avons vu qu'il existait manifestement une telle «chambre à gaz» à Dachau qui fut, bien entendu, présentée dans les premières phases de la propagande comme une pièce servant aux meurtres, bien qu'aujourd'hui nul ne songe à prétendre qu'il s'agissait d'autre chose que d'une «chambre de désinfection».

Tesch et Weinbacher, de la firme Tesch und Stabenow, qui avait vendu de l'équipement pour «chambres d'extermination» au camp de Gross-Rosen, furent pendus pour leur participation aux exterminations. Leur défense selon laquelle ils ne savaient pas que leur marchandise devait être utilisée pour d'autres buts que la désinfection et leur autre justification, selon laquelle on ne pouvait refuser un ordre de la SS, avaient été rejetées par le tribunal militaire britannique. (28)

Paragraphe 7

Selon des dépositions sous serment de Höss et d'Entress en 1947, (29) les premières chambres à gaz, mises en service à l'été de 1942 (ce qui contredit la déposition de 1946), étaient des installations de fortune consistant en deux vieilles maisons de paysans rendues étanches par l'obturation des fenêtres. Lors du «procès d'Auschwitz» de 1963-1965, on a dit que le «bunker» de l'Ill. No 29 était l'une de ces premières chambres à gaz. (30) La nature des «chambres à gaz» ultérieures sera examinée plus loin.

C'est le moment de soulever certaines objections concernant les problèmes de responsabilité et d'autorité posés par ces opérations. Höss dit avoir reçu ses ordres directement de Himmler pendant l'été de 1942, (comme nous avons fait semblant de le penser). Cela signifie que Himmler n'a pas seulement court-circuité Glücks mais qu'il a fait de même avec Pohl en donnant cet ordre directement au commandant du camp et en spécifiant que Glücks ne devait pas apprendre ce qui se passait. Himmler est descendu de trois niveaux ou davantage pour donner l'ordre et a spécifié que Höss devait maintenir un impossible secret. Cette façon de procéder est des plus irrégulières.

Ce n'est pas tout. Selon la version que nous offrent la déposition et le témoignage de Höss ainsi que toutes les autres sources, (mis à part certains développements ultérieurs que nous examinerons) le gouvernement allemand a laissé le choix de la méthode des assassinats et du matériel requis à l'appréciation et à l'ingéniosité du commandant local. Höss décida de modifier deux vieilles maisons de paysans. Il trouva du Zyklon qui traînait dans le camp et décida que c'était une méthode plus efficace pour résoudre le problème juif que celle qui était utilisée à Treblinka où l'on avait récupéré quelques tanks et quelques camions capturés aux Russes pour qu'ils servent aux exterminations. Tout cela est idiot et Reitlinger n'est manifestement pas à son aise quand il s'agit de déterminer qui a choisi le Zyklon. Loin de résoudre la difficulté, il ne fait que l'aggraver en suggérant que c'est Hitler (!) qui a finalement opté pour le Zyklon, «non sans hésitation». (31)

Convois pour Auschwitz

On nous dit que les juifs qui n'étaient pas aptes au travail étaient gazés immédiatement à leur arrivée (et c'est pourquoi ils n'apparaissent, pour la plupart, dans aucun document écrit), mais l'on trouve dans le rapport même du WRB un récit qui contredit directement cette allégation.

Selon ce rapport, un transport de quatre ou cinq mille juifs de Theresienstadt, voyageant en famille, est arrivé à Birkenau en septembre 1943. Ces juifs gardèrent leurs bagages et furent logés en famille dans le secteur du camp indiqué sur l'Ill. No 29. Ils furent autorisés à correspondre librement, une école fut ouverte pour les enfants et les hommes ne furent pas astreints au travail. Ils étaient considérés comme étant en quarantaine pour six mois. On nous dit qu'ils furent gazés le 7 mars 1944 et que «les jeunes allèrent à la mort en chantant». Les parents de ces juifs reçurent d'eux du courrier, daté du 23 ou du 25 mars, mais l'on prétend que ce cou rr i er avait été écrit le 1er mars et postdaté, conformément aux ordres des Allemands.

Cette manière de procéder fut répétée avec un autre groupe de familles juives, cinq mille personnes qui arrivèrent de Theresienstadt en décembre 1943 et dont la quarantaine devait s'achever en juin 1944. Quelques hommes furent mis au travail. Selon des documents que l'on prétend être de cette époque, deux mille personnes étaient en mai 1944 sur la liste des travailleurs, 1492 étaient encore en quarantaine et 1575 étaient considérées «prêtes pour le transport» (Vorbereitung zum Transport), ce que Reitlinger interprète comme voulant dire en réalité «en attente pour les chambres à gaz». Cela s'est reproduit une seconde fois avec un groupe de familles de Theresienstadt qui était arrivé en mai 1944. (32) Comme ces personnes étaient mises en «quarantaine», il est certain que leurs baraques avaient été désinfectée au Zyklon juste avant leur installation et peut-être à des moments où ils y vivaient. A présent, on nous demande de croire que les Allemands avaient l'intention de les tuer plus tard avec le même produit chimique!

L'on trouve la même version, pour l'essentiel, dans les dépositions du TMI. (33) La présence de tels éléments dans le rapport du WRB n'est pas un mystère. Le sort des juifs de Theresienstadt en 1943-1944, quel qu'il ait été, était assez bien connu en Europe. En octobre 1943, quand 360 juifs furent déportés du Danemark, ils furent envoyés à Theresienstadt, «où le roi du Danemark pouvait s'assurer de leur sécurité». (34) Nous avons noté, au chapitre précédent, la visite sur place de la Croix-Rouge. Lors d'une visite en 1945, la Croix-Rouge évoqua de tels transferts à Auschwitz en 1944, sans leur donner de connotation sinistre.

Il était parfaitement logique de décrire les juifs de Theresienstadt comme étant «prêts pour le transport» juste avant la fin de leur quarantaine, puisque l'on sait que de nombreux juifs de Theresienstadt étaient déportés en direction de l'Est. Dans une revue cautionnée par le gouvernement israélien, un témoin, qui avait été à Theresienstadt, raconte que de 1941 à 1944 les Allemands transportaient les juifs de Theresienstadt en des lieux comme Minsk, en Biélorussie, et Riga, en Lettonie. Il faut avoir passé par un bon nombre de «camps d'extermination» pour aller de Theresienstadt à ces villes. Le témoin déclare également que de jeunes juifs de Theresienstadt désiraient vivement se porter volontaires pour des transports en direction d'Auschwitz, à une date aussi tardive qu'août 1944. (35) Le rabbin Leo Baeck a prétendu que quelqu'un qui s'était échappé d'Auschwitz en août 1943 et qui était revenu à Theresienstadt, avait parlé de gazages à Baeck. Baeck a expliqué pourquoi il n'en avait parlé à personne d'autre à cette époque, ce qui explique, va-t-on sans doute nous dire, le fait qu'il était possible que tous ces gens fussent si désireux, dans leur «ignorance», d'aller à Auschwitz. (36)

La partie de la légende d'Auschwitz concernant les juifs de Theresienstadt est une absurdité manifeste, même sans preuve du contraire. On ne peut pas croire que les Allemands voulaient héberger pendant six mois à Birkenau chacun des trois groupes différents de personnes appartenant à une catégorie pour laquelle il aurait existé un programme d'extermination à Birkenau. Le double rôle du Zyklon dans cette histoire assure simplement le passage de l'absurde au grotesque.

Nous rencontrons la même situation si nous examinons une autre source de ce qui serait des données statistiques concernant les convois pour Auschwitz. Les données des rapports de la Croix-Rouge néerlandaise sont plus dignes de foi que celles du rapport du WRB, bien qu'elles soient assez limitées. Néanmoins, comme on peut le voir dans l'Annexe C, les données montrent que presque tous les juifs (hommes) qui ont été déportés des Pays-Bas à Auschwitz, en juillet et août 1942, sont arrivés à Birkenau et y ont reçu des numéros d'enregistrement. On sait également que ces juifs hollandais ont écrit des lettres à leurs familles aux Pays-Bas, dans lesquelles ils décrivaient le travail à Auschwitz comme «dur» mais «supportable», la nourriture «suffisante», les cantonnements «bons», les conditions d'hygiène «satisfaisantes» et la manière dont ils étaient traités «correcte». (Cela a été rapporté par le Conseil juif d'Amsterdam qui a affirmé, cependant, n'avoir connaissance que de cinquante-deux lettres de ce genre). Pour Reitlinger, ces choses sont des «mystères» car, dit-il, «à certaines périodes, des convois entiers ont été admis». (37)

L'expression «décision sur place» n'a pas, à notre connaissance, été employée après la déposition de Höss. Le terme courant est «sélection»; l'histoire est que des «sélections» étaient faites parmi les convois qui arrivaient sur la base de l'aptitude au travail. Ceci, bien entendu, doit être vrai pour l'essentiel; étant donné l'étendue et la diversité des activités industrielles d'Auschwitz, il était nécessaire de sélectionner les personnes en fonction de leur aptitude au travail mais également, par exemple, en fonction des tâches, plus ou moins pénibles, qu'elles pouvaient accomplir. D'autres facteurs qu'il fallait prendre en compte à cet égard étaient de savoir si un convoi donné était composé de prisonniers, de travailleurs volontaires, de juifs en cours de transplantation (comme les juifs de Theresienstadt) ou d'autres catégories. On recherchait sans doute également certains professionnels d'une importance vitale, comme le personnel médical, les ingénieurs, les ouvriers qualifiés, etc. La légende de l'extermination prétend simplement que la seule catégorie recherchée dans ces sélections minutieuses était les juifs non employables, voués à l'extermination. Les indices dont nous disposons ont déjà sérieusement ébranlé cette allégation.

 

Un hôpital pour des gens en cours d'extermination ?

Les sélections parmi les convois à l'arrivée ne seraient pas le seul mode de sélection pour la chambre à gaz. Un juif hollandais, le Dr Elie A. Cohen, fut arrêté en 1943 pour avoir tenté de quitter les Pays-Bas sans autorisation. En septembre, il fut envoyé à Auschwitz avec sa famille, dont il fut séparé et qu'il ne revit jamais. Il écrivit un livre par la suite, Human Behaviour in the Concentration Camp, basé sur ce qu'il avait vécu en tant que membre du personnel de l'hôpital d'Auschwitz I. Les relations qu'entretenait Cohen avec les personnes qu'on était en train d'exterminer étant celles qu'un médecin entretient avec ses patients, il était nécessaire de trouver un terme qui décrive précisément son livre et «objectif» était un choix aussi bon qu'un autre.

