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LA MYSTIFICATION DU XXe SIÈCLE

par Arthur R. Butz


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Chapitre VII

La Solution finale



La politique allemande et la conférence de Wannsee

Nous avons montré que les exterminations sont une invention de la propagande, c'est-à-dire que nous avons montré ce qui n'est pas arrivé aux juifs. Pour être complet, il nous faut montrer ce qui, en réalité, leur est arrivé.

Le problème de savoir ce qui est arrivé aux juifs européens est un problème assez facile si l'on souhaite s'en tenir à une réponse générale et un problème très difficile, et à vrai dire probablement insoluble, si l'on veut une précision chiffrée. Pour répondre à la question d'ensemble, tout ce dont nous avons besoin est de consulter les documents allemands qui s'y rapportent. Les échanges internes entre les dirigeants allemands au sujet de leur politique sont de toute évidence ce qu'il convient de consulter en premier.

Il est très simple de découvrir la nature générale de la politique allemande à l'égard des juifs; elle se trouve tout entière dans le tome XIII du TMN. L'accusation américaine dans le procès de la Wilhelmstrasse produisit un document, le NG-2586, qui se compose de plusieurs parties, chacune constituant un document important dans le développement de la politique allemande à l'égard des juifs. Une des parties, le NG-2586-J, est en fait un résumé des autres parties et elle fournit donc un résumé commode de cette politique. Le mieux est de reproduire ce texte, qui est un mémorandum de Martin Luther (le prédécesseur de Horst Wagner), daté du 21 août 1942:


1. Le principe fondamental de la politique juive des autorités allemandes après la prise du pouvoir a été d'encourager par tous les moyens l'émigration juive. Dans ce but, le maréchal Goering, en sa capacité de plénipotentiaire pour le plan de quatre ans a créé, en 1939, le Service central du Reich pour l'émigration juive et il en a confié la direction au lieutenant général de la SS Heydrich, chef de la police de sécurité. Le ministère des Affaires étrangères est représenté dans le comité de direction du Service central du Reich. Un projet de lettre à cet effet, adressée au Chef de la police de sécurité, a été approuvé par le ministre des Affaires étrangères du Reich, sous la référence 83/24B en février 1939.

2. La guerre actuelle donne à l'Allemagne l'occasion et aussi le devoir de résoudre le problème juif en Europe. En raison du cours favorable que la guerre a connu contre la France, D III (Département Allemagne III) a proposé en juillet 1940 la solution suivante: le retrait de tous les juifs d'Europe et la demande faite à la France de l'île de Madagascar comme territoire propre à recevoir les juifs. Le ministère des Affaires étrangères a donné un accord de principe pour entamer les travaux préliminaires à la déportation des juifs d'Europe. Ceci doit être accompli en étroite coopération avec les services du Reichsführer SS (Voir D III 200/40).

Le plan Madagascar a été accepté avec enthousiasme par le RSHA qui est, de l'avis du ministère des Affaires étrangères, le service le mieux doté de moyens techniques et qui a l'expérience pour mener à bien l'évacuation des juifs sur une grande échelle et pour garantir la supervision des évacués; les services compétents du RSHA ont donc élaboré un plan détaillé pour l'évacuation des juifs vers Madagascar et leur installation sur place. Ce plan a reçu l'approbation du Reichsführer SS. Le lieutenant général de la SS Heydrich a soumis ce plan directement au ministre des Affaires étrangères du Reich en août 1940 (voir D III 2171). Le plan Madagascar a été dépassé par les événements politiques.

Le fait que le Führer a l'intention d'évacuer tous les juifs d'Europe m'a été communiqué dès le mois d'août 1940 par l'ambassadeur Abetz qui venait de rencontrer le Führer (voir D III 2298).

Il en ressort que les instructions données par le ministre des Affaires étrangères du Reich pour promouvoir l'évacuation des juifs en étroite coopération avec les services du Reichsführer sont toujours valides et doivent par conséquent être suivies par D III.

3. L'administration des territoires occupés apporte avec elle le problème du traitement des juifs qui vivent dans ces territoires. D'abord, le commandant militaire en France s'est vu obligé d'être le premier à prendre, le 27 septembre 1940, un décret sur le traitement des juifs en France occupée. Le décret a été pris en accord avec l'ambassade d'Allemagne à Paris. Les instructions adéquates on été données directement par le ministre des Affaires étrangères du Reich à l'ambassadeur Abetz, à l'occasion d'un rapport verbal.

Des décrets semblables, modelés sur celui de Paris, ont été pris aux Pays-Bas et en Belgique. Comme ces décrets, à l'instar des lois allemandes sur les juifs, concernent les juifs globalement et indépendamment de leur nationalité, ils ont amené certaines puissances neutres à protester, comme cette note de protestation de l'ambassade des Etats-Unis d'Amérique, bien que le commandant militaire en France ait donné l'ordre, par une directive interne, de ne pas appliquer les mesures concernant les juifs aux ressortissants des pays neutres.

Le ministère des Affaires étrangères du Reich a décidé, dans le cas des protestations américaines, qu'il ne considère pas comme approprié que des règlements militaires fassent une exception pour les juifs américains. Ce serait une faute de rejeter les objections de certains pays amis (l'Espagne et la Hongrie) et de montrer de la faiblesse envers les Américains. Le ministère des Affaires étrangères du Reich considère qu'il est nécessaire de donner aux directives envoyées aux commandants sur le terrain un effet rétroactif. (voir D III 5449).

En accord avec ces directives, les mesures concernant les juifs ont reçu une application générale.

4. Dans sa lettre du 24 juin 1940 (Pol XII 136), le lieutenant général de la SS Heydrich a informé le ministre des Affaires étrangères du Reich que le problème concernant approximativement 3,25 millions de juifs dans les zones sous contrôle allemand ne peut plus se résoudre par l'émigration -- une solution finale territoriale sera nécessaire.

C'est pour en prendre acte que le maréchal Goering a confié le 31 juillet 1941 au lieutenant général de la SS Heydrich de faire, de concert avec les services de contrôle concernés, tous les préparatifs nécessaires pour une solution totale du problème juif dans la sphère d'influence allemande en Europe (voir D III 709 secret). En vertu de ces instructions, le lieutenant général de la SS Heydrich a organisé une conférence tenue le 20 janvier 1942 pour tous les services concernés, à laquelle ont participé les secrétaires d'Etat des autres ministères et moi-même comme représentant du ministère des Affaires étrangères. Lors de cette conférence le général Heydrich a expliqué que le maréchal Goering lui confiait une mission sur instruction du Führer qui avait maintenant autorisé l'évacuation des juifs vers l'Est comme solution de remplacement à l'émigration (voir la p.5 de la pièce jointe du D III 29/42 secret). Le secrétaire d'Etat Weizsaecker a été tenu au courant de la conférence; pour l'instant, le ministre des Affaires étrangères n'a pas été tenu au courant de cette conférence parce que le lieutenant général de la SS Heydrich projetait de tenir une nouvelle conférence dans un avenir proche où l'on aurait discuté plus en détail de la solution totale. Cette conférence n'a pas eu lieu en raison de la nomination du lieutenant général Heydrich au poste de Protecteur du Reich par intérim de la Bohême-Moravie et ensuite de son décès.

Lors de la conférence du 20 janvier 1942, j'ai demandé que toutes les questions touchant à des pays en dehors de l'Allemagne soient d'abord soumises à l'agrément du ministère des Affaires étrangères, demande à laquelle le lieutenant général de la SS Heydrich a donné son accord et qu'il a ensuite fidèlement respectée, tout comme, en fait, le service du RSHA chargé des affaires juives a pris depuis le début toutes les mesures dans une coopération harmonieuse avec le ministère des Affaires étrangères. Le RSHA en a usé, en effet, dans cette affaire avec une circonspection presque excessive.

5. L'évacuation des juifs d'Allemagne a commencé en application des instructions du Führer mentionnées au point 4, ci-dessus. Il fut rappelé qu'en même temps il fallait emmener les juifs ressortissants de pays qui avaient pris aussi des mesures à l'égard des juifs. Le RSHA posa cette question au ministère des Affaires étrangères. Pour des raisons de courtoisie, les légations allemandes à Bratislava (Slovaquie), Zagreb (Croatie) et Bucarest (Roumanie) demandèrent aux gouvernements de ces pays s'ils voulaient rappeler leurs juifs d'Allemagne en temps utile ou s'ils acceptaient leur déportation vers les ghettos de l'Est. Cette instruction avait reçu, avant son envoi (aux légations) l'accord du secrétaire d'Etat, du sous-secrétaire d'Etat chargé du département politique, du directeur du département de la politique économique et du directeur du service juridique (voir D III 336 secret)

La légation allemande à Bucarest rapporte en se référant à D III 602 secret que le gouvernement roumain laissera le gouvernement du Reich déporter ses juifs avec les juifs allemands vers les ghettos de l'Est. Il n'éprouve pas d'intérêt à voir les juifs roumains revenir en Roumanie.

La légation de Zagreb nous a informé que le gouvernement croate éprouve de la gratitude pour le geste du gouvernement allemand; mais il préfère la déportation de ses juifs vers l'Est (voir D III 624 secret)

La légation de Bratislava (réf. D III 661 secret) a fait savoir que le gouvernement slovaque est fondamentalement en accord avec la déportation vers les ghettos de l'Est. Mais il ne faut pas mettre en cause la revendication slovaque sur les biens de ces juifs.

Les câbles des rapports ont été soumis, comme il est d'usage, au cabinet du ministre des Affaires étrangères du Reich.

Sur la base de ces rapports, j'ai informé le RSHA qu'en référence à D III 661 secret, les juifs de Roumanie, de Croatie et de Slovaquie pouvaient être déportés; leurs biens doivent être saisis. Les directeurs du département politique, de la section IV du département politique, de la section IX du service juridique et de la section IV du département de la politique économique ont contresigné le document. La déportation des juifs des territoires occupés a donc été entreprise.

6. Le nombre de juifs ainsi déportés vers l'Est n'a pas suffi à couvrir les besoins de main d'oeuvre sur place. Le RSHA, sur instruction du Reichsführer SS, s'est donc tourné vers le ministère des Affaires étrangères pour qu'il demande au gouvernement slovaque de fournir vingt mille juifs jeunes et forts de Slovaquie pour les déporter à l'Est. Des instructions adéquates furent envoyées, par D III 874, à la légation allemande à Bratislava. Ces instructions ont été signées par le secrétaire d'Etat, le sous-secrétaire d'Etat chargé du département politique et la section IV du département politique.

La légation de Bratislava a rapporté (voir D III 1002) que le gouvernement slovaque a très volontiers accepté la suggestion; les préparatifs pourraient être en train.

A la suite de cette heureuse rencontre avec le gouvernement slovaque, le Reichsführer SS a proposé que le reste des juifs slovaques soit lui aussi déporté à l'Est, ce qui ferait de la Slovaquie un pays sans juifs. La légation a reçu des instructions appropriées (D III 1559 Ang. II). Le projet d'instructions a été signé par le secrétaire d'Etat; après son envoi, il a été soumis pour information au cabinet du ministre des Affaires étrangères du Reich et au sous-secrétaire d'Etat chargé du département politique.

Comme à ce moment-là l'épiscopat slovaque a saisi le gouvernement slovaque de ses objections à la déportation des juifs, les instructions affirment expressément que l'évacuation des juifs de Slovaquie ne doit en aucun cas être la cause de difficultés politiques internes. Par un rapport télégraphique, D III 2006, la légation a fait savoir que le gouvernement slovaque avait accepté de lui-même, sans aucune pression allemande, la déportation de tous les juifs et que le chef de l'Etat avait personnellement approuvé la déportation. Le rapport télégraphique a été soumis au cabinet du ministre des Affaires étrangères. En outre le gouvernement slovaque s'est déclaré disposé à contribuer aux coûts estimés à 500 reichsmark par juif évacué.

Pendant cette période 52.000 juifs ont été retirés de Slovaquie. En raison des influences de l'Eglise et de la corruption de certains fonctionnaires 35.000 juifs ont reçu une exemption spéciale. Cependant le président du conseil des ministres Tuka veut que le déplacement des juifs continue et a demandé que le Reich exerce des pressions pour le soutenir (voir D III 3865). L'ambassadeur est autorisé a donné son aide diplomatique en faisant part au chef de l'Etat, le Dr Tiso, que l'exemption des 35.000 juifs est une surprise en Allemagne d'autant plus que la coopération avec la Slovaquie dans le domaine du problème juif a été vivement appréciée ici. Cette instruction a été contresignée par le sous-secrétaire d'Etat chargé du département politique et par le secrétaire d'Etat.

7. De même, le gouvernement croate est fondamentalement favorable au déplacement des juifs de Croatie. Il considère comme particulièrement importante la déportation des quatre ou cinq mille juifs de la seconde zone occupée par les Italiens, centrée autour de Dubrovnik et Mostar, dans la mesure où ils représentent un fardeau politique et où leur élimination serait une contribution à la pacification générale. Ce déplacement ne peut évidemment s'effectuer qu'avec l'aide allemande car on peut s'attendre à des difficultés du côté italien. On connaît des exemples concrets de résistance à des mesures croates par des fonctionnaires italiens favorables aux juifs riches. En outre, le chef d'état-major italien à Mostar a dit qu'il ne pouvait pas approuver les déportations car tous ceux qui habitent à Mostar ont reçu l'assurance qu'ils seraient traités sur un pied d'égalité.

Dans la mesure où, d'après une communication téléphonique avec Zagreb, le gouvernement croate a donné son accord écrit aux mesures proposées, l'ambassadeur Kasche pense qu'il est bon de commencer le déplacement et en fait de le commencer pour le pays tout entier. On pourrait donc prendre le risque de voir se développer des difficultés dans cette action, en ce qui concerne la zone occupée par les Italiens.

Un rapport à cet effet, à l'attention du ministre des Affaires étrangères (D III 562 secret) a été mis en suspens par le secrétaire d'Etat von Weizsaecker car il a considéré qu'il fallait au préalable obtenir l'avis de notre ambassade à Rome. La réponse n'est pas parvenue.

Le problème des juifs italiens s'est posé de la même façon avec l'évacuation des juifs de France.

L'ambassadeur Abetz a souligné, en relation avec les préparatifs de la déportation à partir de la France occupée, qu'il était politiquement très important d'appliquer les mesure d'évacuation aux juifs étrangers en tout premier lieu. Puisque ces juifs sont perçus comme des corps étrangers, ils sont tout particulièrement haïs; les exempter et leur donner ainsi une sorte de privilège serait mal compris, d'autant plus que se trouvent parmi eux les instigateurs responsables d'actes de terreur et de sabotage juifs. Il était regrettable que, sur ce point, l'Axe ne semble pas poursuivre une politique uniforme.

Si l'évacuation des juifs étrangers n'était pas possible dans l'immédiat, il faudrait demander au gouvernement italien de rapatrier ses juifs de France.

Du côté italien, ce sont les intérêts économiques qui semblent jouer un rôle décisif. Mais la sauvegarde de ces intérêts est entièrement possible, de sorte qu'il ne devrait pas y avoir d'obstacle sur ce point à une solution planifiée.

Sur la question des juifs italiens en France, les minutes d'une réunion tenue le 24 juillet (voir D II 562 secret) ont été soumises au ministre des Affaires étrangères du Reich.

8. A l'occasion d'une réception, le 26 novembre 1941, par le ministre des Affaires étrangères du Reich du ministre des Affaires étrangères bulgare Popoff, celui-ci a abordé la question d'un traitement identique pour les juifs de diverses nationalités européennes et il a souligné les difficultés qu'éprouvaient les Bulgares à appliquer leurs lois sur les juifs à ceux qui ont une nationalité étrangère.

