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Attention. L'auteur de ce texte remarquable est un fasciste avéré, authentique garanti. On vous prévient: La lecture de ce texte pourrait nuire gravement à votre santé.

 

MAURICE BARDECHE

NUREMBERG ou LA TERRE PROMISE

7/7

 

Voilà le monde qui nous a été fait, tout simplement parce qu'il fallait que les Allemands fussent des monstres, et parce qu'il fallait donner raison à ceux qui avaient écrasé leurs villes. Pour justifier la destruction, on invente la destruction continue. Pour justifier la radio on invente la radio à perpétuité. Pour justifier les Alliés, on jure que toutes les guerres doivent être désormais conduites comme la précédente. Sous prétexte d'atteindre un régime autoritaire. on a détruit partout l'autorité, et sous prétexte de condamner l'Allemagne, on a ligoté tout le monde. Nous nous laissons faire au nom de la vertu et du monde meilleur, sans voir que ce super-Etat qui interdit par principe certaines formes d'Etat, qui dicte les contrats et qui [233] supervise les politiques,n'est pas autre chose qu'un suzerain anonyme qui règle la condition de ses vassaux. La morale internationale n'est que l'instrument d'un règne. Elle est impuissante à protéger les individus, mais elle est très commode pour dominer les Etats.

Il est à peine utile de souligner ici combien ce beau travail préparatoire peut être utile finalement au règne universel du marxisme dont on feint d'apercevoir aujourd'hui la face de Gorgone. Car enfin, que soutient d'autre le marxisme -- mais avec une autre acception des mots? Pour les marxistes, le droit interne dans chaque pays est "primé", en effet, par le devoir qui s'impose aux individus de participer à la lutte libératrice du prolétariat. Pour eux, en effet, il y a toujours au-dessus de leurs obligations de citoyen une conscience universelle qui n'est autre que la conscience de classe. Et cette conscience marxiste objurgue dans les mêmes termes, elle est aussi vague, il s'agit là aussi d'être dans la ligne. Les théoriciens de la conscience universelle n'ont pas très bien vu que cette arme a laquelle ils [234] donnent tant de soins est pareille à ce javelot des Australiens qui peut toujours revenir assommer le lanceur. Tout ce qu'ils font peur être retourné contre eux. Tout ce qu'ils affirment peut servir leur ennemi. Et nous ne devons pas nous étonner aujourd'hui si le Parti communiste nous avertit que "le peuple français" n'acceptera pas la guerre contre la Russie: c'est une application des principes de Nuremberg. Car enfin, Nuremberg détruit les patries: qui les détruit mieux que le communisme? Nuremberg instaure une instance internationale: Moscou n'en est-il pas une? Nuremberg crée une Eglise: il en existe une autre qui est la IIIe Internationale. Nurenlberg décrète le règne de la conscience universelle: il suffira au bolchevisme de s'affubler de cette peau pour avoir aussi bonne tournure qu'eux. Nos théoriciens ont transformé toutes les guerres à venir en guerres civiles, et dans ces guerres civiles, ils ont préparé tout ce qui servira leur adversaire. Mars n'est plus le dieu de la guerre, mais Janus bifrons, Janus aux deux oreilles qui ne sait à quelle radio se vouer. [235] Ils nous ont désarmés contre l'étranger. Mais lequel?

Un autre résultat obtenu est celui de la déposition réelle de la personne humaine qui est inséparable de la déposition des patries. Ce second résultat est d'abord plus surprenant que le premier, parce que le tribunal de Nuremberg a pris pour thème la défense de la personne humaine. Mais il n'est malheureusement pas moins certain.

Entendons-nous sur un point. Il n'est pas question de nier que les prescriptions et interdictions précises concernant le droit des gens et la conduite de la guerre qu'on trouve dans le Jugement de Nuremberg, et qui font désormais jurisprudence en cette matière, ne puissent rendre de grands services pour la protection des personnes. Les conventions de La Haye ont été ainsi complétées par de nombreux textes que la guerre moderne avait rendus nécessaires. Il eût été cependant de l'intérêt de tout le monde que ce nouveau code de la guerre fût institué dans des circonstances différentes, à la suite d'une coopération loyale et complète entre toutes les nations, et surtout qu'il n'apparût pas [236] comme lié à une conception politique du monde. Il eût mieux valu s'en tenir à des textes pratiques et clairs, plutôt que de formuler une philosophie ambitieuse du droit des gens qui risque d'être interprétée de la façon la plus surprenante. Il eût été plus utile aussi de se proposer un examen complet des procédés de la guerre moderne plutôt que de laisser dans notre codification des lacunes aussi graves que celles du blocus ou du bombardement des populations civiles, simplement parce que ces sujets de réflexion étaient inopportuns.

Mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit ici. Nous prenons l'expression défense de la personne humaine dans le sens plus général qui lui a été donné au cours des discussions récentes. Ce sont les droits, c'est la liberté de l'homme qui est la préoccupation de ceux qui emploient ces mots. C'est ce sens que nous leur donnons aussi.