Cohen interprète certaines sélections à l'hôpital comme des sélections pour la chambre à gaz:

«Après que la "direction du H.K.B. (camp de l'hôpital)" eut averti que le médecin du camp allait faire une sélection, tout le bloc devint une ruche bourdonnante d'activité, car tout devait être brillant de propreté [...] tandis que chacun se tenait au garde-à-vous, il fit son entrée avec sa suite: S.D.G. (aide-infirmier), Blockälteste et secrétaire de bloc. Les juifs malades étaient déjà alignés -- nus, bien entendu. En même temps que la présentation de la fiche avec les notes personnelles concernant chaque prisonnier au médecin du camp, le médecin du bloc, à l'oreille duquel le médecin de service murmurait le diagnostic, amenait le patient en question devant lui [...] dans 90 pour cent des cas, la fiche était remise au S.D.G., ce qui signifiait la mort par gazage pour le patient, à moins que le département politique n'eut donné des ordres contraires, ce qui arrivait fréquemment dans le cas des "Schutzhäftlinge" (personnes accusées de crimes de droit commun).
Les prisonniers émaciés n'étaient pas les seuls à être envoyés à la chambre à gaz, les prisonniers qui paraissaient bien nourris l'étant parfois également; et parfois, même des membres du personnel de l'H.K.B., qui étaient officiellement exempts, devaient subir le même sort. Par conséquent, en particulier lorsqu'on considérait le "style médical" du médecin du camp, on supposait en général que ce n'était pas seulement les personnes incapables de travailler qui étaient vouées à être tuées, mais que le facteur décisif devait être qu'un certain nombre de personnes devaient être gazées.
Officiellement, nul ne savait quel était en réalité l'objectif final, pas même le personnel de la direction, car, après les noms des gazés, on mettait les initiales S.B., abréviation de "Sonderbehandlung" (traitement spécial)». (38)

Cohen ne dit pas avoir vu de chambres à gaz; les seules preuves qu'il avance pour soutenir une interprétation de ces scènes comme impliquant un gazage (une telle interprétation n'était certainement pas automatique à partir des faits bruts) consistent dans les allégations d'extermination à Auschwitz d'après guerre et également dans le fait que des rumeurs circulaient à l'intérieur du camp. L'existence de ces rumeurs est pour ainsi dire certaine car un délégué de la Croix-Rouge internationale a rapporté leur existence parmi les prisonniers de guerre britanniques à Auschwitz III, en septembre 1944. (39) Néanmoins, on ne peut rien conclure de l'existence de rumeurs, car leur propagation est un aspect élémentaire de la guerre psychologique et nous avons vu que l'OSS et, bien entendu, les communistes, se sont livrés à la propagation de rumeurs et à la «propagande noire». De fait, des membres bien informés du gouvernement américain ont reconnu avoir diffusé des «renseignements». Lors du procès de l'I.G. Farben, le procureur Minskoff posa au témoin de la défense Münch la question suivante:

«A présent, témoin, n'est-ce pas vrai que, pendant la période où vous étiez à Auschwitz, des avions alliés ont lâché des tracts sur Kattowitz et Auschwitz, informant la population de ce qui se passait à Birkenau ?» (40)

Münch ne le savait pas. Or Minskoff était bien informé à ce sujet car il avait été pendant la guerre avocat au Département du Trésor pour les opérations extérieures et était probablement bien informé de ce qui touchait au WRB; le WRB avait collaboré avec l'Office of War Information dans diverses opérations de lâchage de tracts. Bien entendu, le procureur en chef au procès de l'I.G. Farben était DuBois, qui avait été conseiller général du WRB. Il écrivit que, dans son «bureau, en 1943, (il) savait [...] ce qui se passait à Auschwitz», et a choisi de reproduire dans son livre, avec l'approbation générale, la partie de la déposition comprenant la question de Minskoff. (41) C'est un bon indice d'une opération américaine de lâchage de tracts sur Auschwitz bien que la méthode semble assez grossière. Je pense que si les tracts ont bien été lâchés, ils le furent de nuit et en faibles quantités.

En réalité, un lâchage de tracts n'était pas nécessaire pour faire entrer des rumeurs dans les camps, car les communistes, très organisés, étaient très actifs dans la région. Leur organisation supérieure, avec l'écoute illégale systématique des radios, avait rendu les autres détenus, pour l'essentiel, totalement dépendants d'eux pour les «nouvelles». (42) Rappelons qu'il s'agissait d'un monde restreint, y compris en 1939-1945, et que, en raison de la facilité avec laquelle, dans l'ensemble, l'information entrait et sortait des camps (c'est un point que nous avons noté au chapitre précédent), les histoires propagées par les Alliés au sujet des camps auraient finalement et nécessairement pénétré dans ces camps par divers canaux.

Le délégué de la Croix-Rouge mentionné plus haut avait tenté de visiter les camps d'Auschwitz mais n'est manifestement pas allé plus loin que la zone administrative d'Auschwitz I et les baraques des prisonniers de guerre britanniques. Ces derniers étaient les seuls que les conventions en vigueur lui permettaient de visiter; concernant d'autres sujets, les officiers allemands présents étaient «aimables et réticents». Le délégué a rapporté sans commentaire que les prisonniers de guerre britanniques n'ont pas été en mesure de confirmer les rumeurs en consultant les autres détenus. Il est dit que, malgré ces rumeurs, les prisonniers de guerre britanniques qui furent interrogés par les Russes après la capture du camp «ne savaient rien du tout» au sujet des «crimes». (43)

Des événements ultérieurs ont, bien entendu, transformé les rumeurs en «connaissance», dans de nombreux cas. Il est certain que les juifs qui arrivaient ne soupçonnaient pas les gazages. (44)

Les «sélections» constituent un autre fait susceptible d'une double interprétation. Il va de soi que les activités industrielles et autres nécessitaient de «sélectionner» des personnes pour divers objectifs classiques. On nous demande ensuite d'ajouter un objectif d'«extermination» à ces activités.

Avant d'en terminer avec Cohen, il convient de noter qu'il y avait des juifs malades et émaciés, aussi bien que d'autres, à l'hôpital d'AuschwitzI. Il nous indique plus loin:

«[...] Le H.K.B. était situé dans cinq bons blocs construits en pierres. Il y avait un bloc de chirurgie, un pour les maladies infectieuses, un pour les maladies internes, un pour le "Schonung" (cas moins sérieux) et le bloc 28 (rayons X, salles des spécialistes, expériences médicales, admissions).Les malades reposaient sur trois couchettes superposées, sur des paillasses et étaient vêtus d'une chemise (avec, plus tard, une paire de caleçon), sous deux couvertures en coton et un drap. Les patients prenaient un bain chaque semaine et, tous les quinze jours, on leur donnait du linge "propre" et un drap "propre"; il y avait peu de puces et pas de poux. Les couchettes étaient rarement occupées par plus de deux personnes. Mais [...] même les patients avec une forte fièvre devaient quitter leur lit pour aller aux toilettes ou pour se laver, les matins, dans les lavabos froids. Grâce aux "organisations" [c'est-à-dire des larcins effectués aux dépens] des SS, il y avait toujours des médicaments, bien qu'en quantité insuffisante, y compris même des sulfamides; ils avaient été apportés par les grands convois de juifs venus de tous les pays d'Europe». (45)

Il ajoute que les conditions de vie à l'hôpital étaient bien pires dans d'autres camps (qu'il ne connaît que par des lectures).

L'hôpital d'Auschwitz I n'était de toute évidence pas un établissement de luxe mais dénotait, de la part des Allemands, un intérêt réel pour la guérison des détenus, y compris des juifs, qui étaient tombés malades. Cette observation s'inscrit également en faux contre l'allégation selon laquelle ceux qui n'étaient pas aptes au travail étaient tués. Cohen parle de certaines sélections dont le caractère n'est qu'incomplètement connu et qui concernent des destinations inconnues. Il se peut que ceux que l'on ne considérait plus comme utiles en tant que main-d'oeuvre aient été envoyés à Birkenau; cela serait très vraisemblable puisque nous avons vu que les personnes inaptes de l'hôpital de Monowitz étaient envoyés à Birkenau.


«Traitement spécial»

L'expression «traitement spécial», Sonderbehandlung, aurait été, dit-on, un des mots codés pour désigner le gazage. Quand il est dit qu'un certain nombre de juifs dans un transport pour Auschwitz ont été gazés, et que cela a été fait conformément à un document allemand, c'est que le mot Sonderbehandlung est interprété comme signifiant «gazage». Les documents en question sont au nombre de deux et sont imprimés (mais non reproduits à partir des originaux) dans une publication de 1946 du gouvernement polonais. Les deux documents portent, dit-on, la signature d'un certain lieutenant SS Schwarz. Ils indiquent qu'au sein de plusieurs convois juifs de Breslau et de Berlin en direction d'Auschwitz, en mars 1943, une partie des juifs a été sélectionnée pour le travail et que le reste a été sonderbehandelt. A ma connaissance, ces documents n'ont pas été présentés à Nuremberg; les originaux, s'ils existent (ce que je ne cherche pas à nier), sont dans les archives polonaises. (46)

En raison de l'interprétation relativement bien (connue) du terme Sonderbehandlung, Cohen pense qu'il a lu «S.B.» dans les annotations rédigées à l'hôpital d'Auschwitz I, mais il est probable qu'il se soit agi, suite à une mauvaise lecture, de «N.B.», nach Birkenau (vers Birkenau).

Il existe un document, apparemment authentique, émanant du Quartier général de la Gestapo de Düsseldorf, qui précise la manière dont devaient être effectuées les exécutions de certains travailleurs étrangers auteurs de délits et qui utilise le terme Sonderbehandlung dans le sens d'«exécution». Il y a également un document, présenté lors du procès Eichmann, qui parle de l'exécution de trois juifs comme d'une Sonderbehandlung. (47)

Ainsi, il semble exact que, dans certains contextes, le terme signifiait «exécution», mais il est au moins également certain que sa signification n`était pas plus univoque dans la SS que ne l'est la signification de «traitement spécial» dans les autres pays. Il existe sur ce point des preuves qui peuvent nous satisfaire pleinement. Lors du procès du TMI, le procureur Amen amena Kaltenbrunner à reconnaître, pendant le contre-interrogatoire, que le terme pouvait avoir signifié une exécution quand c'était Himmler qui l'ordonnait. Puis, dans une tentative pour impliquer personnellement Kaltenbrunner dans une Sonderbehandlung, Amen brandit triomphalement un document qui présente Kaltenbrunner comme ordonnant une Sonderbehandlung pour certaines personnes. Amen voulait que Kaltenbrunner commente le document sans l'avoir lu. Il y eut un vif échange à ce sujet, mais Kaltenbrunner fut finalement autorisé à lire le document. Il fit ensuite brièvement observer que la Sonderbehandlung dont parlait le document concernait des personnes au «Winzerstube» et au «Walzertraum», que ces deux établissements étaient des hôtels de luxe qui logeaient des notables internés, et que la Sonderbehandlung signifiait dans leurs cas la permission de correspondre librement et de recevoir des paquets, une bouteille de champagne par jour, etc. (48)

Poliakov reproduit certains documents qui montrent que Sonderbehandlung avait encore une autre signification au sein de la SS. Ces documents traitent des procédures à suivre dans l'éventualité de grossesses dues à des rapports sexuels illégaux, impliquant des travailleurs civils polonais et des prisonniers de guerre. Un examen racial était effectué pour choisir entre l'avortement et la «germanisation» du bébé (adoption par une famille allemande). Le terme Sonderbehandlung se rapportait soit à la germanisation, soit à l'avortement. Par ailleurs, lors du procès Eichmann, des documents furent présentés qui concernaient le traitement réservé à 91 enfants de Lidice, en Bohême-Moravie. Ces enfants étaient orphelins à la suite de représailles qui avaient été menées à Lidice après l'assassinat de Heydrich. Un certain nombre furent choisis pour la germanisation et le reste fut envoyé au Centre des personnes déplacées de Lodz (Litzmannstadt), géré par le RuSHA. Le commandant du Centre, Krumey, considérait les enfants comme un cas spécial à l'intérieur du Centre, auxquels devait être accordée une Sonderbehandlung pendant leur séjour au Centre. Le terme ou son équivalent (eine gesonderte Behandlung) était également employé par le ministère des Affaires étrangères en rapport avec les catégories particulières de prisonniers de guerre, comme les prêtres. (49)

Ce n'est qu'à une personne qui n'est pas habituée à la langue allemande que le terme Sonderbehandlung semble désigner un concept très particulier. Pour un Allemand, en revanche, le terme est d'application aussi diverse que peut l'être «traitement spécial» en français.

Himmler s'est exprimé de façon assez peu claire sur la Sonderbehandlung quand il examina le «rapport Korherr», les documents classés NO-5193 jusqu'à NO-5198. Korherr était le chef statisticien de la SS et c'est pourquoi, fin 1942 et début 1943, il prépara un rapport pour Himmler sur la situation des juifs européens. En mars 1943, il rapporta qu'un total de 1.873.594 juifs de diverses nationalités avaient été soumis à un programme d'«évacuation», avec une note entre parenthèses «y compris Theresienstadt et y compris la Sonderbehandlung». Le rapport donnait également le nombre des juifs dans les ghettos de Theresienstadt, Lodz et du Gouvernement général, leur nombre dans les camps de concentration ainsi que dans les villes allemandes, en raison d'un statut spécial qui leur avait été conféré pour des raisons économiques. Il notait également que, de 1933 au 31 décembre 1942, 27.347 juifs étaient morts dans les camps de concentration allemands.

Himmler, après avoir examiné le rapport, informa Korherr, par l'intermédiaire de Brandt, que le terme de Sonderbehandlung ne devait pas être utilisé dans le rapport et qu'il fallait préciser par transport vers l'Est. Néanmoins, le document, tel qu'il nous est parvenu, emploie le terme de la façon que nous avons indiquée. Le document ne donne aucune indication sur la manière dont le terme devrait être interprété mais, puisqu'il est lié dans le texte à Theresienstadt, il est clair qu'on peut raisonnablement l'interpréter en un sens favorable, comme faisant référence à une sorte de traitement de faveur.

