AAARGH

| Accueil général | Accueil français | Accueil Histoire du révisionnisme| Page Arthur Butz |

LA MYSTIFICATION DU XXe SIÈCLE

par Arthur R. Butz

Traduit de l'américain

2001


[ 1 ] [ 2 ] [ 3 ] [ 4 ] [ 5 ] [ 6 ] [ 7 ] [ 8 ] [ 9 ] [ 10 ] [ 11 ] [ 12 ]
Vous pouvez télécharger l'ouvrage entier en PDF




ANNEXES

ANNEXE A

Les "confessions de Gerstein"

 

La pièce principale des déclarations de Gerstein est un document dactylographié en français [et dont le livre de Butz donne une traduction anglaise réalisée par le personnel du tribunal de Nuremberg. Nous reproduisons ici le texte français de Gerstein, écrit à sa façon, tel qu'il figure sur la reproduction de ce document insérée aux pages 362-367 de la thèse d'Henri Roques, publiée sous le titre La Thèse de Nantes et l'affaire Roques, d'André Chelain, Paris, Polémiques, 1988. Eds].


Rottweil, 26 avril 1945
Bergassessor Diplomingenieur Kurt Gerstein.

Indications personnelles: G e r s t e i n, Kurt, Bergassessor, exclus du service de l'état pour antinazie 1936, ingénieur diplomé. Né le 11 août 1905 à Muenster Westphalie. Associé de l'usine De Limon, Fluhme & Cie, graissage automatique pour locomotives, freins Westinghouse, Knorr etc. Dusseldorf, Industriestrasse 1-17.

Père: Ludwig Gerstein, Landgerichtpraesident, Hagen Wetsf. hors de serv

Mère: Clara Gerstein, née Schmemann morte 1931.

Marié depuis 2 mai 1937 à Elfriede née Bensch à Tuebingen Gartenstrasse 24, 3 enfants Arnulf 5 ans Adelheid 3 1/2 Olaf 2 ans. Vie: 1905-1911 Muenster, 1911-1919 Sarrebruck. 19-21 Halberstadt 21-25 Neuruppin près de Berlin, maturum 1925.

--Etudes: 1925-31 Marburg/Lahn, Aix la Chapelle, Berlin-Charlottenburg, universitées et hautes écoles de technique. 1931 examen Ingénieur diplomé.

--Depuis 1925 membre actif de la jeunesse protestantique organisée Union chrétienne des jeunes hommes " et surtout de la jeunesse Chrétienne élevée appelé BK= Bibelkreis = Cercle autour de la Bible."

Politique : Adhérent de Stresemann et Bruening, actif pour eux.

-- Depuis 1933, juin, poursuivi de la part de Gestapo pour activitée Chrétienne contre l'état nazie.

-- 2 mai 1933 entrée dans la NSDAP.

-- 2 octobre 1936 exclusion de la NSDAP pour activitée contre partie et état. 30 janvier 1935 protestation publique au théatre de ville de Hagen/Westphalie contre le drame antichrétien "Wittekind"

-- Rossé et blessé de part des Nazies.

-- 27 Novembre 1935 examen du bergassessor. Alors, employé de l'état à Sarrebruck.

-- 27 septembre 1936 emprisonnement par la gestapo pour " activités contre l'état.

--" pour avoir envoyé 8.500 brochures antinazies aux hauts employés de l'état. En prison jusqu'à fin octobre 1936. Exclusion en dehors du service de l'état. Décembre 1936 jusqu'au commencement de la guerre: études médicales à Tuebingen, institut pour mission protestantique médicale tropique.

-- Le tiers --environ-- de mes revenues, cela faisait 1/3 de 18.000 Reichsmark par an, j'ai donné, depuis 1931, pour mes buts idéales religieux. J'ai fait imprimer et envoyés par poste à mes frais cca 230.000 brochures religieuses antinazies.

14 juillet-28 août 1938, deuxième emprisonnement au champ de concentration Welzheim. Ecoutant des massacres des imbéciles et aliénés à Grafeneck, Hadamar etc., choqué et blessé dans mon intérieur, ayant tel cas dans ma famille, je n'avais qu'un seul désir: Voir, voir dans toute cette machinerie et alors crier dans tout le peuple! -- Muni de deux références des deux employés de gestapo, ayant traité mon cas, il n'était pas difficile d'entrer dans la SS armée. 10 mars

-- 2 juin 1941 instruction élémentaire du soldat à Hambourg- Langenhoorn, Arnhem et Oranienburg avec 40 médecins. Pour mes doubles études - technique et médecine - je reçus l'ordre d'entrer au service médico-technique de SS-Fuehrungshauptamt -- service sanitaire de la SS Armée -- Amtsgruppe D, Hygiene.

-- A ce lieu de service, je me choisis moi même le devoir de construir aussitôt des appareils de désinfection et des filtres d'eau potable pour les troupes et pour les champs de prisonniers et de concentration.. Pour connaissance exacte de l'industrie j'y réussis bientôt -- mes prédécesseurs n'étant pas réussis. Ainsi, il fût possible d'abaisser le nombre des prisonniers morts considérablement. -- Pour mes succès, bientôt je réussis lieutenant.-- Décembre 1941, le tribunal qui avait ordonné ma exclusion dehors NSDAP reçut connaissance de ma entrée dans la SSarmée. On faisait grandes efforts de me chasser et de me poursuivre. Mais pour mes succès on me déclara sincère et indispensable.

-- Janvier 1942 je fus le chef du service technique de désinfection, contenant aussi le service des gaz sévérement toxiques pour désinfection.- Le 8 juin 1942 il entra dans ma chambre de service le SS- Sturmbannfuehrer Guenther du Reichs-Sicherheits-Hauptamt, en civil, inconnu à moi. Il me donne l'ordre de procurer 100 kg d'acide prussique et d'aller avec lui à un lieu qui n'était pas connu qu'au chauffeur du cammion. Nous partions à l'usine de potasse près de Collin (Prague). Le cammion chargé nous partions à Lublin-Pologne. Nous prennions avec nous le professor Dr. méd. Pfannenstiel, ordinarius d'hygiène de l'universitée Marbourg/Lahn.

-- A Loublin, le SS-Gruppenfuehrer Globocnek nous attenda. Il nous dit: c'est une des plus secrètes choses qu'il y a, et même la plus sécréte. Chacun, qui en parle, sera fusillé aussitôt. Hier, deux parleurs sont morts. Alors il nous expliqua: A l'instant, -- 17 août 1942 -- il y a 3 installations:

1.) Belcec, à la route Loublin-Lemberg, au secteur à la ligne de démarcation Russe. Maximum par jour 15.000 personnes. (vu!)

2.) Sobibor, je ne sais pas exactement, où. pas vu. 20.000 pers.p.jour.

3.) Tréblinca, 120 km NNE de Warsawa.25.000 par jour. vu!.

4.) Maidannek; près de Loublin, vu en préparation.

-- Globocnek dit: il vous faudra faire la désinfection de très grande quantitées de vêtements, dix ou vingt fois le résultat de la "Spinnstoffsammlung", (collection de vêtements et textils), qu'on ne fait que pour obscurcir la provenance des vêtements Juifs, Polonais, Tchèques etc.

-- Votre autre devoir sera: de changer le service de nos chambres de gaz, maintenant fonctionnant par échappement d'un ancien moteur "Diesel", à une chose plus toxique et fonctionnant plus vite, c'est acide prussique. Mais le Fuehrer et Himmler, qui étaient ici le 15 août -- c'est avant-hier -- m'ont obligés d'accompagner moi même tous ceux qui doivent voir les installations.

-- Alors professor Pannenstiel: Mais qu'est ce que dit le Fuehrer?

-- Alors Globocnek, maintenant chef de Police et ss rivière Adriatique à Triest: Plus vite, plus vite, réaliser toute l'action! -- dit il. Alors le directeur du ministère Dr. Herbert Lindner, ministère Intérieur: N-'estait il pas meilleur de brûler les corps au lieu de les enterrer? Une autre génération, peut-être, en penserait d'une autre manière."..

-- Alors Globocnek: Mais messieurs, si jamais, après nous, il y aurait une génération si lâche, si carieuse, qu'elle ne comprenne pas notre oeuvre si bon, si nécessaire, alors --messieurs-- tout le Nationalsocialisme était pour rien.

-- Mais, au contraire, il faudrait enterrer des tables de bronce, auxquels il est inscrit, que c'étions nous, nous, qui avions eu le courage de réaliser cet oeuvre gigantique! "

-- Alors Hitler: oui, mon brave Globocnek, c'est un mot, c'est aussi mon oppinion! --"--L'autre jour, nous partions à Belcek. Une petite gare spéciale de deux quais s'incline à la colline de sable jaune, immédiatement au Nord de la rue et du chemin de fer Lublin-Lemberg. Au sud, près de la chaussée, quelques maisons du service avec l'affiche: "lieu de service de Belcec de la SS armée"-. Globocnec me présenta à SS-Hauptsturmfuehrer Obermeyer de Pirmasens, qui me fit voir avec grande retenance les installations. Cet jour, on ne vit pas les morts, mais l'odeur de toute la région, aussi de la grande chaussée, était pestillent. A côté de la petite gare il y avait une grande baraque "Garderobe" avec un guichet "valeurs". Alors, une chambre de 100 chaises "coiffeurs". Alors un corridor de 150 mètres au plein vent, fils barbelé de deux cotés, et affiches: "Aux bains et inhalations"!

-- Avant nous une maison comme institut de bain, à droite et à gauche grand pot de beton avec geranium ou autre fleurs. Aprês avoir monté un petit escalier, à droite et à gauche, trois et trois chambres comme de garages, 4 x 5 mètres, 1,90 mètre d'altitude. Au retour, pas visibles, sorties de bois. Au toît, l'étoile de D a v i d en cuivre. Avant le bâtiment inscription: "Fondation Heckenholt". -De plus- cet après-midi- je n'ai aperçu. --Autre matin, quelques minutes avant 7 heures, on m'annonça:

Après dix minutes le premier train arrivera!

-- Vraiement, après quelques minutes le premier train arriva de Lemberg. 45 waggons, contennants 6.700 personnes, 1450 déjà morts à leur arrivée. Derrière les petites lucarnes aux fils barbelés des enfants, jaunes, pleins de peur, femmes, hommes. Le train arrive: 200 Ucrains, contraints à ce service, arrachent les portes et, avec caraches de cuir, ils chassent les personnes dehors des voitures. Alors un grand parleur-haut donne les instructions: Au plein vent, quelques dans la baraque, se déshabiller de tout vêtement, aussi prothèse et lunettes. Avec petit morceau de ficelle, offert par un petit garçon juif de 4 ans, joindre ensemble les chaussures. Rendre tout valeur, tout argent au guichet "Valeurs" sans bon, sans reçu. Alors les femmes, les jeunes filles au coiffeur-faire couper à un ou deux coups les cheveux, qui disparaîtrent dans [76] des grands sacs de pomme de terre "pour en faire quelques choses spéciales pour les sous-marins, épaisseurs etc". -- me dit le SS-Unterscharfuehrer du service.

-- Alors, la marche commence: A droite, â gauche le fil barbelé, en derrière deux douzaines Ucrains avec fusil, Guidé d'une jeune fille extraordinairement belle, ils s-'approchent. Moi même avec le Hauptmann Wirth, police, nous nous trouvons avant les chambres de la mort. Totalement nus, les hommes, les femmes, les jeunes filles, les enfants, les bébés, les à une seule jambe, tous nus, passent. Au coin, un SS fort, qui à haute voix pastorale dit aux pauvres: il vous n'arrivera ni le moindre! il ne vous faudra rien que vivement respirer, cela fait forts les poumons, cette inhalation, c'est necessaire contre les maladies contagieuses, c'est une belle désinfection!

-- Demandé, quelle serait leur sort il leur dît: vraiement, les hommes doivent travailler, bâtir des rues et des maisons. Mais les femmes ne sont pas obligées. Seulement si elles veulent elles peuvent aider au ménage ou dans la cuisine.

-- Pour quelques de ces pauvres gens petit espoir encore une fois, assez pour les faire marcher sans résistence aux chambres de la mort, -- la majoritée sait tout, l'odeur leur indique le sort! -Alors ils montent le petit escalier et --voyent la véritée! Mères, nourrices, les bébés à la poitrine, nues, beaucoup d'enfants de tout âge - nus - ils hésitent, mais ils entrent dans les chambres de la mort, la plus part sans mot dire, poussés des autres derrière eux, agités par les caraches de SS.

-- Une juife, 40 ans environ, les yeux comme des flambeaux, cite le sang de leur enfants sur leurs meurtriers. Recevant 5 coups de carache au visage de part de Hauptmann de police Wirth lui même, elle disparait dans la chambre de gaz. Beaucoup font leurs prières, d'autres disent: Qui est ce qui nous donne de l'eau pour la mort? rite israélitique?)- Dans les chambres, la SS presse les hommes. "Bien remplir"- le hauptmann Wirth a ordonné. Les hommes nus sont debout aux pieds des autres, 700-800 à 25 mètres quarrés, à 45 m cube! -- Les portes se ferment. Cependant, le reste du train, nus, attendent. On me dit: aussi en hiver nus! - Mais ils peuvent emporter la mort! -- C'est pour cela, donc, qu'ils sont ici! - était la réponse! - à, ce moment, je comprend pourquoi "Fondation Heckenholt". -Heckenholt, c'est le chauffeur du "Diesel", dont les échappements sont destinés à tuer les pauvres! SS-Unterscharfuehrer Heckenholt se donne quelque peine pour faire en marche le moteur Diesel. Mais il ne marche pas! Le Hauptmann Wirth arrive. On voit, il a peur, parce que moi, je vois le désastre. Oui, je vois tout, et j'attends. Mon chronomètre "stop" a fixé tout. 50 minutes, 70 minutes, -- le Diesel ne marche pas! -Les hommes attendent dans leurs chambres de gaz. En vain. On les écoute pleurer. "Comme à la synagogue" -- dit le SS-Sturmbannfuehrer Professor Dr. Pfannenstiel, ordinarius de l'hygiène de l'universitée de Marbourg/Lahn, l'oreille à la porte de bois. Le Hauptmann Wirth, furieux, fait 11, 12 coups de carache au visage de l'Ucrain, qui est en aide de Heckenholt.

-- Après deux heures 49 minutes le montre stop a tout enregistré--le Diesel commence. Jusqu'à ce moment les hommes dans les 4 chambres déjà remplis vivent, vivent, 4 fois 750 personnes à 4 fois 45 mètre cube! --De nouveau 25 minutes passent: Beaucoup, c'est vrai, sont morts. C'est ce qu'on voit par la petite fenêtre, par laquelle la lampe électrique fait voir pour un moment l'intérieur de la chambre. Aprés 28 minutes, encore peu qui survivent. Après 32 minutes, enfin-, tout est mort! -De l'autre coté, des travailleurs juifs ouvrent les portes de bois. On leur a promis - pour leur service terrible-- la libertée et quelques procents du résultat des valeurs et de l'argent trouvé. Comme des colonnes de Basalte les morts sont encore debout, étant pas la moindre place de tomber ou de s'incliner. Même morts, on connait encore les familles, qui se serrent encore les mains. On a peine de les séparer, pour faire vides les chambres pour prochaine charge. On jête les corps, bleus, humides de soudre et de l'urin, les jambes pleins de crotte et de sang périodique. Parmi tous, les bébés, les cadavres des enfants.

-- Mais on n'a pas de temps! Deux douzaines de travailleurs s'occupent de contrôler les bouches, qu'ils ouvrent par moyen de crochets de fer. "Or à gauche, sans or à droite!" -- D'autres contrôlent anus et génitaux pour monnaie, brillants, or etc. -Des dentistes arrachent par moyen de martels les dents d'or, ponts, couronnes. Parmi tous, le Hauptmann Wirth. Il est à son élément, me pretant une grande boîte de conserves, remplis de dents, il me dit: Eprouvez vous même le poids de l'or! C'est seulement d'hier et d'avant-hier! -Et vous ne croyez pas ce que nous trouvons par jour!: Les dollars, les brillants, l'or!! -Mais voyez vous même: -Alors il me guida à un bijoutier, qui avait la responsabilité de tous ces valeurs.

-- On me fit voir encore un des chefs du grand magasin de l'ouest, Berlin, Kaufhaus des Westens et un petit homme, qu'on faisait jouer le violon, chefs du commando travailleurs juifs. "C-est un capitaine de l'armée K et K [impériale et royale] Autriche, chevalier du Croix de fer Allemand I Klasse -- me dit le Hauptsturmfuehrer Obermeyer.

-- Alors les corps nus fûrent jetés dans des grandes fossées de 100 x 20 x 12 mètres environ, situés auprès des chambres de la mort.

-- Après quelques jours, les corps se gonflaient et le touts'élevait de 2-3 mères par moyen de gaz, qui se formait dans les cadavres. Après quelques jour, le gonflement fini, les corps tombaient ensemble. Autre jour, les fossées furent remplies de nouveau et couvertes de 10 cm de sable.

-- Quelque temps plus tard -j'ai écouté- on a fait des grilles de rail de chemin de fer et a brulé les cadavres par moyen de l'huille Diesel et de l'essence, pour faire disparaître les cadavres. A Belcek et à Tréblinca, on n'est pas se donné la peine de compter d'une manière quelquement exacte le nombre des hommes tués. Les nombres, fait connu par Britisch Broadcasting Co -Radio sans fil sont pas justes, en vérité il s'agira cca [environ] ensemble de 25.000000 hommes! Pas juifs, seulement, mais en préférence des Polonais et Tchèques biologiquement sans valeurs celon oppinion des Nazies. La plus part et morte anonyme. Des commissions de Pseudo-médecins, simples jeunes SS à manteaux blancs et limousines, parcouraient les villages et villes de Pologne et Tchechoslovaqie pour désigner les vieux, phtisistes, malades pour quelque temps plus tard, les faire disparaître aux chambres de gaz. C'étaient les Polonais, les Tcéques de la No. III [critère de classement défini par la S.S.], qui n'étaient pas encore dignes de vivre pour ne pouvoir pas encore travailler.

-- Le Hauptmann de police Wirth me pria de pas proposer à Berlin quelquonque autre méthode des chambres de gaz et de laisser tout comme qu'il était. -Je mentis - ce que j'avais fait à tout cas-que l'acide prussique était déjà détruite par le transport et devenue très dangereuse. Alors je serai forcé de l'enterrer-que se fit aussitot

-- Autre jour nous allions à par l'auto de Hauptmann Wirth à Tréblinca. 120km environ NNE de Warsawa. L'institution de ce lieu de la mort était presque la même comme à Belcec, mais plus grande encore. 8 chambres de gaz et vrais montagnes de vêtements et de linge, 35-40 m environ d'altitude. Alors, à notre "honneur" on fît un banquet avec tous les employés de l'institut. Le obersturmbannfuhrer professor Dr. méd. Pfannenstiel, ordinarius [professeur titulaire] d'hygiène de l'universitée de Marbourg Lahn, fit un sermon: Votre oeuvre c- 'est un grand devoir et un devoir si util et si nécessaire. En moi seul il parlait de cet institut comme de "beutée de travail, et d'une chose humane. A tous: Si-l-on voit les corps des juifs on comprend le grandeur de votre bon oeuvre!

-- Le diner lui même était simple, mais, celon l'ordre de Himmler, les occupés de ce service recevaient ce qu'ils voulaient de beurre, viande, alcool etc.

--Au congé, on nous offra plusieurs kilos de beurre et grand nombre de bouteilles de liqueur. J'avais peine de mentir d'avoir assez de tout de notre ferme. Pour cette raison, Pfannenstiel prit encore ma portion.