Le ministre des Affaires étrangères du Reich a répondu qu'il trouvait que la question soulevée par M. Popoff n'était pas inintéressante. Dès maintenant il pouvait lui dire une chose, à savoir qu'à la fin de la guerre tous les juifs devront quitter l'Europe. C'était une décision inaltérable du Führer ainsi que la seule façon de maîtriser le problème car seule une mesure globale et totale pouvait le faire, les mesures individuelles ne servant pas à grand chose. En outre, on ne devrait pas accorder beaucoup d'importance aux protestations qui s'expriment en faveur des juifs de nationalité étrangère. Dans tous les cas, nous ne nous laisserons pas influencer davantage par les protestations émanant du côté américain. Lui, le ministre des Affaires étrangères du Reich, ferait étudier le problème soulevé par M. Popoff par le ministère.

Le ministre des Affaires étrangères du Reich m'a confié la mission de faire les recherches promises (voir D III 660g) (document NO-4669)

J'aimerais faire référence à mon mémorandum de base sur la conférence du 4 décembre 1941 (D III 660 secret) que je joins à cet envoi avec le dossier idoine. Ce mémorandum est resté en suspens dans les mains du secrétaire d'Etat car il a jugé nécessaire un nouvel examen de la question par le service juridique. A leur avis l'arrangement germano-bulgare que je proposais n'était pas conforme au pacte commercial et maritime qui lie l'Allemagne et la Bulgarie. J'ai donc demandé à la légation allemande à Sofia (D III 497 secret en date du 19 juin) de contacter le gouvernement bulgare, en rappelant la suggestion du ministre des Affaires étrangères Popoff lors de sa réception, pour savoir s'il était disposé à parvenir à un accord sur le problème juif qui exclurait qu'aucune disposition du pacte commercial et maritime puisse jouer en faveur des juifs avec la promesse de la réciprocité.

Si la partie bulgare demande si l'Allemagne est prête à déporter les juifs de Bulgarie vers l'Est, la réponse doit être affirmative mais s'il s'agit de fixer un cadre chronologique, la réponse doit être évasive. Ce décret a été contresigné par le secrétaire d'Etat, le sous-secrétaire d'Etat, le directeur du département politique, le directeur du département de la politique économique, la section IV du département politique, la section IV du département de la politique économique, et aussi par Ribbentrop. La légation a échangé des notes avec le gouvernement bulgare et a fait savoir que le gouvernement bulgare était fondamentalement prêt à signer un accord sur le problème de l'évacuation des juifs avec nous. Ceci donne par conséquent une base pour inclure les juifs bulgare dans les mesures concernant les juifs (D III 559 secret et 569 secret)

9. Aucun travail d'approche n'a été entrepris auprès du gouvernement hongrois sur le déplacement des juifs parce que l'état actuel de la législation hongroise ne donne pas grand espoir d'y parvenir.

10. En vertu de l'accord passé avec le gouvernement roumain, évoqué au point 8, l'évacuation des juifs roumains d'Allemagne et des territoires occupés a commencé; c'est alors qu'intervinrent différents consulats roumains et l'ambassadeur roumain à Berlin, qui n'avaient pas reçu d'instructions de la part de leur gouvernement. Nous avons donc demandé à l'ambassadeur Killinger d'obtenir des éclaircissements. Il semble que la légation ait eu en l'occurrence recours au truchement d'un conseiller aux affaires juives qui lui a été assigné, nommé Richter. C'est la personne à qui le gouvernement roumain a confirmé son accord donné précédemment en faveur de l'inclusion des juifs roumains dans les mesures allemandes et à qui le vice-président du conseil des ministres Mihai Antonescu a fait part de la requête du maréchal demandant que les services allemands s'occupent aussi du déplacement des juifs de la Roumanie elle-même, en commençant par le déplacement immédiat des juifs des régions d'Arad, de Timisoara et de Turda.

Pour les détails, je renvoie à mon mémorandum du 17 août dans D III 649.

11. A la demande des gouvernements concernés, les légations de Bratislava, Zagreb et Bucarest ont été dotées d'un conseiller aux affaires juives. Ils ont été mis à la disposition du ministères des Affaires étrangères par le RSHA. Leur affectation est limitée dans le temps. Elle se termine aussitôt que le problème juif est considéré comme résolu dans le pays concerné du point de vue allemand. A l'origine, il était considéré comme résolu aussitôt que le pays concerné promulguait une législation sur les juifs semblable à celle de l'Allemagne.

C'est pourquoi Richter a été rappelé l'an dernier de Roumanie par le RSHA.

A la demande urgente de la légation à Bucarest, Richter a été à nouveau affecté à la légation en dépit des objections du RSHA. Ceci a été fait dans l'intention de le faire rester jusqu'à la solution finale réelle en Roumanie (D III 1703 secret et 1893 secret).

En tenant compte du fait que toutes les négociations avec le gouvernement roumain ont emprunté le canal du ministère des Affaires étrangères, le rapport du lieutenant SS Richter au Reichsführer SS devrait être considéré comme un simple rapport interne du RSHA. La procédure inhabituelle qui consiste à avoir la confirmation d'une conférence finale de la main même du vice-président du conseil des ministres a soulevé aussitôt de très vives objections dans une directive datée du 17 de ce mois; il convient de s'occuper immédiatement de cette affaire de manière officielle. Le dossier correspondant à été soumis sous D III 659 secret.

Les déportations prévues sont un nouveau pas en avant sur le chemin de la solution totale et sont très importantes par rapport à d'autres pays (Hongrie). La déportation vers le Gouvernement général est une mesure temporaire. Les juifs seront déplacés plus loin, dans les territoires occupés à l'Est, aussitôt que les conditions techniques seront réalisées.

Je demande donc l'approbation de la poursuite des négociations et des mesures prises dans ce cadre, en accord avec les arrangements qui ont été pris.

signé: LUTHER (1)

Le passage commençant par les mots «Si la question est posée par la partie bulgare» et finissant par la phrase «Le dossier correspondant à été soumis sous D III 659 secret» a été supprimé du volume 13 du TMN. [Il est en gras ici.] Il semble, d'après le contexte, que la date du 24 juin 1940 pour le document Pol XII 136, dans la section 4, est une erreur; ce devrait être 1941.

Il ne s'agit pas d'un document isolé; ce n'est pas seulement un résumé d'un certain nombre de documents énonçant la politique du gouvernement allemand à l'égard des juifs mais tous les documents traitant de cette époque, à l'exception de ceux que nous avons identifiés comme étant des faux, se situent dans le cadre de cette politique. La «solution finale» signifiait l'expulsion de tous les juifs hors de la sphère allemande d'influence en Europe. Après l'invasion de la Russie, sa signification précise fut la réinstallation de ces juifs à l'Est. Les documents allemands à tous les niveaux (parmi ceux qui ont survécu) expriment cela sans ambiguïté; c'est un point que les tenants de la légende de l'extermination admettent et qui les contraint à déclarer ce doit être un langage codé pour qui désigne l'extermination. (2).

A vrai dire, nous avons déjà eu plusieurs fois l'occasion de faire allusion, dans les chapitres précédents, à ce programme de réinstallation à l'Est. Son expression la plus affirmée se trouve dans l'extrait de la Croix-Rouge qui, malgré ses remarques équivoques au sujet de l'«extermination», offre un tableau assez proche de la version exposée dans le NG-2586-J. A Theresienstadt, la Croix-Rouge se demandait si l'endroit «était utilisé comme camp de transit et quand avaient eu lieu les derniers départs vers l'Est». En Slovaquie, les juifs avaient été soumis à une «immigration forcée vers les territoires sous contrôle allemand». Un grand nombre de juifs roumains avaient été réinstallés à l'Est, mais les choses ne fonctionnèrent pas bien et beaucoup revinrent, bien qu'il y ait eu des occasions favorables de les exterminer, si telle avait été la politique. Malgré les diverses remarques vagues et ambiguës, au sujet d'une «extermination», que nous avons notées au chapitre V, le résultat net du Report de la Croix-Rouge est de confirmer que les Allemands faisaient ce que leurs documents disent qu'ils faisaient.

Les documents allemands ne sont pas seulement corroborés par une autorité neutre; nous avons vu qu'ils étaient même corroborés par des sources de caractère hostile. Au chapitre IV, nous avons parlé des juifs de Theresienstadt envoyés à Auschwitz, comme le relate le rapport du WRB. La manière dont ils sont traités n'a de sens que si Birkenau servait pour eux de camp de transit. Du reste, la source israélienne citée au chapitre IV rapporte que les juifs de Theresienstadt étaient effectivement envoyés à l'Est. Ainsi, même des sources hostiles rapportent que les Allemands faisaient ce que leurs documents disent qu'ils faisaient.

Ce qui est décrit dans le NG-2586-J est le programme tel qu'il existait au début de 1939. En fait, en raison des pressions qui s'exerçaient contre les juifs entre 1933 et 1939, la grande majorité des juifs allemands et autrichiens avaient émigré avant le début des hostilités. Les Allemands ne s'étaient pas beaucoup préoccupés de la destination des juifs qui émigraient. La Palestine semblait offrir une bonne solution, en raison de la déclaration Balfour de 1917, mais les négociations avec les Britanniques s'enlisèrent car ils souhaitaient maintenir de bonnes relations avec les Arabes qui, à l'époque, constituaient le gros de la population palestinienne. Il y eut néanmoins une émigration juive régulière d'Europe en Palestine mais elle se réduisit en fin de compte à un mince filet du fait de la politique annoncée par le Livre blanc britannique de mai 1939. (3)

Le projet Madagascar, aussi fantastique qu'il paraisse aujourd'hui, fut pris tout à fait au sérieux par les Allemands, bien qu'il n'en soit jamais rien résulté. La guerre avec la Russie qui commença en juin 1941 ouvrit de nouvelles perspectives de colonisation. C'est à cette époque que fut rédigée la fameuse lettre de Goering à Heydrich, datée du 31 juillet 1941, concernant la «solution finale de la question juive »:

«En complément de la tâche qui vous a déjà été assignée par décret du 24.1.1939, à savoir d'obtenir pour la question juive, par la voie de l'émigration ou de l'évacuation, la solution la plus avantageuse possible eu égard aux circonstances, je vous charge par la présente de procéder à tous les préparatifs nécessaires sur le plan de l'organisation et des questions concrètes et matérielles pour aboutir à une solution d'ensemble de la question juive dans la zone d'influence allemande en Europe. Pour autant que les autorités compétentes d'autres instances centrales se trouvent ici concernées, elles auront à coopérer avec vous.
Je vous charge en outre de me soumettre rapidement un projet d'ensemble portant sur les mesures d'organisation et les dispositions concrètes et matérielles pour réaliser la solution finale, à laquelle nous aspirons, de la question juive.» (4)

Il est fréquent de citer cette lettre en supprimant la référence à l'émigration et à l'évacuation. (5) L'émigration concertée vers les territoires de l'Est des juifs allemands mais également des juifs «dans la zone d'influence allemande en Europe» était un projet assez considérable et c'est pourquoi, en accord avec l'allusion de Goering «aux autorités compétentes d'autres instances centrales», Heydrich organisa une conférence spéciale, la «conférence de Wannsee», qui eut lieu finalement le 20 janvier 1942. Des représentants de plusieurs administrations du gouvernement allemand assistèrent à la conférence. Eichmann était, lors de cette conférence, celui qui avait l'avant-dernier grade. Le procès-verbal de la conférence, le NG-2586-G, est assez long mais le coeur du projet était exprimé comme suit:

«Entre-temps, le Reichsführer-SS, chef de la police allemande [Himmler] a interdit l'émigration des juifs, vu les dangers d'une émigration en temps de guerre et les possibilités qui s'offraient à l'Est.
Avec l'autorisation préalable du Führer, l'émigration a dès lors laissé place à une autre possibilité de solution: l'évacuation des juifs vers l'Est.
On ne saurait cependant considérer ces actions que comme des solutions de fortune, mais les expériences pratiques déjà recueillies en ce domaine sont d'une importance significative pour la future solution finale de la question juive.

***

Dans le cadre de la solution finale, les juifs seront emmenés vers l'Est sous direction appropriée et de la manière qui convient pour y être mis au travail. Formés en grandes colonnes de travail, les hommes d'un côté et les femmes de l'autre, les juifs aptes au travail seront conduits dans ces territoires tout en y construisant des routes; sans doute une grande partie d'entre eux s'éliminera-t-elle par réduction naturelle.
Ce qu'il en restera de toute façon à la fin, vu qu'il s'agira sans doute de la partie la plus résistante, devra être traité de façon appropriée parce que, représentant une sélection naturelle, ce reste, à sa remise en liberté, sera à considérer comme portant en germe les éléments d'une nouvelle renaissance juive. (Voyez l'expérience de l'histoire).
Au cours de la réalisation pratique de la solution finale, l'Europe sera passée au crible d'Ouest en Est. Le territoire du Reich, y compris le protectorat de Bohême-Moravie, devra être traité en premier à cause de la question du logement et d'autres nécessités socio-politiques.
Les juifs évacués seront tout d'abord transférés, convoi par convoi, dans des ghettos dits de transit, pour être transportés ensuite plus loin vers l'Est.
Un préalable important, a en outre déclaré le SS-Obergruppenführer Heydrich, pour mener à bien l'évacuation est de déterminer exactement la catégorie des personnes impliquées.
Pour les juifs âgés de plus de 65 ans, on se propose, non pas de les évacuer vers l'Est, mais de les transférer dans un ghetto de vieillards -- il est prévu que ce sera à Theresienstadt.
A côté de ces classes d'âge -- environ 30% des 280.000 juifs se trouvant à la date du 31.10.1941 sur les territoires de l'Ancien Reich [Allemagne] et de l'Ostmark [Autriche] sont âgés de plus de 65 ans -- on placera dans les ghettos juifs pour vieillards les juifs grands blessés de guerre ainsi que les titulaires de décorations (Croix de Fer de 1 ère classe). Avec cette solution appropriée on coupera court d'un seul coup aux nombreuses interventions.