Nous ne retiendrons pas contre les représentants de la conscience universelle leur impuissance à assurer le respect de la personne humaine, même dans les territoires contrôlés par elle. Ce serait un jeu trop [237] facile. Il y a évidemment toutes sortes de personnes qui, à l'heure actuelle, ne peuvent prétendre passer pour des personnes humaines: par exemple, les Indochinois que nous massacrons en Indochine, les Malgaches que nous emprisonnons à Madagascar, les Baltes, les Sudètes, les Allemands de la Volga qui font du grand tourisme dans les centres de D.P., les petits nazis, moyens nazis et autres monstres qu'on est obligé d'enfermer à Dachau et à Mauthausen, les Polonais et les Tchèques qui n'aiment pas le gouvernement soviétique, les nègres de la Louisiane et de la Caroline, les Français qui ont crié: "Vive le Maréchal", les Arabes qui ont crié: "Vive le Sultan", les Grecs qui ont crié: "Vive la Grèce", et les Ukrainiens survivants qu'on envoie en Sibérie parce qu'ils ont le malheur d'être des Ukrainiens survivants... Je consens que tout cela ne prouve rien, quoique je trouve cette liste un peu longue. Je suis gêné seulement qu'en faisant le total, on trouve finalement plus de cadavres, de tortures et de déportations au compte des défenseurs professionnels de la personne humaine qu'au compte [238] de ceux qu'ils appellent des tortionnaires et des assassins.

Mais enfin acceptons que cela ne prouve rien. Je ne comprends pas très bien comment cela ne prouve rien, mais croyons-le, puisque des esprits très sérieux nous le disent. Ce qui est important d'ailleurs, ce n'est pas de montrer que la défense de la personne humaine s'accommode présentement des assassinats, des tortures et des déportations, c'est de montrer qu'elle ne peut aboutir en réalité qu'à la déposition de la personne humaine.

Cette fatalité est pourtant écrite en termes bien clairs et que nous avons tous pu lire plus d'une fois. La défense de la personne humaine n'est pas une religion nouvelle. On nous a déjà proposé d'adorer ce dieu. Son avènement a toujours lieu au milieu des mêmes fêtes: la guillotine est son grand prêtre et on égorge un grand nombre d'oppresseurs en l'honneur du dieu. Après quoi, la cérémonie se termine régulièrement par un beau régime autoritaire, luisant de casques, de bottes, d'épaulettes, et abondamment orné d'argousins. Cette contradiction [239] secrète a été mentionnée bien souvent: et dès avant cette guerre, les observateurs les plus sérieux s'étaient mis d'accord pour constater (opinion dont on ne nous parle plus guère), que le mot de liberté est celui que répètent le plus volontiers les fripouilles. Et l'histoire nous conduit ainsi à une première contradiction qui s'inscrit régulièrement dans les faits: la défense de la personne humaine ne peut aboutir qu'à l'oppression au nom de la liberté, ou à des régimes hypocrites qui ne sauvent la liberté qu'en fermant les yeux sur la dégradation des personnes. La géographie n'est pas plus consolante. Le respect de la personne humaine consiste à reconnaître une égale spécificité humaine et par conséquent des droits égaux au nègre de Douala et à l'archevêque de Paris. On ergote sur les droits égaux: il faudra bien les reconnaître quelque jour ou notre devise n'a plus de sens. A partir de ce jour, la libre expression des droits égaux de deux milliards d'êtres humains se répartit ainsi: 600 millions de blancs, le reste en nègres, asiates ou sémites. Par quel raisonnement ferez-vous [240] admettre aux nègres, asiates ou sémites que leurs droits égaux ne peuvent s'exprimer par une représentation égale, et que, lorsqu'il s'agit de choses sérieuses, l'avis d'un blanc vaut celui de dix noirs? Il n'y a qu'un argument qui rende sensible une vérité si peu évidente, c'est la présence de la flotte de Sa Majesté, à laquelle on a recours en effet chaque fois que la discussion menace de s'égarer vers des généralités. Ainsi la défense de la personne humaine aboutit sur ce plan encore à la même contradiction: elle s'établit à coups de canon, ou elle consiste à entendre avec soumission ce qu'il plaira aux colored gentlemen ordonner de nous.

Voilà pourtant pourquoi nous faisons tant de bruit: pour une liberté que nous ne pouvons pas faire régner, et pour une égalité que nous refusons de réaliser. Verba et voces. Nous sommes partisans de la défense de la personne humaine, à condition qu'elle ne signifie rien. Nous sommes partisans de la défense de la personne humaine, mais nous voulons faire aux nègres ce que nous reprochons aux nazis d'avoir fait aux juifs. Et non seulement aux nègres, mais aux [241] Indochinois, aux Malgaches, aux Baltes, aux Allemands de la Volga, etc. Et non seulement à tous ces gens-là. mais encore au prolétariat de toutes les nations auquel nous prétendons imposer cette notion officielle du respect de la personne humaine dans laquelle le prolétariat répond qu'il ne voit rien qui concerne le respect du prolétariat. Ainsi nous défendons et respectons la personne humaine, mais une personne humaine idéale, une personne humaine in abstracto, une personne humaine au sens où l'entend le Tribunal.

Je sais bien qu'on prie ici de ne pas nous arrêter à ces détails. La mise en ordre viendra plus tard. La conscience universelle en est pour l'instant à l'installation de ses bureaux. Mais ce sont justement les graphiques épinglés au mur, les graphiques du développement futur qui m'inquiètent encore plus que les résultats obtenus. Cette personne humaine toute nue, qui n'a point de patrie et qui est indifférente à toute patrie, qui ne connaît pas les lois de la cité et l'odeur de la cité, mais qui perçoit avec un instinct tout personnel la voix [242] internationale de la conscience universelle, cet homme nouveau, cet homme déshydraté, c'est celui que je ne reconnais pas. Votre conscience universelle protège une plante de serre: ce produit théorique, ce produit industriel n'a pas plus de rapport avec l'homme qu'une orange de Californie enveloppée de sa cellophane et transportée à travers les continents n'a de rapport avec une orange sur un arbre. Toutes les deux sont une orange: mais l'une a le goût de la terre, et elle croît et existe sur son arbre selon la nature des choses, et l'autre n'est plus qu'un produit de consommation. Vous avez fait de la personne humaine un produit de consommation. Cela figure sur des statistiques (truquées d'ailleurs), cela se compte, cela s'exporte, cela se transporte, cela s'assure, et quand c'est détruit cela se paie. Je n'y peux rien, ce n'est pas cela pour moi, une personne humaine.