-- Nous allions par l'auto à Warsawa. Attendant en vaine un lit libre, je rencontrais le secrétaire de la légation Suède, Msr. le Baron de Otter. Tous les lits occupés nous passions la nuit au corridor du waggon lit. là, sous [80] l'impression récente j'ai lui raconté tout avec la prière de réferer tout à son gouvernement et aux tous alliés. Il me demanda une référence de moi. J-ai lui donné comme telle l'adresse de Msr. le Generalsuperintendent D. Otto Dibelius, Berlin-Lichterfelde West, Bruederweg 2, ami de Martin Niemoeller et chef de la résistence protestantique contre le nacisme. Après quelques semaines j'ai vu encore deux fois le baron de Otter. Il me dit qu'il avait fait son rapport au gouvernement Suède, un rapport, qui, celon ses mots, a eu grande influence aux rélations de Suède et d'Allemagne. Ma tentative de réferer tout cela au chef de la légation du Saint-Père, n'a pas eu grand succès. On me demanda si j'éstais soldat; Alors on me réfusa tout entretien. Alors j-ai fait un réferat détaillé au sécretaire de l'episcopat de Berlin Msr. le. Dr Winter pour réferer tout cela à son episcope de Berlin et ainsi à la légation du Saint-Père.

-- Sortant de la légation du Saint-Père à la Rauchstrasse à Berlin, j'avais un rencontre dangereux à un agent de police, qui me poursuivait, mais, après quelques minutes très désagréables, me fît échapper.

Il me faut encore ajouter que le SS-Sturmbannfuehrer Guenther du Reichssicherheitshauptamt demanda de moi, le commencement 1944, de très grandes fournitures d'acide prussique pour un destin obscur. L'acide devait être fournie à Berlin, Kurfuerstenstrasse à son lieu de service. Je réussis à lui faire croyable que cela n'était pas possible pour les grands dangers. Il s'agit de plusieurs wagons d'acide toxique, assez pour tuer beaucoup d'hommes, des millions! Il m'avait dit qu'il n'était pas sur, si, quand, pour quel cercle de personnes, de quelle manière, où on aurait besoin de ce poison. Je ne sais pas exactement quelque ait été l'intention de Reichssicherheitshauptamt et du SD. Mais j'ai, plus tard, pensé aux mots de Goebbels de "fermer les portes derrière eux, si le nacisme ne réussirait jamais. Peut être qu'ils voulaient tuer une grande partie du peuple Allemand, peut être les travailleurs étrangers, peut être les prisonniers de guerre -- je ne sais pas! A tout cas, j'ai fait disparaître l'acide aussitot après son arrivée pour devoirs de désinfection. C'était quelquement dangereux pour moi, mais si-l-on m'avait demandé ou se trouvait l'acide toxique, j'aurais répondu: Elle était déjà en état de dissolution dangereux, et c'est pour cela qu'il me fallait la consommer pour la désinfection!

-- Je suis sur, que Guenther, le fils du-Rassen- Guenther- celon ses propres mots, avait l'ordre de procurer l'acide pour- éventuellement- tuer millions d'hommes, peut-être aussi dans les champs de concentration. J'ai sur moi les notas de 2.175 kg, mais en véritée il s'agît de cca 8.500kgs, assez pour tuer 8 millions d'hommes. J-'ai fait écrire à mon nom les notas pour- comme j'ai dit-discrétion, en véritée pour être quelquement libre dans les dispositions et pour mieux faire disparaitre l'acide toxique. Je n'ai jamais payé ces livraisons pour éviter le rembourse-ment et de rappeler le SD à cet stock. Le directeur de la Degesch, qui avait fait cette fourniture, m'a dit qu'il a fourni pour tuer des hommes acide prussique en ampoules.-- Une autre fois, Guenther me consulta s'il était possible de tuer grande nombre de juifs au plein vent des fossées de fortifications de Maria-Theresienstadt. Pour empecher ce conseil diabolique, je déclarais impossible cette méthode. Quelques temps plus tard j'ai écouté que le SD s'était procuré d'une autre manière l'acide prussique pour tuer ces pauvres hommes à Theresienstadt.

-- Les champs de concentration les plus détestables n'étaient pas Oranienburg ni Dachau ni Belsen - mais Auschwitz (Oswice) et Mauthausen-Gus en près de Linz/Donau. C'-est là que sont disparus des millions d'hommes aux chambres de gaz, à des autos comme chambres gaz. La méthode de tuer les enfants était de leur tenir sous le nez un tampon à l'acide prussique. J'ai vu -moi-même- des expériments continuées jusqu'à la mort avec personnes vivants aux champs de concentration. Ainsi, le SS-Hauptsturmfuehrer Gundlach, Dr. med, a fait tels expériments au champs de concentration pour femmes à Ravensbrueck près de [82] Fuerstenberg-Mecklenburg. J'ai lu beaucoup de référats - à mon lieu de service- de tels expériments à Buchenwald, par exemple expériments jusqu'à 100 tablettes de Pervitine par jour

-- D'autres expériments toute fois cca.100-200 personnes-sont fait jusqu'à la mort avec sérum, lymphe etc. Himmler lui même s'avait réservé la permission de tels expériments.

Un jour, a Oranienbourg, champs de concentration, j'ai vu disparaître, un seul jour, tous les prisonniers, étant la pour etre perverses (homosexuels.) J'ai évité de visiter souvent les champs de concentration, parcequ'il était usuel - en préférence à Mauthausen Gusen-près de Linz-de pendre à l'honneur des visiteurs un ou deux prisonniers. A Mauthausen, il était usuel de faire travailler les juifs à une carrière de grande altitude-. Après quelque temps les SS du service dîrent: Attention, après quelques minutes il-y-aura quelque malheure! Vraiement, une ou deux minutes plus tard, quelques juifs fûrent précipités de la carrière, tombants morts à nos pied. "Accidents de travail"-on régistrait aux papiers des tués.

-- Le Dr. Fritz Krantz, antinazi, SS-Hauptsturmfuehrer m'a souvent raconté de telles choses, qu'il condamnait vivement et publiait souvent.

-- Les crimes découverts à Belsen, Oranienbourg etc sont pas considérables en comparaison des autres, qui sont faits à Auschwitz et à Mauthausen.

J-'ai le dessein d'écrire un livre contenant mes aventures avec les nazies. Je suis pret de preter un serment que tous mes déclarations sont totalement vrais.

signature manuscrite

 

Il est difficile de croire que quiconque ait vraiment voulu prendre cette "déclaration" au sérieux. On examinera ici quelques points particuliers mais dans l'ensemble je laisserai le lecteur s'ébaubir. La partie qui est imprimée dans les volumes du NMT commence à "Ecoutant des massacres des imbéciles..." et se termine par "...le grandeur de votre bon oeuvre! " En outre, les remarques sur la BBC et les 25 millions de victimes des chambres à gaz ont été excisées. La version utilisée lors du procès de Eichmann devant le tribunal de Jérusalem a été encore plus sévèrement coupée. (1)

Dans le présent ouvrage, nous n'avons pas donné les grades SS en allemand car ils n'auraient pas été compris de le plupart des lecteurs; un Oberscharführer semble tout aussi important qu'un Obergruppenführer. Nous avons tâché de donner un terme équivalent. Mais le document Gerstein introduit une confusion sur le grade du Dr. Pfannenstiel (un de ces nazis qui ont bénéficié d'une mystérieuses immunité à Nuremberg). A un endroit il est qualifié de "Obersturmbannführer" (lieutenant-colonel) et à un autre de "Sturmführer" (lieutenant). Les grades SS sont traités dans l'annexe B, plus loin. Il n'est pas vraisemblable que Gerstein ait commis ce genre d'erreur s'il avait écrit volontairement cette déclaration.

On trouvera une autre contradiction interne qui montre la désinvolture avec laquelle on a composé ce document, dans le fait qu'il se réfère à des événements qui se sont produits en août comme s'étant passés «en hiver». Il peut également paraître impossible de compresser 700 à 800 personnes dans une pièce de 20 ou 25 mètres carrés et d'une hauteur de 1,90 m; on pourrait le faire avec ces engins qui réduisent les carcasses de voiture mais dans ce cas-là le gazage serait superflu. Le passage qui parle de quitter Varsovie en voiture et de rencontrer ensuite le baron von Otter dans le train est ici fidèlement reproduit, bien entendu. Il n'y a eu aucune confirmation de source suédoise des rencontres entre Gerstein et von Otter pendant la guerre, c'est-à-dire avant la création du document Gerstein, et on ne sait pas très bien s'il y en a eu après la guerre. (2)

Comme Rassinier l'a fait remarquer, s'il n'est pas vrai que Hitler a jamais visité Lublin, s'il n'est pas vrai que l'on puisse faire entrer 700 à 800 personnes dans une chambre à gaz de 25 mètres carrés, s'il n'est pas vrai que le mois d'août tombe en hiver en Europe, et s'il n'est pas vrai que les Allemands aient gazé 25 millions de personnes, alors qu'est-ce qui, dans ce document qui ne contient pas grand chose d'autres, est encore vrai?

Ce qu'on a pu lire plus haut est ce qui doit normalement être considéré comme le "document Gerstein" mais, d'après le PS-1553, et ses variantes en différentes langues datées du printemps 1945, il se continue ainsi:


Kurt Gerstein, Suplement.

A mes appartement à Berlin W 35, Buelowstrasse 47 I gauche j'avais autour de moi un cercle d'antinazies. Voilà quelques noms des membres:

Major Lutz R e i s, maintenant Hambourg, Fa-Glasurit-Werke.

Dr. Felix Buss, Justitiar en chef de Telefunken, Berlin SW 11, Hallesches Ufer 30.

Direktor Alex Menne, Hambourg, Glasurit-Werke.

Msr. le curé Buchholtz, curé de prison Ploetzensee, qui a accompagné à la mort les officiers du 20 juillet 1944 à échafaud. Ces officiers comme le curé Martin Niemöller, mon ami cordial, fumaient les cigarettes et les cigarres que moi leur ai fourni à leur prison.

Msr le curé Mochalski, remplacant Msr. le curé Martin Niemöller à Dahlem, Annen-Kirche.

Dorothea Schulz, sécrétaire de Mrs. le Curé Martin Niemöller

Mme Arndt, Sécrétaire de msr. le curé Martin Niemoeller de Dachau

Emil Nieuwenhuizen et son ami Hendrik, de Philips --Eyndhoven, déportés, que j'avais rencontré à l'église et qui étaient, depuis longtemps, deux ou trois fois par semaine mes hôtes pour manger et écouter t.s.f.

Direkteur Haueisen, Berlin NW 7, Mittelkstrasse, Imprimerie Francke

Herbert Scharkowsky, rédacteur, Scherl-Presse

Hauptmann Nebelthau et son mari, Berlin, maintenant à Kirchentellinsfurt-Wurttenberg

Dr. Hermann Ehlers, Syndicus de l'église Niemoeller de résistance antinazie

Dr Ebbe Els, meme comme Dr. Ehlers

----------------------------------

Autres références : Generalsuperintendent D. Otto Dibelius, Chef de la résistance de l'église contre le nacisme.

Msr. le curé Rehling, Hagen, Westphalie, résistance de l'église de Westphalie, activiste.

Praeses Dr. Koch, Bad Oeynhausen, de même.

Baron von Huene, professeur de l'universitée de Tuebingen, antinazie

Bernhard Goedecker, Fabrikant, München, Tizianstrasse. Antinazie.

Directeur Franz Bäuerle, München, Siemenstrasse 17, antinazie.

Msr. le curé catolique Valpertz, Hegen Wsetphalie.

Msr. le curé Otto Wehr, Sarrebruck

Msr les curés Sclaeger et Bittkau, Neuruppin pre de Berlin.

August Franz et toute famille, grands antinazies, Sarrebruck, maintenant à Talheim Wurttemberg

Msr. le Docteur Straub, Metzingen-Wurttemberg et famille.


[NdT: La version anglaise comporte la perte d'une ligne, de "Bad..." à "professeur..." , omettant ainsi le nom du baron von Hüne. Lorsque Gerstein écrit "curé", sauf dans un cas de catholique, il faut comprendre "pasteur". Reproduction in Chelain, p 368.]


J'ignore tout-à-fait quel rapport, s'il y en a, existe entre Gerstein et ce document. Il se peut qu'il ait coopéré, sur l'ordre de ceux qui le détenaient, à la fabrication du document comme il se peut qu'il n'ait rien eu à voir avec cette fabrication. On pourrait trancher cette question en comparant ce qui semble être la signature manuscrite qui se trouve sur la première partie et la déclaration manuscrite reproduite plus bas, mais il n'est pas sûr que cette investigation en vaille la peine.

Une version allemande du "document Gerstein", avec à peu près le même contenu, est apparue environ un an après la disparition de Gerstein. Sa femme a dit qu'à son insu son mari l'avait mise dans leurs affaires quand ils étaient à l'hôtel Mohren à Rottweil. La découverte de Mme Gerstein dans les jours sombres de 1946 allait naturellement conforter sa position d'épouse de Saint Gerstein et non celle d'épouse d'un officier SS ordinaire, ce qui à l'époque pouvait paraître une situation enviable pour une Allemande.

La version allemande du «document Gerstein» est un dactylogramme qui n'est pas signé mais on dit que lui est attaché un post-scriptum manuscrit dont le contenu n'est pas spécifié. Pour des raisons qui ne sont pas expliquées, on dit que Gerstein a ajouté dix pages de «déclaration fondée sur le ouï-dire» qui n'étaient pas comprises dans le matériel qu'il est censé avoir fourni aux enquêteurs américains avant de disparaître.

Quelques années plus tard, Otto Dibelius, l'évèque luthérien de Berlin a déclaré avoir eu des conversations avec Gerstein et le baron von Otter portant sur ces sujets. Bien qu'il ait fait partie des dirigeants du DNVP de Hugenberg, qui avait des liens avec les nazis avant 1933, Dibelius s'est associé à l'église de Niemoelller qui était dans l'opposition aux nazis après 1933. Niemoeller a été emprisonné en 1935 mais Dibelius n'a pas été inquiété et il a disparu dans l'anonymat d'un petit poste dans une organisation caritative de l'église et il n'a été fait évèque qu'après la fin de la guerre en 1945. Il n'est pas juste de qualifier Dibelius de membre actif de la résistance pendant la guerre et de faire comme le «document Gerstein» et son supplément cité plus haut, qui lui accordent un rôle que les faits connus ne confirment pas. (3)

Quant aux autres noms de la liste des antinazis cité dans le liste du «document Gerstein» je ne reconnais aucun nom qui ait été lié à des activités, antinazies ou autres, pendant la guerre, sauf celui de Niemoeller. Je ne peux en identifier qu'un seul, le Dr. Hermann Ehlers, qui a fait une carrière dans la CDU après la guerre et qui est mort en 1954. Il se peut que la personne identifiée comme «Praeses Dr. Koch» soit le Dr. Karl Koch, théologien protestant qui fut membre, comme Dibelius, du DNVP à l'époque de Weimar et qui est mort en 1951.

Dans les rapports de Cesare Orsenigo, nonce du pape à Berlin, qui ont été publiés par le Vatican, le nom de Gerstein n'apparaît pas (voir notre appendice E). La partie suivante du document PS-1553 est une lettre à Gerstein de la DEGESCH concernant la conservation du Zyklon et la possibilité des livraisons futures à la suite des attaques aériennes qui ont détruit une usine. Il serait intéressant de la reproduire ici si elle était en français (elle est en allemand). La partie suivante du document est une courte note manuscrite:

L'acide prussique selon notas ajoutées [factures jointes ] étant ordonné par le Reichssicherheitshauptamt, Berlin W,35 Kurfurstenstrasse, à l'ordre [sur ordre] de SS Sturmbannfuhrer Guenther: moi, responsable pour cet service, ai fait loyalement ce service, pour, étant arrivée l'acide à Oranienburg et Auschwitz, faire disparaître les boîtes dans les chambres de désinfection. Ainsi, il était possible d'empêcher un mauvais usage de l'acide. Pour empêcher de rappeler la présence de cet stock -- ou, mieux, la non-présence au Reichssicherheitshauptamt, je n'ai jamais payé cettes fournitures, dont l'adresse de notas [factures] était pour le même destin [motif], moi-même. Ainsi, il était possible de faire disparaître aussitôt après arrivée l'acide. S'il on avait aperçu la non-présence, j'aurais répondu: c'est une erreur de service de désinfection qui ne savait et ne devait savoir le vrai destin [la véritable utilisation], ou j'aurais dit: l'acide était devenu dissocié [s'était décomposé] et ce n'était pas encore [plus] possible de la garder plus longtemps. [Annotations de Roques, in Chelain, p. 154] (signé) Gerstein

La partie finale du document est une note en anglais, [dont nous donnons la traduction procurée par Roques (in Chelain, p. 157)]:


Mon récit est intéressant pour service secret. Les choses que j'ai vues, pas plus de 4-5 autres [personnes] les ont vues, et ces autres étaient nazis. Maints responsables de Belsen, Buchenwald, Maidanek, Auschwitz, Mauthausen, Dachau etc. étaient des gens de mon service, quotidiennement, je les ai vus dans ma double position:

1) S.S. Fuhrungshauptamt, D, service sanitaire, et,

2) Reichsarzt S.S. et Police, Berlin.

Je suis à même de dire les noms et les crimes des vrais responsables de ces choses, et je suis prêt à donner les éléments de cette accusation devant le tribunal mondial.

Moi-même, ami chaleureux du Révérend Martin Niemoeller et de sa famille (maintenant à Leoni/Starnbergersee/Bavière). Je fus après 2 prisons et camp de concentration, agent de l'Eglise confessante, comme S.S. Obersturmfuhrer et chef de département de la S.S. Fuhrungshauptamt et du Reichsarzt S.S. et Police, une position dangereuse!

Les choses que j'ai vues, personne ne les a vues. En août 1942, j'ai fait mes rapports pour la légation suédoise à Berlin. Je suis prêt et à même de faire toutes mes observations à votre service secret.

Le secrétaire de la légation de Suède, à Berlin, maintenant à Stockholm, Baron von Otter est prêt à témoigner de mon récit de 1942 de toutes ces cruautés. Je propose de me demander pour ces informations:

référence: Madame Niemoeller (épouse du Révérend Martin Niemoeller, Leoni Starnbergersee Munich/Bavière).

(signé) Gerstein.

N.B. Votre armée n'a pas trouvé

-- Mr Niemoeller,

-- Mr Stalin Junior,

-- Mr Schuschnigg à Dachau.

Ils furent déportés, personne ne sait qui [Roque traduit par "où"] ils sont. Prière de ne pas publier mon rapport avant de savoir exactement [si] Niemoeller est libéré ou mort. Gerstein

Le reste du document PS-1553 est la collection des factures de Zyklon. J'ai fait dans ce «document Gerstein» de minimes corrections [dans la traduction anglaise], sauf dans la dernière partie, la note écrite en "anglais", qui est reproduite comme elle figure au dossier, pour une raison évidente: elle a été écrite par une personne familière avec le français. «Mr Stalin Junior» est sans aucun doute une référence au fils de Staline qui était prisonnier de guerre en Allemagne. Schuschnigg était le chancelier autrichien au moment de l'Anschluss; lui et Niemoeller ont été détenus à Dachau à un certain moment. Rassinier a fait d'intéressants commentaires au sujet de Niemoeller. (4)









ANNEXE B

Les grades dans la SS


Il existe un certain degré de latitude dans cette affaire. Les trois grades de Gruppenführer ont divers équivalents en anglais. Ces grades ont leur origine dans les débuts de la SS comme rejeton de la SA, qui avait des grades semblables. [Le texte américain fournit l'équivalence approximative entre les grades SS et ceux de l'armée américaine. La traduction allemande fournit en plus l'équivalence avec les grades dans l'armée allemande (Wehrmacht). Nous gardons ces trois systèmes et ajoutons un équivalent français quand il existe. NdT.]