Peu de temps après, Himmler écrivit, dans un document qu'il aurait paraphé, qu'il considérait «le rapport comme procurant des informations générales pour l'avenir, surtout dans un but de camouflage». Ce qui devait être camouflé n'est pas indiqué dans le document mais, lors de son procès, Eichmann déclara qu'après le désastre de Stalingrad (janvier 1943), le gouvernement allemand accéléra le rythme des déportations «pour des raisons de camouflage», c'est-à-dire pour rassurer le peuple allemand en lui faisant croire que tout allait bien là-bas. Himmler précisa que le rapport Korherr ne devait pas être rendu public «pour le moment», mais la remarque sur le camouflage pourrait toujours être interprétée dans le sens qu'a suggéré Eichmann (la déclaration d'Eichmann ne portait pas sur le rapport Korherr). (50)

Il existe d'autres documents, comme le 003-L, lettre du général SS Katzmann, parlant de 434.329 juifs du sud de la Pologne réinstallés (ausgesiedelt) comme ayant été sonderbehandelt, et le NO-246, lettre d'Artur Greiser à Himmler, datée du 1er mai 1942, demandant l'autorisation d'appliquer une Sonderbehandlung, (précisée comme devant les «enfermer» (abgeschlossen), à environ 100.000 juifs dans le Warthegau (partie de la Pologne annexée). Greiser fut condamné à mort par un tribunal polonais le 20 juillet 1946, malgré l'intervention du pape en sa faveur. Il existe également une lettre de Lohse dont il sera question au chapitre VI. (51)

Pour résumer la situation à propos des documents qui parlent de Sonderbehandlung, nous pouvons dire que, sans même soulever les questions concernant l'authenticité de ces documents, même si l'on suppose authentiques tous ces documents, ils ne nécessitent pas une interprétation dans le sens d'une «extermination» quand ils s'appliquent à Auschwitz. Que le terme Sonderbehandlung ait eu plus d'une signification au sein d'une seule administration du gouvernement allemand n'a rien d'exceptionnel. Je crois par exemple que, dans la CIA, le terme anglais termination peut signifier une exécution ou un assassinat dans certains contextes. Néanmoins, ce terme peut aussi s'appliquer au renvoi d'une dactylo pour absentéisme.

Le point du paragraphe 7 de la déposition de Höss disant que «nous leur faisions croire qu'elles allaient subir un traitement dont le but était de les épouiller» est, bien entendu, logique puisque toute personne entrant dans un camp allemand passait par un processus d'épouillage tel que Höss l'a décrit dans sa déposition et son témoignage: le nouvel arrivant se déshabillait, était rasé et prenait une douche. (52) Une fois encore, on nous propose un fait susceptible d'une double interprétation.


Les crématoires

Le dernier sujet du paragraphe 7 est les crématoires; c'est un vaste sujet. Selon Höss et tous les autres récits sur les exterminations, les crémations à Birkenau eurent lieu dans des tranchées ou des fosses avant la mise en service des installations modernes de crémation. (53) On prétend que les nouveaux crématoires étaient destinés à l'extermination des juifs mais nous avons suggéré au chapitre précédent une destination plus banale. Examinons leur histoire.

Les phases préliminaires de la conception et de la construction de ces crématoires étaient déjà bien avancées au début de 1942. Ce fait en lui-même rend difficile, pour dire le moins, de croire qu'ils avaient un rapport avec un quelconque programme d'extermination ordonné par Himmler pendant l'été 1942. Les plans de construction pour quatre bâtiments contenant des fours crématoires sont datés du 28 janvier 1942. (54) Le 27 février 1942, le chef du département de la construction du WVHA, le colonel, devenu ensuite lieutenant général Hans Kammler, un ingénieur qui supervisait également le projet des bases allemandes pour fusées (de type V) et des usines d'aviation souterraines, visita Auschwitz et tint une conférence au cours de laquelle on décida d'installer cinq fours crématoires, au lieu des deux initialement prévus, chacun ayant trois fours ou portes. (55) Cette affaire ne fut donc nullement laissée à l'ingéniosité de Höss alors que, dans la légende de l'extermination, c'est à Höss, précisément, qu'est attribué le mérite d'avoir choisi le Zyklon. Les quinze fours à installer dans l'un des édifices furent commandés à Topf et fils à Erfurt, le 3 août 1942. (56) Les fours étaient du type standard parmi ceux que vendait Topf (toujours en activité à Wiesbaden en 1962). L'Ill. No 26 est censée être une photographie de l'un des crématoires d'Auschwitz. Chaque four était conçu pour contenir un corps à la fois, comme tous les fours crématoires ordinaires. Rien n'indique qu'on ait installé des fours non-conventionnels qui auraient été conçus pour brûler plus d'un cadavre à la fois. Topf avait également fourni des fours à des camps où l'on ne prétend pas qu'il y ait eu des exterminations, comme à Buchenwald. (57)

Les plans pour les quatre bâtiments contenant les crématoires, numérotés II, III, IV et V (le crématoire I semble avoir été le crématoire finalement inutilisé à Auschwitz I, qui contenait quatre fours) (58), montrent qu'ils renfermaient une vaste salle. Pour les II et III, ces dernières étaient au-dessous du niveau du sol et étaient désignées sous le nom de Leichenkeller (cave mortuaire -- littéralement cave à cadavres -- un terme allemand pour morgue est Leichenhalle); leurs dimensions étaient respectivement d'une hauteur de 2,4 mètres et de 2,3 mètres et d'une superficie de 210 mètres carrés et de 400 mètres carrés. Les salles des bâtiments contenant les crématoires IV et V étaient au niveau du sol et étaient désignées sous le terme de Badeanstalten (établissements de bains); elles avaient chacune une hauteur de 2,3 mètres et une superficie de 580 mètres carrés. Selon les données fournies lors du «procès d'Auschwitz» de 1963-1965, ces quatre bâtiments étaient situés comme le montre l'Ill. No 29.

Le département de la construction d'Auschwitz, en bâtissant les crématoires, n'était pas seulement assisté par Topf mais également par la compagnie SS DAW (Deutsche Ausrüstungswerke, Fabrique allemande d'équipement), qui aida à diverses constructions. Les premiers fours furent installés dans le crématoire II et étaient, comme nous l'avons noté, au nombre de quinze: cinq (unités) à trois fours. La construction prit un temps considérable bien que, comme le montrent les documents, elle ait été menée en toute hâte. Les volumes du TMN nous proposent une traduction en anglais du document NO-4473; si le lecteur estime qu'il voit dans ce document quelque chose qui contredit ma thèse, qu'il veuille bien suspendre son jugement:

29 janvier 1943

Au Chef de l'Amtsgruppe C, SS-Brigadeführer et Brigadier général des Waffen-SS, Dr. Ing. Kammler

Sujet: le crématoire II, état du bâtiment.

Le crématoire II a été achevé -- à l'exception de quelques travaux secondaires -- par l'emploi de toutes les forces disponibles, par équipes de 24 heures, malgré des de difficultés sans nom et le froid rigoureux. Le feu fut allumé dans les fours en présence de l'ingénieur en chef Prüfer, représentant des fournisseurs, la firme Topf und Söhne, d'Erfurt, et il fonctionne de manière très satisfaisante. Les planches [de coffrage] du plafond en béton de la cave utilisée comme morgue (Leichenkeller) n'ont pas pu encore être enlevées en raison du gel. Ce n'est, de toute façon, pas très important car la chambre à gaz peut être utilisée dans ce but.

La firme Topf und Söhne n'a pas été en mesure de commencer à temps les livraisons pour l'installation d'aération et de ventilation comme cela avait été demandé par la Direction centrale de la construction, en raison de restrictions dans l'utilisation des wagons de chemin de fer. Aussitôt que l'installation d'aération et de ventilation arrivera, la mise en place commencera afin que l'installation complète puisse être prête à l'emploi le 20 février 1943.

Nous joignons un rapport [il n'est pas joint au document] de l'ingénieur vérificateur de la firme Topf und Söhne d'Erfurt.

Le Chef de la Direction centrale de la construction,
Waffen SS et Police d'Auschwitz,
SS-Hauptsturmführer

Distribution: 1- SS Ustuf. Janisch u. Kirschneck; 1- Bureau des archives (dossier crématoire);

Copie certifiée conforme: (signature illisible) SS Ustuf (F). (59)

Pour moi, cela signifie que, bien que tout le travail sur le crématoire II n'ait pas été achevé, les fours pouvaient être utilisés en janvier 1943 pour les crémations, malgré l'impossibilité d'utiliser la Leichenkeller.

Le 12 février 1943, Topf écrivit à Auschwitz en accusant réception d'une commande de cinq unités à trois fours pour le crématoire III, la construction devant être achevée le 10 avril. Je n'ai pas vu de documentation indiquant l'installation de fours dans les crématoires IV et V, à moins qu'on puisse interpréter dans ce sens une lettre du 21 août 1942 adressée par un second lieutenant SS à Auschwitz et qui mentionne une proposition de Topf d'installer deux unités à trois fours près de chaque «bain à destination spéciale» (texte allemand= Bäder für besondere Zwecke). (60) Des travaux de menuiserie étaient cependant effectués dans les crématoires IV et V. (61)

Cela nous amène au problème du nombre des fours à Birkenau; c'est un problème car les Allemands auraient démoli les bâtiments des crématoires avant d'abandonner Auschwitz. (62) Manifestement, nous devons supposer qu'il y en avait au moins trente disponibles, quinze dans le crématoire II et quinze dans le crématoire III, au cours de 1943. Il existe un nombre suffisant d'indices montrant que des fours ont été installés dans les crématoires IV et V. Il s'agit principalement de la présence d'un Kommando de travail affecté à ces crématoires dans ce qui serait la liste d'embauche de Birkenau pour le 11 mai 1944 (c'est le document où apparaissent les juifs de Theresienstadt), plus quelques témoignages. Les Russes et les Polonais disent que chacun de ces crématoires avait huit fours et que les deux autres en avaient quinze chacun, ce qui donne 46 fours. Le rapport du WRB a précisé qu'il y en avait 36 dans les crématoires II et III et 18 dans le IV et le V, soit au total 108 fours. (63)

Reitlinger parle de 60 fours car il suppose que chaque crématoire en possédait quinze. Sa seule source pour cela est le livre attribué à un certain Miklos Nyiszli, auquel il convient de n'accorder crédit sur rien, et surtout pas sur les chiffres. Le récit de Nyiszli prétend relater les expériences personnelles d'un médecin juif hongrois déporté à Auschwitz en mai 1944. Il est paru en français en 1951 dans les numéros de mars et d'avril des Temps Modernes, avec une préface du traducteur T. Kremer. Rassinier a raconté les efforts opiniâtres qu'il avait faits pour contacter Nyiszli et déterminer s'il avait ou non réellement existé; la seule personne qui semblait avoir incontestablement existé était le traducteur Kremer. (64) Une traduction anglaise de Richard Seaver, préfacé par Bruno Bettelheim, a été publiée à New York en 1960 sous le titre Auschwitz. Nyiszli était de toute évidence mort à cette époque car l'on précise que les droits d'auteur sont détenus par «N. Margareta Nyiszli». Comme il est de d'usage avec les auteurs décédés qui étaient docteurs en médecine, la page de titre de sa thèse de doctorat, de «Nicolaus Nyiszli», Breslau 1930, est reproduite dans l'édition new-yorkaise de 1960. Le livre a été republié en 1961 dans des éditions françaises et allemandes.

Selon Rassinier, il est déjà difficile de faire accorder les chiffres dans les différentes éditions, mais il n'est même pas possible d'obtenir une cohérence interne au sein d'une même édition. Dans l'édition de 1960, nous lisons (p. 55) que les soixante fours pouvaient réduire en cendres «plusieurs milliers» de cadavres par jour. Plus loin (p. 87), on nous dit que «quand les deux fosses d'incinération opéraient simultanément, leur rendement variait de cinq à six mille morts par jour, légèrement mieux que les crématoires», mais, plus loin (p. 92), nous apprenons que les crématoires II et III pouvaient à eux seuls incinérer au moins 10.500 cadavres par jour. Nous nageons en pleine confusion.