Quand nous pensons à une personne humaine, nous, nous voyons un père avec ses enfants autour de lui, avec ses enfants autour de sa table, dans la salle de sa ferme, et il leur partage la soupe et le pain, ou dans [243] sa maison de banlieue, et il n'est pas si bien que dans sa ferme, ou dans son appartement au troisième, et il n'est pas si bien que dans une maison de banlieue, et il revient de son travail et il demande comment s'est passée la journée, ou dans son atelier, et il montre à son petit garçon comment on fait proprement une planche, comment on passe la main sur la planche pour vérifier que le travail est bon. C'est cette personne humaine que nous défendons et respectons, cette personne humaine et non une autre, et tout ce qui lui appartient, ses enfants, sa maison, son travail, son champ. Et nous disons que cette personne humaine a le droit que le pain de ses enfants soit assuré, que sa maison soit inviolable, que son travail soit honoré, que son champ lui appartienne. Que ]e pain de ses enfants soit assuré, cela veut dire qu'un nègre, un asiate ou un sémite ne lui disputeront pas la place à laquelle il a droit à l'intérieur de la ville, et qu'il ne sera pas obligé, quelque jour, pour vivre, d'être le prolétaire et l'esclave de l'étranger. Que sa maison soit inviolable, cela veut dire qu'il pourra penser ce qu'il [244] veut et dire ce qu'il veut, qu'il sera le maître à sa table et le maître dans sa maison, qu'il sera protégé s'il obéit aux édits du prince, et que le nègre, l'asiate ou le sémite ne paraîtront pas devant sa porte pour lui expliquer ce qu'il fallait penser et l'inviter à les suivre en prison. Que son travail soit honoré, cela veut dire qu'il se réunira avec les hommes de son métier, ceux qu'il appelle ses confrères ou ses collègues, comme on voudra, et qu'il aura le droit de dire que son travail est dur, que la chaise qu'il fait vaut tant de livres de pain, que chaque heure de son travail vaut tant de livres de pain, qu'il a le droit lui aussi de vivre, c'est-à-dire de ne pas porter de chaussures éculées et de vêtements en pièces, d'avoir sa radio s'il en a envie, sa maison s'il a mis de l'argent de côté pour cela, son auto s'il a réussi dans son travail, et cette part de luxe que nos machines lui doivent, et que le nègre, l'asiate ou le sémite ne fixeront point à Winnipeg ou à Prétoria le prix de sa journée et le menu de sa table. Et que son champ lui appartienne, cela veut dire qu'il a le droit de se dire maître de cette maison que son grand-père a [245] bâtie, maître de cette ville que son grand-père et ceux des autres hommes de la ville ont bâtie, que nul n'a le droit de le chasser de sa demeure ni de la maison du conseil et que les ouvriers étrangers dont les grands-pères n'étaient pas là quand on a construit le beffroi, les nègres, les asiates et les sémites qui travaillent à la mine ou qui vendent dans les carrefours n'auront point à décider du destin de son petit garçon. C'est cela que nous appelons les droits de la personne humaine, et nous disons que le devoir du souverain n'est rien d'autre en effet que d'assurer le respect de ces droits essentiels, et de bien gérer sa nation, en bon père de famille comme disent les baux de location, comme le père conduit sa famille; que les lois ne sont rien d'autre que des règles sages, connues de tous, écrites sur le conseil des hommes compétents, affichées sur les murs et souveraines; et que ces droits, sans lesquels il n'est point de cité, doivent être défendus par la force s'il le faut, et en tous cas par une protection efficace. Comme on peut le voir, nous sommes partisans, nous aussi, de la défense de la personne humaine. [246] Mais dans ces termes. Et pas au sens où l'entend le Tribunal. Il ne s'agit que de se comprendre.

Cet homme de la terre et des cités, cet homme qui est l'homme depuis qu'il y a des peuples et des cités, c'est lui précisément que Nuremberg condamne et répudie. Car la loi nouvelle lui dit: "Tu seras citoyen du monde, tu vas être toi aussi empaqueté et déshydraté, tu n'écouteras plus le bruissement de tes arbres et la voix de tes cloches, mais tu apprendras à entendre la voix de la conscience universelle, secoue la terre de tes souliers, paysan, cette terre n'est plus rien, elle salit, elle embarrasse, elle empêche de faire de jolis emballages. Les temps modernes sont venus. Ecoute la voix des temps modernes. Le manoeuvre polonais qui change d'embauche douze fois par an est le même homme que toi, le fripier juif qui vient d'arriver de Korotcha ou de Jitomir est le même homme que toi, ils ont les mêmes droits que toi sur ta terre et sur ta ville, respecte le nègre, ô paysan. Ils ont les mêmes droits que toi et tu leur feras place à ta table et ils entreront au conseil où [247] ils t'apprendront ce que dit la conscience universelle que tu n'entends pas encore aussi bien qu'il faudrait. Et leurs fils seront des messieurs et ils seront établis juges sur tes fils, ils gouverneront ta ville et ils achèteront ton champ, car la conscience universelle leur donne expressément tous ces droits. Quant à toi, paysan, si tu fait des conciliabules avec tes camarades et si tu regrettes le temps où l'on ne voyait que des garçons du canton ù la fête de la ville, sache que tu parles contre la conscience universelle et que la loi ne te protège pas contre cela."