SS

Werhmacht

Armée américaine

Armée française

SS Mann

Schütze

Private

2e classe

Sturmann

Gefreiter

Private 1st Class

1ère classe

SS Rottenführer

Obergefreiter

Sergeant

Sergent

SS Untersharführer


Unteroffizier


Sergeant


Sergent-chef

SS Scharführer

Unterfeldwebel

Staff Sergeant

SS Oberscharführer


Feldwebel

Technical Sergeant

SS Hauptsharführer


Oberfeldwebel


Firts Sergeant

SS Sturmscharführer

Stabsfeldwebel

Staff Sergeant

Aspirant

SS Untersturmführer

Leutnant

Second Lieutenant

Sous-lieutenant

SS Obersturmführer


Oberleutnant


First Lieutenant


Lieutenant

SS Hauptsturmführer


Hauptmann


Captain


Capitaine

SS Sturmbannführer


Major


Major


Commandant

SS Obersturmbannführer


Oberstleutnant

Lieutenant Colonel

Lieutenant Colonel

SS Standartenführer


Oberst


Colonel


Colonel

SS Oberführer


SS Brigadeführer


Generalmajor


Brigadier General

Général de brigade

SS Gruppenführer


Generalleutnant

Lieutenant General

Général de division

SS Obergruppen führer

Général

General

Général de corps d'armée

SS Oberstgruppen führer

Generaloberst

General of the Army

Général d'armée

Generalfeld marschall

Reichsmarschall

Fieldmarshall

Maréchal






L'Annexe C se trouve dans un fichier séparé.



ANNEXE D

Le procès de Belsen

Les deux déclarations de Josef Kramer publiées dans Fyfe, éd., The Belsen Trial.

DÉCLARATION DE JOSEF KRAMER

 

Je suis né le 10 novembre 1906 à Munich. Je suis marié et j'ai trois enfants. Je me suis engagé dans les SS en 1932; je n'avais aucune formation et on m'a assigné dans un camp de concentration. Je n'ai pas demandé ce genre de travail. Quand la guerre a éclaté, les SS ont été mis sous le commandement de l'armée et j'ai demandé à passer dans le service actif, car j'aurais préféré combattre, mais on m'a dit que je devais faire le travail auquel j'avais été assigné. Mon premier grande a été celui d'Untersharführer et j'ai été promu Scharführer et Oberscharführer en 1934 et 1935. Je ne me souviens pas des dates.

Dachau. En 1936, j'étais dans l'administration du camp à Dachau. Le commandant de ce camp était le Standartenführer Loritz. Il n'y avait que des prisonniers allemands dans le camp. Je ne peux pas en être absolument sûr, mais, pour autant que je m'en souvienne, ils étaient tous allemands. L'unité SS était la « troupe de garde » de Haute-Bavière. Dans le camp, il n'y avait que des prisonniers politiques, des criminels et des anti-sociaux. Les anti-sociaux sont des gens comme les mendiants et les romanichels et les gens qui ne veulent pas travailler. Il n'y avait pas d'exécutions dans le camp. Le seul cas dans lequel les gens étaient tués était la tentative de fuite, dans ce cas le garde avait l'ordre d'ouvrir le feu. S'il y avait des coups de feu lors d'une tentative de fuite, la police faisait une enquête. J'ai quitté ce camp au début de juin 1937.

Sachsenhausen. De Dachau, je suis allé au camp de concentration de Sachsenhausen. J'avais été promu officier, Untersturmführer, en dehors du cadre. Quand je suis allé à Sachsenhausen, là j'étais dans le cadre. Les prisonniers de Sachsenhausen appartenaient aux mêmes trois groupes qua dans le camp précédent. Le commandant du camp était le Standartenführer Baranowsky. il n'y avait pas d'éxécutions dans ce camp. J'étais vaguemestre et je ne savais donc pas tout ce qui se passait, mais j'ai entendu dire quelques fois que des gens avaient été tués pendant des tentatives de fuite.

Mauthausen. Le camp d'après a été celui de Mauthausen en Autriche. Il venait d'être construit quand je suis arrivé. Le commandant était le Standartenführer Ziereis. Là j'avais le même grade qu'avant. Pendant que j'étais là j'ai été promu Obersturmführer. Je pense que c'était en janvier 1939. J'étais une sorte d'adjoint chargé des bureaux, à la disposition du commandant. Les prisonniers étaient tous allemands et des trois types que j'ai mentionnés auparavant. Le dernier type, c'est-à-dire les voyous et les vagabonds étaient surtout autrichiens, car il devait y en avoir beaucoup quand l'Allemagne a pris l'Autriche. Il y avait entre 1500 et 2000 prisonniers, tous des hommes. Ceci comprenant les prisonniers juifs. Il y avait assez de place dans le camp pour tous les prisonniers à l'époque où j'y étais. Quand ils arrivaient, les prisonniers ne savaient pas quand ils en partiraient. Il n'y en avait que quelques uns qui avaient des comdamnation à trois mois, ou six mois, mais la plupart des prisonniers étaient là pour une période indéterminée. Les manquements à la discipline étaient sanctionnés par l'isolement, l'isolement avec de l'eau et du pain, ou le travail supplémentaire le dimanche. On ne battait pas les prisonniers et je ne connais pas de cas ou des coups de feu auraient été tirés. Il y a eu des fuites mais je n'étais pas là quand il y a eu des tentatives. J'étais au bureau et le téléphone sonnait et l'un des gardes disait qu'un prisonnier avait tenté de s'enfuir. Mon devoir était alors d'aller voir où travaillait le prisonnier et comment il lui avait été possible de s'enfuir. On prévenait la police en donnant son signalement. Les instructions disaient qu'un prisonnier n'avait pas le droit de franchir une certaine ligne. Si un prisonnier le faisait, le garde devait faire trois sommations avec les mots « Halte ou je tire », ensuite tirer un premier coup en l'air et seulement le second pour tuer. Il est difficile de dire combien de tirs de ce genre ont eu lieu pendant que j'étais au camp parce que ça fait si longtemps. Je pense que dix à quinze personne ont pu être abattues, mais je ne peux pas dire un chiffre exact. Tous les cas où l'on avait tiré devaient faire l'objet d'un rapport à Mauthausen et à Linz. La ville la plus proche faisait son enquête. Si quelqu'un se faisait tirer dessus, ou se faisait abattre pendant une tentative de fuite, le garde était mis immédiatement dans une sorte de garde à vue, mais personne n'a jamais été condamné pour avoir tiré à tort. La plupart des gens qui ont été abattus de cette façon étaient des criminels ou des vagabonds, la raison étant que la plus grande partie des détenus appartenait à cette catégorie.

Les décès qui intervenaient avaient surtout des causes naturelles. Lorsque quelqu'un mourait, il fallait avertir ses proches et les autorités qui l'avaient envoyé dans le camp de concentration. Il y a eu un hiver très dur où le nombre de décès a augmenté mais dans l'ensemble il y en avait très peu. Les prisonniers habitaient dans des baraquement en bois, avec trois étages de lits superposés, 250 à 300 par baraquement. Pendant que j'étais dans ce camp, l'Obergruppenführer Eike, qui supervisait tous les camps de concentration, est venu en visite trois ou quatre fois, mais je ne me souviens pas des dates. Il n'y avait pas de prisonniers de guerre dans ce camp. Quelques prisonniers politiques sont arrivés, mais pas un grand nombre. Ils étaient de nationalité surtout autrichienne. il n'y avait pas de membres de l'ancien gouvernement autrichien ou du parti de Schusnigg ni à Dachau ni à Mauthausen. Je dirigeais les bureaux et je m'occupais du courrier entrant et sortant pour le commandant. Je lui lisais le courrier et il me donnais ses ordres, que je transmettais aux divers sous-commandants. Les pouvoirs du commandant, en ce qui concerne les punitions infligées aux prisonniers, n'étaient pas exactement précisés mais je pense qu'il pouvait infliger jusqu'à 21 jours. Il était le seul qui avait des pouvoirs disciplinaires. Je ne sais pas quel était le nombre de prisonniers quand je suis parti en 1940 mais le camp était plein. Les effectifs étaient enregistré tous les jours mais je ne me souviens pas maintenant du nombre. Certains prisonniers étaient envoyés dans d'autres camps. On effectuait ces transferts non pas selon le type de prisonnier mais selon le genre de travail que l'on voulait faire faire et selon les professions. Pendant que j'étais là-bas, quelques personnes ont été relâchées. Je ne me souviens pas si c'étaient des prisonniers politiques ou d'autres mais je me souviens que pour l'anniversaire d'Hitler, le 20 avril 1940, j'ai vu une cinquantaine de prisonniers dans la cour qui allaient être relâchés.

Auschwitz. J'ai été à Auschwitz en mai 1940. Je vivais en dehors du camp dans un village avec ma famille. J'avais un bureau dans le camp où je travaillais dans la journée. Le commandant du camp était l'Obersturmführer Höss. J'étais adjoint. Je ne sais pas quel était le nombre de personne dans l'état major quand je suis arrivé. La plus grande partie des prisonniers à Auschwitz étaient des prisonniers politiques de nationalité polonaise. il y en avait très peu quand je suis arrivé, car le camp venait juste d'être construit. Tout ce qu'il y avait, quand je suis parti, quatre mois après mon arrivée, c'était des bâtiments en pierre qui avaient été construits par les Polonais. Il y avait des hommes, des femmes et du bétail qui vivaient dans des baraquements en bois. Les bâtiments en pierre étaient vides. Les anciens habitants des bâtiments en bois avaient été déménagés. Quand je suis arrivé, l'état-major du camp consistait en moi-même et un secrétaire, et il n'y avait qu'une compagnie de SS pour la garde. Je ne me souviens pas du nom de la compagnie mais on l'appelait la « compagnie de garde du camp de concentration d'Auschwitz ». Cette compagnie n'avait pas de numéro de code postal militaire. L'officier dans le grade le plus élevé était le commandant du camp, après lui venait le commandant de la compagnie de garde, l'Obersturmführer Plorin. Il n' y avait pas d'officiers, en dehors du commandant de la compagnie. Les pelotons était commandés par des adjudants. Il y avait trois pelotons par compagnie, avec 30 à 40 hommes par peloton. Ça changeait en fonction des circonstances. En dehors du commandant du camp, de moi-même, du secrétaire et de la compagnie SS, il n'y avait personne là-bas. Un deuxième secrétaire est arrivé plus tard. Il y avait 40 ou 50 SS, qui n'appartenaient pas à la compagnie de garde, qui remplissaient des tâches administratives, pour s'occuper des cuisines, des baraquements, etc.

Je ne sais pas quel était le nombre des prisonniers dans ce camp. Ce pouvait être entre 3 et 4000 mais je ne le garantis pas. L'Untersturmführer Meyer dirigeait l'administration. Je n'arrive pas à me souvenir de son prénom car je me suis toujours tenu à l'écart des autres. La raison en était que j'avais ma famille avec moi. Il y avait là un docteur et je crois que son nom était Potau. Il venait de Haute Silésie. Il est mort par la suite mais je ne me souviens pas très bien de ça. Il y avait un autre Untersturmführer, du nom de Meier (ou Meyer) qui s'occupait des prisonniers. Je crois que son prénom était Franz. Le commandant donnait les ordres aux officiers SS qui commandaient la garde. Ses ordres venaient de l'échelon supérieur SS. Cette formation était le Wirtschaftsverwaltungshauptamt SS (bureau principal de l'administration économique), Amtsgruppe D, Berlin, Oranienburg.

Nous étions prévenus de l'arrivée de prisonniers par la Gestapo de Katowice. Dans certains cas, les prisonniers étaient amenés par des policiers ordinaires qui apportaient aussi les dossiers des détenus. Ils arrivaient par fournées. Ils arrivaient en train à la gare d'Auschwitz et on allait les chercher en voiture. Les prisonniers étaient tous des hommes. il n'y avait pas d'interrogatoire par la Gestapo dans le camp. Tous les interrogatoires avaient eu lieu avant l'arrivée au camp. Il y avait un représentant de la police dans l'administration du camp pour s'occuper des criminels contre qui des procédures avaient été ouvertes avant. Je ne peux pas me souvenir de son nom. Il n'est resté qu'un bout de temps et un autre l'a remplacé. Quand les prisonniers arrivaient, il y en avaient en bonne santé et d'autres non, mais aucun ne montrait de signes de mauvais traitements ou de malnutrition. Je pense que pendant le temps où j'étais là, il n'y avait pas de cachot, mais, comme je l'ai dit, le camp n'en était qu'à ses débuts. Les règles qui s'appliquaient aux prisonniers politiques allemands et aux prisonniers allemands s'appliquèrent aux Polonais et ensuite aux Russes. Il n'y avait pas de différence. L'un des bâtiments en pierre a été transformé en hôpital. Ce bâtiment en pierre n'était pas différent des autres. A côté du docteur que j'ai mentionné, il y avait un docteur pris dans les détenus, parmi lesquels il y avait beaucoup de docteurs et d'étudiants en médecine. Il n'était pas dans mes fonctions de donner des ordres à l'équipe médicale car les docteurs dépendaient directement du commandant. Le taux de mortalité était d'à peu près un pour cent, en été, ou peut-être un et demi pour cent, c'était une moyenne hebdomadaire. C'étaient des décès naturels et ils dépendaient de ce qui n'allait pas quand les gens sont arrivés. Le docteur du camp a fait des rapport; en tant qu'adjoint je les voyais. Je recevais en moyenne une trentaine de rapport comme ça par semaine. Les prisonniers qui étaient morts étaient brûlés. Il y avait des prisonniers qui travaillaient au crématoire sous les ordres des gardiens. Les cendres étaient envoyées à la famille si elle le demandait.

Il y avait très peu d'élargissements du camp pendant que j'y étais. Ils n'étaient autorisés que par la Gestapo de Berlin, pour les prisonniers politiques; ou par la police pour les criminels ordinaires. L'organisation de la Gestapo qui s'occupait du camp était le quartier général départemental de la Gestapo à Katowice. Est-ce qu'il y avait un autre quartier général entre Katowice et celui de Berlin, je n'en sais rien. Les gens de la Gestapo étaient soit en civil soit en uniforme sans marques distinctives. Quelques uns portaient un insigne du SD [service de sécurité]. Le SD et la Gestapo étaient deux choses différentes. Mes ordres venaient de la SS. Pareil pour le commandant du camp. Mais la Gestapo s'occupait des prisonniers politiques à l'intérieur du camp. Tout châtiment corporel devait être autorisé par Berlin. Les autorités du camp ne pouvaient ordonner de châtiment corporel. Au début, les châtiments coporels étaient infligés par les gardiens, mais ensuite ça a été interdit par Berlin et les prisonniers ont dû infliger les châtiments eux-mêmes. Je ne sais pas pourquoi cet ordre est venu de Berlin. Il était signé du Gruppenführer Glücks et il est arrivé d'Oranienburg, Berlin.

Dachau. Entre le 15 et le 20 novembre 1940, je suis retourné à Dachau. Jusqu'alors j'ai toujours été employé dans les bureaux, d'abord comme secrétaire, ensuite comme adjoint et maintenant je devais me familiariser avec le travail qui était en rapport direct avec les prisonniers. Je devais être formé pour devenir Lagerführer [chef de camp]. Mon transfert a été autorisé par l'organisation centrale SS à Berlin. Quand je suis arrivé à Dachau, le camp était en parfait ordre de marche et consistait en 30 à 32 bâtiments en bois, tout compris, pour héberger les prisonniers et l'hôpital, etc. Dans chaque baraque, il y avait de 300 à 450 hommes. Le nombre total de prisonniers se situait entre 13 et 14.000 hommes. Il y avait trois compagnies de SS, de 120 à 150 hommes chacune, pour les garder. Les officiers des compagnies de garde n'étaient pas de SS professionnels. C'étaient des gens qui travaillaient dans leur profession, qui avaient été appelés, incorporés dans l'armée et détachés à la SS. La SS les avait alors assignés à leurs postes, c'est-à-dire dans les camps de concentration; ils n'avaient pas demandé ces postes-là. Ils recevaient leurs ordres du commandant qui, à son tour, les recevait de Berlin, Oranienburg. Le nom du commandant était l'Obersturmführer SS Piorkowski. Le gradé immédiatement inférieur était le Lagerführer, le Hauptsturmführer Eill. Je ne me souviens pas de son prénom. il y avait un officier qui dirigeait l'administration, le Hauptsturmführer Wagner. Ensuite, il y avait trois commandants de compagnie dont les noms m'échappent.

Les prisonniers étaient tous des hommes et consistaient comme auparavant en criminels et en prisonniers politiques, avec un nouveau type, à savoir les Polonais et les Russes qui avaient été faits prisonniers de guerre et qui avaient été assignés à certains travaux, par exemple dans les fermes, et qui avaient commis des délits mineurs, comme chercher à s'échapper ou refuser de travailler, et qui avaient en conséquence été envoyés dans les camps de concentration. Ces prisonniers de guerre avaient été internés parce qu'ils avaient commis ces délits. A cette époque-là il n'y avait que des prisonniers venant du front de l'Est, c'est-à-dire des Polonais et des Russes. On me dit que la guerre avec la Russie n'a éclaté qu'en juin 1941, alors que je suis parti en avril 1941. Si c'est ainsi, j'ai dû mélanger avec Auschwitz. Je n'étais là-bas que comme une sorte de stagiaire et je n'avais pas grand chose à voir avec l'organisation de l'endroit. Je ne me souviens pas de tentatives d'évasion. Je ne me souviens pas non plus du taux de mortalité parce que cela n'avait rien à faire avec moi, mais je sais que c'était un très bon camp.

Il y avait une fabrique de meubles et les prisonniers y travaillaient comme charpentiers et menuisiers, et aussi comme tailleurs et cordonniers. Les prisonniers n'avaient l'autorisation de sortir du camp que dans des cas exceptionnels, comme le maraîchage. On recevait quarante à cinquante nouveaux par semaine pendant que j'étais là. Il y avait peu de transferts et très peu d'élargissements. Les prisonniers venaient de la Gestapo de Munich. Si c'étaient des criminels, ils venaient de la police, celle de Munich. Ils avaient des groupes qui venaient visiter le camp sous la houlette de l'administration deux à trois fois par semaine. Ces groupes étaient formés surtout d'hôtes étrangers éminents, des hommes d'Etat et des politiciens de pays alliés à l'Allemagne. Aucun haut dignitaire allemand n'a jamais visité le camp.

Natzweiler, Avril 1941 au 10 ou 15 mai 1944. J'ai été nommé Lagerführer à Natzweiler et promu commandant du camp en octobre 1942. J'ai été promu au rang de Hauptsturmfürer avant d'être nommé commandant. Quand je suis arrivé au camp, le commandant était le Sturmbannführer Hüttig. L'officier qui dirigeait l'administration était l'Obersturmführer Faschingbauer. Le médecin était l'Obersturmführer Eiserle. Le commandant de la compagnie des gardes était l'Obersturmführer Peter. Le personnel administratif se composait de 20 personnes au début et de 70 à 75 à la fin. C'est un très petit camp. Il n'y avait pas de prisonnier quand je suis arrivé car le camp venait d'être construit. Quand je suis parti en mai 1944, il y avait 2500 à 3000 prisonniers, répartis dans les trois catégories habituelles: politiques, anti-sociaux, criminels et, plus tard, des prisonniers de guerre polonais et russes qui avaient commis des délits mineurs, avaient tenté de s'enfuir ou avaient refusé de travailler. Il y avait aussi quelques centaines de prisonniers venant du Luxembourg. Je ne peux pas dire avec certitude s'il y avait des prisonniers français ou non. Les prisonniers arrivaient avec des papiers et leur nationalité était marquée sur ces papiers, mais je ne me souviens pas des détails car je ne m'occupais pas des papiers moi-même. Ces gens là ne venaient pas directement au camp; ils provenaient tous d'autres camps de concentration. Je ne peux donc pas dire pourquoi ils étaient là, mais pour autant que je le sache, ils appartenaient aux trois types que j'ai décrits auparavant.

Je ne me souviens pas qu'aucun prisonnier ait été fourni pour les expériences d'un médecin à Strasbourg. Je ne me souviens pas du professeur Pickard de Strasbourg. Il est tout à fait impossible que des expériences sur n'importe quel genre de prisonnier aient été pratiquées sans que je le sache car dans mes deux postes de Lagerführer et ensuite de commandant du camp, je l'aurais su. L'Obergruppenführer Glücks, du ministère à Berlin, est venu inspecter le camp deux fois dans les débuts, une fois en été 1941 et une fois au printemps 1942. La visite du Gruppenführer Pohl a eu lieu à la fin d'avril ou au début mai 1944. La seule chose que Glücks a demandé était combien il y avait de prisonniers politiques, combien d'anti-sociaux. Il n'a pas demandé quelle était leur nationalité. Je n'ai pas connaissance de prisonniers britannique ayant été détenu là. Je n'ai jamais vu de document indiquant qu'un prisonnier du camp aurait eu la nationalité britannique.