***

Quant à l'incidence de l'évacuation des juifs sur la vie économique, le secrétaire d'Etat Neumann a expliqué que les juifs travaillant dans des entreprises importantes pour l'effort de guerre ne pourront être évacués tant qu'on ne leur aura pas trouvé de remplaçants.
Le SS-Obergruppenführer Heydrich a fait remarquer que, d'après les directives qu'il a lui-même définies pour les mesures d'évacuation en cours actuellement, ces juifs ne doivent de toute façon pas être évacués.
Le secrétaire d'Etat Dr Bühler a fait remarquer que le Gouvernement général [de Pologne] serait heureux si, pour la solution finale de la question, on commençait par le Gouvernement général; en effet, le problème du transport n'y joue pas un rôle capital et les arguments relatifs à l'utilisation de la main-d'oeuvre ne devraient pas entraver le cours de cette action [...] Et puis les quelque deux millions et demi de juifs en question seraient pour la plupart inaptes au travail [...] Il n'exprime qu'un souhait: que la question juive dans ce pays soit résolue au plus vite.» (6)

Nous avons là la preuve écrite, dépourvue d'ambiguïté, qu'il n'existait pas de programme d'extermination: la politique allemande était d'évacuer les juifs à l'Est. Il n'y avait nul besoin des documents allemands pour s'en rendre compte. Ce fait était bien connu pendant la guerre et fut rapporté et commenté à d'innombrables reprises dans la presse alliée au cours des premières phases du programme de réinstallation. Dans le cas des juifs de Vienne déportés en Pologne, au début de 1941, le New York Times fit même observer qu'ils avaient «trouvé leurs nouvelles habitations beaucoup plus confortables qu'ils ne s'y attendaient ou même qu'ils n'avaient osé l'espérer». Les comptes rendus ultérieurs sur le programme de réinstallation ne le décrivent pas si favorablement mais la presse rapportait au moins de manière approximative ce qui se passait. (7)

Soit dit en passant, Rothe croit que la conférence de Wannsee est elle-même un mythe de la propagande. La principale raison qu'il a d'affirmer cela est qu'il croit, preuves à l'appui, que Heydrich était à Prague le 20 janvier 1942. Cependant, la date attribuée à la conférence et le document présenté comme le procès-verbal de la conférence s'accordent si bien avec tout ce que l'on connaît par ailleurs sur la politique allemande que nous pensons que Rothe se trompe sur ce point. (8)

Le seul aspect réel du programme d'évacuation vers l'Est qui s'accorde généralement avec les allégations d'extermination est que de nombreux juifs envoyés dans les camps en Pologne ne sont pas revenus, du moins pas dans leurs anciens foyers. Cela explique apparemment pourquoi de nombreuses personnes qui avaient des informations plus ou moins directes sur certains individus ont accepté les allégations d'extermination. La situation est toutefois d'une grande simplicité. Ces camps servaient manifestement de camps de transit pour le programme d'évacuation vers l'Est. Nous avons noté qu'à Birkenau existait un quartier spécial qui servait de camp de transit pour les juifs de Theresienstadt et que des juifs hollandais sont également passés par Auschwitz. Le camp de concentration de Lublin jouait également ce rôle à l'occasion. (9) Treblinka, qui fut un camp de travail mais ne semble pas avoir été administré par le WVHA, servait également manifestement de camp de transit, en particulier pour les juifs de Varsovie. Comme pour Auschwitz, Reitlinger trouve qu'il est difficile de concilier les faits avancés à propos des gazages à Treblinka. Sobibor était explicitement qualifié de camp de transit. (10)

Il se peut que le lecteur soit étonné d'apprendre que les documents que nous avons examinés et qui constituent la solide preuve qu'aucun programme d'extermination n'a existé, ne sont pas passés sous silence par les tenants de la légende de l'extermination mais nous sont au contraire jetés à la face comme des preuves qu'un programme d'extermination a bel et bien existé. Ce n'est pas seulement l'idée que donne implicitement la série de documents du tome XIII du TMN; Reitlinger et Hilberg sont tout à fait sérieux lorsqu'ils considèrent ces documents comme relatifs à un programme d'extermination. Ainsi, l'on prétend que l'«évacuation vers l'Est» est une expression codée désignant l'extermination.

En raison d'un trait immuable de la légende de l'extermination disant que l'une des tâches des Einsatzgruppen en Russie était l'extermination des juifs, les tenants de la légende sont acquis à l'idée que la politique d'extermination avait été décidée avant l'été 1941. C'est pourquoi, bien que la lettre de Goering du 31 juillet 1941 à Heydrich énonce précisément que la «solution finale» est un programme d'émigration et d'évacuation et bien qu'elle fasse précisément référence au programme qui existait depuis 1939, lequel était, comme le reconnaissent Reitlinger et Hilberg, un programme d'émigration, nos deux auteurs sont obligés d'adopter la position qu'il s'agissait en réalité d'un ordre d'extermination. Cela ne les gêne apparemment pas que les déportations de juifs du Reich vers la Russie et les Etats baltes aient commencé à l'automne 1941. (11).

Fidèles à leur première attitude, ils interprètent également la conférence de Wannsee de janvier 1942 comme une discussion voilée de l'extermination, bien que le programme d'évacuation dont parle le procès-verbal de la conférence fût à l'époque en cours d'exécution. Les deux auteurs insistent sur la référence à «ce qu'il en restera de toute façon à la fin» et qui devra «être traité de façon appropriée». Ce passage peut signifier beaucoup de choses. Entre parenthèses, la phrase «à sa remise en liberté» a été supprimée de la version du procès-verbal de la conférence de Wannsee qui est reproduite dans le tome XIII du TMN. Cela donne à penser que les éditeurs ont pu interpréter le passage comme une recommandation que «ce qu'il en restera» devrait être remis en liberté. Dans son commentaire du procès-verbal de la conférence de Wannsee, Reitlinger fait remarquer que «Heydrich fut assez discret pour ne pas mentionner le reste» et que «la rédaction de procès-verbaux circonspects constituait l'un des arts majeurs du Reich hitlérien». Hilberg résous le défaut de clarté dans la signification de certains des passages (de son point de vue) en faisant remarquer que «nous savons, d'après le langage des rapports des Einsatzgruppen, qu'il voulait dire meurtre». (12) Cela revient à énoncer l'affirmation extraordinaire selon laquelle le Reich hitlérien était «circonspect» pour ce qui concerne le langage utilisé dans les procès-verbaux des conférences secrètes mais qu'il ne l'était plus dans le langage employé dans les rapports largement distribués des Einsatzgruppen. Quoi qu'il en soit, ces passages de ce qui serait le procès-verbal de la conférence de Wannsee sont les seuls dans les documents retraçant la politique allemande à l'égard des juifs pour lesquels une interprétation sinistre est possible, bien que de nombreuses interprétations soient possibles.

L'interprétation excessivement forcée de ces documents est un facteur, ajouté à ceux que nous avons mentionnés au chapitre IV, qui pousse Reitlinger à déclarer que Höss a dû vraiment vouloir dire que c'était pendant l'été 1942 qu'il avait reçu de Himmler l'ordre d'extermination. Reitlinger et Hilberg supposent tous deux que les déportations vers l'Est avaient pour but d'y tuer les juifs, d'une manière ou d'une autre, et que les chambres à gaz en Pologne furent installées au milieu de 1942 afin de modifier la méthode d'assassinat. Nous avons vu que cette théorie ne s'accorde pas avec les dates qui sont associées à la conception des crématoires d'Auschwitz, qui auraient été destinés aux exterminations, et aux travaux préliminaires de leur construction. C'est pourquoi l'allégation selon laquelle les documents devraient être interprétés comme voulant dire autre chose que ce qu'ils disent conduit à des contradictions et à des difficultés insolubles, mais le résultat serait le même si l'on devait interpréter de façon comparable les recettes de cuisine, la signalisation routière, les formules mathématiques, etc.

Il est inutile de discuter davantage plus avant de ces tentatives de faire dire à ces documents autre chose que ce qu'ils disent. La politique allemande, la «solution finale», était de réinstaller les juifs dans les territoires occupés à l'Est. C'est ce que disent ses documents et le programme dont parlent ces documents est confirmé par des sources neutres et même, dans une large mesure, par des sources de caractère hostile. Pour ajouter un autre élément de confirmation, on peut de citer un passage de l'History de Grayzel. Il écrit que les Allemands faisaient ce que leurs documents disent qu'ils faisaient:

«Ils poursuivirent par des déportations massives. Ils choisirent un certain nombre d`endroits en Europe orientale où ils concentrèrent les juifs d'autres pays, conformément à la politique déclarée des nazis de «libérer» l'Europe entière de l'influence juive».

Dans le paragraphe suivant, Grayzel contredit ces propos en disant que les Allemands faisaient ce que la propagande alliée disait qu'ils faisaient: exterminations, chambres à gaz, etc. Il n'essaie pas de résoudre la contradiction. (13)

On pourrait se demander pourquoi les auteurs de la mystification nous ont présenté les documents qui décrivent, en termes très généraux, en quoi consistait la politique allemande. Les mystificateurs étaient en présence du fait (a) que les Allemands avaient dit aux Européens, au moment des déportations, que les juifs devaient être réinstallés, du fait (b) que le programme de réinstallation avaient été rapporté dans la presse alliée et du fait (c) que, eu égard aux documents, il était nécessaire d'opérer un choix parmi trois possibilités: ne produire aucun document de haut niveau traitant de la politique à l'égard des juifs, produire des documents de haut niveau traitant de cette politique, mais falsifiés, et produire une sélection de documents de haut niveau traitant de cette politique. En de telles circonstances, la troisième possibilité était de loin la meilleure. Il était nettement préférable de produire un document authentique, signé par Goering et parlant de la «solution finale» de la question juive, que de produire un document falsifié ou pas de document du tout. Bien que la solution finale y soit indiquée comme devant s'effectuer par «la voie de l'émigration ou de l'évacuation», on considéra comme impossible d'éluder le fait que les nazis décrivaient leur programme dans ces termes-là. C'est pourquoi, aujourd'hui, les tenants de la légende affirment tout bonnement qu'il s'agissait d'un langage codé.

Nous ne devons pas passer sous silence l'important ouvrage de R. L. Koehl qui est un oiseau rare: un historien de profession qui écrit dans un domaine complètement dominé par des non-historiens. La principale valeur de l'ouvrage de Koehl est qu'il situe la Pologne dans une perspective exacte.

Pendant les années de guerre, l'Allemagne entreprit de modifier la composition des populations vivant près de ses frontières orientales. Le principal instrument de ce programme fut le RuSHA (Rasse- und Siedlungshauptamt) de la SS. La politique consistait à déplacer certains Allemands du Reich et des communautés de souche allemande d'Europe orientale (Volksdeutsche) vers les territoires qui sont proches de l'Allemagne. Les juifs et les Polonais furent expulsés de ces régions et envoyés en divers endroits, dans certains cas vers les fermes que les Allemands de souche venaient de quitter, vers les ghettos spéciaux de l'Est ainsi que vers certains «villages Z» spéciaux, en Pologne.

Koehl souscrit explicitement à la réalité du programme d'extermination mais la façon dont il en parle est des plus singulières:

«La version officielle soutenait que les juifs devaient être déplacés plus loin à l'Est, dans le territoire conquis sur les Soviétiques, pour les retrancher plus efficacement de l'espace vital allemand. Comme de nombreuses déclarations des Allemands, celle-ci contenait une part de vérité: 1) des trains entiers de juifs du Reich étaient envoyés vers l'Est, aussi loin que possible, pour y être liquidés, souvent par des non-Allemands, comme des Ukrainiens ou des Baltes. 2) D'après les premiers plans de Rosenberg, lorsqu'il était ministre des territoires de l'Est, les Polonais devaient être réinstallés dans la zone soviétique (Smolensk), libérant ainsi le Gouvernement général pour l'installation des Allemands». (14)

Koehl ne fournit aucune preuve concernant les assassinats commis par des Ukrainiens ou des Baltes; les sources qu'il cite ne font état d'aucune allégation de ce genre. Il se réfère ensuite aux camps d'extermination:

«Pendant l'automne et l'hiver de 1941-1942, les 240.000 derniers juifs des provinces annexées furent envoyés dans les camps d'extermination nouvellement construits de Kolo, Belzec, Majdanek et Sobibor». (15)

La liste exclut Auschwitz dont le nom n'apparaît dans le livre de Koehl qu'au détour d'une remarque sur certains Allemands qui y furent envoyés dans le cadre d'une condamnation, en rapport avec l'«Action Reinhardt» (expliquée plus loin), ainsi que dans le passage suivant:

«[Le Dr Klukowski] a déclaré que sur les 691 villages du district de Zamosc, 297 furent totalement ou partiellement évacués avant juillet 1943. Il a estimé que 110.000 Polonais et juifs ont été expulsés de la région, les hommes et les femmes en âge de travailler étant envoyés au travail forcé dans l'usine d'hydrogénation d'Auschwitz, le reste allant dans les autres 394 villages («Z»)». (16)

C'est à chacun de tirer ses propres conclusions. Nous recommandons l'ouvrage de Koehl aux lecteurs qui souhaiteraient disposer d'une vue détaillée de la politique démographique nazie, notamment dans ses rapports avec le nationalisme allemand, l'idéologie raciale nazie et la politique interne du parti nazi.

Le nombre des déportés: provenance et destination

De nombreux juifs européens ont été déportés vers l'Est et il nous faut à présent examiner de plus près ce programme de déportations. Il y a plusieurs questions évidentes: qui a été déporté? Combien l'ont été? Vers quelle destination? A quoi ressemblait la vie là où ils ont été envoyés? Que leur est-il arrivé? Dans une certaine mesure, il n'est possible d'apporter ici que des réponses fragmentaires ou provisoires.

Nous devons examiner en premier lieu le nombre et l'origine des juifs impliqués dans ce programme de réinstallation. Nous nous heurtons ici aux problèmes rencontrés au chapitre I; le dénombrement des juifs peut se révéler difficile. Cependant, nous ne recherchons pas ici la précision statistique mais un ordre de grandeur ou des chiffres approximatifs pouvant être utilisés pour montrer, sur la base de données vérifiables, qu'il se pourrait très bien, après tout, que les juifs qui ont été déportés aient survécu. C'est pourquoi il nous suffira d'accepter simplement, pour les besoins de la discussion, certains chiffres fournis par Reitlinger et Hilberg, bien qu'on puisse les contester, comme on le peut avec l'étude de Rassinier. Les chiffres sont des estimations du nombre de tués; il est entendu que nous supposons ici que ces personnes avaient simplement été déplacées vers l'Est. Dans le cas de Reitlinger, nous utilisons son estimation la plus élevée: (17)

 

 Reitlinger

Hilberg
 Allemagne 180.000 160.000
Autriche 60.000  53.000
Tchécoslovaquie 251.000 271.000
Danemark ---  1.000
France 65.000 70.000
Belgique 28.000 50.000
Luxembourg 3.000 2.000
Norvège 700 1.000
Pays-Bas 102.700 120.000
Italie 8.000 17.000
Yougoslavie 58.000 63.000
Grèce 60.000 62.000
TOTAUX 816.400 870.000

Dans une certaine mesure, ces chiffres s'appuient sur des documents allemands, notamment le «rapport Korherr», le document NO-5193-8; ils proviennent aussi de sources neutres, comme la Croix-Rouge hollandaise pour les chiffres des Pays-Bas. Il y a également une certaine part de spéculation démographique. Toutefois, je crois que les totaux auxquels on arrive sont d'un ordre de grandeur acceptable.

Nous n'avons pas fait figurer la Hongrie dans notre liste car les juifs de Hongrie, qui, selon Reitlinger et Hilberg, auraient été exterminés, sont de la pure invention; ils ne furent même pas déportés à l'Est. Un peu moins de cent mille furent envoyés en Allemagne, vers la fin de la guerre, pour y travailler; un bon nombre d'entre eux a dû périr dans les conditions chaotiques des derniers mois, mais il est pour l'essentiel impossible de fixer un chiffre.

On suppose également que la Roumanie a perdu entre deux cent mille et trois cent soixante-dix mille juifs du fait de l'extermination mais, comme le fait remarquer Reitlinger, ces chiffres sont «conjecturaux» en raison du «manque d'informations sûres». Appartiennent à la même catégorie les grands groupes de juifs prétendument exterminés: de 2,350 millions à 3,3 millions pour la Pologne et de quatre cent à sept cent mille pour l'URSS. Ces chiffres sont de la pure spéculation démographique qu'absolument aucune donnée ne vient étayer, si ce n'est les déclarations de gouvernements communistes d'après-guerre.

Ces chiffres seront examinés plus loin. Nous rappellerons ici que les juifs déportés de France et de Belgique n'étaient pas des juifs français ou belges mais que ceux qui furent déportés des Pays-Bas étaient presque tous des juifs hollandais Il semble que la raison en fut une simple question de droit. La France et la Belgique avaient fait acte de reddition et un accord avait été trouvé sur les termes d'un armistice en bonne et due forme. Aux Pays-Bas, la reine s'était enfuie en Angleterre et c'est pourquoi les Allemands considérèrent les Pays-Bas comme n'ayant pas d'Etat indépendant. (18) Les droits des Allemands aux Pays-Bas furent par voie de conséquence plus étendus. Bien entendu, les Allemands avaient l'intention d'expulser par la suite tous les juifs d'Europe, mais ils commencèrent naturellement par ceux pour lesquels il existait un minimum d'obstacles juridiques.