Car telle est, en vérité, la condition de l'homme après la déposition des patries. On soutient par pression les régimes qui ouvrent largement la cité à l'étranger. On exige que ces étrangers reçoivent les mêmes droits que ]es habitants du pays et on condamne solennellement toute tentative de discrimination. Puis on ne reconnaît pour régulière qu'une manière d'opiner purement numérique. Avec ce système, quelle cité ne sera pas, en un temps donné, soumise par une conquête pacifique, submergée par une occupation sans uniforme et [248] offerte finalement au règne de l'étranger?

Le point final est atteint ici. Les différences nationales seront peu à peu laminées. La loi internationale s'installera d'autant mieux que la loi indigène n'aura plus de défenseurs. Les gérances nationales que nous décrivions tout à l'heure prennent dans cette perspective leur véritable signification: les Etats ne seront plus que les arrondissements administratifs d'un seul Empire. Et d'un bout à l'autre du monde, .dans des villes parfaitement pareilles puisqu'elles auront été reconstruites après quelques bombardements, vivra sous des lois semblables une population bâtarde, race d'esclaves indéfinissable et morne, sans génie, sans instinct, sans voix. L'homme déshydraté régnera dans un monde hygiénique. D'immenses bazars résonnants de pick-up symboliseront cette race à prix unique. Des trottoirs roulants parcourront les rues. Ils transporteront chaque matin à leur travail d'esclave la longue file des hommes sans visage et ils les ramèneront le soir. Et ce sera la terre promise. Ils ne sauront plus, les usagers du trottoir roulant, qu'il y eut jadis une condition humaine. Ils [249] ne sauront pas ce qu'étaient nos cités, quand elles étaient nos cités: pas plus que nous ne pouvons imaginer ce qu'étaient Gand ou Bruges au temps des échevins. Ils s'étonneront que la terre ait été belle et que nous l'ayons aimée passionnément. Eux, la conscience universelle propre, théorique, découpée en rondelles, illuminera leurs ciels. Mais ce sera la terre promise.

Et au-dessus régnera en effet la Personne Humaine, celle pour qui on a fait cette guerre, celle qui a inventé cette loi . Car enfin, on a beau dire, il y a une Personne Humaine. Ce n'est pas les Allemands de la Volga, ce n'est pas les Baltes, ce n'est pas les Chinois, ce n'est pas les Malgaches, ce n'est pas les Annamites, ce n'est pas les Tchèques, ce n'est pas les prolétaires, bien entendu. La Personne Humaine, nous savons très bien ce que c'est. Ce terme n'a toute sa signification, on peut même dire qu'il n'a de signification, au sens où l'entend le Tribunal, que s'il s'applique à un individu apatride, qui est né dans un faubourg de Cracovie, qui a souffert sous Hitler, a été déporté, n'est pas mort, a quand même été [250] ressuscité, sous la forme d'un patriote français, belge ou luxembourgeois, sur lequel nous sommes invités à reporter tout ce qui est en nous de déférence et d'adoration. La Personne Humaine est, en outre, habituellement munie d'un passeport international, d'une autorisation d'exportation, d'une dispense d'impôt et du droit de réquisitionner les appartements. Ajoutons que la Personne Humaine ainsi définie est tout spécialement dépositaire de la conscience universelle: elle en est, pour ainsi dire, le vase d'élection. Elle possède pour cela des organes d'une sensibilité exquise qui manquent aux autres hommes: ainsi dans le pays où elle vient d'arriver, elle désigne avec sûreté les véritables patriotes et détecte à une grande distance les organismes réfractaires aux vibrations de la conscience universelle. Aussi ces précieux dons sont-ils utilisés comme il convient devant l'opinion. Toutes leurs réactions vibratiles sont précieusement enregistrées et le total de ces vibrations constitue ce qu'on appelle à un moment donné l'indignation ou l'approbation de la conscience universelle. Ce sont elles qui [251] formulent finalement le dogme que nous avons déjà dit et qui porte pour titre: défense de la personne humaine.

Il en résulte que la défense de la personne humaine, au sens où l'entend le Tribunal, est une sorte de vérité mathématique, à peu près analogue à la règle de trois. On peut l'exprimer ainsi: "Quiconque est apatride et né à Cracovie réside au sein de la communauté universelle, et tout acte qui l'écorche ou le lèse retentit profondément au sein de la conscience humaine; dans la mesure où votre définition spécifique vous éloigne du caractère apatride et de l'origine cracovienne, vous vous éloignez pour autant de la communauté universelle et ce qui vous lèse n'a plus qu'un retentissement correspondant dans la conscience humaine; si vous êtes résolument hostile aux individus apatrides originaires de Cracovie, vous ne faites pas partie du tout de la communauté universelle et l'on peut entreprendre contre vous tout ce qu'on veut sans que la conscience humaine se sente le moins du monde blessée."