Les écrits attribués à Nyiszli comportent également l'élément qui, selon moi, discrédite un témoin; ils prétendent en effet que les SS battaient régulièrement et de manière gratuite des prisonniers initialement en bonne santé (par ex. p. 25, 27, 44, 57); nous savons que ce n'était pas le cas. Si l'on met de côté de possibles objections humanitaires au fait de les battre, les prisonniers représentaient une source de revenus pour les SS. On a de nombreuses réclamations, de la part des SS, contre diverses formes de mauvais traitements que I.G. Farben leur auraient infligés. D'autre part, pour des raisons de sécurité, les SS décourageaient la fraternisation entre les gardiens et les prisonniers. Les gardiens SS avaient l'ordre de maintenir une certaine «distance» (Abstand) à l'égard des prisonniers et ne devaient même leur adresser la parole qu'en cas d'absolue nécessité. Ce règlement était bien entendu difficile à appliquer et les infractions régulières et très fréquentes donnèrent lieu à des circulaires que Pohl adressait aux commandants de camps pour que des instructions soient données de manière appropriée et systématique aux gardiens. (65)

Bien que les auteurs d'autres livres mentionnent parfois des actes de brutalité commis par des gardiens SS, Cohen ne rapporte rien de tel pour Auschwitz et fait remarquer que la «cérémonie d'accueil» lors de l'arrivée de son convoi «s'est déroulée sans violence». Il mentionne cependant l'existence d'une table en bois, utilisée pour battre les prisonniers sur le postérieur. Il s'agissait d'un mode de punition aux règles précises, qu'on appliquait aux prisonniers qui commettaient divers délits dans les camps; la punition «renforcée» s'appliquait sur les fesses nues. (66)

Lorsqu'un témoin d'Auschwitz commence à dire qu'on battait les détenus régulièrement et gratuitement, il se peut qu'il dise la vérité sur certains points, mais sa crédibilité d'ensemble est à rejeter.

Sur la base des éléments dont nous disposons, la meilleure hypothèse est qu'il y avait 30 fours disponibles à Birkenau au printemps de 1943 et 46 un an plus tard. Avant d'abandonner le sujet du nombre de fours, il faut observer qu'il y a certaines ambiguïtés dans les documents relatifs aux crématoires. La plus évidente est due au fait que le rapport du WRB ne semble pas être la seule source qui numérote par erreur les crématoires de Birkenau de I à IV au lieu de II à V; les Allemands l'ont fait parfois eux-mêmes ou, en tous les cas, c'est ce qui semble ressortir, par exemple, du NO-4466. (67)

Les limites de la cadence à laquelle les gens auraient pu être exterminés dans un processus du genre de celui qui est habituellement décrit ne se détermine pas par la cadence à laquelle ces gens pouvaient être gazés et les chambres à gaz ventilées, mais par la cadence à laquelle les cadavres pouvaient être brûlés. En évaluant la capacité des crématoires, il est possible à l'arithmétique de produire des chiffres impressionnants. A cette époque, une heure était un laps de temps très optimiste pour l'incinération d'un seul cadavre et le fait que le corps aurait été amaigri n'aurait pas fait une bien grande différence. (68) Si nous comptons une heure par jour pour le nettoyage et diverses opérations, un four pouvait peut-être brûler 23 cadavres par jour, de sorte que trente fours pouvaient en incinérer 690 et quarante-six fours pouvaient en incinérer 1.058 par jour. Cela pouvait situer les exterminations au taux respectable d'environ 240.000 à 360.000 par an, mais, bien entendu, il faut avoir présent à l'esprit que, comme les exterminations se seraient arrêtées à l'automne de 1944, Auschwitz ne pouvait avoir 46 fours pendant plus d'un an d'extermination.

Cependant, la logique qui conduit aux chiffres précédents ne vaut rien; les choses ne fonctionnent pas de cette façon. Les personnes, en particulier les détenus des camps de concentration, étaient affectés aux crématoires, ne travaillaient pas avec tant d'efficacité, le matériel ne pouvait être utilisé de manière continue, et les besoins en matériel ne se produisent de toute façon pas avec une telle régularité mathématique. Si nous envisageons ces opérations avec un peu plus de réalisme, en tenant compte de périodes d'arrêt dues à l'entretien, régulier et exceptionnel, et en sachant que les fabricants des fours avaient fixé des marges d'utilisation par excès, nous obtenons des chiffres qui s'accordent dans l'ensemble avec les conditions qui seraient celles d'une épidémie. Il est également possible, comme l'affirme le rapport du WRB, qu'il y ait eu une réserve de cadavres enterrés à brûler.

Il est évident qu'étant donné la pratique consistant à incinérer les détenus décédés, un camp comme Auschwitz devait naturellement disposer d'installations de crémation relativement élaborées. Nous avons ainsi un fait permettant une double interprétation, s'il faut en croire la légende de l'extermination; à l'interprétation, indubitablement valable, concernant ces fours, on nous propose de surajouter une seconde interprétation, relative à des exterminations. Nous examinerons plus loin des preuves précises montrant que le nombre des fours était pleinement compatible avec le rythme des morts «normales».

Ce n'est pas la dernière occasion d'une double interprétation qui nous est offerte. Höss nous dit que «les habitants des communes aux alentours savaient fort bien qu'à Auschwitz des exterminations étaient en cours» en raison du «relent et [de] la puanteur nauséabonde, produits de la perpétuelle combustion des corps». Si nous ne devions choisir que deux points dans l'histoire de l'extermination à offrir comme quasi-preuve que toute l'affaire est une mystification, ce serait ce point et le rôle attribué au Zyklon.

L'hydrogénation et les autres industries chimiques qui existaient à Auschwitz sont connues pour émettre de mauvaises odeurs. Il suffit, pour le voir (ou le sentir), de visiter la partie nord de l'autoroute du New Jersey le long des raffineries de la Standard Oil, ou tout autre raffinerie. La seule différence significative présentée par Auschwitz, en termes de puanteur, est que le charbon à partir duquel partaient les Allemands est, selon toutes les mesures, une source plus «sale» que le pétrole brut. Si l'on nous dit que 30 à 46 cadavres en cours d'incinération dans des crématoires modernes pourraient rivaliser avec, voire même submerger cette odeur d'origine industrielle, nous savons alors que nous sommes en présence, non d'un fait susceptible d'une double interprétation, mais d'un mensonge patent. En réalité, c'est en raison de la frénésie des fausses objections soulevées par quelques fanatiques aux XIXe et au XXe siècle qu'on a fait en sorte que la crémation devienne un procédé relativement «propre». (69) On ne peut accorder aucun crédit à Höss.

Notre analyse a révélé un attribut jusqu'ici insoupçonné mais presque inévitable de la grande mystification: le fait excessif. Suivant le principe que son histoire devrait comporter des faits pour la plupart solides ou qui le soient presque entièrement, l'auteur glisse facilement dans l'erreur qui consiste à inclure autant de faits qu'il est possible et commet la grosse maladresse que nous venons de voir; de toute évidence, l'histoire aurait été plus réussie sans ce fait-là. Bien entendu, c'est seulement le passage du temps qui l'a fait apparaître comme une grave maladresse. A l'époque, elle était d'une efficacité totale en raison d'une atmosphère hystérique impossible à restituer. DuBois écrivait en 1952:

«A la barre, Schneider avait dit qu'il n'avait jamais entendu parler d'exterminations, bien qu'il se soit rappelé être passé un jour le long de la route principale, devant un «crématoire en sommeil». A cette époque, ce crématoire «en sommeil» brûlait des cadavres au rythme d'un millier par jour. Les flammes jaillissaient à quinze mètres dans les airs; la puanteur se répandait dans le pays sur soixante kilomètres au nord jusqu'à rejoindre la puanteur du crématoire de Varsovie; les fumées faisaient se boucher le nez à un kilomètre à la ronde, et Schneider -- scientifique doté d'un odorat particulièrement aiguisé -- était passé à une centaine de mètres de l'endroit». (70)

Il ne semble pas possible que DuBois ait pu écrire pareille chose au terme d'un livre qui donne, en dehors de la littérature technique, la meilleure description de l'industrie chimique d'Auschwitz, mais tel est pourtant le cas. On ne peut l'expliquer par une erreur ordinaire de jugement mais uniquement par l'hystérie.

Il semble que quelqu'un, lors du procès, ait failli contester les allégations de Höss sur ce point. Il y eut un mouvement, mais faible et ambigu. L'échange suivant se produisit vers la fin de la déposition de Höss (Kaufman était l'avocat de Kaltenbrunner):

LE PRESIDENT: La dernière phrase du paragraphe 7 se rapporte à l'odeur, écoeurante et nauséabonde. Quelle est votre question à ce sujet?

Dr. KAUFMAN: J'aimerais savoir si la population pouvait en déduire qu'une extermination de juifs avait lieu.

LE PRESIDENT: C'est vraiment une question qui tombe sous le sens, n'est-ce pas? Il ne leur était pas possible de savoir qui on était en train d'exterminer.

Dr. KAUFMAN: Cela me suffit. Je n'ai pas d'autres questions.» (71)

Il est possible qu'il y ait eu une difficulté de langue au moment de cet échange, qu'il exista un malentendu et que Kaufman ait réellement voulu dire «gens» plutôt que «juifs», dans sa question. En tous les cas, cet épisode laisse entrevoir l'atmosphère complètement irrationnelle qui a dû régner au cours du procès du TMI; Höss ne s'est pas fait prendre pour un mensonge malhabile et transparent. Il nous est impossible de considérer l'ambiance de ces procès comme autre chose qu'une forme d'hystérie. Speer était présent et il pouvait facilement voir clair dans ce mensonge. Etait-il endormi, résigné devant la futilité d'une opposition? Lui ou son avocat veillaient-ils simplement à ne pas être entraîné dans la question de l'extermination? Il est le seul à pouvoir nous le dire; pour notre part, nous l'ignorons. Ce qui est certain, c'est que l'ambiance du procès était telle que même une vérité aussi simple que la véritable source de la puanteur, permettant de prouver avec habileté que le témoin mentait, en suggérant la nature du fondement réel des accusations, ne pouvait pas faire surface.

Un bon nombre de témoins ont prétendu que c'était l'odeur qui leur avait fait prendre conscience de l'existence des exterminations. (72) Qu'on ait utilisé cet argument lors du procès de l'I.G. Farben -- nous en reparlerons dans un prochain chapitre -- n'était pas seulement amusant. Cela révélait et illustrait un point qu'il importe de garder présent à l'esprit lorsqu'on lit les débats de ces procès. Nous y reviendrons.

Dans sa brochure, Christophersen a examiné le problème de ce qu'aurait pu être le fondement factuel de cette puanteur persistante attribuée à Auschwitz. La seule chose dont il ait pu se souvenir était l'atelier d'un maréchal-ferrant à Auschwitz I; lorsqu'on ferrait les chevaux, les sabots brûlants produisaient une puanteur qui pouvait être perçue aux alentours immédiats. Christophersen reconnaît que ce ne pouvait être l'odeur répandue partout dont il est question. J'ai demandé à Christophersen si, en cherchant dans sa mémoire une odeur qui aurait rappelé celle de la hair en train de brûler, il avait pu oublier une odeur d'origine industrielle, mais il ne se souvenait d'aucune odeur de cette sorte. J'ai posé aussi la question à Stäglich qui n'a en mémoire que l'air pur et frais d'Auschwitz.

Les souvenirs de Christophersen et de Stäglich sont en accord avec la théorie selon laquelle la puanteur de la mystification n'a pas d'autre origine que l'usine d'I. G. Farben. Si l'on se reporte à la l'ill. No 5, la carte de la région d'Auschwitz, on voit que Christophersen était cantonné à Raisko, pendant son année à Auschwitz et avait parfois affaire à Auschwitz I et à Birkenau. Stäglich était, lui, cantonné à Osiek, à dix kilomètres à peu près, au sud d'Oswiecim et il se souvient d'être allée«trois ou quatre fois» au camp d'Auschwitz, probablement AuschwitzI. Nous ne savons pas exactement où se trouvaient les usines d'I. G. Farben mais nous savons que le camp nommé Monowitz se trouvait dans le voisinage immédiat de la ville de Monowitz et que le camp avait été situé là pour être proche des usines. Si l'on regarde l'emplacement des voies de chemin de fer, des rivières et des routes, il semble probable que les usines d'I. G. Farben aient été tout de suite à l'est ou à l'ouest de la ville de Monowitz. A l'est, elles auraient été à 7 ou 8 km d'Auschwitz I et là les gens situés dans le camps, à Birkenau ou, encore plus, à Raisko ou Osiek n'auraient pas pu sentir les émanations chimiques des usines, au demeurant beaucoup plus modestes que les raffineries américaines. Si ces usines se trouvaient à l'ouest de la ville, il est possible que les gens à Auschwitz aient perçu, de temps à autres, selon les vents, des bouffées d'odeur que personne n'aurait qualifiées de puanteur envahissante. En reprenant tous ces éléments, on voit que Christophersen et Stäglich n'auraient pas dû subir ces puanteurs industrielles au point de s'en souvenir trente ans après. En outre, le procès où il a été particulièrement fait mention de ces puanteurs envahissantes par des témoins qui en semblaient obsédés était le procès de l'I. G. Farben. La plupart des témoins de la défense et presque tous ceux de l'accusation étaient des gens qui vivaient très près des usines ou qui y travaillaient. Ils ont par conséquent effectivement souffert des odeurs industrielles et leurs témoignages sont corrects sur ce point; ils n'ont fait qu'ajouter une interprétation erronée de la cause de ces odeurs.