Il y avait 15 baraquements en bois dans le camp et jusqu'à 250 prisonniers dans chaque. Le camp était en haut d'une colline et mon bureau était en limite du camp. Je vivais dans le village, en bas de la colline, avec ma famille. Les officiers étaient tous mariés et vivaient avec leur famille dans le village. Il y a un changement de personnel dont je me souviens: l'Obersturmführer Peter, qui commandait la compagnie des gardes a été déplacé et remplacé par un Obersturmführer nommé Meier. Je ne connais aucun des Rottenführer qui étaient là. Il y avait un crématoire au camp. Le taux de mortalité dépendait de la saison. Il y avait de 7 à 8 décès par semaine dans la bonne saison et de 15 à 18 en mauvaise saison. Ils mouraient tous de mort naturelle. On suivait la même procédure que dans les autres camps décrits ici pour informer les familles et les autorités qui les avaient envoyés au camp.

Il n'y avait qu'un officier de santé dans l'équipe, (l'Obersturmführer Eiserle) et quatre ou cinq garçons de salle (allemands). Des docteurs et des étudiants en médecins pris parmi les détenus assistaient l'officier de santé. Beaucoup de personnes de plus de 50 ans mouraient de causes naturelles, comme des maladies de coeur. Comparé à d'autres camps, le taux de mortalité de celui-ci était très bas. J'allais souvent dans la salle d'opération et le docteur m'expliquait ce qu'il y avait là, les appareils médicaux qu'il avait là, mais comme c'était en latin je ne comprenais pas très bien à quoi ça servait. Il ne s'est jamais plaint de manquer de fournitures médicales. Il y avait deux baraquements réservés pour l'hôpital, un pour les gens qui étaient encore faibles et un autre pour l'hôpital à proprement parler. Il y avait de 60 à 75 lits dans le vrai hôpital. Le chirurugien pouvait faire de petites opérations mais pas des grandes. Pour ça, on envoyait les gens à Strasbourg. On signait un document quand la personne y partait et on le contresignait quand elle revenait; le taux de mortalité était écrit dans les registres du camp.

Il y a eu de 20 à 25 tentatives d'évasions pendant que j'étais là, et dix prisonniers qui tentaient de s'enfuir ont été abattus. Huit ou neuf ont été capturés et ramenés et les autres sont partis. Les huit ou neuf qui ont été rattrapés ont reçu de 14 à 21 jours de cachot, en fonction de leur âge et de leur condition physique. Dans quatre ou cinq cas sur vingt, ils ont été ou fouettés ou battus. Le coupable recevait 10 ou 15 coups de fouet dans chaque cas. Sous la supervision du Lagenführer et du docteur du camp. Quand j'étais Lagerführer, je supervisais moi-même. En général, quand on appliquait des châtiments corporels, le nombre de coups de fouet évoluait entre 5 et 25. Le nombre était fixé par l'ordre qui arrivait de Berlin. Le maximum était de 25. Le docteur devait être présent au moment du châtiment. Je ne me souviens pas de cas où le prisonnier aurait été incapable de supporter sa punition et se serait évanoui. Si un cas comme ça s'était produit, ç'aurait été au docteur d'intervenir et c'est pour ça qu'il était là. On employait des bâtons de bois ordinaires d'environ un mètre de long et épais comme mon pouce. Ces bâtons étaient d'un bois solide, comme on en trouve dans les bois autour du camp. Le châtiment était administré par un autre détenu qu'on tirait au sort et ça se passait de la manière suivante: on faisait allonger le prisonnier sur une table et les coups lui étaient infligés sur le derrière, mais on ne lui enlevait pas les vêtements. Je n'ai jamais eu de difficultés avec les prisonniers qui devaient administrer le châtiment. Ils recevaient un ordre et ils l'exécutaient. S'ils avaient refusé d'exécuter l'ordre, je n'aurais pas pu les punir de ce refus. L'ordre de Berlin disait que tant de coups devaient être donnés par un autre prisonnier mais l'ordre ne disait pas ce qu'il fallait faire si un prisonnier refusait de battre un de ses camarades.

Il n'y avait pas de règle fixe disant pour quelles fautes un châtiment corporel devait être appliqué. C'était au commandant de demander à Berlin l'autorisation d'appliquer un tel châtiment. La demande à Berlin devait dire quel genre de délit le prisonnier avait commis et quelles punitions il avait reçues pour des délits antérieurs. La lettre devait être signée du commandant. Le genre de délit pour lequel je demandais à Berlin l'autorisation d'appliquer un châtiment corporel était: « Ce prisonnier a déjà volé trois ou quatre fois la nourriture d'autres prisonniers », ou malpropreté, ou désobéissance ou agression d'un gardien. La première chose qui arrivait quand quelqu'un s'évadait et était ramené au camp était que la police judiciaire faisait une enquête pour savoir s'il avait commis des crimes pendant sa fuite. Il était ensuite amené devant le commandant et, sans procès, le commandant donnait l'ordre de punir. Chaque homme qui cherchait à s'évader était signalé à Berlin et de même, quand il était repris, il fallait le signaler. Le commandant pouvait lui infliger 21 jours de cachot sans avoir à en référer, mais il ne pouvait infliger un châtiment corporel qu'avec l'accord de Berlin. Chaque membre de la garde avait un fusil et il y avait des mitrailleuses sur les miradors. Les fouets et les bâtons étaient interdits. Les gardes n'avaient que leur fusil.

Quand les prisonniers arrivaient en groupe, on mettait le groupe dans un même baraquement. Le cas échéant, on les classait en trois groupes: politiques, anti-sociaux et criminels, mais jamais selon la nationalité. Il n'y avait pas de règlement précis sur ce point mais c'est une habitude qui s'est installée. Ces trois catégories n'étaient regroupées que pour le logement. Ils travaillaient ensemble, mangeaient ensemble et pouvaient se parler. Au début, les prisonniers ne travaillaient qu'à l'intérieur du camp. Ensuite, on a ouvert une carrière à côté. On avait aussi un atelier pour démonter les moteurs d'avion et récupérer les pièces qui pouvaient encore servir. Quinze à vingt prisonniers ont été relâchés pendant que j'étais là. Les ordres de relaxe venaient de Berlin. Je ne sais pas pourquoi. C'étaient tous des prisonniers politiques de nationalité allemande.

Le camp était entouré de fils de fer barbelés de trois mètres de haut. Il y avait des miradors à chaque coin du camp avec des mitrailleuses. Il y avait une rangé de barbelés où les gardes patrouillaient et une autre rangée de barbelés. Au début les fils n'étaient pas électrifiés parce qu'on n'avait pas de courant, mais par la suite, quand on a eu du courant, ça a été fait, printemps 1943. J'étais commandant à ce moment-là. Deux mois avant que je quitte, huit ou neuf chiens sont arrivés, ils étaient là pour aider les gardiens. On les utilisait surtout à la carrière pour empêcher les prisonniers de s'évader. Les gardiens les surveillaient. Je me souviens de deux cas de prisonniers essayant de s'échapper de la carrière, mais je ne me souviens pas si on leur a tiré dessus. Pendant tout mon séjour il n'y a eu que deux cas où l'on a tiré à la carrière.Les huit autres prisonniers qui ont tenté de s'évader, comme je l'ai déjà dit, ont tenté de s'évader du camp lui-même et non pas de la carrière.

La seule pendaison qui ait eu lieu s'est passée à l'été 1943 et sur ordre de Berlin. Deux agents de la Gestapo ont amené un prisonnier au camp et m'ont montré un ordre, signé par quelqu'un à Berlin, disant que cet homme devait être amené dans mon camp et pendu là. Je ne me souviens pas de qui avait signé cet ordre. J'ai alors désigné deux prisonniers pour remplir cet ordre. On a construit un échafaud dans le camp et l'exécution a eu lieu en ma présence. Les personnes présentes étaient: le docteur du camp (Obersturmführer Eiserle), qui a certifié que la cause de la mort était la pendaison, les deux agents de la Gestapo qui avaient amené le prisonnier, les deux prisonniers qui ont exécuté la sentence et moi-même. Je ne me souviens pas du nom du prisonnier; je crois qu'il était de nationalité russe. Je ne peux pas me rappeler son nom parce qu'il n'a jamais figuré sur mes registres. On l'a amené juste pour le pendre. Il est tout à fait impossible que d'autres exécutions aient eu lieu pendant que j'étais commandant. Les autres prisonniers n'ont pas été alignés pour assister à l'exécution. Il n'y a eu aucune exécution par fusillade ou aucune autre exécution dans le camp sur ordre de Berlin. Je n'ai jamais entendu parler de cellules spéciales, étroites, ou des hommes auraient été pendus par les bras. Il n'y avait pas de bâtiment particulier pour les prisonniers qui étaient aux arrêts et pas de cachot. Il est tout-à-fait impossible qu'on ait exécuté des hommes en les pendant par les bras sans que je le sache. La seule prison qu'on avait était un baraquement séparé des autres par des barbelés et c'est celui qu'on utilisait pour ceux qui avaient manqué à la discipline du camp.

Tous les prisonniers étaient des hommes. Je n'ai jamais entendu parler d'un prisonnier nommé Fritz Knoll. Ce n'était pas un chef d'équipe mais ça aurait pu être un prisonnier. Je ne me souviens pas de son nom. Si quelqu'un était mort pendant le travail, on aurait fait un rapport au bureau et j'aurais vu ce rapport, mais je ne me souviens pas d'une chose pareille. Le cas d'un prisonnier mort au travail ou de toute autre cause faisait l'objet d'un rapport envoyé au bureau par la police judiciaire qui parvenait ensuite au commandant. Le commandement et le contrôle que j'exerçais sur tout ce qui se passait au camp de Natzweiler étaient si complets, et l'administration recevait des ordres si précis que l'exécution d'un prisonnier sans que je le sache durant le temps où je commandais est une impossibilité totale.

Seuls les SS avaient le droit d'inspecter les camps et personne d'autre. Ceci concernait les officiers de l'armée à qui il était interdit d'entrer dans un camp de concentration. Pour y entrer il fallait une autorisation du général commandant la SS à Berlin. Le personnel du service de sécurité (SD) n'était pas non plus autorisé à entrer sans la permission de Berlin. A part le Gruppenführer Glücks, qui venait du ministère à Berlin, et l'Obergruppenführer Pohl, personne n'est venu visiter le camp pendant les deux ans où je le commandais. A part ces visites, je n'avais personne à qui rendre compte, sinon à Berlin sur le papier. Je ne me souviens de rien de particulier sur la visite de l'Obergruppenführer Pohl, au début mai 1944. Il est venu visiter le camp et il a bien regardé partout.

A l'époque où j'étais Lagerführer, j'ai reçu la Kriegsverdienstkreuz [croix du service en temps de guerre] (de deuxième classe) au printemps 1943. Sans raison particulière. C'était surtout pour avoir été Lagenführer pendant deux ans dans ce camp. J'ai été proposé pour cette décoration par le commandant. J'ai aussi reçu la Kriegsverdienstkreuz (de première classe) en janvier 1945. Pendant tout le temps où j'étais à Natzweiler j'étais responsable du camp. Quand je suis parti, je l'ai laissé à mon successeur, le Sturmbannführer Hartjenstein. Le transfert des compétences s'est passé dans mon bureau et je lui ai transmis tout le camp. Les registres n'ont pas été transmis formellement, on n'en a pas parlé.

 

Auschwitz, 10 au 15 mai 1944 jusqu'au 29 novembre 1944. Auschwitz était un camp énorme auquel appartenait beaucoup de petits camps de la région. Comme la responsabilité de tout le camp était trop pour un seul homme, elle était partagée et j'ai reçu la responsabilité d'une partie du camp. J'étais commandant de cette partie-là mais comme j'étais subordonné du commandant suprême du camp, qui était mon supérieur hiérarchique, mes fonctions étaient plutôt celle d'un Lagerführer mais mon titre était celui de commandant. Dans la partie qui m'était confiée il y avait l'hôpital et le camp agricole, qui était un énorme camp avec plusieurs milliers d'hectares. Le nombre de prisonniers que j'avais en charge oscillait entree 15-16.000 et 35-40.000, hommes et femmes.

Il y avait entre 350 et 500 morts par semaine. Le taux de mortalité était plus fort chez les hommes parce que beaucoup de ceux qui arrivaient des campps de travail étaient malades. Quand je parle du taux de mortalité à Auschwitz, je veux dire que les gens mouraient de mort naturelle, soit de maladie soit de vieillesse. Le taux de mortalité était un peu au dessus de la normale parce que j'avais un camp où arrivaient d'autres parties du camp des gens qui étaient malades. La seule cause que je voie à des taux de mortalité un peu plus élevés, non seulement à Auschwitz mais dans tous les camps de concentration par rapport aux prisons civiles, c'est que les gens doivent travailler alors que dans les prisons civiles ils ne travaillent pas.

A Auschwitz, les prisonniers partaient au travail à 5 heures du matin l'été et rentraient à 8 h le soir, parfois plus tard. Ils travaillaient sept jours par semaine mais le dimanche il rentraient à 1 h, ou 2 h ou 3 h de l'après-midi. C'était un travail de nature agricole et tous les travaux étaient faits par des prisonniers. Le camp tout entier contenait entre 90 et 100.000 personnes mais ce n'est qu'une estimation. Mon supérieur, commandant de tout le camp, était l'Obersturmbannführer Höss. Dans le camp, il y avait des hommes, des femmes et des enfants. La majorité des prisonniers qui relevaient de mon contrôle étaient des gens de l'Est, surtout des Polonais et des Russes. Je n'ai pas de raison de penser qu'il y avait des prisonniers de guerre parmi eux, bien qu'il y ait pu en avoir sans que je le sache. Pour autant que je m'en souvienne, il n'y avait pas de prisonniers britanniques. Je pense que les prisonniers britanniques se trouvaient dans le camp de Sachsenhausen et dans un autre camp près de Hambourg qui s'appelait Neuengamme. Il est possible qu'il y ait eu des Français dans mon camp mais je ne peux pas le dire avec certitude. Dans les prisonniers, il y avait plus de femmes que d'hommes.

J'avais trois compagnies de SS pour garder le camp. Certains gardiens appartenaient aux Waffen SS et il y avait des femmes employées par la SS comme gardiennes; il y avait environ 420 gardiens SS hommes et autour de 40 à 50 femmes. Les hommes et les femmes qui travaillaient en dehors du camp, dans les champs, étaient toujours surveillés par des hommes. Les gardiennes n'officaient que dans le camp. Pour tout le camp il y avait entre 10 et 14 docteurs, dont deux étaient détachés dans ma partie du camp. Il y avait un hôpital dans chaque partie du camp mais le mien était le plus gros. Je ne pourrais pas dire exactement combien il y avait de lits dans l'hôpital; ça dépendait de la façon de rapprocher les lits.

Les prisonniers logeaient dans des baraquementds en bois avec des lits superposés sur trois étages. Les hommes étaient séparés des femmes et les enfants se trouvaient avec leur mère. Les couples étaient séparés. Il y avait, tout compris, 150 baraquements, camp des hommes et camp des femmes inclus; 80 ou 90 étaient pour les hommes et environ 60 pour les femmes; 25 à 30 baraquements étaient réservés pour les hôpitaux. Le camp en était encore à ses début et il était prévu de l'agrandir considérablement.

Tous les prisonniers qui mouraient étaient incinérés. Il n'y avait pas de service religieux quand ils mouraient. Ils étaient juste brûlés. Les crémations étaient faites par des prisonniers. Tout ce que j'avais à faire en cas de décès était de prévenir l'Obersturmbannführer Höss et il s'en occupait. Je n'avais pas d'administration à Auschwitz. On ne connaissait les prisonniers que par leur numéro matricule. Je n'avais pas à m'occuper des punitions, c'était Höss qui s'en chargeait. Quand je suis arrivé à Auschwitz, il n'y avait pas de châtiment corporel pour les femmes, mais j'ai entendu dire, et on en parlait partout dans le camp, qu'il y avait eu auparavant des châtiments corporels pour les femmes et qu'ils étaient maintenant abolis. La seule façon dont j'ai appris que ces châtiments n'étaient pas autorisés étaient les conversations que je viens de mentionner. Je ne me souviens pas avec qui j'ai eu ces conversations. S'il était arrivé qu'une femme commette un crime pour lequel un homme aurait été battu, j'aurais dû dire aux gardiennes qu'on ne pouvait pas administrer un châtiment corporel à une femme. La seule autorité sur laquelle je me serais appuyé aurait été cette conversation que j'ai eue peu de temps après mon arrivée. Même si la châtiment corporel pour les femmes avait été en vigueur, je ne l'aurais jamais mis en pratique, tant une telle chose me paraît inconcevable. La punition pour les femmes qui avaient commis des crimes pour lesquels des hommes auraient été battus était le transfert dans un autre commando de travail où elle avaient un travail plus dur, ou des horaires plus longs.

Quand Berlin demandait de la main d'oeuvre, les prisonniers devaient défiler devant le docteur. J'étais souvent présent à ces défilés, mais pas toujours. L'examen se passait en faisant défiler les prisonniers devant le docteur, sans se déshabiller. Alors on décidait si un homme ou une femme était bon ou bonne pour le travail. Mais si quelqu'un devait être examiné pour savoir s'il pouvait recevoir un châtiment corporel, il avait droit à un véritable examen médical. La raison pour laquelle on ne pouvait pas procéder à un véritable examen médical quand il s'agissait d'envoyer les gens au travail tenait à ce que la demande de main d'oeuvre portait sur des milliers de personnes et que le docteur y aurait passé des semaines.Cette méthode pour sélectionner les gens pour le travail était une méthode normale, appliquée dans tous les camps de concentration. Elle n'avait rien d'inhabituel.

Il y a eu cinq ou six cas de gens qui ont essayé de s'évader pendant que j'étais là. C'étaient des tentatives séparées. Certains prisonniers ont réussi. Aucun prisonnier n'a été battu lors d'une tentive de fuite dans ma partie du camp. Aucun prisonner n'a reçu le fouet; il n'y a eu ni exécution, ni fusillade, ni pendaison dans ma partie du camp. Je faisais des inspections fréquentes. Seul le docteur était habilité à certifier la cause du décès quand un prisonnier mourait. Les docteurs changeaient continuellement. L'un de ces docteurs était le Hauptsturmführer Mengele. J'ai inspecté, pendant que je circulais dans le camp en tant que commandant, les corps de gens qui sont morts de mort naturelle. Ceux qui mouraient pendant la journée étaient mis dans un bâtiment spécial qu'on appelait la morgue, et on les emmenait le soir au crématoire en camion. Ils étaient chargés et déchargés du camion par des prisonniers. Des prisonniers leur enlevaient leurs vêtements au crématoire avant de les incinérer. Les vêtements étaient nettoyés et redistribués là où les gens n'étaient pas morts de maladies infectieuses. Au cours de mes inspections, je n'ai jamais vu quelqu'un qui serait mort à cause de violences physiques. Quand un prisonnier mourait, un docteur devait certifier l'heure du décès, la cause du décès et le détail de la maladie. Le docteur signait un certificat et l'envoyait à l'administration centrale du camp. Ces certificats ne passaient pas par mes mains. Les deux docteurs travaillaient tous les jours de huit heures du matin à huit ou neuf heures le soir. Ils faisaient tous les efforts possibles pour conserver les prisonniers en vie. On utilisait des médicaments et des fortifiants. Deux docteurs différents prenaient ma partie du camp en charge chaque jour. Je me souviens très bien de l'un d'eux parce qu'il est celui qui est resté le plus longtemps dans ma partie du camp et qu'il était déjà là sous mon prédécesseur, Hartjenstein. Je ne sais pas combien de temps il est resté là. Son nom était Hauptsturmführer Mengele, comme je l'ai déjà dit.

Les barbelés étaient électrifiés et on n'utilisait les chiens qu'en dehors de l'enceinte pour garder les prisonniers assignés à des tâches agricoles. Je n'ai jamais vu de rapport disant que des prisonniers auraient été mordus par des chiens. Aucun interrogatoire n'était pratiqué en dehors du camp et je n'ai pratiqué aucun interrogatoire du tout pendant que j'étais commandant. Il m'est arrivé d'envoyer des gens pour être interrogés par la police judiciaire, et dans ce cas-là elles allaient à l'administration centrale et on les ramenait après l'interrogatoire. Je ne sais pas qui le pratiquait.