Ces catéchumènes de l'Humanité nouvelle [252] ont leurs usages qui sont sacrés. Ils ne travaillent point la terre, ils ne produisent rien, ils répugnent à l'esclavage. Ils ne se mêlent pas aux hommes du trottoir roulant, ils les comptent et les dirigent vers les tâches qui leur sont assignées. Ils ne font point la guerre, mais ils aiment à s'établir dans des boutiques brillantes de lumière où ils vendent le soir très cher à l'homme du trottoir roulant ce qu'il a fabriqué et qu'ils lui ont acheté très bon marché. Nul n'a le droit de les appeler marchands d'esclaves et pourtant les peuples au milieu desquels ils se sont établis ne travaillent que pour eux. Ils forment un ordre. C'est ce qu'ils ont de commun avec nos anciennes chevaleries. Et n'est-il pas juste qu'ils soient distingués des autres hommes, puisqu'ils sont les plus sensibles à la voix de la conscience universelle et nous fournissent le modèle sur lequel nous devons nous conformer? Ils ont aussi leurs grands-prêtres dans des capitales lointaines. Ils vénèrent en eux les représentants de ces familles illustres qui se sont fait connaître en gagnant beaucoup d'argent et en distribuant beaucoup de publicité. Et ils se [253] réjouissent de lire sur les armoiries de ces héros le chiffre de leurs dividendes. Mais ces puissants ont de grands soucis. Ils méditent sur la carte du monde et décident que tel pays produira désormais des oranges, et tel autre des canons. Penchés sur des graphiques, ils canalisent les millions d'esclaves du trottoir roulant et ils fixent dans leur sagesse le nombre de chemises qu'il leur sera permis de s'acheter dans l'année et le chiffre des calories qui leur seront attribuées pour vivre. Et le travail des autres hommes circule et s'inscrit sur les murs de leur cabinet comme en ces panneaux aux tubulures transparentes sur lesquels courent sans arrêt diverses sèves colorées. Ils sont les machinistes de l'univers. Qui se révolte contre eux parle contre les dieux. Ils distribuent et décident. Et leurs serviteurs, placés aux carrefours reçoivent leurs ordres avec reconnaissance, et ils indiquent sa direction à l'homme du trottoir roulant. Ainsi fonctionne le monde sans frontières, le monde où tout le monde est chez soi, et qu'ils ont appelé la terre promise.

 

* * * * *

Voilà ce qui est écrit dans le verdict de Nuremberg.

Et auJourd'hui ceux-là même qui ont rédigé ce verdict se tournent vers la jeunesse allemande: "Allemands, bons Allemands, lui disent-ils, n'aimez-vous pas bien la cause de la Liberté? N'êtes-vous pas prêts à défendre le monde avec nous contre la barbarie bolchevique? Allemands, jeunes Allemands, ne seriez-vous pas beaux sur de longs tanks Sherman, pareils à de sombres dieux des combats?" Et les yeux fixés avec ravissement sur une Allemagne à la fois weimarienne et invincible, pacifique et pourtant armée jusqu'aux dents, ils caressent le rêve d'une troupe de choc de la démocratie, de gardes d'assaut de la Liberté, sentimentaux et intrépides, blonds et musclés, sages comme des jeunes filles, fiancés éternels de la Déclaration des Droits et prêts à mourir pour le Congrès, pour l'Occident, pour l'Y.M.C.A., gigantesque armée d'eunuques qui retrouverait par miracle au combat la vigueur des Germains.

Il faut savoir ce que l'on veut. Nous ne nous battrons pas pour des nuées. Les [255] Allemands non plus apparemment. L'antidote du bolchevisme a porté un nom dans l'histoire. Cessons de prononcer ce nom avec épouvante et de regarder ce drapeau avec horreur. Toutes les idées ont quelque chose de juste demandons-nous sur quoi celle-ci fondait sa puissance. Au lieu de proscrire, essayons de comprendre. Si des millions d'hommes se sont faits tuer sous ce drapeau que nous piétinons si bassement, n'est-ce pas qu'il leur apportait un secret de la vie et de la grandeur qu'il est absurde de vouloir ignorer ?

Notre refus de regarder les mots en face n'est pas seulement absurde, il est aussi infiniment dangereux. Les ruines idéologiques ne sont pas comme les ruines des villes: on ne les voit pas et les voyageurs ne hochent pas la tête sérieusement en passant auprès de ces décombres. Elles sont plus graves pourtant, elles sont mortelles. Les doctrines qui ont été follement frappées de malédiction sont les seules qui puissent opposer un barrage à l'inondation communiste. Nous avons fait sauter le barrage et nous nous étonnons [256] à présent que le flot emporte les murettes avec lesquelles nous essayons de l'endiguer. Il suffit pourtant de regarder la carte. Il n'est pas raisonnable d'espérer que l'énorme nappe qui s'étend de l'Asie jusqu'à l'Elbe respectera longtemps le fragile ponton d'Occident. Nous sommes submergés à coup sûr si une architecture puissante ne fait pas de la presqu'île Europe une citadelle imprenable, une espèce de Gibraltar de la race blanche d'Occident.