L'extrait du Rapport de la Croix-Rouge, que nous avons examiné au chapitre V, contredit certainement, dans le cas des juifs roumains, les allégations d'extermination. Il est raisonnable de supposer que la plupart des juifs se trouvant sur le territoire soviétique qui fut occupé par les Allemands après le 22 juin 1941 se sont enfuis vers l'intérieur des terres avant l'arrivée de ces derniers, opinion que partage également Reitlinger (p.241). Quoi qu'il en soit, il n'y a pas de preuve que les Allemands aient eu une autre attitude, à l'égard des juifs qui restèrent sur place, que la méfiance et l'hostilité que suscitaient les menaces des partisans dont il a été question au chapitre précédent. Les juifs polonais constituaient la majorité des juifs déplacés par les Allemands et en effectuer une analyse détaillée présente les plus grandes difficultés, du fait des lieux et des circonstances dans lesquels ils vivaient. Nous ne pouvons que reconstituer dans les grandes lignes ce qui leur est arrivé.

Nous ferons d'abord remarquer que, bien qu'il faille faire ici une distinction entre juifs russes et juifs polonais, la distinction est en réalité des plus ténues, si tant est qu'on puisse dire qu'elle existe. Avant la première guerre mondiale, ces deux catégories de juifs étaient sujettes de l'empire russe.

Les premiers événements concernant les juifs polonais furent dus à des dispositions prises par les Russes plutôt qu'à des mesures allemandes. L'Allemagne et la Russie s'étaient partagé la Pologne en 1939, la moitié orientale et par conséquent une grande partie des juifs polonais se retrouvant de ce fait sous domination soviétique. Ces juifs firent l'objet d'un programme de réinstallation russe dont Korzen a esquissé les traits généraux dans un article publié par le gouvernement israélien. L'article de Korzen est important pour les questions traitées dans ce chapitre. (19)

Pour être bref, ce qui est arrivé est que «des centaines de milliers» de ces juifs furent dispersés à travers l'Union soviétique dans un programme d'évacuation qui commença en juin 1940. Au début, beaucoup furent envoyés dans des camps de travail mais, après septembre 1941, un sérieux effort fut entrepris «pour transformer les réfugiés en citoyens soviétiques et les empêcher de quitter l'Union soviétique». La dispersion s'effectua jusqu'en Asie centrale et même jusqu'en Extrême-Orient. Il est difficile de donner davantage de détails et Korzen souhaite que les historiens s'intéressent à cette question. Beaucoup devinrent citoyens soviétiques, certains prirent le chemin du retour jusqu'en Pologne après la guerre et, dans de nombreux cas, poursuivirent leur route jusqu'en Israël (Korzen fait remarquer que l'on fit pression sur les juifs qui étaient restés en Pologne comme dirigeants du nouveau régime communiste «pour qu'ils changent leurs noms et en prennent d'autres qui aient une consonance purement polonaise et qu'ils gardent secrètes leurs origines juives»). Certains arrivèrent en fin de compte jusqu'en Iran et en Inde via Shanghai. Le Joint Distribution Committee de New York maintint le contact avec les réfugiés en Union soviétique pendant la guerre et les assista dans leurs migrations après la guerre.

On sait également qu'un grand nombre de juifs, trois cent mille selon une source, se sont enfuis en 1939 de la partie occidentale de la Pologne pour se réfugier dans la partie orientale lorsque les nazis envahirent la première. (20) Une partie importante, peut-être un tiers, des juifs polonais s'était donc placée hors d'atteinte des Allemands avant le début de la guerre, en juin 1941, entre la Russie et l'Allemagne.

Bien qu'il ait existé, auparavant, un petit programme allemand de réinstallation, notamment pour les juifs de Vienne, le programme nazi de réinstallation commença sérieusement à l'automne de 1941. Si nous excluons pour le moment les juifs polonais de notre étude mais y incluons les juifs roumains, nous constatons que les Allemands ont déplacé au mieux un million de juifs vers des colonies de peuplement ou des ghettos situés dans les territoires de l'Est occupé. D'après les lieux qui ont été mentionnés, nous pouvons nous faire une assez bonne idée de l'emplacement de ces colonies: Riga -- Minsk -- l'Ukraine -- la mer d'Azov, forment sur la carte une sorte de ligne qui dénote une intention.

Tandis que nous avons une assez bonne idée de l'emplacement de ces colonies, nous savons peu d'autres choses sur elles sinon qu'elles ont existé. Comme l'on devrait naturellement s'y attendre, l'occupation alliée a détruit les archives et les documents allemands qui s'y rapportent, si bien que seuls des fragments ont survécu qui touchent au programme de réinstallation en termes plus précis, disons, que le mémorandum de Luther (NG-2586-J). A vrai dire, l'avocat de Steengracht fit de sérieux efforts pour dénicher ce genre de documents à Nuremberg, mais le mieux qu'il put faire fut de soumettre deux documents concernant les camps orientaux. Le premier, le Steengracht 64 (21), est une lettre d'Eichmann, datée du 5 juin 1943, adressée au ministère des Affaires étrangères à l'attention de von Thadden. Elle concerne les camps juifs de l'Est et certains articles qui étaient parus dans divers périodiques européens. Il semble que certaines personnes, en Slovaquie, aient ajouté foi aux «rumeurs fantastiques» qui circulaient dans ce pays à propos des camps et Eichmann fit remarquer que

«pour contrecarrer les rumeurs fantastiques circulant en Slovaquie sur le sort des juifs évacués, il faudrait attirer l'attention sur les liaisons postales de ces juifs avec la Slovaquie [...] qui s'élevaient par exemple à plus de 1000 lettres et cartes postales pour février-mars cette année. Concernant les informations que souhaite manifestement avoir le premier ministre Tuka sur les conditions de vie dans les camps pour juifs, notre service ne devrait pas trouver d'objection à un examen de la correspondance avant qu'elle soit remise à leurs destinataires».

Le second document Steengracht, le Steengracht 65 (qui a également pour cote NO-1624), offre un tableau un peu plus précis de la situation des juifs dans l'Est occupé. Il s'agit d'un ordre, daté du 20 août 1943, du chef du RuSHA, le général SS Hildebrandt, relatif aux associations entre Allemands et juifs dans l'Est occupé et aux conditions selon lesquelles ces derniers pouvaient être employés. On y lit:

«On m'a signalé de différentes sources que le comportement des services allemands dans les territoire occupés envers les juifs a pris au cours des derniers mois un tour qui peut soulever des doutes. En particulier, on emploie des juifs à des tâches et des services qui sont soumis à un certain secret et où l'on s'attendrait à trouver des personnes de confiance susceptibles d'apparaître aux yeux de la population indigène comme les représentants qualifiés de l'administration allemande. En outre, de façon fort malencontreuse, on apprend qu'il existe des connivences entre des Allemands et des juives qui passent les limites qui doivent être strictement respectées pour des raisons d'idéologie et de race. On dit qu'il s'agit aussi bien de juifs locaux que des juifs ou juives qui ont été déportés depuis l'ancien Reich vers les territoires occupés de l'Est. Cette situation a déjà entraîné le fait que des juifs utilisent cette apparence d'intimité pour obtenir de la population indigène des rations alimentaires améliorées. On a dit que récemment, au moment où certaines craintes se sont manifestées dans les régions de l'Est à propos d'une éventuelle retraite allemande, que des personnes locales cherchaient à se faire bien voir de ces juifs employés par les services allemands dans l'idée d'obtenir par la suite un meilleur traitement aux mains des bolcheviques. La majorité silencieuse de la population indigène a fort désapprouvé ce spectacle car elle y a vu une contradiction entre les principes nationaux-socialistes et le comportement réel des Allemands.
«A cause de ces emplois inappropriés de juifs, l'estime qui entoure le Grand Reich allemand et la position de ceux qui le représentent se trouve atteintes et la nécessité d'une sécurité policière dans les territoires occupés de l'Est en pâtit durement. Il y a un grave danger à laisser les juifs utiliser les emplois qu'ils occupent pour faire de l'espionnage et de la propagande au service de nos ennemis.
«Je demande donc que les services administratifs dans les territoires occupés reçoivent les instructions suivantes:

1/ Les juifs et les personnes de même statut ne peuvent être occupés qu'à des travaux manuels. Il est interdit de les employer dans du travail de bureau (comptabilité, dactylographie, cartes perforées, enregistrement). On fera très attention de ne pas les mettre en situation de tirer des conclusions sur des affaires qui doivent rester secrètes.

2/ Il est interdit d'employer des juifs pour des services généraux ou des services personnels, pour exécuter des ordres, pour négocier des affaires commerciales ou pour le ravitaillement.3/ Toute association de nature privée avec un juif, une juive ou une personne de statut semblable est interdite, de même que toute relation qui excède les nécessités officielles.»

Les «personnes d'un statut similaire» auxquelles il est fait allusion étaient probablement et pour l'essentiel des Tsiganes. Nous supposons que l'avocat de Steengracht a effectué une recherche approfondie des documents qu'on a laissés survivre à Nuremberg. L'ordre de Hildebrandt au RuSHA ne fait que reproduire textuellement un ordre de Kaltenbrunner du 13 août 1943 adressé à tous les services allemands des régions occupées (document NO-1247). Que Steengracht n'ait pas utilisé le NO-1247 est probablement dû au fait qu'il est presque identique au NO-1 264. (22)

Ces documents ne sont qu'un fragment désolant de ce qui a dû être de vastes archives écrites traitant des colonies juives de peuplement dans les territoires de l'Est. On n'a pas détruit le premier, probablement parce qu'il parle de «rumeurs fantastiques» circulant en Slovaquie. Il est probable que les deux autres ont échappé à l'attention des procureurs car ils ne comportaient pas de sous-entendus suffisamment évidents.

Dans l'ouvrage de Boehm We Survived, Jeanette Wolff, une juive allemande qui fut une dirigeante du Parti social démocrate, a écrit un texte sur ce qu'elle a vécu après avoir été déportée à Riga, en Lettonie. On a du mal à croire à son récit des coups gratuits donnés par les SS, d'orgies sexuelles et autres scènes d'ivrognerie. Son article mérite pourtant d'être mentionné car il montre qu'il existait un vaste système de colonies, de ghettos et de camps pour les juifs à proximité de Riga. Ces colonies n'abritaient pas seulement des juifs lettons mais aussi un grand nombre de juifs déportés d'Allemagne et d'autres pays européens. Bien entendu, au chapitre IV, nous avions noté la source provenant de Theresienstadt qui rapportait que les nazis ont déporté les juifs à Riga et ailleurs tout au long de la guerre. Comme il n'a pas été possible, lors des procès de Nuremberg, de disposer des documents et des archives allemandes traitant de la colonie de Riga, dont les ouvrages sur le sujet ne parlent même pas, et qu'on n'a pas pu, à ma connaissance, en disposer par la suite, nous avons ainsi la preuve que ces pièces à décharge ont été éliminées et peut-être détruites par les vainqueurs.

Les ghettos polonais

On peut voir, dans les grandes lignes, ce qui est arrivé aux juifs polonais (et lettons et lituaniens) en consultant les ouvrages consacrés à l'«Holocauste» qui sont l'oeuvre de «rescapés». Dans les villes grandes et moyennes de Pologne, les juifs furent confinés dans des ghettos qui existèrent pendant toute la guerre. En Pologne, il existait des ghettos particulièrement vastes à Lodz (Litzmannstadt), Varsovie, Bialystok, Lwow et Grodno; en Lituanie, à Vilna et Kovno; en Lettonie, à Riga, ainsi que nous venons de le noter. Bien que la littérature produite par les «rescapés» comporte des divagations au sujet de l'extermination (souvent inconciliables avec la légende, par exemple lorsqu'il est fait état de chambres à gaz, à Cracovie, en décembre 1939), elle offre également assez d'éléments pour que l'on puisse saisir approximativement ce qui se passait. Dans chaque ghetto, il y avait un Conseil juif, le Judenrat, qui était le gouvernement interne du ghetto. La police du ghetto était juive et responsable devant le Judenrat. Le Judenrat conseillait habituellement de coopérer avec les Allemands car, étant donné les circonstances, il ne voyait aucune autre ligne de conduite possible. Les Allemands faisaient de fréquentes demandes de main d'oeuvre et le Judenrat dressait alors la liste des gens qui devaient être ainsi enrôlés. Il existait également des organisations de résistance dans les grands ghettos, habituellement bien armées, dont les membres considéraient souvent le Judenrat comme constitué d'hommes de paille des Allemands. (23).

Dawidowicz consacre plusieurs chapitres de son livre aux conditions de vie dans les ghettos polonais. Bien que la politique initiale des Allemands, immédiatement après l'occupation de la Pologne, ait été d'interdire les écoles juives, cette politique fut bientôt abandonnée et les enfants juifs reçurent une éducation, à peu près normale, dans des écoles dirigées par des particuliers ou fonctionnant sous l'autorité des Judenräte. Les activités culturelles pour les adultes -- la littérature, le théâtre, la musique -- permirent d'adoucir certains traits peu réjouissants de la vie du ghetto. Le bureau d'aide sociale juif était le ZSS (dissous au milieu de l'année 1942 par les Allemands mais reconstitué peu de temps après sous le nom de JUS) qui tirait son approvisionnement en nourriture, en vêtements et en médicaments de l'administration civile allemande et qui maintenait également le contact, par l'intermédiaire de la Croix-Rouge allemande, avec des organisations étrangères qui lui fournissaient de l'argent et des vivres. Avant l'entrée en guerre des Etats-Unis, le gros de ces fonds provenait du Joint Distribution Committee de New York mais ce ne fut plus possible légalement après décembre 1941.

Malgré son statut protégé, le ZSS-JUS servit parfois de couverture à des activités politiques illégales. Les diverses organisations politiques -- socialistes, communistes, sionistes, agudistes [Agudat: un parti sioniste] -- étaient rattachées aux organisations de résistance dont les activités allaient du sabotage actif à la propagande et, à l'occasion, à la résistance armée. La propagande au sujet de des exterminations commença dans les publications clandestines peu avant qu'elle commence à être diffusée par le Congrès juif mondial (cf. Annexe E), mais la population juive n'y croyait pas car rien, dans son expérience, ne venait confirmer cette propagande; les lettres envoyées par des juifs déportés à l'Est rassuraient amis et familles. Comme l'écrit Dawidowicz dans son chapitre d'introduction sur les problèmes posés pa r l'«Holocauste» pour la recherche historique:

«Je me suis heurtée à l'insuffisance de la documentation juive, en dépit de la masse énorme qu'elle représente [...] L'absence, dans ces dossiers, de sujets vitaux, peut s'expliquer par les circonstances, la terreur et la censure. Mais, parce qu'il manque de preuves pour corroborer ou contredire telle ou telle assertion, l'historien ne saura jamais avec certitude si cette absence fait suite à une décision officielle -- il ne faut pas traiter ces sujets -- ou si elle fut simplement une conséquence d'une politique de prudence -- il ne faut pas mentionner ces choses. La terreur était telle que même les journaux intimes, rédigés en yiddish ou en hébreu, témoignent d'une certaine circonspection. On recourt aux Ecritures et au Talmud qui permettent de conférer à des réticences compréhensibles une expression ésotérique». (tr. Garnet)

Comme cela apparaît clairement à la lecture de toutes les études sur la politique démographique allemande en Pologne, celles, par exemple, de Dawidowicz et de Koehl, il y avait un déplacement incessant de juifs, conformément à la politique générale des Allemands qui consistait à les concentrer à l'Est, aussi loin que possible. Selon le «rapport Korherr» de mars 1943, 1.449.692 juifs avaient été transférés «hors des provinces de l'Est vers l'Est russe». Il est de plus précisé que 90% d'entre eux étaient passés par les camps du Gouvernement général et que les autres étaient passés par ceux du Warthegau (ce qui désigne sans doute la région de Lodz). L'immense ghetto de Varsovie fut liquidé au printemps de 1943 et la plupart des juifs furent envoyés plus à l'est, Treblinka servant de camp de transit. Cela ne fut accompli, cependant, qu'après une résistance juive acharnée et une bataille qui connut une publicité mondiale pendant qu'elle faisait rage. Le transfert ne fut toutefois pas complet car il restait toujours au moins quelques juifs sur l'emplacement du ghetto et, comme nous l'avons fait remarquer plus haut, tous les grands ghettos continuèrent d'exister, à un certain degré, tout au long de la guerre.