Retour aux «chambres à gaz»

Le dernier sujet du paragraphe 7 sont les chambres à gaz qui, à l'exception des cabanes hermétiquement fermées de Höss, auraient fait partie intégrante des bâtiments du crématoire. Pour affirmer cela, Reitlinger et Hilberg emploient deux méthodes différentes. Pour Reitlinger, le NO-4473, dont nous avons donné une traduction plus haut, est la preuve qu'il y avait une chambre à gaz dans le crématoireII. Ceci est le résultat d'une mauvaise traduction.

Les crématoires d'Auschwitz sont fréquemment désignés comme des «fours à gaz» mais cela ne nous apprend pas grand chose puisque, à l'exception des crémateurs électriques qui ont connu une brève existence au cours des années trente, tous les crématoires modernes consistent en des «fours à gaz»; un mélange air-carburant, que l'on peut considérer comme un «gaz», est introduit dans le four pour commencer, contrôler et finir la combustion. Le carburant utilisé peut être du «gaz»; on utilise beaucoup le gaz de ville ou une espèce de gaz liquéfié. Un tel crématoire est dit «alimenté au gaz» en raison de l'utilisation du gaz comme carburant. D'autres types sont «alimentés au pétrole» ou «alimenté au charbon (ou au coke)», mais tous sont des «fours à gaz» puisque dans les trois cas c'est un mélange air-carburant qui est injecté, sous pression, dans le four. (73)

Le terme allemand habituel pour le concept en question ici est Gaskammer, mais le terme du NO-4473 qui a été traduit par «chambre à gaz» est Vergasungskeller, que Reitlinger a traduit de façon inexacte par «cave à gazage» (gassing cellar). (74) Or le terme Vergasung a deux significations. Le sens premier (et le seul dans un contexte technique) est gazéification, carburation ou vaporisation, c'est-à-dire le fait de transformer quelque chose en gaz et non d'appliquer un gaz à quelque chose. Un Vergaser est un carburateur et, tandis que Vergasung signifie toujours gazéification dans un contexte technique, il signifie plus particulièrement carburation dans un tel contexte.

Il existe également une signification secondaire à Vergasung, établie par l'usage militaire pendant la première guerre mondiale: c'est l'attaque d'un ennemi avec un gaz. La raison pour laquelle le terme Vergasung a été utilisé dans ce sens n'est pas claire; c'est peut-être parce que les gaz utilisés lors de cette guerre étaient véritablement des poudres, produites par l'explosion de substances chimiques dans l'atmosphère: d'où le nom de Vergasung.

La traduction par «cave à gazage» n'est par conséquent pas absolument incorrecte; elle est juste trop précipitée et présomptueuse. Un «four à gaz» nécessite une espèce de gazéification ou de carburation. Dans le cas des fours alimentés au gaz d'Utting et Rogers, de 1932:

«Les brûleurs encastrés dans la couronne et la sole du four sont alimentés par un mélange d'air et de gaz sous pression; le mélange est réglé par des ventilateurs, situés dans un bâtiment séparé. Le contrôle séparé de l'air et du gaz fournit une meilleure régulation de la température du four». (75)

Ce bâtiment n'est qu'un grand carburateur. Les crématoires alimentés au pétrole sont conçus de manière si semblable que la plupart des fours alimentés au gaz peuvent facilement être adaptés pour l'utilisation du pétrole.

Les fours de Birkenau semblent avoir été alimentés au coke ou au charbon. (76) Avec ce type de four, il y a une phase supplémentaire dans la transformation du carburant qui est due à son état initialement solide. Les deux méthodes les plus fréquentes pour produire des gaz combustibles à partir du charbon ou du coke consistent, premièrement, à faire passer de l'air à travers une couche embrasée pour obtenir du «gaz de coke» et, deuxièmement, à faire passer de la vapeur à travers le coke pour obtenir du «gaz de vapeur». (77) Les premiers crématoires à coke utilisaient ce qui revenait à du gaz de coke. (78) Le procédé pour la production de ces gaz est appelé Vergasung en allemand, de même que le procédé qui consiste à les mélanger avec l'air. Les fours crématoires alimentés au charbon que W. H. Lawrence vit au camp de Lublin après sa prise par les Russes employaient un équipement très semblable, y compris les ventilateurs, à ce qui est décrit dans l'indication ci-dessus. Par ailleurs, Lawrence appelle «chambre à gaz» ce qui était en réalité un bain de vapeur. (79)

En tout cas, il est évident que les crématoires d'Auschwitz nécessitaient un équipement pour faire la Vergasung afin d'injecter un mélange air-carburant dans les fours et qu'il faudrait réviser la traduction du NO-4473, probablement en «cave de génération du gaz». J'ai eu en Allemagne la confirmation de cette interprétation du Vergasungskeller auprès de personnes compétentes. Les raisons pour lesquelles on installe cet équipement dans une pièce ou un bâtiment séparé sont très probablement le bruit considérable que doivent faire les ventilateurs et, dans les fours alimentés au charbon, la chaleur dégagée par le charbon qui brûle.

Le sens premier du terme Vergasung s'applique nécessairement au document NO-4473. Il est écrit dans un contexte technique puisqu'il s'agit d'une lettre du chef de la direction de la construction d'Auschwitz au chef du groupe d'ingénierie. Le terme fait référence à un processus, la Vergasung, qui est courant avec tous les crématoires, et la formulation de la lettre laisse entendre qu'il serait normalement étrange de trouver des cadavres dans la Vergasungskeller, puisque les cadavres sont normalement entreposés dans ce qui est correctement traduit par «cave utilisée comme morgue».

Lorsqu'il est compris convenablement, le document NO-4473, comme tant de documents de l'accusation, conduit à rejeter les allégations qui s'y rapportent. Nous constatons qu'il y avait au moins deux caves dans le crématoire II, une Leichenkeller et une Vergasungskeller, et que ni l'une ni l'autre n'étaient une «chambre à gaz».

Or le NO-4473 est inclus dans les volumes du TMN dans une sélection (des preuves de l'accusation) dans le procès No 4 (procès de l'administration des camps de concentration). Il faut supposer que l'accusation a bien choisi. Néanmoins, c'est tout ce qu'elle a pu trouver comme documents prouvant l'existence des «chambres à gaz» dans les bâtiments des crématoires à Birkenau. Les trois «Türme étanches aux gaz» du NO-4465 (80) commandés à la DAW sont de toute évidence sans rapport avec le sujet.

La manière dont Hilberg aborde la question est différente et encore moins solide. Il passe inexplicablement sur le NO-4473 sans traiter du problème que soulève celui-ci; il tire une citation du document sans citer la phrase qui contient le terme Vergasungskeller. Il déclare tout simplement que les Leichenkeller des crématoires II et III et les Badeanstalten des crématoires IV et V étaient, en réalité, des chambres à gaz. Il ne fournit absolument aucune preuve à l'appui de cette affirmation; les documents qu'il cite à cet égard ne parlent pas de chambres à gaz. (81) La seule «preuve» qui permettrait d'interpréter les Leichenkeller et les Badeanstalten de cette manière se trouve dans les dépositions et le témoignage (des 27 et 28 juin 1947), lors du procès No 4, du témoin (non accusé) Wolfgang Grosch, ingénieur et major de la Waffen-SS, qui les «baptise» «chambres à gaz», l'existence du Zyklon à Auschwitz étant apparemment la raison d'être de ce «baptême». (82) Cependant, Grosch était un témoin très inconstant puisque, dans ses dépositions du 20 février et du 5 mars 1947, il affirme avoir connaissance de l'existence des chambres à gaz puis, le 26 juin 1947, la veille du jour où il devait témoigner, il rétracta toutes ses déclarations au cours de l'interrogatoire et nia avoir eu connaissance des chambres à gaz. (83) Aucun passage de la déposition de Grosch n'est reproduit dans les volumes du TMN et Hilberg ne cite ni son témoignage ni ses dépositions.

On a toutes les raisons de rejeter les allégations concernant les Leichenkeller et les Badeanstalten. Pour ce qui est des Leichenkeller, nous avons noté qu'il n'y avait rien d'étrange dans les installations funéraires d'Auschwitz. Le document NO-4473 lui-même indique que le Leichenkeller du crématoire II était destiné à être une morgue. Pour ce qui est des Badeanstalten, nous avons noté qu'une douche pour les détenus arrivant au camp était une procédure courante dans tous les camps allemands, ce qui fait qu'il a dû y avoir des douches à Birkenau. Or, selon l'Ill. No 29, les «bains» ou Badeanstaltenassociés aux crématoires IV et V étaient proches des «stations d'épuration d'eau» et également près du «Canada», où étaient entreposés les vêtements des détenus qui arrivaient au camp. (84) Le «bain de vapeur» servait sans aucun doute à désinfecter les vêtements, soit avant leur entreposage, soit après qu'on les eut temporairement retirés aux détenus. (85) Si c'était un sauna pour les détenus entrants, ceux-ci auraient eu besoin de toute façon d'une douche froide ensuite. Les gens retiraient leur habits près du «Canada» puis se douchaient. Quoi de plus simple?

Aucune considération rationnelle ne peut rendre ces chambres à gaz réelles. L'allégation selon laquelle les bains-douches qui auraient été situés dans les mêmes bâtiments que les crématoires étaient en réalité des chambres à gaz est tout aussi dénuée de fondement que l'était l'allégation identique concernant le bain-douche de Dachau qui existait dans le bâtiment des crématoires de ce camp.

Il subsiste, entre parenthèses, certains doutes quant à savoir si les bains-douches étaient bien dans les mêmes bâtiments que les crématoires IV et V puisque le plan du camp donné dans le rapport du WRB situe les bains dans un bâtiment séparé. Ce point n'a toutefois aucune importance.

Ainsi s'achève l'analyse des questions soulevées dans le paragraphe 7 de la déposition de Höss.


Pourquoi en anglais ?

Dernier paragraphe

Il s'agit d'un problème d'intérêt secondaire. Il semble étrange que la déposition de Höss soit en anglais. Nous n'avons pas la preuve que Höss parlait anglais mais, comme beaucoup Allemands, il est possible qu'il ait eu quelques rudiments.

Cependant, un Allemand prudent, signant un document de cette importance «volontairement et sans contrainte», ne se serait pas contenté de la connaissance ordinaire d'une langue étrangère; ou il se serait considéré lui-même comme un expert en anglais ou il aurait insisté pour signer un texte traduit en allemand (une requête qui aurait nécessairement été acceptée). L'état d'esprit dans lequel se trouvait Höss ne lui permettait manifestement pas d'insister sur quoi que ce soit.

Il ne fait pas de doute que Höss espérait avoir la vie sauve en coopérant avec le procureur du TMI et il est très probable qu'une offre précise lui a été faite dans ce sens. Cependant, la récompense de Höss en échange de ses services fut d'être expédié en Pologne un mois environ après sa déposition devant le TMI. En Pologne, il rédigea avec obéissance une «autobiographie» pour le compte de ses geôliers où il expliquait, à propos des exterminations, qu'il n'avait fait qu'obéir aux ordres. Sa récompense fut cette fois définitive; il fut «jugé» et tué en avril 1947. Son «autobiographie» fut publiée en traduction polonaise en 1951 et en allemand et en anglais en 1959.

Le rôle de Birkenau

Birkenau, bien entendu, remplissait les fonctions normales d'un camp de concentration allemand; il recevait des détenus dans le but principal d'exploiter leur force de travail. Ainsi, lorsque nous faisons référence au «rôle» de Birkenau, nous nous référons à une thèse selon laquelle Birkenau avait des fonctions spéciales directement liées aux questions que nous avons abordées.