Mais il faut aborder de telles tâches avec un esprit juste et raisonnable. Il faut agir ici sans passion et aussi sans hypocrisie. Nous devons oublier cette guerre et les souffrances qu'elle nous a apportées. Nous devons oublier nos prétentions à nous dire vainqueurs. L'avenir ne se construit pas dans la haine ou la peur, ni sur l'humiliation des autres. Nous devons nous adresser à l'Allemagne nouvelle avec loyauté et en honnêtes gens. Notre première tâche est de renoncer à cette falsification de l'histoire que nous prétendons imposer. Il n'est pas vrai que l'Allemagne soit responsable de cette guerre: la responsabilité des bellicistes en Angleterre [257] et en France est aussi lourde au moins que la responsabilité d'Hitler. Il n'est pas vrai que le parti national-socialiste ait été une association de malfaiteurs: il a été un parti de militants pareil aux autres partis de militants au pouvoir, il a été obligé de recourir à la force pour défendre son oeuvre et son efficacité comme le font dans des circonstances dramatiques tous les partis qui se croient chargés pour l'avenir d'une grande mission. Il n'est pas vrai que les Allemands aient été des "monstres": les nations qui n'ont pas hésité à payer leur victoire de la vie de 2.650.000 civils allemands, c'est-à-dire de 2.650.000 vies d'ouvriers, de vieillards, de femmes et d'enfants allemands n'ont pas le droit de leur adresser ce reproche. Une enquête malhonnête et une propagande gigantesque ont pu abuser quelque temps les consciences. Mais le jour viendra où les ennemis mêmes de l'Allemagne auront intérêt à rétablir les faits, la Fortune aveugle prendra la Vérité par la main et l'assiéra à la table du banquet. Nous avouerons alors qu'il ne nous était pas permis de déduire de. fautes occasionnelles et le plus souvent [258] individuelles une condamnation du régime tout entier, que les ennemis de l'Allemagne ont commis également dans la conduite de la guerre des actes qu'on devrait poursuivre au même titre que ceux que nous avons condamnés, et que nous avons ajouté à une falsification honteuse de l'histoire la plus vile et la plus dangereuse des impostures idéologiques.

Nous commençons à apercevoir aujourd'hui l'étendue de notre faute. Tout le monde s'affole devant ce vide, ce trou béant au centre de l'Europe et nous regardons avec terreur ce que nous avons fait nous-mêmes, l'Europe titubant comme le Cyclope aveugle. Cette monstrueuse mutilation géographique, c'est ce que tout le monde peut voir: un autre vide n'est pas moins grave, un autre abîme existe, c'est celui que nous avons créé en extirpant brutalement de la surface de la terre le seul système révolutionnaire qu'on pût opposer au marxisme. L'univers des idées est un univers qui a ses lois et sa géographie. Il est aussi dangereux de raser brutalement toute une région idéologique que d'anéantir une nation. Nous avons [259] brusquement renversé un équilibre idéologique que le temps avait arrangé et qui n'était pas moins nécessaire à la santé politique de l'Europe que l'existence de l'Allemagne à sa défense stratégique.

Ce que nous avons détruit et condamné a été, nous ne devons pas l'oublier, non seulement pour les Allemands, mais pour des millions d'hommes en Occident, la seule solution durable au drame du monde moderne, la seule manière d'échapper à l'esclavage capitaliste sans accepter l'esclavage soviétique. Ce que nous avons détruit était, dans la pensée de ces hommes, non pas cette tyrannie réactionnaire et militaire que nous avons affecté de dénoncer, mais un immense effort d'affranchissement des travailleurs. Leur drapeau rouge timbré au signe de leur patrie était l'emblème de la révolution d'Occident. Nous disons qu'ils étaient des esclaves et eux avaient le regard de ceux qui travaillent dans la joie. Le regard des travailleurs est un témoignage: s'ils reconstruisent Stalingrad en chantant, nos journaux anticommunistes mentent; de la Baltique au Brenner, vous savez bien que les travailleurs [260] allemands étaient heureux. Et non seulement les travailleurs allemands: mais dans tout l'Occident, cette révolution nouvelle était un signal et un immense espoir. Elle n'avait pas été réalisée partout, elle n'avait pas réussi partout, mais dans tous les pays elle représentait une chance pour l'avenir, qui était la chance même de l'Occident, l'annonciation aux travailleurs d'une vie joyeuse et forte. Ils se trompaient, avons-nous dit, ils étaient trompés. Qu'en savons-nous? Ce qui est certain, c'est qu'aujourd'hui dans l'Occident désert ils ne trouvent nulle part ailleurs le contenu révolutionnaire que les nouveaux nationalismes leur apportaient. Ce combat a été pour eux la grandeur, la fraternité, le sang versé, la justice: oui, la justice, il l'était dans leur âme, quoi qu'en disent nos tribunaux. Il nous est interdit de l'oublier, à nous qui leur parlons. Ces mots contre lesquels nous nous acharnons, ces blocs gigantesques de volonté et d'espoir que nous avons fait sauter comme un morceau de continent, ils étaient hier encore pour des millions d'hommes l'appel irrépressible de la noblesse, du sacrifice, ils représentaient cette [261] justice enfin trouvée pour laquelle il vaut la peine de mourir. Nous avons créé un désert pour les coeurs. Notre politique en Europe a réussi à faire de l'enthousiasme révolutionnaire une exclusivité soviétique. Après dix ans de nos breuvages, toute la jeunesse du monde sera rangée sous le drapeau rouge: pour protester contre l'injustice, nous ne lui avons laissé que celui-là.