J'ai entendu parler des allégations d'anciens prisonniers d'Auschwitz qui disent qu'il y avait là-bas des chambres à gaz, des exécutions de masse, des séances de fouet, la cruauté des gardiens, et tout cela en ma présence ou avec mon aval. Tout ce que je peux dire à ce sujet et que c'est faux du début à la fin.

Belsen, 1er décembre 1944 jusqu'au 15 avril 1945. Le 29 novembre 1944, j'ai été à Oranienburg, Berlin, pour me présenter au Gruppenführer Glücks. Il était le chef de l'Amstgruppe D [Groupe d'administrations], ce qui signifie qu'il était l'officier responsable de l'organisation de tous les camps dans le Reich. Il était subordonné à l'Obergruppenführer Pohl qui était chef de la Wirtschaftsverwaltungshauptamtes de la SS (le bureau central de l'administration des SS au ministère): l'équivalent d'un général dans l'armée. Il m'a dit: « Kramer, vous allez comme commandant à Belsen. Là-bas, il y a un tas de prisonniers juifs qu'on va tâcher d'échanger. » C'est plus tard, quand j'étais à Belsen que j'ai appris qu'on échangeait ces prisonniers juifs contre des Allemands qui se trouvaient à l'étranger. Le premier échange a eu lieu entre le 5 et le 15 décembre 1944 sous la direction et la supervision personnelle d'un fonctionnaire venu tout exprès de Berlin. Je ne me souviens pas de son nom. Son grade était Regierungsrat [conseiller du gouvernement]. Le premier convoi comprenait de 1300 à 1400 prisonniers. Glücks m'avait dit à Berlin: « L'intention est de transformer Belsen en camp pour les prisonniers malades. Ce camp va recevoir tous les prisonniers et les détenus malades de tous les camps de concentration d'Allemagne du Nord et du Nord-Ouest, et aussi tous ceux qui sont malades parmi les prisonniers qui travaillent dans des firmes et des usines ». Il parlait des Arbeitseinsatzstellen, qui désignait les prisonniers qui avaient été assignés dans des fermes ou des usines, des mines de charbon ou des carrières, et pour lesquels des camps particuliers avaient été installés sur place. Les entreprises avaient la responsabilité entière de les nourrir et de les loger. La responsabilité administrative relevait du camp de concentration qui avait détaché ces gens. Il a dit: « Il y a un nombre considérable de prisonniers qui travaillent dans des firmes industrielles et qui sont malades et physiquement incapable de faire le travail auquel ils ont été assignés. Tous ces prisonniers seront regroupés dans le camp de Belsen. Ils sont un fardeau inutile pour les entreprises concernées et ils doivent donc être transférés. Quels prisonniers et combien Belsen devra accueillir en fin de compte, je ne peux pas le dire pour le moment parce que ça devra se déterminer au fur et à mesure. La règle générale est que tout prisonnier qui est absent de son travail pour plus de 10 à 14 jours sera transféré à Belsen. Si et quand ces prisonniers se rétablissent à Belsen, ou ils rejoindront de nouvelles équipes de travail ou ils retourneront à leur ancien poste, selon ce qui sera le plus utile. Vous voyez que ce qui vous attend est une très grande tâche. Je vous suggère d'aller à Belsen maintenant pour jeter un coup d'oeil sur le camp, voir comment ça se passe. Si vous avez besoin d'aide, vous pouvez revenir à Berlin ou écrire. »

Sur ces mots, notre conversation officielle prit fin. Glücks m'a alors demandé des nouvelles de ma femme et de mes enfants et je me suis enquis de la santé de sa famille. Je lui ai aussi demandé s'il était possible, quand je prendrai la direction de Belsen, de faire venir ma famille. Il m'a dit d'aller à Belsen et de voir. Si je trouvais une maison convenable, je n'aurais qu'à lui écrire et il autoriserait le déplacement de ma famille. Cette conversation a eu lieu entre le Gruppenführer Glücks et moi-même et personne d'autre n'était présent. C'étaient les seules intructions que j'ai reçues et je n'en ai pas demandé d'autres. Je n'ai pas pensé qu'il m'en fallait d'autres et j'étais assez content des ordres que j'avais reçus.

Après l'entretien ave Glücks, j'ai parlé avec trois officiers que je connaissais personnellement. C'étaient le Standartenführer Maurer (il était responsable de la distribution des prisonniers dans les camps et dans les lieux de travail), de l'Hauptsturmführer Sommer (il travaillait dans le service de Maurer) et du Sturmbannführer Burger (c'était l'homme qui supervisait l'administration des différents camps de concentration). Je n'ai pas eu avec eux de conversations de nature professionnelle. C'étaient des amis à moi et j'ai fait comme à la maison, je suis allé dans leurs bureaux pour dire bonjour. Le docteur en chef était le Standartenführer Dr. Lolling. Il était l'officier de santé responsable de tous les camps de concentration. Je ne me souviens pas des noms des autres gens mais je me souviens de ces quatre noms parce que, soit ils sont venus visiter les camps, soit j'ai vu leurs noms sur des lettres venant du ministère.

Je suis donc allé à Belsen où j'ai été reçu par l'Obersturmführer Schaaf. C'était l'officier qui dirigeait l'administration. Le lendemain matin, j'ai été au bureau et j'ai rencontre le Sturmbannführer Haas, le commandant qui savait que j'arrivais de Berlin pour prendre la direction de Belsen. Je lui ai demandé combien il y avait de prisonniers dans le camp et il m'a dit: « En gros 15.000 ». Il dit que ça ne servait pas à grand chose de parler dans le bureau et il a suggéré de faire le tour du camp. Pendant ce tour, il m'a montré les changements et les améliorations qu'il comptait encore faire. Le camp avait à peu près un kilomètre et demi de long et 300 à 350 mètres de large. Il y avait à peu près 60 baraquements, y compris ceux des gardiens et des magasins; 40 à 45 servaient à loger les prisonniers. Il y avait des hommes, des femmes et des enfants; les familles étaient autorisées à vivre ensemble; sinon les hommes étaient séparés des femmes. Six bâtiments dans le camp des hommes, trois dans le camp des familles et deux dans le camp des femmes servaient d'hôpitaux. Le camp avait un crématoire.

Je ne sais pas à quelle nationalité appartenaient les prisonniers quand je suis arrivé, parce qu'il n'y avait pas de dossiers, ni de papiers d'aucune sorte dans le camp. Il m'était impossible de savoir quel genre de prisonniers il y avait puisqu'ils avaient été envoyés à Belsen parce qu'ils étaient malades et qu'ils provenaient de tous les camps de concentration du pays. Beaucoup d'entre eux avaient perdu leurs marques d'identification et comme il n'y avait pas de registres il était absolument impossible de dire qui était qui. J'ai commencé à tenir mes propres registres de prisonniers mais il ont été détruits sur un ordre venu de Berlin vers la fin de mars. Je ne me souviens plus de qui a signé cet ordre.

Le personnel consistait en une compagnie de garde SS. Le commandant de la compagnie était le Hauptscharführer Meyer. Il venait de quelque part près de Hanovre. Il était de taille moyenne, dans les 1 m 70; il portait des lunettes, n'avait presque plus de cheveux et avait à peu près 50 ans. Ensuite, il y avait le Hauptsturmführer Vogler. C'était l'officier responsable de l'administration qui succédait à Schaaf, que j'ai mentionné auparavant comme celui qui s'occupait de l'administration quand je suis arrivé. L'officier de la police judiciaire était l'Untersturmführer Frericks. Le Lagerführer (l'Obersturmführer Stresse) a été transféré quelques jours après mon arrivée, j'ai été presque deux mois sans Lagerführer et j'ai dû faire le travail moi-même avec seulement un sous-officier comme assistant, qui avait la fonction de Rapportführer; c'était l'Oberscharführer Reddhaser. L'officier de santé était le Sturmbannführer Schnabel. Un Hauptscharführer faisait fonction de dentiste. il a été promu ensuite Untersturmführer. Son nom était Linsmeier. Il n'y avait pas d'autres officiers et je n'avais pas d'adjoint. Il y avait 60 à 70 sous-officiers, dont 20 à 25 étaient dans la compagnie de gardes SS et les autres occupés à des tâches administratives. L'un des sous-officiers était celui qui était le secrétaire de l'officier en charge de l'administration. C'était l'Unterscharführer Kuckertz. Il y avait un autre sous-officier plus ancien dans mon bureau. C'était l'Unterscharführer Rang. Il faisait fonction d'Untersturmführer et d'adjoint. Je me souviens aussi d'autres sous-officier, l'Oberscharführer Hilmer (administration), l'Unterscharführer Lademacher (également dans l'administration), l'Unterscharführer Wille (aussi dans l'administration) et l'Unterscharführer Müller, qui s'occupait des magasins d'alimentation. Quand j'ai pris la direction de Belsen, il y avait six officiers, moi y compris. Je n'avais pas de sous-officiers avec de l'ancienneté. Quand j'ai pris la direction, il y avait trois femmes dans le personnel. Je ne me souviens pas de leur nom à l'instant même.

Quand je suis arrivé, le taux de mortalité était de 40 à 60 morts par semaine. Quand j'arrivais au camp, le Lagerführer venait au rapport et devais me dire: « Il y a tant de prisonniers; tant sont morts aujourd'hui; il en reste donc tant ». A mon arrivée, on a tenu un registre avec ces chiffres mais on s'en est passé ensuite. Ce registre, je l'avais reçu de mon prédécesseur. C'est le Lagerführer par intérim qui le tenait dans son bureau. Il y avait aussi un autre registre où l'on notait les effectifs. Le Lagerführer par intérim faisait un appel chaque matin pour compter les prisonniers. Lors de cet appel chaque Blockführer [chef de baraquement, un détenu] donnait le nombre de personnes dans son unité et le nombre de mort de la veille, et le Rapportführer notait les effectifs de chaque baraquement sur une feuille de papier et il en faisait l'addition. Ce rapport incluait le nombre de décès intervenus la veille. Il y avait environ 40 Blockführer à l'appel chaque jour.

En janvier, j'ai pris en charge un nouveau camp, adjacent à l'ancien, avec 40 à 50 nouveaux baraquements. Je n'ai pas reçu de personnel supplémentaire quand j'ai pris en charge ce nouveau camp. Ce n'est que plus tard, avec l'évacuation des camps de Silésie que des gardiens sont arrivés avec des prisonniers, ce qui a accru le personnel. Je n'étais pas toujours prévenu quand des convois de prisonniers arrivaient; en particulier, les convois de prisonniers évacués de Silésie arrivaient sans prévenir. Certains convois avaient 100 ou 200 personnes, et d'autres 1500, 2000, 2500 personnes, etc. J'avais des réserves de nourriture dans le camp et quand une nouvelle fournée de prisonniers arrivait je devais puiser dans ces réserves en attendant d'avoir un rapport sur les nouveaux effectifs et d'avoir reçu de la nourriture supplémentaire pour un nombre accru de détenus. Il n'y avait pas de livraisons régulières de nourriture; le chemin de fer apportait la nourriture quand il y avait des trains disponibles. Je suis dans l'incapacité de dire combien j'avais de prisonniers à partir de ce mois-là parce que j'avais reçu l'ordre d'envoyer les prisonniers au travail aussi vite que possible. Les prisonniers qui arrivaient compensaient donc le nombre de ceux qui partaient rejoindre leur poste et les chiffres fluctuaient tous les jours. Tout prisonnier qui était capable de travailler était envoyé dans un groupe (Arbeitseinsatz) et dirigé sur une entreprise industrielle. Les autres prisonniers ne travaillaient qu'à l'intérieur du camp et s'occupaient de son entretien.

Le 1er décembre, quand j'ai pris la direction, il y avait environ 15.000 personnes dans le camp; environ 200 sont mortes en décembre; le 1er janvier, il y avait environ 17.000 personnes dans le camp, 600 sont mortes en janvier; le 1er février, il y avait 22.000 prisonniers dans le camp. Après le 15 février, je suis incapable de dire combien de prisonniers j'avais; on ne tenait plus les registres parce que c'était complètement impossible avec tous ces convois qui arrivaient de Silésie où l'on évacuait les camps et que, comme je l'ai déjà dit, les registres que je tenais ont été détruits en mars.

Je ne connais pas le nombre de morts qu'il y a eu pendant cette période mais les conditions n'ont pas cessé de se dégrader à partir de la mi-février jusqu'à la mi-avril 1945 quand les Alliés sont arrivés. J'ai inspecté le camp tous les jours pendant cette période et je connaissais parfaitement les conditions et le grand nombre de gens qui mouraient. Le taux de mortalité est monté pendnt les mois de février, mars, avril, jusqu'à atteindre 400 à 500 par jour. Ce chiffre était dû au fait que si les gens étaient en bonne santé, je devais les envoyer rejoindre des équipes de travail et je ne gardais que les malades et les mourants. Le chef de gare me signalait qu'un convoi était arrivé et que je devais venir prendre les prisonniers. Les gardiens vérifiaient les convois en relevant les numéros matricules, et pas les noms. Environ deux fois par semaine, on prélevait de la nourriture dans des dépôts locaux et on le signalait au ministère à Berlin, en donnant les chiffres qui avaient été enregistrés par les gardiens qui vérifiaent les gens qui entraient dans le camp.

Tous les prisonnier recevaient trois repas par jour. Je ne peux pas vous dire quelle était la ration quotidienne car ça dépendait du dépôt de nourriture et c'était standardisé. Je n'ai jamais été vérifier les rations dans le dépôt mais j'avais pris des mesure pour que tous les prisonniers reçoivent un litre de soupe de légume pour le repas principal, du café et du pain le matin, s'il y en avait, et le soir, du café et du pain, s'il y en avait, et du fromage ou du saucisson. Si les prisonniers avaient travaillé, ce régime aurait été insuffissant pour les maintenir en vie mais comme ils ne travaillaient pas je pense que c'était asez pour rester en vie, je pensais qu'ils pouvaient supporter ce régime pendant environ six semaines et j'espérais qu'au bout de six semaines je trouverais davantage de nourriture. Les rations que je viens de décrire étaient celles qui étaient la norme dans tous les camps de concentration à l'époque. Le point noir dans cette détérioration était le pain car il a manqué à plusieurs reprises pendant deux ou trois jours de suite. Il m'était absolument impossible de trouver assez de pain pour nourrir le nombre de prisonniers que j'avais. Dans les débuts, le pain était fourni par les boulangeries de Belsen. Par la suite, il y avait tellement de prisonniers que les boulangeries locales ne pouvaient plus fournir les quantités nécessaires et j'ai envoyé des camions à Hanovre et dans d'autres localités pour ramener du pain, mais même comme ça je n'arrivais pas à me procurer la moitié du pain nécessaire pour fournir aux prisonniers une ration normale. Sauf pour le pain, on n'a pas diminué les rations. On mettait de la farine à la place du pain et on l'employait pour faire des repas. Mais il s'est révélé que si nous avions fait du pain avec cette farine la mortalité n'aurait pas été si forte. J'ai été au dépôt à Celle et ensuite aux autorités supérieures à Hanovre et je leur ai dépeint ce qui était en train de se passer à Belsen. Je leur ai clairement dit que si une catastrophe arrivait, je le ferais savoir et je les tiendrais pour responsables. Je ne me souviens pas de qui j'ai vu dans ces deux endroits. Je n'ai pas demandé à Berlin dans cette affaire parce qu'ils n'auraient pas été en mesure de m'aider d'aucune façon. C'était une affaire à régler avec les gens de l'approvisionnement à Celle et à Hanovre. Mes visites aux dépôts ont fait venir des rations supplémentaires de patates et de navets, quelques temps après.

Je me souviens très bien d'un cas de cannibalisme. On m'a rapporté qu'un prisonnier était entré dans la morgue et qu'il manquait des morceaux à l'un des corps. J'ai mis un garde près des corps, la nuit, et ce garde a arrêté un homme qui s'était approché des corps cette même nuit. Cet homme a été arrêté, mais avant qu'on puisse l'interroger, le matin, il s'est pendu. Je ne peux pas dire s'il y a eu d'autres cas de cannibalisme, mais à partir de ce moment-là j'ai mis un garde la nuit dans la morgue. Cette garde était faite de prisonniers. J'ai pensé que des prisonniers garderaient les corps contre d'autres prisonniers. Mais l'ont-ils vraiment fait, je n'en sais rien. La morgue n'était pas toujours dans la même baraque parce que la population des prisonniers variait énormément. Je devais déplacer cette morgue tout le temps et donc le bâtiment où elle se trouvait n'était pas toujours le même. Si elle changeait, les prisonniers nettoyaient l'endroit et s'en servaient le lendemain comme logement.

Le docteur du camp a été malade et a été remplacé par le Dr. Klein au milieu de février. Vers le 1er mars un autre officier de santé est arrivé. C'était le Hauptsturmführer Horstmann. Deux jours avant l'arrivée des Alliés, Horstmann est parti avec les soldats et seul le Dr. Klein est resté. A part ces deux là (Klein et Horstmann), il n'y avait pas de docteur SS dans le camp. A la fin janvier, le Dr Lolling, du ministère à Berlin, est arrivé en tournée d'inspection. Je lui ai signalé que si, comme on me l'avait dit à Berlin, Belsen devait devenir un camp pour les malades, il me fallait davantage de docteurs. Il me dit qu'il n'y en avait pas de disponible sur le moment mais que dès qu'il en aurait il m'en enverrait. Le Dr. Lolling a inspecté le camp et il était parfaitement au courant des conditions qui prévalaient au moment de son inspection. Il a passé une journée entière à circuler dans le camp avec le Dr. Schnabel et il a tout inspecté. La mesure qui a été prise était que le Dr. Lolling a emporté une liste des choses nécessaires et qu'il a dit qu'il veillerait à ce que les founiture médicales nécessaires nous soient livrées. Bien qu'étant le commandant, je ne connaissais rien à l'approvisionnement et au stockage des équipement médicaux. Je laissais ça aux officiers de santé. Il fallait tout demander directement à Berlin (le service du Dr Lolling). C'est tout ce que je sais à ce sujet.

Pendant mon temps à Belsen, il y a eu 15 à 20 tentatives d'évasion. Quelques prisonniers ont été abattus lors de ces tentatives. Je ne sais pas combien. Vers la fin décembre, un ordre est arrivé de Berlin interdisant les châtiments corporels. A partir de ce moment-là, on n'a plus appliqué de châtiment corporel.

Entre le 20 et le 28 février, l'officier de santé m'a fait savoir que la fièvre éruptive [le typhus] avait éclaté dans le camp. Ce fait été vérifié par l'Institut bactériologique de Hanovre. J'ai donc fermé le camp et envoyé un rapport à Berlin. La réponse de Berlin a été que je devais garder le camp ouvert et recevoir les convois qui arrivaient de l'Est, fièvre ou pas fièvre. J'ai écrit à Berlin une deuxième fois entre le 1er et le 10 mars en envoyant un rapport complet sur les conditions qui prévalaient dans le camp. Ces deux fois ont été les seules où j'ai fait des remontrances aux autorités supérieures. Ces deux lettres étaient adressées au Verwaltungsgruppe B à Berlin. Je n'y suis pas allé moi-même, comme on m'avait dit de le faire en novembre, parce que ça m'aurait pris trois ou quatre jours et qu'il n'y avait personne pour me remplacer.