La thèse, que je considère comme indiscutable, est tout simplement que Birkenau était destiné à recevoir toutes les personnes entrant dans la catégorie des non-travailleurs mais qui se trouvaient, quelle qu'en soit la raison, sous la responsabilité de l'administration SS d'Auschwitz. Birkenau était ainsi destiné à recevoir les malades chroniques ou semi-chroniques, les mourants, les morts, les personnes trop jeunes ou trop âgées, ceux qui n'étaient pas, pour un temps, affectés à un travail et ceux pour qui Auschwitz servait de camp de transit. Ces catégories pouvaient venir soit d'autres camps (entre autres, les nombreux petits camps de la région de Kattowitz), soit de nouveaux convois. Cette thèse s'appuie sur les considérations suivantes.

Tout d'abord, comme cela a été noté, il est clair que Birkenau était le camp «principal» par sa capacité d'accueil des détenus. Auschwitz I était le camp «premier» au sens administratif mais il s'agissait d'une caserne militaire transformée et agrandie, tandis que Birkenau avait été conçu dès le départ comme un camp beaucoup plus vaste destiné aux besoins spécifiques des activités de la SS.

En second lieu, nous avons noté que les personnes renvoyées de l'hôpital de Monowitz comme inaptes au travail étaient envoyées à Birkenau.

Troisièmement, il existait des camps pour les familles à Birkenau (cf. sur l'Ill. No 29 le camp «tsigane» et le camp «de Theresienstadt»). Nous avons vu que ces personnes avaient été désignées comme étant «en instance de départ» pendant leur séjour dont la durée limitée leur avait été préalablement notifiée, de sorte que l'interprétation évidente de ces camps pour les familles est qu'il s'agissait de camps de transit, comparables à ceux qui existaient à Belsen et à Westerbork. Nous avons indiqué la destination probable des convois et nous en reparlerons dans un autre chapitre.

Quatrièmement, c'est uniquement à Birkenau que furent construites des installations exceptionnellement vastes pour l'incinération des cadavres.

Cinquièmement, il était tout à fait normal qu'une très grande proportion de détenus de Birkenau ne travaillent pas. Pendant les deux années qui vont de l'été 1942 à l'été 1944, comme le remarque Reitlinger, «seule une petite partie de la population famélique et souffrante de Birkenau était employée». Le 5 avril 1944, quinze mille détenus de Birkenau sur trente-six mille étaient considérés comme «inaptes au travail», tandis que seuls quelque trois mille des trente et un mille autres prisonniers de la région d'Auschwitz figuraient dans cette catégorie. Un mois plus tard, les deux tiers des dix-huit mille détenus du camp des hommes de Birkenau étaient classés parmi les «immobiles», les «inemployables» et les «sans affectation» et étaient logés dans des blocs pour malades et des blocs de quarantaine. (86)

Cela fait qu'il est impossible, bien entendu, d'accepter l'hypothèse, si souvent avancée, qu'être malade et inapte au travail et être envoyé à Birkenau signifiait l'exécution. Cela a été dit en particulier à propos de personnes malades envoyées de Monowitz à Birkenau, l'hypothèse étant étayée par le fait que les vêtements de ces détenus revenaient à Monowitz. Le retour des vêtements était dû, bien entendu, à leur transfert du budget de l'I. G. Farben au budget de la SS. (87)

Sixième et dernier point, il y avait à Birkenau un taux de mortalité exceptionnellement élevé, bien qu'il soit difficile de déterminer les chiffres, hormis pour des périodes particulières. Le premier événement significatif est l'épidémie de typhus de l'été de 1942 qui aboutit à la fermeture de la fabrique de buna pour deux mois à partir du 1er août environ. La preuve principale de cela est le rapport du WRB, (88) mais il existe des preuves corroborantes. Premièrement, il est certain qu'il y a eu des épidémies de typhus à Auschwitz. (89) Deuxièmement, les données fournies par la Croix-Rouge néerlandaise (Annexe C) montre que le taux moyen de la mortalité au camp des hommes de Birkenau, du 16 juillet au 19 août 1942, était d'environ 186 par jour, avec des taux vers la fin de période sensiblement plus élevés que les taux du début. Troisièmement, il n'existe à Amsterdam qu'un seul volume du registre des décès de Birkenau (dont parle aussi le rapport de la Croix-Rouge néerlandaise). Ce volume contient les certificats de décès pour les cinq jours qui vont du 28 septembre au 2 octobre 1942. Le nombre des décès est de 1.500 et les causes de la mort qui sont données sont caractéristiques des conditions résultant d'une épidémie de typhus, bien que Reitlinger semble considérer les causes qui ont été consignées, telles que «faiblesse du muscle cardiaque» et d'autres comme «inventées [...] diagnostics fantaisistes de docteurs internés qui cherchaient à sauver leurs patients de la «liste de transport» ou de la piqûre de phénol». (90) En fait, ces causes de la mort sont caractéristiques du typhus; voici ce que l'on peut lire à l'article Typhus Fever de l'Encyclopedia Britannica (onzième édition):

«Le typhus peut cependant se révéler mortel à n'importe quel stade de la maladie et au début de la convalescence, en raison d'un arrêt soudain du rythme cardiaque -- condition qui est particulièrement susceptible de se produire , de la survenue de certains symptômes nerveux comme une méningite ou un coma profond, ou de certaines autres complications, comme une bronchite. De plus, la mort survient parfois avant la crise par un véritable épuisement, en particulier dans le cas des personnes dont les forces physiques ou nerveuses ont été diminuées par un travail dur, une nourriture et un sommeil insuffisants, ou l'intempérance».

Etant donné qu'on envoyait à Birkenau justement les personnes malades, il apparaît que les victimes de l'épidémie de typhus furent enregistrées comme des morts survenues à Birkenau, indépendamment de l'endroit où elles avaient travaillé. Le rapport du WRB prétend qu'il y eut de quinze à vingt mille morts à Auschwitz pendant les deux ou trois mois de l'épidémie. (91) Malgré le caractère douteux de la source, cette allégation semble s'accorder, tout au moins par son ordre de grandeur, avec les autres renseignements dont nous disposons sur cette période à Auschwitz (bien qu'il y ait probablement quelque exagération). Il est vrai également, comme nous le verrons plus loin, que l'été 1942 fut de loin le pire, à Auschwitz.

Soit dit en passant, la «piqûre de phénol» que Reitlinger mentionne revient à de si nombreuses reprises dans la littérature qu'elle semble avoir été réelle; on tuait parfois des détenus incurables par des injections de phénol dans le coeur. (92)

Le fait qu'il y ait eu un taux de mortalité très élevé à Auschwitz pendant l'été 1942, bien entendu, ne concerne qu'indirectement le problème d'une «extermination» puisqu'il s'agit de décès enregistrés, dont les causes étaient normales, et non d'exterminations menées en secret. Ils n'avaient également rien à voir avec les juifs en tant que tels, bien que certaines des victimes aient été juives.

Reitlinger examine le taux de mortalité élevé à Auschwitz et donne une estimation de 160 à 179 décès par jour comme taux normal. Cependant, les données qu'il utilise sont essentiellement celles qui s'appliquent à l'été 1942, qui fut une période particulièrement catastrophique. Concernant ces taux de mortalité élevés, il convient de faire observer le fait que les exterminationnistes Reitlinger et Hilberg font grand cas de ces événements à Auschwitz, bien qu'ils reconnaissent la différence entre taux de mortalité élevé et extermination. Il est par conséquent étonnant, et même presque incroyable, qu'ils n'envisagent pas que les crématoires aient été construits à cause de ce taux de mortalité élevé. Au contraire, tous deux font comme si les crématoires avaient été construits avant tout pour servir au programme d'extermination.

Dans des lieux qui étaient censés fournir la main-d'oeuvre dont on manquait cruellement, ce taux de mortalité élevés étaient naturellement intolérables, si bien qu'à la fin de 1942 une campagne spéciale fut lancée pour réduire le taux de mortalité des camps de concentration. Himmler ordonna le 28 décembre 1942 que ce taux «soit réduit à tout prix». (93) Le 20 janvier 1943, Glücks, dans une circulaire à tous les commandants de camp, ordonna que «tous les moyens soient mis en oeuvre pour faire baisser le taux de mortalité». Le 15 mars 1943, Pohl écrivit à Himmler que :

«L'état de santé [...] des prisonniers envoyés par l'administration de la justice est catastrophique. Dans tous les camps, on compte une perte d'au moins 25 à 30 pour cent [...]. [...] jusqu'à maintenant il y avait 10.191 prisonniers [...] dont 7.587 étaient affectés à [...] Mauthausen-Gusen. Parmi ceux-ci, les morts s'élèvent à 3.853; 3.306 d'entre eux sont morts à Mauthausen-Gusen. La raison [...] doit probablement être que de nombreux prisonniers [...] qui sont en prison depuis des années souffrent de faiblesse physique due à leur transfert dans un milieu différent [...]. [...] on a également transféré un grand nombre de patients atteints de tuberculose». (94)

Le 10 avril, Pohl demanda à Himmler d'approuver le projet d'une lettre adressée au ministre de la Justice du Reich. La lettre, approuvée et probablement envoyée, fait observer que, parmi les 12.658 prisonniers transférés dans les camps de concentration, 5.935 étaient morts à la date du 1er avril. Pohl se plaignait dans sa lettre que ces

«chiffres de mortalité excessivement élevés sont dus au fait que les prisons qui les transfèrent ont fait sortir des détenus qui sont dans la pire des conditions physiques (et) qu'en dépit de tous les efforts des médecins la [...] mort des prisonniers ne peut être retardée [...] je ne souhaite pas créer une quarantaine dans les camps de concentration [...] .»

Il semble être question ici d'une rivalité de services ou, tout au moins, d'un conflit d'intérêts. Les prisons allemandes avaient sans aucun doute leurs propres objectifs économiques. Non seulement elles ne se séparaient pas facilement de leurs plus robustes prisonniers mais elles cherchaient à se séparer des plus malades.

Cas de décès dans les camps de concentration, juillet 1942 à juin 1943
 Mois Détenus Décès Pourcentage
Juillet  98.000 8329 8, 50
Août 115.000 12.217  10,62
Septembre 110.000 11.206 10,19
Octobre 85.800 8856 10,32
Novembre 83.500 8095 9,69
Décembre 88.000 8800 10,0
Janvier 123.000 9839 8,0
Février 143.100  11.650 8,14
Mars 154.200  12.112 7,85
 Avril 171.000 8358 4,71
Mai 203.000 5700 2,80
Juin 199.500 5650 2,83

Cas de décès pour le mois d'août 1943
 Camp de c. Détenus Décès  Pourcentage (août)  Pourcentage (juillet)  (variation)
 Dachau 17.300 40  0,23 0,32  -- 0,09
Sachsenhausen 26.500 194 0,73 0,78  --0,05
Buchenwald 17.600 118 0,67 1,22 --0,55
 Mauthausen-Gusen 21.100 290 1,37 1,61 --0,24
Flossenburg 4.800 155  3,23 3,27  --0.04
Neuengamme 9.800 150  1,53 2,14 --0,61
Auschwitz (hommes) 48.000 1442 3,00 2,96  +0,04
Auschwitz (femmes) 26.000 938 3,61 5,15 --1,54
Gross-Rosen 5.000 76 1,52 2,69 --1,17
Natzweiller 2200 41 1,87 1,63 +0,24
Bergen-Belsen 3300 4 0,12 0,39 --0,27
Stutthof (h.) 3800 131 3,45 5,69 --2,24
Stutthof (f.) 500 1 0,20 0 +0,20
Lublin (h.) 11.500 882 7,67 4,62 +3,05
Lublin (f.) 3900 172 4,41 2,01 +2,40
 Ravensbrück (h.) 3100 26 0,84 0,76 +0,08
Ravensbrück (f.) 14.100 38 0,27 0,24 +0,03
Riga-Herzogenbusch 3000 1 0,03 0,33 --0,30
Total 224.000 4699      

Moyenne globale pour août 1943......... 2,09%

Moyenne globale pour juillet 1943....... 2,23%

(diminution) - 0,14% (95)

Ainsi, après plus de six mois de campagne en vue de réduire la mortalité dans les camps, Auschwitz avait encore 80 décès par jour en moyenne. Etant donné que, comme nous l'avons vu, presque tous les «inaptes au travail» se trouvaient à Birkenau, il est certain que la quasi-totalité de ces décès se produisaient là.