Revenons donc à la justice et à la loyauté. Combien nous faudra-t-il d'expériences pour apprendre que les contrats justes sont les seuls contrats durables, que les paix justes et loyales sont les seules paix? En 1918, nos hommes d'Etat ont doctement bouleversé la géographie et ils se sont étonnés d'en voir sortir une guerre. Aujourd'hui les mêmes cuistres se donnent beaucoup de mal pour détruire l'équilibre idéologique européen: comprendront-ils que cette atteinte n'est pas moins grave et que la guerre en sortira aussi sûrement? Il est indispensable qu'il existe en Europe une zone dynamique de justice sociale qui cristallise les volontés de résistance à l'annexion marxiste. Des hommes ont compris aujourd'hui quelle faute [262] immense ils avaient faite en détruisant l'armée et l'industrie allemandes: ils se disent que la presqu'île Europe a besoin d'un rempart. Mais elle a aussi besoin d'une âme. I,e cri de colère que les hommes de notre temps élèvent contre l'injustice sociale, contre la pourriture et contre le mensonge, il faut que l'Occident lui fasse écho. Cette volonté révolutionnaire, cette joie de la révolution en marche, elle doit être à nouveau parmi nous. La justice sociale n'est pas moins nécessaire à l'Occident que l'acier et le charbon. Si nous n'avons rien d'autre à offrir aux ouvriers de nos campagnes et de nos villes que les habituelles impostures démocratiques, aucun raisonnement au monde ne les empêchera de regarder avec espoir vers la terre qui leur parle de l'affranchissement et de la puissance du prolétariat. Nous n'avons pas le droit d'oublier, et il serait fou d'oublier que ce rêve d'un socialisme fièrement affirmé par la nation a été celui de millions d'hommes en Europe. Les vérités sont comme les patries: elles ne s'écrasent pas d'un coup de botte. Que nous le voulions ou non, cette pensée qui a été le grand espoir d'hier, cette [263] fraternité du combat tout proche, est aujourd'hui le fondement naturel d'une communauté d'Occident.

Pour le salut de la nouvelle Europe, pour le nôtre, nos volontés doivent donc s'unir contre ce diktat idéologique de Nuremberg qui n'est pas moins mortel pour la paix du monde que le diktat politique de Versailles. Nous devons rendre aux patries leur couronne et leur glaive. Nous devons restaurer et proclamer les principes simples et naturels de la sagesse politique. Nous devons rappeler aux nochers des nuées que la souveraineté des cités, et que tout ce qui en est inséparable, le droit de s'unir et le droit de bannir, la primauté de la discipline dans l'Etat, le devoir absolu de l'obéissance chez ceux qui sont au service du souverain, sont les poutres qui soutiennent et qui ont toujours soutenu toutes les nations. Nous devons exiger la reconnaissance solennelle de cette vérité première qui est l'assise de tout pouvoir, que celui qui obéit au prince et aux édits du prince ne saurait être poursuivi, car il n'y a pas d'Etat sans cela, il n'y a pas de gouvernement sans cela. Nous ne devons [264] pas avoir peur des Etats forts. Et nous n'avons pas le droit d'exiger que la structure de ces Etats soit démocratique, au sens où on l'entend à Londres ou à Washington, si ces Etats préfèrent vivre sous d'autres lois. Si l'unité de l'Occident ne peut se faire qu'autour d'un bloc d'Etats socialistes autoritaires, cette solution ne vaut-elle pas mieux que la guerre et l'occupation?

Car c'est de cela qu'il s'agit en définitive. Dans l'Europe actuelle, de tels Etats sont l'unique garantie de la paix. Bien sûr, en ce moment, la paix et la guerre ne dépendent pas des Etats européens: mais ils peuvent devenir l'occasion de la guerre, et ce qu'on peut leur demander, c'est de ne pas fournir cette occasion. Or, c'est seulement devant un bloc occidental où l'agitation communiste serait aussi impossible que l'agitation démocratique l'est en U.R.S.S. et où le communisme serait impossible parce que le socialisme national serait réalisé, c'est devant ce bloc seulement que peut s'arrêter la guerre. Nous avons besoin d'un rideau de fer autour de l'Occident. Car le danger de guerre ne réside pas dans l'existence d'Etats [265] puissants et de polarisation différente comme les Etats-Unis et la Russie soviétique, il est au contraire dans l'existence de zones faibles ouvertes à la concurrence de ces deux grandes puissances, ou, en d'autres termes, le danger de guerre s'accroît avec les possibilités d'ingérence, la guerre sera causée par les agents de l'étranger qui travaillent parmi nous. Si, au contraire, un bloc d'Occident pouvait se constituer, vivant sur lui-même, rigidement fermé à l'influence américaine comme à l'influence communiste, ce bloc neutre, cette citadelle imperméable serait un facteur de paix et peut-être de liaison. Si l'Europe d'Occident pouvait devenir une île escarpée qui vivrait sous ses propres lois et où ne pourraient aborder ni l'esprit démocratique d'importation américaine, ni le communisme d'importation soviétique, si cette île était réputée inaccessible et mortelle, si elle devenait forte, qui aurait intérêt à l'attaquer? Après tout, l'Europe occidentale n'a pas un intérêt stratégique fondamental, (d'autres zones en ont bien davantage), elle a surtout un intérêt politique pour les belligérants, elle est pour l'instant un [266] no man's land qui appartiendra au plus malin ou au plus prompt. Si nous faisons disparaître cette concurrence, si nous parvenons à nous débarrasser de ces consciences, souvent intéressées, lesquelles attirent les bombes comme l'aimant attire le fer, n'est-ce pas, pour nous et pour tout le monde, les meilleures conditions de la paix?