Pour autant que je m'en souvienne, le Gruppenführer Pohl a inspecté le camp de Belsen vers le 20 mars. Il est venu avec un autre officier. J'ai guidé Pohl à travers le camp et je lui ai montré ce qui se passait. Il n'est pas venu à cause de la lettre que j'avais écrite. Il était venu en inspection de routine, « juste pour jeter un coup d'oeil ». Est-ce que la lettre que j'avais écrite au bureau central à Berlin est venue dans la conversation? Je ne pourrais le dire. Je lui ai montré dans quelles conditions nous étions, et il a dit qu'il fallait faire quelque chose. La première mesure qu'il a suggérée était de fermer le camp et de ne plus admettre personne. J'ai suggéré à Pohl deux mesures pour faire face à la situation: (a) aucun convoi ne serait plus admis, et (b) l'échange des juifs du camp devrait avoir lieu immédiatement. Le résultat a été qu'il a dicté une lettre dans mon bureau pour Berlin, disant que l'échange de prisonniers juifs devait se faire immédiatement. Cet échange a finalement eu lieu dans les derniers jours de mars, je ne sais pas contre qui ces prisonniers ont été échangés, mais ils ont quitté Belsen pour aller à Theresienstadt. Quelque 6.000 à 7.000 personnes ont été envoyées pour être échangées (trois trains). Ces 6.000 à 7.000 personne constituent le nombre global de prisonniers juifs qui ont été échangés. Ils ont été transportés en trois trains, chacun de 45 à 50 wagons. J'avais l'ordre d'envoyer trois livraisons en trois jours différents. Pour chaque train, j'ai détaché quelques gardes, je ne sais plus combien, sous la responsabilité d'un sous-officer, probablement un Scharführer, mais je ne m'en souviens pas. Je ne sais pas à qui ces sous-officiers devaient faire leur rapport en arrivant là-bas. Tout ce que je sais c'est que j'ai envoyé ces trois trains. Je n'ai jamais revu les sous-officiers que j'ai envoyés là-bas.

J'ai dit à Pohl que je voulais plus de lits et plus de couvertures et il est tombé d'accord sur le fait que dans cette affaire, comme dans d'autres, une aide immédiate était nécessaire. Le docteur et l'officier responsable de l'administration ont parlé aussi à Pohl. L'officier responsable de l'administration a souligné les difficultés qu'il avait à obtenir de la nourriture alors que le docteur était satisfait parce qu'il venait de recevoir une nouvelle livraison de produits médicaux. Pohl a gardé son poste à Berlin pendant à peu près deux ans. Glücks a été là beaucoup plus longtemps car il était déjà là sous Eike. Eike a été plus tard envoyé sur le front de l'Ouest et ensuite sur le front de l'Est où il a été tué.

Je ne sais pas à quelle nationalité appartenaient aucun des prisonniers de Belsen parce qu'aucun papier ne les accompagnait et qu'on faisait l'appel par les numéros matricules. Je ne peux donc pas dire s'il y avait des sujets britanniques dans les prisonniers mais il est possible qu'il y en ait eu. Je n'ai jamais entendu parler d'un prisonnier nommé Keith Meyer, qui était sujet britannique.

Le personnel féminin s'est accru dans les mêmes proportion que le personnel masculin, car les gardiennes arrivaient avec les convois de femmes venant de l'Est. Toutes les femmes dans le camp étaient sous mon commandement, pareil que les hommes. Il y avait de 20 à 22 gardiennes quand les Alliés sont arrivés et approximativement 20.000 prisonnières. A moins de recevoir une plainte des prisonnières elles-mêmes, je n'avais aucun moyen d'apprécier la façon dont les gardiennes traitaient les détenues, mais j'avais complètement confiance en elles. La seule critique que j'avais à faire était qu'elles étaient un peu trop familières avec les prisonnières. J'avais la même confiance dans les gardiens. Ils étaient 100 % corrects et je n'ai jamais reçu de plainte de la part des prisonniers. En février ou en mars -- je ne me souviens pas de la date exacte -- la Oberaufseherin [litt. superviseuse] Volkenrath est arrivée pour prendre la direction des gardiennes. J'avais une complète confiance en elle.

Il y avait un crématoire dans le camp et aussi longtemps qu'il y a eu du coke, les cadavres étaient incinérés. Quand il n'y a plus eu de coke, on les a enterrés dans des fosses communes. Je n'ai jamais vu un représentant de la Crois-Rouge dans aucun des camps où j'ai été. Je ne peux pas dire pouquoi. Si un représentant de la Croix-Rouge s'était présenté, j'aurais aussitôt téléphoné à Berlin pour demander s'il avait la permission d'entrer dans le camp car personne ne pouvait entrer dans le camp sans la permissionn de Berlin. Ce qu'aurait été la réponse, je ne peux pas le dire.

Il n'y avait pas d'ordre fixe venant de Berlin, pour les camps de concentration où j'ai été, portant sur (a) l'espace alloué au prisonniers individuels, (b) les sanitaires, ou (c) les conditions de travail. Ceci était complètement laissé à la discrétion du commandant. Je ne me souviens pas d'ordre général ou d'instructions venant de Berlin, sauf pour les visiteurs et les punitions. Dans tous les autres domaines, le commandant agissait à sa guise. Quand le camp de Belsen a été finalement pris par les Alliés, j'avais la satisfaction d'avoir fait tout ce qu'il était possible de faire, dans les circonstances du moment, pour remédier aux conditions qui règnaient dans le camp.


AUTRE DÉCLARATION DE JOSEF KRAMER

1. J'ai passé mon commandement au Struthof-Natzweiler en mai 1944 au Sturmbannführer Hartjenstein. A cette époque et depuis au moins un an Buck commandait à Schirmek mais il n'y avait pas de relation officielle entre Schirmek et Struthof. Il y avait un officier de la Gestapo rattaché à mon état-major pendant ma période au Struthof; son nom était Wochner et il était envoyé par la Gestapo de Stuttgart. D'après le découpage des districts, le Struthof devait dépendre, à mon avis, de la zone de Strasbourg mais je crois que dans tous les cas la Gestapo de Strasbourg dépendanit de celle de Stuttgart.

2. En référence aux ordres reçus de gazer certaines femmes et de les envoyer ensuite à l'Université de Strasbourg, dans mon témoignage juré devant le commandant Jadin de l'armée française, je donne les détails suivants : les ordres que j'ai reçus étaient écrits et signés pour le Reichsführer Himmler et par délégation par le Gruppenführer Glücks. Pour autant qu'il m'en souvienne, ils disaient qu'un transport spécial allait arriver d'Auschwitz, que les gens dans ce convoi devaient être tués et leurs corps envoyés au professeur Hirt à Strasbourg. Il était dit aussi que je devais entrer en communication avec Hirt sur la façon de procéder. C'est ce que j'ai fait et Hirt m'a donné un flacon [container] de cristaux de gaz avec des instructions sur la façon de s'en servir. Il n'y avait pas de chambre à gaz régulière au Struthof mais il m'a montré comment une pièce ordinaire pouvait servirà cet usage. Je ne sais rien de plus sur les professeurs qui avaient à faire avec Hirt, mais je sais qu'il y avait dans l'un des département un professeur Bickerbach.

3. La première fois que j'ai vu une vraie chambre à gaz était à Auschwitz. Elle était rattachée au crématoire. Le bâtiment complet comprenant le crématoire et la chambre à gaz était situé dans le camp numéro 2 (Birkenau) que je commandais. J'ai visité le bâtiment lors de ma première inspection trois jours après mon arrivée, mais pendant les huit premiers jours où j'étais là elle n'a pas fonctionné. Au bout de huit jours, le premier convoi est arrivé d'où ont été sélectionnées les victimes de la chambre à gaz, et au même moment j'ai reçu un ordre écrit de Höss, qui commandait la totalité d'Auschwitz, disant que, même si la chambre à gaz et le crématoire étaient situés dans ma partie du camp, je n'avais aucun droit de regard dessus quel qu'il soit. En fait, les ordres concernant la chambre à gaz étaient toujours donnés par Höss et je suis fermement convaincu qu'il recevait lui-même ses ordres de Berlin. Je crois que si j'avais été dans la position de Höss et si j'avais reçu de tels ordres, je les aurai exécutés, parce que même si j'avais protesté, le seul résultat aurait été de me retrouver prisonnier moi-même. Mes sentiments touchant aux ordres sur les chambres à gaz étaient ceux d'une sorte de surprise et je me demandais à moi-même si de telles actions étaient justes.

4. En ce qui concerne les conditions à Belsen, je dis une fois de plus que j'ai fait tout ce que pouvais pour y remédier. En ce qui concerne la nourriture, les prisonniers ont reçu en mars et avril 1945 toute la ration à laquelle ils avaient droit et à mon avis cette ration était parfaitement suffisante pour des prisonniers en bonne santé mais à partie de la mi-février des malades ont commencé à arriver et j'ai pensé qu'ils devaient avoir davantage de nourriture. J'ai chargé mon sous-officier chargé de l'approvisionnement, l'Unterscharführer Müller d'aller aux entrepôts de Celle et de Hanovre mais on lui a dit qu'on ne pouvait rien lui donner de plus parce que nous recevions déjà tout ce à quoi nous avions droit. J'ai, en fait, obtenu un peu de nourriture des magasins de la Wehrmacht à Belsen mais il était inutile que je leur en demande plus car ils n'étaient pas mon centre d'approvisionnement régulièrement autorisé.

5. En ce qui concerne le logement, quand j'ai reçu l'ordre d'accueillir 30.000 personnes de plus au début avril, à un moment où le camp était plus que plein, j'ai fait appel au lieutenant-général Beineburg, de la Kommandantur du camp de la Wehrmacht à Belsen et c'est lui qui a permis qu'on loge 15.000 prisonniers dans les casernements du camp. Il a dû obtenir par téléphone une permission spéciale pour le faire. Je n'ai jamais demandé au général son aide pour trouver de la nourriture ou pour toute autre difficulté parce que je savais qu'il n'aurait pas été en mesure de m'aider parce qu'il n'avait pas les pouvoirs nécessaires. Je ne considère pas que j'aurais dû faire appel à lui parce que je savais qu'il ne pouvait pas m'aider. En outre je ne crois pas que quiconque en Allemagne aurait pu améliorer les rations des prisonniers dans le camp parce que je ne crois pas que la nourriture ait été disponible. Je suis très surpris d'entendre dire qu'il y avait de larges stocks de nourriture dans le camp de la Wehrmacht. Néanmoins je continue à penser qu'un appel au général aurait été inutile.

6. On m'a dit que certains des SS de mon équipe étaient coupables de mauvais traitements et de brutalités envers les prisonniers. Je trouve ceci très difficile à croire et je leur ferais absolument confiance. Pour autant que je le sache, ils n'ont jamais commis de fautes sur les prisonniers. Je me considère comme responsable de leur conduite et je ne crois pas qu'aucun d'entre eux aurait enfreint mes ordres contre les mauvais traitements ou les brutalités.

7. Les troupes hongroises ont pris position pour monter la garde autour du périmètre du camp dans les quelques jours qui ont précédé l'arrivée des Anglais. Je suis d'accord pour constater que durant cette période il y a eu plus de coups de feu qu'il n'y en avait d'habitude quand la Wehrmacht montait la garde. Je me souviens de l'incident du 15 avril 1945, en fin d'après-midi lorsque je suis allé avec des officiers britanniques au carré de pommes de terre et qu'on m'a donné l'ordre de retirer de ce carré le cadavre d'un prisonnier. Je pense que c'est à tort que cet homme a été tué et je n'ai aucun doute sur le fait que c'est soit la Wehrmacht, soit les Hongrois qui sont responsables.

8. Le stand de tir qui est visible dans l'angle nord-ouest de mon camp a été régulièrement utilisé par la Wehrmacht deux ou trois fois par semaine.

 

 

 

 



ANNEXE - E

Le rôle du Vatican


On ne peut limiter les conséquences d'un mensonge à l'échelle de la mystification portant sur l'extermination des juifs à des sujets isolés comme Israël ou le révisionnisme de la seconde guerre mondiale. Il y a peu d'années que l'on s'est rendu compte que, pendant et après la guerre, le pape Pie XII n'avait jamais condamné la prétendue extermination des juifs. Ce fait pose naturellement certains problèmes pour l'histoire de la propagande de la seconde guerre mondiale. L'événement précis qui lança la controverse générale fut la pièce de Rolf Hochhuth, Der Stellvertreter [Le Vicaire]. Censée s'appuyer sur le « rapport Gerstein », cette pièce accomplit sans aucun scrupule une besogne de dénigrement de Pie XII en rapportant des événements en contradiction avec le « rapport », en accumulant les inventions. Néanmoins, la pièce de Hochhuth servit de catalyseur à l'examen d'un fait assez important. La discussion qui s'ensuivit, menée par des gens qui sont tombés dans le panneau de la mystification, n'élucida jamais rien et ne fit qu'accroître la confusion.

Il n'est pas plus nécessaire d'expliquer ici pourquoi Pie XII ne s'est pas exprimé publiquement à propos de l'extermination des juifs qu'il n'est nécessaire d'expliquer pourquoi il n'a pas protesté contre l'extermination des Eskimo. Le rôle du Vatican offre cependant quelque intérêt pour notre sujet et c'est pourquoi il convient d'en dire quelques mots.

Tout d'abord, quelques rappels historiques. De 1920 à 1945, le Vatican a considéré le communisme comme la principale menace dans le monde. Dans ces conditions, il était disposé à établir des relations amicales avec les fascistes italiens après leur arrivée au pouvoir en 1922 et le concordat de 1929, qui avaient pris le contre-pied des politiques anticléricales des précédents gouvernements italiens. Telles furent les bases des relations qui restèrent bonnes dans l'ensemble jusqu'à la chute de Mussolini, en 1943.

Lorsque Hitler arriva au pouvoir, en 1933, le Vatican nourrit à nouveau l'espoir de voir un régime anticommuniste qui ferait sa paix avec l'Église. Il sembla au début que les événements allaient se dérouler comme en Italie et le concordat de 1933 avec Hitler (toujours en vigueur), garantissant à l'Église une partie du revenu des impôts et définissant les sphères d'action respectives de l'Église et de l'État, conforta cette espérance.

Les choses ne se passèrent cependant pas aussi bien. Bien que le concordat ait défini les droits de l'Eglise dans le domaine de l'éducation et de la formation de la jeunesse en général, à la satisfaction du Vatican, les nazis n'étaient pas satisfaits et cherchèrent les moyens de saper la position catholique sans désavouer formellement les termes du concordat. Ils interdirent par exemple aux associations de jeunesse catholique de s'occuper de sport, dans l'idée judicieuse que cette mesures, limitant leur influence au domaine spirituel authentique, entraînerait leur disparition. Il existait également divers moyens d'intimidation contre les parents qui insistaient pour envoyer leurs enfants dans des écoles catholiques. De plus, des publications nazies comme Das Schwarze Korps (la revue des SS) et Der Stürmer étaient ouvertement antichrétiennes et ne cessaient d'abreuver d'insultes le pape et le clergé catholique en général, les accusations favorites étant que les hommes d'Église étaient des homosexuels ou avaient des liaisons avec des juives. Bien que les nazis ne soient jamais revenus sur la disposition la plus importante du concordat, le droit de percevoir une part des impôts, l'hostilité mutuelle devint très grande. Beaucoup pensaient qu'on était à la veille d'un second Kulturkampf (la tentative infructueuse de Bismarck pendant les années 1870 de briser le pouvoir de l'Eglise catholique en Allemagne).

L'hostilité entre les nazis et le Vatican aboutit, en 1937, à l'encyclique Mit brennender Sorge, qui sortait des habitudes. Rédigée en allemand et non dans l'habituel latin, elle compte parmi les plus virulentes attaques que le Vatican ait jamais lancées contre un Etat déterminé. Le pape, à cette époque, était Pie XI et le cardinal Eugenio Pacelli, qui allait devenir le pape Pie XII en 1939 était secrétaire d'Etat du Vatican. Pacelli, diplomate rompu aux affaires du monde, avait été pendant dix ans nonce du pape en Allemagne et parlait couramment l'allemand ; il était considéré comme le successeur probable de Pie XI et nul ne contestait sa prééminence dans le domaine de la diplomatie internationale. Mit brennender Sorge fut écrit sous sa direction. (5).

Malgré l'hostilité incontestable qui existait entre l'Eglise et les nazis, il faut garder à l'esprit que le communisme demeurait, aux yeux du Vatican, l'ennemi principal. Avec un adversaire comme les nazis allemands, l'Eglise disposait d'une marge de manuvre mais les communistes s'étaient montrés jusqu'alors comme des ennemis absolus. Qui plus est, l'Allem_agne n'était pas le seul Etat européen dont le Vatican se montrait mécontent. La France et la Tchécoslovaquie avaient des gouvernements violemment anticléricaux. C'est pourquoi, lorsque vint la guerre, le Vatican (bien entendu, officiellement neutre) ne pouvait s'enthousiasmer pour un côté ou un autre. Comme le communisme était considéré comme l'ennemi principal, il est probablement juste de dire que le Vatican avait une préférence pour le côté de l'Axe, mais, à ses yeux, il s'agissait très nettement du moindre mal. En outre, il existait une diversité considérable de d'opinions au sein de l'Église. C'est ainsi que le nonce du pape à Berlin pendant la guerre, Mgr Cesare Orsenigo, fut à l'évidence satisfait de la victoire allemande sur la France, en 1940, et exprima au ministère des Affaires étrangères allemand son espoir de voir les Allemands entrer dans Paris en passant par Versailles. D'un autre côté, la radio du Vatican, aux mains des Jésuites, était si anti-allemande que les Britanniques la considéraient comme un prolongement virtuel de leur propre service de propagande. (6).

Ces points d'histoire ayant été rappelés, examinons à présent le silence du pape Pie XII à propos des exterminations des juifs. Il ne serait pas possible de passer en revue ici les opinions de tous ceux qui ont participé à la controverse et c'est pourquoi nous nous imposerons quelques limites. Il y a, tout d'abord, le Vatican lui-même, qui est représenté principalement par les neuf volumes de documents datant de la guerre qu'il a publiés de 1967 à 1975, Actes et documents du Saint-Siège relatifs à la seconde guerre mondiale. Le principal éditeur de cette série a été Robert A. Graham, un jésuite américain, ancien directeur de la revue des Jésuites America. Graham, qui accepte la légende de l'extermination, s'est fait connaître comme le principal porte-parole du Vatican sur ces questions. Il est fâcheux que les seuls volumes sur les neuf qui soient consacrés entièrement aux victimes de la guerre sont les deux derniers, publiés en 1974-1975, qui ne vont pas au-delà de décembre 1943.

Parmi les nombreux auteurs de la controverse, les différentes positions sont bien représentées par deux ouvrages récents, The Vatican in the Age of the Dictators d'Anthony Rhodes (Londres, 1973), défenseur du Vatican, et The Pope's Jews de Sam Waagenaar (Londres, 1974), critique à l'égard du pape.

La position officielle du Vatican, telle qu'elle est énoncée dans l'introduction au huitième volume des Actes et documents, est la suivante :

L'explication du Vatican n'est pas acceptable. Il est vrai, bien entendu, que seuls des fragments fortuits relatifs à l'extermination des juifs apparaissent dans ses documents. De plus, aucune personne sensée ne pourrait contester que la plupart de ces fragments doivent être classés parmi les inventions de la propagande, car les allégations d'extermination sont soit accompagnées d'autres que personne ne défendrait plus aujourd'hui, soit associées à d'autres bizarreries qui détruisent leur vraisemblance. Par exemple, une note du 2 janvier 1943 adressée au Vatican par Wladislas Raczkiewicz, le président du gouvernement polonais en exil à Londres, prétend que les Allemands avaient entrepris l'extermination générale de la population polonaise en plus de sa minorité juive (conformément à notre analyse du chapitre III, la note mentionne le camp de concentration d'Auschwitz en laissant entendre que ce n'est pas un des lieux d'extermination) (7)

. Nous avons déjà noté, au chapitre III, que Mgr Burzio, le chargé d'affaires du pape en Slovaquie, transmettait à Rome certains récits inventés. Nous passons plus loin en revue d'autres pièces de ce type.

Nous acceptons, bien entendu, l'affirmation du Vatican selon laquelle les informations dont il disposait pendant la guerre ne pouvaient être considérées comme des preuves suffisantes des exterminations ; c'est ce que nous avons déjà démontré dans ce livre. Mais là n'est pas la question. Les porte-parole du Vatican affirment aujourd'hui non seulement que leurs informations ne révélaient pas un programme d'extermination mais que les exterminations eurent lieu à l'échelle du continent, sans que des informations dignes de foi à leur sujet ne lui parviennent. C'est cette affirmation qui est complètement ridicule et que l'on ne peut pas admettre plus de quelques secondes.