Auschwitz semble également avoir reçu des convois de détenus, d'autres camps de concentration, sélectionnés en raison de leur mauvaise santé. (96)

Le rapport de la Croix-Rouge néerlandaise sur Auschwitz (vol.2) fournit également des données sur les taux de mortalité dans ce camp pour 1942 et 1943. Pour la période du 30 octobre 1942 au 25 février 1943 la mortalité serait d'environ 360 perso nn es par semaine en moyenne et d'environ 185 par semaine pour la période du 26 février au 1er juillet 1943. Il est également dit qu'un total de 124 (juifs) parmi les juifs hollandais qui sont entrés à Birkenau en juillet et août 1942 (p. 109) sont morts au cours de la période du 30 octobre 1942 au 1er juillet 1943. Néanmoins, les chiffres pour le total des décès paraissent assez faibles et difficiles à concilier avec les données présentées plus haut, de sorte qu'il y a peut-être ici une erreur ou une mauvaise interprétation.

Il est parfaitement évident que ces décès, aussi déplorables qu'ils aient été et quelles qu'aient été la nature et la détermination des responsabilités, n'avaient rien à voir avec une extermination ou avec les juifs en tant que tels. Du point de vue de la haute administration SS, ils étaient «catastrophiques» et des efforts furent entrepris pour les maîtriser. Il n'est pas du tout étonnant qu'avec de tels taux de mortalité, des installations d'incinération, conçues pour un taux de mortalité élevé, allant jusqu'à plusieurs centaines par jour, aient existé à Auschwitz.

Le taux de mortalité d'Auschwitz ne s'améliora que faiblement durant le cours de la guerre. Pendant l'année 1944, lorsque la population atteignit cent mille ou davantage -- probablement en raison des pertes territoriales à l'Est qui contraignirent à l'évacuation des camps de travail -- la mortalité était de trois cent cinquante à cinq cents par semaine à Birkenau, qui, comme nous l'avons vu, fournissait pour la quasi-totalité des morts d'Auschwitz). (97)

C'est un fait tragique que, même en des périodes modernes, des «camps» établis en temps de guerre se soient transformés en pièges mortels pour les nombreuses personnes qui y furent enfermées. Les causes étaient les mêmes partout: des gens jetés ensemble de manière chaotique dans des camps improvisés, dépourvus d'installations sanitaires et une situation incertaine concernant la nourriture et le reste. C'est ainsi que, pendant la guerre de sécession aux Etats-Unis, les camps de prisonniers du Nord comme Rock Island et Camp Douglas connurent des taux de mortalité de 2 à 4% par mois. Ces chiffres furent même dépassés dans des camps du Sud comme Florence, où la diarrhée et le scorbut provoquèrent vingt à cinquante décès par jour, dans une population d'environ douze mille prisonniers. Les conditions à Andersonville étaient encore pire et treize mille des cinquante mille prisonniers sudistes qui y étaient internés succombèrent. (98) Pendant la guerre des Boers de 1899-1902, en Afrique du Sud, environ cent vingt mille civils boers de race blanche et soixante-quinze mille Africains furent déportés dans des camps de concentration par les Britanniques. Pendant environ un an, le taux de mortalité des Boers se situa entre cent vingt et trois cent quarante décès pour mille par an (1,1% à 3,4% par mois), tandis que la mortalité infantile, due principalement à des épidémies de rougeole, s'éleva jusqu'à six cents pour mille par an (7,35% par mois). Environ vingt mille femmes et enfants boers moururent dans ces camps. (99) Pendant la première guerre mondiale, les Allemands mêlèrent des prisonniers de guerre russes à des prisonniers d'autres nationalités, ce qui entraîna des épidémies de typhus dans leurs camps de prisonniers de guerre; il est saisissant de constater la similitude des conditions que connurent les camps de concentration de la seconde guerre mondiale. (100) Nous avons vu que les Russes furent utilisés comme main-d'oeuvre dans les camps de concentration, en particulier à Auschwitz, ce qui fait qu'ils furent sans doute l'une des sources du typhus. Comme ils n'étaient pas considérés comme des détenus ordinaires, nous ne savons pas avec précision s'ils étaient ou non inclus dans les chiffres de la mortalité du camp que nous avons étudiés plus haut. Néanmoins, il est certain qu'ils ont contribué à la mortalité générale des camps et que leurs cadavres étaient brûlés dans les mêmes crématoires, mais nous ne disposons pas de chiffres.

Un trait ridicule frappe celui qui étudie le sujet. Il se trouve dans le tome V du TMN qui résume le procès No 4, «Le Gouvernement des Etats-Unis contre Pohl». Dans la section B, «Le système des camps de concentration», on nous présente des documents qui montrent que les camps connurent des taux de mortalité remarquablement élevés. Ce sont eux que nous venons d'examiner. Puis, à la section E, «Le programme d'extermination», on nous présente des documents montrant que les Allemands construisaient des crématoires dans ces camps au moment de cette mortalité élevée. Manifestement, on a pensé que personne ne lirait réellement l'un de ces volumes. Ou peut-être les compilateurs ne les ont pas eux-mêmes lus!

En tenant compte des différents taux de mortalité, nous pouvons constater que le nombre de fours à Auschwitz était tout à fait comparable au nombre qui existait dans les camps où il n'y avait pas eu d'exterminations. En 1942, des crématoires furent construits à Dachau et à Sachsenhausen; chacun contenait quatre fours. A Dachau, il existait, avant 1942, un crématoire composé de deux fours qui resta utilisé après 1942. Il est très probable que la même situation concernant un crématoire plus ancien ait prévalu à Sachsenhausen A Buchenwald, les installations de crémation d'avant guerre étaient celles des villes toutes proches de Weimar et d'Iéna. Après le déclenchement de la guerre, des crématoires furent construits dans le camp et, à la fin de 1941, Buchenwald disposait d'un crématoire à six fours. Il semble que le crématoire de Weimar ait été utilisé jusqu'à la fin de la guerre. (101) Il est possible également que des crématoires de camps de concentration, à Auschwitz, Dachau ou ailleurs, aient été utilisés pour incinérer les cadavres de personnes qui n'avaient rien à voir avec les camps (les prisonniers de guerre russes par exemple).

Telle est notre conception de l'aspect «camps de la mort» des camps de concentration nazis. Elle ne s'accorde pas avec celles de Christophersen et de Stäglich, qui n'ont pas constaté de forte mortalité et ne sont pas convaincus qu'il ait existé de vastes crématoires à Auschwitz. Notre opinion s'appuie sur des documents du ministère public et sur des matériaux comparables, et leurs opinions s'appuient sur les observations qu'ils ont pu faire à Auschwitz en 1944. Il peut sembler qu'il faille accorder davantage de confiance à leurs observations qu'aux documents mais je crois qu'un examen attentif de la question fait pencher la balance en faveur de notre thèse, sans pour autant contester leurs observations.

Il est vrai qu'il est possible que les documents aient été falsifiés; à vrai dire, c'est plus qu'une possibilité. Nous verrons qu'il y eut un nombre considérable de documents falsifiés à Nuremberg. Il ne semble pas cependant que les documents relatifs aux décès dans les camps et aux constructions des crématoires aient été falsifiés, pour la simple raison qu'ils ne contenaient absolument rien sur l'extermination, comme le lecteur peut s'en assurer en consultant les documents «sélectionnés» du tome V du TMN. Il y est question d'un très fort taux de mortalité, à certaines époques, dans des établissements pénitentiaires (camps de concentration) qu'un pays relativement petit, luttant pour survivre contre des forces écrasantes, tentait d'utiliser pour le travail. Qu'il en ait résulté un taux de mortalité élevé est parfaitement vraisemblable.

Bien que les documents que nous avons examinés ne parlent pas d'extermination, ils n'en laissent pas moins quelque peu à désirer en ce sens qu'ils ne précisent pas les causes de la mortalité et l'identité des victimes. Les prisonniers en mauvaise santé amenés par le ministère de la Justice n'expliquent pas tout. Nous devons faire des hypothèses et des déductions. Voici quelles sont nos impressions.

Les camps de concentration allemands ne remplirent, pendant les années trente, que des fonctions de répression et de sécurité, mais ne jouaient pas de rôle économique. Après le déclenchement de la guerre avec la Russie, les camps connurent une expansion rapide et reçurent également une fonction économique. C'est pourquoi trois choses se produisirent dans les camps en 1942: (a) l'expansion rapide fut accompagnée d'un chaos général, de problèmes imprévus et de difficultés d'organisation qui sont courantes lorsque de nouvelles et vastes entreprises sont mises en oeuvre; c'est particulièrement vrai pour Auschwitz, qui était un nouveau camp qui allait devenir rapidement le plus grand de tous les camps; (b) les victoires incessantes remportées par les Allemands et leur avance continuelle en Russie provoqua l'afflux de hordes de prisonniers de guerre russes, dont certains furent absorbés par les camps; (c) le ministère de la Justice fournit des prisonniers en mauvaise santé. Il y eut sans doute d'autres problèmes mais ces trois facteurs me semblent suffisants pour expliquer le fort taux de mortalité à la fin de 1942 et au début de 1943.

A la fin de 1943, la mortalité, bien que malheureusement encore élevée, était relativement maîtrisée, comparée à l'année précédente, et le demeura jusqu'à l'écroulement de la fin de la guerre. La déclaration du commandant du camp de Birkenau (Annexe D) indique qu'à Auschwitz, en 1944, les décès se produisirent principalement parmi les criminels de droit commun qui avaient été transférés des prisons. Je n'ai connaissance d'aucun autre document, comparable à ceux que nous avons passés en revue, qui traite de taux de mortalité élevés pour la fin de 1943 ou d'autres périodes ultérieures.

Nous sommes à présent en mesure d'examiner les observations de Christophersen et de Stäglich, qui ne comportent ni crématoires ni mortalité élevée à Auschwitz. Des considérations très simples viennent à l'appui de leurs observations. Tout d'abord, les décès n'étaient naturellement pas des choses que l'administration du camp d'Auschwitz rendait publiques; on dissimulait les décès et les incinérations dans la mesure du possible. C'est ainsi que, vers le milieu de l'année 1943, Pohl se plaignit aux commandants des camps de ce que les bâtiments des crématoires étaient trop souvent situés dans des endroits accessibles au public, où «toutes sortes de gens» pouvaient porter leurs regards. En réponse à ce grief formulé, Höss fit planter un rideau d'arbres tout autour des crématoires II et III. En outre, le règlement prévoyait de ne transporter les cadavres vers le crématoire que le soir. (102) Que Christophersen et Stäglich, qui n'ont eu que des contacts épisodiques avec Birkenau, n'aient pas eu conscience d'une forte mortalité ou de vastes crématoires, est parfaitement compréhensible.
Le rôle joué par Birkenau dans la mystification est très simple. A l'instar de tout vaste complexe industriel, Auschwitz fut conçu d'une manière systématique pour avoir la plus grande efficacité. Ceux qui ne travaillaient pas étaient à Birkenau. C'est la raison pour laquelle les camps de transit, dont nous parlerons dans un chapitre ultérieur, se trouvaient à Birkenau. Cela explique l'existence des camps pour les Tsiganes et pour les juifs. De même, ceux qui étaient malades ou très malades, les mourants, et peut-être les morts, étaient envoyés à Birkenau et cette concentration de malades impliquait naturellement que Birkenau était un «camp de la mort», avec des morgues et des installations d'incinération, si l'on choisit de décrire les choses de cette façon. A vrai dire, près de la moitié des décès survenus dans le système concentrationnaire allemand de 1942 à 1944 se sont produits à Birkenau. Bien que la chose dans son ensemble paraisse tout à fait ridicule lorsqu'on l'examine attentivement, comme nous l'avons fait dans ce chapitre et les précédents, les promoteurs de la propagande ont fait un choix très judicieux en choisissant Birkenau comme camp d'extermination. La mortalité dans le système des camps de concentration était très élevée; c'est à Auschwitz, le plus grand camp de concentration allemand, qu'elle atteignait son plus haut niveau et les décès d'Auschwitz étaient concentrés à Birkenau.