Quand un transfert était annoncé dans un ghetto, la tâche du Juderat était de dresser la liste de ceux qui devaient être transférés. Sauf dans quelques cas, les juifs qui étaient transférés s'en allaient tranquillement, car il était bien connu que le «transfert» n'était rien d'autre que cela.

Il semble que les épidémies étaient choses fréquentes dans les ghettos. Les Allemands les attribuaient à un «manque de discipline» des juifs. Ils prirent les mesures qu'ils purent et, comme le New York Times le rapporta à au moins une reprise, «de nombreuses ambulances ont été envoyées à Varsovie pour désinfecter le ghetto». (24)

Tandis que le mouvement général vers l'Est de ces juifs est un fait établi, les données qui permettraient de reconstituer exactement leur nombre et leurs lieux de destination n'existent pas. Ce qu'il importe de noter, néanmoins, c'est qu'il est presque certain que la plupart des juifs polonais avaient complètement évacué le territoire de la Pologne d'avant-guerre, à l'exception de sa partie la plus orientale. Comme le territoire de la Pologne d'après-guerre est constitué de ce qui avait été l'Allemagne orientale et la Pologne occidentale et centrale (la Russie obtenant ce qui avait été la Pologne orientale), cela signifie que la plupart des juifs avaient vraiment été déplacés hors de ce qui est désigné aujourd'hui comme la Pologne. Quant aux grands ghettos qui ont été mentionnés plus haut, il est bon de noter que Lwow, Grodno, Vilna, Kovno et Riga ont tous été absorbés dans l'Union soviétique après la guerre et que Bialystok est à présent dans la partie extrême-orientale de la Pologne. S'il y avait environ trois millions de juifs en Pologne avant la guerre, alors, quand on prend en compte le nombre de ceux qui ont fui en Union soviétique en 1939, de ceux qui ont été déportés par les Russes en 1940, de ceux qui ont réussi à passer dans des pays comme la Slovaquie ou la Hongrie et de ceux qui ont pu périr lors d'épidémies, nous constatons qu'il y avait tout au plus deux millions de juifs polonais dans des ghettos disséminés sur le territoire contrôlé par les Allemands et que la plupart de ces gens avaient été envoyés vers des territoires considérés comme soviétiques après la guerre.

Nous avons donc vu dans ses grandes lignes, suffisantes pour notre propos, quelle était la véritable nature de ce qui est appelé la «solution finale du problème juif». Il n'est pas nécessaire ici de tenter de compléter ce tableau par de plus amples détails car il est de toute façon douteux qu'on puisse en découvrir de nouveaux. Que cette «solution» ne fut à vrai dire en aucun sens «finale» et que les juifs seraient revenus grâce à un changement politique n'est pas si extraordinaire. Les gouvernements du vingtième siècle ont invariablement donné à leurs projets des appellations audacieuses et irréalistes: Corps de la Paix, l'Alliance pour le Progrès, la der des der, etc.

 

Que leur est-il arrivé?

Il reste à examiner ce qui est arrivé à tous ces gens. Ici encore, nous sommes dans une situation où il existe beaucoup moins de données que l'on aurait pu souhaiter. Nous avons cependant assez d'éléments pour reconstituer, dans une mesure qui convienne à notre objectif, ce qui est arrivé. En réalité, nous devons examiner à cet égard plusieurs possibilités. Voici les possibilités qui nous paraissent raisonnables.

1/ Les Allemands ont liquidé beaucoup de juifs au cours de leur retraite car ils pouvaient les considérer comme de la main-d'oeuvre éventuellement utilisable contre eux. Il faut envisager cela comme une possibilité raisonnable car nous avons noté que les Allemands avaient effectivement considéré cet aspect des choses assez sérieusement pour avoir rendu difficile l'émigration des juifs hors d'Europe.

Il y a cependant deux choses qui s'opposent fortement à cette première possibilité. Premièrement, les travailleurs les plus aptes, qui étaient également d'âge militaire, avaient déjà été sélectionnés pour le travail et étaient employés par les Allemands de diverses manières. Deuxièmement, et c'est le point le plus important et le plus simple, si les Allemands avaient bien procédé à telles liquidations, les Alliés les en auraient accusés. Ils auraient disposé d'éléments pour une véritable accusation d'extermination au lieu de cette idiotie de «chambre à gaz».

Bien que les preuves indiquent que les autorités allemandes n'effectuèrent pas, dans leur retraite, de liquidations de juifs sur une grande échelle, le bon sens et une connaissance des circonstances devraient nous faire supposer qu'il y eut de nombreux massacres de juifs effectués par des individus et de petits groupes agissant de leur propre initiative. Des troupes allemandes, hongroises ou roumaines, et certains civils d'Europe de l'Est, dont les sentiments anti-juifs étaient amplifiés par le cours désastreux de la guerre, s'en sont sans doute pris à des juifs, au moment de la retraite allemande. On sait qu'au début de la guerre, lorsque des Européens de l'Est avaient tenté de lancer des pogromes, les autorités allemandes les en avaient empêchés et les avaient réprimés. (25) Cependant, dans les conditions d'une retraite chaotique, les Allemands se souciaient probablement beaucoup moins des massacres de juifs.

2/ Les Russes en ont liquidé beaucoup. Nous ne retenons cette hypothèse que parce que la Russie est une véritable énigme et que sa manière d'agir à l'égard des populations semble souvent très arbitraire. Il n'y a toutefois aucun indice de liquidation de la part des Russes et il convient de douter de cette possibilité.

3/ Beaucoup ont péri en raison des conditions de vie dans les camps ou les ghettos. C'est une possibilité des plus sérieuses. Nous avons vu que les conditions sanitaires peuvent être très instables et que la situation peut évoluer très vite dans une situation de chaos. En outre, nous avons noté que les conditions de vie dans les ghettos, que ce fût la faute des Allemands ou, comme dirent les Allemands, celle des juifs, favorisaient l'éclosion des épidémies, déjà au commencement de la guerre, lorsque les Allemands avaient dans l'ensemble la situation bien en main. Il est donc fort possible que de nombreux juifs périrent dans les ghettos dans les conditions chaotiques qui accompagnèrent la retraite allemande. Aussi bien, Korzen croit que beaucoup de ceux qui se sont exilés en 1940 en Russie sont morts dans les camps russes où ils avaient été envoyés; c'est pourquoi il est possible que de nombreux juifs des ghettos aient péri du fait de la manière dont les Soviétiques administrèrent les ghettos après que ceux-ci fussent tombés entre leurs mains.

4/ Beaucoup ont été dispersés à travers l'Union soviétique et se sont intégrés dans la société soviétique. C'est ce qui est le plus probable car il est bien établi que l'Union soviétique a encouragé l'assimilation des juifs pendant et immédiatement après la guerre. Nous avons noté par exemple que c'était la politique suivie à l'égard des déportés de 1940. Un autre exemple est ce qui est arrivé en Ukraine subcarpatique, province de la Tchécoslovaquie avant la guerre et annexée par l'Union soviétique après la guerre. Dix mille juifs, anciens résidents de l'Ukraine carpatique, possédaient le statut de réfugiés, en Tchécoslovaquie, au printemps 1946. La Russie insista pour que ces juifs soient rapatriés en Union soviétique. Bien qu'une telle démarche fût contraire aux accords en vigueur sur les réfugiés, la pression soviétique sur le président Benès fut assez forte pour l'obliger à céder. (26)

Il faudrait également signaler l'existence, au sein de l'Union soviétique, d e l'«Etat autonome» spécifiquement juif du Birobidjan qui est situé en Extrême-Orient sur le fleuve Amour, à la frontière chinoise. Le Birobidjan a été créé par les Soviétiques en 1928 comme Etat juif. Immédiatement après la guerre existait à New York le «Fonds Einstein de l'Ambijan» (acronyme de American Birobidzhan Committee [Comité américain pour le Birobidjan]) dont le but était «d'aider la colonisation du Birobidjan par les réfugiés». Il y eut d'autres associations à New York qui aidèrent les juifs réinstallés au Birobidjan immédiatement après la Seconde Guerre mondiale.

Il y avait aussi des organisations juives, comme le Joint Distribution Committee, qui aidèrent les juifs dans d'autres parties de l'Union soviétique, et il existait également à New York le Committee for Aid to Minsk and Neighboring Towns [Comité d'assistance à Minsk et aux villes voisines]. Il y avait aussi les programmes de l'UNRRA, dont il sera question plus loin, en Russie blanche (Biélorussie) et en Ukraine. Ces efforts pour aider les réfugiés juifs en Union soviétique bénéficièrent du soutien public de juifs éminents comme Albert Einstein qui exprima sa reconnaissance au gouvernement soviétique pour avoir aidé «des centaines de milliers de juifs» en leur donnant un foyer en URSS. (27)

Tout en encourageant l'intégration des juifs, l'Union soviétique signait un accord avec le gouvernement communiste de Pologne pour le rapatriement de ceux qui étaient citoyens polonais le 17 septembre 1939. L'accord, passé en juillet 1945, incluait spécifiquement ceux qui résidaient sur le territoire annexé par l'Union soviétique et ceux qui avaient été déportés en Union soviétique en 1940 et prévoyait qu'ils pourraient choisir entre la citoyenneté soviétique et la citoyenneté polonaise. Pour les juifs, la date limite pour le choix fut fixée en définitive au 30 juin 1946 .

Comme nous l'avons noté au chapitre I, Reitlinger admet que la population juive de l'Union soviétique d'après-guerre pouvait très bien dépasser celle d'avant-guerre, en raison de l'arrivée des juifs polonais, baltes et autres. Il considère comme «très prudente» l'estimation du Jewish Observer selon laquelle cinq cent mille juifs polonais avaient choisi de demeurer en Union soviétique et concède qu'il subsiste à ce sujet d'énormes et insurmontables incertitudes. C'est pourquoi, bien que les Russes aient été disposés à laisser partir les juifs polonais avant la date butoir du 30 juin 1946, ils n'en encouragèrent pas moins leur intégration dans l'Union soviétique. Il pourrait s'agir là d'une énorme partie des juifs qui avaient été transférés à l'Est par les Allemands. Il est inutile, cependant, d'essayer de tirer une conclusion des pseudo-statistiques démographiques fournies par les Russes ou par des organisations juives. (28)

5/ Beaucoup de juifs arrachés à leur foyer ont pu y retourner ou, tout au moins, ont pu retourner dans leur pays d'origine. Nous avons vu que les Russes étaient disposés à autoriser les juifs polonais à quitter l'Union soviétique et nous pouvons supposer qu'une politique similaire a été suivie à l'égard des juifs d'autres nationalités. Il est possible seulement, et non probable, que l'Union soviétique ait absorbé tous les juifs qui avaient été déportés à l'Est par les Allemands depuis l'Allemagne, les Pays-Bas, etc.

A première vue, il pourrait sembler que la conduite logique de tout juif déporté aurait été, après la guerre, de revenir dans le pays où il résidait auparavant. Ce n'est pas le cas, néanmoins, et cela pour diverses raisons. Tout d'abord, dans peut-être la majorité des cas, il n'y avait plus rien vers quoi revenir. (29) La principale raison en est le programme allemand appelé «Action Reinhardt» par lequel les juifs déportés se virent dépouillés de presque tous leurs biens: meubles, bétail, avoirs commerciaux, bijoux, les vêtements qu'ils ne pouvaient emporter avec eux et tout l'argent liquide qu'ils possédaient, sauf environ vingt-cinq dollars, étaient purement et simplement confisqués au cours du processus de transfert (certains ont peut-être emporté avec eux une partie de leurs avoirs commerciaux). Les camps de Lublin et d'Auschwitz furent les points principaux de regroupement et de traitement d'une grande partie de ces biens, quel que fût le lieu où ils avaient été confi s qués. C'est pourquoi de nombreux juifs, n'ayant plus ni biens ni famille dans leur pays d'origine, n'avaient pas de raisons impératives d'y retourner. Le programme allemand avait procédé à un véritable déracinement.

Un autre aspect de la situation était qu'à la fin de 1945 et en 1946 l'on parlait beaucoup de massacres de juifs qui se multipliaient, disait-on, en Pologne et dans d'autres pays d'Europe de l'Est. Si ces récits étaient vrais, alors ces massacres étaient pour les juifs une puissante incitation au départ. Si ces récits n'étaient que des fabrications de la propagande sioniste ayant peu de fondement dans les faits sinon aucun, on pouvait alors en conclure que les sionistes s'étaient lancés dans des opérations visant à faire partir les juifs d'Europe orientale.

Lors de la conférence de Yalta, en 1945, Churchill, Roosevelt et Staline s'étaient mis d'accord sur le fai t qu'«il serait impossible pour les réfugiés juifs de retourner en Pologne et de se réintégrer normalement dans la société». (30) Bien qu'il soit certain que de nombreux juifs sont revenus dans leur pays, ils se heurtaient à quelques réalités et à beaucoup de propagande. Si cela est vrai, et s'il est vrai également qu'un nombre important de juifs polonais ont quitté l'Union soviétique, alors beaucoup d'entre eux ont dû poursuivre leur route après un passage par la Pologne. C'est effectivement ce qui s'est passé. Les dirigeants politiques sionistes avaient pour eux d'autres destinations en tête.

6/ De nombreux juifs ne se réinstallèrent en fin de compte ni en Union soviétique ni dans leur pays d'origine mais ailleurs, principalement aux Etats-Unis et en Palestine. Nous savons tous que cela est vrai mais il existe une certaine incertitude sur les chiffres, principalement dans le cas des émigrés aux Etats-Unis. Jusqu'en novembre 1943, le service de l'immigration et des naturalisations des Etats-Unis reconnaissait une catégorie «hébraïque» parmi les «races et les peuples», mais l'on arrêta cette pratique ce mois-là et aucune donnée officielle sur l'immigration juive n'a été enregistrée depuis lors. (31)

Lorsque on tente d'étudier en détail les déplacements des juifs à la fin de la guerre, on retombe sur le War Refugee Board et l'UNRRA (United Nations Relief and Rehabilitation Administration [Administration des Nations Unies pour l'assistance et la reconstruction]). On se rappellera que le WRB fut créé au début de 1944 comme une filiale commune des départements d'Etat, du Trésor et de la Guerre américains mais qu'il dépendait en fait du ministre du Trésor Morgenthau. On accorda à la Commission le privilège extraordinaire de nommer des attachés spéciaux dotés d'un statut diplomatique. Autre aspect très inhabituel, le WRB travaillait en étroite collaboration avec des associations privées comme le Joint Distribution Committee et le Congrès juif mondial ainsi que plusieurs autres associations juives et sionistes. On retrouvait également certaines associations non juives, notamment l'American Friends Service Committee [des quakers]. On autorisa formellement le WRB et les trois ministères associés au WRB «à accepter les services ou les contributions de personnes ou d'organisations privées». (32) Nous sommes par conséquent en présence d'une entité plutôt hybride, s'occupant à la fois de propagande et d'assistance et bénéficiant des droits d'une agence gouvernementale lorsqu'un statut officiel semblait commode et des droits d'une organisation privée lorsqu'un statut privé était plus avantageux.