Il n'est pas possible qu'un programme d'extermination ait été mis en oeuvre sans que le Vatican ne l'apprenne. Les massacres auraient eu lieu principalement dans la Pologne catholique où l'Église disposait de ses agents, les prêtres catholiques, dans chaque village, dans une position telle que, par les commérages, les confessions, etc., une chose comme une exterminations n'aurait pas pu se produire sans que le clergé polonais catholique tout entier ne l'apprenne. Il est vrai que les Allemands imposèrent une censure sur les communications entre la Pologne et les autres pays, de sorte que le clergé polonais et le Vatican ne purent communiquer aussi librement que d'habitude, comme l'explique l'introduction au volume trois des Actes et documents. Mais, comme cela y est également expliqué, il existait de nombreuses manières de déjouer la censure, notamment grâce à des Italiens qui avaient des entreprises commerciales en Pologne et plus à l'est, ainsi que par des messages transmis par des particuliers depuis la Pologne jusqu'au bureau du nonce à Berlin, qui communiquait avec le Vatican par les canaux diplomatiques .

Rhodes se rend compte qu'on ne peut soutenir la thèse de l'ignorance et admet, puisqu'il suppose que les exterminations ont eu lieu, que Pie XII a dû en avoir connaissance. Que le pape n'ait pas pris position à cet égard, Rhodes l'explique par la peur de voir une condamnation publique et explicite aggraver la condition des catholiques en Allemagne et dans les territoires occupés. Rhodes affirme ensuite que, « dans ses messages privés à des chefs d'État concernant la persécution des juifs, il est certain que Pie XII a " parlé " » (c'est Rhodes qui souligne). Il donne ensuite deux exemples de ces messages privés, portant sur la Slovaquie et la Hongrie, qui ne contiennent cependant rien sur l'extermination et qui ne parlent que des déportations et des persécutions des juifs en termes généraux. (8).

Le portrait par Rhodes d'un Pie XII timoré, craignant de s'exprimer ouvertement contre les nazis et leurs programmes, ne tient pas debout pour de multiples raisons. Comme le montrent les documents qu'il cite, il lui faut prétendre que le pape était également trop timoré pour s'exprimer dans des messages diplomatiques confidentiels. De plus, ce que l'on sait de cette période ne permet pas de soutenir, comme le dit Rhodes, que l'Eglise catholique avait été réduite au silence par les nazis au moyen de la terreur. Les évêques allemands ne furent nullement réduits au silence par la terreur. Car s'il est vrai qu'à l'instar de leurs collègues des pays alliés, ils ne s'opposèrent jamais à l'effort de guerre allemand, ils firent bruyamment entendre leur opposition pendant la guerre à la politique et aux valeurs du régime national-socialiste dans le domaine religieux et exprimèrent cette opposition dans la presse catholique en Allemagne et en chaire à travers tout le pays. En décembre 1942, les évêques allemands, réunis à Fulda pour leur conférence annuelle, envoyèrent une déclaration au gouvernement allemand qui dénonçait la persécution des Eglises catholiques dans les pays occupés. En janvier 1943, le comte Konrad von Preysing, évêque de Berlin, prononça une condamnation publique des théories raciales et de la politique des nazis. En août 1943, les évêques allemands dénoncèrent publiquement la politique hostile des nazis à l'égard l'éducation catholique et cette dénonciation fut lue en public dans toute l'Allemagne. (9) S'il est un fait auquel on ne peut échapper c'est que l'Eglise catholique ne fut pas réduite au silence.

La crainte n'explique pas la raison pour laquelle le pape Pie XII n'a pas condamné les exterminations présumées après la défaite des nazis. Le discours du pape devant le Sacré Collège, le 2 juin 1945, fut une longue et cinglante attaque des nazis défaits et, cependant, le seul passage de ce discours que l'on puisse interpréter comme se référant aux exterminations est lorsqu'il est question « de l'application de la doctrine national-socialiste qui alla jusqu'à utiliser les méthodes scientifiques les plus raffinées pour torturer ou éliminer des gens qui étaient souvent innocents ». Néanmoins il apparaît clairement en lisant plus avant le discours que le pape, comme tant de personnes à l'époque, songeait au spectacle désastreux qu'offraient les camps allemands à la fin de la guerre. Les seules victimes précises mentionnées sont les prêtres catholiques internés à Dachau, dont un fort pourcentage a péri pour des raisons qui ont été traitées en détail dans ce livre. Bien que le pape Pie XII ait mentionné qu'un évêque auxiliaire polonais était mort du typhus, ses remarques donnent l'impression qu'il croyait que les morts dans les camps étaient intentionnelles de la part des nazis, et les prêtres internés à Dachau sont décrits par Pie XII comme ayant « enduré d'indicibles souffrances en raison de leur foi et de leur vocation ». Il n'y a rien dans cette allocution au sujet de l'extermination d'un groupe racial, religieux ou national. (10)

Tandis que rien dans la réalité n'indique que l'Eglise catholique ait été réduite au silence pendant la guerre, le Vatican fut néanmoins dans une certaine mesure sensible aux pressions; c'est évident lorsqu'on examine les circonstances du message de Noël que prononça le pape en 1942 dans ce qui se rapproche le plus d'une condamnation des exterminations.

Au chapitre III et plus haut, nous avons vu qu'à l'automne de 1942 les Alliés avaient demandé au Vatican s'il disposait d'informations confirmant les allégations d'exterminations que le rabbin Wise et certains autres formulaient depuis plusieurs mois, et nous avons vu qu'il ne disposait pas de telles informations. Tandis que le pape Pie XII et le secrétaire d'Etat, le cardinal Luigi Maglione, ont sans doute immédiatement flairé un morceau de Greuelpropaganda [propagande fondée sur des récits d'atrocités] en entendant ces histoires, les extraits cités plus haut montrent qu'ils ont au moins fait un effort pour examiner la question. Aussi bien, le 10 novembre 1942, le nonce du pape en Italie, Mgr Franscesco Borgongini-Duca, rencontra Guido Buffarini, sous-secrétaire au ministère italien de l'Intérieur, afin de s'entretenir de la situation militaire et politique. La situation des juifs fut évoquée et Borgongini-Duca rapporta à Maglione qu'

« il m'a ensuite parlé du discours de Hitler (à Munich le 8 novembre) ; lui ayant demandé si les allusions aux représailles signifiaient les gaz asphyxiants, il m'a répondu carrément non à deux reprises.» (11)

C'est ainsi que le Vatican n'avait pour l'essentiel aucune information, à l'automne 1942, tendant à confirmer les allégations d'exterminations et il adopta cette position dans ses échanges avec les représentants des Alliés, lorsque ce problème était soulevé. Nous avons noté au chapitre III qu'il y avait eu une note anonyme, réputée provenir d'une source au Vatican, qui corroborait, à la fin du mois de novembre, les allégations d'extermination. Néanmoins, comme il ne s'agissait pas de la position du Vatican, cette note devait être, en un certain sens, un faux. Si elle ne provenait pas d'une source à l'intérieur du Vatican, elle a pu être l'oeuvre de Virgilio Scattolini, un employé du journal du Vatican L'Osservatore Romano, qui se faisait passer pendant la guerre pour quelqu'un connaissant les arcanes du Vatican afin de vendre des « informations » concoctées de toutes pièces ; ouvert à tout venant, il les arrangeait en fonction de l'acheteur et fut considéré pendant un temps par l'OSS comme « notre homme au Vatican.» (12) Une autre possibilité, moins assurée, est que la note provenait du prêtre Pirro Scavizzi dont il sera question plus loin.

Les informations dont disposait le Vatican en décembre 1942 concernant les persécutions des juifs par les nazis sont bien illustrées par un message rédigé par Mgr Giuseppe Di Meglio, un adjoint de Mgr Orsenigo, nonce du pape à Berlin, et remis par lui au Vatican le 9 décembre 1942. Le message traite en détail de la politique allemande à l'égard des juifs et l'on peut supposer qu'il fut écrit en réponse à une demande qu'avait adressée le Vatican à Mgr Orsenigo pour obtenir ce genre d'informations. La nonciature de Berlin était sans aucun doute considérée comme la meilleure source à ce sujet au sein de l'Eglise puisque, comme nous l'avons noté plus haut, une grande partie des échanges entre la Pologne et le Vatican se faisait par l'intermédiaire du bureau de Mgr Orsenigo à Berlin. Voici le passage du message qui traitait des juifs:

« Comme, avant l'arrivée des troupes allemandes, beaucoup d'entre eux se sont enfuis des territoires polonais occupés par les Russes et des territoires proprement russes, on estime qu'actuellement, dans le Reich comme dans les territoires occupés, y compris le Protectorat de Bohême-Moravie, se trouvent plus de 4 millions de juifs, c'est-à-dire un quart de toute la population juive mondiale.
Mesures.
Les principales mesures décidées contre les juifs sont les suivantes:

Traitements inhumains dans les territoires occupés et dans les pays soumis politiquement à l'Allemagne.

Un journaliste italien, revenu de Roumanie, m'a fait, il y a quelque temps, un long récit concernant les méthodes brutales adoptées dans ce pays, surtout à l'instigation des Allemands, contre les juifs.

Il m'a raconté qu'un train entier avait été empli de juifs ; on boucha ensuite soigneusement chaque fente afin qu'aucun air ne passe. Quand le train arriva à destination, il ne restait que quelques survivants, ceux qui, se trouvant près d'une fente qui n'avait pas été complètement bouchée, avaient pu respirer un peu d'air. [...]» (13)

Di Meglio concluait cette partie de son message en signalant le caractère anti-chrétien de l'Institut für Erforschung des jüdischen Einflusses auf das deutsche kirchliche Leben (Institut de recherche sur l'influence juive dans la vie religieuse allemande) d'Alfred Rosenberg ainsi que l'indifférence du clergé allemand concernant les épreuves des juifs.

Sur certains points, les informations de Di Meglio étaient de toute évidence inexactes. Nous pouvons par exemple nous faire une idée assez précise des véritables conditions dans lesquelles se déroulaient les déportations des juifs roumains d'après le rapport de la Croix-Rouge, à la fois en lisant l'extrait reproduit ici au chapitre V et en en lisant d'autres parties (14), et d'après les écrits de Ginsburg. Il est certain que les événements du récit rapportés par le journaliste italien anonyme ont été inventés. Di Meglio semble disposé à accepter le pire.

La manière dont Di Meglio parle du rôle des camps de concentration montre qu'il a mal interprété la réalité. C'est ainsi qu'il laisse entendre que de nombreux juifs ont été envoyés dans des camps de concentration parce qu'il n'y avait pas assez de place pour eux dans les ghettos; ce n'est pas exact. Les juifs, avec d'autres, étaient envoyés dans les camps en Pologne dans la mesure où l'on avait besoin d'eux pour le travail. Di Meglio donne également l'impression que les camps étaient principalement destinés à loger les juifs, ce qui est également inexact. Il a probablement exagéré aussi la pauvreté de l'alimentation dans les camps mais, comme nous l'avons vu au chapitre IV, il avait tout au moins raison concernant la mortalité élevée dans les camps au moment où il rédigea son compte rendu, bien que l'excès de travail ne fût pas la cause des décès.

En d'autres termes, la description que Di Meglio fait de la situation constituait la vérité générale ou approximative, avec quelques inexactitudes, marquée par son empressement à croire au pire. Il est clair qu'il ne savait rien de l'existence d'un programme d'extermination qui ressemblât même vaguement à celui qui prenait alors forme dans la propagande alliée et qui était rapporté au Vatican par différents diplomates alliés et par certaines organisations juives.

L'allocution du pape à Noël contenait une remarque au passage, sans allusion précise aux juifs, sur « les centaines de milliers de gens qui, sans avoir commis aucune faute et seulement en raison de leur nationalité ou de leur race, ont été condamnés à la mort ou à une extinction progressiv e ». Berlin réagit à cette allocution de façon mitigé e ; le RSHA la considéra comme une attaque directe contre le régime nazi, tandis que le ministère des Affaires étrangères semble l'avoir considérée comme sans importance. Les Alliés, souvenons-nous, avaient officiellement adopté les allégations d'extermination le 17 décembre [1942] dans une déclaration où «le nombre des victimes» était «estimé à plusieurs centaines de milliers» de juifs. Ils ne furent pas satisfaits de la déclaration du pape et pensèrent qu'elle n'était pas assez explicite. (15) De notre point de vue, cependant, la remarque de Noël semble à première vue étonnamment forte, étant donné les renseignements qu'avait reçus le Vatican de sa nonciature à Berlin. Elle est encore plus troublante si l'on considère combien il est singulier de la part du pape de formuler la remarque la plus incisive de ce genre à ce moment-là de la guerre pour de ne plus y revenir par la suite.

C'est dans les documents du temps de guerre du Vatican que l'on peut découvrir l'explication de la remarque relative à la « mort ou l'extinction progressiv e » dans l'allocution que fit le pape pour Noël. À la fin de 1942 et au début de 1943, l'un des principaux objectifs diplomatiques du Vatican était d'obtenir des Alliés qu'ils s'engagent à de ne pas bombarder Rome. Les Britanniques insistaient particulièrement sur le droit qu'ils avaient de bombarder Rome tandis que les Américains avaient une forte minorité catholique qui formait une part importante de l'électorat qui avait soutenu politiquement le New Deal de Roosevelt. La position adoptée par les Britanniques fut que Rome ne pouvait bénéficier d'une considération particulière et qu'elle serait bombardée si les militaires le jugeaient utile. En poursuivant son objectif, le Vatican ne traitait pas seulement avec les Alliés, mais également avec les Allemands et les Italiens, en essayant de les persuader de retirer de Rome toutes leurs installations de nature militaire (il y avait peu ou pas d'industrie de guerre dans la ville mais des postes de commandement militaire et des casernes). En décembre 1942, le gouvernement italien consentit à déplacer son quartier général hors de Rome. Sentant qu'un pas avait été franchi, le cardinal Maglione rencontra le 14 décembre le ministre de Grande-Bretagne auprès du Saint-Siège, Sir F. D'Arcy Osborne, afin de faire part aux Britanniques de ce dernier développement et de s'entretenir à nouveau de la question des bombardements. Osborne ne fut toutefois pas convaincu et fit observer qu'il restait des troupes italiennes cantonnées dans la ville. Les notes de Maglione sur cette rencontre résume l'échange ainsi:

Plus tard, le même jour, Osborne rencontra fortuitement Mgr Domenico Tardini, secrétaire de la Congrégation pour les Affaires ecclésiastiques extraordinaires (le ministère des Affaires étrangères du Vatican) et lui dit, à propos du départ de Rome du poste de commandement militaire italien: «Cela ne change rien !». Tardini a résumé dans ses notes sa conversation avec Osborne et conclut:

« L'éloignement des commandements militaires peut servir à mieux mettre en évidence que celui qui bombarde Rome est un barbare (et c'est pourquoi il est bon que le Saint-Siège s'y soit intéressé), mais cela ne protégera pas Rome des bombes.» (17)

Nous voyons ainsi l'arrière-plan de la remarque formulée par le pape la veille de Noël. Pour le Vatican, il semblait bien que les Anglais proposaient en fait un marché: que le pape condamne l'extermination des juifs et les Alliés ne bombarderont pas Rome, position persuasive qui peut convaincre même un Saint Père. Mise à part les considérations éthiques, il était évident pour le Vatican qu'il ne pouvait ruiner sa neutralité officielle en accusant publiquement les Allemands de crimes complètement inventés et, de toute façon, les Allemands étaient encore à ce moment-là la puissance militaire dominante sur le continent, et c'est pourquoi l'allocution de Noël ne comportait pas d'allusion précise aux juifs ou à l'Allemagne (à côté d'autres remarques qui, sans être précises, avaient un ton qui paraissait plus ou moins anti-allemand). La menace de bombardements alliés sur Rome ne disparut cependant pas après Noël 1942. Ainsi, à l'exception d'une brève remarque similaire, restée ignorée de la presse mondiale, que l'on retrouve dans une longue allocution prononcée par le pape le 2 juin 1943, il n'y eut plus de propos de cette nature en provenance du Vatican. Le pape Pie XII mentionna sa remarque de Noël dans une lettre du 30 avril 1943 à son ami von Preysing, mais, même dans cette correspondance confidentielle, les termes précis qu'il emploie sont moins sévères que ceux de sa remarque de Noël. (18)

Bien que le Vatican ait eu entièrement raison d'interpréter les remarques d'Osborne comme une proposition précise, il est très probable qu'il s'agissait néanmoins d'une mauvaise interprétation et qu'Osborne ne proposait pas de marché. Il est possible, par exemple, qu'Osborne ait senti que la position de Maglione était relativement forte et qu'il ait saisi une idée au passage pour étoffer son propos au cours de l'échange verbal. La déclaration officielle des Alliés sur les exterminations des juifs arriva trois jours plus tard et il ne fait par conséquent aucun doute que la question était dans l'air dans le milieu diplomatique et qu'elle vint assez naturellement à l'esprit d'Osborne.

Rome fut bombardée pour la première fois le 19 juillet 1943 -- par les Américains. Les avions prirent pour cibles les noeuds ferroviaires par où les troupes allemandes et italiennes avaient commencé à faire mouvement après le débarquement allié en Sicile, le 9 juillet. Au cours des raids suivants, des bombes tombèrent sur le Vatican mais les dommages infligés aux monuments historiques et religieux, au Vatican et ailleurs dans Rome, furent minimes.

Le seul autre point intéressant concernant le rôle du Vatican est que ses efforts pour étendre son aide aux juifs étaient d'une certaine importance, comme l'a montré Rhodes. Il faut toutefois lire également Waagenaar sur ce sujet car Rhodes néglige un certain nombre de points. Néanmoins, pour ce qui nous intéresse,, la seule conclusion que l'on puisse tirer des activités du Vatican est qu'elles prouvent une nouvelle fois que, dans la mesure où le Vatican s'occupait activement des affaires juives en Europe à ce moment-là, une extermination n'aurait pas pu avoir eu lieu sans que le Vatican le sache.

Nous avons examiné les quelques points importants qui concernent le rôle du Vatican mais il existe quelques éléments singuliers que nous pourrions également aborder pendant que nous sommes sur ce sujet.

Un personnage étrange qui apparaît dans les documents du Vatican est Pirro Scavizzi, un prêtre très ordinaire qui voyageait dans les trains hôpitaux militaires de l'armée italienne qui faisaient la navette entre l'Italie et le front de l'Est. Il était aumônier militaire, dispensait les réconforts de la religion et administrait les sacrements aux blessés de guerre italiens. Comme il voyageait beaucoup, il était souvent utilisé comme courrier, et les contacts qu'il avait avec des dignitaires de l'Église à qui il remettait régulièrement des messages semblent lui avoir tourné la tête.

Nous rencontrons la première bizarrerie en février-mars 1942. Scavizzi produisit une lettre censée provenir de Mgr Adam Sapieha, archevêque de Cracovie, sur les souffrances des prêtres catholiques dues à la brutalité des Allemands. De la façon dont cela est rapporté par Actes et documents, cependant, les circonstances étaient des plus singulières:

« ... l'archevêque renonça à toute précaution et décrivit [...] la rigueur de l'oppression nazie et la tragédie des camps de concentration. Mais après avoir remis ce témoignage à [...] Scavizzi, il prit peur et lui envoya un messager pour le prier de brûler le document « de peur qu'il ne tombât entre les mains des Allemands, qui auraient fusillé tous les évêques et peut-être d'autres». L'abbé Scavizzi détruisit effectivement l'autographe en question, mais non sans en avoir d'abord pris une copie de sa main et y avoir joint en même temps son propre témoignage sur la tragédie et le désespoir qui constituaient la trame de l'existence quotidienne des catholiques de Pologne.» (19)

Que Scavizzi parle d'une lettre qu'il a brûlée, pour honorer la demande de l'auteur de la lettre, nous déconcerte nécessairement un peu mais montrons-nous indulgent avec lui. Il écrit ensuite une lettre au pape le 12 mai 1942 de Bologne:

« A propos du nonce actuel, le cardinal [nonce à Berlin] déplorait le silence et exprimait le jugement qu'Il [le Pape] est trop timoré et ne s'intéresse pas à des choses si graves [...].
La lutte contre les juifs est implacable et va en s'aggravant toujours, avec des déportations et même des exécutions en masse.
Le massacre des juifs en Ukraine est maintenant complet. En Pologne et en Allemagne, ils veulent également le mener à son terme, avec un système des meurtres de masse.» (
20)

Nous avons vu plus haut que cela ne reflétait pas les informations dont disposait la nonciature de Berlin. Scavizzi projetait donc ses propres opinions sur celles de Mgr Orsenigo, le nonce. Cependant, même si Mgr Orsenigo avait eu de telles opinions, il ne les auraient sûrement pas confiées à Scavizzi, même pour la gouverne personnelle de ce dernier, sans parler de les lui confier pour les transmettre au pape. Nous sommes à présent fondés à émettre des doutes sur la bonne foi de Scavizzi.