Résumé pour Auschwitz

Dans l'introduction à ce chapitre, nous avions promis de démontrer que la légende d'Auschwitz, comme lieu d'extermination, présentait le signe infaillible de la grande mystification: la nécessité d'une double interprétation des faits. C'est vrai à tous les égards:


1/ Le Zyklon était employé pour la désinfection ainsi que, prétend-on, pour les exterminations.
2/ Les «sélections» étaient nécessitées par la nature des activités à Auschwitz ainsi que, prétend-on, pour les exterminations.
3/ Il n'aurait pas été inexact (quoique peut-être assez trompeur) d'appeler Birkenau «camp de la mort», en particulier à certaines périodes (et plus spécialement quand le comité Baruch était en activité et immédiatement après); c'était également, prétend-on, un «camp d'extermination».
4/ Selon les procédures en vigueur, les détenus devaient se déshabiller et prendre une douche en vue de l'épouillage et aussi, prétend-on, pour être exterminés.
5/ Des crématoires ordinaires existaient pour que Birkenau joue à la fois le rôle d'un camp de la mort et, prétend-on, d'un camp d'extermination.
6/ Certaines Leichenkeller étaient des morgues alors qu'on prétend que les autres étaient, en réalité, des «chambres à gaz». Les deux types de Leichenkeller étaient proches l'une de l'autre à Birkenau.
7/ Certaines Badeanstalten étaient des salles de douches alors qu'on prétend que les autres étaient, en réalité, des «chambres à gaz». Les deux types de Badeanstalten étaient proches l'une de l'autre.
8/ La puanteur que les gens de la région ont connu était due non seulement à l'hydrogénation et à d'autres procédés chimiques, mis en oeuvre à Auschwitz, mais aussi, dit-on, aux incinérations.


En vérité, au vu des éléments mis en lumière par notre analyse, dire qu'on nous propose une série de doubles interprétations relève d'une grande bonté. Les interprétations proposées à l'appui de la thèse de l'extermination sont des mensonges manifestes et le dernier d'entre eux, qui concerne la puanteur, est le «fait en trop»; les auteurs de l'imposture n'auraient jamais dû utiliser cet argument dans leur histoire.
Nous avons examiné les faits qui contredisent les allégations, les incohérences et les invraisemblances. Himmler donne ses ordres directement à Höss mais lui laisse l'initiative des moyens. L'entretien a lieu, c'est une certitude, à l'été 1941; d'un autre côté, il a dû avoir lieu à l'été 1942, en sorte que Höss commença par improviser, six mois après que les plans pour les quatre crématoires qui étaient utilisés pour les exterminations eurent été dressés. Les crématoires ne furent pas laissés à l'initiative de Höss. Ou quelque chose comme ça. Des familles juives avec leurs enfants séjournaient pendant des mois à Birkenau, leurs logements ayant été au préalable désinfectés avec le même produit chimique avec lequel elles sont censées avoir été exécutées à leur arrivée, mais elles seront exécutées par la suite avec ce produit. Ou quelque chose comme ça.
Notre analyse d'Auschwitz n'est pas terminée. Bien qu'il puisse sembler que le «coup décisif» promis a été porté, la matière de ce chapitre n'était pas celle à laquelle il était fait allusion lorsque l'expression fut utilisée dans l'introduction au chapitre. Notre analyse s'est jusqu'ici concentrée sur ce qui s'est passé à Auschwitz mais n'a pas examiné le sort des groupes nationaux particuliers de juifs à Auschwitz. C'est ce qu'il nous reste à faire. Nous ne pourrions choisir meilleur exemple que celui des tenants de la légende: les juifs hongrois, dont le sort, ou ce qu'il conviendrait d'appeler ainsi, sera étudié dans le prochain chapitre, avec une attention toute particulière portée sur les allégations relatives à Auschwitz.



NOTES

1 / . 3868-PS.

2 / . IMT, vol. 11, p. 396-422.

3 / Hilberg, p. 575; Reitlinger, p. 113.

4/ Reitlinger, p. 113, 502, 516-517; Croix-Rouge, 1947, p. 95, 98, 103-104.

5 / Langbein, vol. 2, p. 930-931; Naumann, p. 190; US-WRB, 1944, pt.1, p. 22.

6 / IMT, vol. 6, p. 211.

7 / Reitlinger, p. 119.

8 / 008-USSR; Friedman, p. 14.

9 / Reitlinger, p. 472-478; US-WRB, 1945, p. 39-40.

10 / US-WRB, 1945, p. 49-50.

11 / IMT, vol. 11, p. 398.

12 / Hilberg, p. 556-560; Reitlinger, p. 107sq.; documents R-129, NO-719 et 1063(F)-PS in NMT, vol. 5, p. 298-303.

13 / Reitlinger, p. 109, 115.

14 / idem, p. 147sq.

15 / DuBois, p. 213. Une partie de la chimie du Zyklon ("Cyclon") est traitée s.v. cyanide [cyanure] dans l'Encyclopedia Britannica de 1943.

16 / Hilberg, p. 567-571.

17 / I MT, vol. 6, p. 225-332.

18 / Hilberg, p. 570; Reitlinger, p. 154-156.

19 / Hardenbergh, p. 252-254, 257-259; Knipling.

20 / IMT, vol. 6, p. 211, 225, 360-364; Rassinier, 1962, p. 80, 224; Rassinier, 1964, p. 105 n; Rassinier, 1965, p. 38-48; Reitlinger, p. 161 n.

21 / NMT, vo l. 1, p. 865-870; IMT, vol. 27, p. 340-342.

22 / Hilberg, p. 570.

23 / Reitlinger, p. 61; 1553-PS.

24 / Friedländler, p. VII-XII.

25 / Idem, p. XI.

26 / Idem, p. X.

27 / Reitlinger, p. 162sq. Voy. également Vierteljahreshefte für Zeitgeschichte, avril 1953, p. 189 n, qui est cité dans l'article de Nation Europa, mai 1963, p. 50+ (q.v.).

28 / Hilberg, p. 567; Reitlinger, p. 155-156; documents NO-4344 et NO-4345 in NMT, vol. 5, p. 362-364.

29 / Hilberg, p. 565; Reitlinger, p. 158 n.

30 / Langbein, vol. 2, p. 930-931; Naumann, p. 190.

31 / Reitlinger, p. 155-158.

32 / US-WRB, 1944), pt. 1, p. 19-21, 37-38; Reitlinger, p. 182-183; Blumental, p. 105.

33 / IMT, vol. 6, p. 2 18.

Reitlinger, p. 183.

34 / Reitlinger, p. 183.

35 / Yad Vashem Studies , vol. 7, p. 109, 110n, 113.

36 / Reitlinger, p. 181-182; Böhm, p. 292-293.

. 37 / Reitlinger, p. 118-121. Reitlinger fait des remarques sur le "mystère" que constituent les données des rapports de la Croix-Rouge hollandaise qui sont présentées et examinées dans l'Annexe C. Les lettres venant d'Auschwitz sont étudiées par de Jong.

38 / Cohen, p. 38-39.

39 / Croix-Rouge, 1947, p. 91-92.

40 / NMT, vol. 8, p. 320.

41 / DuBois, p. 53, 173, 231; US-WRB, 1945, p. 48-55.

42 / Lerner, p. 152-153.

43 / Friedman, p. 13-14.

44 / Cohen, p . 119

45 / Cohen, p . 60.

46 / Friedman, p. 14-15; Reitlinger, p. 172; Hilberg, p. 587; Blumental, p. 109-110. L'un des documents est reproduit dans Poliakov et Wulf, 1955, p. 198.

47 / NO-4634 in NMT, vol. 4, p. 1166 ; Eichmann, séance 79, W1-Y1.

48 / IMT, vol. 11, p. 336-339.

49 / Poliakov et Wulf, 1956, p. 299-302; Eichmann, séance 79, Y1-Bb1; séance 101, Hh1-Mm1; séance 107, U1-V1; séance 109, F1-H1, N1, 01; NG-5077.

50 / La majeure partie du rapport Korherr est reproduite dans Poliakov et Wulf, 1955, p. 240-248; Eichmann, séance, séance 77, Y1, Z1.

51 / Reitlinger, p. 557. Documents reproduits dans Poliakov et Wulf, 1955, p. 197-199.

52 / IMT, vol. 11, p. 400-401.

53 / IMT, vol. 11, p. 420; Central Commission, p. 87-88.

54 / Central Commission, p. 83-84; Rassinier, 1962, p. 85-86. Rassinier ne cite pas de source; cet élément lui vient probablement de la Central Commission.

55 / Reitlinger, p. 157-158; Hilberg, p. 565; NO-4472.

56 / Central Commission, p. 83; Rassinier, 1962, p. 86; NO-4461.

57 / Reitlinger, p. 159; NO-4353, NO-4400 et NO-4401 in NMT, vol. 5, p. 353-356; NO-4445; NO-4448. Photographie également dans Schönberner et dans Nyiszli.

58 / Friedman, p. 54.

59 / NMT, vol. 5, p. 619-620.

60 / 008-USSR.

61 / NO-4466 in NMT, vol. 5, p. 624.

62 / Friedman, p. 20, 74, 78; Hilberg, p. 632.

63 / 008-USSR; Central Commission, p. 88; US-WRB, 1944, p. 1, p. 14-16; Fyfe, p. 158; Blumental, p. 100.

64 / Rassini er, 1962, p. 245-249.

65 / DuBois, p. 221; NO-1245.

66 / Cohen, p. 81, 125. Voy. ausi Fyfe, p. 159. Et l'Annexe D du présent ouvrage.

67 / NMT, vol. 5, p. 6 24-625. Voy. aussi Blumental, p. 100.

68 / Polson, p. 138, 143-145.

69 / Polson, p. 138-139.

70 / DuBois, p. 340-341

71 / IMT, vol. 11, p. 421.

72 / DuBois, p. 218, 230, 232.

73 / Polson, p. 137-146.

74 / Reitlinger, p. 158-159.

75 / Polson, p. 142.

76 / 008-USSR; Central Commission, p. 89.

77 / Johnson et Auth, p. 259-261.

78 / Polson, p. 141.

79 / New York Times, 30 août 1944, p. 1.

80 / NMT, vol. 5, p. 622-623.

81 / Hilberg, p. 566.

82 / La déposition de Grosch est censée se trouver aux pages 3565-3592 de la transcription du procès No 4, mais ces pages étaient absentes de l'exemplaire que j'ai consulté. Il y a lieu de croire que son témoignage devant la cour fut conforme à sa déposition NO-2154.

83 / NO-2154 cité dans Rassinier, 1962, p. 84sq. ainsi que dans Poliakov et Wulf, 1955, p. 136. Il est question des hésitations de Grosch avant le procès dans le mémorandum d'Ortmann joint au NO-4406.

84 / Central Commission, p. 41, 43; Naumann, p. 194, 254; édition allemande de Naumann, p. 540.

85 / IMT, v ol. 6, p. 211.

86 / Reitlinger, p. 125; NO-021 in NMT, vol. 5, p. 385. Voy. également Fyfe, p. 729, ou Annexe D du présent ouvrage.

87 / DuBois, 192, p. 220.

88 / US-WRB, 1944, pt. 1, p. 30, 32; Reitlinger, p. 122

89 / DuBois, p. 209.

90 / Reitlinger, p. 122-123. Le registre mortuaire est au Rijksintituut voor Oorlogsdocumentatie et est étudié par la Croix-Rouge hollandaise, vol. 1, p. 8-12.

91 / US-WRB, 1944, pt. 1, p. 32.

92 / Par exemple Burney, p. 108-109.

93 / Reitlinger, p. 127; 2172-PS.

94 / NO-1523 et NO-1285 in NMT, vol. 5, p. 372-376.

95 / 1469-PS in NMT, vol. 5, p. 379-382.

96 / NO-1935 in NMT, vol. 5, p. 366-367.

97 / Fyfe, p. 729, ou Annexe D du présent ouvrage. Débats du Procès No 6, p. 14326.

98 / Hesseltine, p. 152, 156, 192, 203; Encyclopedia Britannica , 11e édition, vol. 1, p. 960.

99 / Amery, vol. 5, p. 252, 253, 601; vol. 6, p. 24, 25.

100 / Encyclopedia Britannica, 12e édition, vol. 32 (troisième volume de supplément à la 11e édition), p. 157.

101 / Komitee der Antifachistischen, p. 86; M. J. Smith, p. 95; NO-3863 et NO-3860 in NMT, vol. 5, p. 613-616; Internationales Buchenwald-Komitee, p. 206-207 et Ill. 55; Musiol, Ill. 88-91.

102 / Documents NO-1242 et NO-4463, cités par Hilberg, p. 566; Fyfe, p. 731 ou Annexe D du présent ouvrage.


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