Si l'Amérique veut faire la guerre demain, ces réflexions ne signifient rien: mais alors l'Amérique s'est créé d'étranges conditions de guerre. Mais s'il nous est permis de compter sur le temps, en quoi ces perspectives sont-elles plus absurdes que d'autres? Cette insularité de l'Occident repose en somme sur une condition fondamentale. Il faudrait que les Américains soient assez intelligents pour comprendre qu'il est de leur intérêt d'armer l'Europe occidentale sans lui demander en échange aucune allégeance démocratique. C'est beaucoup de leur dire: donnez-nous des avions et des tanks, puis ne vous troublez pas si nous mettons à la porte les agents de l'Amérique aussi bien que les agents de Moscou. Comprendront-ils qu'ils ont intérêt, au même titre que les Russes. à [267] la constitution d'une Europe occidentale, à la fois antidémocratique et anticommuniste, forte et jalouse de son indépendance? Comprendront-ils que ce serait un grand symbole de sagesse et le commencement d'un grand espoir de paix que d'exclure de la même manière ceux qui après avoir été les agents de l'Angleterre quêtent aujourd'hui les subsides américains, et ceux qui reçoivent leurs ordres et leurs subsides du Kominform?

Si les Américains veulent effacer le mal qu'ils ont fait, qu'ils l'effacent dans les âmes, comme ils cherchent à le réparer aujourd'hui dans les villes. S'ils veulent que l'Occident soit solide, qu'il soit l'Occident et non le prolongement de l'Amérique. C'est à cette condition seulement qu'il deviendra une réalité politique. Car le glacis américain en Europe ne peut être qu'une terre mal défendue, et en cas de guerre, rapidement évacuée. Mais l'Empire d'Occident peut exister et se défendre, ou, du moins, imposer sa neutralité.

On commence à comprendre ces choses, mais on les comprend mal. Mrs Roosevelt s'adresse avec éloquence aux femmes [268] allemandes pour leur faire savoir qu'elle admire leur courage. Ce sont de bonnes condoléances quand on pense aux bombardements ordonnés par feu son mari. Cet hommage tardif nous renseigne assez cependant sur l'erreur de la politique américaine: "J'assomme, puis j'arme; je condamne, puis je relève." Allemands blonds, n'aimez-vous pas bien la banque Lazard? Mordez la terre de vos bouches sanglantes en prononçant les doux noms d'Oppenheim et de Kohn. Mais pensez-vous que les volontaires seront nombreux pour former derrière le général de Gaulle une nouvelle Légion antibolchevique ou derrière le maréchal Montgomery la dernière brigade SS?


Les Russes sont moins naïfs. Ils se sont débarrassés de leurs concurrents les plus dangereux. Ils nous imposent par l'intermédiaire des partis communistes une condamnation intransigeante des doctrines maudites. Pendant le même temps, ils convoquent les généraux allemands pour leur faire reconstituer une armée nationale, et ils mettent M Wilhelm Pieck sur une estrade pour lui faire annoncer au peuple allemand la [269] naissance d'un nouveau parti "à la fois national et socialiste". Ce n'est pas moi qui ai mis les mots dans cet ordre: c'est la propagande communiste qui a découvert cette formule.

C'est à nous de savoir si nous combattrons le communisme avec ses propres armes ou si nous serons toujours en retard d'une guerre et d'une idée. Je n'ai pas d'opinion sur la troisième guerre mondiale: elle ne dépend d'ailleurs pas de nous. Mais je crois à une bataille sèche pour le contrôle de l'Occident. Le vainqueur de cette bataille sera, comme jadis, celui que les Francs de Germanie hisseront sur leurs boucliers.

Quant à nous. notre imagination est toujours aussi brillante. Nos hebdomadaires font des enquêtes pour nous demander ce que nous ferons si nous sommes occupés par les Russes. Nous sommes bien optimistes. Nous n'avons pas vu encore qu'au train où vont les choses, nous avons des chances tout aussi sérieuses d'être occupés par des militaires que nous connaissons déjà. Regardons en face l'avenir qui nous attend. Nous pouvons tout sauver en faisant l'Occident. nous ne sommes plus rien s'il se constitue [270] contre nous une gérance communiste de l'Occident. Notre destin se joue en ce moment en Allemagne. Il nous faut choisir d'avoir les SS avec nous ou chez nous.

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Achevé d'imprimer le 10 octobre 1948

Fin de 7/7

Ce texte est une partie du livre de Maurice Bardèche, intitulé Nuremberg ou la terre promise, publié à Paris en 1948, il y a donc bientôt un demi-siècle. Il aurait été tiré à 25.000 exemplaires. Au printemps 1952, Maurice Bardèche est condamné, pour ce livre, à un an de prison et 50.000 Francs d'amende; le livre est saisi et interdit à la vente (ce qui ne nous concerne pas puisque nous ne le vendons pas). L'auteur ne passera que quelques semaines en prison. A la suite de cette affaire, Bardèche lance une revue, Défense de l'Occident, qui a publié des textes de Rassinier et de R. Faurisson. Bardèche se range ainsi parmi ceux qui ont permis au révisionnisme de prendre forme et de s'exprimer. Il a donc joué un rôle qui justifie sa présence dans nos archives. Mais le révisionnisme provient d'une réflexion sur la réalité et le statut de l'idéologie qui préside aux représentations de l'histoire; il est totalement autonome et ne doit à ses vecteurs -- ceux qui, à droite comme à gauche, l'ont publié -- que la gratitude due à des services rendus. Il est intellectuellement indépendant des tendances politiques de ceux qui s'emparent de lui ou de ceux qui le combattent. C'est pourquoi il prospère malgré les interdits dérisoires, les censures brouillonnes, les assimilations scandaleuses et les condamnations en chaire.


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