Scavizzi apparaît une nouvelle fois le 7 octobre 1942 quand il écrit un « rapport sur la situation en Pologne» qui est parvenu jusque dans les dossiers du Vatican:

« Les juifs: L'élimination des juifs par les meurtres de masse, sans égard pour les enfants et même pour les bébés, est presque totale. Du reste, pour eux -- qui sont tous reconnaissables à leur brassard blanc -- la vie civilisée est impossible. Ils ne peuvent pas aller au marché, entrer dans un magasin, monter dans un tramway ou un taxi, assister à un spectacle, fréquenter une maison de non-juifs. Avant d'être déportés ou tués, ils sont condamnés à travailler de force à des tâches matérielles, même s'ils appartiennent à la classe instruite. Les quelques juifs restant paraissent sereins, affichant presque de l'orgueil. On dit que plus de deux millions de juifs ont été tués. » (21)

Ici, un second soupçon vient à l'esprit: le Vatican aurait estimé qu'il ne fallait pas attacher d'importance aux déclarations de Scavizzi. Il les possédait dans ses dossiers mais ne considérait pas qu'elles confirmaient les allégations des organisations sionistes, que nous avons évoquées plus haut.

Peut-être parce que les documents du Vatican de l'époque de la guerre sont toujours en cours de publication au moment où nous écrivons, le nom de Scavizzi n'y apparaît plus. Cependant, en 1964 (il est mort vers 1967), il prétendit, dans une revue italienne que, pendant la guerre, le pape lui avait parlé à lui, Pirro Scavizzi, en confidence des conséquences forcément négatives qu'il y aurait à excommunier Hitler (catholique d'origine) pour les exterminations de juifs ! (22) C'est le bouquet ! Scavizzi cherchait manifestement, par le récit d'histoires invraisemblables, à se faire passer pour autre chose qu'un aumônier avec un humble poste dans les trains hôpitaux. Notre soupçon se confirme; Scavizzi était considéré par le Vatican comme un individu inoffensif qui pouvait administrer les derniers sacrements et même livrer des messages, mais non rapporter les faits correctement. Il est assez plaisant de constater, à en juger par leurs commentaires, que les éditeurs des Actes et documents semblent le prendre au sérieux. Cependant, comme cette image de Scavizzi comme raconteur de galéjades saute aux yeux à la lecture des documents, il se peut que les éditeurs aient eu une autre opinion de lui qu'ils n'ont pas exprimée.

Il y a cependant un point à retenir à propos de Scavizzi, en particulier le rapport du 12 mai 1942. Il n'est pas vraisemblable que Scavizzi ait inventé tout seul la légende de l'extermination, bien que cela soit vaguement possible. S'il n'a pas inventé les allégations d'extermination qui se trouvent dans sa lettre du 12 mai 1942, il a dû en entendre parler quelque part; ceci offre quelque intérêt puisque son rapport est daté de plus d'un mois avant que les organisations sionistes d'Occident aient commencé à parler de cette manière, la première déclaration connue de ce genre émanant du Congrès juif mondial est du 29 juin 1942, comme nous l'avons noté au chapitre III. Ceci donna donc à penser que cette propagande circulait en Europe orientale avant juin 1942. À vrai dire, cela s'accorde avec l'étude de Dawidowicz, selon qui les allégations d'extermination dans le Wartheland (partie annexée de la Pologne au sud du Corridor), faisant état d'assassinats par camions à gaz à Chelmno, sont apparues pour la première fois dans la publication juive clandestine de quatre pages, le Veker, qui imprima ces premières allégations d'extermination aux pages trois et quatre de numéros publiés en février 1942. Des allégations d'extermination dans le Gouvernement général de Pologne (par gazage à Belzec) sont apparues dans la publication clandestine Mitteylungen au début avril 1942. (23) Les indices montrent donc que la légende de l'extermination doit sa naissance à d'obscurs propagandistes juifs polonais mais que son élévation au rang d'imposture historique internationale fut l'oeuvre de cercles sionistes situés principalement en Occident, en particulier à New York.

Puisqu'il semble que la propagande concernant l'extermination existait en Pologne au printemps 1942, et puisqu'un bon nombre des informations qui sont parvenues au Vatican de Pologne sont passées par le bureau du nonce du pape à Berlin, il se peut que ces histoires soient parvenues aux oreilles de Mgr Orsenigo à cette époque. A vrai dire, une lettre adressée par Mgr Orsenigo à Mgr Giovanni Montini (l'actuel pape Paul VI, qui a souvent remplacé Maglione pendant la guerre), datée du 28 juillet 1942, était consacrée principalement à déplorer les difficultés qu'il y avait à obtenir des renseignements exacts sur ce qui arrivait aux juifs. Après avoir commenté la pratique des nazis consistant à ordonner, de manière soudaine et sans avertissement, à des juifs de faire leurs valises pour être déportés, il écrit:

Une note de l'éditeur fait remarquer que l'histoire de Hollande est fausse. Signalons au passage qu'une partie considérable de l'aide que le Vatican accordait aux juifs pendant cette période était destinée plus spécifiquement aux familles d'origine juive converties au catholicisme et dont la situation était particulièrement tragique, puisqu'il semblait que personne ne voulait d'eux; les Allemands les considéraient comme des juifs et les juifs les considéraient comme des renégats.

Les remarques précédentes de Mgr Orsenigo montrent que Scavizzi l'avait, au moins, mal interprété, mais elles indiquent également qu'il avait entendu certaines rumeurs horribles, bien que l'on ne sache pas clairement ce qu'il entend par «massacres» (uccidi in massa). Bien entendu, comme nous l'avons noté au chapitre VII, il y eut de temps en temps pendant la guerre, des massacres de juifs et il a pu en entendre parler. Il se peut aussi que ces récits aient trouvé leur origine dans la propagande qui avait commencé à filtrer depuis peu en provenance des organisations juives clandestines de Pologne. Il est même possible qu'il ait pensé à un rapport que Scavizzi avait rédigé à la nonciature de Berlin, sur les « renseignemen t s » qu'il transmit dans sa lettre du 12 mai 1942. Quoi qu'il en soit, la lettre de Di Meglio du 9 décembre 1942 montre que la nonciature, à ce moment-là, n'avait donné son adhésion à aucune allégation d'extermination (exception faite, peut-être, pour l'histoire de Roumanie), si des allégations de ce genre lui était parvenues.

Il y a encore quelques points qui méritent d'être examinés, au sujet des documents du Vatican. Pendant la guerre, le représentant du Vatican en Grèce et en Turquie était Mgr Angelo Roncalli, qui devint plus tard le pape Jean XXIII. Le 8 juillet 1943, voici ce qu'il transmit au Vatican, daté d'Istanbul:

Mgr Roncalli aborde ensuite des questions qui ne concernent pas notre sujet. Quand ce document a été publié par le Vatican, la presse a dit que Mgr Roncalli avait parlé des «millions de juifs envoyés et supprimés en Pologne», (26) traduction acceptable mais quelques mots à son sujet s'imposent. Le verbe italien sopprimere (dont la participe passé soppressi se trouve dans la note de Mgr Roncalli) est proche de l'anglais suppress et du français supprimer, ce qui n'est pas sans pertinence puisque Mgr Roncalli et von Papen se parlaient probablement en français) Les termes italien et français ont le même sens mais ils ne sont pas l'équivalent strict du terme anglais car, appliqués à des gens, les mots de sopprimere et supprimer laissent entendre qu'on en tue beaucoup. Pourtant ils ne sont pas l'équivalent strict d '«extermination» ou d ' «annihilation». L'italien et le français ont des termes strictement équivalents à l'anglais pour ces deux notions. Appliquer le terme de sopprimere à un grand nombre de personnes sous-entend que beaucoup sont tués, et cela signifie ou non la même chose d '«extermination», selon le contexte. On doit donc garder présente la possibilité que Mgr Roncalli ait pensé à autre chose qu'aux exterminations qui faisaient, à ce moment-là, l'objet de déclarations alliées dont il avait certainement connaissance. Par exemple, il aurait pu penser à ces choses-là dans les mêmes termes que ce que les Allemands appelaient la suppression de la rébellion du ghetto de Varsovie, au cours de laquelle les Allemands ont tué de nombreux juifs. Cependant je penche pour le rejet d'une telle interprétation. Il me semble plus probable qu'il pensait à des exterminations telles qu'en évoquaient les Alliés.

Si, néanmoins, on lit attentivement le compte rendu de Mgr Roncalli, sans tenir compte de son arrière-plan diplomatique, il apparaît qu'il n'est pas vraiment très important de savoir à qui, précisément, il pensait lorsqu'il formula cette remarque. Il décrit la rencontre fortuite entre deux diplomates que l'un d'eux, c'est-à-dire lui-même, ne souhaitait pas. Conformément à sa «règle de conduite», ses propos auraient par conséquent été pesés pour «éviter les rencontres». Ce qu'il a dit en fait à von Papen c'était que, si celui-ci souhaitait prolonger la rencontre, lui ferait des difficultés. Il informa à von Papen, en langage diplomatique, de l'attitude qu'il expose franchement et sans détours dans la première phrase de son rapport. La remarque de Mgr Roncalli est une parade diplomatique d'un type bien connu, où il n'est pas réellement important de savoir, en des termes autres que vagues, à quoi faisait référence l'interlocuteur, ou de déterminer si l'interlocuteur acceptait ou non lui-même la vérité de l'allégation en question. Ce qui est significatif dans cet échange c'est que Mgr Roncalli ne voulait pas parler à von Papen et c'est tout ce qu'il lui a fait savoir. Si, d'autres part, il avait souhaité parler à von Papen, il n'aurait certainement pas commencé la conversation par des remarques si hostiles, évoquant des exterminations ou la répression sanglante des révoltes dans les ghettos, et cela tout à fait indépendamment de l'opinion qu'il pouvait avoir sur les atrocités et les brutalités qu'auraient commises les Allemands.

Comme le Vatican était un observateur des événements de la seconde guerre mondiale auxquels il participait, il était inévitable qu'il entende parler des histoires d'extermination dont le monde entier entendait parler. Ces histoires se reflètent donc naturellement dans certains passages des documents du Vatican. Quand nous y tombons sur ces passages, il faut les considérer en fonction des intentions possibles de la personne qui les formule ainsi que dans le contexte de l'évolution de la propagande telle que nous l'avons analysée dans ce livre, en particulier au chapitre III. Mgr Roncalli, comme la première phrase de son compte rendu le laisse clairement entendre, essayait simplement de se débarrasser de von Papen, lors de leur rencontre à Ankara le 8 juillet 1943, lorsqu'il répétait les allégations d'extermination que le Vatican, comme il le savait fort bien, n'avait pas acceptées, malgré la pression des Alliés.

On trouve dans les documents du Vatican une autre lettre, écrite en août 1942 par l'archevêque catholique ukrainien André Szeptyczki au pape Pie XII. Elle s'étend longuement sur les atrocités allemandes que les Allemands auraient commises et le lecteur intrigué se demande jusqu'aux dernières lignes, si Mgr Szeptyczki va finalement en venir à ce qui le préoccupe au premier chef, ce qui l'a poussé à écrire cette lettre. Il signale qu'il n'a pu, depuis trois ans, obtenir du pape une bénédiction apostolique (c'est-à-dire une caution du pape, très importante en matière de politique religieuse) et que ses souffrances et sa lutte sous les « mauva i s » Allemands devraient certainement constituer des raisons suffisantes pour qu'on lui en accorde enfin une. (27)

Il est clair que les quelques passages des documents du Vatican qui concernent l'extermination des juifs reflètent simplement l'évolution de la propagande, telle que nous l'avons analysée dans ce livre. Au chapitre III, nous avons noté que Burzio transmettait de Slovaquie au Vatican des histoires de fabriques de savon lorsque c'était la mode dans la propagande. Un autre exemple est la série de notes rédigées par Maglione, le 5 mai 1943, rapportant des histoires d'extermination. On ne saisit pas clairement ce qui a été à l'origine de la rédaction de ces notes, c'est-à-dire que le lecteur ne peut pas dire, d'après ce qui a été publié, si Maglione rapportait ses propres impressions ou seulement des affirmations avancées par quelqu'un d'autre (d'autres documents écrits par Maglione vers cette époque donnent à penser qu'il ne croyait pas aux histoires d'extermination). Il est en tout cas fait mention des exterminations par chambre à gaz à Treblinka et à Brest-Litovsk. Les éditeurs des Actes et documents, manifestement intrigués, font observer:

« L'information, apportée probablement par un homme d'affaires italien, semblerait assez ancienne, puisqu'elle ne mentionne ni Birkenau, ni Auschwitz, où se concentrait alors la plus grande partie de l'extermination.» (28)

Toujours sur le même sujet, les éditeurs notent qu'en 1943,

« la propagande alliée, qui s'étendait largement sur les atrocités allemandes, se taisait complètement, pour des raisons qui n'ont jamais été suffisamment analysées, sur Auschwitz.» (29)

Tout comme il était inévitable que de la propagande se manifestât dans les documents du Vatican, il était également inévitable qu'une partie de la vérité, concernant les questions qui nous intéressent ici, se retrouverait dans ce qu'on allait choisir dans les archives du Vatican pour la publication. Les documents suggèrent ainsi que le Vatican avait, après tout, accès aux juifs en Pologne, non seulement aux juifs polonais mais également aux juifs italiens qui avaient été déportés après l'occupation de Rome par les Allemands, le 8 septembre 1943. (30) Aussi bien, les éditeurs du volume 9 des Actes et documents (à propos des victimes de la guerre en 1943) notent que des amis et des parents de juifs déportés avaient par la suite reçu du courrier de leur part, que les membres de la résistance hollandaise qui étaient «en contact constant avec les juifs de leurs pays rapportaient simplement que les déportés étaient enrôlés pour travailler dans les camps, tandis que les personnes âgées étaient envoyées dans des ghettos», et que les dirigeants de la communauté juive de Rome n'étaient pas au courant d'un programme d'extermination et redoutaient seulement les «rigueurs de l'hiver et la fragilité de la santé de nombreux déportés», comme le confirment «de nombreuses lettres reçues alors au Vatican et qui forment aujourd'hui dans les archives un épais dossier [ ... ] : aucune mention n'est faite de leur extermination brutale». Nous lisons également que le père Marie-Benoît (un prêtre qui a beaucoup aidé les juifs pendant la guerre) fit un récit, en juillet 1943, des déportations de juifs au départ de France et qu'il y notait que le camp d'Auschwitz et les camps voisins étaient des camps de travail où «le moral parmi les déportés est en général bon et où ils sont confiants en l'avenir.» (31)

Comme la propagande sur Auschwitz n'a commencé qu'en 1944, nous rencontrerons probablement des allégations en ce sens dans les documents du Vatican pour 1944-1945, lorsqu'ils seront publiés car, pour ce qui est de l'extermination, on ne trouve rien d'autre dans ces documents que la propagande.

 


NOTES

1 / Rassinier, 1964, p. 93-106.

2 / Hilberg, p. 622; Reitlinger, p. 163; Poliakov et Wulf, 1955, p. 114. [Au cours du procès Poliakov-Faurisson, en 1980, le baron von Otter est venu à la barre du tribunal, à Paris, comme témoin, et confirma la réalité des rencontres. Mais il ne semblait pas se souvenir de grand'chose. NdT ]

3 / Vierteljahreshefte für Zeitgeschichte, avril 1953, p. 178-182; Mosse, p. 245; The New York Times, 1 er février 1967, p. 39.

4 / Rassinier, 1964, p. 35-39.

5 . Rhodes, p. 171-210.

6 / Rhodes, p. 246.

7 / . Actes et documents, vol. 7, p. 179.

8 / . Rhodes, p. 347.

9 / . New York Times, 22 janvier 1943, p. 13 mai 1943, p. 5 septembre 1943, p. 6 septembre 1943, p. 7.

10 / . New York Times, 3 juin 1945, p. 22.

11 / . Actes et documents, vol. 7, p. 82.

12 / . Catholic Historical Rev., vol. 59, janvier 1974, p. 719sq.

13 / . Actes et documents, vol. 8, p. 738-742.

14 / . Croix-Rouge, 1948, v. 3, p. 520sq. 409, 435sq.

15 / Rhodes, p. 272 sq.; Waagenaar, p. 409, 435 sq.

16 / . Actes et documents, vol. 7, p. 136sq. Waagenaar, p. 413, donne des extraits de l'échange entre Osborne et Maglione mais ne les replace pas dans le contexte de la menace de bombardement de Rome.

17 / Actes et documents, vol 7, p. 138sq.

18 / Actes et documents, vol. p2, p. vol. 9, p. Rhodes, p. 348sq.

19 / Actes et documents, vol. 3, p. 15sq.; Rhodes, p. 288.

20 / Actes et documents, vol. 8, p. 534.

21 / Actes et documents, vol. 8, p. 669n.

22 / Rhodes, 345; Waagenaar, p.431.

23 / Dawidowicz, p.295sq.

24 / Actes et documents, vol. 8, p. 607sq.

25 / Actes et documents, vol. 7, p. 473sq.

26 / New York Times, 5 avril 1973, p. 1, 5.

27 / Actes et documents, vol.3, p 625-629.

28 / Actes et documents, vol. 9, p. 39, 274.

29 / Actes et documents, vol. 9, p. 42.

30 / Actes et documents, vol. 9, p. 493, 499, 632-636.

31 / Actes et documents, vol. 9, p. 38, 42sq.


[ 1 ] [ 2 ] [ 3 ] [ 4 ] [ 5 ] [ 6 ] [ 7 ] [ 8 ] [ 9 ] [ 10 ] [ 11 ] [ 12 ]
Vous pouvez télécharger l'ouvrage entier en PDF


L'adresse électronique de ce document est: http://aaargh-international.org/fran/histo/ARB/H20fr9.html

Ce texte a été affiché en janvier 2002 sur Internet à des fins purement éducatives, pour encourager la recherche, sur une base non-commerciale et pour une utilisation mesurée par le Secrétariat international de l'Association des Anciens Amateurs de Récits de Guerre et d'Holocaustes (AAARGH). L'adresse électronique du Secrétariat est <[email protected]>. L'adresse postale est: PO Box 81475, Chicago, IL 60681-0475, USA.

Afficher un texte sur le Web équivaut à mettre un document sur le rayonnage d'une bibliothèque publique. Cela nous coûte un peu d'argent et de travail. Nous pensons que c'est le lecteur volontaire qui en profite et nous le supposons capable de penser par lui-même. Un lecteur qui va chercher un document sur le Web le fait toujours à ses risques et périls. Quant à l'auteur, il n'y a pas lieu de supposer qu'il partage la responsabilité des autres textes consultables sur ce site. En raison des lois qui instituent une censure spécifique dans certains pays (Allemagne, France, Israël, Suisse, Canada, et d'autres), nous ne demandons pas l'agrément des auteurs qui y vivent car ils ne sont pas libres de consentir.

Nous nous plaçons sous la protection de l'article 19 de la Déclaration des Droits de l'homme, qui stipule:
ARTICLE 19 <Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontière, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit>
Déclaration internationale des droits de l'homme, adoptée par l'Assemblée générale de l'ONU à Paris, le 10 décembre 1948.


[email protected]


| Accueil général | Accueil français | Accueil Histoire du révisionnisme| Page Arthur Butz |