Le WRB exerça ses activités d'assistance du milieu de l'année 1944 au milieu de l'année 1945, date à laquelle les opérations ayant un caractère international tombèrent presque entièrement dans le giron de l'UNRRA. Cette organisation avait été créée en novembre 1943 et avait opéré jusqu'en mars 1949. Son premier directeur, nommé par Roosevelt, fut Herbert Lehman, ancien gouverneur de l'Etat de New York et important dirigeant démocrate partisan du New Deal. La logique affichée par Roosevelt dans le choix de Lehman était que «ce serait un bel exemple de tolérance et de fraternité humaine d'avoir un juif à la tête de cette organisation et je pense que Herbert y serait excellent». (33) Lehman fut remplacé, au début de 1946, par Fiorello La Guardia, ancien maire de New York. Bien que son père ne fût pas juif et qu'il ait naturellement vu tout le profit qu'il pouvait y avoir à solliciter l'énorme réservoir constitué par les suffrages des électeurs italiens de New York, La Guardia compte vraiment au nombre des politiciens juifs et sionistes, et c'est en tant que tel qu'il figure dans l'Encyclopedia Judaica. C'est pourquoi nous pouvons être certains que l'équipe de l'UNRRA était fondamentalement la même que celle du WRB. Il s'agit donc d'une autre entité hybride, parce qu'il s'agit cette fois d'une organisation qui se prétend internationale. Ainsi, quand, en septembre 1945, le Congrès demanda que le General Accounting Office [chambre des comptes américaine] contrôle les comptes de l'UNRRA (on disait que les Etats-Unis payaient les deux tiers des coûts de fonctionnement de l'UNRRA mais leur part était probablement supérieure), Lehman l'envoya promener. (34)

Les activités de l'UNRRA avaient des ramifications lointaines. La majeure partie de l'aide de l'UNRRA allait à l'Europe de l'Est et le montant envoyée en Pologne venait juste après celui qui était envoyé en Chine. Elle parvenait aussi en Biélorussie et en Ukraine. (35)

Vers le milieu de l'année 1944, le WRB et l'UNRRA administraient un vaste réseau de camps de réfugiés en Afrique du Nord, en Italie et en Palestine. Ces camps étaient presque exclusivement destinés aux juifs. On procéda à des évacuations considérables de juifs d'Europe vers ces camps à partir de 1944. Beaucoup furent évacués des Balkans par Istanbul ou par la mer Noire et Istanbul. (On chercha et on obtint pour un grand nombre d'entre eux le droit d'entrer aux Etats-Unis ou dans des pays d'Amérique du Sud alors que la guerre se poursuivait. C'est dans ce contexte que fut établi le camp d'Oswego (Etat de New York), tout près de la frontière canadienne. En outre, beaucoup de ceux qui n'avaient été placés dans l'un des camps pour la Palestine réussirent tant bien que mal à atteindre cette destination. (36)

Après l'effondrement de l'Allemagne, l'UNRRA administra des camps de personnes déplacées, principalement dans les zones d'occupation britannique et américaine en Allemagne et en Autriche. Bien entendu, il y avait, dans ces camps, beaucoup de personnes qui n'étaient pas juives, mais les juifs bénéficiaient d'une position privilégiée et étaient souvent logés dans des maisons ou des hôtels réquisitionnés pour eux. (37)

Les activités de l'UNRRA en Allemagne constituèrent l'un des scandales de la période de l'occupation. Elle organisait des descentes dans des maisons allemandes pour «délivrer» des enfants. En Europe orientale, quand ils récupéraient des orphelins, les nazis avaient coutume d'effectuer un "examen racial" afin de sélectionner les orphelins aryens pour les faire adopter par des familles allemandes. Ces enfants étaient élevés comme des enfants allemands et devinrent les victimes innocentes de la terreur de l'UNRRA. On ignore ce qu'il est advenu d'eux. (38)

Le comportement des personnes déplacées dans les camps de l'UNRRA était effrayant. Comme l'a écrit le plus éminent historien du gouvernement militaire des Etats-Unis en Allemagne:

«Elles [ces personnes] consommaient non seulement de vastes quantités de nourriture mais elles manifestaient des traits psychonévrotiques qu'on doit s'attendre à rencontrer chez des personnes qui ont traversé les épreuves qu'ont connues beaucoup de personnes. Il était fréquent de les entendre affirmer qu'elles ne recevaient pas, de la part des autorités alliées, les égards qu'elles méritaient. Elles protestaient souvent contre les camps dans lesquels elles vivaient, trouvant cela peu conforme à leur condition. Certaines faisaient valoir que l'on devait débarrasser les meilleurs maisons allemandes de leurs occupants et les mettre à la disposition des personnes déplacées, en particulier des juifs. Elles refusèrent à plusieurs reprises de s'occuper de l'entretien de leurs logements, en arguant qu'il n'était pas de leur responsabilité de faire ces choses pour elles-mêmes. Pendant cette période, c'est l'UNRRA qui s'occupa pendant quelques mois de la prise en charge des personnes déplacées mais la responsabilité en incomba finalement au gouvernement militaire qui devint l'objet des accusations qu'on trouvait dans la presse à propos de la manière dont ces personnes étaient traitées.
En outre, les personnes déplacées continuaient leur guerre clandestine contre la population allemande malgré toutes leurs promesses et les efforts conjugués de l'UNRRA et du personnel de l'armée américaine. Les razzias ne cessèrent pas; certaines personnes déplacées profitaient de toutes les occasions pour chercher querelle à des Allemands. Les Allemands se faisaient piller ou tuer, les femmes se faisaient violer presque chaque jour par des personnes déplacées. Un ressentiment général s'est fait jour dans la population, surtout parce qu'il était impossible de se défendre contre les armes à feu que les personnes déplacées étaient parvenues à se procurer.» (39)

Au cours d'un incident qui bénéficia d'une large publicité, des personnes déplacées juives et polonaises, avec l'assistance de certains membres de l'armée américaine, forcèrent les habitants d'une ville allemande à déterrer des corps récemment inhumés et, à coups de poings et à coups de pieds, les forcèrent à enlever la chair en décomposition et à nettoyer les os. (40)

Encore le sionisme

Ce qui nous intéresse, néanmoins, c'est le rôle politique qu'ont joué ces camps pour personnes déplacées. Ils ont servi de camps de transit et de camps d'entraînement militaire pour l'invasion de la Palestine.

Le monde eut l'occasion de l'apprendre dès janvier 1946. Comme il arrive de temps à autres dans les «organisations internationales», le chef en titre des activités de l'UNRRA en Allemagne, le général britannique Sir Frederick Morgan, était indépendant et n'était pas à la solde des sionistes. Bien qu'il n'ait contrôlé vraiment qu'une partie des activités allemandes de l'UNRRA, il savait ce qui se passait et il en parlait ouvertement. Lors d'une conférence de presse à Francfort, il accusa un groupe juif organisé de financer l'exode de juifs de Pologne vers la zone américaine en Allemagne. Il se moqua de «tous ces bruits au sujet des pogromes en Pologne», faisant observer que les juifs qui arrivaient par trains entiers à Berlin étaient bien nourris, bien habillés et avaient beaucoup d'argent: «On ne dirait pas des gens persécutés. Je crois qu'ils ont un plan, un véritable plan, pour partir d'Europe». Morgan ajouta que l'argent qu'ils possédaient était des marks d'occupation imprimés par les Russes. Le lecteur se rappellera peut-être que l'une des actions les plus spectaculaires de l'agent soviétique Harry Dexter White, que nous avons rencontré au chapitre III en tant que chef des opérations internationales du Trésor américain, fut d'avoir transmis aux Russes les planches d'imprimerie de la monnaie d'occupation des Etats-Unis.

Chaim Weizmann dénonça la déclaration de Morgan comme manifestement «antisémite» et le rabbin Wise déclara qu'elle sentait le nazisme de la pire époque et qu'elle rappelait les Protocoles des sages de Sion. Le quartier général de l'UNRRA aux Etats-Unis annonça que Morgan avait été relevé de ses fonctions mais Morgan démentit la nouvelle. Wise, Henry Monsky, le président du B'nai Brith et d'autres juifs de premier plan s'entretinrent alors avec Lehman et «assurèrent le gouverneur Lehman qu'il était imprudent, étant donné les circonstances, d'insister sur le cas de Morgan», ce dernier disposant apparemment de preuves à l'appui de ses assertions.

Plus tard, au cours de l'année 1946, il y eut une commission d'enquête anglo-américaine sur le problème juif qui constata que Morgan avait sous-estimé la situation. Dans les camps pour personnes déplacées juives, «les visages changeaient d'un jour sur l'autre et de nouvelles personnes répondaient à d'anciens noms au moment des contrôles nominatifs, à mesure que l'Organisation sioniste amenait les juifs toujours plus près de la Palestine». Les juifs, principalement polonais, arrivaient en masse en Allemagne occidentale depuis l'Est et passaient par les camps de l'UNRRA. Dans ces camps, beaucoup d'entre eux reçurent une instruction militaire pour l'invasion de la Palestine, dispensée par des sous-officiers en uniforme des armées britannique et américaine. Bien que la plupart d'entre eux veuille aller aux Etats-Unis et non en Palestine, on employa tous les moyens pour les obliger à immigrer en Palestine. Résumant son travail à l'UNRRA, le général Morgan écrivit dans ses mémoires (Peace and War, 1961): «Servir avec une telle équipe est indescriptible».

Des années plus tard, des auteurs sionistes reconnurent le bien-fondé des accusations de Morgan dans leurs récits élogieux de l'exode organisé des juifs à partir de l 'Europe. (41)

En août 1946, La Guardia mit Morgan dehors pour avoir accusé l'UNRRA de servir de «couverture à des agents secrets russes et à des éléments criminels impliqués dans de gros trafics de drogue et de contrebande». Morgan fut remplacé par Meyer Cohen, du bureau de l'UNRRA à Washington. Cette mesure fut prise à un moment où l'UNRRA et les autorités militaires en Allemagne étaient en conflit. La Guardia était venu en Allemagne, à l'époque, pour s'occuper de divers problèmes, dont celui de la présence de Morgan. Lors d'une conférence de presse tenue immédiatement après le renvoi de Morgan, La Guardia eut un violent échange avec Hal Foust, du Chicago Tribune (que nous avons rencontré au chapitre I). Foust avait demandé combien d'argent d'autres pays que les Etats-Unis avaient accordé à l'UNRRA. La Guardia, cependant, ne voulut répondre à aucune des questions de Foust, sous prétexte que son «sale journal minable ne publierait de toute façon pas ses réponses». Aux demandes réitérées de Foust, La Guardia lui hurla de «la fermer». (42)

Morgan n'avait pas été le premier officier allié de haut rang à se heurter aux sionistes. A l'été 1945, le «rapport Harrison», adressé à la Maison Blanche, affirmait que les juifs de la zone américaine en Allemagne étaient traités presque aussi mal qu'à l'époque nazie. Bien que de nombreux juifs dans les camps se soient publiquement moqués de ces dires, le général Eisenhower, commandant en chef des armées alliées, rendit visite au général George S. Patton (chef d e la IIIe armée des Etats-Unis et gouverneur militaire de Bavière), «le tança d'importance et le stupéfia en lui disant qu'il fallait, si nécessaire chasser les Allemands de chez eux, pour donner leur place à leurs victimes». Peu de temps après, Eisenhower releva Patton de ses fonctions pour avoir dit en public que l'on faisait trop de barouf à propos de l'éviction des nazis des positions clés, que la différence entre nazis et non-nazis était semblable à celle qui existait, aux Etats-Unis, entre républicains et démocrates et que la clé d'une occupation réussie de l'Allemagne consistait à montrer aux Allemands «combien les Américains sont des types épatants». Ce n'était qu'un cas parmi d'autres de la réticence manifestée par «les autorités d'occupation au niveau opérationnel à agir aussi durement que le réclamait la politique énoncée à Berlin par les chefs d'Etat et par le général Eisenhower lui-même». Patton fut affecté au commandement d'un groupe chargé de rédiger une histoire militaire, mais il eut un accident d'automobile en décembre 1945 et mourut, deux semaines plus tard. (43)

L'attitude d'Eisenhower à l'égard des sionistes avait toujours été des plus amicales. Peu avant la fin de la guerre, la militante sioniste Ruth Klieger qui était née en Roumanie et avait émigré en Palestine avant la guerre, s'était rendue à Paris, au quartier général du SHAEF d'Eisenhower, pour expliquer au juge Rifkind, conseiller d'Eisenhower pour les personnes déplacées, sa mission qui était d'organiser le transport de juifs en Palestine à partir de l'Allemagne. Elle fut promue sur-le-champ colonel de l'armée américaine et on lui octroya les papiers nécessaires à l'accomplissement de sa mission en Allemagne. Les services d'Eisenhower ne s'arrêtèrent pas là car l'Ascania, navire de transport de troupes, propriété du SHAEF, fut alors mis à la disposition des sionistes, avec un équipage fourni par Eisenhower, pour transporter deux mille quatre cents juifs en Palestine. Les Britanniques ne voulaient pas de complications avec le SHAEF et ils autorisèrent les passagers à débarquer en Palestine. Eisenhower devint par la suite président des Etats-Unis. (44)

Comme nous l'avons laissé entendre plus haut, la plupart des juifs qui quittèrent l'Union soviétique pour la Pologne n'y restèrent pas très longtemps. Soutenus par le Joint Distribution Committee et d'autres organisations juives auxquelles les contributions étaient exemptes d'impôts aux Et a ts-Unis), (45) les juifs allèrent en Allemagne et, dans certains cas, en Tchécoslovaquie, aiguillonnés par une propagande sioniste de tous les instants. Il circulait, comme nous l'avons noté, des rumeurs de massacres ainsi que, sans aucun doute, l'idée répandue parmi les juifs que leur destination à tous était les Etats-Unis. D'Allemagne, beaucoup, en effet, partirent en définitive pour les Etats-Unis mais beaucoup d'autres allèrent en Italie, où il y avait également des camps de l'UNRRA, ou en France qui y gagna, à l'époque, une réputation de soutien à la cause sioniste. De Tchécoslovaquie, les juifs allaient en Italie ou à Vienne et, de Vienne, dans des ports italiens ou yougoslaves ou à Budapest, Belgrade vers des endroits plus proches de la Palestine. Dans la fièvre de ces mouvements illégaux, on ne s'occupait naturellement pas de l'authenticité des passeports ou des papiers d'identité. Des papiers d'identité grecs furent fabriqués sur une vaste échelle et beaucoup de juifs se firent passer pour des Grecs rentrant de Pologne. Lorsque le gouvernement grec en eut vent il envoya un fonctionnaire enquêter, mais ce dernier, étant lui-même un sioniste actif, se contenta d'informer l'Organisation sioniste qu'il pouvait couvrir les illégalités passées mais qu'il fallait renoncer à la filière «grecque». Elle avait néanmoins si bien fonctionné qu'en Tchécoslovaquie, les gardes frontières qui pensaient avoir appris, d'après le grand nombre de «Grecs» qu'ils avaient vu passer, à quoi ressemblaient les membres de cette nationalité, devinrent soupçonneux et arrêtèrent les vrais Grecs qui vinrent à se présenter. (46)

Au début de ces migrations, l'Organisation sioniste avait trouvé que les juifs étaient trop indisciplinés et démoralisés pour devenir membres d'un mouvement efficace. Elle mit donc sur pied une méthode de propagande de haine pour relancer l'esprit combatif des juifs dans les différents camps; elle commença «à inspirer à ces juifs une aversion et une haine pour les Allemands et, à vrai dire, pour tout leur environnement non-juif, pour les goyim qui étaient autour d'eux». La commission d'enquête anglo-américaine qui visita les camps juifs en Allemagne à l'hiver 1946 fut «atterrée par cet anti-goyisme parmi les détenus des camps, par l'impossibilité de maintenir un quelconque contact entre les juifs déplacés et les Britanniques et les Américans». (47)

Les autorités d'occupation américaines en Allemagne étaient naturellement très préoccupées de voir tant de gens, regroupés sous la mince étiquette de «réfugiés», entrer en masse dans leur domaine de responsabilité mais hésitaient à s'exprimer trop ouvertement de peur d'être couverts d'injures comme l'avaient été Patton et Morgan. On ne pouvait cependant ignorer les problèmes qu'engendrait l'accroissement constant du nombre des «réfugiés». En juin 1946, un groupe de directeurs de journaux et de journalistes américains qui s'étaient rendus à Francfort pour la première étape d'une tournée en Allemagne, apprit de la bouche d'«officiers américains haut placés» que les juifs se précipitaient dans la zone américaine à la cadence de dix mille par mois, ce qui créait un «grave problème». Ils ajoutèrent: «Beaucoup d'entre eux viennent de Russie et, s'ils rejoignent ceux de Pologne pour confluer massivement vers la Palestine, nous pourrions avoir à nous occuper de trois millions de réfugiés». Ce qu'il y a de particulièrement intéressant dans cette déclaration est la provenance de «beaucoup» de ces juifs et le fait que les autorités militaires américaines trouvaient plausible le chiffre de trois millions (il ne s'agit pas d'une erreur d'impression). Bien entendu, elles exagéraient la situation afin de provoquer une espèce de réaction à ce sujet car il n'aurait jamais été possible que trois millions de juifs pénètrent en Allemagne dans la zone américaine. Il est bon de noter toutefois leur utilisation d'un tel chiffre et leur précision sur la provenance russe de «beaucoup» de juifs (réfugiés). (48)

Ce problème prit une telle ampleur qu'au début du mois d'août 1946 le gouverneur militaire américain, le général McNarney, annonça que «les patrouilles américaines aux frontières ne permettront pas aux réfugiés juifs de Pologne de pénétrer dans la zone américaine en convois organisés de camions ou en trains». McNarney ajouta cependant que, «si les persécutés traversent les frontières individuellement, c'est naturellement une autre question et nous les accueillerons». Beaucoup d'observateurs ont pu être surpris que cette réserve manifestement insignifiante ait pu satisfaire les sionistes au point que, peu de temps après, le rabbin Wise et d'autres sionistes de premier plan aient publiquement loué «l'attitude du général Joseph T. McNarney [...] concernant l'ensemble de ce problème». L'énigme fut résolue au mois de novembre suivant lorsqu'on apprit qu'en septembre il était entré de Pologne en Allemagne de l'Ouest le chiffre record de trente cinq mille juifs (la plupart d'entre eux entrant dans la zone américaine) et que le «filet» qui s'écoulait en novembre s'élevait à «cent cinquante à deux cents personnes par jour». (49)

Dans les articles des journaux de cette période, les juifs «rentrant» de Russie en Pologne étaient fréquemment décrits comme étant principalement ceux qui avaient été déportés en Union soviétique en 1940. On pouvait s'attendre que la presse traite l'information de cette façon puisque les autres étaient censés être morts mais l'on peut ne pas tenir compte de ces interprétations bien que, comme le remarque Korzen, ce groupe ait compris des déportés de 1940.

En 1946, la Commission d'enquête sur la guerre du Sénat américain envoya en Allemagne son premier conseiller, George Meader, pour enquêter sur la politique d'occupation menée par les Etats-Unis. Le rapport de Meader, qui faisait notamment état, au sein de l'armée, d'une immoralité générale et de cas d'extorsions, fut d'abord étouffé à la suite de «formidables pressions de la Maison Blanche, des départements d'Etat et de la Guerre, et du sénateur Arthur Vandenberg» ainsi que d'une menace de démission du général Clay, mais son contenu en fut finalement rendu public. Ce rapport était très critique sur la politique consistant à accueillir les juifs qui arrivaient en masse de Pologne puisque ce n'était pas, techniquement, des réfugiés (en ce sens qu'ils n'avaient pas échoué en Allemagne à la fin de la guerre) mais qu'ils faisaient partie d'une migration massive financée par des groupes privés au nom d'une cause politique précise: le sionisme. Par conséquent, les Etats-Unis «finançaient un programme politique» en admettant ces juifs dans les camps allemands pour personnes déplacées, alors que ce programme n'avait jamais été soumis à l'approbation du Congrès. Il existait donc aux Etats-Unis une inquiétude et une opposition quant au soutien non négligeable qu'apportaient les Etats-Unis à la cause sioniste dans la question des «réfugiés», mais cela intervenait trop tard et trop faiblement pour modifier le cours des événements.

Dans son rapport, Meader se plaignait de la difficulté qu'il y avait à obtenir des personnes déplacées juives (qu'il distingue nettement de celles qui n'étaient pas juives) le moindre travail ou même une aide pour faire le ménage. Ces personnes se plaignaient néanmoins constamment que les choses n'étaient pas aussi bien qu'elles auraient pu l'être, à leur avis. Meader faisait également observer que les activités illégales et les crimes commis par des personnes déplacées étaient nombreux. Il notait que les Etats-Unis avaient accepté de recevoir comme émigrés 2.250.000 réfugiés d'Europe. (50)

Sans y accorder beaucoup d'importance, on peu rapporter ici le nombre des personnes déplacées juives. A l'automne 1946, on disait qu'il y avait 185.000 personnes déplacées juives dans les camps en Allemagne de l'Ouest. Si on ajoute celles d'Autriche, le chiffre dépasserait 200.000. On disait également qu'il y avait plus de 400.000 réfugiés juifs en Europe occid en tale au 1er juillet 1947. (51) Ces chiffres ne sont cependant pas très parlants car les camps pour les juifs et les autres réfugiés servaient en réalité de camps de transit et il y avait un flux constant en direction des Etats-Unis et de la Palestine, en grande partie illégal ou «officieux» pour ce qui est de la seconde destination ainsi que, peut-être, pour la première.

Les principales mais non les seules destinations des juifs qui quittaient l'Europe étaient la Palestine et les Etats-Unis et c'est pourquoi nous devrions essayer d'estimer leurs nombres. Les chiffres de la population en Palestine établis par les autorités britanniques sont probablement à peu près exacts jusqu'en 1946: (52)

   Musulmans Juifs  Chrétiens Autres
1924 532.636 94.945  74.094 8263
1929 634.811 156.481 81.776 9443
1934 747.826 282.975 102.407 10.793
1939 860.580 445.457 116.958  12.150
 1944 994.724 528.702 135.547 14.098

A la fin de 1946, il y aurait eu 608.000 juifs et 1.237.000 musulmans, chrétiens et «autres». Au-delà de cette date, il n'existe pas de chiffres britanniques précis en raison de l'importance de l'immigration illégale, à mesure que les Britanniques perdaient le contrôle de la situation. Quoi qu'il en soit, en juillet 1949, à un moment où les choses s'étaient tassées, le gouvernement israélien annonça qu'il y avait 925.000 juifs en Israël. Il s'agissait en grande partie de juifs d'origine européenne, l'immigration sur une vaste échelle des juifs d'Afrique du Nord et d'Asie, encouragée par le gouvernement israélien, n'ayant eu lieu qu'après. En 1957, il y avait environ 1.868.000 juifs en Israël, 868.000 Arabes s'étant enfuis dans les pays voisins après la prise de contrôle par les juifs. (53)

Il est bon de s'arrêter un instant pour faire remarquer que beaucoup de gens se font une image très inexacte du sionisme et d'Israël. C'est à présent une opinion répandue de supposer que le sionisme est né à la fin de la seconde guerre mondiale lorsqu'un grand nombre de juifs européens, ayant décidé qu'ils ne pouvaient plus vivre en Europe, ont envahi une Palestine entièrement arabe auparavant et en ont chassé les habitants. En fait, le sionisme, mouvement pour l'établissement d'un Etat juif en Palestine, a une histoire qui commence à la fin du dix-neuvième siècle. En 1917, le sionisme était devenu une force politique tellement active que la Grande-Bretagne, engagée dans une lutte sanglante avec l'Allemagne impériale, signa la «Déclaration Balfour», qui promettait la Palestine aux juifs en échange de leur soutien dans la guerre. Comme la Grande-Bretagne avait également passé certains accords avec les Arabes, la Palestine devint la «terre (trop souvent) promise».

Les organisations sionistes encouragèrent l'émigration des juifs vers la Palestine après la première guerre mondiale et, pendant les années trente, comme l'indiquent les chiffres reproduits ci-dessus, la Palestine était peut-être devenue le plus gros casse-tête de la politique étrangère britannique qui avait pour impossible tâche de concilier les revendications juives et arabes sur la Palestine. Ce fut à la fin des années trente que le sionisme collabora activement avec la Gestapo, qui rencontrait régulièrement des représentants sionistes et qui alla même jusqu'à mettre à leur disposition, en Allemagne et en Autriche, des fermes et des bâtiments pour y installer des centres d'entraînement pour les émigrants juifs. Les sionistes et la Gestapo avaient le même objectif: faire partir les juifs d'Europe. (54)

La seconde guerre mondiale n'eut pas pour conséquence de créer le sionisme en tant que mouvement politique efficace; elle donna seulement au sionisme, au niveau mondial, la victoire politique dont il avait besoin pour la dernière étape de sa prise de contrôle de la Palestine. Tout le pouvoir mondial était tombé aux mains des Etats-Unis et de l'Union soviétique, tous deux très favorables, à ce moment-là, à la cause sioniste. Dans de telles circonstances, la position des Arabes était sans espoir puisqu'elle dépendait de la fermeté et de l'indépendance politique d'une Grande-Bretagne qui était quasi prostrée politiquement et économiquement.

Emigration vers les Etats-Unis d'Amérique

Alors qu'il est possible d'avoir une idée assez exacte de l'étendue de l'émigration juive en Palestine, on se heurte à un véritable mur si l'on tente la même approche avec les Etats-Unis. Nous avons vu que la pratique qui consistait à classer certains immigrants dans la catégorie «hébreux» fut abandonnée en 1943, le mois même où le gouvernement américain commençait, avec la création de l'UNRRA, à s'occuper du problème des personnes déplacées sur une vaste échelle. Immédiatement après la guerre, il y eut naturellement une forte pression de la part des juifs pour qu'on admette un grand nombre d'émigrés juifs et le président Truman annonça, en décembre 1945, qu'il y aurait une accélération du processus d'immigration pour permettre un rythme plus élevé d'admission. Bien que Truman ait regretté que les quotas inutilisés pendant les années de guerre ne puissent s'additionner et ne puissent s'appliquer aux admissions à venir, il s'engagea à ce que tous les quotas en vigueur soient appliqués. (55) Si ce fut le cas, l'effet sur l'entrée des juifs a été négligeable puisqu'ils sont entrés sous le couvert de différentes nationalités: allemande, autrichienne, hollandaise, polonaise, etc. Cependant, les règlements existants ne permettaient pas l'accueil d'un aussi grand nombre d'émigrés qu'on le souhaitait et c'est pourquoi, peu de temps après la fin de la guerre, on mit sur pied une législation spéciale pour l'accueil des personnes déplacées, par laquelle on éliminait les «restrictions existantes». Cette législation institua également une «Commission des personnes déplacées» pour aider à l'installation des immigrés. D'après le compte de cette Commission, plus de quatre cent mille personnes appartenant à cette catégorie furent installées aux Etats-Unis pendant la période 1948-1952 (période pendant laquelle cette loi devait s'appliquer). Le bilan officiel affirme que seulement 16% d'entre elles étaient juives, mais il ne s'agit que du bilan officiel d'un gouvernement qui avait pris des dispositions particulières pour s'assurer qu'il n'existerait pas de données relatives à ce sujet. (56)

Nous résumons ici, pour ce qu'elles ont d'utile, les parties les plus intéressantes des données sur l'immigration publiées par le gouvernement américain: (57)

 Paris

 Immigration régulière
 Personnes déplacées  TOTAL
   1941-1950  1951-1960  1948-1952 Par pays
 Allemagne 226.578 477.765  62.123  766.466
Autriche 24.860 67.106 8.956 100.922
Belgique 12.189 18.575 951 31.715
Danemark 5.393 10.984 62  16.439
Estonie 212 185 10.427 10.824
France 38.809 51.121 799 90.729
Grèce 8.973 47.608 10.277 66.858
Hongrie 3.469 36.637 16.627 56.733
Italie 57.661 185.491 2.268 245.420
Lettonie 361 352 36.014 36.727
Lituanie 683 242 24.698 25.623
Pays-Bas 14.860 52.277 64 67.601
Pologne 7.571 9.985 135.302 152.858
 Roumanie 1.076 1.039 10.618 12.733
Tchécoslovaquie 8.347 918 12.638 21.903
URSS 548 584 35.747 36.879
Yougoslavie 1.576 8.225 33.367 43.168

 

Nous n'avons donné que les chiffres de certains pays européens, c'est-à-dire de ceux qui ont pu fournir un grand nombre de juifs déracinés. Mais il y a ici une difficulté, comme nous le verrons bientôt. Le total pour la Hongrie, de 1951 à 1960, ne semble pas inclure ceux qui sont entrés en vertu de la législation spéciale votée pour les réfugiés de la révolte hongroise de 1956, dont 45.000 environ furent admis aux Etats-Unis. Il est bon de mentionner que 285.415 personnes venant d'Europe sont entrées sur le territoire américain pendant les années 1954-1971 du fait de plusieurs autres dispositions en faveur des réfugiés.

Pour des raisons qui apparaîtront lorsque nous essaierons d'interpréter ces données, nous présentons ci-dessous les totaux pour l'immigration en provenance des divers continents:

 Continent

 Immigration régulière
 Personnes déplacées  TOTAL
  1941-1950 1951-1960  1948-1952 Par continent
Europe 621.704 1.328.293 405.234 2.355.231
Asie 31.780 147.453 4.016 183.249
Amérique 354.804 996.944 307 1.352.055
Afrique 7.367 14.092 107 21.566
Pacifique 19.242 16.204 10 35.456
TOTAUX 1.034.897 2.502.986 409.674  3.947.557

 

Il importe de noter dans l'interprétation de ces chiffres, que, dans le cas de l'immigration régulière des années 1941-1950 et 1951-1960, le pays d'origine est défini comme celui du dernier domicile fixe, alors que, dans le cas des personnes déplacées qui entrèrent aux Etats-Unis, le pays d'origine est le pays de naissance.

Que la nationalité ait été le pays du dernier domicile fixe dans le cas de l'immigration régulière rend ces chiffres particulièrement difficiles à interpréter. On en a une bonne illustration avec le total des 766.466 qui sont entrés aux Etats-Unis à partir de l'Allemagne, dont plus de 90% sur la base d'un quota régulier. Si nous considérons qu'un juif allemand est un juif en possession de la citoyenneté allemande, qui a vraiment été élevé en Allemagne, alors seule une partie de ces 766.466 personnes ont pu être des juifs, pour la simple raison qu'une majorité des cinq à six cent mille juifs allemands avait émigré avant la guerre. Afin de se faire une certaine idée du nombre de juifs allemands qui ont pu émigrer aux Etats-Unis après la guerre, il faut se rappeler que les juifs déportés à l'Est par les Allemands à partir de la France et de la Belgique étaient presque tous des juifs allemands qui avaient émigré d'Allemagne avant la guerre. Si l'on accepte les chiffres de Reitlinger, le total des juifs allemands déportés à l'Est se situerait donc autour de deux cent cinquante mille. Si, disons, la moitié est allée en Palestine après la guerre, alors il en résulterait que cent vingt-cinq mille (environ) au plus des «Allemands» qui sont entrés aux Etats-Unis pouvaient être des juifs. Ce calcul est toutefois modifié par une simple observation: la «résidence fixe» a pu être accordée à un grand nombre des juifs de nationalités différentes qui vivaient dans des conditions diverses en Allemagne, immédiatement après la guerre. Cette période ne se distinguait pas par un attachement rigoureux à la légalité et c'est pourquoi il est raisonnable de supposer qu'un peu plus de cent vingt-cinq mille de ces «Allemands» étaient des juifs. Il en va de même pour l'Italie.

Le caractère flou de la notion de «résidence fixe» explique qu'on ait fait figurer les chiffres de l'immigration en provenance d'Amérique du Nord et du Sud et d'Asie. Nous ne devons pas supposer que les juifs déracinés étaient particulièrement scrupuleux concernant leurs papiers d'identité. Le cas des «Grecs» qui passaient par la Tchécoslovquie l'illustre assez bien. Il ne devait pas être difficile d'organiser la fabrication de papiers indiquant que les juifs avaient leur résidence fixe dans différents pays d'Amérique du Sud et peut-être également du Canada. Un crochet par le pays en question sur la route des Etats-Unis a pu être nécessaire mais de pure forme. Il se pourrait que des pays d'Amérique du Sud aient été heureux de coopérer du fait que les juifs n'avaient pas l'intention de s'établir chez eux (et qu'il y ait eu des pots de vin à la clé).

Pour ces raisons, je crois qu'il est parfaitement raisonnable de supposer qu'au moins cinq cent mille juifs déracinés sont entrés aux Etats-Unis. Mais le chiffre exact est probablement plus élevé. Comme des millions de juifs habitent l'agglomération new-yorkaise, quelques centaines de milliers ont pu s'y installer sans que quiconque ait fait plus que de se rendre compte, personnellement, que des juifs d'Europe étaient venus s'installer à New York après la guerre.

Au cours de cette analyse, nous avons bien entendu supposé que les grandes masses de juifs qui se sont réinstallées après la guerre étaient des juifs déracinés et ne comprenaient pas, disons, les juifs français, qui n'avaient pas plus de raisons de quitter la France que n'en avaient les juifs américains de quitter les Etats-Unis. Le résultat net de la politique nazie de déplacement des juifs fut qu'un grand nombre d'entre eux, arrachés à leurs foyers, tombèrent sous la coupe d'organisations d'assistance aux réfugiés contrôlées par les sionistes qui dirigèrent ces masses de juifs vers des destinations choisies pour des raisons politiques.

Récapitulation

Il n'est pas nécessaire ici de pousser plus avant l'analyse démographique et il est de toute façon probable qu'on ne peut pas, pour l'essentiel, la conduire beaucoup plus loin. Si nous supposons qu'il y avait, à la fin de la guerre, près de trois millions de juifs déracinés dont devaient s'occuper les Alliés, alors il est possible qu'un demi-million ait émigré aux Etats-Unis, un demi-million en Palestine, qu'un million ait été absorbé par l'Union soviétique, que sept cent cinquante mille se soient installés en Europe orientale, mais non en Union soviétique, et que deux cent cinquante mille se soient installés en Europe occidentale. D'un autre côté, il se peut très bien que les chiffres exacts, y compris ceux qui ont été fournis ici à titre de données, soient assez différents. Nous garantissons la valeur d'ensemble de l'analyse démographique présentée ici mais il n'est pas possible de fournir une précision statistique.

Si l'on tente d'estimer le nombre de ceux qui ont péri, soit en raison des conditions chaotiques dans les camps au moment de la retraite allemande, soit du fait d'épidémies dans les ghettos pendant des périodes plus normales, soit du fait des massacres qui ont pu se produire, en particulier pendant la retraite allemande, soit du fait des exécutions par les Einsatzgruppen et, enfin, en raison des conditions insalubres qui prévalaient dans les camps de concentration en Allemagne, en particulier tout à la fin de la guerre (qui affecta seulement les prisonniers politiques juifs et les criminels ordinaires ainsi que les jeunes adultes juifs qui avaient été requis pour le travail et envoyés dans les camps de concentration), nous sommes une nouvelle fois, à mon avis, en présence d'un problème insoluble. L'estimation de Rassinier est d'environ un million de morts juifs mais on peut lui opposer de très nombreux arguments. Le chiffre d'un million de morts juifs, quoique possible, me semble plutôt trop élevé. Néanmoins, étant donné les vastes incertitudes qui existent sur le sujet, je n'ai aucune véritable prédilection pour une thèse ou pour une autre.

On ne devrait pas éprouver le besoin de s'excuser de cette ignorance statistique. Korzen confesse, dans son étude sur les juifs polonais dispersés par les déportations russes de 1940, de larges et importantes zones d'ignorance, notamment pour ce qui est des chiffres, et cela en dépit des appuis dont il a pu bénéficier pour ses recherches de la part du gouvernement israélien. Une étude comme celle que nous avons menée se heurte nécessairement à d'immenses difficultés pour ce qui est des statistiques.. A vrai dire, j'ai été surpris d'avoir pu reconstituer certains aspects statistiques et quantitatifs, même incomplets présenté ici. Les groupes les plus puissants de la terre ont cherché à déformer la réalité de ce qui est véritablement arrivé aux juifs d'Europe pendant la seconde guerre mondiale.

J. G. Burg

Dans ses mémoires, J. G. Burg (Josef Ginsburg) raconte une histoire parfaitement conforme à la vérité historique. Quand la guerre éclata, en septembre 1939, il habitait Lemberg, en Pologne. Il s'enfuit immédiatement avec sa famille à Tchernowitz, en Bucovine roumaine, que l'Armée Rouge occupa en juin 1940. Un an plus tard, l'attaque allemande contre la Russie chasse l'Armée rouge et des bandes ukrainiennes se mettent à massacrer les juifs mais sont interrompus par l'arrivée des troupes allemandes et roumaines. Ginsburg et sa famille sont ensuite déportés à l'Est, en Transnistrie, où la vie est à peu près supportable. Un M. Kolb, de la Croix-Rouge suisse et internationale, visite l'endroit au début de 1943.

Avec l'accumulation des défaites allemandes, la tension grandit entre Allemands et Roumains et de nombreux Roumains se rapprochent des juifs. Le front germano-roumain commence à s'effondrer, au milieu de 1944, et Ginsburg et sa famille rentrent à Tchernowitz. Partout c'est le chaos, la famine et la terreur russe. Même après la fin de la guerre, les conditions de vie ne sont pas très bonnes si bien qu'en 1946, Ginsburg et sa famille se rendent à Breslau [Silésie redevenue polonaise] puis, de là, dans un camp pour personnes déplacées de l'UNRRA, près de Munich, dans la zone d'occupation américaine en Allemagne. Dans le camp, presque tous les juifs sont naturellement très intéressés par la possibilité d'aller aux Etats-Unis car ils savent que beaucoupl'ont déjà fait. Cependant, la direction sioniste tente par tous les moyens de les détourner vers la Palestine. A la question: «Peut-on émigrer aux Etats-Unis et rester sioniste?», un professeur Spiktor répond: «Celui qui émigre aux Etats-Unis en cette heure du destin ne peut plus être sioniste et il abandonne, de ce fait, son propre peuple». Six mois plus tard, le professeur Spiktor émigre aux Etats-Unis. Ginsburg et sa famille vont en Palestine avec une grande partie des autres juifs du camp.


Conclusions

Nous approchons à présent à grands pas de la fin notre étude. La thèse de ce livre a été démontrée de manière concluante. Les juifs d'Europe n'ont pas été exterminés et il n'y a pas eu de tentative de la part des Allemands pour les exterminer. Les Allemands en ont réinstallés un certain nombre et ces gens ont été réinstallés encore, conformément aux programmes des Alliés. Bien que différents détails statistiques soient absents de notre analyse, il a été possible de reconstituer des aspects quantitatifs du problème jusqu'à un point satisfaisant.

Les juifs d'Europe ont souffert pendant la guerre à cause de la déportation à l'Est, de la confiscation d'une grande partie de leurs biens et le pire a été les conditions qui ont accompagné la défaite de l'Allemagne. Les pertes peuvent se monter à un million de morts.

Tout le monde a souffert pendant la guerre, en particulier les populations d'Europe centrale et orientale. Ceux qui ont le plus souffert ont été les perdants, les Allemands et les Autrichiens, qui ont eu dix millions de morts, en raison des pertes militaires, des bombardements alliés, de la terreur russe à la fin de la guerre, de la réquisition des prisonniers de guerre pour le travail par les Russes et les Français après la guerre, des expulsions brutales de leur pays par la Pologne et d'autres pays et de la politique d'occupation vengeresse des années 1945-1948. (58)

Himmler l'a dit à la perfection


Les «chambres à gaz» sont l'oeuvre de la propagande de guerre et sont tout à fait comparables aux inepties que Lord Bryce et ses associés propagèrent au cours de la première guerre mondiale. Heinrich Himmler, dans un entretien avec un représentant du Congrès juif mondial, quelques semaines avant la fin de la guerre, mit exactement le doigt sur le fondement véritable de ces accusations ridicules:

«Afin de mettre un terme aux épidémies, nous avons été forcés de brûler les corps d'un nombre incalculable de gens qui étaient morts de maladie. Nous avons donc été conduits à construire des crématoires, et c'est avec cela qu'ils sont en train de préparer une corde pour nous pendre». (59)

Il est très regrettable que Himmler se soit «suicidé» alors qu'il était aux mains des Britanniques car, s'il avait comparu devant le TMI, il aurait raconté la véritable histoire (étant pleinement informé et ne pouvant pas rejeter la responsabilité sur quelqu'un d'autre) et des livres comme le présent ouvrage ne seraient pas nécessaires puisque l'on pourrait lire l'essentiel de la documentation dans les transcriptions du procès du TMI. Mais, à ce moment-là, voyez-vous, il n'était pas possible, politiquement, que Himmler vive pour témoigner devant le TMI.

Le jugement porté par Himmler sur les accusations au sujet des chambres à gaz est le bon. Cela devrait être parfaitement évident pour quiconque a consacré un peu de temps à la question, comme nous l'avons fait au chapitre IV. Hilberg et Reitlinger, en particulier, auraient dû être en mesure de s'en apercevoir, avant d'achever ne serait-ce qu'une partie de leurs épais volumes qui sont des monuments de sottise.


NOTES

1 / . NMT, vol. 13, p. 243-249.

2 / . Hilberg, p. 619 ou 621.

3 / . Sachar, p. 365-368, 412-417; John et Hadawi, vol. 1, p. 295-326.

4 / . NMT, vol. 13, p. 169-170.

5 / . Par exemple Shirer, 1960, p. 964.

6 / . NMT, vol. 13, p. 212-213; Poliakov et Wulf, 1955, p. 119-126.

7 / . Cf. en particulier le New York Times, 28 février 1941, p. 4; 18 octobre 1941, p. 4; 28 octobre 1941, p. 10; 9 février 1942, p. 5; 15 mars 1942, p. 27; 6 août 1942, p. 1.

8 / . Rothe, p. 173-196.

9 / . NO-1611 et NO-1882 in NMT, vol. 5, p. 616-619.

10 / . Reitlinger, p. 149, 279; Hilberg, p. 318, 619 ou 621.

11 / . Reitlinger, p. 84-97; Hilberg, p. 262-263.

12 / . Reitlinger, p. 102-109; Hilberg, p. 264-265; NMT, vol. 13, p. 213.

13 / . Grayzel, p. 785-786.

14 / . Köhl, p. 131-132.

15 / Köhl, p. 146.

16 / Köhl, p. 130, 184.

17 / Reitlinger, p. 533-546; Hilberg, p. 670.

18 / Reitlinger, p. 367, 377.

19 / Yad Vashem Studies, vol. 3, p. 119-140.

20 / Kimche et Kimche, p. 63.

21 / Steengracht 64 in NMT, vol. 13, p. 300; NO-1247 cité par Reitlinger, p. 308, et cité par Hilberg, p. 254. Le Steengracht 65 (ou NO-1624) semble n'avoir été reproduit nulle part.

22 / cf. note précédente.

23 / Dans les ouvrages des "survivants", cf. en particulier Gladstein et. al., p. 25-32, 43-112; Gringauz, 1949 et 1950; Friedman et Pinson.

24 / New York Times, 18 octobre 1941, p. 4.

25 / La meilleure source sur la nature et la raison des pogromes anti-juifs, ainsi que sur les mesures prises par les Allemands pour les réprimer, semble être Raschhofer, p. 26-66. Cf. aussi Burg, 1962, p. 50.

26 / New York Times, 31 avril 1946, p. 8.

27 / New York Times, 20 juillet 1945, p. 9; 7 septembre 1945, p. 5; 25 novembre 1945, p. 32; 10 mars 1946, p. 2; 17 avril 1946, p. 27; 13 mai 1946, p. 18; 17 mai 1946, p. 5; 2 décembre 1946, p. 5.

28 / Reitlinger, p. 534, 542-543; New York Times, 8 juillet 1945, p. 1; 24 mars 1946, p. 3.

29 / Köhl, p. 198-199; NMT, vol. 5, p. 692-741; vol. 4, p. 954-973.

30 / New York Times, 28 juin 1945, p. 8.

31 / Davie, p. 33.

32 / US-WRB, 1945, p. 3-4, 12-13.

33 / Rosennman, p. 399.

34 / New York Times, 21 septembre 1945, p. 7.

35 / New York Times, 23 décembre 1945, p. 1.

36 / US-WRB, 1945, p. 9, 16-45, 61-69, 72-74.

37 / John et Hadawi, vol. 2, p. 34.

38 / Köhl, p. 219-220.

39 / Zink, p. 121-122.

40 / New York Times, 26 octobre 1946, p. 5.

41 / Kimche et Kimche, p. 88-89; John et Hadawi, vol. 2, p. 23-26, 34-36; Morgenthau Diary, p. 79.

42 / New York Times, 14 août 1946, p. 10; 21 août 1946, p. 1, 5; 23 août 1946, p. 18.

43 / New York Times, 1er octobre 1945, p. 2; 2 octobre 1945, p. 1; 3 octobre 1945, p. 1.

44 / Kimche et Kimche, p. 101-103.

45 / Idem, p. 97-98.

46 / Idem, p. 85-88.

47 / Idem, p. 81-83.

48 / New York Times, 24 juin 1946, p. 12.

49 / Idem, 10 août 1946, p. 4; 27 août 1946, p. 6; 2 novembre 1946, p. 7.

50 / Idem, 2 décembre 1946, p. 3; 3 décembre 1946, p. 13.

51 / Idem, 2 novembre 1946, p. 7; Kimche et Kimche, p. 95.

52 / John et Hadawi, vol. 2, p. 45, 179.

53 / World Almanac (1950), p. 193; (1958), p. 364-365; Prittie, p. 149-150; McDonald, p. 142-143.

54 / Kimche et Kimche, p. 15-19.

55 / New York Times, 23 décembre 1945, p. 1.

56 / U.S. Displaced Persons Commission, V, p. 248.

57 / Ces données viennent pour l'essentiel de l'Annual Report du Service américain de l'immigration et des naturalisations. Dans ce cas j'ai utilisé les résumés donnés dans l'Information Please Almanac (1969) et le Statistical Abstract of the U.S. (septembre 1972).

58 / Aretz, p. 337-346.

59 / Reitlinger, p. 521.


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